Le Cubilot porte parole des grévistes de Revin, supplante le Socialiste ardennais.

Saison 3 : Fortuné Henry, le syndicaliste CGT, fondateur du journal Le Cubilot. Lire l’ensemble des épisodes.
Cinquième épisode. Le Cubilot porte parole des grévistes de Revin, supplante le Socialiste ardennais.

Fortuné Henry. Album Bertillon septembre 1894. CIRA de Lausanne.

Le numéro 9 du Cubilot paraît le 30 septembre 1906. L’impression est d’assez mauvaise qualité, la première page est peu lisible (mauvaise qualité d’encre ou du papier ?). C’est que le journal connaît de sérieuses difficultés pour se faire imprimer. Jean Prolo (Fortuné) l’explique dans un article intitulé « Allons-y » : « Donc depuis quinze jours, le Cubilot refile la comète, avec l’argent de son tirage en poche, dans l’impossibilité de trouver un imprimeur.

Le mot d’ordre patronal a été bien donné et avec une unanimité admirable, les chiens couchants du capital ont arrêté leurs presses, pour ne pas les compromettre par une prose subversive, qui pouvait opérer des coupes sombres dans leur clientèle smart.

Tant mieux ! Nos périgrinations à la recherche d’un bourgeois qui veuille bien nous voler, nous ont conduit au milieu de camarades dévoués, tout heureux de nous apporter la collaboration de leur travail fait pour une bonne cause.

Le Cubilot, on le voit, prend ses chevrons.

Après les entraves de douane, faites à Givet par un commissaire qui rappelle un peu les vieilles diligences, par rapport au siècle où nous vivons ; après les investigations et les intimidations de commissaires, de gendarmes, de policiers de toute sorte, faisant la guerre à notre journal dans tous les lieux où il pouvait se trouver ; après les indiscrétions du cabinet noir qui fouille nos correspondances, compulse nos mandats et ne peut qu’être furieux de constater que ça marche bien ; malgré les manœuvres basses, les insinuations malveillantes dont les échos nous parviennent ; malgré les colères sourdes, les imprécations étouffées des patrons ardennais et belges, que notre œuvre de cohésion et d’organisation ouvrière effraye, le Cubilot vit et vivra longtemps.

Le sieur Ledoux, imprimeur à Charleroi, qui éditait le Cubilot, s’est ému à la perspective de voir fuir les travaux de la municipalité et du commissariat de cette hospitalière ville.

Il a préféré continuer d’imprimer par milliers des arrêtés d’expulsion, revêtus de la griffe de Léopold II, que de voir sortir de ses presses, des feuilles vengeresses et fustigentes.

Mais il a, pour nous mettre dans l’impossibilité de paraître, conservé la copie et les clichés contre tout droit. Connaissant le peu de souci de la loi que nous avons et ne craignant aucune poursuite judiciaire, il a agi avec hypocrisie et crapulerie. Sans préjuger de rien, nous pouvons dire qu’il n’a pas prêté à des ingrats, et il est probable qu’un jour ou l’autre nous nous retrouverons.

Les comptes des plus vieux comme les plus embrouillés, s’établissent et se règlent.

Le ban pour l’instant est donc fermé pour le triste Ledoux… ». Le Cubilot est désormais tiré à l’imprimerie ouvrière, 68 rue de la Hache à Nancy.

Document Archives départementales des Ardennes. PERH320 1. Collection privée Philippe Decobert. Cliquer sur l’image pour lire le journal.

Le Cubilot, dans ce même numéro ouvre ses colonnes à un opposant socialiste au sein de la Fédération des Ardennes, ancien secrétaire de la rédaction du Socialiste ardennais, ayant démissionné, pour s’opposer à un orientation de plus en plus électoraliste : Paul Varède. Celui-ci publie un article sur un conflit social à Grenoble où l’armée est intervenue et où un soldat est mortellement blessé.

On y apprend également que Fortuné s’implique dans la constitution de nouveaux syndicats, il ne se contente plus de publier le Cubilot. Le 23 septembre 1906 à Tournavaux, petite commune de la vallée de la Semoy, il participe à une réunion organisée par le syndicat de Monthermé, pour constituer une section syndicale à Phade, adhérente aux Métallurgistes de Monthermé et à l’Union syndicale des Ardennes. Une collecte faite après chansons, à l’issue de la réunion, produit la somme de 4fr. 80 au profit du Cubilot.

Les syndicats manifestent leur soutien par leur participation à la souscription en faveur du Cubilot : L’Union des syndicats des Ardennes verse 79 fr. et la syndicat des métallurgistes de Couvin (Belgique) 20 fr.

Ce n’est que le 6 octobre 1906 que les Temps nouveaux, l’autre grand hebdomadaire anarchiste annonce l’existence du Cubilot. Il semble bien que les rapports avec ce journal édité par Jean Grave soient beaucoup plus distants qu’avec le Libertaire qui donne régulièrement des nouvelles de la colonie d’Aiglemont et de ses publications. Le Cubilot reproduisant pour sa part des articles issus du Libertaire, en particulier ceux concernant l’hygiène, mais pas seulement.

Le 7 octobre 1906, la Voix du peuple, organe de la CGT, publie la liste des syndicats ardennais adhérents à la Confédération et pouvant participer à son congrès d’Amiens : le syndicat des chemins de fer de Charleville, le syndicat des employés de Mézières, les mécaniciens de Nouzon, les métallurgistes de Mézières, de Mohon et de Monthermé, les mouleurs de Monthermé, Charleville, Vivier au Court, Vrigne aux Bois, le textile de Saint-Menges, de Floing.

Le 5 octobre 1906, l’industriel André Morel1 de Revin, embauche deux ouvriers mouleurs mis à l’index par les syndicats de mouleurs ardennais. Dès lendemain une délégation du syndicat est envoyée à M. Morel, pour l’informer qu’elle s’oppose à l’embauche de ces deux ouvriers2. N’obtenant pas satisfaction, tout le personnel, y compris les autres corps de métiers de l’entreprise se mettent en grève.3

Deux tentatives de conciliation, l’une devant le juge de paix, l’autre devant le sous-préfet de Rocroi n’aboutissent pas. Les ouvriers formulent de nouvelles revendications dont les principales sont le minimum du salaire quotidien à 6 fr. pour les ouvriers aux pièces et la reconnaissance de la commission du travail chargée de discuter avec l’employeur la question du salaire et de la discipline intérieure. Les grévistes s’opposent à toute sortie ou entrée de marchandises4.

Il faut dire que le Cubilot mène depuis plusieurs mois, une véritable campagne contre l’industriel Morel et l’un de ses contre-maîtres5, c’est dès le numéro un du journal dans la rubrique « Nos fiches » que l’industriel est mis en cause : « Morel de Saint-Nicolas, type autocrate des siècles disparus, se croit sorti des cuisses de Jupiter, se figure encore tenir en main ses serfs, ne voit pas le danger qui est à sa porte, met tous ses ouvriers sous le même régime que sa meute de lieutenant de louveterie. Ce qui est très remarquable, c’est que certains nigauds s’en trouvent flattés. S’apercevra un jour que les flatteurs vivent au dépens de ceux qui les écoutent. »6

Dans son numéro 10 paru le 13 octobre 1906, Le Cubilot fait un historique de la grève en cours chez Morel : « Depuis environ trois mois les ouvriers de la maison Devy, à Bourg Fidèle, étaient en grève, mais malgré cette situation trois ou quatre renégats avaient continué à travailler.

Il va de soi que c’était pur chiqué et que ce n’était qu’un semblant de travail qui s’y faisait.

Or deux de ces piloris furent embauchés par Morel, vendredi matin.

Les journaux mal informés ont prétendu que la grève a éclaté par suite de l’attitude du collecteur, qui aurait, parait-il, exigé le livret de syndiqué de ces deux jaunes.

Rien n’est plus loin de la vérité.

Il avait tout d’abord été décidé, de grosses pièces étant en route, qu’aucun mouleur n’aiderait les renégats dans leur travail. Ayant eu vent de cela, le Cajolé fit mettre en main de petites pièces pour le maniement desquelles les deux hommes pouvaient suffire. Mais, jusqu’alors, aucune idée de grève n’avait été mise en avant.

A la reprise d’une heure, Morel fit faire le rassemblement et, sans qu’aucune démarche ait été faite auprès de lui, sans que, chose inouïe, aucune protestation se soit élevée, il apostropha en termes violents et orduriers le collecteur du syndicat, qui n’en pouvait mais. Il traita ses ouvriers de brutes, d’esclaves, de crapules, de lâches et tout le vocabulaire poissard qui orne sa vénérable7.

Puis, brutalement, il mit manu militari le collecteur à la porte, non sans lui avoir hurlé : Tu diras à ton Cubilot que je l’emmerde, ceci dans une crise d’hystérique épilepsie.

(Le Cubilot l’emmielle, et s’il le veut on se léchera)

Sans un mot, sans bruyance, les mouleurs suivirent leur camarade ainsi congédié.

Il est à noter qu’il n’y avait pourtant que 40 syndiqués sur 110 mouleurs.

Dès que la nouvelle se répandit à Revin, on décrassait tous les cubilots à blanc et tous les mouleurs se réunirent à quatre heures.

Immédiatement une réunion syndicale réunissait 2.000 travailleurs et à l’unanimité, sans qu’aucune pression n’ai été exercée, la grève était déclarée aux usines de Saint-Nicolas8.

Par solidarité, les métallurgistes sollicités par les mouleurs quittèrent le laminoir et virent se joindre aux grévistes. Le conflit était irrémédiable et comprenait 230 camarades.

Une délégation fut sur le champ envoyée à Morel, qui refusa de la recevoir, non sans avoir bondi plusieurs fois, suivant son habitude.

