Nouvelles de Belgique. 17 octobre 1880.

Borinage.

Les journaux doctrinaires ou progressistes croyaient avoir fait une belle découverte. Le cioyen Léon Monnier, disaient-ils, l’organisateur des grèves du Borinage, est attaché à la rédaction d’un journal catholique. Vous voyez bien que tous les socialistes…etc…

Malheuresement, il y a deux Monnier : l’un, Léon Monnier, socialiste fort modéré, a été rédacteur de la Voix de l’Ouvrier, il a déconseillé les grèves dans le Borinage, et nous ne savons pas si l’accusation portée contre lui est fondée.

L’autre, F. Monier, est votre correspondant, c’est en effet lui qu a soutenu la grève mais il était nullement rédacteur d’un journal catholique. Dans le Borinage, les idées révolutionnaires commencent à faire de sérieux progrès. Le citoyen Chauvière, des Cercles réunis est allé faire une conférence à Jemmapes. Il y a été très applaudi, et cette section, un peu affaiblie a été rétablie sur des bases plus sérieuses et plus solides.

F. Monier

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Fédération des groupes révolutionnaires belges (Bureau central)

En présence de l’attitude haineuse et inqualifiable du Parti ouvrier socialiste belge, « parti politique réformiste » à la propagande des principes immuables de la révolution sociale professées par les Cercles réunis de Bruxelles qui ont tenu le 17 septembre dernier, un congrès franchement révolutionnaire, le bureau général du Parti socialiste révolutionnaire belge, mu par le sentiment du devoir et sur les protestations indignées et successives qui lui sont adressées de la province et de l’étranger au sujet du journal la Voix de l’ouvrier, dont l’escobarderie politique ne cesse de semer la discorde et de cracher son fiel sur notre parti, adresse le manifeste suivant à tous les groupes socialistes du monde.

Le congrès socialiste révolutionnaire belge du 19 septembre écoulé, organisé par les Cercles réunis de Bruxelles et avec le concours du bureau général de l’Association Internationale des Travailleurs et de nombreuses adhésions du pays et de l’extérieur, à émis le vœu de tenir prochainement un congrès socialiste international à Londres, à l’effet de réorganiser les forces révolutionnaires en un tout international.

La discorde a malheureusement divisé l’Internationale en deux partis hétérogènes. L’un franchement révolutionnaire est resté fidèle aux principes, l’autre d’une nature hybride et issu de la trahison et de la conspiration en Belgique relève la tête et cherche à conjurer notre œuvre de propagande avec plus de dédain que nos plus cruels exploiteurs, en déversant le fiel et la calomnie sur les plus intègres défenseurs de la cause prolétarienne.

Nous tenons à vous prémunir contre les subtilités et les palinodies de nos adversaires, afin que vous ne confondiez pas le congrès socialiste universel aux éléments hétérogènes dont le lieu de réunion sera Zurich avec le congrès socialiste, international, révolutionnaire et donc le programme de réorganisation et le manifeste seront ultérieurement promulgués.

Contrairement à l’a l’aphorisme :

Diviser pour régner, nous voulons résolument déjouer les subtilités des faiseurs en organisant sur le terrain des principes la concorde révolutionnaire.

Steens, 96 rue du Midi

Claes, 64 rue de la Grande-Ile

Chauvière, 11 rue du Manège

Delsaute, 113 rue de Linné

Monier, 9 rue de Stassart

Van Daelen, 3 rue Coppens

Stuyck, 26 rue de l’Union

M. Coët, rue de la Chaufferette.

Hertschap, 14 rue Plettinkx

La Révolution sociale n°6 17 octobre 1880

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Les Naturiens, des anarchistes précurseurs de l’écologie politique.9 octobre 1895

Couverture du Néo-naturien

Préfecture de police

Direction générale des recherches

2e brigade

3e division

1er bureau

Réunion du groupe « Les Naturiens » 69 rue Blanche

Paris le 9 octobre 1895

Rapport

Hier soir a eu lieu salle Bouju, 69 rue Blanche, une réunion du groupe dit des « Naturiens ».

L’assistance se composait de 16 personnes.

La séance est ouverte à 10 heures. On ne forme pas de bureau.

Bariol rappelle qu’à la dernière réunion on a convenu que chacun des membres du groupe devrait élaborer un projet de statuts et qu’une commission de trois membres ferait un rapport général sur l’ensemble des projets présentés.

Un assistant demande que la caravane qui tentera l’expérience soit composée de 30 membres, que l’amour y soit libre et qu’on supprime la religion, la justice et l’armée, chacun se défendant s’il est attaqué.

