HOSTENBOCK Joseph, Louis [dit Louis Carlos]. Coiffeur et voleur ; anarchiste à Bruxelles et à Paris

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

Né à Bruxelles le 10 novembre 1871 ; coiffeur ; anarchiste à Bruxelles et à Paris.

Réformé du service militaire Joseph Hostenbock avait été condamné à Bruxelles en 1890 à 26 francs d’amende pour « ivresse ». Il aurait quitté Bruxelles le 11 août 1893, serait allé d’abord à Lille où il séjourna jusqu’au 5 ou 6 octobre, puis à Cambrai où il resta quelques jours à l’hôtel. Il arriva à Paris le 8 octobre, il avait habité à hôtel du Commerce, 86 rue du Faubourg du Temple avant d’emménager avec sa compagne Hortense Geilens et leur bébé âgé de 16 mois, 18 rue des Laiteries à Vincennes en novembre. Il ne travaillait pas depuis son arrivée en France. Il n’avait pas fait de déclaration d’étranger.
Hostenbock avait été l’objet le 24 février 1894 d’un mandat de perquisition et d’amener du Préfet de police, pour « association de malfaiteurs ». Il était soupçonné d’avoir participé en 1893 ou 1894 à des attentats à Barcelone. Le lendemain à 6 h ¼ du matin, le commissaire de Vincennes, se présenta à son appartement situé au fond de la cour de l’immeuble, il fut l’objet d’une perquisition qui ne donna aucun résultat. Dans son logement, il vivait avec Hortense Geilins, sa maîtresse, son enfant de 16 mois et la mère d’Hortense, avec un autre enfant.
Lors de son interrogatoire il nia être anarchiste et par conséquent faire partie d’une association de malfaiteurs et avoir voyagé en Espagne.
Hostenbock expliqua pour justifier son train de vie, alors qu’il n’avait aucun emploi, que lors de son départ de Belgique sa mère lui avait remis une somme 2.000 francs. Son dossier à la Préfecture de police portait le n°333.335.
Le juge Meyer l’inculpa et le fit incarcérer à Mazas le 27 février, il fit mettre en liberté provisoire le 2 mars avant d’être expulsé de France par arrêté en date du 8 mars 1894. L’arrêté lui fut notifié le 14 mars, jour où il fut transféré en voiture cellulaire à la frontière belge. La police le considérait comme « un voleur professionnel ».
En septembre1894 il figurait sur l’Album photographique des individus qui doivent être l’objet d’une surveillance spéciale aux frontières.
En 1894 il demeurait 20 rue du Moniteur à Bruxelles où il fut arrêté le 2 septembre et poursuivi pour « vol ».
Le 27 juin 1895, le juge d’instruction Meyer prononça un non lieu dans l’affaire d’association de malfaiteurs.
Au mois de février 1925, Joseph Hostenbock fut arrêté à Paris avec 8 autres complices pour avoir dérobé en France et en Belgique pour plus de trois millions de valeurs qu’ils avaient en partie négociées. Les suites judiciaires de cette affaire n’ont pas été communiquées par la presse.

SOURCES :
Etat signalétique des anarchistes étrangers expulsés de France, n°2, avril 1894 — Archives de Paris D3 U6 50 — Archives de Bruxelles POL 209, 211 — Notice Joseph Hostenbock du Dictionnaire des militants anarchistesLes anarchistes contre la république de Vivien Bouhey. Annexe 56 : les anarchistes de la Seine — Archives de la Préfecture de police Ba 1500 — Excelsior 6 avril 1925 — Album photographique des individus qui doivent être l’objet d’une surveillance spéciale aux frontières. Paris. Imprimerie et librairie centrales des chemins de fer. Imprimerie Chaix. Septembre 1894. CIRA de Lausanne.

HIVON Pierre. Graveur-lithographe, dessinateur ; anarchiste parisien

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

Né le 31 mars 1848 à Bourbon L’Archambault (Allier) ; mort le 18 février 1919 à Paris (VIeme arr.) ; graveur lithographe, dessinateur ; anarchiste parisien.

Membre du groupe anarchiste Le Drapeau noir, Pierre Hivon dit Yvon (parfois orthographié Ivons), avait publié en décembre 1883 la brochure Miroir des électeurs. Tête de bois et oreilles d’ânes (Publications du groupe d’action politique Le Perce-neige).
Le 28 août 1883, Hivon participait à une réunion du groupe Le Drapeau noir, salle Jeantot, 36 rue Planchat. L’assistance se composait d’une quinzaine de militants, l’ordre du jour portait sur les moyens pratiques pour activer la révolution. Hivon y donnait une recette pour enduire les maisons de tout un quartier et qui pourrait ensuite être enflammée. D’autres assistants contestèrent cette recette, la jugeant ininflammable. Hivon proposa au groupe d’organiser une réunion préparatoire à ce sujet du côté de la place du Trône. Il annonçait également qu’il allait acheter des exemplaires du Drapeau noir, qu’il distribuerait à quelques jeunes qui se chargeraient de la vente.
Le 18 septembre 1883, lors de la réunion du groupe Le Drapeau noir, Hivon déclara que selon toute probabilité, on aurait sous peu la guerre avec la Prusse et qu’il faudrait profiter du moment où l’armée sera partie, pour faire la révolution à Paris et mettre le désordre partout.
Le 19 septembre 1883, à la réunion du nouveau groupe le Drapeau noir de Bel-Air, se réunissant 90 cours de Vincennes. Hivon expliqua que la presse qu’il se proposait d’acheter, se trouvait 138 faubourg Saint-Honoré et qu’il n’avait pas encore tout l’argent pour la transaction. Il avait déjà chez lui une petite presse, mais lorsqu’il aurait la nouvelle, il pourrait imprimer des brochures comme « A l’armé », des placards qui pourraient être apposés clandestinement.
Le 25 septembre 1883, à la réunion du groupe Le Drapeau noir, à laquelle assistaient six personnes, Hivon expliqua qu’il attendait de l’argent pour acheter la presse qui lui avait été promise.
Début juillet 1884, il demeurait impasse Canard à Saint Mandé. Le rapport de police notait que le groupe le Drapeau noir était chargé de l’impression des placards et de la propagande anarchiste, les autres membres du groupe étaient Sevestre, Leclercq, Granet, Legrand, Picardot, Collas et Diamasi. Le groupe se réunissait chez Gentot, 36 rue Planchat.
Le 15 janvier 1884 à la réunion du groupe le Drapeau noir, Hivon expliqua aux nouveaux venus que la révolution était proche : « si nous parvenons pas à faire triompher nos idées, nous ferons sauter tout Paris. Il faut à tout prix que le peuple ait le dessus. »
Le 30 août 1884, les groupes Le Drapeau noir et celui des Amandiers se réunissaient salle Lexellant, 28 boulevard Ménilmontant. Les anarchistes envisageaient de sortir un journal, intitulé Le Simple, Hivon proposa d’organiser de nombreuses réunions publiques pour collecter de l’argent.
Le 15 juin 1887, il participait à une réunion de l’Alliance anarchiste des travailleurs du Marais, salle Fabbet, 38 rue Charlot avec Denéchère. On y lut un Manifeste aux travailleurs.
En décembre 1887 il était le secrétaire de la section de Vincennes de la chambre syndicale des hommes de peine fondée notamment par Leboucher et Louiche.
Le 11 octobre 1887, à la réunion du groupe Les Libertaires du XXe, salle Normand, 50 rue de Ménilmontant, Hivon annonçait son intention de faire imprimer un placard relatif à l’affaire Caffaret-Wilson.
A l’automne 1887 le groupe avait publié le placard Aux ouvriers sans travail signé de la Commission des ouvriers sans travail. Il était également signalé dans les réunions du groupe Les Libertaires du XXème qui se tenaient rue de Ménilmontant et comme l’un des diffuseurs du manifeste Aux Conscrits de la Ligue des antipatriotes. Un rapport du 24 décembre 1886, sur la Ligue des anti-patriotes, indiquait qu’Hivon faisait partie des anarchistes qui suivaient le plus souvent les réunions de la Ligue.
Au début des années 1890 il demeurait 16 impasse Canart.
Le 1er avril 1892, Hivon figurait sur une liste d’anarchistes militants, il demeurait 46 boulevard de Charonne depuis mars 1892. Son dossier à la Préfecture de police portait le n°223.183.
Selon le rapport de l’indicateur X. n°4, en date du 13 juillet 1892, Hivon, graveur, demeurant 62 rue de Paris à Montreuil était allé chez l’imprimeur Simonnet, rue de Belleville et lui avait commandé l’impression de 20.000 exemplaires d’un bandeau Vive Ravachol  ! suite à la condamnation à mort de ce dernier.
Hivon figurait sur l’état des anarchistes au 26 décembre 1893, son adresse depuis novembre était 51 rue Saint-Blaise.
Il fut arrêté le 3 mars 1894, pour association de malfaiteurs et libéré le 10 mars. Son dossier à la Préfecture de police portait le n°223.183 
Il était porté en 1894, sur une liste d’anarchistes dangereux, il habitait 7 place de Ménilmontant.
Il s’agit vraisemblablement du Hivon signalé par un indicateur comme participant le 28 août 1897 avec de nombreux autres compagnons, à la réunion sur la question du pain cher tenue au Tivoli-Vauxhall.
Lors de son décès, il était noté célibataire.

SOURCES :
Le Combat syndicaliste 20 août 1937 (Souvenirs de L. Guérineau) — Archives Nationales F7/12507 — Archives de la Préfecture de police Ba 75, 77, 913 (Ligue des antipatiotes), 1491, 1497,1500, 1508 — Notice HIVON Pierre du Dictionnaire des militants anarchistes — Les anarchistes contre la république de Vivien Bouhey. Annexe 56 : les anarchistes de la Seine — Cri du peuple 15 juin 1887 — Archives de Paris. Etat civil — Journal général de l’imprimerie et de la librairie. avril 1884. Gallica.