Les manœuvres, même les maçons ont abandonné le travail, l’usine est close, et à l’heure actuelle, le bravache lui-même est parti, emmenant sa formidable meute, composée d’une centaine de chiens et ses chevaux.

Mais avant, il avait privé de pain ceux qui, généreusement (car il cumulait et faisait le mitron en même temps que le maître de forges) il fourait (?).

Ca n’y fait rien, le Comité de grève a pris toutes ses précautions et des fours sont installés et retenus.

Il a été décidé qu’aucune transaction ne serait acceptée en dehors des secrétaires des syndicats des mouleurs et des métallurgistes, et il a été signifié qu’aucun mouleur de Revin ou du dehors ne pourra être employé dans d’autres usines, avant que tous ceux, grévistes de Saint-Nicolas ne soient embauchés.

Bravo ! Ces mesures sont faites pour indiquer que la solidarité ouvrière n’est pas un vain mot à Revin.

Le moral est excellent et les dispositions prises pour que le prolétariat de ce coin ardent des Ardennes triomphe entièrement dans sa revendication légitime et sa prétention de ne pas attraper la jaunisse.

Nous faisons dès maintenant appel à la solidarité qui ne saurait faire défaut, le devoir de tous étant indiqué par celui qu’ont accompli les forçats enfin révoltés du bagne Morel.

Adresser fonds et demande de listes de souscription au camarade Lefèvre, secrétaire du syndicat des mouleurs. »9

Le 11 octobre 1906, Jean Prolo (Fortuné), prend la parole dans une réunion à propos de cette grève qui marque un tournant dans le mode d’expression syndical.

C’est ce que constate la Dépêche des Ardennes10, un journal très orienté à droite : « Un journal qui n’est pas content, c’est le Socialiste ardennais. Les camarades et amis de Revin affectent de ne plus le connaître et le syndicat révolutionnaire de Revin se garde bien de lui envoyer ses communiqués. L’organe socialiste s’en plaint amèrement en insérant la note suivante :

Revin-Réponse : Si nous n’avons rien inséré à propos de la grève de l’usine Morel, c’est parce que nous n’avons reçu aucune communication du Cercle d’études sociales11, ni du syndicat, ni de la commission de la grève. Quand les camarades intéressés jugeront utiles l’intervention du journal, ils nous feront signe et nous nous mettrons à leur disposition.

C’est clair, les socios de Revin ne veulent plus de la bande à Poulain, qu’ils trouvent trop vendue aux patrons. Ils lui préfèrent l’anarchiste F. Henry. Leur journal officiel maintenant est une feuille de propagande par le fait et le Socialiste ardennais est renvoyé au magasin des accessoires.

Le Socialiste ardennais trop modéré, le Socialiste ardennais organe patronal, qui l’eut jamais cru ? Le Socialiste ardennais récolte ce qu’il a semé. Son influence est complètement perdue et Poulain a cessé de plaire. La feuille socialiste s’en est bien aperçue depuis quelque temps à la diminution de son tirage, car les purs qui jadis acclamaient Poulain le loqueteux, répudient maintenant Poulain l’automobiliste, Poulain le délégué des bourgeois et des patrons et ne lisent plus sa gazette. Son règne est fini, celui de l’anarchiste F. Henry va commencer, que nous réserve-t-il ? »

Document Archives départementales des Ardennes. PERH320 1. Collection privée Philippe Decobert. Cliquer sur l’image pour lire le journal.

Le numéro 11 du Cubilot12 peut annoncer fièrement la victoire de la grève chez Morel à Revin : « Ainsi qu’il avait été convenu, aucune tentative de conciliation n’a été acceptée en dehors de la présence des représentants des deux syndicats.

La première entrevue qui eut lieu avec le sous-préfet de Rocroi et le juge de paix fut consacrée à indiquer les conditions que posaient les ouvriers, réclamations que nos lecteurs connaissent et qui étaient le renvoi des deux renégats de Bourg-Fidèle, le maintien de l’ouvrier congédié et quelques petites réclamations relatives au travail et soulevées après la déclaration du conflit.

A la seconde entrevue, les délégués ouvriers signifièrent que si sous huitaine le conflit n’était pas solutionné, la maison Morel serait mise à l’index, l’exode des mouleurs commencerait et que l’usine aurait pour toujours fermé ses portes.

Enfin, jeudi 12 courant, une dépêche du sous-préfet convoquait une dernière réunion à quatre heures, à laquelle prirent part Belluard, le représentant directeur de Morel, le sous-préfet et les délégués des Syndicats et des grévistes.

Réunion très courtoise, où Belluart venait capituler sur tous les points au nom de son seigneur et maître et où il fut décidé que le travail serait repris le lundi suivant.

Une conférence de notre camarade Jean Prolo avait nettement indiqué aux patrons par l’affluence et les décisions prises que le dernier mot resterait aux travailleurs.

Dans un prochain numéro nous indiquerons pour l’édification de tous, l’était financier de cette grève et qui constitue un véritable enseignement, toute la population ouvrière de Revin s’étant, dès la déclaration de cette grève, imposée de 2 francs par quinzaine. »

Le mois d’octobre 1906 voit la sortie du n°6 des publications périodiques de la colonie d’Aiglemont intitulée « Non ! Dieu n’est pas ! » par le curé Meslier. Cette étude de la biographie et de l’oeuvre du curé Meslier n’est évidemment pas du curé lui-même mais écrite par un auteur anonyme.

Document CIRA de Lausanne. Cliquer sur l’image pour lire la brochure.

Notes :

1 Voir le n°3 du Cubilot, paru le 8 juillet 1906

2 Le Petit ardennais 10 octobre 1906. Archives départementales des Ardennes.

3 La Dépêche des Ardennes 9 octobre 1906

4 Le Radical 11 octobre 1906

5 Le Cubilot n°8 16 septembre 1906 et voir « Le Cubilot commence à faire parler de lui »

6 Le Cubilot n°1 10 juin 1906

7 Il manque semble-t-il un mot

8 Ecart de Revin où se trouvent l’usine Morel.

9 Le Cubilot n°10 du 13 octobre 1906

10 La Dépêche des Ardennes 14 octobre 1906

11 Groupe socialiste de Revin

12 Le Cubilot n°11 du 20 octobre 1906

Document :

Fortuné Henry à l’inauguration de la boulangerie coopérative la Ruche de Monthermé

Monthermé. Grande fête ouvrière.

Dimanche 21 octobre, les groupes de Monthermé avaient organisé une fête à l’occasion de l’inauguration des nouveaux locaux de la Ruche, société coopérative ouvrière.

Nos camarades tenant à prouver à la classe capitaliste, la force de leurs groupements ouvriers, avaient confié à cette fête les syndicats de Mohon, Flize, Couvin* et Revin qui se sont fait représenter par une délégation.

A neuf heures du matin, la fanfare municipale accompagnée du comité d’organisation se rendit à la gare de Laval-Dieu pour la réception des délégués et orateurs, puis le cortège où figuraient douze emblèmes révolutionnaires défila parmi les rues de Laval-Dieu et Monthermé.

A midi, tous les délégués et les organisations de Monthermé étaient réunis devant les locaux de la Ruche où un vin d’honneur leur était offert. Après une courte allocution du camarade Guillemin, délégué de la Bourse socialiste des coopératives, le cortège se dirigea à l’hôtel Fizaine où une agape fraternelle fut offerte aux délégués qui se termina par des chants révolutionnaires.

La grande salle des écoles se trouvait au sous-sol de l’école des garçons.

A 3 heures la fanfare revint chercher les délégués et orateurs afin de se rendre dans la grande salle des écoles, où eut lieu une grande réunion publique et contradictoire sous le présidence du citoyen Bancquart, maire de Monthermé.

Nombreux étaient les camarades qui avaient répondu à l’appel des groupes de Monthermé.

Au début de la réunion le citoyen Bancquart rendit compte de son mandat à la satisfaction de ses électeurs qui l’approuvèrent, puis il donna la parole au camarade Guillemin qui préconisa la coopération.

Ensuite les camarades Blanchard, Jean Prolo** et Varède firent comprendre l’utilité du groupement syndical afin de faire l’éducation des travailleurs pour hâter l’avancement d’une société meilleure.

Le camarade Sauvage, secrétaire de l’Union des syndicats des Ardennes, donna lecture de l’ordre du jour suivant qui fut adopté.

La grande salle des écoles se trouvait au premier niveau de fenêtres en bord de la Meuse.

Les travailleurs réunis salle des écoles, le dimanche 21 octobre, après avoir entendu les divers orateurs.

Reconnaissent la nécessité de l’organisation du prolétariat sur le terrain coopératif et syndical. Estiment également qu’il est urgent d’intensifier la propagande active et éducative du peuple sous toutes les formes.

Et déclarent que dorénavant ils sauront s’inspirer des idées émises par les orateurs en affirmant une fois de plus les principes révolutionnaires pour la disparition du salariat et du patronat et lutter jusqu’à l’avènement de la révolution sociale.

En somme bonne journée pour la propagande.

Le Cubilot n°11 du 20 octobre 1906

Archives départementales des Ardennes PERH320 1. Collection privée Philippe Decobert.

* Belgique

** Fortuné Henry

Sur la Ruche de Monthermé, lire : Histoire d’une société coopérative de boulangerie : La Ruche à Monthermé

Claude Crestin à l’avocat général qui le présentait comme un proxénète : « Vous venez de prononcer votre arrêt de mort ». 1882

Parquet de la Cour d’appel de Lyon

Avis sur la mesure gracieuse proposée au profit de Crestin (Claude Dominique) ouvrier serrurier, rue Cuviez, 66 à Lyon, né le 10 avril 1856.

Pas d’antécédents judiciaires. Une condamnation en simple police.

