Grèves, meetings, attentats à la dynamite dans le Borinage (Belgique). 28 Décembre 1879 (suite).

Parquet du tribunal de 1ère instance de Mons

Mons le 28 décembre 1879

Monsieur le procureur général,

Comme suite à mes rapports relatifs à la grève, j’ai l’honneur de vous informer que l’amélioration signalée à Hornu et à Boussu aux puits du Grand-Hornu et de l’Ouest de Mons s’est étendue à quelques fosses d’Hornu-et-Wasmes à Wasmes et des Produits au Flénu. On évalue à douze cents le nombre des ouvriers qui ont repris le travail.

La situation reste néanmoins extrêmement tendue dans son ensemble. Aucun rapprochement sérieux ne s’annonce. On remarque, au contraire, dans les meetings, une irritation qui va croissante. Jusqu’ici prudentes et réservées, ces assemblées entrent depuis deux jours dans une voie nouvelle et provoquent directement à la violence. Dans une réunion tenue avant-hier soir à Cuesmes, un sieur Delhoye, colporteur de journaux à Jemappes, a annoncé que l’on se porterait le lendemain à Dour et à Boussu pour arrêter les traits. Le (?) vivement acclamé, n’a pas reçu heureusement d’exécution.

Hier 27, à Frameries, dans un autre meeting, Ferdiand Monniez*, de Bruxelles, a convoqué pour demain lundi, les ouvriers en armes sur la Grand-place de Paturages, d’où ils descendraient en masse sur Hornu, Dour. Ces provocations tombant manifestement sous l’application de l’article 66 du code pénal, et si elles sont écoutées, je n’hésiterai pas à requérir mandat d’arrêt.

D’un autre côté, j’ai à vous faire part, monsieur le procureur général, d’un nouvel attentat contre les propriétés. Dans la nuit du 26 au 27, vers une (?) heure, une bouteille remplie de poudre de mine a fait explosion sur le trumeau d’une fenêtre dans une dépendance de la maison du sieur Dufrasmes, agent des Charbonnages à Quaraignon. La commotion n’a produit que des dégâts insignifiants et ce n’est que le matin que M. Dufrasmes a reconnu qu’il en était la victime.

J’ai recueilli sur les lieux le papier qui enveloppait la charge : il est exactement semblable à celui dont la charge a été pratiquée chez Borive. Des rapprochements sont faits dans tous les Charbonnages pour en découvrir la provenance. M. Dufrasmes n’a pas d’ennemis et ne sait sur qui porter ses soupçons. Il se rappelle toutefois avoir été accosté le 24 décembre, devant la maison dévastée du (?) Thomas, par un ouvrier qui lui demanda à boire et qui, sur son refus, lui dit : « on a miné ; on minera encore ! » Cet individu que M. Dufrasmes ne connaît pas mais qui habite certainement Quaregnon, est activement recherché et je ne doute pas qu’il soit retrouvé.

Un autre fait grave qui aurait pu devenir le point de départ d’un mouvement, s’est passé à Jemappes dans la soirée du 26. Une bande de cent cinquante individus s’est abattue tout à coup, vers 8 heures, sur (?) Rivage et en a enlevé en quelques instants cent hectolitres environ de charbon. Lorsque la gendarmerie, dirigée en toute hâte sur les lieux, arriva, la bande s’était dispersée. Une instruction est ouverte pour découvrir les coupables.

Aujourd’hui dimanche des meetings ont lieu sur différents points, notamment à Jemappes où la réunion doit être, parait-il, particulièrement nombreuse.

L’armée a été requise et occupe depuis hier le voisinage.

Veuillez agréer, monsieur le procureur général, l’assurance de ma considération la plus distinguée.

Le procureur du roi.

Source : Grève dans le le Borinage. Décembre 1879. Inventaire des archives du parquet général de Bruxelles

*Il s’agit de Ferdinand Monier

Lire le dossier : Grèves, meetings, attentats à la dynamite dans le Borinage (Belgique)

Réunion secrète des groupes anarchistes parisiens pour préparer un congrès international à La Chaux-de-Fonds. 19 avril 1883

A.P.

Paris le 20 avril 1883

Hier soir, jeudi, a eu lieu chez Grave, une réunion secrète à laquelle ont assisté Jeallot, Crié et une dizaine de membres des groupes anarchistes internationaux en correspondance avec la Suisse.

