HENON François. Ouvrier en chaises ; anarchiste parisien. Accusé à tort d’un attentat contre un commissaire de police en 1883

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

Né le 7 mai 1842 à Lyon (Rhône) ; mort le 24 octobre 1911 à Paris (XIIeme arr.) ; ouvrier en chaises ; anarchiste parisien.

François Hénon se maria le 27 septembre 1873 à Paris (XIIe arr.) avec Marie, Mélanie Nicolas, couturière. Il demeurait alors 104 rue de Charenton. Il habitait auparavant 29 quai des Brotteaux à Lyon.
En 1881, Hénon qui demeurait Faubourg Saint Antoine, était membre du groupe du XIIème arrondissement
Début décembre 1883, François Hénon hébergea un compagnon nommé Jamard qui s’était enfui de l’asile de la Ville-Evrard, où il avait blessé grièvement à coups de pied et de poing deux des gardiens qui voulaient s’opposer à sa fuite. Il se réfugia alors en Angleterre. Mais il lui prit la fantaisie de revenir à Paris. Aussitôt son retour, il s’affilia à un groupe anarchiste, animé par Digeon, et alla demeurer, 12, passage des Quinze-Vingts, chez François Hénon.
Il y fut bientôt découvert et le commissaire Cotton d’Englesqueville alla, avec des agents, procéder à son arrestation. Cette arrestation rendit furieux Hénon qui avait donné asile à Jamard. Il fit part de sa colère à plusieurs personnes :
- Si Jamard m’avait fait un signe, dit-il, je tuais le commissaire d’un coup de revolver. Mon arme était dans la poche de mon veston.
Depuis il avait, à plusieurs reprises, parlé de vengeance.
Le 14 novembre 1883, Hénon fit publier un communiqué dans Le Cri du peuple, à propos de l’arrestation de Jamard : « Jamard, s’imaginant n’avoir plus rien à craindre en France et pris du désir de revoir sa fille, revint a Paris, le 1er novembre courant et chercha immédiatement du travail.
Après beaucoup de recherches, il avait obtenu d’entrer dans la maison Hermermann ; rue de l’Asile-Popincourt et devait commencer son travail aujourd’hui 12 octobre.
Mais il comptait sans l’infamie de la police :
Hier, 11 octobre, à sept heures et demie du matin, une légion de gardiens de la paix s’est présentée à mon domicile, où se trouvait Jamard.
Cette bande, commandée par le commissaire de police Cotton d’Englesqueville, a envahi ma demeure, sans égard pour un de mes enfants malade et malgré mes protestations.
Jamard a été attaché violemment et arraché de mon domicile sans qu’il y ait eu de sa part la moindre résistance et qu’il se soit borné à dire qu’il savait que c’était le révolutionnaire que l’on persécutait en lui.
Depuis lors, je ne sais ce qu’est devenu mon ami dont de nombreux témoignages établiront la parfaite sanité d’esprit, dans l’enquête que vous voudrez bien demander au nom de ses amis.
Il faut absolument empêcher que les oubliettes de la Bastille soient sous la République remplacées par des cabanons de fous.
F. HÉNON,
Chaisier, 46, rue de Lyon, passage des Quinze-Vingt. »
Le 13 décembre 1883, une forte détonation avait mis en émoi les habitants de la rue Crozatier. Vers deux heures du matin, une bombe lancée par un individu venait tomber dans une chambre située au deuxième étage du n° 6 de cette rue, où se trouvait au premier étage de cette maison, un appartement occupé par M. Cotton d’Englesqueville, commissaire de police du quartier des Quinze-Vingts, et le dangereux engin semblait lui avoir été destiné.
Cette bombe n’avait blessé personne, mais avait brisé une grande partie du mobilier. L’engin, qui avait dû être lancée de la rue, était composée d’une quantité de matière explosible et de limaille de fer, le tout enveloppé dans un papier grossier.
Le 14 décembre 1883, François Hénon était arrêté, suite à ses menaces émises contre le commissaire.
Avant qu’il fût jour, le commissaire de police Cotton d’Anglesqueville, accompagné d’un brigadier et de dix agents, dont deux pourvus de torches allumées, se présenta au domicile d’Hénon et somma celui-ci de lui ouvrir.
Quand la porte fut ouverte, le commissaire qui, lors de la dernière arrestation de Jamard, avait dit à Hénon, en ton de menace, qu’ils se reverraient bientôt :
— Je vous avais bien dit, M. Hénon, que nous nous reverrions bientôt. Au nom de la loi, je vous arrête.
— Avez-vous un mandat pour vous présenter ainsi, sans que rien puisse motiver une pareille visite ?
Un mandat, j’en aurais plutôt deux qu’un pour vous — dit le commissaire en exhibant un mandat du Préfet de police et en commençant une perquisition, après avoir recommandé à ses agents d’empêcher toute communication entre Hénon et les membres de sa famille.
La perquisition permit de découvrir un revolver n° 7, déjà saisi par la police dans une précédente visite et qui lui avait été restitué, comme étant d’un calibre toléré pour la défense personnelle. Le commissaire se retira en emmenant son prisonnier, et en laissant Mme Hénon et ses deux enfants presque asphyxiés par la fumée des torches.
Cet attentat semblait avoir pour motif une vengeance anarchiste. Le commissaire avait instruit une partie de l’affaire Louise Michel. C’est également lui qui avait arrêté Aumaréchal.
Dans la perquisition opérée à son domicile, on avait trouvé divers objets suspects, notamment des pois fulminants de la grosseur d’une noisette, des feux de Bengale ayant une mèche de deux centimètres environ, du sulfure de carbone et une certaine quantité de poudre.
Mais les feux de Bengale étaient les joujoux connus sous le nom « d’étrons suisses », et que la police avait pris pour des bombes ; les pois fulminants étaient semblables a ceux que tous les enfants avaient dans leurs poches.
Hénon était incarcéré à la prison de Mazas, et sa femme et ses enfants furent privés du produit de son travail dont ils avaient besoin pour vivre.
L’accusation du commissaire ne tenait pas face aux alibis de Hénon : deux heures avant le fait dont on l’accusait, il était à une réunion rue Saint-Antoine et il était rentré chez lui directement sans passer dans la rue Crozatier. Après 12 jours de prison préventive, Hénon bénéficia d’un non-lieu pour l’attentat de la rue Crozatier.
Selon Jean Grave Hénon était parent du maire de Lyon, « vantard et bavard, il confiait, à qui le rencontrait, sous le sceau du secret, qu’il projetait de faire sauter le Sacré-Coeur », bavardage qui aurait amené Le Figaro à publier qu’un « groupe d’anarchistes se proposait de dynamiter la basilique de Montmartre ».
Le 12 février 1884, Charles Bourdon, âgé de vingt-trois ans, demeurant faubourg Saint-Antoine, et François Hénon, sortaient vers minuit d’une réunion tenue au gymnase Tournayre , 66 boulevard Ménilmontant, quand, arrivés à l’angle de ce boulevard et de la rue des Panoyaux, ils se mirent à chanter la Carmagnole. Deux agents survinrent et les invitèrent à s’abstenir de tout tapage nocturne ; mais Bourdon et Hénon ne tinrent aucun compte de cette observation. Comme ils persistaient à chanter, les agents les avaient alors appréhendés et conduits au bureau de M. Gonet, commissaire de police, qui, après interrogatoire, les avait gardés à sa disposition. Selon une autre version donnée par Le Cri du peuple, l’arrestation de Hénon et Bourdon serait due à une méprise de la police qui aurait confondu l’un d’eux avec Tortelier.
En 1885, il participait aux réunions du groupe du Faubourg Saint Antoine.
Le 28 avril 1885, Gustave Leboucher, condamné à 3 mois de prison, avait demandé qu’il puisse le visiter à la prison de Mazas. Il demeurait alors 38 bis rue Traversière.
Le 25 mai 1885, Hénon fut blessé de coups de sabre à la tête et aux épaules, lors d’une bagarre au Père Lachaise.
Début 1887, il participait aux réunions du groupe Le Drapeau noir qui se réunissait 195 boulevard de Charonne.
Le 12 février à la réunion du groupe, il parla des perquisitions faites dans les bureaux du Révolté, à la suite des explosions de Lyon, disant que la police était bien bête d’aller demander à Grave les noms des auteurs de ces explosions.
C’est sur sa proposition que le 13 février 1887, après sa réunion, le groupe s’était rendu au Père Lachaise sur la tombe de Jules Vallès et au mur des Fédérés où des discours furent prononcés par divers orateurs.
Le 7 mai 1887, il proposa l’édition de bulletins de votes tronqués pour les élections, afin de les faire compter comme nuls et posa le problème du financement de l’impression de ces bulletins.
Il était également signalé dans les réunions du groupe L’avant garde du XVe.
Le 29 avril 1893, d’après un relevé de la 2e brigade de recherches de la Préfecture de police, François Hénon demeurait 14 rue Keller chez M. Gevaudan. Il figurait sur l’état récapitulatif des anarchistes au 26 décembre 1893.
Le 1er juillet 1894, le commissaire Bernard effectuait une perquisition à son domicile, sans résultat. Il était arrêté et inculpé d’association de malfaiteurs.
Son dossier à la Préfecture de police portait le n°206.236.
A la fin de sa vie, il demeurait passage Abel Leblanc. Il était l’époux de Louise Bonneville.

