Les Naturiens, des anarchistes précurseurs de l’écologie politique. 17 et 24 juillet 1895

Paris, le 17 juillet 1895

Le groupe les Naturiens s’est réuni hier soir, 69 rue Blanche.

Étaient présents Gravelle (218.418), Bariol (273.245), Beaulieu (326.660), Georges (327.639), Zisly (2560) et quelques autres, on ne s’est occupé que de la nécessité d’organiser quelques conférences qui seront faites par Gravelle.

On a reçu par l’intermédiaire de Jean Grave, une lettre du compagnon Ménard Ludovic d’Angers, qui se plaint que les compagnons de Paris n’envoient plus de conférenciers dans la région de l’Ouest.

Il lui a été répondu que Sébastien Faure allait fort probablement commencer sa tournée par cette contrée.

Finot

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Préfecture de police

Direction générale des recherches

2e brigade

Cabinet

1er bureau

Réunion du groupe Les Naturiens

24 juillet 1895

Rapport

Hier soir a eu lieu 69 rue Blanche, une réunion du groupe dit Les Naturiens.

L’assistance se composait de 12 personnes parmi lesquelles on a reconnu les sieurs Robin (ex directeur de l’école de Cempuis), Napoléngarth-Garuvosky et la dame Noël Bertin.

La séance à 9 heures ½. On ne forme pas de bureau.

Bariol lit le procès-verbal de la dernière séance, il ajoute que Gravelle n’a pu finir de démontrer sa théorie parce que deux rédacteurs forts savants du journal Le Trimard dont le siège est au quartier latin, l’ont contredit à tel point qu’il n’a su que répondre, d’autant plus que ses contradictions jouaient sur les mots.

Il annonce pour samedi prochain, une grande conférence qui aura lieu 11 rue Lepic, salle de la Tartine (?) et dans laquelle Gravelle reprendra ses démonstrations.

Il y aura des contradicteurs ajoute Bariol, mais pas comme ceux du Trimard.

Napoléngarth Garuvosky prend ensuite la parole pour développer sa théorie sur l’état social.

Comme il prétend que son système est renfermé dans neuf mots : « l’électricité, ce qu’est la Terre. Pourquoi nous vivons », etc…

M. Robin de Cempuis, lui demande pourquoi il a fixé le nombre de ses propositions à neuf ; M. Robin trouve cette limite arbitraire.

Il s’engage alors entre Robin, Garuvosky et Gravelle, une discussion à laquelle personne ne comprend rien, pas même, à ce qu’il semble les orateurs.

M. Robin finit par raconter pour prouver que chacun peut exercer n’importe quel métier, qu’il s’est vu à Cempuis, lui et ses élèves, obligé de faire le vidangeur, sans autre instrument qu’une vieille casserole.

La conversation roule ensuite sur l’algèbre.

La séance est levée à 11 heures 15.

Le commissaire de police.

Source : Archives de la Préfecture de police Ba 1508

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Les Naturiens, des anarchistes précurseurs de l’écologie politique. 17 juillet 1895

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Direction générale des recherches

2e brigade

Cabinet 1er bureau

Réunion des Naturiens 69 rue Blanche

Paris 17 juillet 1895

Hier soir a eu lieu la réunion du groupe dit Les Naturiens, 69 rue Blanche à 9h ½

L’assistance se composait de 10 personnes.

Gravelle a traité de la vie à l’état naturel.

Pour lui, l’homme peut très bien vivre sans le progrès actuel de la civilisation ; chaque individu a en France 1200 mètres carrés de terre, avec cela il peut vivre sans aucun travail ; mais toutefois pour arriver là, il faut renverser l’œuvre existante, par une révolution qui permettrait de prendre à celui qui a trop, pour donner à ceux qui n’ont rien ou pas assez.