Crestin tenait une conduite peu régulière, il était d’une moralité équivoque et d’une probité douteuse

A partir de 1876, il a vécu avec une nommée Claudine Descombes, fille soumise, de laquelle il a eu un enfant, aujourd’hui décédé.

Il a toujours été considéré comme ayant un caractère violent, emporté et des opinions ultra-révolutionnaires.

Il a appartenu au Parti ouvrier (Fédération de l’Est) et fut délégué au congrès régional de la Croix-Rousse de 1880. Lors de la scission du parti ouvrier en deux fractions, les suffragistes et les abstentionnistes, il resta avec ces derniers et fut avec Bernard, un des premiers organisateurs des groupes anarchistes depuis cette époque (1881), il a toujours fait partie de la Fédération révolutionnaire lyonnaise dont il était un membre influent et actif.

Le 7 janvier 1882, dans une réunion plénière des membres de la Fédération tenue chez Célérier, rue Ste Elisabeth, 108 et à laquelle assistaient environ 120 adhérents, Crestin s’est rallié à une proposition de Dejoux Louis consistant à choisir des hommes courageux pour former une commission d’action qui agirait révolutionnairement à la première attaque dirigée contre la Fédération ou l’un de ses membres.

Il y a déclaré qu’il était temps de se montrer et que d’ici 15 jours, il fallait accomplir un acte révolutionnaire pour faire des adhérents.

Dans la nuit du 14 au 15 janvier 1882, il faisait partie de la bande d’anarchistes qui assiégea les bureaux du Réveil lyonnais. Il a été condamné pour ce fait, par la tribunal de simple police le 23 mars 1882, à 15fr. D’amende.
Membre de la Commission exécutive de la Fédération, lors du pour Paris du compagnon Bernard, dans les premiers jours du mois de mai 1882, il remplaça ce dernier comme secrétaire de la rédaction du Droit social.

Le 14 mai 1882, dans une réunion des ouvriers cordonniers en grève à laquelle il assistait, il disait en parlant de la poursuite du journal en la personne de son gérant Dejoux Louis qu’il désirait de tout cœur que le journal fut condamné et qu’il ne craignait qu’une chose : un acquittement, ces lâches, disait-il afin de mieux nous pendre, sont capables de nous acquitter.

Le 18 mars 1882, il a fait imprimer à Lyon, chez Pastel(?), un placard émanant des groupes La Misère, L’Audace, La Révolte, L’Égalité sociale et les Cœurs de Chêne et l’a expédié dans le Midi pour y être affiché.

Membre de la Commission administrative du journal le Droit social, après la condamnation de Dejoux, il organisa à la réunion du 28 mai 1882, à l’Elysée, transformé en Tribunal populaire, pour laquelle on fit acquitter Dejoux et voter un blâme aux jurés de la magistrature.

Dans cette réunion, neuf membres furent désignés pour former une commission de résistance et Crestin était du nombre avec Bordat, Pautet et autres.

Le 18 juin 1882, au meeting Fraco-italien tenu à l’Elysée, Crestin a fait une proposition tendant à ce qu’on ne reconnaisse ni droit, ni autorité aux gouvernements pour déclarer la guerre de peuple à peuple et que tous les membres présents se rendent solidaires en criant : Mort aux Tyrans ! A bas les frontières.

Après la séance levée, il s’est emparé du bureau comme président avec Boriasse pour secrétaire, et à tenu une nouvelle réunion malgré l’opposition du commissaire de police.

Poursuivi pour ce fait, il a été condamné par le tribunal de simple police, le 20 juillet 1882 à deux amendes, l’une de 6 fr. et l’autre de 5 fr.

A cette occasion Crestin a déclaré à l’audience que son parti ne reconnaissait pas de lois et qu’il se mettrait toujours au dessus d’elles quand l’occasion s’en présentait.

Il a pris une part active à l’organisation des conférences révolutionnaires faites par Louise Michel, Digeon et Rouannet, salle de l’Alcazar le 1er juillet et salle de la Perle le 3 du même mois. A cette dernière il était secrétaire du bureau et il y a colporté, distribué et vendu l’écrit intitulé : « Mort aux voleurs ! »

Le 28 juillet 1882, dans une réunion privée des membres de la Fédération, il a proposé d’organiser pour le dimanche 6 août une conférence au sujet des affaires de la Ricamarie « Condamnation et captivité du compagnon Bordat »

Le 18 juillet 1882, la commission administrative du journal a décidé que le Droit social prendrait le titre suivant : L’Étendard révolutionnaire et que le compagnon Crestin en prendrait la gérance.

Cette décision a été prise dans le but de faire de cet organe anarchiste la propriété exclusive de la Fédération révolutionnaire lyonnaise.

Le 30 juillet 1882, la dissolution de la société du Droit social a été prononcée, et le même jour a paru le premier numéro de l’Étendard révolutionnaire.

Cet organe et le Fédération ont été administrés à partir de ce moment par une commission exécutive composée de neuf membres dont Crestin faisait partie.

Il n’accepta la gérance que pour les deux premiers numéros et pour le 3e portant la date du 13 août 1882, il fut remplacé par le compagnon Cyvoct, appartenant à la section de la Croix Rousse.

Crestin est un homme exalté qui a toujours poussé à l’action révolutionnaire et considéré comme un des plus résolus et des plus dangereux du parti anarchiste.

Au commencement du mois d’août 1882, il disait encore que si nous avions la guerre ou simplement un mouvement de grève bien prononcé s’étendant du Rhône à la région du Midi, le parti anarchiste pourrait tenter un coup et engager l’action à Lyon.

Poursuivi devant la cour d’assises du Rhône le 16 août 1882, il a déclaré à M. l’avocat général Tallon, qui lui reprochait d’avoir vécu du produit de la prostitution « qu’il venait de prononcer son arrêt de mort ». Il a été condamné pour fait à un et un jour de prison et 100 fr. d’amende, pour provocation au meurtre, au pillage et à l’incendie par la distribution et la vente d’un placard anarchiste intitulé : « Mort aux voleurs »

L’arrêt a ordonné que les deux peines se confondent. Crestin ayant été arrêté à l’audience, n’a pu se soustraire, comme il l’espérait et à dû se résigner à subir sa peine.

Le même jour dans une réunion publique organisée par la Fédération, salle de la Perle à la Croix-Rousse sous le titre de Tribunal révolutionnaire et dont Crestin a été acclamé président d’honneur, les anarchistes après avoir prêché la propagande par le fait, par le poignard et la dynamite, ont voté un arrêt de mort contre les jurés et les juges ayant condamné les compagnons Crestin et Bonthoux.

Le procureur général estime absolument qu’aucune mesure gracieuse ne doit être prise ; elle produirait le plus fâcheux effet sur l’opinion publique.

Lyon le 31 juillet 1884

Le procureur général

Fabreguettes

Source : Archives nationales BB 24 875

Lire la biographie de Claude Crestin dans le Maitron et dans le Dictionnaire des militants anarchistes

Sur la question de l’accusation de proxénétisme au XIXe siècle voir l’affaire Liabeuf

Jean Antoine Coindre, l’anarchiste repenti du procès des 66 anarchistes de Lyon. 1882

Ministère de la justice
Direction des affaires criminelles et des grâces
Paris le 26 juillet 1883
Le Garde des Sceaux communique à M. le procureur général le recours en grâces ci-joint et le prie de bien vouloir lui transmettre les renseignements suivants :

Coindre (Jean Antoine), né à Lyon le 5 mars 1850, ouvrier ébéniste-vernisseur
Condamné le 13 mars 1883 par la cour d’appel de Lyon pour affiliation à l’association internationale des travailleurs. Condamnation définitive à 6 mois d’emprisonnement.

Jean Antoine Coindre était membre de la section de la Guillotière. Il n’a jamais pris la parole dans les réunions, ni fait partie des bureaux, mais il assistait régulièrement aux conciliabules privés et se faisait remarquer dans les réunions publiques par son ardeur à crier : Vive la Révolution ! Mort aux voleurs !
Il se trouvait sur la place des Terraux le 9 septembre dernier, à l’occasion de la manifestation des tisseurs, manifestation provoquée par les anarchistes et c’est lui qui a apposé dans le quartier de la Guillotière les affiches annonçant la dernière réunion publique organisée par les anarchistes, salle de l’Elysée le 18 novembre 1882, réunion à laquelle il assistait.
Coindre ne travaillait pas régulièrement et était presque toujours occupé à faire des courses dans l’intérêt du parti.
Le 21 ou le 22 novembre, Coindre s’est querellé et même battu chez Bordat avec l’anarchiste Huser, arrêté le 23 novembre, à son retour de Nancy où il était allé dans l’intention de se procurer des matières explosibles, auquel il reprochait de n’avoir pas gardé le secret des projets médités par les anarchistes, notamment la recherche de la dynamite faite dans les talus du fort [illisible] le 20 du même mois, par les compagnons Pocheron, Huser et autres.
A la suite des arrestations opérées à Lyon, Coindre, craignant d’être arrêté, jugea à propos de se mettre à l’abri et et partit pour Genève à pied, où il arriva le 29 novembre 1882, sans ressources, alla se réfugier chez Romand, rue Sismondi, 5 où se trouvaient Dejoux, Percheron, Boriasse, Renaud et autres anarchistes. Il a été en relations avec les rédacteurs du journal La Révolte.
N ‘ayant pu trouver à s’occuper, Coindre a quitté Genève avec l’anarchiste Chazy, le 6 décembre au matin, pour revenir à Lyon, à pied et c’est à son retour qu’il a été arrêté à son domicile.
Coindre a signé le manifeste des anarchistes à l’audience du tribunal correctionnel de Lyon mais sa conduite à la prison depuis sa détention est excellente, il paraît éprouver un vif regret de la faute commise et manifeste hautement des sentiments de repentir. Sa situation de famille est digne d’intérêt.
Pour ces dernières considérations, j’estime que Coindre pourrait être gracié du reste de sa peine.
Lyon le 1er août 1883
Le procureur général
Fabreguettes

Source : Archives nationales BB 24 875

Le recours en grâce du 26 juillet 1883 est refusé le 10 septembre 1883
Le 22 mars 1886, Coindre est gracié de l’amende qu’il n’avait pas acquittée.