SOURCES :
Archives de la Préfecture de police Ba 310,1145, 1499,1500, 1506,1508. — Quarante ans de propagande anarchiste par Jean Grave, L’Histoire/Flammarion 2e trimestre 1973, p.166. — Archives de Paris. Etat civil. — Le Gaulois 14 décembre 1883. — Le Figaro 15 décembre 1883. — Journal des débats 13 février 1884. — Le Cri du peuple 14 novembre 1883, 15, 17, 29 décembre 1883, 14 février 1884, 26 mai 1885. — Notice Hénon du Dictionnaire des militants anarchistes.

Attentat dans l’immeuble d’un commissaire de police, 6 rue Crozatier à Paris. 13 décembre 1883

AFFAIRE MYSTÉRIEUSE

Une forte détonation a mis, la nuit dernière, en émoi les habitants de la rue Crozatier.

Vers deux heures du matin, une bombe lancée par un individu venait tomber dans une chambre située au deuxième étage du n° 6 de cette rue, où se trouve un appartement occupé par M. Verboom, inspecteur à la compagnie du chemin de fer de Paris-Lyon-Méditerranée.

Cette bombe n’a, fort heureusement, blessé personne, mais a brisé une grande partie du mobilier.

Le premier étage de cette maison est occupé par M. Cotton d’Englesqueville, commissaire de police du quartier des Quinze-Vingts, et le dangereux engin semble lui avoir été destiné.

Voilà les renseignements donnés par la préfecture de police ; voici ceux que nous avons recueillis sur place :

La maison où s’est passé l’attentat est située rue Crozatier, 6. Au premier, côté cour, habite M. Cotton-d’Englesqueville; au deuxième, côté rue, M. Gaston Verboom.

Il y a quelques jours, un locataire de la maison s’est aperçu qu’une empreinte avait été prise de la serrure de sa porte. Après examen, le commissaire de police reconnut que pareille empreinte avait été prise chez lui.

A la suite de cette découverte, il fut con venu que, si jamais une tentative de vol ou d’effraction était commise chez un des locataires, celui ci tirerait un coup de fusil comme signal afin d’avertir le commissaire de police.

Donc l’avant-dernière nuit, vers deux heures du matin, une bombe, lancée par une main inconnue, vint éclater dans la chambre du fils de M. Verboom.

Brusquement réveillé, M. Verboom tira le coup de fusil, signal convenu.

Le feu avait pris aux rideaux ; quelques seaux d’eau suffirent pour éteindre ce commencement d’incendie.

La bombe, qui a dû être lancée de la rue, était composée d’une quantité de matière explosible et de limaille de fer, le tout enveloppé dans un papier grossier.

Cette bombe, dont la moitié n’a pas éclaté, a été envoyée à la Préfecture, où elle sera soumise à l’examen de M. Richer, expert chimiste.

Aussitôt après la détonation, on a entendu plusieurs coups de sifflet.

À la suite de l’instruction commencée par le commissaire de police, un nommé François Hénon, anarchiste très connu, a été arrêté. De fortes présomptions existent contre lui.

Il est certain que cet attentat a pour motif une vengeance anarchiste. Ce magistrat s’est beaucoup occupé des poursuites exercées contre cet individu et a instruit une partie de l’affaire Louise Michel. C’est également lui qui a arrêté Aumaréchal, l’anarchiste chez lequel on avait trouvé des matières explosibles semblables.

Lors des poursuites exercées à Lyon contre divers anarchistes, un de ceux-ci s’était caché à Paris. C’est toujours ce magistrat qui l’a découvert, précisément chez François Hénon, où cet individu s’était caché.

Le Gaulois 14 décembre 1883

HEBERT Georges, Henri. Menuisier ; anarchiste de Levallois-Perret ( Hauts-de-Seine)

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

Né le 9 septembre 1864 à Bayeux (Calvados) ; menuisier ; anarchiste de Levallois-Perret ( Hauts-de-Seine).