L’arrestation de Heurteaux. La bagarre de l’usine Chritofle à Saint Denis. 3 mars 1894

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

Mercredi dernier, comparaissaient en police correctionnelle, à la suite des perquisitions et arrestations anarchistes auxquelles se livre la police depuis un mois, six individus sous la prévention d’outrages et de rébellion. Ce sont les sieurs Cyprien Gavot, Alexis Lartigue, Arthur Maigret, Eugène Thibivilliers, François Carré et Auguste Heurteaux. Les prévenus niant, pour la plupart, les faits qui leur sont reprochés, on entend les témoins.

Consort, inspecteur de police : Le 3 mars dernier, assistant M. le commissaire de police, chargé de procéder à une perquisition chez Heurteaux, signalé comme anarchiste, je me suis rendu avec le brigadier de gendarmerie à l’usine Christofle où se trouvait Heurteaux.

M.le président : Vous n’avez pas pénétré dans l’endroit même où il travaillait ?

Le témoin : Non ; nous l’avons fait appeler au parloir et là nous lui avons fait savoir que nous venions le chercher pour assister à la perquisition qui devait être opérée chez lui. Heurteaux nous a répondu qu’il allait retourner à son atelier pour se nettoyer et changer de vêtements. Nous lui fîmes observer que nous allions envoyer prendre ses effets de rechange. Il s’enfuit alors du parloir dans la direction de son atelier.

M. le président : Sans bousculade ?

Le témoin : Pas à ce moment ; partis à sa poursuite, nous l’avons rejoint comme il allait pénétrer dans l’atelier. C’est alors qu’Heurteaux a crié : « A moi les amis, vous n’allez pas me laisser enlever comme ça ! » Nous avons été aussitôt entourés par de nombreux ouvriers.

M. le Président : Quelle était leur attitude ?

Le témoin : Hostile et mençante, car elle a obligé le brigadier à lâcher Heurteaux ; aussitôt nous avons été refoulés sous un hangar où étaient disposées des auges renfermant des liquides que nous avons pensé être des acides. Du renfort est arrivé à notre aide qui nous a permis d’emmener Heurteaux. Il nous a dit pendant qu’il se lavait : « Vous êtes des crève-faim et c’est nous autres qui vous payons et vous faisons vivre. »

Heurteaux : M. l’agent oublie qu’il a sorti son revolver de sa poche.

Le témoin : Parfaitement, mais je ne l’ai sorti qu’après que vous avez eu fait appel à vos camarades et alors qu’entourés par une bande, nous étions poursuivis par les cris de « Mort aux vaches ! Mort aux rousses, on vous fera tous sauter ! »

M. le président : Avez-vous pu remarquer le rôle joué par chacun des prévenus à cette occasion ?

Gavot : Moi je n’ai rien fait, ni rien dit d’outrageant pour les agents.

Le témoin : Il nous a fait remarquer sur un ton un peu vif qu’en pareille occasion, il ne nous suivrait pas aussi tranquillement.

M. le président : Et les autres ?

Le témoin : Je n’ai rien à dire de Lartigue et je n’ai pas remarqué Maigret. Thibivilliers a eu une attitude menaçante et injurieuse ; il a été un des plus animés et un de ceux qui ont crié : « Mort aux vaches, on vous fera sauter. »

Thibivilliers : Je nie les faits, je n’ai rien dit.

Le témoin : Tous les gendarmes étaient là quand nous avons été injurés et menacés, ils pourront dire qui se trompe. Carré a été un des plus violents ; il est allé chercher du vin blanc qu’il a donné à Heurteaux en lui disant que cela lui donnerait des forces ; il s’est opposé à l’arrestation de ses camarades.

M. le président : Avez-vous été violentés ?

Le témoin : Non, par personne ; nous avons été seulement pressés et bousculés ; ce qui le prouve, c’est que le veston que je portais a été maculé et sali par les vêtements de travail que portaient les ouvriers et qui étaient enduits de graisses, de ponce et d’acides.

Les gendarmes entendus font des dépositions identiques.

M. le substitut Seligmann requiert contre les prévenus une sévère application de la loi.

Me Henri Robert a présenté la défense de Maigret et de Carré. Me Albert Crémieux celle de Thibivilliers, Me Lagasse, celle de Heurteaux.

Le tribunal a acquitté Gavot, mais a condamné Lartigue à 25 francs d’amende, Maigret à deux mois de prison. Thibivilliers et Carré, chacun à 3 mois et Heurteaux à 6 mois de la même peine.

Journal de Saint-Denis 25 mars 1894

HERVY Marcel, Noël. Raccommodeur de porcelaine, journalier, trimardeur ; anarchiste à Paris et dans la Nièvre ; insoumis en 1914

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

Né le 8 décembre 1874 à Paris (XVIIIe arr.) ; raccommodeur de porcelaine, journalier, trimardeur ; anarchiste à Paris et dans la Nièvre ; insoumis en 1914.

Le 9 décembre 1891, Hervy était condamné par le tribunal correctionnel de Cosne (Nièvre) à 15 jours de prison pour vagabondage.
Le 12 février 1892, il était condamné par le tribunal correctionnel de Châlons sur Saône (Saône-et-Loire) à 6 jours de prison pour mendicité et le 27 janvier 1893, par le tribunal correctionnel de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) à 15 jours de prison pour vol.
Marcel Hervy était arrêté le 27 octobre 1893, il avait été fiché comme anarchiste.
Le 25 décembre 1893, la police de Cosne interpella pour vol deux trimardeurs, signalés par la Sûreté de Paris, comme anarchistes. Ils avaient quitté Paris, le lendemain de l’attentat commis par Vaillant. Ils voyageaient sous les noms de Versin et Gillis mais se nommaient Emile Maince et Marcel Hervy. Ils furent écroués à la maison d’arrêt de Cosne, sous la double accusation de vagabondage et de port d’armes prohibées. La police trouva sur eux une correspondance émanant de jeunes habitants Paris, établissant des liens pouvant relever d’une association de malfaiteurs.
Saisi par le parquet de Cosne, le parquet de Paris ouvrit une instruction, confiée au juge Meyer qui délivra des mandats d’arrestation contre tout le groupe se réunissant chez un marchand de vin, 38 rue des Abesses. Dans ce groupe se trouvaient aussi Godard Armand, Boucher Louis, Desforge Henri, Mocquet Georges, Labeyrie Romain, Large Etienne, Chapuis Charles, Perrot Gaston, Cornuault dit le Rouquin, les soeurs Adnet Jeanne et Clotilde.
Les 5 et 6 janvier 1894, la police se présenta au domicile des parents de chacun des jeunes gens et sous prétexte de reconnaître un ami échoué au commissariat, les emmenèrent directement au Dépôt.
Tous furent inculpés d’associations de malfaiteurs, Maince et Hervy furent transférés à Mazas où leur fut notifié un mandat, lancé par le parquet de Montargis, pour vol.
L’affaire d’association de malfaiteurs se solda finalement par un non lieu.
Le 20 mars 1894, Hervy comparu pour vol, devant la 9e chambre du tribunal correctionnel de la Seine avec Boucher, Godard, Maince. Ils étaient poursuivis pour le vol d’un poulet et de trois souliers d’enfants, mais lors de l’instruction, ils s’étaient vantés d’une multitude de larcins minces et gros, la plupart imaginaires. Le procureur demanda au tribunal de refuser les circonstances atténuantes à cause de leur « l’état d’âme ». Il ouvrit le dossier d’association de malfaiteurs qui s’était clos par un non lieu et pour montrer « les sentiments sanguinaires » des prévenus lut une lettre trouvée sur l’un d’eux : « J’ai lu votre lettre. J’ai été content d’apprendre que vous travaillez toujours bien, si bien que vous allez faire des économies jet peut-être devenir bourgeois à votre tour.
A Paris, nous subissons des mesures de répression excessive mais qui, au lieu de nous abattre, nous réveillent et augmentent notre haine du bourgeois. Leurs lois vont peut-être amener la disparition de quelques canards anarchies, mais par contre les placards, brochures clandestines vont augmenter dans de grandes proportions. On peut nous empêcher de manifester par la parole ; on ne peut empêcher les actes… »
Hervy était condamné à 13 mois de prison et 5 ans d’interdiction de séjour, pour vol et port d’arme prohibée. Il purgea sa peine à la maison centrale de Poissy.
Il tira au sort dans le 17e arrondissement de Paris, avec la classe 1894 et portait le matricule 1960. Il fut déclaré « bon pour le service »
Affecté à un bataillon d’infanterie légère d’Afrique dit « Bat. D’Af. », en raison de ses antécédents judiciaires, il fut appelé le 28 novembre 1895 et n’obéissant pas à l’ordre de route, il fut déclaré insoumis le 1er janvier 1896.
Rayé des contrôles de l’insoumission le 1er avril 1902, pour vice de forme dans la constitution du dossier.
Le 9 août 1915, il fut à nouveau appelé au 5e régiment d’infanterie légère d’Afrique et déclaré insoumis le 13 septembre 1915.

SOURCES :
Archives Nationales F7/12508 — Archives de Paris. Registre matricule classe 1894 — Le Pays 21 mars 1894 — La Libre parole 23 janvier 1894 — Le Droit 21 mars 1894 — Notice Hervy Marcel, Noël du Dictionnaire des militants anarchistes.

MOCQUET Georges, Gustave. Tapissier ; anarchiste et faux monnayeur parisien

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

Né à Paris (IXe arr.) le 17 mai 1876 ; tapissier ; anarchiste et faux monnayeur parisien.

