DUFOUR Pierre Eugène dit BERRICHON Paterne

Né le 10 janvier 1855 à Issoudin (Indre). Décédé le 30 juillet 1922 à La Rochefoucauld (Charente) Poète, peintre, sculpteur. Anarchiste parisien, anti-propriétaire.

La Plume Janvier 1904

La Plume janvier 1904 – Gallica

 

Pierre Dufour fit ses études au collège de Chezal-Benoit (Cher) puis au Lycée de Châteauroux (Indre). Sa mère mourut en 1868 et son père en 1872.

Il vint à Paris pour suivre les cours de l’Ecole des Beaux Arts, pour gagner de l’argent, il fit des dessins pour le journal le Tour du monde et d’autres publications similaires.

A l’appel de la classe 1875, il fit son service militaire et fut condamné à 2 ans de prison, pour refus d’obéissance. Gracié au bout de 16 mois, il termina son service à Tours.

Revenu à Paris, bientôt, il abandonna la peinture, pour se mêler au mouvement littéraire. Il publia des vers dans plusieurs revues, il se lia avec Verlaine et fréquenta les réunions littéraires, les jeudis de chez Clarisse, rue Jacob et les samedis du Soleil d’Or, place Saint-Michel, où il faisait sensation avec sa barbe de missionnaire. C’est là qu’il changea son nom et devint Paterne Berrichon : Paterne pour rappeler l’église Sainte-Paterne d’Issoudin et Berrichon, parce qu’il était originaire du Berry.

En 1886, Paterne Berrichon fut le secrétaire de rédaction de la revue Le Décadent (des n° 18-20 de la première série), fondée la même année par Anatole Baju, instituteur, admirateur de Verlaine. La revue eut pour contributeurs Paul Verlaine, Laurent Tailhade et publia, entre 1886 et 1888, plusieurs faux poèmes d’Arthur Rimbaud, jusqu’à ce que Verlaine mit fin à cette mascarade organisée par Laurent Tailhade.

Le 18 juillet 1887, Pierre Dufour, participa avec d’autres anarchistes membres de la Ligue des Antipropriétaires, Jules Leroux, Lucien Bécu, Jean Couchot, Louis Thirion, Mathias Lamensfelt, Laurent Ansiaux, au déménagement à la cloche de bois de Mme Delacourt, chanteuse de café-concert, au 38 de la rue des Abesses. A l’aide d’une voiture à bras, les huit déménageurs se précipitèrent dans l’escalier et, en dépit du concierge, enlevant les meubles de la locataire, saisis par la justice. Le concierge, plus ou moins battu, appela la police et arrêtait la bande.

Pendant la durée de sa détention préventive à Mazas, Pierre Dufour refusa tout d’abord de décliner son identité, puis il adressa à M. Dopfer, juge d’instruction chargé de l’affaire, un rondo intitulé Fleur âcre, poème décadent, commençant ainsi :

« L’ordre Misère au front nous crache

Les tumultes des Désespoirs

Vitreux crachats gluants et noirs

Corrodant l’Homme sous leur tache »

Lors de l’audience du tribunal correctionnel de la Seine le 18 août 1887, Pierre Dufour fut acquitté, ne sachant pas que les meubles étaient saisis, Mme Delacour était condamnée à un mois de prison et Jean Couchot à 4 mois, pour avoir saisi le concierge à la gorge.

Mécontent de l’attitude de la presse lors du procès, Dufour participa à une conférence organisée par la Ligue des Antipropriétaires, salle Gaucher, rue de la Montagne Sainte-Geneviève, avec le compagnon Murjas. Il y affirma qu’il n’était pas un poète égaré au milieu des anarchistes ; il assuma la responsabilité de l’acte révolutionnaire qu’il avait accompli  et exprima sa solidarité avec Mme Delacour, jugeant les poursuites illégales. Il termina en lisant le poème qu’il avait composé à Mazas où écrivait-il : « Rêvent les ARRÊTES à mines miséreuses ! ».

Le 31 octobre 1887, Paterne Berrichon participait à une soirée poétique, organisée par la revue le Grillon, sous la brasserie du Griffon, avec Paul Paillette, Léonard du groupe anarchiste du Panthéon et Murjas. Il y récita son Sonnet à une lesbienne, réquisitoire contre les mœurs de la société bourgeoise et fit le récit de son séjour à Mazas, pour délit politique.

En 1896, il publia une première plaquette, sous le titre Le Vin Maudit, avec une préface en vers de Verlaine.

Il collabora au journal quotidien La Renaissance (Parution : 1895-1896) animé par Pol Martinet et à la Revue blanche (Parution : 1891-1903).