Voici le détail très important de ce que a été dit :

De Genève, Herzig annonce de la part de Clémence qui est à Lausanne, que la Fédération jurassienne a discuté la proposition faite par la section de de la Chaux-de-Fonds, de tenir au mois de juillet prochain, un congrès international faisant suite à celui de Lausanne de 1882.

Ce congrès aurait pour but principal la création d’une caisse révolutionnaire centralisant les capitaux des anarchistes du monde entier.

Ce comité et cette caisse dirigeraient les opérations anarchistes, d’accord avec toutes les sociétés internationales anarchistes.

C’était le système de Kropotkine.

La section de la Chaux-de-Fonds ayant fait valoir auprès des sections don droit à obtenir que cette année, le congrès puisse se faire dans les montagnes neuchâteloises, les sections y ont consenti, moins toutefois celles de Genève et de Lausanne qui prêchent pour leurs localités et trouvent des obstacles au point de vue du voyage à la Chaux-de-Fonds.

Donc, il est admis que le congrès de 1883 se fera du 8 au 15 juillet, à la Chaux-de-Fonds et que des délégués y seront envoyés de Paris, Lyon, Marseille, Reims, Lille, Valence, etc. ainsi que d’Italie, d’Espagne, de Belgique, d’Irlande, de Russie, d’Allemagne, etc.

Les sections anarchistes de Paris vont préparer les questions à présenter à ce futur congrès et s’occuper du choix des délégués secrets à nommer.

A. P.

Archives de la Préfecture de police Ba 73

Lire le dossier : L’organisation anarchiste

Perturber ou pas le congrès des possibilistes : les anarchistes en débattent. 11 mai 1883.

Préfecture de police

Police municipales2e brigade de recherches

Cabinet 1er bureau

Réunion plénière privée des membres des groupes anarchistes de Paris et de la banlieue

Paris le 12 mai 1883

Rapport

Hier soir, a eu lieu, salle Chauland, 18 rue Coquillière, une réunion plénière privée des membres des groupes anarchistes de Paris et de la banlieue.

On y était admis qu’à la condition de faire partie d’un groupe.

L’assistance se composait de 35 personnes, parmi lesquelles on a reconnu Duprat, Montant, Sébastien, Moreau, Hénon, Castaigniede, Couchot, Willems, Crié, Faliès, Caron, Didier, Jamin, Godar et Jean Pierre.

La séance est ouverte à 9h45.

Duprat annonce que c’est le groupe « L’Aiguille » qui a convoqué la réunion, laquelle a pour but de s’entendre sur ce que les anarchistes doivent faire au sujet des congrès qui vont s’ouvrir.

Il dit que selon lui, il faut que les anarchistes pénètrent dans les séances du congrès par la violence s’il le faut, qu’ils y prennent la parole et discutent les théories anarchistes, de manière à recruter des adhérents dans l’extrême-gauche des possibilistes.

Montant et un membre du groupe du 19e arrondissement sont d’avis de ne pas y aller du tout, ils allèguent qu’il y a autre chose de plus sérieux à faire que d’assister à des réunions de petites chapelles.

Jamin annonce que le groupe anarchiste du 11e arrondissement qui a pris récemment le titre de « Le Volcan » a préparé un rapport répondant à toutes les questions du programme du congrès des possibilistes.

Il ajoute que dans le parti, quoi qu’on n’ait pas pour habitude de nommer des délégués, il serait cependant bon d’en désigner un ou deux, qui, à la tribune du congrès, donnerait lecture de ce rapport.

Cette communication n’est pas goûtée de l’assistance et Jamin ne donne pas lecture de son rapport.

Crié annonce que les guesdistes ont convoqué à leur congrès, qui aura lieu prochainement, les blanquistes et les anarchistes adhérents ou non à l’Agglomération parisienne. Il dit que dans le cas où on ne pourrait pas pénétrer dans celui des possibilistes, qui ouvrira dimanche, il sera toujours temps de se préparer à faire du boucan à celui des guesdistes.

Couchot est d’avis qu’il faut entrer à tout prix au congrès des possibilistes, comme il est certain, dit-il, que la parole nous sera refusée, il faudra envahir la tribune, se disperser dans la salle et faire de la révolution.

Willems croit qu’il se produira ce qui a eu lieu à la 1ère séance du congrès de 1881, que la séance sera levée à cause du tumulte.