Lire la biographie de Jean Antoine Coindre dans le Maitron et dans le Dictionnaire des militants anarchistes

Auguste Blonde, secrétaire de la section de la Guillotière (Lyon), partisan de la propagande par le fait. 1882

Parquet de la Cour d’appel de Lyon

Avis sur la mesure gracieuse proposée au profit de Blonde (Auguste), sellier, âgé de 24 ans, né à Lyon le 27 novembre 1859, demeurant à Lyon, rue de la Part Dieu, 62

Blonde a été secrétaire de la 2e section du 3e arrondissement (Guillotière).

A la réunion publique organisée par la Fédération révolutionnaire lyonnaise, salle de la Perle, le 20 avril 1882, l’anarchiste Blonde a fait un discours aussi violent que Bernard sur la propagande par le fait et a réclamé la prise de possession par la force de l’outillage, et la destruction, par les mêmes moyens des inutilités qui ne produisent rien et volent pour faire bombance sur le sueur de la machine humaine.

A la réunion organisée le 6 mai 1882, chez une veuve Dru, à Villerbanne, dans un but de propagande, Blonde a fait appel à tous les assistants pour la propagande pour le journal le Droit social, le seul organe qui instruit le peuple et le prépare à la révolution.

Il était assesseur au bureau de la réunion publique organisée le 1er juillet 1882, salle de l’Alcazar et dans laquelle Louise Michel, Digeon et Rouannet ont fait une conférence sur la révolution. Un vote de flétrissure contre le gouvernement, les gouvernants, la magistrature et tous les exploiteurs du peuple y a été proposé et adopté.

Il a présidé le 28 juillet 1882, la réunion privée des membres de la Fédération, tenue chez Célérier et dans laquelle il a été décidé, sur la proposition de Bordat, de s’emparer du Droit social, en agissant révolutionnairement, c’est à dire sans tenir compte des protestations des actionnaires.

Le 16 avril 1882, il assistait à la réunion publique organisée par la Fédération, salle de la Perle, à la Croix Rousse, sous le titre de Tribunal révolutionnaire, pour protester contre la condamnation prononcée le même jour contre les compagnons Crestin et Bonthoux. A cette réunion présidée par le compagnon Pautet, ouvrier serrurier, Crestin arrêté à l’audience, pour avoir adressé des menaces de mort à M. l’avocat général Tallon, fut proclamé président d’honneur. On y a énergiquement préconisé la propagande par le fait, celle faite par la parole et par la plume n’ayant d’autre résultat que de faire condamner les compagnons qui s’y livrent et recommandé l’emploi du poignard, de la dynamite et des aiguilles empoisonnées. Le président de la république, les ministres, les généraux et tous les bourgeois en général ont été traités de voleurs, de bandits et après avoir recommandé aux conscrits de refuser le service militaire, le compagnon Cyvoct, un élève de Bordat, a proposé et fait voter un arrêt de mort contre les juges et les jurés ayant condamné Crestin et Bonthoux, se chargeant de rechercher et de trouver leurs adresses.

Il a fait partie des réunions privées tenues chez Guionnet, rue Servient 109, par quelques jeunes anarchistes d’action le 18 octobre 1882 et jours suivants, lesquelles avaient pour but de préparer des actes de propagande par le fait.

Le 21 octobre 1882, chez Bordat, il a été désigné par des anarchistes comme devant posséder de la dynamite.

Enfin, dans une réunion du 18 novembre 1882 à l’Elysée, il a proposé de faire adopter une déclaration par laquelle l’assemblée se déclarait solidaire des attentats de Montceau-les-Mines, regrettant qu’ils n’eussent pas réussi.

Il a été condamné par la cour d’appel de Lyon, le 13 mars 1883, pour affiliation à l’Internationale, à deux ans d’emprisonnement, 500 fr. d’amende, 10 ans de surveillance, 5 ans d’interdiction de ses droits civils.

J’estime que son recours en grâce doit être absolument rejeté, son admission produirait sur l’opinion publique le plus déplorable effet.

Lyon le 31 juillet 1884

Le procureur général

Fabreguettes

Source : Archives nationales BB24 875

Lire la biographie d’Auguste Blonde dans le Maitron et dans le Dictionnaire des militants anarchistes

Bernard Joseph, aux sources de l’anarchisme et du syndicalisme. 1878-1883

Lettre de Joseph Bernard lue au Congrès socialiste révolutionnaire indépendant de la région Centre en mai 1881 et publié  dans la Révolution sociale n° 25 du 6 juin 1881.

Parquet de la cour d’appel de Lyon

Avis sur la mesure gracieuse proposée au profit de Bernard (Joseph) serrurier, demeurant à Lyon, né à Nogarey (Isère) le 13 juin 1856.

Antécédents judiciaires

Bernard a été condamné le 24 octobre 1878, à Paris, à 100 francs d’amende pour association illicite.

Ancien membre de l’Internationale, il fut délégué de Grenoble au Congrès ouvrier de Lyon en 1878 et à celui de Marseille, en 1879, où il a fait au nom des membres collectivistes révolutionnaires de la 1ère commission, un rapport sur l’émancipation de la femme. Il a parlé contre les associations, les réformes anodines ne pouvant produire aucun résultat, a indiqué, comme but à poursuivre, l’appropriation collective des instruments de travail et du sol, mis directement aux mains de ceux qui les font produire et comme moyen, la Révolution (séance du 24 octobre 1879). Il a présidé la séance du 25 octobre et a été nommé membre des commissions de résolutions sur les questions du salariat et de la représentation directe du prolétariat aux corps élus (séance des 26 et 27 octobre). Il a signé la déclaration du citoyen Hérivaux, délégué de l’Union collective du bâtiment de Paris, concluant à l’appropriation collective du sol, machines, voies de transport, bâtiments, capitaux accumulés au bénéfice de la collectivité humaine, seule manière possible d’assurer à chacun le produit intégral de son travail, déclaration lue à la séance du 30 octobre, consacrée à la question sociale et accueillie par les cris de « Vive la révolution » ; il y a défendu, avec énergie, ses théories collectivistes révolutionnaires.

Mis à l’index à Grenoble et dans les villes voisines, à cause de ses opinions exaltées et ne pouvant plus se procurer de travail, il vint se réfugier à Lyon, après le congrès régional de 1880 et s’y livra à une propagande révolutionnaire des plus actives.

A la réunion publique tenue à l’Alcazar, le 27 février 1881, organisée par la commission de pétitionnement des tisseurs, il a fait appel à la révolution violente. Il fréquentait toutes les réunions publiques ou privées ayant quelque importance et excitait toujours à la révolte contre les patrons et les gouvernements, même par les moyens les plus violents, le poignard et la dynamite.

Le 19 mars 1882, en souvenir de la Commune, il a organisé, salle de l’Alcazar, avec le concours d’Emile Gautier, une réunion. Bernard a déclaré, dans cette réunion que la révolution devait nécessairement éclater à Lyon, de préférence à Paris et qu’il était essentiellement nécessaire qu’il en fut ainsi attendu que Paris se trouve isolé comme ville et comme centre d’action, tandis que Lyon est entouré de villes qui sont nettement entrées dans le mouvement et qui serviront à le faire rayonner, en le répandant dans toute la France.

C’est Bernard qui a organisé la grève des ouvriers serruriers de la ville de Lyon qui a commencé le 11 avril 1881, il a dirigé avec fermeté et intelligence, bien dans un but de propagande révolutionnaire que dans l’intérêt de la corporation, et elle s’est terminée un peu malgré lui, grâce à l’intervention officieuse de l’administration nécessaire en temps opportun. Il a toujours excité les autres corporations à la grève dans le but unique d’entretenir l’agitation parmi la classe ouvrière et n’a jamais hésité à conseiller de pendre quelques patrons pour obliger les autres à céder aux revendications ouvrières.

Il a fait partie de la fédération des chambres syndicales lyonnaises et a toujours cherché à faire adhérer ces associations à la fédération révolutionnaire lyonnaise dont il était le véritable chef.

Au mois de juin 1881, il a fait publier le manifeste suivant :

Manifeste des révolutionnaires socialistes lyonnais adressé aux différents congrès régionaux.

Compagnons : adversaires de toute société aussi bien ce celle des gouvernements que de celle des individus, nous sommes avec vous de cœur dans votre congrès. Il y a assez longtemps que le peuple obéit, à son tour, il doit être le maître. Pour cela les personnalités doivent disparaître pour faire place aux idées et aux principes. Loin de nous tous les ambitieux, tous les farceurs qui sont à la recherche d’une candidature, qu’ils soient réactionnaires, républicains ou même collectivistes. Tout par la Révolution et pour la Révolution.

Pour la section socialiste révolutionnaire des Brotteaux.

Le secrétaire

Signé J. Bernard, rue Pierre Corneille 157.

Ce manifeste a été publié dans le Journal la Révolution sociale n° du 6 juin 1881.

C’est lui qui, par des moyens habiles, s’est emparé de la société du journal « Le Droit social » en introduisant un certain nombre d’anarchistes parmi ses membres et à fait paraître cet organe au mois de février 1882, grâce à la nouvelle loi sur la presse. Ce journal a été d’une violence extrême.