Un rapport de la Préfecture de police du 13 juin 1884, signalait un Hébert, membre du groupe anarchiste « Les Insurgés » du XIe arrondissement, sans que l’on sache s’il s’agissait de Georges Hébert..
Il était membre au début des années 1890 du groupe de Levallois-Perret qui avait été fondé en 1882 sous le nom de « La Solidarité » qui se réunissait salle Mézerette, 86 rue de Gravel et dont faisaient entre autres partie Léveillé, Courapied, Marchand et Dodot.
En mars 1892, il demeurait 20 rue de Courcelles à Levallois-Perret. Son dossier portait le n°2.906. Il était considéré comme militant.
A la mi mars 1892, Georges Hébert, qui demeurait 42 rue Launois, avait été l’objet comme plusieurs compagnons de Levallois (Marchand, Ouin, Collet) d’une perquisition où la police avait saisi un prospectus de la Société nationale des poudres dynamites et un livre contenant le mode d’emploi et le prix de ces poudres ; lors de l’interrogatoire il avait prétendu que ces papiers avaient été laissés par l’ancien locataire.
Le 1er avril 1892, il figurait sur une liste d’anarchistes militants (assistant régulièrement aux réunions). Son dossier à la Préfecture de police portait le n°322.745, sans que l’on connaisse le motif de ce changement.
Le 21 avril 1892, selon un relevé de la 3e brigade de recherches de la Préfecture de police, il habitait 71 rue du Bois et était considéré comme très militant.
La préfecture de police avait dressé un liste de 66 anarchistes contre lesquels des mandats d’arrêt avaient été décernés, par MM. Atthalin, Dopffer et Anquetil, juges d’instruction. Ces mandats avaient été remis à cinquante commissaires de police, et le 22 avril 1892, dès le jour, ceux-ci se
présentaient aux domiciles des anarchistes. Sur ce nombre, 43 avaient été arrêtés, dont Georges Hébert qui demeurait 20 rue de Courcelles ; le reste n’ayant pu être trouvé. Il fut poursuivi pour association de malfaiteurs.
Le 16 janvier 1893, il assistait à un meeting salle du Commerce, 94 faubourg du Temple, parmi 300 anarchistes.
Le 22 janvier 1893, avec d’autres anarchistes, il allait perturber une réunion du Parti ouvrier animée par Allemane, salle Favier. Les anarchistes empêchaient la formation d’un bureau. Suite à une mêlée générale, les socialistes quittaient la salle et les anarchistes restaient seuls, chantant la Carmagnole et Dame dynamite.
Le 10 juin 1893, il assistait à la salle du Progrès, 36 boulevard de l’Hôpital, parmi 5 à 600 personnes, à un meeting en faveur de Savicki, organisé par les étudiants socialistes.
Il figurait sur l’état récapitulatif des anarchistes au 26 décembre 1893, il était considéré comme militant et demeurait 71 rue du Bois.
Le 1er juillet 1893, Georges Hébert assistait à la salle du Commerce à une réunion publique organisée par Dufour et Marin, 400 personnes étaient présentes. Lucas y donna lecture d’un manifeste intitulé « Mort aux juges ».
Le 4 juillet 1893, il était à la salle du Commerce au meeting organisé par Saint-Martin et Cotté. À propos de la fermeture de la Bourse du travail.
Le 24 septembre 1893, une cinquantaine d’anarchistes dont Hébert, s’étaient donné rendez-vous rue Bichat, pour faire la contradiction au comité patriotique franco-russe. Georges Renard ayant été expulsé de la réunion, les anarchistes se lancèrent à son secours, une bagarre s’en suivit.
Le 2 décembre 1893, il assistait à une soirée familiale, 70 rue d’Angoulème, avec 200 personnes, pour écouter une conférence de Sébastien Faure.
Le 1er janvier 1894, comme de nombreux militants, il fut l’objet d’une perquisition à son domicile où la police avait saisi divers journaux et brochures anarchistes mais il avait été laissé en liberté. Il fut de nouveau perquisitionné et arrêté par le commissaire de police Guilhem, le 3 mars suivant.
Georges Hébert figurait sur l’état récapitulatif des anarchistes au 31 décembre 1894, il habitait 43 rue Marjolin.
Il se maria le 30 mars 1895 à Levallois-Perret avec Marie, Sophie Gallix
Sur l’état au 31 décembre 1896, il demeurait rue Trézel et était considéré comme dangereux. Sur l’état de 1901, il était noté disparu.

SOURCES :
Le Temps 23 avril 1892. — La Gazette 4 mars 1894. — Le Petit Caporal 4 mars 1894. — Archives Nationales F7/12507, F7/12508. — Archives de la Préfecture de police Ba 77, 78, 310, 1499, 1500. — Notice Georges Hébert du Dictionnaire des militants anarchistes. — Les anarchistes contre la république de Vivien Bouhey. Annexe 56 : les anarchistes de la Seine. — Archives départementales des Hauts-de-Seine. Etat civil.

HAVART Octave, Onésime. Polisseur sur métaux, orfèvre ; anarchiste de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis)

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

Né le 3 septembre 1868 à Hédouville (Val-d’Oise) ; mort le 6 juin 1902 à Saint-Denis ; polisseur sur métaux, orfèvre ; anarchiste de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis).

Octave Havart tira au sort à Saint-Denis en 1888 et fut déclaré bon pour le service auxiliaire. Il demeurait 6 rue du Quatre Septembre à Saint-Denis en janvier 1891. Il figurait sur l’état récapitulatif des anarchistes au 26 décembre 1893, il habitait 6 place du square Thiers.
Arrêté pour association de malfaiteurs, le 1er mars 1894, à son domicile, il fut libéré le 6 mars.
Sur l’état récapitulatif des anarchistes au 31 décembre 1894 et 1896, il demeurait 34 rue du Canal.
Le 20 mai 1899, il se maria à la mairie de Saint-Denis avec Léontine, Georgette Pelletier, journalière.
Il était rayé de l’état des anarchistes le 29 juin 1899. Son dossier à la Préfecture de police portait le n°231.713. La fiche de sa photo anthropométrique du fichier Alphonse Bertillon indiquait par erreur Havard.
A la fin de sa vie, il demeurait 7 rue Denfert-Rochereau à Saint-Denis.

SOURCES :
Archives de la Préfecture de police Ba 1500. — Les anarchistes contre la république de Vivien Bouhey. Annexe 56 : les anarchistes de la Seine. — Le Figaro 2 mars 1894. — Archives départementales du Val-d’Oise. Etat civil de Hédouville. — Archives départementales de Seine-Saint-Denis. État civil. — Archives de Paris. Registre matricule 2575.

 

L’affaire Matha. Le Cubilot hebdomadaire. Plainte du ministre de la guerre contre le journal.

Saison 3 : Fortuné Henry, le syndicaliste CGT, fondateur du journal Le Cubilot. Lire l’ensemble des épisodes.
Dix-huitième épisode. L’affaire Matha. Le Cubilot hebdomadaire. Plainte du ministre de la guerre contre le journal.

Fortuné Henry. Album Bertillon septembre 1894. CIRA de Lausanne.