Son frère, Albert Mocquet, né le 17 janvier 1874 à Paris (IXe arr.) était également anarchiste.
Le 3 juin 1893, les frères Mocquet assistaient à un meeting, salle du Commerce, 94 rue du faubourg du Temple, pour protester contre la condamnation à mort de Foret.
Le 20 septembre 1893, des anarchistes se rendaient au 30 rue d’Aboukir, dans un café où se tenait une réunion de quartier, pour les fêtes Franco-russes. Georges Renard y tenait un discours internationaliste qui ne fut pas apprécié du public. Les anarchistes, dont Mocquet, Godard,Large, les sœurs Adnet Jeanne et Clotilde, Georges Renard, Boucher quittèrent la salle avant la fin de la réunion.
Le 24 septembre 1893, Mocquet assistait à une soirée familiale avec une trentaines d’anarchistes parmi lesquels Godard, Desforges, Boucher. La soirée avait été consacrée aux chants et aux poésies révolutionnaires.
Le 10 octobre 1893, un indicateur signalait qu’une quinzaine d’anarchistes parmi lesquels les frères Mocquet, Georges Renard, Godard, Large, Boucher, Mayence, Desforges, Bichon, s’étaient rendus salle Warin, 31 rue des Abesses mais la patronne leur ayant refusé la place, ils étaient allé en face, au n°28. Ils décidèrent d’organiser un grand meeting qui aurait lieu dans une salle de la rue des Entrepreneurs. Godard et Boucher devaient fournir l’argent pour financer les frais.
Le 22 novembre 1893, selon le rapport d’un indicateur, Mocquet, Georges Renard, Boucher, Godard, Desforges, Large, Henry et quelques autres faisaient bonne chair chez Philippeau, 38 rue des Abbesses à Montmartre. « Ils avaient dévalisé les boutiques de marchands de volailles du côté du parc Monceau et s’étaient fait préparer un repas copieux. »
Arrêté le 5 janvier 1894, pour association de malfaiteurs, dans dans le cadre de l’affaire de la rue des Abbesses (voir Marcel Hervy), Georges Mocquet demeurait chez ses parents 104 Boulevard de Clichy et selon la police , c’était lui qui, au début des années 1890, avait amené plusieurs jeunes gens aux idées anarchistes.
L’affaire d’association de malfaiteurs se solda finalement par un non lieu.
Georges Mocquet fut impliqué dans un affaire de fausse monnaie : le 30 juillet 1896, Maince et Lance étaient arrêtés à Etampes au moment où ils venaient d’émettre chez plusieurs négociants de la ville des pièces fausses de 5 francs à l’effigie de la République française. Ils étaient porteurs de 43 pièces fausses semblables. Ils refusèrent d’abord de faire connaître leurs noms et de répondre aux questions qui leur étaient posées. Mais leur identité ayant été vérifiée, l’un et l’autre reconnurent qu’ils faisaient partie d’une bande de faux monnayeurs.
L’information avait établi à leur charge et à celle de leur co-accusés, deux séries de faits de fabrication et d’émission de fausse monnaie commis à Bruxelles et à Paris (sur l’affaire de Bruxelles, voir Romain Labeyrie).
Vers le commencement de décembre 1895, les faux-monnayeurs étaient rentrés à Paris et s’étaient et s’étaient installés au domicile de leur mère, la veuve Labeyrie. Là, de complicité avec elle et avec la fille Hubert, maîtresse d’Augustin, qui était venue habiter avec eux, ils avaient fabriqué des pièces françaises de 2 francs, que les deux femmes avaient mises en circulation. Ensuite, vers la fin de décembre, ils avaient opéré, avec d’autres complices, dans d’autres locaux, en se partageant en deux groupes. D’un côté, Augustin, sa sœur Léonie, âgée seulement de 14 ans à ce moment et la fille Hubert étaient fixés 70 rue Truffaut et, avec l’aide d’Alphonse et Louis Boucher et de Mocquet, ils avaient repris la fabrication des pièces fausses de 5 francs. D’un autre côté, Romain Labeyrie, sa maîtresse Anaïs Henry et sa sœur Anne-Charlotte Labeyrie, avaient fabriqué de fausses pièces françaises d’argent, dans une chambre, située 154 rue Oberkampf et en avaient opéré l’émission. Plus tard, encore, Maince s’était joint à eux et s’était associé à leur coupable industrie. La seconde série de faits s’était produite dans les circonstances suivantes : Romain Labeyrie n’avait pas tardé à retourner à Bruxelles avec Maince, où toute la bande s’était empressée de les rejoindre. Enfin en France où la plupart des accusés étaient rentrés, en juillet 1896, Alphonse Boucher et Léonie Labeyrie, qui résidaient alors à Clichy, 42 rue de Paris, avaient fabriqué et émis dans cette localité des monnaies françaises d’argent contrefaites.Ils avaient eu pour associé, depuis quelques jours, le nommé Reistroffer, condamné aux travaux forcés à perpétuité, et qui les avait quittés bientôt, pour aller 27 rue Duhesme à Paris, exercer la même criminelle industrie avec Mocquet et Louis Boucher. Ces deux hommes coulaient les pièces et Reistroffer les ponçait ; chacun d’eux participait à l’émission. De plus Maince et Lance fabriquaient dans un logement, rue Oberkampf, de fausses pièces de 2 francs et c’est en émettant à Etampe ces pièces à l’effigie de Napoléon III et de la République que Maince et Lance furent arrêtés. La veuve Labeyrie ne s’est pas bornée à émettre elle-même des pièces fausses. Le 29 mai 1896, elle a été surprise au moment où elle venait de faire émettre par la plus jeune de ses filles, nommée Louise et âgée de 10 ans, une pièce de 2 francs fausse, chez un pharmacien de la rue de Rivoli, cette pièce venait d’être refusée ailleurs.
Les 10, 12 et 13 juillet 1897, la cour d’assises de Versailles jugeait neuf inculpés : Maince (Emile) 23 ans, Lance (Camille) 21 ans, fille Hubert, 22ans, Mocquet (Georges) 21 ans, fille Labeyrie (Anne-Charlotte) 14 ans, veuve Labeyrie, 48 ans, fille Labeyrie (Jeanne) 16 ans, Boucher (Léon-Alphonse) 27 ans, Boucher (Louis-René) 22 ans. Ils comparaissent sous l’accusation d’avoir à Bruxelles et en France contrefait ou altéré des monnaies d’argent ayant cours l égal et participé à l’émission des dites monnaies, sachant qu’elles étaient contrefaites.
Après deux heures de délibération, le jury rapportait un verdict négatif en ce qui concernait Louis Boucher et Labeyrie Lucie, dont la cour prononçait l’acquittement et de culpabilité à l’égard des autres accusés, mitigé par l’admission de circonstances atténuantes. En conséquence, la Cour condamnait Georges Moquet, la veuve Labeyrie et Alphonse Boucher, chacun à cinq années de réclusion ; Léonie Labeyrie, en raison de son jeune âge, était envoyée dans une maison de correction jusqu’à 20 ans. En ce qui concernait Maince, Lance et Hubert, application leur est faite de l’article 138 du code pénal, qui déclare exempt de peine ceux qui avant la consommation des crimes et avant toutes poursuites en ont donné connaissance et révélé les auteurs aux autorités constituées, ou qui même après les poursuites commencées ont procuré l’arrestation des autres coupables.
Georges Mocquet purgea sa peine à la maison centrale de Melin, à partir du 21 août 1897, jusqu’au 30 avril 1899, où il était mis en liberté conditionnelle.
De la classe 1896, il avait été déclaré « bon pour le service » mais il fut exclu de l’armée à la suite de sa condamnation et mis à disposition du ministère de la marine, le 8 janvier 1898. Il fut alors incorporé aux sections métropolitaines d’exclus qui regroupaient tous ceux condamnés à au moins deux ans de prison. Ils étaient utilisés pour les travaux les plus rebutants des arsenaux.
Il arriva à la section d’activité d’exclus à Toulon le 3 mai 1899.
Libéré du service actif le 30 avril 1902, il fut affecté aux sections métropolitaines de mobilisation à Amiens.
Rappelé le 11 août 1914, à la 2e section métropolitaine d’exclus, il passa à la 13e section d’exclus le 7 mai 1915 et fut mis en congé de démobilisation le 7 février 1919.

SOURCES :
Archives Départementales du Var 1M241 — Archives nationales F7/12508 — Archives de la Préfecture de police Ba 78 — Notice Georges, Gustave Mocquet du Dictionnaire biographique des militants anarchistesL’Echo de Versailles et de Seine-et-Oise 18 juillet 1897 — Archives de Paris. 6e bureau, matricule 2768, classe 1896. D4R1 914 — Le régime disciplinaire des Sections d’Exclus Métropolitains et Coloniaux dans le Forum Passion-Militaria.

PEROT Gaston, Auguste. Journalier, valet de chambre, photographe ; anarchiste parisien

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

Né le 6 mars 1872 à Paris (XVIIIe arr.), mort le 2 décembre 1902 à Paris (XIXe arr.) ; journalier, valet de chambre, photographe ; anarchiste parisien.