L’état naturel, à mon point de vue, dit-il, ne peut plus être ce qu’il était il y a 2.000 ans. Il n’y avait alors que quelques tribus, mais, ces tribus étant, mais ces tribus étant devenues plus nombreuses, il s’est rencontré des individus qui ont trouvé que sans le travail artificiel, ils ne pourraient vivre.Ils se sont alors mis à travailler la terre et d’autres individus, par leur astuce se sont imposés aux autres, sont devenus chefs ; ils ont eu des imitateurs, on est arrivé ainsi à l’état naturel. Ce qu’il nous faut, c’est un état libertaire, où chacun peut faire ce qui lui plait.

Un assistant prend la parole, pour demander à Gravelle de lui expliquer, s’il veut faire de lui un adepte de ses doctrines, ce que veut dire ce mot « naturel » parce qu’aujourd’hui, on ne conçoit plus ce mot, que, pour lui, on ne peut pas détruire le progrès existant.

A partir de ce moment, s’engage une discussion sans suite à laquelle il est impossible de rien comprendre, tous les assistants se mettant à parler ensemble, chacun voulant faire prévaloir son opinion.

La séance est levée à 11h15.

Le commissaire de police.

Source : Archives de la Préfecture de police Ba 1508

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Les Naturiens, des anarchistes précurseurs de l’écologie politique. 10 juillet 1895

Préfecture de police

Direction générale des recherches

2e brigade

Cabinet 1er bureau

Réunion du groupe les Naturiens

Paris le 10 juillet 1895

Rapport

Hier soir a eu lieu, au café Rigaud, 69 rue Blanche, une réunion du groupe Les Naturiens.

L’assistance se composait de 9 personnes.

La séance est ouverte à 9 heures ½, sous la présidence du sieur Bariol.

Celui-ci annonce d’abord que le sieur Gravelle, ne peut assister à la réunion, se trouvant invité à dîner par des amis puis il présente deux nouveaux adhérents au groupe les sieurs Biot, demeurant 14 rue des Ecouffes et Parisis, 54 bis rue Ordener.

Il distribue à chaque assistant les journaux Le Phare de Montmartre et la Correspondance théâtrale, un imprimé intitulé La Gloire, signé de Spirus Gay et une invitation d’aller entendre au concert du Ranelagh, un partisan des Harmoniens. M. Broca et M. Mowbray.

Ci-joint les journaux et l’imprimé signé de Spirus Gay.

Il déclare ensuite qu’il est toujours question d’organiser un grand banquet avec conférence sur l’état naturel et qu’il a trouvé une grande salle 11 rue Lepic au 1er, où l’on peut tenir une soixantaine de personnes, pour laquelle il n’y a rien à payer.

Le sieur Tournois prend la parole et dit qu’il ne fait plus partie du groupe socialiste de l’abbé Garnier, parce qu’il ne veut pas s’enjuponner et que tout ce que fait l’abbé est simplement pour arriver à attraper les imbéciles.

Il ajoute que dernièrement il est allé à la Bourse du travail avec cinq camarades et que l’abbé Garnier le lui a reproché, ce qui donne lieu de croire qu’il l’avait fait suivre par sa police.

Il termine en déclarant que dorénavant il suivre les groupes des Harmoniens et des Naturiens.

Biot, donne 2 francs à Beaulieu pour les remettre à Gravelle et fait connaître que ce dernier demeure maintenant 16 rue de l’Abreuvoir.

Beaulieu explique aux personnes présentes que l’état naturel est la réformation des lois sociales, que l’on pourrait vivre des produits de la terre sans aucun travail et que celui qui voudrait s’adonner à d’autres travaux, tels que la mécanique, l’extraction des minerais du sol et serait laissé libre, en un mot que chacun ferait ce qui lui plairait.

Dans l’état actuel où nous vivons, dit-il, ce sont toujours les mêmes qui ont tout et l’ouvrier qui travaille du matin au soir, est obligé de peiner pour un prix dérisoire et de faire la richesse du patron.

Dans l’état naturel chacun aura sa part et vivra mieux. Au lieu d’avoir des châteaux, on fera comme les hommes qui vivaient il y a mille ans ; on aura des cavernes ou des cabanes.