Mayence déclare que les « Naturiens » n’ont pas besoin de constitution puisqu’ils veulent être complètement libres.

Bariol et Gravelle répondent que le propriétaire qui a offert un terrain, ne veut pas mettre ce champ d’expérience à la disposition des futurs colons avant qu’ils soient régulièrement organisés.

Après une courte discussion, on décide que Gravelle devra expliquer au propriétaire que la Colonie désire posséder une étendue de terrain assez grande pour contenir bois, prairies, cours d’eau, rochers, etc., mais qu’il est inutile d’élaborer une constitution, l’expérience consistant surtout à rétablir la vie primitive.

La séance est levée à 10 heures 45.

Le commissaire de police.

(228)

Archives de la Préfecture de police Ba 1508

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Nouvelles de Belgique. 10 octobre 1880

Belgique

Bruxelles. Le bureau fédéral révolutionnaire a tenu séance jeudi et a décidé d’envoyer une note à divers journaux pour empêcher une confusion entre le congrès socialiste révolutionnaire qui se tiendra à Londres, et le congrès des modérés, réformistes, évolutionnistes, progressistes, etc, qui se tiendra à Zurich.

Vous recevrez cet acte d’ici à quelques jours.

Le journal des socialistes évolutionnistes, la Voix de l’Ouvrier, que quelques uns nomment la Voix de la Discorde, vient de publier l’ordre du jour du congrès des évolutionnistes, nous y remarquons le passage suivant :

(a) Élaboration d’un programme commun de principes.

Cela a-t-il le sens commun ? Est-il possible que des écoles aussi opposées que les anarchistes et les étatistes se mettent d’accord sur des portions de principes ? N’est-il pas plus juste de chercher l’union dans un programme de moyens révolutionnaires ?

Ce serait plus juste, plus rationnel, plus pratique, plus logique, mais les socialistes… réformistes sont brouillés depuis si longtemps avec le bon sens et la logique qu’il n’y a pas à leur en vouloir de cette nouvelle aberration.

Vous avez souvent entendu parler des « Cercles réunis » à propos du mouvement socialiste en Belgique : je voudrais apprendre en quelques mots à nos lecteurs, ce qu’est cette association fondée il y a un an à peine, en Belgique, par quelques socialistes révolutionnaires.

Voici en quoi consiste cette organisation : dans chaque quartier, dans chaque rue, quand cela est possible, on réunit les hommes dévoués à la cause révolutionnaire. Les groupes ainsi formés sont reliés entre eux par des comités du quartier, et par un comité central.

Il n’y a pas de cotisation ; il n’y a pas de président, il n’y a pas de règlement ; chaque groupe garde son autonomie, et ces forces révolutionnaires, si anarchis….tement organisées sont admirablement disciplinées. Ce qui prouve que la meilleure discipline n’est pas la discipline imposée, mais la discipline consentie.

Les « Cercles réunis » viennent de donner une nouvelle preuve de leur vitalité, en organisant le 1er concert socialiste de la saison.

Ce concert a eu lieu au Miroir, et il a parfaitement réussi : la salle était littéralement comble ; le citoyen Chauvière a fait une conférence sur les droits de l’homme, on a chanté, on a tiré une tombola de livres socialistes, et on s’est séparé à minuit au chant de la Carmagnole et aux cris de : Vive la Commune, Vive la Révolution sociale !

Le 17, une nouvelle fête révolutionnaire aura lieu à la Colline, nous en organiserons une autre pour fêter l’anniversaire du 31 octobre.

Inutile de vous dire que nos socialistes modérés sont dans une belle colère contre la Révolution sociale.

Vous ferez probablement comme moi, vous en rirez.

Reivax

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Borinage

Les socialistes révolutionnaires du Borinage seront représentés au Congrès des houilleurs, qu’organise en ce moment le parti socialiste évolutionniste.

On veut endormir l’ouvrier ; en lui parlant de réforme des caisses de prévoyance, de la limitation des heures de travail, etc.. ;, on espère qu’il oubliera ses souffrances. Il n’en est rien ; quoique fassent, pensent ou disent les socialistes réactionnaires dont l’espèce ne manque hélas pas plus ici qu’en France, les révolutionnaires feront entendre leur voix au Congrès houiller du 31 octobre.

Les ouvriers borains ont trop de cœur, d’honnêteté et de courage pour se rallier franchement au parti évolutionniste. Je vous rendrai compte des séances de ce congrès.