Moreau, du groupe des jeunes prolétaires de Montmartre, annonce que ce groupe, quoique indépendant et par conséquent non adhérent à l’Union Fédérative, sera quand même représenté et admis à la vérification des pouvoirs et que c’est lui-même qui est délégué.

Il ajoute que quand il prendra la parole, il combattra le parti ouvrier et émettra les doctrines anarchistes.

A ce moment la séance est très bruyante, des conversations particulières s’engagent de tous côtés.

Duprat, Willems et Crié rétablissent l’ordre et sur la proposition de ce dernier, l’assemblée décide que les anarchistes n’essaieront même pas d’assister à la vérification des pouvoirs du congrès de l’Union Fédérative, mais que le soir, à la séance publique de 8h, ils s’y rendront et que trois délégués, au nom de tous les groupes anarchistes de Paris et de la banlieue, prendront la parole de force si l’assistance ou le bureau s’y opposent et émettront les idées du parti.

Crié ajoute que les autres anarchistes se disperseront dans la salle et feront du tapage jusqu’à ce qu’on ait accordé la tribune à leurs orateurs.

Crié et Godar à qui on offre cette mission la refusent, en prétextant qu’ils ne sont pas des ouvriers manuels.

Montant, Duprat et Willems sont alors désignés à cet effet.

Sur la proposition de Duprat, l’assistance décide qu’une convocation sera insérée dans Le Citoyen et la Bataille du 13 courant, annonçant que les anarchistes se réuniront dimanche prochain, à 7 heures du soir, salle Orange, 11 place de la République.

Duprat ajoute que dans le cas où la salle serait occupée, on se réunira devant la porte et que de là on ira au congrès.

Crié prend note de cette proposition et dit qu’il s’en charge.

La séance est levée à 11 heures.

Un assistant du groupe des Partants (20e arrondissement) vend à la sortie le journal La Lutte, dont un exemplaire est ci-joint.

Au cours de la réunion on a fait connaître que Jamin, qui était depuis six mois sans travail, en a trouvé pour huit jours, à partir de lundi prochain.

Hénon a dit à Jamin qu’il regrettait de ne pas avoir pu aller visiter son exposition de dessin, rue Charlot, parce qu’il a été malade.

L’officier de paix.

Archives de la Préfecture de police Ba 73

Lire aussi : Congrès de la Fédération du Centre en 1883 : Les socialistes expulsent les anarchistes à coups de couteau

Lire le dossier : L’organisation anarchiste

Nouvelles de Belgique. 28 novembre 1880

Bruxelles

L’affiche suivante a été placardée sur les murs de Bruxelles :

Fédération socialiste révolutionnaires

Citoyens,

Plusieurs de nos amis français et allemands viennent d’être expulsés à cause de leurs opinions socialistes.

Un meeting public aura lieu lundi, à huit heures du soir, à la Ruche, rue des Pierres, pour protester contre cette nouvelle provocation du gouvernement.

Nous convions tous les hommes de cœur à se joindre à nous pour flétrir, comme il le mérite, un régime qui permet de pareilles infamies.

Pour l’Association internationale

Ch. Debuyger, E. Govaerts

Pour le Cercle anarchiste

L. Verrycken, H. Delsaute

Pour les Cercles réunis

R. Hermann, J. Claes

C’est, comme vous le voyez, l’Union révolutionnaire qui vient s’affirmer de nouveau en Belgique ; il est presque inutile d’ajouter que la majorité du parti socialiste belge (Groupe réformiste, Ecole Lyonnais, Liebknecht et Cie) a refusé de nous suivre sur ce terrain d’union.

Je dois pourtant faire une exception pour deux ou trois jeunes gens qui, tout en étant ralliés à ce parti, sont trop intelligents pour épouser ses mesquines querelles et prendre la responsabilité de ses sottises.

Ces jeunes gens appartiennent à la bourgeoisie et vont faire paraître un organe hebdomadaire, l’Etudiant socialiste.

Nous ne pouvons demander à ces jeunes étudiants de rompre du jour au lendemain avec les préjugés de leur caste ; nous avons eu et nous aurons probablement encore avec eux des discussions ardentes – quelques fois même trop ardentes – mais nous devons leur savoir gré avant tout de leur sincérité et de leur bonne volonté ; et moi, qui suis bien loin d’être de leurs amis, je tiens à leur envoyer dans ce journal anarchiste et révolutionnaire, un souhait cordial de bienvenue et de succès.

Ces jeunes gens protestent donc avec énergie contre l’expulsion de nos amis français et allemands.