Rappelons qu’une enquête avait fait découvrir qu’une caisse, saisie dans la cour du Libertaire, contenait du matériel de fausse-monnaie et un numéro du Cubilot. Des poursuites furent engagées contre Matha, le gérant du journal. Le 1er juillet 1907, une perquisition avait lieu à la colonie d’Aiglemont. Dès ce moment le Cubilot fit campagne faveur de Matha.

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

Le 12 octobre 1907, Fortuné participe à un meeting à la salle du Progrès social, 92 rue de Clignancourt, à l’ordre du jour : « L’affaire Matha et la liberté d’opinion ». La salle est bondée, 450 personnes y assistent. D’autres orateurs interviennent : Charles Malato, Paraf-Javal et Jules Lermina. Fortuné déclare : « Il y a 20 ans que je connais Matha. Nous avons longtemps habité la même chambre et partagé le même lit. Chaque fois que je viens à Paris, je couche chez Matha. Mon ami s’occupait exclusivement de propagande. Ce n’est donc pas lui qui, se sachant surveillé par la police, eut été assez bête pour conserver au Libertaire tout un attirail de faux-monnayeur… Il explique ensuite que la caisse découverte par la police contenait des brochures anarchistes, des numéros du Libertaire et quelques exemplaires d’une feuille que lui, Fortuné Henry, édite pour son compte.

De là, à me considérer comme étant le complice de Matha, il n’y avait qu’un pas, et cette crapule de Leydet ordonna aussitôt qu’une perquisition fût pratiquée à la colonie d’Aiglemont.

Trois agents de la sûreté, le procureur de la république et 30 gendarmes se présentèrent à la colonie tandis que nous étions absents et que, seule, une femme se trouvait chez nous…

Ces individus fracturèrent nos meubles, vidèrent nos pots de confiture et nos conserves d’oseille pour fouiller dedans. Ils s’en furent bredouilles, n’emportant pour tout butin que notre comptabilité…

Lorsque nous rentrâmes de notre travail, l’indignation nous gagna. Je pris immédiatement le train pour venir casser la gueule à Leydet (sic). Je dus de ne pas être arrêté et ne pas mettre à exécution mon projet, à une circonstance toute fortuite. Leydet, en effet, très occupé, procédait à l’interrogatoire de Soleillant. Cette crapule (Leydet) ne me laissa pas pénétrer dans son Cabinet. C’est au seuil de la porte qu’il me reçut.

— Je suis – lui dis-je – Fortuné Henry, d’Aiglemont, je viens chercher les papiers que vous avez fait cambrioler chez moi, par vos apaches.

La hyène se redressa et, revenu de sa surprise :

—  Je ne puis tolérer un pareil langage, bégaya-t-il.

—  Je ne suis pas venu ici pour vous demander si vous êtes disposé à tolérer mon langage. Je veux la comptabilité que vous avez donné ordre de me voler.

—  Si vous continuez sur ce ton, je vais vous faire arrêter.

—  Et moi, je vais vous étrangler, salaud ! lui répondis-je.

Eh bien ! Camarades, Leydet, l’homme de toutes les sales besognes, le lèche bottes des puissants, l’être misérable que nous retrouvons toujours chaque fois qu’un mauvais coup se prépare contre les militants, n’a pas osé me faire arrêter. Il était blême ; il tremblait !

Le lendemain, le procureur de la république en personne, faisait 4 kilomètres à pied pour me remettre mes papiers (ovations).

Fortuné Henry profère ensuite des menaces contre la police et se déclare disposé à lutter jusqu’au sacrifice pour sauver Matha. »1

Lors du procès en Cour d’assises du 19 au 21 novembre 1907, devant la vacuité du dossier, l’avocat général renonce à son réquisitoire contre Matha, qui fut acquitté le lendemain.

Mais Fortuné n’en a pas terminé avec les juges. Le 14 octobre 1907, vers 15 heures, Henri Paulet, wattman2de la Compagnie des tramways de Charleville, descend l’avenue de la gare, lorsqu’il heurte avec son tram, une tapissière3 attelée d’un cheval dans laquelle se trouvait Fortuné Henry et un colon surnommé le Savoyard.

Le choc culbute le cheval et brise les brancards. Furieux, Fortuné, aidé de son compagnon, se précipitent sur le wattman qui veut offrir ses services pour relever le cheval et tous deux lui administrent une sérieuse raclée. M. Paulet a deux dents cassées à la mâchoire supérieure et une forte éraflure derrière l’oreille gauche.4

Le 4 décembre 1907, Fortuné se retrouve devant le tribunal correctionnel, pour coups et blessures sur le wattman. A l’audience il explique qu’il a agit par réflexe et déclare que M. Paulet est responsable de l’accident et qu’il était en légitime défense mais le tribunal ne le suit pas, le condamne à 15 jours de prison et aux dépens.5

Le Cubilot depuis sa fusion avec l’Egalité a pris une orientation nettement antimilitariste qui marque également le début d’ennuis judiciaires.

Document Archives départementales des Ardennes. Cliquer ici pour voir le journal en entier

Dans le n° 35 du journal, paru le 6 octobre 1907, un article intitulé « Pro Patria » et signé par Jean Prolo, inaugure cette campagne contre l’armée : « Depuis quelques jours déjà le mouvement inusité des gares, montre que l’ogre Patrie, comme chaque année, reçoit sa provende de chair fraîche.

Chair fraîche que dans deux ans elle rendra sous forme d’alcooliques, de syphilisés, de tuberculeux ou de mouchards…Et tandis que les mieux doués, les plus forts, les plus beaux gars s’en vont à l’école de la paresse et de l’ivrognerie, les malingres et les souffreteux, les phtisiques et les estropiés restent pour travailler et faire des enfants, pour gagner le budget de la guerre et de la marine et régénérer l’espèce. »

Dans le même numéro du Cubilot, Taffet qui a assisté au XIIIe congrès de l’Union fédérale des ouvriers métallurgistes de France à la salle de la coopératives l’Egalitaire rend compte des discussions auxquelles assistaient 98 délégués représentant 113 syndicats.

Le 19 octobre 1907, le préfet des Ardennes demande au maire d’Aiglemont de lui adresser les exemplaires du Cubilot qui ont dû, depuis l’impression du journal dans le village, être déposés à la mairie, en conformité des articles 3 et 10 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, faisant obligation à l’imprimeur et au gérant de déposer chacun deux exemplaires du journal.6

Le 20 octobre 1907, paraît le n°36 du Cubilot. Le journal y annonce le début d’une crise dans l’automobile. Un article évoque la situation des établissements Porcher à Revin où malgré la grève de légers bénéficies ont été réalisés mais des ouvriers de l’usine n’ont pas encore été réembauchés alors que le carnet de commandes est très chargé. Poursuivant sa campagne antimilitariste, le Cubilot évoque la situation d’un soldat déserteur, condamné à deux ans de prison. Dans la série d’articles intitulée « L’organisation de la Révolution » signée « un de la basse classe », l’auteur anonyme propose : « Pourquoi les révolutionnaires d’une même localité ne tenteraient-ils pas des essais de vie collective (jardins communistes, soupes communistes permanentes, achats en commun, gardiennages de jeunes enfants, agapes fraternelles, etc.) où tout en trouvant de sérieux avantages pécuniaires, ils contribueraient à améliorer leur mentalité et à dissiper les préjugés qui ont cours, si souvent, dans la classe ouvrière. » On retrouve là un « melting pot » des expériences tentées à l’Essai et utilisées dans la grève de Revin mais dont la généralisation ne trouve pas d’écho.