En attendant, la propagande révolutionnaire continue dans le Borinage, et un orateur des Cercles réunis est encore allé lundi dernier donner un meeting à Jemmapes.

F. Monier

La Révolution sociale n°5 10 octobre 1880

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Les Naturiens, des anarchistes précurseurs de l’écologie politique. 2 octobre 1895

Couverture du Néo-naturien

2 octobre 1895

Le groupe des Naturiens a pris une certaine importance à la suite de ses dernières démonstrations (qui doivent être suivies de conférences régulières publiques) et de la publicité qui a été faite à M. Gravelle et à ses amis par L’Echo de Paris, la Presse, la Patrie, le Gil Blas, l’Eclair, etc… dans les derniers jours de septembre. Les Naturiens forment maintenant un groupe compacte, et l’on peut donner les noms d’adhérents venant aux réunions ou témoignant leur sympathie par la propagande parlée et les articles.

Voici les principaux : M. Gravelle, dessinateur, en rupture avec le Monde nouveau, travaillant anonymement pour la Libre Parole illustrée toutes les semaines ; M. Beaulieu de la Revue Libertaire, rédacteur de la Nouvelle Humanité, soutenu dans ses publications par M. Gauche, vit en famille ; M. Bigot, ouvrier ; M. Guérin, employé ; M. Bariol, connu pour ses relations avec les sociétés artistiques de Montmartre, qui organise les soirées familiales des Naturiens ; Zisly, dit Dermerhac (?), fondateur de la Nouvelle Humanité, correspondant des journaux anarchistes de New-York, de Buenos-Aires, de Barcelone, collaborant partout et tout jeune ; M. Pinet, rédacteur à la Revue d’un Passant qui siège 3 rue Bourgeois ; M. Mowbray, artiste dramatique; M. Ladignac, du groupe socialiste des voyageurs de commerce, ce groupe siège une fois par mois 22 rue du Pont-Neuf ; MM. Garry, Paul Paillette, Rimbault, Marné, Manuelo, Faye, Mataille, Gauthey, Jean Soussengeas, typographe, directeur du Phare de Montmartre, Gustave Mayence.

Dans la presse, on compte quelques journaux sympathiques aux Naturiens : La Sociale, M. Pouget est en relations fréquentes avec M. Gravelle qui lui fait des dessins avec pseudonymes. Ils dînent l’un chez l’autre. La Libre Parole, assistés de MM. Cravoisier, Albert Marniot (?), Hervé Breton et même de M. Drumont.

Journaux peu favorables : Les Temps nouveaux, M. Grave n’approuvait pas complètement M. Gravelle et ses théories.

Le Monde Nouveau, pour raisons intimes, M. Argence s’était lassé des demandes d’argent de M. Gravelle. Toute la rédaction : M. Schaudel, M. Baumain (?), M. Paier (?), suit M. Argence dans son attitude hostile.

Le groupe a décidé de faire le plus de publicité possible sur la question « souscription ». Dès qu’il y aura argent en caisse, on s’adressera à de nombreux propriétaires agriculteurs pour trouver le terrain rêvé pour la colonie naturienne anarchiste.

Archives de la Préfecture de police Ba 1508

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Compte-rendu du premier congrès socialiste révolutionnaire belge. 19 septembre 1880.

Le congrès socialiste révolutionnaire belge a eu lieu à la Colline, grand place à Bruxelles.

Belgique

Le congrès socialiste révolutionnaire belge a eu lieu dimanche à la Colline, grand place à Bruxelles. Il a eu un succès inespéré : en une seule journée les différentes fractions du parti révolutionnaire ont réussi à se mettre d’accord sur une propagande commune, chaque groupe gardant son autonomie, à former une fédération révolutionnaire belge, à nommer un conseil général de 10 membres, à formuler les devoirs et les fractions de ce conseil, étudier les principaux moyens d’agitation révolutionnaire, à fixer le lieu et la date (Verviers, 26 décembre) d’un prochain congrès révolutionnaire belge, à jeter les bases d’un congrès révolutionnaire socialiste international qui se tiendra à Londres à une époque qui sera ultérieurement fixée mais dans un délai qui ne doit pas dépasser une année.

Les délégués, au nombre de 45 ou 50, venus des divers points de la Belgique ont tenu séance de 19 heures du matin à 2 heures de l’après-midi et de 3 heures du soir à 7 heures.