Dans toutes les réunions publiques ou privées soit des groupes anarchistes fédérés, soit des membres des corporations en grève, Bernard a toujours fait une guerre acharnée aux patrons, aux propriétaires, aux capitalistes, en même temps qu’aux gouvernements, à la magistrature, à l’armée, à la police et n’a jamais manqué de recommander de détruire tout espèce d’autorité pour s’emparer, même à l’aide du poignard et de la dynamite, de la propriété et des instruments de travail. Quant au clergé, pour le détruire, il n’a jamais cessé de prêcher la destruction complète des Eglises.

Intelligent, actif, énergique, orateur violent et passionné, Bernard qui a exercé à Lyon une réelle influence sur la classe ouvrière est un homme dangereux. Il était en rapport avec les autres groupes de France et de l’étranger, et même avec le prince Kropotkine, nihiliste russe, membre du Comité international de Londres.

Dans une réunion privée tenue le 13 mai 1881, dont il avait pris l’initiative et à laquelle étaient représentées, vingt et quelques chambres syndicales ouvrières, il a fait voter une résolution protestant contre le projet de loi sur l’organisation des syndicats et demandant la liberté complète de réunion et d’association.

Bernard a fait à Lyon, une propagande des plus actives en faveur du parti anarchiste dont il a été le véritable organisateur et le chef incontesté. Il a fait beaucoup de prosélytisme surtout parmi la corporation des ouvriers serruriers dont il faisait partie. Cependant ses allures autoritaires, ses tendances à dominer, avaient fini par lui susciter des rancunes et une opposition sourde parmi les groupes ordinairement soumis à sa volonté et ces ferments de discorde étaient habilement exploités par le compagnon Bordat, vexé d’être relégué au second plan, c’est alors que Bernard qui ne pouvait plus du reste que difficilement se procurer du travail, à cause de ses agissements politiques, se décida à quitter Lyon, pour aller à Paris le 1er mai 1882. A ce moment, il fut remplacé par Bordat qui devint le véritable chef de la fédération révolutionnaire lyonnaise.

A Paris, Bernard continua à faire de l’agitation révolutionnaire et d’après le compte-rendu publié par les journaux, il aurait dans une réunion d’anarchistes, demandé qu’on supprime tout par la dynamite : Gouvernement, religion, Magistrature. C’est exactement cette théorie qu’il a prêché avec une grande énergie pendant son séjour à Lyon où il a profondément remué la classe ouvrière en l’excitant sans cesse contre les patrons, contre la société bourgeoise et capitaliste.

Bernard a été condamné le 13 mars 1883, par la cour d’appel de Lyon, à 5 ans d’emprisonnement, 2.000 fr. d’amende et 10 ans de surveillance et d’interdiction des droits civils, pour affiliation à l’Internationale.

J’estime qu’il ne doit être l’objet d’aucune commutation de peine et que cette mesure produirait le plus déplorable effet.

Lyon le 31 juillet 1884.

Le procureur général

Fabreguettes

Source : Archives nationales BB24 875

Lire les biographies de Joseph Bernard dans le Maitron et dans le Dictionnaire des militants anarchistes

Perquisition au siège de l’Étendard révolutionnaire de Lyon. 18 octobre 1882

Dernier numéro du journal paru avant la perquisition. Document Archives autonomies.

Préfecture du Rhône

Commissariat spécial de la Sûreté

Procès-verbal

Acte d’exécution d’une commission rogatoire de M. le juge d’instruction de Charolles

Affaire Bande noire

N° 1104

L’an mil huit cent quatre vingt deux et le dix huit octobre

Nous, Morin Joseph Benjamin, commissaire spécial, chef de la police de Sûreté, officier de police judiciaire, auxiliaire de M. le procureur de la république de l’arrondissement de Lyon.

Agissant en exécution d’une commission rogatoire de M. le juge d’instruction de Charolles (Saône et Loire) en date de Montceau-les-Mines, 17 octobre, 10 heures du soir à nous transmise ce jourd’hui, dix huit du dit, à neuf heures 15 minutes du matin, par délégation de M. le juge d’instruction Cuaz de Lyon, dans la procédure en information contre la bande noire inculpée d’excitation par des écrits à la destruction, au meurtre et au pillage, avec la circonstance que les provocations ont été suivies d’effet.

A l’effet d’opérer au siège social du journal L’Étendard révolutionnaire et au domicile particulier du sieur Bourdon, gérant du dit journal, à une perquisition et à la saisie de tous manuscrits, correspondances, notes et documents de nature à éclairer la justice. De saisir à la Poste toutes lettres à l’adresse des sieurs Bordat, Bourdon et autres, rédacteurs du journal dont s’agir.

Nous sommes transportés immédiatement à l’imprimerie du sieur Pastel Louis Régis Auguste, âgé de 35 ans, imprimeur demeurant petite rue de Cuire n°10, à la Croix Rousse. Chargé de l’impression de la susdite feuille où étant, après avoir exhibé la commission rogatoire dont nous étions porteur, en présence du sieur Pastel et du nommé Dejoux François, âgé de 46 ans, né le 16 mai 1836 à Davayé (Saône et Loire) de feu Joseph et de feu Marie Senaillet, cordonnier demeurant à Lyon rue St Georges n°40, récemment nommé secrétaire provisoire du journal L’Étendard révolutionnaire en remplacement de Bordat et qui venait de s’y présenter porteur de manuscrits destinés à être imprimés dans la numéro devant paraître le 20 de ce mois, nous avons procédé à une exacte perquisition et déclaré saisie :

1° d’un carton contenant une quantité de manuscrits que le sieur Pastel a déclaré devoir servir à la composition du journal n° du 20 octobre

2° de plusieurs feuilles manuscrites contenant la suite d’un article en publication dans le dit journal

3° un modèle d’annonce pour une conférence devant avoir lieu à l’Alcazar le 22 octobre par Émile Gautier (pièce n°1)

Document Archives départementales du Rhône 2 U 433

A ce moment le nommé Dejoux, à notre invitation d’exhiber le contenu d’un petit paquet de papiers qu’il tenait à la main nous a fait remise de ce contenu consistant en trois lettres dont deux contenant des mandats poste l’un n° 430 de Paris Batignolles, de la somme de 21 fr., l’autre n°411 de Puteaux, de la somme de 4 fr. et deux enveloppes vides que nous avons également saisies (pièce n°2)

De même suite nous nous sommes transporté en compagnie du nommé Dejoux François, au siège de la rédaction rue Molière n°51, où, en sa présence, avons procédé une exacte perquisition et à la saisie des documents ci-après :

1° un fragment d’un placard intitulé « Mouvement social » détaché de la porte où il était collé à l’intérieur (Pièce n°3 )

Document Archives départementales du Rhône 2 U 433

 

Placard arraché de la porte par la police lors de la perquisition. Document Archives départementales du Rhône 2 U 433

2° Dans un tiroir du bureau, une note portant de retenir l’adresse de 2 magistrats ( Pièce n°4)

3° 27 chemises papier rose pour dossiers (Pièces n°5)

4° 61 reçus divers (Pièce n°6)

5° 16 enveloppes ouvertes, contenant des lettres (Pièce n°7)

6° 45 lettres ou écrits (Pièce n°8)

7° 4 exemplaires sur 2.000 d’une brochure intitulée « Menace à la bourgeoisie » dont le dépôt n’a pu être justifié par Dejoux (Pièce n°9)

8° 4 exemplaires uniques d’une brochure intitulée : « Compte-rendu des conférences contradictoires » dont le dépôt n’a pu être justifié (Pièce n°10)

9° 1 exemplaire unique d’une brochure intitulée « la vérité sur le scandale de la Ricamarie » (Pièce n°11)

10° 1 exemplaire unique d’une brochure intitulée « Propagande socialiste » (Pièce n°12)

11° 185 récépissés d’expédition par colis postaux (Pièce n°13)

12° 69 bandes avec adresses du journal L’Étendard révolutionnaire (Pièce n°14)

13° 11 rouleaux de manuscrits divers (Pièce n°15)

14° 16 enveloppes contenant des lettres et un mandat poste n°534, de Lodève, pour la somme de 3 fr. 95 (Pièce n°15 bis)

15° 4 exemplaires sur neuf d’une brochure intitulée : « Dieu et l’Etat » dont le dépôt n’a pu être justifié (Pièce n°16)

16° 4 exemplaires sur 38 d’une brochure intitulée « Congrès ouvriers de France » dont le dépôt n’a pu être justifié (Pièce n°17)

17° 25 registres reliés et brochés et trois pancartes d’adresses (Pièce n°18)

18° une liasse de lettres, télégrammes, listes etc… recueillis froissées dans le panier aux ordures (Pièce n°19)

19° Deux paquets de débris de lettres etc…recueillis dans le panier aux ordures (Pièce n°20)

A la suite de cette opération le sieur Dejoux François, nous a fait la déclaration suivante :

« Comme vous avez pu le constater par mon attitude indifférente, je suis peu, sinon pas du tout, au courant de ce qui se passe au journal l’Étendard révolutionnaire dont j’ai été institué secrétaire provisoire depuis deux jours seulement et je ne puis, par conséquent, vous fournir aucun renseignement sur l’administration de cette feuille.

J’ai pris possession de mes fonctions hier 17, à 10 heures du matin et depuis lors j’affirme que rien n’est sorti d’ici mais je sais que depuis quelques jours, tout à été remué et bouleversé et peut-être a-t-on pu détruire certaines pièces, mais je vous le répète, je ne peux rien affirmer.

A ce moment l’agent Maurin, du service spécial de la préfecture s’est présenté à nous, faisant connaître qu’il serait bon, à son avis, de s’assurer si le nommé Bourdon, recherché, ne se trouverait pas caché au domicile de Dejoux, rue St Georges, n°40.

Cette confidence faite sur un ton quelque peu élevé ayant été entendue en partie par Dejoux, il a demandé qu’un ou deux agents l’accompagnent à son domicile, afin de s’assurer de l’inexactitude de ce renseignement.