Le 25 octobre 1907, le ministre de la guerre dépose plainte contre André Mounier, le gérant du Cubilot, pour la publication de plusieurs articles injurieux envers l’armée. Une information judiciaire est ouverte à raison des injures contenues dans l’article « Pro Patria ».7

Collection Bnf JO-25065. L’entête de très mauvaise qualité a été modifiée. Lire le journal entier ici

Le 3 novembre 1907, paraît le n°37 du Cubilot, le journal fait le point sur les conditions d’impression : « Grâce au dévouement et à l’énergie des camarades de la colonie d’Aiglemont, les quatre derniers numéros du Cubilot ont été tirés à bras.

Ça a été un travail considérablement dur, parce que la machine était neuve.

Nous avons été retardés dans l’installation du moteur, c’est ce qui nous a mis dans l’obligation de ne pas paraître samedi dernier.

Ce numéro est le dernier que nous tirons dans ces conditions et notre parution à partir d’aujourd’hui devient régulière.

C’est hebdomadairement que nous paraissons. »

Taffet, dans un article intitulé « Syndicats et Fédérations » lance un appel aux 16 organisations syndicales, adhérentes à l’Union des syndicats des Ardennes qui n’appartiennent pas à une Fédération nationale, de faire leur devoir et de rejoindre leur fédération de métier ou d’industrie comme les 18 autres qui l’ont fait, en application des statuts de la CGT.

Le journal annonce que Merrheim, secrétaire de la Fédération de la métallurgie, vient dans les Ardennes, et avec Taffet, fera une série de réunions sur le Syndicalisme et l’organisation ouvrière. La tournée de propagande sera clôturée le 10 novembre 1907 à Braux, salle de la mairie par une conférence sur le syndicalisme par Taffet, secrétaire de l’Union des syndicats et Fortuné Henry, du Cubilot.

De son côté le groupe libertaire se réunit le dimanche 3 novembre 1907 au café Lyonnais, 64 rue Bourbon à Charleville.

Collection Bnf JO-25065. Lire le journal entier ici

Le n°38 du Cubilot du 10 novembre 1907, annonce en page deux, sur 3 colonnes : « Dernière heure. Plainte du général Picquart contre le Cubilot. L’ex-défenseur de Dreyfus, pourvoyeur de prison.

Collection Ville de Paris / BHVP

Le Cubilot étant sous presse, une bonne nouvelle nous parvient.

Nous arrêtons son tirage pour informer nos lecteurs que le journal est poursuivi en la personne du camarade André Mounier, son gérant, pour un article paru dans le numéro 35, sous le titre : « Pro Patria », de notre collaborateur Jean Prolo.

Outrages à l’armée ! ! C’est la Grande Muette qui parle… Nous lui répondrons à huitaine.

Le Cubilot »

1 Archives nationales F7/15968. Rapports 13 octobre 1907. F7/12723 rapport 13 octobre 1907.

2 Le wattman est le nom que l’on donne au conducteur d’un tramway.

3 Voiture hippomobile à quatre roues.

4 La Dépêche des Ardennes 15 octobre 1907.

5 La Dépêche des Ardennes 5 décembre 1907.

6 Archives communales d’Aiglemont S1 Communisme expérimental L’Essai.

7 Archives départementales des Ardennes 3 U 2413

(© D. Petit, 2020, tous droits réservés)

HANDROCK Frédéric, Wilhem. Doreur sur bois. Soupçonné d’anarchisme à Paris

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

Né le 21 février 1860 à Lyck (Allemagne, aujourd’hui Ełk Pologne) ; doreur sur bois. Soupçonné d’anarchisme à Paris.

Frédéric Handrock était arrêté le 2 mars 1894, pour association de malfaiteurs. Son logement 75 rue Claude-Decaen était perquisitionné par les agents de la 3e brigade de recherches de la Préfecture de police. Il était libéré le 10 mars.
Il était marié et avait deux enfants. Il travaillait à la Société française (fabrique de baguettes) 81 rue Claude-Decaen.
Son dossier à la Préfecture de police portait le n°277.608.

SOURCES :
La Presse 3 mars 1894. — Archives de la Préfecture de police Ba 1500. — Les anarchistes contre la république de Vivien Bouhey. Annexe 56 : les anarchistes de la Seine.

HAESIG Léon. Chaudronnier ; anarchiste de Saint-Denis.

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

Né le 31octobre 1874 à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) ; chaudronnier ; anarchiste de Saint-Denis.

En septembre 1892, Léon Haesig demeurait 35 boulevard Chateaudun à Saint-Denis.
Le 21 octobre 1893, il était condamné à 6 jours de prison, pour complicité d’escroquerie.
Léon Haesig figurait sur l’état récapitulatif des anarchistes au 26 décembre 1893. Il demeurait 34 rue Compoise à Saint-Denis.
En 1894, il fut exempté du service militaire pour perforation du tympan et otite chronique.
Arrêté le 20 février 1894, pour association de malfaiteurs. Il était libéré le 18 mars.
Léon Haesig était porté sur l’état récapitulatif des anarchistes au 31 décembre 1894, il demeurait chemin de Stains à Stains.
Le 19 novembre 1895, il était condamné à 2 mois de prison pour vol.
Sur l’état du 31 décembre 1896, il habitait 5 rue du Chevet de l’Eglise à Saint-Denis.
Il se mariait le 12 juin 1897 à Saint-Denis avec Maria Dymphna Jespers, ménagère. Il demeurait 34 rue de la République. Leur divorce était prononcé le 30 mars 1905.
En 1906, il était chauffeur et demeurait 26 quai de la Seine à l’Ile-Saint-Denis.
Le 19 mars 1901, il était condamné à 16 fr. d’amende pour coups.
Sur l’état de 1901, il était noté qu’il avait quitté le département.
Il se mariait le 2 juin 1906 à l’Ile-Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) avec Marie, Philommène, Mathilde Coquelle, ménagère.
Affecté au 34e régiment territorial d’infanterie à Fontainebleau le 11 octobre 1915, il ne rejoignait pas son régiment et fut déclaré insoumis le 30 octobre 1915. Il fut rayé des contrôles de l’insoumission le 31 mars 1926.
Son dossier à la Préfecture de police portait le n° 327. 678.