Les adhésions les plus sympathiques nous étaient parvenues de plusieurs groupes révolutionnaires de France, des socialistes révolutionnaires sur le Mein, de Darmstadt, d’Aix la Chapelle, etc…, des socialistes révolutionnaires allemands établis à Liège et Verviers, de la Société générale des ouvriers communistes de Londres.

Cette dernière et remarquable adresse a été accueillie par d’unanimes applaudissements.

Cinq à six adhésions de groupes socialistes révolutionnaires de Paris sont arrivés trop tard ; elles seront publiées dans les journaux révolutionnaires locaux.

Parmi les rapports présentés au Congrès, il me faudrait encore signaler un très grand nombre qui étaient bien faits et bien étudiés. Je citerai seulement ceux du citoyen Piette de Verviers, au nom du cercle anarchiste L’Etincelle, du citoyen Chauvière au nom des sections socialistes révolutionnaires de la rue du Manège et de la rue de la Régence ; du citoyen Bailly au nom de la section socialiste révolutionnaire d’Ixelles ; du citoyen Monier au nom de 3 sections socialistes du Borinage.

Je tien à faire une mention spéciale du rapport des sections internationalistes de la vallée de la Vesdre, d’un discours remarquable du citoyen Delfosse (Cercle d’étude et de propagande socialiste de Liège) où il a été fait bonne justice du mouvement réformiste politicien (comme vous voudrez l’appeler) qui perd chaque jour en Belgique un peu de l’influence qu’il avait acquise il y a trois ans.

Les cioyens Delsaute des anarchistes bruxellois et Steens, secrétaire général de l’Internationale en Belgique, ont également prononcé des discours fort remarqués.

A 9 heures, une soirée a réuni au Lion de Flandre une grande partie des délégués, et on s’est séparé à 11 heures au chant de la Carmagnole et aux cris répétés de Vive la Commune, vive la Révolution sociale !

Et voilà pourtant l’Union révolutionnaire qui vient de s’opérer en Belgique, grâce à l’influence de ces cercles réunis, qu’on accusait et qu’on accuse souvent encore dans le clan des réformistes, de vouloir diviser le parti socialiste dans notre pays.

Vonck

La Révolution sociale n°3 26 septembre 1880

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Nouvelles de Belgique. 12 septembre 1880

Les fêtes du Cinquantenaire ont donné lieu à la tenue d’une foule de congrès. Dans un de ces congrès, celui des Libres-Penseurs, les idées anarchistes ont été nettement posées. Un des orateurs ayant dit qu’il fallait en arriver enfin à la séparation de l’Église et de l’État, le citoyen Ch. Debuyger, le tribun bien connu, a carrément demandé la suppression de l’un et de l’autre.

Nos félicitations au membre de la Ligue anarchiste de Bruxelles.

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Le 15 août une manifestation e eu lieu à Bruxelles en faveur du suffrage universel. Les manifestants se sont laissé prendre leur drapeau rouge.

Pauvre drapeau rouge ! Qu’allait-il aussi faire dans cette galère évolutionniste ? Cette étoffe écarlate a été arrosée par le sang du peuple : sa place est donc sur la barricade et non dans une promenade carnavalesque pour la remise d’une pétition.

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Nous souhaitons la bienvenue à un nouveau lutteur socialiste et révolutionnaire : le journal La Persévérance vient de paraître à Verviers, succédant au Cri du peuple, disparu, il y a un an, à force de poursuites judiciaires, et du Drapeau rouge, de Bruxelles.

Les théories de notre nouveau confrère sont comme les nôtres, anarchistes.

Quiconque enverra son adresse 43 rue de la Montagne à Verviers (Belgique), recevra le journal, l’abonnement étant gratuit.

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Le mouvement socialiste marche à merveille dans le Borinage.

Les forces révolutionnaires deviennent redoutables, et il ne se passera pas beaucoup de temps, si cette propagande continue, avant qu’une insurrection n’éclate dans ce pays de la misère et de l’exploitation.

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Le dernier numéro des Droits du Peuple contient un cordial souhait de bienvenue à notre adresse : merci au confrère bruxellois.

La Révolution sociale n°1 12 septembre 1880

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Appel pour un congrès socialiste révolutionnaire à Bruxelles. 19 septembre 1880.

Belgique

Un congrès révolutionnaire s’ouvrira à Bruxelles le 19 de ce mois. Ce sont les Cercles Réunis, dont le journal les Droits du Peuple, sont l’organe officiel, qui ont pris l’initiative de la tenue du congrès. Il sera purement national, bien que les Belges résidant à l’étranger, pourront s’y faire représenter.