Gaston Perot avait fait la connaissance de Pasdeloup, candidat socialiste aux élections municipales de 1890, il l’avait suivi, ainsi que d’autres jeunes gens, dans les réunions publiques et depuis cette époque, il fréquentait assidûment les réunions anarchistes et lisait le Père Peinard.
Gaston Perot avait été signalé dans les réunions en 1893, notamment celles de la Ligue des antipatriotes. A l’été 1893 il participa à la campagne abstentionniste menée lors des élections législatives et aux perturbations de divers meetings électoraux.
Le 12 juillet 1893, Perot se retrouvait avec d’autres anarchistes, dans un bar qui se trouvait au coin de la rue Réaumur et de la rue Turbigo. Ils essayaient d’attirer l’attention des consommateurs dans l’espoir de les convertir à l’anarchisme et disaient que s’il y aurait une émeute, le 14 juillet, il faudrait être plus terribles contre les agents et aussi contre la troupe.
Le 23 juillet 1893, Perot avec d’autre anarchistes, décidaient de ne pas manquer une réunion socialiste pendant la période électorale. Ils prévoyaient de s’emparer du bureau des réunions et de distribuer aux assistants de vieux manifestes du Père Peinard.
Selon le rapport de l’indicateur Thanne du 31 juillet 1893, « plusieurs anarchistes, parmi lesquels Millet, Gaston Perot, Richard, voudraient arriver à se procurer de la dynamite, pour imiter Ravachol. Ces trois compagnons, principalement, seraient capables de commettre des attentats, Millet et Pérot surtout. »
Le 1er août 1893, Pérot se trouvait à la permanence anarchiste établie chez Horel, 13 rue Aumaire, mais il n’étant pas assez nombreux, ils ne se rendirent à aucune réunion pour la perturber. Ils prévoyèrent le soir d’aller dans différents quartiers pour inciter les autres anarchistes à venir à la permanence.
Le 5 août 1893, Perot se trouvait avec douze anarchistes, chez un marchand de vins en face de chez Denéchère. Les anarchistes des XIIe et XXe arrondissement, s’y étaient retrouvés afin de se rendre dans les réunions électorales.
Le 10 août 1893, Pérot participait à une réunion chez Chavanne pour discuter de la tactique à adopter pour combattre les candidats. Il était décidé de combattre principalement les candidat parti ouvrier et les autres socialistes.
Le 12 août 1893, Pérot était chez Chavanne où il était décidé que ce dernier se porterait candidat dans la 2e circonscription du XVIIIe arrondissement, pour combattre toutes les candidature, mais surtout celle de l’abbé Garnier. Pouget mettait 3.000 affiches à la disposition de Chavanne.
Le 17 septembre 1893, Pérot participa à une réunion salle Nicaise, 1 rue des Petits Carreaux, sur les fêtes patriotiques franco-russes et l’attitude des anarchistes
Le 26 septembre 1893, Pérot fut présent à une réunion 70 rue d’Angoulême où devait être décidé de la conduite à tenir lors des manifestations en l’honneur des marins russes. Perot proposa que tous les malheureux et vagabonds de Paris fussent convoqués, place de l’Opéra. Il avait proposé avec Lucas de distribuer dans les asiles de nuit une convocation de tous les pauvres et miséreux à se rendre Place de l’Opéra pour « une distribution de soupe gratuite ».
Selon le rapport d’un indicateur du 1er octobre 1893, Perot, Boissier, Bruneau et d’autres « avaient l’intention de former un comité, dans un quartier bourgeois de Paris, afin de recueillir des souscriptions qu’ils appliqueront à leur besoins personnels, au lieu de les consacrer à l’organisation des fêtes. »
Perot figurait sur l’état des anarchistes du 26 décembre 1893, il demeurait 24 rue Véron.
Il fut perquisitionné le 1er janvier 1894, dans le cadre d’une rafle des anarchistes. Il était absent lors de la perquisition à son domicile qui fut infructueuse, chez ses parents, 9 rue du Chaudron.
Arrêté le 4 mars 1894, pour association de malfaiteurs dans le cadre de l’affaire de la rue des Abbesses (voir Marcel Hervy). Parmi ses papiers, on avait trouvé le brouillon de lettres adressées à la duchesse d’Uzès, dans lesquelles il lui exposait avec force phrases ampoulées, les théories, les tendances et le but de l’anarchie. Il finissait en lui réclamant un peu d’argent pour ses menus besoins.
Il fut libéré le 10 mars 1894.
D’un tempérament maladif et atteint de tuberculose, il était souvent obligé d’aller à l’hôpital et ne pouvait se livrer à aucun travail régulier. Il aidait son père qui était distributeur d’imprimés.
Il fut déclaré « bon pour le service » par le conseil de révision en 1894. Le 16 novembre 1894, il était incorporé au 153e régiment d’infanterie. Il était réformé le 24 novembre 1894, pour tuberculose pulmonaire.
Le 19 décembre 1901, il se maria avec Pauline, Marie François, cartonnière à Paris (XIXe arr.)
Son dossier à la Préfecture de police portait le n° 330.783.
À la fin de sa vie, il demeurait 39 rue Petit.

SOURCES : Archives de la Préfecture de police, Ba 78, 80,1491, 1497, 1498, 1500 . — Archives Nationales F7/12508. — Archives de Paris. Registre matricule 555. D4R1 681. État civil. — Le Radical 3 janvier 1894 .— Le Petit caporal 5 mars 1894 — Notice Perrot Gaston du Dictionnaire des anarchistes .

Les Labeyrie : une famille de faux monnayeurs anarchistes

Boucher Louis-René. Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York
Maince Emile. Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York.
Mocquet Georges Gustave. Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art.
Labeyrie Romain. Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

Audience des 10, 12 et 13 juillet 1897*

Fabrication et émission de fausse monnaie.

Neuf inculpés, les nommés Maince (Emile) 23 ans, Lance (Camille) 21 ans, fille Hubert, 22ans, Mocquet (Georges) 21 ans, fille Labeyrie (Anne-Charlotte) 14 ans, veuve Labeyrie, 48 ans, fille Labeyrie (Jeanne) 16 ans, Boucher (Léon-Alphonse) 27 ans, Boucher (Louis-René) 22 ans, comparaissent sous l’accusation d’avoir à Bruxelles et en France contrefait ou altéré des monnaies d’argent ayant cours l égal et participé à l’émission des dites monnaies, sachant qu’elles étaient contrefaites. Le 30 juillet 1896, Maince et Lance étaient arrêtés à Etampes au moment où ils venaient d’émettre chez plusieurs négociants de la ville des pièces fausses de 5 francs à l’effigie de la République française. Ils étaient porteurs de 43 pièces fausses semblables. Ils refusèrent d’abord de faire connaître leurs noms et de répondre aux questions qui leur étaient posées. Mais leur identité ayant été vérifiée, l’un et l’autre reconnurent qu’ils faisaient partie d’une bande de faux monnayeurs.

L’information a établi à leur charge et à celle de leur co-accusés, deux séries de faits de fabrication et d’émission de fausse monnaie commis à Bruxelles et à Paris. La première remonte au cours de l’année 1895. A cette époque les deux frères Augustin et Romain Labeyrie, qui plus tard ont été arrêtés en Belgique, s’étaient rendus à Bruxelles où ils s’étaient livrés pendant quelque temps à la contrefaçon de monnaies d’argent françaises et belges ; puis vers le commencement de décembre, ils étaient rentrés à Paris et s’étaient et s’étaient installés au domicile de leur mère, la veuve Labeyrie. Là, de complicité avec elle et avec la fille Hubert, maîtresse d’Augustin, qui était venue habiter avec eux, ils avaient fabriqué des pièces françaises de 2 francs, que les deux femmes avaient mises en circulation. Ensuite, vers la fin de décembre, ils avaient opéré, avec d’autres complices, dans d’autres locaux, en se partageant en deux groupes. D’un côté, Augustin, sa sœur Léonie, âgée seulement de 14 ans à ce moment et la fille Hubert étaient fixés 70 rue Truffaut et, avec l’aide d’Alphonse et Louis Boucher et de Moquet, ils avaient repris la fabrication des pièces fausses de 5 francs. D’un autre côté, Romain Labeyrie, sa maîtresse Anaïs Henry et sa sœur Anne-Charlotte Labeyrie, avaient fabriqué de fausses pièces françaises d’argent, dans une chambre située 154 rue Oberkampf et en avaient opéré l’émission. Plus tard, encore, Maince s’était joint à eux et s’était associé à leur coupable industrie. La seconde série de faits s’est produite dans les circonstances suivantes : Romain Labeyrie n’avait pas tardé à retourner à Bruxelles avec Maince, où toute la bande s’était empressée de les rejoindre. Là, tous ces malfaiteurs s’étaient divisés en deux bandes, correspondaient entre eux, se prévenant en cas de danger et se concertaient pour opérer l’émission de pièces fausses. Enfin en France où la plupart des accusés étaient rentrés, en juillet 1896, Alphone Boucher et Léonie Labeyrie, qui résidaient alors à Clichy, 42 rue de Paris, avaient fabriqué et émis dans cette localité des monnaies françaises d’argent contrefaites.Ils avaient eu pour associé, depuis quelques jours, le nommé Reistroffer, condamné aux travaux forcés à perpétuité, et qui les avait quittés bientôt, pour aller 27 rue Duhesme à Paris, exercer la même criminelle industrie avec Mocquet et Louis Boucher. Ces deux hommes coulaient les pièces et Reistroffer les ponçait ; chacun d’eux participait à l’émission. De plus Maince et Lance fabriquaient dans un logement, rue Oberkampf, de fausses pièces de 2 francs et c’est en émettant à Etampe ces pièces à l’effigie de Napoléon III et de la République que Maince et Lance furent arrêtés. La veuve Labeyrie ne s’est pas bornée à émettre elle-même des pièces fausses. Le 29 mai 1896, elle a été surprise au moment où elle venait de faire émettre par la plus jeune de ses filles, nommée Louise et âgée de 10 ans, une pièce de 2 francs fausse, chez un pharmacien de la rue de Rivoli, cette pièce venait d’être refusée ailleurs.