Il a été fait droit à cette demande et on a pu constater, en effet, que le dit Bourdon n’avait pas paru à cette adresse.

Les lettres suivantes, à l’adresse de Bordat, Bourdon et autres, rédacteurs de l’Étendard révolutionnaire ont été saisies à la poste et transmises d’urgence à M. le juge d’instruction Cuaz.

1° Le 19 octobre une lettre de Marseille du 18

2° Le 19 octobre une lettre de Paris Batignolles du 18

3° Le 19 octobre une lettre de St Paul en Jarret (Loire) du 18

4° Le 19 octobre une lettre de Paris rue Réaumur du 18

5° Le 19 octobre une lettre de Roubaix (Nord) du 18

6° Le 19 octobre une lettre de Martigues (Bouches du Rhône) du 18

7° Le 19 octobre une lettre de St Léger sur Dheune (Saône et Loire) du 18

Tous les documents saisis seront par nos soins déposés au greffe de l’instruction.

En foi de quoi nous avons rédigé le présent procès-verbal à Lyon, les jour, mois et ans que d’autre part.

Le commissaire spécial.

Source Archives départementales du Rhône 2 U 433

Procès des 66 anarchistes de Lyon. 2e perquisition chez Toussaint Bordat. 26 novembre 1882

Liste de souscription saisie chez Toussaint Bordat. Archives départementales du Rhône 2 U 433.

L’an mil huit cent quatre vingt deux et le vingt six novembre.

Nous Morin Joseph Benjamin, commissaire spécial de la Sûreté, officier de police judiciaire, auxiliaire de Monsieur le procureur de la république de l’arrondissement de Lyon

Agissant en exécution d’une commission rogatoire de M. Rigot, juge d’instruction à Lyon, en date du 26 de ce mois, dans la procédure en information contre Bordat et autres, inculpés d’affiliation à une association internationale de travailleurs, à l’effet de rechercher et saisir au domicile du nommé Bordat, rue Moncey 70, tous papiers, correspondance et documents de nature à établir le délit ci-dessus.

Nous nous sommes transporté cejourd’hui à 3h de relevée, accompagné de M. Arban, sous-inspecteur et des agents Ponsard et Reverd, au domicile précité et avons procédé à une perquisition minutieuse dans tous les appartements et dépendances, opération qui a donné pour résultats la découverte des objets et documents ci-après :

1° 2 photographies obscènes

2° 2 timbres de la société Le Droit social

3° 2 adresses

4° 1 carte d’entrée (conférence Louise Michel)

5° 1 action n° 1282 au Droit social

6° 1 reçu de 378 brochures, signé : Rollet

7° 1 télégramme signé Gautier

8° 1 télégramme signé : Comité Javel (?)

9° 1 note concernant Dejoux, s’adresser à Rougeot, rue de [illisible] 8

10° 1 récépissé d’expédition de 10fr. 10 c. versé par Mme Bordat

11° 1 note signée Senel, annonçant son départ pour Clermont

12° 1 lettre à l’adresse de Bayet, signée Feuillade

13° 3 lettres de Bordat détenu à Charolle, non visées

14° Une note de Bordat annonçant son arrestation

15° un fragment de lettre de Bordat

16° une lettre signée Durand de Saint-Etienne

17° 1 lettre de Lausanne, signée Dejoux Louis

18° 1 lettre de Chatillon à Marlieux, signée Bourdon

19° 10 feuilles aux rédacteurs du Réveil lyonnais, sous la signature Crestin

20° 6 factures

21° 2 listes de souscription pour la propagande du Droit social et en faveur des victimes de la réaction bourgeoise (La dernière a été trouvée dans le café Bordat)

22° 3 listes de délégués au 2e congrès régional de l’Est

23° 2 extraits des minutes du greffe de la cour d’appel faisant connaître les noms, professions et adresses des jurés du 2e trimestre 1882

L’un de ces extraits est annoté au crayon rouge et bleu et portant à 3 reprises au crayon les mots : Mort aux voleurs : une cartouche de dynamite au etc, etc.

24° Une gravure représentant la sortie du Palais de justice

25° Un placard contenant d’un côté la loi sur l’ivresse dont on a gratté les signatures pour les remplacer par des inscriptions outrageantes, de l’autre côté des dessins représentants en caricature

1° M. le procureur général

2° M. Talon n°3

3° M. Morin n°2

4° M ; Cuaz n°1

5° M. Rigot

Les quatre derniers entourés de cette inscription : A mort

Ce placard a été trouvé affiché dans le café

26° 2 brochures : L’esprit de révolte

27° 12 brochures Discours d’Auguste Blanqui

28° 7 brochures Aux jeunes gens par Kropotkine

29° 3 brochures Menaces à la bourgeoisie

30 2 brochures Marie Ferré

31° 2 brochures La vérité sur le scandale de la Ricamarie

32° 1 brochure Compte-rendu des conférences contradictoires et collectivistes

33° 2 brochures : Séances du congrès ouvrier de France

34° 1 brochure compte-rendu du 6e congrès national ouvrier

35° 1 brochure : catalogue spécial pour les reproductions

36° 1 brochure Le marxisme

37° 1 brochure Le socialisme constructeur

38° 1 brochure Quatrième congrès socialiste

39° 2 livraisons du journal officiel de la Commune

40° 32 livrets de sociétaires au Droit social

41° 1 carnet de comptes de l’association

42° 1 placard du scrutin de ballottage des élections du 12 octobre 1879

43° 1 placard : Publication du groupe socialistes révolutionnaires

44° 1 bulletin du congrès de Londres, suivi d’une liste de souscription

45° 1 paquet d’imprimés de convocations à des réunions

46° 7 feuilles de souches de cotisation

47° 1 carnet contenant des notes et adresses

48° 2 stylets neufs sans leur gaîne en métal

Journaux :

150 exemplaires : Droit social, papier rouge

137 exemplaires : Droit social

39 exemplaires : Le Citoyen et la Bataille

9 exemplaires Le Radical

60 exemplaires L’Étendard révolutionnaire

153 exemplaires Le Révolté

1 exemplaire Le Gogo

7 exemplaires Radical algérien

21 exemplaires Le Citoyen français

1 exemplaire Proximus [illisible]

1 exemplaire L’Anarchie

1 exemplaire L’Egalité (ancien Citoyen)

2 exemplaires Le Forçat

2 exemplaires Revista social

1 exemplaire Le Citoyen international

12 exemplaires La Révolution sociale

Il a été, en outre, saisi et laissé à la garde de la nommée Durtot Pauline, femme Bordat

1° Six drapeaux en calicot rouge pavoisant l’intérieur d’une salle

2° Un grand drapeau en cachemire noir à frange argent

3° Un grand drapeau en flanelle rouge à frange or

Le Vingt-huit novembre, conformément aux ordres de M. le juge d’instruction, ordonnant la saisie et le dépôt au greffe des drapeaux mentionnés plus haut, les agents Ponsard et Reverd s’étant présentés, à cet effet, au domicile de Bordat ont constaté leur disparition et la nommée Durdot Pauline, femme Bordat a répondu qu’ils avaient été remis et emportés par leur propriétaire dont elle a refusé de faire connaître le nom et adresse.

Du tout quoi, avons dressé le présent procès-verbal à Lyon le vingt-huit des mois et an que d’autre part.

Le commissaire spécial.

Source : Archives départementales du Rhône 2 U 433

Lettre de Jean Grave aux anarchistes lyonnais à propos du Bulletin des groupes anarchistes. 16 novembre 1881

Circulaire n°5
Paris 16 novembre 1881
Compagnons

Voulant faire paraître le 1er n° du bulletin au jour annoncé, nous avons essayé de le tirer au chromographe, nous n’avons pu réussir à faire quelque chose de propre, vous pouvez en juger par l’exemplaire que nous vous envoyons (1).
Nous sommes donc forcés de retarder l’apparition dudit n° jusqu’à ce que les groupes nous aient envoyé envoyé leurs cotisations.
Nous avons reçus jusqu’à ce jour : Bordeaux, Levallois, Cercle international, 5e et 13e arrondissements, chacun 8 fr. en tout, par Paulet d’Amiens, l’Avant-garde de Paris, chacun 5fr. En tout 47 fr. à peu près la moitié de ce qu’il faut pour acheter un appareil à imprimer. Les Devaux et Rivesaltes, nous ont promis l’envoi de leurs cotisations, nous engageons donc les autres groupes qui avaient adhéré, à nous faire parvenir les fonds dont ils peuvent disposer pour le bulletin dans les plus brefs délais possible, sitôt que nous aurons réunis la somme nécessaire nous ferons paraître le 1er n°.
Nous profitons de cette circulaire pour répondre à nos amis de Lyon, Cette, Béziers, qu’ils n’ont pas mal compris l’idée du bulletin. Ce bulletin n’est pas destiné à remplir le rôle d’un journal, c’est tout simplement le lien qui [illisible] relier les groupes entre eux et les amener à se sentir les coudes.
Par la correspondance que nous avons entreprise au mois de février de cette année, nous nous sommes aperçus qu’il était dur à amener les groupes à correspondre ensemble et soit dit [illisible] reproche notoirement avec les groupes de Lyon, Marseille [illisible] le midi, le bulletin avait et a toujours, pour but de servir [illisible] à cette correspondance. Mais comme vous aussi nous repoussons toute centralisation, nous avons reconnu que si le bulletin était imprimé toujours par le même groupe, que les correspondances finiraient par se retrouver dans ledit groupe et faire acquérir une certaine influence sur les autres et réunir tous les dangers d’un groupe central. Tout cela donne à penser à le faire imprimer par chaque groupe à tour de rôle, de sorte que {illisible] danger évité, les groupes restant libres de leur action chacun dans leur milieu, en apprenant à se connaître par la discussion des idées, pourront se produire dans ce bulletin, pourront pour faire converger tous leurs efforts dans le même sens. Par le seul fait de cette cohésion résultant d’un commun accord d’idées [illisible] cohésion que l’on chercherait vainement dans cette discipline dont MM. Les autoritaires (masqués ou non) nous ont montré l ‘échantillon au congrès de Reims.
Pour le groupe des 5e et 13e arrondissement
Jean Grave
37 avenue des Gobelins

(1) Tous les groupes ne recevront pas cet exemple, nous n’en avons qu’une dizaine pour une quarantaine de groupes.