Bariol, parlant à son tour de l’état naturel, dit : « Si la chose arrivait, je prendrais quelques bons volumes d’auteurs renommés et j’irais dans des pays lointains où je m’ébattrais sous les arbres comme le font les nègres et les indiens. »

Il ajoute qu’il va faire mettre dans un grand nombre de journaux une réclame, afin de grossir le nombre des adeptes et déclare qu’il est satisfait de voir que le groupe va en progressant. « Nous n’avons encore encaissé qu’une quarantaine de francs, conclut-il, mais en tenant des réunions des réunions, cette somme augmentera car nous ferons des quêtes.

La séance est levée à 11 heures ¼.

Le commissaire de police.

Source : Archives de la Préfecture de police Ba 1508

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Les origines du groupe anarchiste parisien « Cercle d’études sociales des 5e et 13e arrondissement ». 16 février 1881

Manifeste électoral des anarchistes parisiens annexé au rapport sur le Cercle d’études sociales des 5e et 13e arrondissement.

Préfecture de police

Police municipale

2e brigade de recherches

Cabinet 1er bureau

N° 176.646

Cercle d’études sociales des 5e et 13e arrondissement

Paris le 16 février 1881

Rapport

Le Cercle d’études sociales des 5e et 13e arrondissement, qui fait le sujet de la note ci-jointe, à subi diverses phases avant d’être ce qu’il est à présent. Tout d’abord il est bon de dire qu’il est vraisemblablement la continuation des cercles qui ont fait l’objet des rapports du 3 juillet 1879, de la 1ère brigade de recherches, sous le titre « Cercle d’études sociales » et de mes rapports des 10 et 22 juillet 1880, sous le titre « Cercle révolutionnaire italien d’études sociales »

Au début les réunions des fondateurs ont été tenues dans un café de la rue St Marc, puis dans un autre établissement de la rue d’Aboukir (correspondance Pamphile du 27 décembre 1877), de petites réunions ayant pour objet de créer un cercle socialiste qui se réunirait un peu partout et jamais au même endroit, pour se dispenser de demander des autorisations et ne pas s’exposer à des poursuites.

Ce groupe a fait le sujet des correspondances Pamphile en date des

1er, 11, 17 et 24 janvier 1878

20, 22 et 26 février 1878

13 et 26 mars 1878

2, 9 et 23 avril 1878

7 mai 1878

11 juin 1878

9, 17 et 29 juillet 1878

27 novembre 1878

4 décembre 1878

A la date du 28 août 1879, le Cercle d’études sociales du 5e arrondissement a publié dans la Marseillaise du 30, en faveur de la candidature Blanqui à Bordeaux, une lettre signée des sieurs Yvon, Pochiet, Emile Gautier, Chiffard, Gabriel Molin, Gallais, Jules Desnonveaux, Figeac, Varlin, Maury, Camille Adam, Gravillon, J. Avronsart, Lallemand, Chambéry, H. Ferré et Ulysse Mary.

Dans son numéro du 12 mai 1880, le journal l’Egalité a annoncé que le dit groupe prendrait part à la manifestation du 23 mai et irait déposer une couronne sur la tombe des victimes de mai 1871. On recevait les souscriptions chez Jeallot, 140 rue Mouffetard ; Figeac, 88 avenue d’Italie et Jean 11 rue de l’Arbalète.

Un moment, en juillet 1879, la présence dans le groupe de quelques étrangers Cafiero, Costa, Zanardelli, etc… avait fait croire qu’il s’agissait d’organiser un cercle italien.

Il a même été question de cette formation (L’Egalité du 12 mai 1880) mais elle n’a pas eu lieu, J. Guesde ayant échoué.

D’autre part, des divisions auraient produit des scissions, sans pour cela donner naissance à de véritables groupes, à des sociétés suffisamment nombreuses et autonomes, quelques individus, parfois un ou deux seulement, signaient une pièce quelconque, avec une dénomination plus ou moins différente.