C’est aux dates des 23 et 24 février 1896 que les deux frères Roamin et Augustin Labeyrie, ont été arrêtés à Bruxelles. Les perquisitions faites à leurs domiciles, ont amené la saisie de divers objets à l’usage des faux-monnayeurs…

Après deux heures de délibération, le jury rapporte un verdict négatif en ce qui concerne Louis Boucher et Labeyrie Lucie, dont la cour prononce l’acquittement et de culpabilité à l’égard des autres accusés, mitigé par l’admission de circonstances atténuantes. En conséquence, la Cour condamne Moquet, la veuve Labeyrie et Alphonse Boucher, chacun à cinq années de réclusion ; Léonie Labeyrie, en raison de son jeune âge, est envoyée dans une maison de correction jusqu’à 20 ans. En ce qui concerne Maince, Lance et Hubert, application leur est faite de l’article 138 du code pénal, qui déclare exempt de peine ceux qui avant la consommation des crimes et avant toutes poursuites en ont donné connaissance et révélé les auteurs aux autorités constituées, ou qui même après les poursuites commencées ont procuré l’arrestation des autres coupables.

L’Echo de Versailles et de Seine-et-Oise 18 juillet 1897

*Cour d’assises de Versailles

MAINCE Emile. Ebéniste ; anarchiste parisien.

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

Né le 13 février 1874 à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) ; mort le 6 juin 1917 à Clichy (Hauts-de-Seine) ; réparateur d’objets d’art, raccommodeur de faïence, ébéniste ; anarchiste parisien.

Le 9 décembre 1891, Maince fut condamné par le tribunal correctionnel de Cosne (Nièvre) à 3 semaines de prison, pour vagabondage.
Le 11 mars 1893, le tribunal de Villefranche (Rhône) lui infligea un mois de prison, pour mendicité et outrages aux agents.
Il fut arrêté le 6 janvier 1894, pour association de malfaiteurs, puis pour vol dans dans le cadre de l’affaire de la rue des Abbesses (voir Marcel Hervy).
Le 20 mars 1894, Maince comparu pour vol, devant la 9e chambre du tribunal correctionnel de la Seine avec Godard, Hervy, Boucher. Ils étaient poursuivis pour avoir dérobé un poulet et de trois souliers d’enfants (voir Marcel Hervy). Maince fut condamné à 6 mois de prison et deux ans d’interdiction de séjour.
En 1894, il demeurait 12 avenue de Saint-Ouen. Il tira au sort avec la classe 1894 et eut le n°3820. Il fut déclaré « bon pour le service ».
Le 5 mai 1894, Maince était condamné par le tribunal correctionnel de la Seine à 3 mois de prison, pour port d’arme prohibée.
Le 21 septembre 1894, le tribunal correctionnel de Caen le condamna à 40 jours de prison pour vol et apologie de faits qualifiés de crime.
Le 6 juillet 1895, le tribunal correctionnel de la Seine, le condamna à payer une amende de 100 fr. pour infraction à la police des chemins de fer.
Le 14 novembre 1895, il fut dirigé vers le 2e bataillon d’artillerie à pied. Il était réformé le 20 novembre 1895, pour astigmatisme des deux yeux.

Le 31 juillet 1896, la police arrêtait à Etampes, en plein marché, deux individus qui écoulaient de la fausse monnaie. Ils refusèrent de faire connaître leurs noms et adresses ; mais sur l’un d’eux on découvrit un talon de mandat-poste au nom d’une femme demeurant rue de Ravignan, à Paris.
Le parquet d’Etampes délivra une commission rogatoire à M.Hamard, sous-chef de la Sûreté, qui, le 1er août, se rendait à Montmartre et perquisitionnait chez la maîtresse de l’un des prisonniers d’Etampes. On découvrit, chez elle, une quantité de pièces fausses. La femme était arrêtée.
L’enquête faite par le Parquet d’Etampes avait permis de découvrir l’existence de deux complices résidant à Paris, qui se nommaient Emile Maince et Marthe Vandrenne, âgée de vingt-cinq ans, blanchisseuse, demeurant ensemble dans un hôtel garni, 13, rue La Vieuville.
Le 5 août 1896, M. Fédée, commissaire de police du quartier de Clignancourt, opérait une perquisition minutieuse au domicile des prévenus. Il trouva, soigneusement dissimulés dans des placards et dans la literie, une grande quantité d’objets de toute sorte ayant servi à fabriquer des pièces de cinq francs et de deux francs, mais aucune pièce de monnaie fabriquée ou en cours d’exécution. M.Fédée découvrit également plusieurs livres écrits en langue espagnole, ainsi que des lettres qui montraient que les1es faux monnayeurs avaient des relations avec des individus opérant actuellement la même industrie en Espagne. Emile Maince, depuis longtemps, ne travaillait plus et de même que Marthe Vandrenne, ils menaient la grande vie, selon le journal La Presse.
Ces faits ne semblaient pas avoir eu de suite judiciaire.

Le 16 mai 1903, il était condamné par le tribunal correctionnel de Versailles à 3 mois de prison pour coups, outrages et rébellion aux agents.
Réintégré au service actif par le conseil de révision de la Seine, le 3 mars 1915, il était envoyé le 29 avril au 106e régiment d’infanterie et affecté par erreur au 6e groupe spécial, puis redirigé sur le 48e régiment d’infanterie le 25 mai 1916.
Le 16 février 1917, il était réformé temporairement pour bacillose pulmonaire, avec présence de bacilles de Koch.
Il fit la campagne contre l’Allemagne du 29 avril 1915 au 16 février 1917.
Il décéda le 6 juin 1917 à Clichy, 91 boulevard Victor Hugo.

SOURCES :
Archives Nationales F7/12508 — Archives de Hauts-de-Seine. Etat-civil — Archives de Paris. Bureau de recrutement : 6e bureau. Classe 1894 — Le Droit 21 mars 1894 — Le Matin 2 août 1896 — La Presse 6 août 1896

OTTO Jean, Jules [dit Henri]. Publiciste, sculpteur-décorateur ; anarchiste parisien puis antisémite.

Né le 14 mai 1878 à Paris (XIIe arr.) ; mort le 7 juin 1960 à Paris (XIIe arr.) ; publiciste, sculpteur-décorateur ; anarchiste parisien puis antisémite.