Voici le manifeste qui a été lancé :

Congrès révolutionnaire

Le comité organisateur à tous les groupes révolutionnaires.

Citoyens !

Session de septembre 1880.

Un congrès révolutionnaire socialiste aura lieu à Bruxelles, le dimanche 19 septembre.

Tous les groupes révolutionnaires qui adhéreront au congrès sont priés d’envoyer leur adhésion avant le le 7 septembre et d’indiquer de combien de membres se compose le groupe.

Les adhésions devront être adressées au citoyen Chauvière, 11 rue du manège à Bruxelles.

Chaque groupe de 5 membres a droit à un délégué ; chaque groupe de 50 membres à 2 délégués ; chaque groupe de 100 membres à 3 délégués, chaque groupe de 200 membres à 4 délégués, et ainsi de suite.

Il a été décidé que les groupes belges, socialistes révolutionnaires, à l’étranger, pouvaient se faire représenter au Congrès.

Les délégués de province seront reçus aux différentes stations par les délégués de Bruxelles.

Il a été convenu que les délégués bruxellois qui attendraient aux gares les délégués de province, devraient porter l’insigne rouge.

Nous recommandons aux présidents des divers groupes adhérents au Congrès, d’engager les citoyens du groupe, à accompagner leurs délégués à Bruxelles en aussi grand nombre que possible.

La 1ère séance sera tenue à la Colline, rue de la Colline, à 10 heures précises du matin ; elle sera consacrée à la vérification des mandats et ne sera pas publique.

Les autres séances seront publiques, mais les délégués auront seuls le droit de voter et de prendre la parole.

Les questions mises à l’ordre du jour sont les suivantes :

1° Organisation et groupement de toutes les forces révolutionnaires.

2° Quels sont les moyens les plus efficaces d’agitation révolutionnaire ?

3° Réunion d’un congrès socialiste révolutionnaire international.

4° Quels sont les meilleurs moyens d’arriver à une fédération internationale des socialistes révolutionnaires.

Le congrès étant socialiste révolutionnaire, la question d’Évolution et de Révolution ne sera pas discutée.

Le comité d’organisation croit que le congrès fera bien de s’en tenir aux questions d’organisation et de réserver les questions de principe (Communisme, collectivisme, individualisme, étatisme, anarchie, etc…).

Toutefois, en aucun cas, aucun vote ne pourra avoir lieu sur une question de principe.

Il a été décidé en outre que chaque orateur pourrait parler une première fois 10 minutes et pourrait ensuite obtenir une seconde fois la parole durant 5 minutes sur le même sujet.

La commission :

Bogaerts, E. Chauvière, J. Claes, H. Laurent, F. Monier, X. Stuyck, Van Cauwenbergh.

La Révolution sociale n°1 12 septembre 1880

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Sébastien Faure et la pédophilie. Le Libertaire regrette de ne pas l’avoir assez soutenu. 17 juin 1921

Condamnation de Sébastien Faure

Pour une insignifiante faiblesse, notre grand camarade a été condamné mercredi dernier, à huit mois d’emprisonnement par une chambre correctionnelle qui siégea à huis clos.

Ah ! nous regrettons maintenant de n’avoir pas pris position autrement. De n’avoir pas fait juge de cette affaire le monde révolutionnaire et de ne l’avoir pas appelé au secours de notre ami, de l’ami courageux de la classe ouvrière spoliée et meurtrie si épouvantablement.

On nous a donné des « conseils ». On nous a dit : C’est entendu, il n’y a pas de quoi fouetter un chat en cette affaire, mais quand même ne faites pas de bruit, ne donnez pas matière à intervention à la presse réactionnaire et la justice suivant son cours dans le calme, rendra Sébastien Faure à la liberté.

« La justice suivant son cours » ; nous n’y avons jamais cru. Mais nous ne croyions pas non plus que la police aboutirait à ses fins et que, cherchant depuis longtemps à discréditer le meilleur propagandiste révolutionnaire de ce pays, elle obtiendrait, par des agissements dignes d’elle, condamnation contre lui.

En cette occasion, cher camarade, Sébastien Faure, nous avons été des amis bien naïfs. Tu en supportes les conséquences : nous le pardonneras-tu ? Oui ! parce que tu connais notre affection pour toi et que tu sais qu’elle ne s’affaiblira point malgré ton éloignement.

Que cette certitude te soit donc douce et t’aide à subir vaillamment les dures épreuves que te réserve un encellulement de quelques mois encore.