Gautier et ses partisans s’intitulaient Cercle d’études sociales du 5e arrondissement, tout en continuant de faire partie intégrante du groupe primitif.

Jeallot, Figeac et les leurs se donnaient le titre de Cercle révolutionnaire du 5e arrondissement.

Maria, Lecourtois et consorts tentaient une fusion générale en se disant Cercle d’études sociales des 5e et 13 arrondissements.

D’un autre côté, Maria, Guesde, Jeallot et autres formaient le Cercle collectiviste révolutionnaire, qui a fait l’objet de mon rapport du 30 novembre 1879 et qui se dénomma aussi Cercle des socialistes révolutionnaires (correspondance Hilaire du 23 septembre 1879). Des membres du Cercle révolutionnaire du 5e arrondissement faisaient aussi partie de ce groupe.

Il n’est plus question aujourd’hui de ces subdivisions.

C’est dans le courant de 1879 que Gautier a fait prendre corps au Cercle actuel, dit Cercle d’études des 5e et 13e arrondissements, formé de tous les autres.

Les conditions d’admission étaient des plus faciles : il n’y en avait pas ; il suffisait et il suffit toujours de se déclarer révolutionnaire, il est ouvert à tout venant.

C’est ainsi que des socialistes habitant le 13e arrondissement sont venus en assez grand nombre pour qu’on ait cru devoir donner au groupe le titre de Cercle d’études sociales des 5e et 13e arrondissement.

Ce cercle, après être parti de la rue des Fossés Saint Bernard, 46, alla 19 rue Pascal, puis 4 rue Thiouin et aujourd’hui, il tient ses séances le mardi 17 rue de Jussieu.

Il compte parmi ses membres J. Guesde, Kahn, Jeallot, Seignet, Lemale, Griveau, E. Gautier, Casabianca, Rousseau, Collas, Masson, Moulland, Buffenoir, Mextou.

Il n’a pas de caisse, ni de statuts.

Les sociétaires ne paient pas de cotisations régulières, ils versent facultativement pour couvrir pour couvrir les frais que coûte le local de réunions.

Son but se rapproche de celui des anarchistes. Je joint, du reste, au rapport son manifeste électoral des dernières élections.

Le cercle des 5e et 13e arrondissement compte parmi ses membres la plupart des étrangers réfugiés à Paris, c’est lui qui a demandé que Malatesta, expulsé, soit exempt de la voiture cellulaire.

Le cercle est adhérent à l’Union fédérative ; il a pour trésorier Lecourtois, employé à la librairie du Progrès, 11 rue Bertin Poirée, chez Maurice Lachâtre et demeurant 21 rue Daubenton.

Au retour des amnistiés, les 5e et 13e arrondissements étant insuffisamment organisés, leurs éléments socialistes se fédèrent pour former un seul comité d’aide aux amnistiés et non amnistiés, Maria 118 rue Monge, en fut le secrétaire.

J’ai fourni plusieurs rapports sur ce comité, dans lequel on trouvait Fournier, compositeur, beau-frère de Maria, Picourt, Jeallot, etc.

Il y a également dans le 5e arrondissement, 128 rue Mouffetard, le cercle colindien, ayant pour chef Emile Delaporte. On y trouve E. Gautier, Ulysse Mary 40 rue Pascal ; Gabriel Mollin, ancien positiviste, rue de Lourcine ; Emile Viollard étudiant en médecine, 5 rue des Ecoles etc.. en un mot, toujours les mêmes révolutionnaires.

Enfin quelques anarchistes ont formé le Cercle d’études sociales du Panthéon mais ils sont si peu nombreux qu’ils ne font pas parler d’eux, du reste, cette fraction du cercle d’études sociales des 5e et 13e arrondissements fait le sujet d’une note particulière, à laquelle je répondrai prochainement.

L’officier de paix.