Né de parents allemands, qui étaient venus s’établir dans le faubourg Saint-Antoine, il avait acquis la nationalité française par la loi du 26 juin 1889. Jean, Jules Otto avait un frère, Joseph, Auguste [dit Georges ou Le Requin] également anarchiste.
Le 27 avril 1894, Otto père, ouvrier ébéniste, âgé de soixante-quatre ans, demeurant rue de Cotte, refusa de donner 20 francs à Jean, ce dernier entra dans une rage furieuse et s’élança sur son père qu’il renversa à terre, lui labourant le visage a coups de talon.
Mme Otto voulut alors s’interposer mais Auguste, s’élança sur elle et lui porta un coup de tête dans le ventre, qui la fit rouler à terre. En tombant, elle se fit une profonde blessure à la tempe, contre l’angle d’un meuble. Aux cris des blessés, on accourut, mais les deux agresseurs avaient pris la fuite.
M. Demarquay, commissaire de police, les arrêta et les envoya au Dépôt.
Au cours de l’interrogatoire qu’on leur fit subir, ils s’écrièrent à plusieurs reprises : « Vive l’anarchie ! » Ils furent relâchés au bout de quelques jours. Ils rendirent visite, le 3 mais 1894 au Journal qui avait parlé de leur affaire, et déclarèrent que leur arrestation avait été motivée par leurs opinions anarchistes et non par des actes de violence auxquels ils se seraient livrés contre leurs parents, comme le bruit en avait couru. Mais on ne les retrouvait sur aucune liste d’anarchistes arrêtés, dans le cadre de l’application des « lois scélérates ». Leur arrestation relevait plus certainement des violences à l’égard des parents. Selon le Journal : « Les idées nouvelles qu’ils puisent dans ces milieux les ont amenés, outre à ne plus travailler, à frapper leurs parents quand ils refusent de leur fournir de l’argent. »
Il fut condamné le 12 octobre 1894, par le tribunal correctionnel de la Seine à 6 mois de prison avec sursis et 50 fr. d’amende, pour coups et blessures .
Il figurait sur l’état des anarchistes au 31 décembre 1894 et demeurait 7 rue Rondelet.
Le 15 décembre 1895, Otto assistait à une conférence de Martinet où celui-ci attaqua les anarchistes fauristes.
Il avait fondé en décembre 1895 le journal Le Rifflard (Paris, 38 numéros, du 16 décembre 1895 au 3 octobre 1896) qu’il anima avec Mayence. Selon le rapport de l’indicateur Cosse du 1er février 1896 : « Le journal le Riflard, fondé par Otto est devenu un organe de chantage. Otto qui vient de fonder un groupe 58 rue de Charonne, fait appel à tous les compagnons qui peuvent connaître quelques faits compromettants de la vie privée d’un patron et commence aussitôt une campagne qui ne cesse que lorsque le patron est arrivé à contribution.
Ce journal n’avait jusqu’ici attaqué que les patrons de l’ébénisterie mais à l’avenir, Otto mettra son procédé en œuvre contre tout ce qui s’y prêtera. »
Charles Malato dans ses « souvenirs d’un libertaire » évoqua ce journal : « Ils avaient commencé en fondant, au faubourg Saint-Antoine, royaume de l’ameublement, une feuille hebdomadaire de chantage, Le Riflard, dans laquelle ils dénonçaient chaque fois comme infâmes exploiteurs un certain nombre de patrons. Les concurrents de ceux-ci exultaient et versaient des subsides. Mais bientôt les rôles étaient renversés ; quand ceux qui avaient ri la veille ne versaient plus rien, ils étaient attaqués à leur tour et ceux dont ils s’étaient moqués se frottaient les mains. »
Le 13 février 1896, les anarchistes du 12e arrondissement, animés par Otto faisaient appel aux anarchistes de Paris, cherchaient à obtenir des fonds pour la création d’une bibliothèque dans le quartier de Charonne. Des conférences seraient faites deux fois par semaine dans le local. Une réunion de préparation devait avoir lieu le 15 février chez Lafond, 193 avenue Dauménil.
Début août 1896, lors de la manifestation de la Libre pensée devant la statue d’Etienne Dolet, à laquelle avaient participé plusieurs compagnons – dont S. Faure – il avait crié ironiquement « Vive Sébastien ! » au passage de S. Faure ce qui avait provoqué de vives discussions et même un échange de coups avec les amis de ce dernier.
A compter du n°38 (3 octobre 1896), Le Rifflard , tout en continuant la numérotation, changea son titre pour celui de L’Action (Paris, 15 numéros jusqu’au 10 juillet 1897 [n°53 dans la numérotation continue]).
Jean Otto dit Henri, était le responsable du journal dont Gustave Mayence et Hautrive étaient entre autres rédacteurs. Selon des rapports de police Otto faisait alors partie avec eux des individualistes qui allaient parfois perturber les conférences de Sébastien Faure qualifié « d’ anarchiste bourgeois » ou les réunions communistes et certains compagnons le suspectaient  » de rendre des services à la police ». Otto demeurait alors 17 place de la Nation et était l’un des responsables d’une Ligue anticollectiviste.
Le 12 décembre 1896, Otto et Raoul Mayence participaient à un meeting de Guesde où les socialistes étaient expulsé et le bureau pris d’assaut par les anarchistes.
Le 27 décembre 1896, Otto et Mayence étaient présents lors d’une réunion organisée par le groupe les Négateurs à la salle du Commerce sur le thème de la misère et la dépopulation. Dans la salle on remarquait aussi Sébastien Faure.
Otto figurait sur l’état des anarchistes au 31 décembre 1896, il était recherché et noté « dangereux » .
Le 25 février 1897, une dizaine d’anarchistes individualistes se réunissaient au 1er étage, 19 faubourg du Temple, pour jouer aux dés. Ces compagnons étaient tous rejetés par les autres anarchistes qui n’admettaient pas leurs théories et les considéraient comme des agents provocateurs au service de la police. Ils devaient assister le soir à une conférence de Beaulieu à l’Hôtel des Sociétés savantes et y faire du bruit. Ce groupe était dirigé par Otto et Raoul Mayence. Plusieurs d’entre eux s’étaient armés de couteaux catalans. Leur intention était de provoquer une bagarre.
Le 3 juin 1897, la Ligue anticollectiviste se réunissait salle Triton, rue Vieille du Temple, 21 personnes assistaient à la réunion. Henri Otto demeurant 17 place de la Nation donna lecture d’un texte démontrant que le communisme n’est que l’exploitation de l’homme par la collectivité au lieu de l’être par un individu. Il fit le procès du collectivisme et remit à une date ultérieure l’exposé de ses théories sur la société idéale.
Le 12 juin 1897, Otto provoqua des altercations lors d’une réunion au Tivoli Vaux Hall, au bénéfice des grévistes de la Grand’Combe, présidée par Jaurès. Au moment où Jaurès s’apprêtait à prendre la parole, des cris de « Vive l’anarchie ! » se firent entendre dans divers points de la salle. Les interrupteurs furent expulsés à coups de poings et de canne.
Le 6 septembre 1897, un rapport de la 2e brigade de recherches de la Préfecture de police notait que Roubineau avait déclaré qu’au cours d’une conversation Otto s’était vanté d’avoir estampé 1200 francs à la Préfecture de police en lui fournissant de faux renseignements.
Charles Malato confirmait : « Ayant si bien débuté, ils (Otto et Mayence) avaient ensuite offert leurs services à la police… Pour estamper, naturellement, en lui donnant de faux renseignements », me déclarèrent-ils un jour, à la rédaction de l’Intransigeant, où ils étaient venus proposer de vendre des révélations sur les mystères de la préfecture. J’éconduisis ces deux fangeux individus, qui mangeaient à tous les râteliers. »
Effectivement on retrouvait trace dans une note de la Sûreté générale du 3 novembre 1897, de cette tentative d’Otto de vendre des informations à la police : « On est informé très confidentiellement par un correspondant bien au courant de tout ce qui se passe dans les milieux révolutionnaires de la Capitale…Faites bien garder MM. Dupuy et Constant, anciens ministres, pendant un certain temps du moins… J’insiste pour la surveillance à établir près des deux personnages désignés ci-dessus. »
Mais 3e brigade de la Préfecture de police fut avertie de la menace et ne la prit pas au sérieux car elle considérait l’Action comme un journal de chantage.
Dans un rapport la 3e brigade de la Préfecture de police du 8 novembre 1897, démontait le subterfuge : « le journal l’Action, publié irrégulièrement par Henri Otto, contenait dans son dernier numéro de juin, les indications suivantes :
1° les noms et adresses de tous les membres de la famille Rothschild.
2° L’adresse de M. Constans, ancien ministre, l’heure à laquelle il quittait le sénat et l’itinéraire suivi pour regagner son domicile ». Le rapport du commissaire de police concluait : « Tout me permet donc de supposer que l’avis donné à la Sûreté générale, provient, soit du nommé Otto, soit de son camarade de lit Mayence, ou bien du nommé Hautrive.
Ces 3 individus intimement liés par des mœurs inavouables, dit-on, appartiennent aux individualistes, ils ne reculent devant rien pour se procurer de l’argent qu’ils se partagent. »
En janvier 1898, dans les colonnes du Libertaire (29 janvier 1898), il avait été dénoncé avec Mayence « comme des sordides mouchards et infectes crapules ».
Le 22 janvier 1898, Otto et Mayence se rendaient au meeting de la salle Chayne pour savoir ce que les anarchistes comptaient prévoir comme actions futures et en rendre compte à la Libre parole, le journal de Drumont.
Le 23 janvier 1898, l’indicateur Cossé commentait : « Dès ce soir l’attitude de Otto et Mayence était très commentée. Ces deux anarchistes qui sont à la solde de Guérin, se tenaient dans l’escalier qui mène à la salle des Mille Colonnes (meeting des anti-sémites) et désignaient à la police tous les compagnons qui passaient et auxquels l’entrée était impitoyablement refusée. A la suite de cette affaire le « passage à tabac » d’Otto et Mayence était sérieusement envisagé par les anarchistes.
Malato confirmait les propos de l’indicateur : « La furieuse bataille de l’affaire Dreyfus leur fournit une superbe occasion d’exercer leurs talents. Jules Guérin, type d’écumeur et de bravo, avait fondé un hebdomadaire, L’Antijuif, où s’étalaient calomnies impudentes et appels au meurtre. Otto et Mayence lui offrirent immédiatement leur collaboration. »
Le 29 janvier 1898, un article du Libertaire intitulé « Les deux » mettait Otto et Mayence à l’index : « Bon nombre de camarades parisiens connaissent les deux infectes crapules qui s’appellent Otto et Mayence. »
Le 15 février 1898, l’indicateur Lucien faisait savoir que Marchal avait reçu une lettre de province dans laquelle on lui annonçait que Zola allait être assassiné le jour même. L’attentat serait certainement commis avant la fin du procès par Otto. Drumont et Esterhazy s’en seraient vanté.