SOURCES :
Archives municipales de Saint-Denis. Etat civil.— Archives de la Préfecture de police Ba 310, 1500. — Les anarchistes contre la république de Vivien Bouhey. Annexe 56 : les anarchistes de la Seine. — Archives de Paris. Recrutement : Bureau : 1er bureau, Matricule : 4895 de la classe 1894, Seine-et-Oise.

GUILLEMARD Isidore, François, Gervais [dit SANTRAS]. Menuisier ; anarchiste parisien.

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

Né le 19 juillet 1847 à Saint Michel des Andaines (Orne) ; menuisier ; anarchiste parisien.

Le 12 novembre 1868, Isidore Guillemard se maria à Couterne Rives d’Andaine (Orne) avec Armande, Victorine, Marie Colombert, couturière.
En 1892 Isidore Guillemard demeurait 56 rue de Belleville. Le 20 juillet 1892, l’indicateur X n°4 indiquait que Guillemard, menuisier demeurant 56 rue de Belleville était l’auteur d’un alphabet codé, pour correspondances secrètes dont il donnait l’énoncé dans son rapport.
Selon un rapport de l’indicateur X4 du 13 septembre 1892, il voulait organiser un nouveau groupe devant se réunir 66 rue Vieille du Temple mais selon X4, il était probable que le patron du débit de boisson allait lui refuser la salle.
Le 23 octobre 1892, avec une quarantaine de compagnons, il était allé perturber un meeting boulangiste tenu salle Favié. A cette même époque il était signalé dans les réunions du Cercle anarchiste international, salle Georget.
Isodore Guillemard était un militant très présent dans les réunions anarchistes de l’année 1893, on trouvait son nom cité 54 fois, avec diverses orthographes, dans les rapports des indicateurs. Mais son numéro de dossier étant rarement cité et son prénom jamais mentionné, il n’a pas été possible de les reprendre, sauf ceux portant le numéro de dossier 39.694.
Le 29 janvier 1893, Isidore Guillemard était présent parmi les soixante personnes assistant à la réunion tenue salle Georget, 35 rue Aumaire où Renard, dit Georges faisait une conférence sur l’individualisme et le communisme.
Le 4 mars 1893, environ 500 personnes, Isidore Guillemard et 150 anarchistes assistaient à la réunion de la salle du Commerce, organisée par les anarchistes du XXe arrondissement. L’ordre du jour était le suivant : « La Misère et ses conséquences. Suppression des bureaux de placement, les grands financiers du Panama. »
Le 9 mars 1893, il avait participé avec sa femme et une cinquantaine de compagnons à la « cavalcade anarchiste » en faveur de l’abstention organisée Place de la République parEugénie Collot et Marie Paul Constant dit le Père La Purge. Ils portaient des oreilles d’ânes en carton noir avec l’inscription « Candidats abstentionnistes ».
Le 23 avril 1893, la 2e brigade de recherches de la Préfecture de police le notait à nouveau, 56 rue de Belleville et avec un dossier n°39.694. Il était considéré comme militant.
Le 6 mai 1893, il participait avec sa femme, au meeting de la salle du Commerce, rue du faubourg du Temple, réunissant 400 personnes où les orateurs firent le procès des divers partis socialistes.
Le 23 mai 1893, il figurait parmi la centaine d’assistants, à la réunion organisée par les anarchistes individualistes, salle Octobre, rue de la Montagne Sainte-Geneviève.
Le 14 octobre 1893, l’indicateur Barbier signalait que Guillemard avait participé à l’exhibition d’un modèle de petite bombe en plomb, formé de deux demi-circonférences et muni de 14 clous ordinaires, reliés ensemble par un fil de fer, les pointes de clous formant percuteurs au centre de la bombe sur des capsules. Ce modèle était exposé 44 rue Ménilmontant. S’agissait-il d’une parodie ?
Il demeurait depuis le 3 janvier 1894, 8 rue des Lombards où le 28 février 1894 il fut arrêté, pour association de malfaiteurs. Il était libéré le 5 mars. Par erreur, semblait-il la Préfecture de police lui attribuait le n°328.518 (le même que Dauby Henri arrêté le même jour). Il avait alors 3 enfants.
Il figurait sur l’état des anarchistes au 31 décembre 1894, sur celui au 31 décembre 1896 et en 1901 (son dossier portait alors le n°337.989).
Il ne doit pas être confondu avec Adolphe Guillemard, colporteur (dossier 294.201) noté également 56 rue de Belleville par la 3e brigade de recherches le 9 décembre 1892.

SOURCES :
Notice GUILMARD Isidore du Dictionnaire des militants anarchistes. — Archives départementales de l’Orne. Etat civil . — Archives de la Préfecture de police Ba 77,78, 1500, 1506. — Les anarchistes contre la république de Vivien Bouhey. Annexe 56 : les anarchistes de la Seine. — Le Figaro 1er mars 1894. — L’Intransigeant 2 mars 1894.

La fin de la grève de Revin et les minorités agissantes.

Saison 3 : Fortuné Henry, le syndicaliste CGT, fondateur du journal Le Cubilot. Lire l’ensemble des épisodes.
Dix-septième épisode. La fin de la grève de Revin et les minorités agissantes.

Fortuné Henry. Album Bertillon septembre 1894. CIRA de Lausanne.

A Revin la grève se termine sans qu’il soit possible de déterminer un véritable vainqueur de ce long conflit social, dont Taffet avait fixé les enjeux : le contrôle ouvrier des entreprise. S’il est certain que cet objectif n’est pas atteint, qu’obtiennent les travailleurs de Revin ? Un accord est signé le 30 août 1907 entre les délégués ouvriers et patronaux. Le 5 septembre la grève est terminée et le 12 septembre, les enfants mis en pension dans des familles ouvrières des Ardennes rentrent à la maison1.

Deux articles du nouveau règlement, à l’origine du conflit, sont modifiés : l’article 2 autorise les sorties, uniquement pour se rafraîchir, instaure une tolérance d’une heure pour l’entrée et la sortie, l’application de la journée de 10 heures et le renvoi n’est appliqué qu’après l’avertissement aux ouvriers coupables d’absences reconnues injustifiées. En ce qui concerne l’article 3, aucun ouvrier ne peut être inquiété en raison de ses opinions politiques et lors d’un conflit avec un contremaître, seul le patron a le pouvoir de licencier.2

Document Archives départementales des Ardennes. PERH320 1. Collection privée Philippe Decobert. Cliquer ici pour lire le journal en entier.

Le n°33 du 8 septembre 1907 du Cubilot, sous la plume de Taffet analyse ce compromis : « Le grand conflit qui depuis quatre mois a passionné toute la région industrieuse des Ardennes est enfin terminé. Or, comme il faut être logique, je ne crierai pas victoire, mais je me permettrai de donner quelques appréciations.