Source : Archives de la Préfecture de police Ba 1505

Les Naturiens, des anarchistes précurseurs de l’écologie politique. 26 juin 1895

Préfecture de police

Direction générale des recherches

2e brigade

Cabinet 1er bureau

Réunion du groupe les Naturiens

Paris le 26 juin 1895

Rapport

Hier soir a eu lieu 69 rue Blanche, une réunion des Naturiens.

L’ordre du jour portait :

Étude sur le retour à l’état naturel

Organisation d’un banquet

Causeries des citoyens Gravelle, Beaulieu et Léo Brissac

L’assistance se composait de 5 personnes.

La séance est ouverte à 9h1/2.

La dame Boucher, demeurant à Sèvres, chez sa tante, jardinière, sans autre indication d’adresse, déclare qu’elle est venue pour savoir ce qui s’est passé à la précédente réunion.

La dame Boucher raconte qu’elle connaît des gens, qui étaient autrefois ses amis mais ne le sont plus aujourd’hui, qui ont quitté la campagne, où il ont laissé un terrain inculte après avoir arraché une vigne atteinte du phylloxera et sont venus à Paris.

« Le mari, dit-elle, est employé à la Cie Générale des Omnibus comme contrôleur et la femme fait des perles et occupe deux ou trois ouvrières auxquelles elle donne un franc par jour.

Avec ce qu’il gagne et le bénéfice que la femme réalise sur le travail de ses ouvrières, ces gens placent de l’argent et ils aiment mieux ça que de travailler leur terre. »…..*

Gravelle prend ensuite la parole et explique que si tout le monde voulait vivre à l’état naturel, chaque individu aurait à sa disposition 12.000 mètres de terrain et avec cela n’aurait plus besoin de retourner à l’usine.

Gravelle fait connaître qu’il a reçu une lettre de Bariol, qui le prie de l’excuser, car il va dîner à la campagne chez un de ses amis, et en même temps lui parle du banquet qui est projeté, estime qu’avec une vingtaine de personnes, il pourra être organisé et recommande aux banqueteurs de se pourvoir de boucliers, d’arcs, de flèches, de massues et autres accessoires pour représenter le naturalisme.

Gravelle déclare que si on se conformait aux idées de Bariol, on aurait l’air déguisés de Carnaval.

Beaulieu est de l’avis de Gravelle et dit : « Il ne faudra pas comme l’autre fois laisser faire Bariol à sa fantaisie, car avec sa musique, il n’y a pas eu possibilité de causer.

Gravelle demande à Beaulieu s’il a vu Léo Brissac.

Beaulieu répond : « Je crois que son logeur l’a fait arrêter pour avoir passé par une fenêtre, afin de prendre des effets qui étaient restés en paiement de son loyer.

Le sieur Zisly distribue l’exemplaire ci-joint du journal L’Ami des ouvriers.

La séance est levée à 11h.

Le commissaire de police.

*Propos incohérents non recopiés

Source : Archives de la Préfecture de police Ba 1508

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Les Naturiens, des anarchistes précurseurs de l’écologie politique. 24 juin 1895

24 juin 1895

La réunion des Naturiens, avant hier, a été intéressante. M. Gravelle a traité la question dans un sens élevé, protestant contre toutes les servitudes actuelles, les obstructions sociales. Il a montré plusieurs lettres de l’étranger, Londres, Madrid, Amsterdam, Naples, des savants attachés à son programme, consistant à renverser la vieille civilisation au profit du régime primitif.

Divers orateurs ont été entendus. M. Barrucand est venu et à promis de s’intéresser au groupe. Enfin, au dernier moment sont arrivés des amis du groupe qui sortaient de la conférence de Sébastien Faure, tels MM. Perrier, de Blaive, Guérin, etc…

Ils se sont excusés de s’être rendus salle d’Arras, mais ils ont dit qu’ils ne pouvaient faire autrement. « Du reste, M. Sébastien Faure, ont-ils dit, doit cesser ses conférences en juillet. Ensuite, nous serons acquis aux Naturiens. » M. Gravelle pense que sa théorie va reprendre corps. M. Beau lieu, ami de M. Gauche, fait espérer des fonds de ce côté.