Pour Murmain, il fallait avertir Zola et que les anarchistes se rassemblent le jour même. Otto ne quitterait plus les bureaux de la Libre Parole. Il voyait tous les jours Drumont. Séverine qui était au courant de cette affaire aurait prévenu Murmain.
En mars 1899, il était le rédacteur avec Georges et Mayence de la feuille individualiste Le Révolutionnaire, (n°1 du 4 mars 1899, dernier n°20, Juillet 1899).
Il attaquait violemment Sébastien Faure « le salarié de Reinach », Constant Martin, Georges Renard, Malato et Pouget qualifiés de « fripouilles ».
Malato précisait les procédés employés par le journal : « ils créèrent un autre périodique infâme, bien à eux, qui s’intitulait Le Révolutionnaire, et qui était spécialement destiné à déshonorer les militants libertaires en produisant contre eux une documentation apocryphe. Œuvre de bandits à qui le faux ne coûtait rien ! Un tel était accusé d’avoir suborné une fillette un autre, d’avoir cambriolé ; le vieux militant Constant Martin, le plus bienveillant des hommes, était accusé d’assassinat. Moi, qui avais éconduit jadis ces deux gredins de L’Intransigeant, j’étais accusé par eux de complicité de vol : il fallait bien varier les histoires ! »
Le journal publia plusieurs articles sur des faux se trouvant dans les musés. Ces articles étaient inspirés par Parmeggiani, ouvrier d’art et antiquaire, réfugié à Londres. Le Révolutionnaire cherchait à agréger le mécontentement que le ralliement de Sébastien Faure au dreyfusisme, avait soulevé chez de nombreux militants.
Le programme du Révolutionnaire était sans ambiguïté : « Il est important de faire savoir que tous les révolutionnaires ne sont pas dreyfusards, défenseurs des financiers et des panamistes. La plupart de leurs journaux le sont ; c’est vrai, mais ils avaient besoin d’argent. Les travailleurs n’ont pas suivi leur volte-face et ce journal le démontrera. Le Révolutionnaire combattra les financiers, même juifs. Le Révolutionnaire ne sera pas le moniteur de l’Elysée. C’est un programme d’une netteté et d’une précision indiscutable. Tous les dreyfusards, les Gerault-Richard, Millerand, Jaurès, Sébastien Faure, Pouget et sous-ordres sont nos ennemis »
Le journal faisait cause commune avec les mouvements anti-sémites et nationalistes de Guérin et Drumont : « Le peuple a toujours considéré l’épithète de juif comme une injure et a toujours reconnu les capacités rapaces du juif. Pourquoi alors ne pas chasser des individus dangereux ? »
Le Révolutionnaire ne cessa d’accentuer son caractère anti-sémite en dénonçant « l’abjection juive » ou en s’écriant « A bas la charogne sémite ». Abandonnant tout lien avec l’anarchisme, il défendit l’armée, l’église ou la patrie.
Le 19 mars 1899, l’indicateur Finot (Georges Renard) notait que ces jours derniers de nombreux compagnons s’entretenaient d’Otto et de son journal et déclaraient vouloir « casser la g….. à ces individus, à la première occasion. »
Finot poursuivait : « Otto et Mayence ont fait paraître un troisième numéro de leur journal, dans lequel ils racontent à leur façon leur expulsion du groupe le Cri de la Révolte, mardi dernier. »
Le 6 avril 1899, Otto et Mayence participaient à une conférence organisée par le Révolutionnaire, groupe d’action sociale, avec pour ordre du jour : « Les socialistes et les anarchistes vendus aux capitalistes juifs. L’antisémitisme et la question sociale. »
Le 5 mai 1899, devant la 11e chambre correctionnelle, comparaissaient Otto et Mayence : le 20 mars, ils s’étaient rendus à la salle Chaynes, au meeting organisé par Jaurès. Pris à partie par les organisateurs de la réunion qui, voyaient en eux des anarchistes dissidents et voulurent les expulser brutalement. Otto et Mayence se virent bientôt entourés par une quinzaine d’adversaires, ils se mirent alors en posture de défense, prenant leurs revolvers à la main. Le tribunal considéra qu’il s’agissait d’une sorte de légitime défense, Mayence fut acquitté et Otto condamné à 16 fr. d’amende.
En juin 1899, Mayence avec notamment Otto,Nestor Ferrière, Roubineau et Létrillard, devaient participer comme orateurs à une réunion organisée par le groupe nationaliste et antisémite d’Henri Rochefort dans le 18ème arrondissement. Cette réunion provoqua la mobilisation de la Jeunesse internationaliste, de socialistes et d’anarchistes qui se réunissaient à 4 ou 500 à la Maison du peuple, impasse Pers. A la suite du refus du propriétaire de la salle de la Ligue fraternelle de leur louer son établissement, par crainte d’affrontements, les antisémites s’étaient repliée au café « A la Cinquantaine » au coin de la rue du Poteau, ils furent envahis par les contre manifestants de la Maison du peuple. Les antisémites essayèrent de s’enfuir par une porte donnant sur la rue Poteau mais ils étaient rejoins par les contre manifestants qui les rossèrent et les jetèrent dehors.
En août 1899, on retrouvait Otto avec Mayence, rue de Chabrol, pour soutenir l’équipée de Jules Gérin, président de la Ligue antisémitique et directeur du journal hebdomadaire L’Antijuif. Dans une lettre, ils lui écrivirent pour expliquer leur soutien :
« Nous avons accepté de nous faire fusiller avec vous, sachant que le but n’était pas absolument celui avoué. Nous sommes antijuifs, mais républicains. »
Puis avec notamment Raubineau, Mayence, Prost et Lucas, tous rejetés des groupes , il avait constitué un petit groupe qui se réunissait au débit Le Petit Bleu rue de Belleville.
Le 23 octobre 1899, l’indicateur Legrand signalait que Sébastien Faure avait été l’objet d’une agression d’Otto et Mayence et portait depuis un revolver.
Otto fut condamné le 8 décembre 1899, par le tribunal correctionnel de la Seine à 25 fr. d’amende pour port d’arme prohibée.
Otto fut déclaré insoumis le 2 février 1900, il était arrêté par la police le 16 février. Il l’objet d’une ordonnance de non lieu le 10 mars 1900, ayant participé régulièrement à la classe 1899, bien qu’il fit normalement partie de la classe 1898.
Le 25 août 1900, l’indicateur Finot (Georges Renard) signalait que Raoul Mayence et Henri Otto, avec le concours de plusieurs autres anarchistes rejetés des groupes, notamment Raubineau, Prost et Lucas, avaient constitué un groupe se réunissant dans un café à l’enseigne « Au Petit bleu » rue de Belleville. Leur but était de se venger sur quelques compagnons de la suspicion et du mépris où les tenaient les anarchistes. Malato fut le premier agressé par Otto et par un autre individu resté inconnu. Ils avaient annoncé que les prochaines victimes seraient Sébastien Faure et Georges Renard.
Charles Malato expliqua les violences physiques reçues : « Deux fois, en 1899, j’ai eu à me colleter sur la voie publique avec ce couple de gredins. La première fois, remontant un soir le boulevard Saint-Michel, et entendant murmurer à mon oreille : « Sale juif ! » — l’injure courante lancée à tous les dreyfusards — je tirai de ma poche un fouet à chien et tombai sur eux ; la foule nous sépara. La seconde fois, ce fut beaucoup plus dur : fatigué par du surmenage et la canicule d’août, je m’étais assis sur un banc du boulevard Voltaire, un livre à la main, lorsque, levant la tête, j’aperçus le couple qui venait vers moi.
J’eus juste le temps de me lever pour me défendre : je tins bon, encaissant naturellement, seul contre deux, plus de coups que je n’en pouvais donner ; j’en reçus un d’Otto, fort bien appliqué au cœur, dont je me suis ressenti pendant plusieurs années. »
Début septembre 1900, dans certains groupes libertaires de province, on faisait circuler un manifeste tiré sur papier de couleur contenant des attaques virulentes contra un militant, attaques signées par Otto, Mayence, Lucas, Janvion. Selon Charles Malato dans l’Aurore « ce qui est odieux, c’est d’avoir impudemment accolé à leur signature celle de Janvion, qui n’est pour rien dans la rédaction du manifeste et qui, révolutionnaire aussi loyal que passionné n’attaque jamais qu’en face ennemis ou adversaires. »
Un droit de réponse était publié le 8 septembre par la Libre Parole, l’Aurore ayant refusé l’insertion : « Paris, le 7 septembre. Monsieur le directeur de l’Aurore, Un ami vient de nous annoncer l’entrefilet de M. Charles Malato, qui tient à se venger des quelques coups de poing qu’Otto lui a infligés. Il a procédé par insinuation. Nous ignorons le manifeste en question, nous n’avons jamais vu M. Janvion ; nous ne voulons rien avoir de commun avec Lucas. Nous sommes las des inexactitudes déshonorantes de l’Aurore et sommes décidés, si vous ne consentez à l’insertion de cette lettre dont la loi nous confère le droit, à en saisir les tribunaux compétents. Recevez, etc. H. Otto, R. Mayence. »
Incorporé le 16 novembre 1900 au 70e régiment d’infanterie. Mis en disponibilité le 22 septembre 1902, avec certificat de bonne conduite.
Il figurait sur l’état des anarchistes de 1901. Son numéro de dossier à la Préfecture de police était le 333.273.
Le 23 mars 1903, il demeurait 3 passage Rauch à Paris.
En juillet 1903, Raoul Mayence publia avec Otto, un communiqué de protestation dans l’Action, à propos de l’arrestation de Parmeggiani, se portant garant de son honorabilité : « Nous nous en porterons moralement garants devant le tribunal qui assumera la charge de condamner Parmeggiani ; et, à cette occasion, nous clamerons la vérité (déjà publiée par nous dans le Révolutionnaire) sur les antiquaires truqueurs, assez favorisés par leurs millions et leurs puissantes relations pour être décorés plutôt qu’appréhendés. »
Le 31 juillet 1906, il demeurait 37 rue Faidherbe à Paris (IIe arr.)
Le 10 juin 1908, il demeurait 206 faubourg Saint-Antoine à Paris (XIIe arr.)
En février 1916, la Sûreté nationale le faisait figurer dans un état de la situation militaire des anarchistes et syndicalistes et indiquait qu’ il était membre du groupe des Amis du Libertaire et fiché comme « anarchiste communiste ». Mais ce document montrait également qu’elle le confondait avec son frère puisqu’elle lui attribuait deux pseudonymes Georges et Henry, ainsi qu’une condamnation à 10 ans de travaux forcés, peine infligée à son frère.
Le 22 mai 1913, il demeurait 887 Maipu à Buenos-Aires (Argentine)
Le 1er avril 1914, il habitait 22 faubourg Saint-Antoine à Paris.
Rappelé à l’armée le 7 août 1914, au 33e régiment territorial d’infanterie. Il était détaché le 7 février 1917 à l’atelier de la Cie mécanique de la Seine à Paris. Il passa le 1er juillet 1917 au 4e régiment de zouaves et au 2e régiment de cuirassiers, le 1er juillet 1917
Le 14 avril 1919, il demeurait 28 rue Erard (Paris XIIe arr.). Le 26 février 1930, il était toujours à la même adresse. Jusqu’à son mariage le 24 mai 1938 à Paris (XIIe arrondissement) avec Matilde Diebold, professeur de piano.