Source : Archives départementales du Rhône 2 U 433

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Adversaires de la centralisation, nous voulions trouver un moyen de relier les groupes entre eux, sans [centre plus ou moins directeur et que, cependant, cette fédération n’existât pas seulement sur le papier, que chaque groupe y fût actif].
C’est alors que nous imaginâmes la création d’un Bulletin mensuel, organe des groupes fédérés, qui y développaient leurs idées, les mettraient en discussion, appelant la controverse, y formuleraient leurs propositions pour la propagande à accomplir [et à y demander les concours nécessaires].
Mais si la publication était faite toujours par le même groupe il y avait danger que ce groupe ne devînt une espèce de groupe directeur.
Pour y parer, nous décidâmes que chaque groupe, à tour de rôle, éditerait un numéro dudit Bulletin.Cela éviterait la centralisation et, de plus, forçait les groupes à quelque activité, le temps, tout au moins, qu’ils auraient à préparer la publication de leur numéro.
Faute de fonds, le premier numéro fut polycopié, Baillet nous avait amené un de ses amis, employé à la Cie d’Orléans, qui avait une écriture superbe. Ça aurait valu l’impression si le tirage, faute d’expérience, n’avait laissé à désirer. Malheureusement, à travers les vicissitudes de la vie d’un propagandiste, ce premier numéro a été perdu.
Dans le Révolté du 26 novembre 1881, je retrouve le sommaire. Il y avait des correspondances de Rivesaltes, du Creusot, des Devaux (Yonne), de Fontaines (Isère), de Cette, du Havre, de Bordeaux, de Lyon et de Perpignan.
La tentative, hélas ! S’arrêta à ce premier numéro. Survinrent les événements de Lyon, les arrestations qui en furent la suite. L’activité du groupe en fut paralysée un moment. Lorsqu’elle reprit, elle se trouva aiguillée dans d’autres directions.
Du reste, l’importance de l’idée ne fut jamais bien comprise par personne. Ayant à diverses reprises, essayé de la susciter en la décrivant, faute [de disposer] du temps nécessaire pour m’en occuper d’une façon efficace, il ne se trouva personne pour en reprendre l’initiative.

Source : Quarante ans de propagande anarchiste par Jean Grave. L’histoire/Flammarion 1973, p. 154

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Les groupes anarchistes de Paris ont eu l’excellente idée de faire paraître, sous forme de circulaire autographiée, un Bulletin des Groupes anarchistes, dont le premier a paru le 15 novembre. Nous recommandons vivement à nos amis cette publication qui peut devenir un lien entre les divers groupes français.
Le premier numéro contient des nouvelles de Paris, du Creusot, de Rivesaltes, des Devaux (Yonne), de Fontaines (Isère), de Cette, du Havre, de Bordeaux, de Lyon et de Perpignan.
Nous sommes persuadés que tous les groupes anarchistes liront cette publication ; qu’il suffise donc de dire qu’il résulte de ces nouvelles un développement continuel des groupes anarchistes en France.
Nos meilleurs souhaits pour la réussite du Bulletin.

Le Révolté n°20 26 novembre 1881

Les attendus du procès en appel des 31 anarchistes de Lyon. 13 mars 1883

Cour d’appel de Lyon

Chambre des appels correctionnels

Présidence de M. Rieussec.

Conseillers : MM. Salveton, Marth, Berthaud, Moitessier, Gros, Longchampt et Pradier-Fodéré.

Ministère public : M. Fabreguettes, procureur général.

Audience du 13 mars 1883

Affaire des anarchistes affiliés à une association révolutionnaire internationale (loi du 14 mars 1872). Trente et un appelants du jugement du tribunal correctionnel de Lyon en date du 19 janvier 1883. Arrêt.

La Cour a rendu l’arrêt suivant :

Considérant que les prévenus ont été, par ordonnance d’un des juges d’instruction de Lyon, en date du 30 décembre 1882, renvoyés devant le tribunal correctionnel, sous l’inculpation d’avoir, depuis moins de trois ans, à Lyon ou sur tout autre partie du territoire français, été affilié ou fait acte d’affiliation à une association internationale et ayant pour but de provoquer à la suspension du travail, à l’abolition du droit de propriété, de la famille, de la patrie, de la religion, et d’avoir ainsi commis un attentat contre la paix publique, délit prévu et puni par la loi du 14 mars 1872 ;

Considérant que l’attaque individuelle, isolée, par la voie de la presse ou de la parole, au droit de propriété, à la patrie, à la religion, à la famille, fait courir à la société des dangers bien moindres qu’une vaste association internationale dont le but est indiqué par la loi du 14 mars 1872 ;

Qu’ainsi, non seulement cette loi n’a pas été implicitement abrogée par celle du 29 juillet 1881, mais qu’elle est devenue plus nécessaire qu’elle ne l’était au moment de sa promulgation.

Considérant que tous les prévenus se sont déclarés anarchistes et qu’il résulte de leurs déclarations et de l’ensemble des pièces saisies qu’en cette qualité d’anarchistes, ils veulent la suspension du travail, l’abolition du droit de propriété, de la famille, de la patrie, de la religion ;

Que, bien plus, ils sont les ennemis de tous les gouvernements, républicains ou autres, de toute loi, de toute autorité, ce qu’indique leur nom d’anarchistes ;

Qu’enfin ils se défient de l’opinion, du suffrage universel, qu’ils entendent recourir à la force ;

Considérant qu’il résulte de l’information qu’à partir de l’année 1881, les anarchistes se sont associés et ont formé des groupes ;

Qu’ainsi à Lyon, à Paris, à Marseille, à Saint-Etienne, à Villefranche, à Vienne, au Creusot, à Montceau-les-Mines, il existe un ou plusieurs groupes ;

Considérant que Bordat a déclaré qu’il y avait, à Lyon, douze sections d’anarchistes et que ces douze sections formaient la Fédération révolutionnaire lyonnaise ;

Considérant que la Fédération anarchique lyonnaise s’est mise en rapport avec les groupes anarchiques des villes voisines : Sain-Etienne, Villefranche, Vienne, Le Creusot, Montceau-les-Mines, même avec les groupes de villes plus éloignées : Paris, Marseille ;

Considérant que les pièces saisies prouvent qu’il a existé une correspondance très active entre la Fédération lyonnaise et les groupes régionaux constituant par leur ensemble la Fédération de l’Est ;

Considérant que les inculpés ont prétendus que les anarchistes étaient un parti, que ce parti avait des réunions publiques, mais qu’il ne s’organisait nulle part en associations dans le sens juridique du mot ;

Considérant que cette allégation ne saurait être acceptée en présence des faits ;

Que les anarchistes eux-mêmes la démentent par les termes dont ils se servent ;

Qu’ainsi ils parlent de la Fédération lyonnaise, de l’Alliance stéphanoise, du groupe du Glaive, à Villefranche, du groupe des Criminels, au Creusot ;

Qu’un grand nombre des inculpés ont reconnu qu’ils avaient été secrétaires de leur groupe ou de leur section ;

Considérant que Bardoux, l’un d’eux, a dit qu’il faisait partie, à Lyon, de la section des Brotteaux, qu’elle se réunissait tous les quinze jours au café de l’Helvétie, que c’est là qu’on versait les cotisations ;

Considérant que la Fédération lyonnaise non seulement a organisé des réunions publiques, mais qu’elle a en de nombreuses réunions privées chez Bordat, chez Célérier et chez plusieurs autres, que ses membres se sont cotisés pour envoyer un délégué à Genève au Congrès de 1882 ;

Considérant enfin qu’il est démontré qu’à Lyon et dans toutes le villes dont il a été parlé, les groupes formaient de véritables associations ;

Considérant qu’il ne suffit pas, pour établir tous les éléments qui constituent le délit prévu par la loi du 14 mars 1872, d’avoir prouvé que les anarchistes ont formé des associations dans le but de provoquer à la suspension du travail, à l’abolition du droit de propriété, de la famille, de la patrie, de la religion ; qu’il faut encore que ces associations soient affiliées à la Société internationale, visée par la législateur ;

Considérant que les prévenus soutiennent que le législateur n’a eu en vue que l’Association internationale des travailleurs, qui existait au moment de la promulgation de la loi ;

Considérant qu’il est bien difficile d’admettre une interprétation aussi rigoureuse, mais qu’il est démontré pour la Cour que l’Association internationale des travailleurs, qui existait le 14 mars 1872, n’a jamais été dissoute complètement ;

Qu’elle s’est perpétuée dans la Fédération jurasienne qui, depuis 1873, a tenu, presque chaque année, une grande assemblée ;

Considérant que le congrès de Londres, au mois de juillet 1881, n’a pas créé une nouvelle Association internationale des travailleurs, qu’il a seulement donné à l’ancienne une vie et un développement qu’elle avait en grande partie perdus ;

Considérant que le congrès de Genève, au mois d’août de l’année suivante, est une preuve que les résolutions prises à Londres avaient été acceptées et exécutées par les groupes anarchiques, ainsi que le démontrent encore un certain nombre d’affiches sur lesquelles on lit : Fédération internationale ;