Du reste, ces expulsions ont excité dans le prolétariat belge, une véritable indignation. Un des expulsés a été reconduit à la gare par plus de cent compagnons, aux cris de : Vive la Commune ! Vive la Révolution sociale ! Et à l’heure où je vous écris, la vaste salle de la Ruche se remplit (littéralement) de monde. La semaine prochaine je vous rendrai compte de ce meeting de protestation.

Les actes arbitraires et tyranniques du gouvernement n’arrêtent pas notre propagande, et tous les groupes bruxellois commencent à s’occuper activement du congrès de Verviers. Dans sa séance de dimanche, le Club anarchiste révolutionnaire a résolu d’envoyer un délégué à ce congrès ; le rapport lu par ce délégué émanera du groupe et non du citoyen chargé d’en donner lecture. La question sur laquelle le club anarchiste a résolu de porter ses études est la suivante : De l’emploi de la force au point de vue anarchiste.

Vous voyez que la propagande révolutionnaire continue à se développer sérieusement à Bruxelles, et que notre petite Belgique sera en mesure de se présenter dignement au congrès révolutionnaire de Londres en 1881.

Vonck

Liège.

Un fait très grave vient de se passer à Liège, et je vous demanderai d’user pour le faire connaître de la publicité de la Révolution sociale, qui commence à être connue, et lue, à Liège.

Un policier de deuxième ordre s’était introduit dans la Libre-Pensée liégeoise ; une enquête ayant prouvé que ce monsieur surveillait de trop près les socialistes dans l’intérêt du gouvernement, la partie démocratique de la Libre-Pensée liégeoise commence à lui faire une opposition acharnée.

L’individu dont je vous parle a senti le terrain crouler sous ses pas, et il vient, avec ce que Liège contient de plus réactionnaire, de faire scission et de créer une 2e libre-pensée, celle-là entièrement bourgeoise.

La Libre-Pensée de Liège s’est réunie et a exclu cet individu en compagnie d’un de ses fidèles acolytes.

D’ici quelque temps je vous enverrai sur ce triste personnage de nouveaux détails, plus personnels et plus intéressants ; je ne vous cite pas son nom pour qu’il n’ait pas l’occasion de se tailler une réclame dans votre journal, mais tous les Liégeois le reconnaitront et ce n’est pas dans le quartier du Sud qu’ils iront le chercher.

Franchimontois.

Borinage.

Deux épouvantables catastrophes viennent d’avoir lieu à Dour et à Warquignies ; plusieurs de nos bons, de nos meilleurs révolutionnaires ont succombé ! Certains journaux bourgeois eux-mêmes n’hésitent pas à accuser hautement l’imprudence des gérants et des porions.

Les ouvriers, comme nous l’écrit notre ami Barque, de Wasmes, sont soumis à une véritable tyrannie. C’est le fils d’un directeur qui est brasseur et qui fait refuser de l’ouvrage aux malheureux qui ne s’approvisionnent pas chez lui ; c’est un porion qui est cabaretier, c’est un bureaucrate qui est marchand, etc… et tous font peser sur le houilleur leur despotique autorité.

D’un autre côté les catastrophes se multiplient ; les retours d’air (aérages) sont absolument insuffisants, et je ne puis me défendre d’un véritable sentiment d’angoisse en pensant que dès le 9 novembre, Barque m’annonçait comme possible la catastrophe de Warquignies qui vient de faire 15 victimes !

Et maintenant, Borain, que pensez-vous de la Voix de l’ouvrier qui me conseille gravement de songer à une réforme des caisses de prévoyance de faire pour cela une pétition en chambre…

En attendant le grisou me tue.

Pauvres compagnons ! Comme ces gens-là se moquent de vous !

M.

La Révolution sociale n°12 28 novembre 1880

Lire le dossier : Les anarchistes en Belgique avant les émeutes de 1886

Les Naturiens, des anarchistes précurseurs de l’écologie politique. 13 novembre 1895

Couverture du Néo-naturien

Préfecture de police

Direction générale des recherches

2e brigade

3e division

Réunion du groupe les Naturiens

Paris le 13 novembre 1895

Rapport

Hier soir a eu lieu salle Bouju, 69 rue Blanche, une réunion du groupe Les Naturiens.

L’assistance se composait d’une dizaine de personnes.

La séance est ouverte à 9 heures 35.