Tout d’abord, l’article premier du règlement patronal était l’application de la journée de 10 heures.

Oh ? Combien nous souhaitions cette application ; car il est regrettable que des ouvriers soient obligés de peiner pendant 14 heures pour arriver à faire leur journée et cependant cela se passait chez MM. Faure et ailleurs ; or, j’en déduis que l’application intégrale de la journée de dix heures obligera les exploiteurs à augmenter la main d’œuvre sur certains articles.

L’article 2 comportait la mise à pied ; cette mise à pied n’est pas tout à fait éliminée, mais on peut dire qu’elle n’est pas applicable du fait qu’un ouvrier peut justifier de son absence, les cas ne manquent pas et il est surtout convenu qu’il sera permis d’intervenir dans toute punition non justifiée, nos amis n’y failliront pas.

L’article 3, qui n’était autre que l’arrogation du droit de renvoyer un ouvrier sans indemnité, est détruit de par le procès-verbal, car il est dit qu’une délégation ouvrière sera entendue chaque fois qu’un renvoi donnera lieu à des interprétations erronées ; or, pourquoi un ouvrier qui fait le bien-être de son patron serait-il renvoyé pour une vétille ? Cela ne peut s’admettre et nos amis [illisible] qu’ils sont unis chaque fois que pareil fait se produira.

Mais je dois dire surtout que le système de réembauche n’est pas tout à fait à notre convenance, car il est facile à un patron de laisser sur le pavé ceux qui pourraient, de par leur franchise, lui paraître gênants.

Enfin j’en conclus que personne n’aurait eu le pressentiment de la force de cohésion et de discipline observée par les ouvriers. On nous dit en pleine anarchie, mais qu’il me soit permis d’objecter que la victoire morale de Revin nous lave de toutes les attaques. Le syndicat de Revin condamné à mort est au contraire en bonne santé, et le stimulant fourni par Messieurs les patrons lui donne la vigueur nécessaire pour affronter les luttes futures.

Al. Taffet »

Cette vision optimiste de la fin de la grève de Revin, n’est pas partagée par tout le monde, ainsi paraît dans le Cubilot n°35 du 6 octobre 1907, une tribune libre intitulée « L’organisation de la Révolution » : « Le réveil qui s’est manifesté en Ardenne, cette dernière année et qui se clôture après l’escarmouche avant-coureuse de Revin, par le statut quo aboutira à un avortement banal, avortement à ajouter à tous les autres qui se sont produits un peu partout – les militants d’il y a vingt ans comprendront ce que je veux dire – si l’éducation quotidienne du troupeau ne nous fait pas encore et toujours des hommes pour la lutte, des unités conscientes, des individus.

Cette œuvre tentera les plus dolents et les plus blasés ; pour l’entreprendre nous sommes peu nombreux, certes ; c’est justement ce qui nous enrage ; mais enfin nous sommes, et nous ne seront pas de sitôt réduits au silence, même si la ploutocratie impérialiste de France veut coffrer Taffet et les autres camarades qui ont assumé la tâche de « soulever le Prolétariat » suivant la pittoresque expression de la Guerre sociale…. Il faut que les minorités agissantes se révèlent, attestent leur existence, manifestent. Cela ne se produit pas ainsi aujourd’hui – je le constate douloureusement – à propos du mouvement revinois, par exemple, qu’avons-nous à signaler ? Quelques hommes ; ce n’est pas assez, et si les bons camarades en qui sommeillent des militants voulaient bien venir hardiment à l’action, ce n’est certainement pas des demi-victoires que nous enregistrerions.

Un de la basse-classe. »

Ainsi les quatre mois de grève n’aboutissent qu’à une semi-victoire ou semi-défaite et la perspective dressée par cette tribune est un appel à l’action des minorités, sans que l’on sache très bien pour quoi faire ? Dans cette minorité agissante Taffet est un des personnages centraux, dans le Cubilot n°33 du 8 septembre 1907, celui-ci explique son rôle dans l’Union des syndicats des Ardennes : « Il est possible que cela ne plaise point à certains de voir l’anarchiste Taffet à la tête de l’Union, cela je le regrette. Tout d’abord, je dois dire que je ne sais pas si je suis anarchiste, mais ce que je puis dire c’est que je suis révolté contre toutes les iniquités sociales actuelles, et qu’il est de mon devoir de faire le plus de révoltés possible.

Je sais aussi que certains liens de camaraderie qui existent entre Fortuné Henry et moi n’ont pas le don de plaire à certains socialistes, mais qu’ils me permettent de le dire que je ne fais pas de Fortuné ce qu’ils ont fait de Poulain : un fétiche et un adjudant des malfaiteurs qui nous régissent. Je vois en Henry un collaborateur à l’idée poursuivie, rien d’autre et je dois dire surtout qu’il n’est dans l’Union que l’ami prêtant son concours sans aucune rétribution ; il n’assiste jamais aux réunions du comité depuis que je suis secrétaire, ce sont donc les délégués des syndicats adhérents qui donnent l’orientation et la marche à notre organisation départementale…Eh bien, peut-être que l’on me traitera d’anarchiste, mais je dis que l’Union des syndicats doit se considérer comme étant en insurrection permanente contre la société capitaliste ; qu’elle doit réchauffer et développer dans son sein l’embryon d’une société où le Travail sera tout. C’est ce que nous devons faire, c’est ce que nous ferons.

Al. Taffet. »

Mais ce rôle d’animateur de la « minorité agissante » que Taffet tente de jouer n’est évidemment pas du goût de la Dépêche des Ardennes qui défend le point de vue des industriels : « Il est réellement triste de constater avec quelle facilité les parasites de la Sociale et les mauvais bergers de l’anarchie exploitent la crédulité des travailleurs. Parmi les plus cyniques, il convient de signaler le trop fameux Taffet, que l’on peut voir élégamment vêtu, parader sur sa bécane ou trônant dans on bureau de la rue Victoire Cousin.

Le siège de l’Union des syndicats des Ardennes, rue Victoire Cousin.

Taffet est bien le type de ces fainéants révolutionnaires, sans aucun fond, mais dotés d’un tel toupet qu’ils arrivent à en imposer à ceux qui croient avoir à faire à des natures loyales et sincères. Or Taffet n’est ni l’un, ni l’autre. Il s’est engagé dans le syndicalisme et la CGT pour vivre sans travailler. Je ne connais qu’une seule politique, dit-il un jour à un militant, celle du pain dans l’armoire. Cette phrase dépeint bien l’individu. Taffet n’est entré dans la politique révolutionnaire que parce qu’il y trouve son profit et s’il avait plus d’avantages à passer à l’ennemi, il le ferait sans scrupule. Son langage l’indique assez.