SOURCES :
Archives de Paris. Registre matricule XIIe arr. n° 3043, classe 1898 et n°154, classe 1899 et Etat civil — Archives de la Préfecture de police Ba 80, 1497, 1498, 1504 — Archives Nationales F7/12723, F7/13053 — Archives de Paris. Registres matricules — L’Intransigeant 6 avril 1899 — L’Aurore 15 août, 7 septembre 1899 — Le Journal 5 novembre 1899 — Le Radical 4 juillet 1903 — L’Action 3 juillet 1903 — La Libre parole 6 mai, 8 septembre 1899 — Les Temps nouveaux 15 octobre 1920 — Fonds Grave IFHS. Lettre de Malato du 13 juillet 1918 — Etude sur le mouvement anarchiste en France (1848-1914). Volume I L’individualisme anarchiste en France (1880-1914) Tome II par Gaetano Manfredonia IEP de Paris 1990, p. 193 à 195 — Répertoire des périodiques anarchistes de langue française : un siècle de presse anarchiste d’expression française, 1880-1983 par René Bianco, Aix-Marseille, 1987 — Archives départementales de la Gironde. Etat civil de Bordeaux — Le Peuple 16 mars 1938 — Notice Jean, Jules Otto du Dictionnaire des militants anarchistes.

OTTO Joseph, Auguste [dit Georges ou Le Requin]. Tourneur sur bois, publiciste, fabricant de meubles et antiquaire ; anarchiste illégaliste parisien.

Otto Joseph Auguste dit Georges. Le Matin 7 février 1914. Gallica.

Né le 21 mai 1874 à Paris (XIIe arr.) ; tourneur sur bois, publiciste, fabricant de meubles et antiquaire ; anarchiste parisien.

Né de parents allemands, qui étaient venus s’établir dans le faubourg Saint-Antoine, Joseph, Auguste Otto, en âge de travailler, fit son apprentissage de tourneur sur bois. Fils d’étranger, il acquit la nationalité française par la loi du 26 juin 1889.
Il était le frère de Jean, Jules [dit Henri], né le 14 mai 1878 à Paris (XIIe arr.) lui aussi anarchiste.
De la classe 1894, il tira au sort dans le XIIe arrondissement.
Le 27 avril 1894, Otto père, ouvrier ébéniste, âgé de soixante-quatre ans, demeurant rue de Cotte, refusa de donner 20 francs à Jean, ce dernier entra dans une rage furieuse et s’élança sur son père qu’il renversa à terre, lui labourant le visage a coups de talon.
Mme Otto voulut alors s’interposer mais Auguste, s’élança sur elle et lui porta un coup de tête dans le ventre, qui la fit rouler à terre. En tombant, elle se fit une profonde blessure à la tempe, contre l’angle d’un meuble. Aux cris des blessés, on accourut, mais les deux agresseurs avaient pris la fuite.
M. Demarquay, commissaire de police, les arrêta et les envoya au Dépôt.
Au cours de l’interrogatoire qu’on leur fit subir, ils s’écrièrent à plusieurs reprises : « Vive l’anarchie ! » Ils furent relâchés au bout de quelques jours. Ils rendirent visite, le 3 mais 1894 au Journal qui avait parlé de leur affaire, et déclarèrent que leur arrestation avait été motivée par leurs opinions anarchistes et non par des actes de violence auxquels ils se seraient livrés contre leurs parents, comme le bruit en avait couru. Mais on ne les retrouvait sur aucune liste d’anarchistes arrêtés, dans le cadre de l’application des « lois scélérates ». Leur arrestation relevait plus certainement des violences à l’égard des parents. Selon le Journal : « Les idées nouvelles qu’ils puisent dans ces milieux les ont amenés, outre à ne plus travailler, à frapper leurs parents quand ils refusent de leur fournir de l’argent. »
Auguste Otto figurait sur l’état des anarchistes au 31 décembre 1894 et demeurait 7 rue Rondelet
En décembre 1895, il anima avec son frère Otto Jean dit Henri, le journal Le Rifflard (Paris, 38 numéros, du 16 décembre 1895 au 3 octobre 1896) auquel participait Raoul Mayence. Selon le rapport de l’indicateur Cossé du 1er février 1896 : « Le journal le Riflard, fondé par Otto est devenu un organe de chantage. Otto qui vient de fonder un groupe 58 rue de Charonne, fait appel à tous les compagnons qui peuvent connaître quelques faits compromettants de la vie privée d’un patron et commence aussitôt une campagne qui ne cesse que lorsque le patron est arrivé à contribution.
Ce journal n’avait jusqu’ici attaqué que les patrons de l’ébénisterie mais à l’avenir, Otto mettra son procédé en œuvre contre tout ce qui s’y prêtera. »
Le 4 novembre 1896, il était condamné par le tribunal correctionnel de la Seine à un mois de prison (par défaut) pour diffamation publique.
Il était incorporé le 16 novembre 1896 au 155e régiment d’infanterie.
Le 20 janvier 1897, il était condamné par défaut par la 9e chambre du tribunal correctionnel de la Seine, à un mois de prison et 500 f. d’amende, pour diffamation publique (peine non subie).
Le 1er juillet 1897, manquant à l’appel, il était déclaré déserteur, son service militaire s’interrompait du 17 juillet 1897 au 25 mars 1901.
En mars 1899, il aurait été le rédacteur avec son frère Henri, de la feuille individualiste Le Révolutionnaire, (n°1 du 4 mars 1899, dernier n°20, Juillet 1899) farouchement opposé à Sébastien Faure, Malato et Pouget entre autres et fortement teinté d’antisémitisme. Déserteur en cavale, il n’est pas certain qu’il ait pu beaucoup s’y investir.
Il était passé dans la réserve le 26 mars 1901.
Le 11 août 1906, il était réformé n°2 (endocardite mitrale rhumatismale).
Le juin 1912, Cottereau, dessinateur, 6, rue de la Roquette, était arrêté pour vol d’une applique en forme de palmette, commis au Grand Trianon. Quelques jours après, la palmette était remise en place par une main mystérieuse. Cependant Cottereau avoua qu’il avait emporté la palmette chez son patron, Otto, fabricant de meubles, afin d’en prendre un moulage. Otto se défendit comme un beau diable, prétendit qu’on faisait beaucoup de bruit autour d’une affaire de peu d’importance, alors que nos musées, affirmait-il, regorgeaient de copies adroitement substituées aux originaux.
Otto n’en fut pas moins inculpé pour complicité de vol et laissé en liberté provisoire. Dans la suite, il bénéficia d’un non lieu.
Quant à Cottereau, condamné en juillet à treize mois de prison, il fit appel et, en novembre, fut condamné à six mois de prison avec sursis.
Les, vols n’en continuèrent pas moins et, devinrent même, plus fréquents. On en signalait à Compiègne, à Versailles et à Bagatelle.
Le service de la Sûreté générale redoubla de surveillance et fut amené à s’occuper de Cottereau et d’Otto. Convaincus de vols, ceux-ci furent arrêtés, ainsi que deux autres complices, Marcel Grain, vingt-six ans, sculpteur sur bois, demeurant 17, rue de Prague, et Louis Jérôme, trente-cinq ans, domicilié 29, rue de Cotte.
Joseph Otto, dit Georges dit Le Requin, fabricant de meubles et antiquaire, 63, rue de la Roquette, paraissait être le chef de la bande. Il protesta, toutefois, contre les accusations dont il est l’objet.
Il était marié et père d’un bébé. Très connu dans le monde du meuble, fils d’ébéniste, il avait toujours travaillé dans le faubourg Saint-Antoine, il y jouissait de la réputation d’un artiste. On le rencontrait toujours impeccablement vêtu, fréquentant les établissements de nuit, dépensant largement, collaborant à la rubrique théâtrale d’un petit organe, la Phalange où il écrivait d’amusantes réflexions sur diverses pièces de théâtre.
Mais, pour le Matin, Otto était « dur avec ses ouvriers, hautain avec tout le monde, délaissant sa femme, l’antiquaire n’inspirait confiance à personne. »
Ce portrait peu flatteur était confirmé par Malato : « Après l’affaire Dreyfus, étant devenu, grâce à ses rapines, patron dans le vieux faubourg qui avait vu ses glorieux débuts, ce transfuge de l’anarchisme se faisait un jeu d’exploiter ses ouvriers bien plus cyniquement que n’importe quel bourgeois, les congédiant sans les payer et les assommant s’ils réclamaient. »
Selon le Petit Journal : Otto aurait inculqué à Cottereau « des moeurs inavouables, en même temps, d’ailleurs, qu’il en faisait l’ami intime de sa femme. »
Une perquisition opérée aux domiciles des quatre inculpés avait fait découvrir cent cinquante motifs divers en bronze appliques, culots, rinceaux, palmes, griffons, couronnes et médaillons de tous styles, dont quarante-sept étaient des originaux.
Le procédé de la bande consistait à reproduire les motifs dérobés dans les musées et à vendre les reproductions ainsi obtenues, aux antiquaires de l’étranger.
Au cours des investigations opérées par les inspecteurs de la Sûreté générale, il apparut que les quatre inculpés avaient provoqué, le 18 décembre 1913, un incendie dans l’atelier d’Otto, 10, passage Rauch, dans le but de toucher une prime d’assurance de 90.000 francs.
Pendant douze ans, ses ateliers étaient installés 3, passage Rauch. Il occupait, alors, de nombreux ouvriers. Au mois de mai, puis en décembre 1913, deux incendies éclataient chez lui, détruisant, dans ses établissements, une grande quantité de bois précieux. Otto était assuré. On jasa fort dans le quartier. C’est alors qu’il déménagera et alla s’installer 63, rue de la Roquette.
Le 9 décembre 1914, il était condamné par la cour d’assises de la Seine à 10 ans de travaux forcés et 10 ans d’interdiction de séjour, pour incendie volontaire, escroquerie, vol. Cette peine était commuée en 10 ans de réclusion et 10 ans d’interdiction de séjour par décret du 7 août 1915.
Il purgea sa peine à la maison centrale de Melun et fut mis en liberté conditionnelle le 19 mai 1919. Il s’installa rue de la Chartreuse à Lardy (Essonne).

SOURCES :
Archives de Paris. Registre matricule 2797, classe 1894 — Archives de la Préfecture de police Ba 1500, 1504 — Le Journal 28 avril et 4 mai 1894 — Le Matin 7 février, 20, 21 avril 1914 — Le Petit parisien 7 février 1914 — Les Bandeaux d’or : anthologie de poèmes et prose 1912-12. Gallica — Le Petit Journal 24 novembre 1914 — Mémoires d’un libertaire par Charles Malato. Le Peuple 16 et 17 mars 1938. Gallica — Répertoire des périodiques anarchistes de langue française : un siècle de presse anarchiste d’expression française, 1880-1983 par René Bianco, Aix-Marseille, 1987.