LE LIBERTAIRE.

Le Libertaire 17 juin 1921

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Sébastien Faure et la pédophilie. Louis Lecoin soutient Sébastien Faure.

Il lui arriva au moins une fois d’être malheureux, lorsque la police, s’efforçant de le perdre de réputation et de se débarrasser d’un rude adversaire, imaginé de le surprendre en compagnie d’une jeune fille mineure qu’elle avait placée sur son chemin.

Traduit en correctionnelle, il fut condamné à huit mois d’emprisonnement en raison de sa renommée anarchiste, et malgré ce qui l’innocentait.

J’ai rencontré, dans les couloirs du Palais de justice, cette demoiselle qui racolait les hommes et paraissait âgée au moins de dix-huit ans. Vous et moi n’eussions point résisté à ses avances, pour peu que nous ayons été célibataires et sevrés de tendresse féminine.

Sébastien Faure souffrit beaucoup de passer pour un débaucheur d’enfants. Et il envisagea non seulement de cesser toute propagande, mais encore de se retrancher de la vie active en s’enfermant dans une maison de retraite.

Le cours d’une vie de Louis Lecoin p. 96, 4e trimestre 1965

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Meeting de Bordat et Crozier à la salle de Venise de Roanne. 17 décembre 1887.

La conférence anarchiste de Venise. — Il y a longtemps déjà qu’on ne sacrifiait plus à Venise, qu’à Terpsichore, la muse de la danse. L’anarchie y régnait bien quelquefois, mais dans des figures de quadrille seulement. Les anarchistes politiques n’y avaient rien dit depuis pas mal de temps, et cela ne pouvait pas durer.

Par l’organe donc du citoyen Crozier, et par celui du compagnon Bordat, ils ont pris samedi leur revanche, et qui plus est une revanche éclatante.

Si vous n’avez pas, ô infâmes capitalistes, senti trembler sous vos pas le sol de vos demeures, c’est que déjà sans doute vous étiez plongés dans ce sommeil que vous n’avez pas gagné. Il était, en effet, quelque chose comme onze heures du soir quand le compagnon Bordat eu terminé sa harangue par un appel à la révolte. Mais n’anticipons pas.

Disons d’abord que très peu d’anarchistes avaient répondu à l’appel du compagnon. Deux cents personnes au plus, c’est-à-dire juste de quoi payer la salle et le gaz, voilà le public.

Le bureau, sous la présidence du citoyen Démure, a été composé des citoyens Gély, Déchavanne et Belut et le président a passé la parole au citoyen Crozier, pour nous parler de la corruption de la bourgeoisie.

Comme on pouvait s’y attendre, l’histoire Caffarel-Limouzin-d’Andlau-Wilson a fourni à l’orateur un admirable exorde.

Il est même acquis désormais que ce n’est plus de la corruption qui nous envahit, c’est de la décomposition toute pure.

« La bourgeoisie tout entière s’en va au charnier, a dit l’orateur; et la preuve, c’est que M. Grévy n’a donné sa fille à Wilson, un gommeux fieffé, que parce qu’il le savait sans scrupules et capable de tout pour amasser du bien.

Une autre preuve encore, c’est que, en 1869, quand il était question de démolir l’empire, tous les républicains étaient socialistes. Gambetta lui-même promettait de résoudre la question sociale. Et crac, sitôt au pouvoir, il n’a rien eu de plus pressé que de déclarer qu’il n’y a point de question sociale.

Eux qui avaient promis de supprimer les armées permanentes, ils ont envoyé nos soldats contre les grévistes de Bessèges et d’ailleurs.

Et notre sénateur Arbel, donc, qui avait voté la loi sur les réunions, n’a-t-il pas été cause de la grève de ses usines de Vierzon, en mettant à la porte tous ceux de ses ouvriers qui avaient eu l’idée de former un syndicat ?

En définitif, rien n’est changé, si ce n’est les maîtres du pays.

Aussi le citoyen Crozier est-il profondément dégoûté de toute cette pourriture. Ne laissez jamais, dit-il, aller à la Chambre avec un blanc-seing un député ouvrier. La gangrène qui règne dans cette pétaudière est telle, qu’en moins de rien il en reviendra pourri, et vous n’auriez qu’un traître de plus. Les députés, nous assure-t-il, s’occupent de leur mandat les six derniers mois de la législature. Tout le reste du temps ils le passent à remplir leurs poches, Tous feront de même, et, semblables aux oranges saines qu’on fourre dans un panier de fruits pourris, ils ne tarderont pas à ressembler aux autres.