Le petit agitateur de Mohon a toujours cherché l’occasion de quitter l’atelier qui lui paraissait un bagne, pour s’élever au rang de parasite de la Sociale et il n’a même pas la pudeur de rester modeste dans ce rôle.

Des militants indignés m’ont déclaré qu’ils avaient été écœurés de son attitude au congrès de Mohon. Alors que les ouvriers n’avaient même pas le moyen de s’offrir une chope de deux sous, Taffet sablait le champagne dans une arrière boutique du café. La grève de Revin a été également pour lui une bonne occasion de profiter de l’erreur des ouvriers. Qu’allait-il faire dans cette région, puisqu’il n’était ni ouvrier, ni du syndicat des métallurgistes de Revin ? Il pratiquait tout simplement sa politique si chère du pain dans l’armoire. Qu’on aille pas dire que son rôle de secrétaire de l’Union des syndicats l’y obligeait, car si son dévouement à la cause ouvrière avait été sans bénéfice, on peut être certain que ce petit bonhomme serait resté tranquillement chez lui. Il est pouffant ! Depuis qu’il est délégué de la CGT, il se croit quelqu’un. Il se figure être un grand orateur et un parfait écrivain. Aussi en profite-t-il pour raser les lecteurs du journal anarchiste du supérieur de la Congrégation libertaire d’Aiglemont et se noyer dans les problèmes ardus d’économie politique ou sociale, formules abstraites dans lesquelles il n’entend pas un traître mot. Et ses articles n’ont jamais qu’un seul but, l’organisation des grèves. Taffet est gréviculteur par excellence. Donc, il aime la grève, pour lui cela se comprend. Pendant que les pauvres malheureux grévistes cessent le travail et meurent de faim pour obtenir d’illusoires satisfactions, les meneurs genre Taffet ont bon temps. Sous prétexte d’entretenir leur zèle en prononçant des discours incendiaires et subversifs, ils excitent les prolétaires à la haine des patrons, car la lutte des classes est pour eux un excellent appât pour pêcher en eau trouble. »3

Ce conflit social d’ampleur laisse un goût amer à Revin. Les craintes de Taffet à propos des conditions de reprise du travail des grévistes se révèlent fondées : les entreprises Morel et Druart reprennent des ouvriers belges, favorisant le chômage et la baisse des salaires. Le syndicat est obligé de mettre à l’index les entreprises qui se livrent à ces manœuvres afin de les obliger à embaucher de la main-d’œuvre locale. Il crée un bureau de placement pour mettre en relation les salariés avec les entreprises qu’il estime convenables.4

Notes :

1 Cinq mois d’un combat ouvrier : la grande grève revinoise de 1907 par Grégory Kaczmarek. Revue historique ardennaise n°49 2017

2 Ibid.

3 La Dépêche des Ardennes 4 novembre 1907

4 Cinq mois d’un combat ouvrier : la grande grève revinoise de 1907 par Grégory Kaczmarek. Revue historique ardennaise n°49 2017

 

(© D. Petit, 2020, tous droits réservés)

A l’enseigne « La cordonnerie anarchiste », l’échoppe de Henri Mercier à Trélazé (Maine et Loire)

Commissaire spécial de police

Gare d’Angers

Angers 16 février 1894

Rapport

Des renseignements recueillis à Trélazé dans la journée d’hier et complétés ce matin, il résulte que la demeure de Mercier ou plutôt l’atelier de cordonnerie qu’il occupe dans la cour du débit Tessier est devenu depuis quelques temps, le lieu de réunions des anarchistes militants.

C’est toute la journée un va et vient d’individus suspects qui viennent apprendre auprès de lui les nouvelles ou chercher le mot d’ordre des compagnons.

On y remarque, entre autres Georget le secrétaire de la Chambre syndicale des carriers, bien connu pour ses idées anarchistes et le dimanche, Philippe, qui vient d’Angers lui apporter le concours de sa parole pour réchauffer le zèle des compagnons et faire de nouveaux prosélytes.

Quant à Chevry, on ne l’a pas aperçu à Trélazé en ces derniers temps.

On a signalé aussi parmi les habitués de l’échoppe de Mercier, le sieur Cantal d’Angers, vendeur du Petit Parisien, lequel passe presque tous ses après-midi en compagnie de Mercier, qu’il seconde dans sa propagande anarchiste. Cet individu, qui passe presque tout son temps à Trélazé, sous le prétexte de vendre des journaux et qui n’a pas d’autre moyen d’existence que le bénéfice fort minime retiré de ce commerce, paraît des plus dangereux et est devenu l’ami le plus intime de Mercier.

On remarque ce fait que, tandis que la plupart des anarchistes se montrent très réservés depuis les dernières mesures de rigueur dont ils ont été l’objet, Mercier, au contraire, affiche hautement ses idées anarchistes en mettant bien évidence son enseigne de « Cordonnerie anarchiste » et se livrant dans son atelier aux diatribes les plus violentes contre la société.

Sa propagande vise principalement à l’heure actuelle, les jeunes gens de 18 à 20 ans qui viennent à son échoppe, amenés par Georget, Ménard ou autres militants et il est à craindre que ses efforts pour les entraîner dans le mouvement anarchiste ne soient pas vains, car le nombre de ceux qui fréquentent son atelier augmente rapidement, prétend-on.

En résumé, pendant que Ménard et les autres chefs du parti anarchiste de Trélazé semblent s’abstenir de toute démonstration, par crainte de répression, Mercier a institué dans son échoppe, avec le concours journalier de Cantal et celui dominical de Philippe, un véritable cours d’anarchie à l’usage des jeunes ouvriers des carrières.

Le commissaire de police.

(2046)

Commissaire spécial de police

Gare d’Angers

Angers 21 février 1894

Rapport

Pour date suite à mon rapport en date du 16 courant, relatif aux agissements de l’anarchiste Mercier de Trélazé, j’ai l’honneur de faire connaître que les renseignements qu’il contient sont des renseignements de police, puisés à diverses sources et auprès de personnes digne de foi, bien placées pour savoir ce qui se passe dans l’échoppe du cordonnier anarchiste, mais qui se refuseraient certainement à faire des déclarations sous forme de procès-verbal ou a déposer en justice.

On me dit, d’autre part, que Mercier, à la suite de sa dernière comparution devant M. le juge d’instruction, aurait résolu de faire disparaître son enseigne de « Cordonnerie anarchiste » et de mettre fin aux conciliabules tenus journellement par les anarchistes dans son échoppe.

Sans ajouter plus de foi qu’il ne faut aux résolutions de sagesse annoncées par mercier, il semble prudent d’en attendre les effets, tout en continuant à le surveiller étroitement.

Le commissaire spécial.

2 U 2-142 Archives départementales du Maine-et-Loire

Lire le dossier : Les anarchistes à Angers : premières victimes des lois scélérates