Source : Archives de la Préfecture de police Ba 1508

Lire le dossier Les Naturiens, des anarchistes précurseurs de l’écologie politique

Les Naturiens, des anarchistes précurseurs de l’écologie politique. 19 juin 1895

Préfecture de police

2e brigade de recherches

Cabinet 1er bureau

Réunion du groupe d’études économiques Les Naturiens.

Paris le 19 juin 1895

Rapport

Hier soir a eu lieu, 69 rue Blanche, une réunion du groupe d’études économiques Les Naturiens.

Cinq personnes seulement y ont assisté.

Bariol ouvre la séance à 9 heures.

Il déclare être à la recherche d’un restaurateur qui voudrait bien consentir à prêter sa salle au groupe pour y organiser un banquet, au cours duquel il ferait lui, une conférence sur l’état naturel de l’homme.

Il s’agirait, dit-il, de trouver un restaurateur qui, moyennant une dizaine d’annonces réclames que nous lui ferions paraître dans notre journal en faveur de sa maison, voulût bien nous prêter sa salle et consentir, bien que le prix du banquet soit de 5 francs par tête, à réduire ce prix de moitié pour les membres du groupe. Le prix de 5 francs serait maintenu pour les étrangers au groupe qui voudraient assister au banquet.

Gravelle dit qu’il faudrait organiser ce banquet dans un jardin où il pourrait démontrer comment les Indiens font leur cuisine. Comme exemple il pourrait faire cuire des œufs sous la cendre et faire rôtir un morceau de viande sur des piquets en plein air, sans aucun ustensile de cuisine.

Il annonce ensuite qu’une réunion publique organisée par les Naturiens aura lieu samedi prochain salle Warin, 80 boulevard de Clichy. Ci-joint le programme de cette réunion.

Un nouvel adhérent se présente pour être admis au groupe.

Il se recommande d’Abel Turil, ingénieur, qui a écrit en faveur des Naturiens.

Il déclare s’appeler Napoléon G… et demeurer à Montmartre, aux environs de la rue Norvins.

Enfin il déclare être polonais et dit être admirateur du naturalisme.

La séance est levée à 10 heures 45.

Le commissaire de police.

Source : Archives de la Préfecture de police Ba 1508

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Les Naturiens, des anarchistes précurseurs de l’écologie politique. 5 juin 1895

Préfecture de police

2e brigade de recherches

Cabinet 1er bureau

Réunion du groupe Naturiens

5 juin 1895

Rapport

Une réunion du groupe Les Naturiens a eu lieu hier soir 69 rue Blanche.

Six membres étaient présents.

La séance a été ouverte à 9 heures.

Bariol a lu le procès-verbal de la précédente réunion et a excusé l’absence de Léo Brissac.

Il a ensuite distribué des exemplaires de la Correspondance théâtrale pour laquelle il reçoit les communications et abonnements 41 rue Fontaine et il annoncé que le Cercle d’Etudes politiques les Harmoniens, se réunissait samedi prochain et que Martin y ferait une causerie sur l’anarchie sociale.

Henri Zisly a annoncé la réapparition du Phare de Montmartre, dont la siège de l’administration est maintenant situé 93 rue Ordener.

Gravelle a fait savoir qu’il avait été saisi et expulsé et qu’il demeurait maintenant à Issy, 10 Grande rue.

Il a déclaré qu’il verrait Gaud du journal La Sociale et qu’il lui demanderait son concours pour que le groupe des Naturiens puisse faire une grande réunion à la salle du Libre Echange.

La séance est levée à 10 heures 45.

Le commissaire de police.

Source : Archives de la Préfecture de police Ba 1508

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Les Naturiens, des anarchistes précurseurs de l’écologie politique. 29 mai 1895

Préfecture de police

Direction générale des recherches 2e brigade

Cabinet 1er bureau

Réunion du groupe Les Naturiens 69 rue Blanche.