Une des grandes causes de la corruption de la bourgeoisie, nous assure le citoyen Crouzier, c’est la richesse. Au lieu de se contenter des jouissances naturelles, ils en demandent au surnaturel. (?)

Il bêche en passant les plates-bandes de la magistrature : « Où avez-vous pris, leur dit-il, le droit de nous juger, avec ce code que nous brûlerons demain, parce qu’il est le code de l’infamie ? Je vous condamne, au nom des travailleurs, à disparaître de cette société que vous avez pourrie !

On a bien fait d’exécuter Watrin à Decazeville : et Purgis, à Paris, a bien fait d’assassiner son contremaître. Je l’ai dit à Saint-Etienne, je suis prêt à le répéter devant un tribunal, si l’on est assez lâche pour m’attaquer.

Ces divers assassinats, c’est le réveil de la classe ouvrière, et, grâce à eux, je ne désespère pas de l’humanité! »

Et savez-vous, lecteurs, la terre promise où ces exéculions-là vont conduire ladite classe ouvrière : des plaisirs sans fin, deux heures de travail par jour, pas une une minute de plus, voilà l’idéal que poursuit le véritable anarchiste.

Libres alors, nous pourrons nous plonger dans la science. Et il finit par cette invocation vigoureuse : « Citoyens et citoyennes, dussions-nous mourir pour assurer cette félicité à nos enfants, soyons tous unis dans la même pensée: la suppression de la bourgeoisie. Et ne perdez pas un instant pour vous préparer à ce grand œuvre, car il n’est pas loin le jour béni de la dernière des révolutions sociales ! » C’est le tour du compagnon Bordat. Le citoyen Crouzier nous a indiqué le mal dont nous souffririons : la corruption de la bourgeoisie. Le compagnon nous apporte à présent le remède : La révolution de demain.

Un gai compagnon, savez-vous, que le compagnon Bordat. Il ne dédaigne pas le mot pour rire, et a dû faire tinter l’oreille gauche à pas mal de types républicains de notre connaissance.

Le compagnon Bordat nous a assuré d’abord que ce n’était pas sans une certaine émotion qu’il prenait la parole ici pour la première fois, car il est un enfant de Roanne, mais un enfant pauvre.

Il a passé ici sa vagabonde et insouciante jeunesse. Pauvre il était alors, pauvre il est resté, et c’est pourquoi il s’est fait le défenseur des pauvres.

L’ami du russe Kropotkine, a gardé les meilleurs souvenirs de la magistrature même épurée. L’argent, dit-il, est toute leur morale, mais une morale frappée. De même que la veille ils vous défendaient pour de l’argent comme avocats, le lendemain ils vous condamnent comme juges, encore pour de l’argent ! Tel le fameux pitre Fabraguettes, un ancien socialiste de 1871.

Si demain, ajoute-t-il, j’avais volé 100,000 fr. et qu’il n’y ait qu’un procureur ou un commissaire de police qui le sache, je dormirais par parfaitement tranquille. Il ne s’agit que de savoir mettre le prix à leur silence. Voyez plutôt ! Wilson et son ordonnance de non-lieu.

Après un tableau lamentable de ce qu’il faut espérer de Clémenceau, et autres farceurs tous plus bourgeois les uns que les autres, il fait le procès aux machines, qui sont la ruine de la classe ouvrière, et qui ne pourront lui être de quelque utilité que le jour où elle pourra s’en emparer.

« Nous voudrions voir enfin, s’écrie-t-il, le peuple sortir de sa cabane pour aller à l’assaut de ces maisons superbes, eu lesquelles il y a de si bons fauteuils.

« Nous voudrions voir ces malheureux ouvriers trouver enfin qu’il y a assez longtemps qu’ils produisent et que les autres consomment, et s’installer enfin dans ces belles usines de Roanne, dont ils ont fait la fortune.

Pour cela il faut la bataille, car ce n’est pas sans un coup de force suprême qu’on peut faire sortir une nation d’un pareil bourbier.

Le peuple n’est vraiment souverain que le jour où il descend dans la rue; et n’entendez-vous pas les premiers craquements de cette société pourrie ?

La bourgeoisie est affolée. Elle est obligée de déclarer la guerre, au printemps, pour écraser le peuple d’abord et surtout pour se refaire une virginité.

Eh bien, nous la déclarerons aussi la guerre, mais à toute la féodalité bourgeoise de tous les pays.