Gravelle (218.418) développe encore une fois des idées pour deux assistants nouveaux venus au groupe qui se disent les admirateurs de Sébastien Faure, et qui à l’exposé de ses théories, lui demandent pourquoi il veut tout détruire, puisqu’en travaillant deux heures par jour seulement, on pourrait jouir des bienfaits de la liberté et garder les avantages de la civilisation actuelle.

Ils voudraient, contrairement à ce que dit Gravelle, qu’on augmente encore le nombre des machines et et ils rappellent que Sébastien Faure a calculé qu’avec peu de travail, les hommes pourraient être parfaitement heureux. Ils préfèrent ces théories à celles de Gravelle, qui disent-ils, comportent un idéal impossible à réaliser.

Marné (202.212) rappelle que Louise Michel doit arriver aujourd’hui à la gare St-Lazare de retour de Londres. Il invite les assistants à aller l’y attendre à l’heure donnée par le journal l’Intransigeant.

Bariol lit une poésie d’Elisée Reclus sur le bonheur naturel extraite du journal Le Petit Cambraisien.

Beaulieu distribue aux assistants les derniers numéros des journaux La Nouvelle Humanité, le Bulletin des Harmoniens et l’Ami des ouvriers, dont ci-joint des exemplaires.

La séance est levée à 10 heures 55.

Le commissaire de police.

Archives de la Préfecture de police Ba 1508

Lire le dossier Les Naturiens, des anarchistes précurseurs de l’écologie politique

Les Naturiens, des anarchistes précurseurs de l’écologie politique. 6 novembre 1895

Couverture du Néo-naturien

Préfecture de police

Direction générale des recherches

2e brigade

3e division

1er bureau

Réunion du groupe Les Naturiens

Paris le 6 novembre 1895

Rapport

Hier soir a eu lieu, salle Bouju, 69 rue Blanche, une réunion du groupe les Naturiens.

Neuf personnes y ont assisté.

La séance est ouverte à 9 heures 25 minutes.

Léo Brissac combat les idées de Gravelle. Il croit que le travail est pour l’homme une distraction en même temps qu’une nécessité et qu’il faut travailler pour recueillir les produits du sol.

Il ne trouve au projet de Gravelle qu’un défaut, celui de permettre de prouver que la morale actuelle et les lois qui la garantisse sont mauvais.

Marné réplique que l’astreinte au travail est mauvaise et que les hommes pourraient se contenter de vivre de ce que la nature produit : « Une vache, dit-il, peut se nourrir sur un hectare de terre. C’est donc environ 450 kilos de viande que chacun pourrait manger. Combien d’hommes en ont autant aujourd’hui ?

Maintenant, s’il me plaît de faire une statue de terre pour orner ma hutte, je serai libre, j’aurai tout mon temps, tandis qu’aujourd’hui nous sommes obligés de faire ce luxe pour d’autres. »

Marné ajoute qu’il a été une dizaine de fois en prison et qu’il a constaté les brutalités monstrueuses auxquels se livrent les gardiens, surtout sur les femmes auxquelles on coupe les cheveux pour les vendre. Il assure que des ordres ont été donnés dans les postes de police pour « passer » les prisonniers « à tabac ».

« Cependant, dit Marné, en terminant, je ne suis pas de ceux qui demandent l’anarchie et je combats de même les partisans du socialisme autoritaire. »

La séance est levée à 10 heures 50.

Ci-joint, un exemplaire du journal le Phare de Montmartre (numéro du 3 novembre) et un spécimen de prospectus du journal le Libertaire de Sébastien Faure.

Le commissaire de police.

Archives de la Préfecture de police Ba 1508

Lire le dossier Les Naturiens, des anarchistes précurseurs de l’écologie politique

Nouvelles de Belgique. 14 novembre 1880

Bruxelles.

Nous continuons activement notre propagande et les effets de l’union révolutionnaire crée ici au congrès du 12 septembre, commencent à se faire sentir.

La semaine dernière, deux réunions ont eu lieu dans le quartier de la place du jeu de balle, deux réunions au Sablion et en dehors des autres réunions de groupes, un meeting général nous réunira lundi soir rue d’Anderlecht.

Un nouveau groupe anarchiste vient de se fonder à Bruxelles, il a pris pour titre : Club des révolutionnaires anarchistes de Bruxelles.