Paris le 29 mai 1895

Rapport

Hier soir a eu lieu 69 rue Blanche, une réunion du groupe Les Naturiens.

L’assistance se composait de 5 personnes parmi lesquelles on a reconnu : Gravelle, Bariol et Léo Brissac.

Léo Brissac propose de faire une grande conférence à la salle du Libre-Echange, avenue de Clichy.

Il voudrait qu’afin d’attirer du monde à cette conférence, on organise une tombola dont le produit pourrait aussi couvrir les frais de la réunion.

Il ajoute qu’il s’est entendu avec le patron de l’établissement.

Gravelle demande que l’on appose quelques affiches dans le voisinage, afin d’annoncer la conférence.

Il voudrait aussi se procurer un appareil de projections électriques, afin de montrer au public la manière dont vivent les indiens à l’état naturel.

Il pense qu’il pourrait, par ce moyen, obtenir de nouvelles adhésions au groupe, dont la décadence semble s’accentuer.

Il voudrait surtout intéresser un propriétaire généreux qui veuille bien mettre à la disposition des naturiens un terrain assez vaste pour qu’ils puissent tenter de mettre leurs théories en pratique.

Bariol se charge de trouver un lot assez convenable pour la tombola. « J’ai déjà, dit-ils, une charmante demoiselle qui fera de l’œil aux assistants. »

Bariol propose ensuite d’envoyer à un grand nombre de maires du Midi une circulaire faisant connaître le but du groupe des Naturiens et demandant un enclos pour commencer une première expérience. Il pense que, soit un maire, soit une personne de son entourage se laissera toucher et y répondra favorablement.

Il ajoute qu’il insérera dans son journal un article à ce sujet, ainsi qu’un autre pour demander l’appareil de projections électriques dont Gravelle a besoin.

La séance est levée à 10 h 40.


Le commissaire de police.

Source : Archives de la Préfecture de police Ba 1508

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Les Naturiens, des anarchistes précurseurs de l’écologie politique. 22 mai 1895

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Direction générale des recherches

2e brigade

Cabinet 1er bureau

Réunion des Naturiens 69 rue Blanche

Le 22 mai 1895

Hier soir a eu lieu, 69 rue Blanche, une réunion du groupe des Naturiens.

Sébastien Faure, qui était attendu, ne s’est pas présenté à cette réunion à laquelle six personnes seulement ont assisté.

La séance est ouverte à 9 heures ½. On n’a pas formé de bureau.

Gravelle a développé ses théories habituelles sur l’état « naturien ».

Il a dit qu’il trouvait la vie des hommes préhistoriques plus belle que celle qui est faite actuellement aux civilisés et s’est plaint de ce que quelques journaux s’occupant récemment de cette question l’aient mal comprise.

« Nos aïeux, a-t-il avancé, ont bien vécu à l’état de nature sur le sol même que nous habitons, pourquoi n’en pourrions-nous pas faire autant. »

Il a ensuite prétendu avoir vu des indiens de l’Amérique du Sud subsister sans travailler au milieu de leurs forêts et déclare qu’il enviait leur sort.

« Cependant, a-t-il ajouté, pour qu’il soit possible aux hommes d’Europe de retourner à l’état naturel, il faudrait qu’une immense hécatombe en réduise le nombre et, paralysant toute industrie, permette à la terre de se recouvrir des vastes forêts qui verdissaient le sol il y a quelques milliers d’années.

Un assistant a combattu les théories de Gravelle et à parlé au contraire en faveur du communisme.

« Sous ce régime, a-t-il dit, chacun serait forcé de travailler alors que dans l’état préconisé par Gravelle le plus fort subsisterait aux dépens du plus faible.

Bariol, qui est arrivé à 10 heures 45, à fait connaître que Sébastien Faure était indisposé.

La séance a été levée à 11 heures.

Le commissaire de police.

Source : Archives de la Préfecture de police Ba 1508

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