Et que craignez-vous, vous autres ouvriers ? Quand bien même on ferait sauter l’hôtel de ville, vous êtes bien sûrs, vous travailleurs, de n’y avoir aucun des vôtres.

Malheureusement vous êtes pleins de préjugés. Frappez : vous ne frapperez jamais assez. Faites tout. Il n’y a rien de défendu à une époque où la magistrature a le droit de vous dire : C’est vrai, Wilson est un coquin, mais, en vertu de tel article, nous ne lui pouvons rien.

Il n’y a pas à se gêner avec des républicains qui, après m’avoir dit, à moi, que je pouvais tout dire, m’ont crié tout à coup : Halte-là ! C’est cinq ans de prison !

Voilà la liberté républicaine ! Mais vous êtes infiniment moins libertaires que les gouvernements qui vous ont précédés !

Le droit divin nous tenait par les promesses du bonheur d’en haut. Vous nous avez promis, vous, un bonheur venant d’en bas. Il ne vient pas plus d’un côté que de l’autre. Il faut donc le prendre où il est, c’est-à-dire dans votre bourse.

Toutes les armes sont bonnes, citoyens.

Mais évitez autant que possible l’armée, et imitez l’exemple que nous ont donné les émeutiers de Chicago : le revolver est usé, donc adressons-nous comme eux à la science, et demandons-lui de ces joujoux explosibles qu’une demoiselle peut mettre dans sa poche et lancer sur l’armée comme des pralines, en démolissant une dizaine d’hommes avec chaque bonbon.

Pas de préjugés, encore une fois, et rappelez-vous que ceux qui sont en face de vous sont aussi canailles que vous !

Bref, si vous êtes les vainqueurs de demain, les maîtres d’aujourd’hui viendront vous lécher les bottes; sinon c’est la mort.

Mais d’ici-là prenez garde au socialisme rose et aux endormeurs politiques, et que de ces flots de sang que nous allons répandre sorte le bonheur de l’humanité ! »

Et de deux. Comment trouvez-vous le bouillon, bourgeois éhontés ! Mais, à dire vrai, lecteurs, le compagnon Bordat n’a pas l’air bien terrible en prononçant ces formidables paroles. Outre que la révolution de demain dont il nous menace pourrait bien n’avoir lieu qu’après demain, il vous mélange cela de nombre de gauloiseries et il a souvent le mot pour plaisanter, quelquefois même à ses dépens.

Il lui arrive parfois de s’écrier par exemple :

« Si j’avais été riche, j’aurais été un exploiteur, tout comme les autres. » Ou encore : « Ne m’envoyez pas à l’hôtel de ville. Démolissez-le plutôt. Je prendrais une écharpe comme les autres, et Crozier aussi, et vous seriez aussi bien f…ichus qu’auparavant. »

En somme, il est intéressant à entendre débiter ces énormités; à lui tout seul il valait les cinq sous d’entrée, et il méritait, à titre de Roannais, la longueur du compte rendu que nous avons donné de son discours. Reste à sa voir si M. le procureur de la république aura pris d’un aussi bon côté que nous les audaces de ce franc-parleur.

C’est fort douteux: mais, dans tous les cas, s’il est vrai, comme nous l’a affirmé le compagnon Bordat, qu’il n’avait pas de souliers à se mettre aux pieds samedi matin en partant de Vienne, il ne faut pas qu’il compte trop sur la recette de samedi pour se remonter en chaussures. L’anarchisme est à la baisse, et cette soirée risque beaucoup plus, hélas, par le temps de pourriture qui court, de valoir à Bordat une paire d’années de prison, qu’une paire de brodequins neufs.

Journal de Roanne 22 décembre 1887

Cour d’assises de la Loire. — Affaire Bordat. — Lundi s’est ouverte la deuxième session des assises de 1888.

Après les formalités d’usage, la première affaire inscrite au rôle est appelée — l’affaire Bordat.

On se rappelle que l’anarchiste Bordat, poursuivi pour provocation au pillage non suivie d’effet, dans une réunion tenue à Roanne, fit défaut et fut condamné à deux ans de prison et 3,000 francs d’amende.

Il a fait appel de celte condamnation.

Le prévenu fait de nouveau défaut. Le Déshérité a appris, en effet, samedi, à ses lecteurs que le compagnon Bordat n’avait formé opposition que dans le but de gagner du temps, et que depuis il avait mis la frontière entre lui et ses juges.

En conséquence, la cour, statuant sans l’assistance du jury, confirme purement et simplement le premier jugement.

Journal de Roanne 21 juin 1888

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