Ce nouveau groupe n’a ni président, ni règlement. Le jour, l’heure et le lieu des séances seront ultérieurement fixées. Dès ce jour, les adhésions et les communications peuvent être envoyées aux citoyens :

Heyvaert, 47 rue d’Estouvelle et Dutherque, rue Val des roses.

Vonck

******************************

Borinage

La Révolution sociale a pénétré dans le Borinage, grâce au citoyen, pardon, à Monsieur Bertrand, qui a bien voulu lire une de mes correspondances au prétendu congrès des prétendus houilleurs belges. Il s’agissait justement de cette correspondance où je traitais de gorille le rédacteur de la Voix de la discorde.

Le résultat de cette lecture n’a pas été tout à fait ce que prévoyait ou souhaitait Monsieur Bertrand ; les quelques numéros (une soixantaine environ) que j’avais emportés de Bruxelles ont été immédiatement vendus ; j’en aurais eu 500 que je les aurais vendus également.

FM

******************************

Vous avez dû apprendre par les grands journaux le terrible accident de Dour ; 15 ouvriers ont été tués.

Encore une nouvelle page rouge au livre d’or de la bourgeoisie !

Cette catastrophe n’est guère faite pour amener la fin de la grève qui vient de se produire dans les charbonnages du Levant et du Couchant de Flénu.

D’ailleurs, si la misère grandit au Borinage, l’irritation, la colère, l’indignation grandissent aussi, il n’est pas étonnant dès lors que la propagande révolutionnaire réunisse beaucoup d’adhérents dans cette contrée.

F.M.

***************************************

Verviers, la 10 novembre 1880

Chers amis,

Une bonne idée vient d’éclore au sein de quelques groupes de Bruxelles, Liège et Verviers.

Discutant des moyens les plus urgents pour arriver à l’union des travailleurs, ces groupes sans s’être consultés, mais conduits par cette attraction qui fait saisir les nécessités du moment, ont simultanément mis à l’ordre du jour de leurs séances, la réorganisation de l’Association Internationale des Travailleurs.

La discussion amena tout de suite les membres à un accord unanime et ils se mirent immédiatement à l’oeuvre pour cette réorganisation.

C’est donc avec joie que nous nous sommes transmis nos impressions et que nous sommes convaincu que dans d’autres localités on avait les mêmes pensées. Une circulaire parue il y a quelques jours, venant du conseil général de l’Association Internationale des Travailleurs et adressée aux sections belges, nous convie tous à sortir de notre apathie et à recommencer la lutte interrompue depuis longtemps.

« Debout ! Compagnons ! (dit cette circulaire) le moment est venu, il est on ne peut plus propice ! Des quatre points de l’horizon le réveil s’accentue et les adhésions se manifestent enthousistes et fermes. Réunissez donc vos sections, inculquez leur le feu sacré qui vous a toujours embrasé, et que le futur congrès dessillant les moins clairvoyants, montre à nos adversaires comme à nos oppresseurs que le grand jour de justice approche aux revendications humanitaires de l’Association Internationale des Travailleurs, qui déploie son drapeau rouge avec ses emblèmes du travail comme le symbole de l’extinction de la misère et des guerres fratricides ».

Soyez persuadés, chers amis, que la Belgique va s’efforcer de regagner le temps perdu. Nous avons la ferme conviction que le combat qui va s’engager sera décisif et que nous en serons les vainqueurs.

Un de nos amis, Junghausse Théodore, vient de recevoir une feuille de route ne lui donnant que 48 heures pour traverser la frontière.

Notre ami est d’origine allemande, il habitait Verviers depuis quelques temps.

Expulsé d’Allemagne pour avoir propagé des écrits socialistes, c’est pour le même crime que les ministres de la libre Belgique, plats valets de Bismarck, l’expulsent à leur tour.

E. P.

La Révolution sociale n°10 14 novembre 1880

Lire le dossier : Les anarchistes en Belgique avant les émeutes de 1886

Les Naturiens, des anarchistes précurseurs de l’écologie politique. 30 octobre 1895

Couverture du Néo-naturien

Préfecture de police

Direction générale des recherches

2e brigade

3e division

1er bureau

Réunion du groupe Les naturiens, salle Bouju, 69 rue Blanche

Paris le 30 octobre 1895

Rapport

Hier soir a eu lieu, salle Bouju, 69 rue Blanche, la réunion du groupe Les Naturiens.

L’assistance se composait de 13 personnes.

Il n’y a pas eu de bureau formé.

La séance est ouverte à 9h20.