Considérant qu’en laissant pour un moment de côté Michaud et Voisin, on reconnaît que tous les groupes anarchiques auxquels le Ministère public rattache les prévenus, se sont affiliés à l’Association internationale des travailleurs, dont le but, comme en 1872, est de provoquer à la suspension du travail, à l’abolition du droit de propriété, de la famille, de la patrie, de la religion ;

Qu’ils ont, en effet, envoyé des délégués, soit au congrès de Londres, soit au congrès de Genève ;

Que même plusieurs groupes en ont envoyé à tous les deux ;

Considérant que le compte rendu des séances prouve que les groupes de Lyon, de Paris et de Vienne ont été représentés à Londres et à Genève ; que les groupes de Marseille ont été représentés à Londres, tout au moins indirectement par le délégué du congrès du Midi ; que les groupes de St Etienne et le groupe de Villefranche ont été représentés à Genève ;

Que vainement on allègue qu’il avait été convenu au congrès de Londres que les engagements pris par les délégués ne lieraient les groupes qu’autant que ces groupes les auraient ratifiés ;

Considérant que cette objection ne peut s’appliquer qu’aux groupes de Marseille, qui n’ont été représentés qu’au congrès de Londres ;

Mais que, même vis à vis d’eux, elle est sans valeur, parce que leurs agissements postérieurs prouvent suffisamment la ratification ;

Considérant qu’il s’agit maintenant de rechercher si tous les prévenus, moins Voisin et Michaud, qui se trouvent dans une position spéciale, font partie d’un des groupes dont on vient de constater l’affiliation à l’Association internationale des travailleurs ;

Considérant que le fait n’est pas douteux, d’après l’information, ainsi que l’a décidé le tribunal ;

Considérant toutefois que les premiers juges ne se sont pas expliqués à l’égard d’Hugonnard ;

Considérant qu’à la vérité, Hugonnard nie avoir appartenu à un des groupes de la Fédération anarchiste lyonnaise ;

Mais que cette dénégation est évidemment un mensonge ;

Qu’Hugonnard a été actionnaire du Droit social, qu’il a assisté à presque toutes les réunions des anarchistes et que la lettre de Peillon ne permet pas de supposer qu’il soit étanger à la Fédération anarchiste lyonnaise ;

En ce qui concerne Michaud :

Considérant que Michaud fait certainement partie du groupe des Criminels du Creusot, mais que le compte rendu des séances du congrès de Londres et celui des séances du congrès de Genève ne mentionnent pas la présence d’un délégué de ce groupe ;

Considérant, il est vrai, que Michaud a avoué qu’il avait souscrit et dait souscrire pour l’envoi d’un délégué à Londres, mais en ajoutant que la souscription n’avait pas produit une somme suffisante ;

Considérant dès lors qu’il n’est pas impossible que le groupe des Criminels n’ait été affilié par aucun délégué à l’Association internationale des travailleurs ;

Mais considérant que ce fait n’a pas une importance réelle ;

Qu’en effet, il résulte d’un ensemble de circonstances très probantes que le groupe des Criminels du Creusot était affilié à la Fédération anarchique lyonnaise laquelle, comme on l’a vu, était affilié à l’Association internationale des travailleurs ;

En ce qui concerne Voisin,

Considérant qu’il soutient qu’il n’y a pas à Montceau-les-Mines un groupe anarchiste affilié à l’Association internationale des travailleurs ; que, dans tous les cas, il ne fait point partie de ce groupe ;

Considérant que le compte-rendu des séances du congrès de Genève met au nombre des groupes représentés celui de Montceau-les-Mines ;

Considérant que cette mention, si nette et si précise, ne peut être détruite par la déclaration qu n’a rien, d’ailleurs, d’absolument contraire, d’un anarchiste de Montceau-les-Mines qui a dit qu’il était difficile de créer des groupes dans la localité ;

Considérant que, vainement, Voisin objecte encore que le prétendu délégué de Montceau-les-Mines n’était pas un délégué officiel ;

Qu’en effet tout démontre que l’affiliation consentie a été ratifiée par le groupe ;

Considérant enfin, qu’il est hors de doute, au vu des pièces daisies, que Voisin fait partie du groupe anarchique de Montceau-les-Mines ;

En ce qui concerne Bayet,

Considérant que Bayet, condamné par défaut à une peine sévère par le jugement du 19 janvier 1883, qui est celui dont les autres prévenus ont appelé, a formé opposition audit jugement du 19 janvier 1883 et a fait réduire sa peine par un nouveau jugement dont il a interjeté appel ;

Qu’il y a lieu, à raison de la connexité, de joindre l’appel de Bayet à l’appel des autres prévenus et de statuer par un seul arrêt ;

Au fond,

Considérant que bayet ne nie pas avoir fait partie de la Fédération anarchique lyonnaise et qu’il a été précédemment démontré que cette fédération s’était affiliée à l’Association internationale des travailleurs ;

Considérant, en résumé, que de tout ce qui précède résulte la preuve que tous les prévenus, d’ailleurs tous français et habitant en France, y compris Bayet, se sont affiliés à des associations anarchiques qu’ils savaient affiliées elles-mêmes à l’Association internationale des travailleurs, ce qui constitue le délit prévu et puni par les articles 1 et 2 de la loi du 14 mars 1872 ;

Considérant qu’il est, de plus, établi que Bernard, Bordat, Gautier, Ricard, Liégeon, Blonde, Crestin, Péjot, Desgranges, Etienne Faure dit Cou-Tordu et Pautet sont passibles de l’aggravation de peine prévue par l’article 3 de ladite loi pour avoir sciemment concouru au développement de l’Association internationale des travailleurs, soit en lui procurant des adhésions collectives ou individuelles, soit en propageant ses doctrines, ses statuts ou ses circulaires ;

Sur l’application des peines,

Considérant que Bernard, Bordat, Guatier, Ricard, qui sont les organisateurs des associations anarchiques internationales, à Lyon, à Paris et à Saint-Etienne, ont en droit été frappés d’une peine sévère et qu’à leur égard le jugement doit être pleinement confirmé ;

Qu’il y a lieu aussi de confirmer le jugement relativement à Desgranges, à Etienne Faure dit Cou-Tordu, à Pautet, à Bardoux, à Fages, à Chavrier, à Coindre, à Hugonnard, à Sourisseau et à Champal ;

Qu’il y a lieu de décider toutefois que les condamnés à deux ans d’emprisonnement seulement ne seront sous la surveillance de la haute police que pendant cinq ans et ne seront privés de leurs droits civiques, civils et de famille que pendant ces mêmes cinq années ;

Considérant que, pour tous les autres prévenus, la Cour estime qu’il y a lieu d’abaisser les peines dans une certaine mesure ;

Qu’en effet Liegeon ne paraît pas avoir pris une part plus grande que desgranges à la fondation du groupe du Glaive, à Villefranche ;

Que la Cour, notamment, peut tenir compte à Crestin de ce que, pour des faits connexes à ceux qui l’amènent devant elle, il a été condamné à d’autres peines qu’il n’a pas encore subies et qui ne se confondront point avec celle qui va être prononcée ; à Morel, de son désaveu des doctrines anarchiques et de son repentir ; à Blonde, à Péjot, à Tressaud, à Bruyère, à Gleizal dit Garnier, à Pinoy, de leur jeunesse ;

Par ces motifs et ceux des premiers juges, ceux du moins qui n’ont rien de contraire au présent arrêt ;

La Cour, joingnant l’appel de bayet à ceux des autres prévenus et déclarant tous les appelants coupables de délits ci-dessus caractérisés,

Confirme le jugement à l’égard de Bernard, Bordat, Gautier et Ricard ;

Réduit la condamnation prononcée contre Liégeon à trois ans d’emprisonnement et cinq cents francs d’amende, dit qu’il sera sous la surveillance de la haute police pendant dix ans et que, pendant le même temps, il sera privé de ses droits civiques, civils et de famille, confirme le jugement qui a infligé les mêmes peines à Desgranges ;

Réduit les condamnations prononcées contre Crstin, Blonde et Péjot à deux ans d’emprisonnement et trois cents francs d’amende, dit qu’ils seront sous la surveillance pendant cinq ans et privés pendant ces cinq années de leurs droits civiques, civils et de famille ;

Dit aussi que les peines sur subit acutellement Crestin ne se confondront pas avec la peine ci-dessus prononcée ;

Confirme le jugement en ce qui concerne Etienne Faure, dit Cou-Tordu, et Pautet ; dit toutefois qu’ils ne seront sous la surveillance de la haute police que pendant cinq ans et privés de leurs droits civiques, civils et de famille que pendant ces mêmes cinq années ;

Réduit les condamnations prononcées contre Tressaud, Michaud, Bonnet, Régis Faure, Peillon, Voisin, Bayet, à un an d’emprisonnement et cent francs d’amende, dit qu’ils seront privés pendant cinq ans de leurs droits civiques, civils et de famille ;

Confirme le jugement en ce qui concerne Bardoux et Fages, auxquels le tribunal a infligé les mêmes peines ;

Réduit les condamnations prononcées contre Gleizal dit Garnier, Pinoy, Salvaville, Morel, Bruyère et Dupoizat, à huit mois d’emprisonnement, cinquante francs d’amende et à la privation, pendant cinq ans, de leurs droits civiques, civils et de famille ;

Confirme le jugement en ce qui concerne Chavrier, Coindre, Hugonnard, Sourisseau et Champal ;

Confirme également le jugement, quant aux frais ; dit que les frais, occasionnés par l’opposition de Bayet, resteront à sa charge personnelle ;

Condamne tous les prévenus solidairement aux frais d’appel ;

Fixe, eu égard à la quotité de la somme due, la durée de la contrainte par corps au minimum déterminé par la loi.

Source : Gallica L 57b 8311