Georges Renard (327.639) dit à Gravelle qu’il vient de Montataire, puis de Creil, où il a fait une conférence et lui demande ce qu’il veut faire avec ses idées ; pour lui, il devrait agir comme Sébastien Faure et commencer par une conférence d’une soixantaine de de personnes, afin de gagner un peu d’argent, pour en organiser de plus importantes, lui propose de lui prêter trente francs, pour commencer quand il voudra.

Gravelle (288.418) répond que Barrucand doit faire une conférence prochainement et que des membres du groupe pourraient y aller exposer leurs théories et faire des adhérents.

Barrucand (333.737) lui conseille de venir avec un autre, samedi prochain, salle Darras, où il donnera une conférence, parce qu’il pourra soulever de la contradiction. Pour lui, s’il avait été à sa place, il serait allé avec Sébastien Faure et dans d’autres groupes pour y exposer ses théories, car ce n’est pas en restant toujours au même endroit, qu’il fera du prosélytisme.

Georges Renard annonce qu’il va donner une conférence, salle Octobre, le 10 novembre prochain et invite Gravelle à venir y prendre la parole, car dit-il, il ne faut pas qu’il espère pouvoir aller dans des réunions de socialistes où il serait bafoué et pourrait même recevoir des coups.

La séance est levée à 10h30.

Le commissaire de police.

Archives de la Préfecture de police Ba 1508

Lire le dossier Les Naturiens, des anarchistes précurseurs de l’écologie politique

Les Naturiens, des anarchistes précurseurs de l’écologie politique. 27 octobre 1895

Couverture du Néo-naturien

Préfecture de police

Direction générale des recherches

2e brigade

3e division

1er bureau

Conférence mensuelle du groupe les Naturiens

Paris le 27 octobre 1895

Rapport

Hier soir a eu lieu, salle de la Tartine, 11 rue Lepic, la conférence mensuelle du groupe Les naturiens.

L’assistance était de 18 personnes.

Il n’a pas été formé de bureau.

La séance est ouverte à 9h 40.

Gravelle déclare qu’il croit inutile de répéter le but poursuivi par le groupe, tous les assistants le connaissent. « Ce dont nous devons surtout nous occuper, dit-il, c’est de faire le plus d’adeptes possibles.

Il regrette que l’assistance ne soit pas plus nombreuse et il en attribue la cause à la conférence de Sébastien Faure, à la salle d’Arras.

Un sieur Rabelin se déclare partisan du retour à l’état naturel car il estime qu’il est impossible aujourd’hui à un individu chargé comme lui de famille (il dit avoir cinq enfants) de vivre ou de faire vivre les siens avec le produit de son travail.

La sieur François, du groupe « Les Harmoniens » ne croit pas que l’espace de terrain qui a été calculé (12.000 mètres carrés environ) comme devant revenir à chaque individu si l’on revenait à l’état naturel, soit suffisant, car déclare-t-il, que pourra faire cet individu avec ce petit espace de terrain, s’il a, comme le citoyen Rabelin, cinq ou six enfants ; il sera donc obligé d’anticiper sur le terrain de son voisin.

Gravelle lui prétend qu’un hectare de terrain suffit à un individu, si chargé de famille qu’il soit, car il est certain que ceux qui n’auront pas d’enfants, viendront en aide à ceux qui en auront.

François raconte que le Petit Journal avait annoncé l’année dernière, qu’une colonie s’était formée dans la Californie par l’entremise d’une personne désintéressée qui aurait fourni une cinquantaine de mille francs. Il croit qu’il serait bon de consulter l’administration du Petit Journal pour savoir si cette colonie existe toujours.

Marné ne voit pas d’autre moyen pour faire cesser l’état de chose actuel en France qu’une révolution, à moins, dit-il, que nous fassions la connaissance d’un fou qui donne à nous naturiens, un terrain et de l’argent. Nous pourrions alors tenter de fonder une colonie, mais je doute que nous ayons jamais cette chance.

Bigot s’élève contre les et les pharmaciens qui, d’après lui, au lieu de guérir les malades, les achèvent plutôt. Voyez les peuples sauvages, déclare-t-il, ils n’ont ni médecins, ni pharmaciens et ne se portent pas plus mal.

La séance est levée à 11h50.

Le commissaire de police.

Archives de la Préfecture de police Ba 1508

Lire le dossier Les Naturiens, des anarchistes précurseurs de l’écologie politique