Sa misère financière le conduisit à ne pas manger tous les jours, il fit de fréquents séjours à l’hôpital. On pouvait le rencontrer dans les cabarets et bouges de Montmartre. Il demeurait dans une maison de la Rive gauche à l’entrée de laquelle coulait un ruisseau infect. Puis il eut une maîtresse qui l’entretenait, ils habitaient 50 rue Lhomond.

Il entama une correspondance avec Isabelle Rimbaud, la sœur cadette du poète, qui se termina en 1897 par un mariage. Dès lors, ensemble, ils s’attachèrent à créer un véritable culte, empreint d’une forte volonté idéologique, liée aux valeurs traditionnelles, de respectabilité et de moralité. Berrichon reniait à cette occasion ses idées anarchistes. Leur volonté première fut de réaliser une présentation angélique de Rimbaud en gommant les périodes sulfureuses du poète, en cherchant à prouver que la relation avec Paul Verlaine fut chaste, et qu’Arthur Rimbaud retrouva la foi catholique sur son lit de mort. Dans l’édition des œuvres d’Arthur Rimbaud, Paterne Berrichon fit disparaître un tiers au moins des poèmes et deux tiers environ de la correspondance.

Paterne Berrichon n’hésita pas, avec le concours de sa femme, a spolier le frère de Rimbaud de ses droits, sur les publications du poète et continua à percevoir les droits d’auteur après le décès d’Isabelle Rimbaud.

SOURCES :

XIXe Siècle 18 août 1887 — Journal des débats 19, 28 août 1887 — Le Petit journal 20 août 1887 — Le Temps 21, 29, 31 août 1887 — Le Radical 21 août 1887 — Le Gaulois 29 août 1887 — Le Grillon 25 décembre 1887 — L’Homme libre 11 août 1922 — Notice Paterne Berrichon et Le Décadent sur Wikipédia — Paterne Berrichon « L’homme à la barbe noire de missionnaire ». Blog « Autour du Père Tanguy ». — Paterne Berrichon sur http://prelia.hypotheses.org/ — Etat civil d’Issoudin — Registre des matricules militaires — Un siècle de presse anarchiste d’expression française, 1880-1983, René Bianco, Aix-Marseille, 1987.

OEUVRES :

Le Vin Maudit [Texte imprimé] : petits poèmes / Paterne Berrichon ; avec un frontispice de Paul Verlaine. Publication : Paris : L. Vanier, 1896

Poèmes décadents, Paterne Berrichon. 1883-1895… [Texte imprimé]. Publication : Paris, A. Messein, 1910. – In-16, 135 p., portrait h. t.

Une émeute au Pont-de-Flandre en 1910

AUX OBSÈQUES DE l’ÉBÈNISTE HENRI CLER. MANIFESTATION SYNDICALISTE. LES RÉVOLUTIONNAIRES CONTRE LA POLICE. COLLISIONS SANGLANTES.

Metropolitan museum of art. Alphonse Bertillon. Albumens silver prints. Photographs.

La manifestation organisée hier par la fédération de l’ameublement, à l’occasion des obsèques de l’ébéniste Henri Cler, mort, comme nous l’avons raconté, des suites d’une blessure reçue au cours d’une bagarre survenue le 13 juin dernier au faubourg Saint-Antoine, entre des grévistes et la police, a provoqué des incidents très violents. Des coups de feu ont été tirés à plusieurs reprises sur les agents, et après plusieurs bagarres et collisions sanglantes, les hauts fonctionnaires de la police ont dû faire faire les sommations légales et commander à la cavalerie de charger les manifestants.

Carte postale cartoliste

Au moment de la levée-du corps, vers trois heures et demie, il y avait aux abords du domicile du défunt, 127, faubourg Saint-Antoine, une foule énorme. Le square Trousseau, situé non loin de là, avait été envahi par les délégations syndicales groupées autour de leurs bannières et drapeaux.
Les militants les plus connus de la C. G. T. et de l’Union des syndicats se trouvaient au milieu de cette masse, d’où montaient par instants les refrains de Internationale. Les commissaires de l’Union des syndicats eurent, beaucoup de peine à frayer un passage au corbillard, derrière lequel marchait le fils du défunt, soldat dans un régiment de l’Est. Mais c’est à dessein qu’on n’avait laissé aucun agent au milieu de cette foule compacte et hostile.
Sur le cercueil, on avait déposé une couronne d’immortelles rouges, portant cette inscription « A notre camarade, victime de l’ordre social » et épingle l’affiche illustrée que le dessinateur révolutionnaire Grandjouan avait composée pour l’Union des syndicats au lendemain des événements de Vigneux-Draveil, et représentant M. Briand vêtu de la simarre rouge du garde des sceaux et chargeant au milieu des dragons. Cette affiche est intitulée « Les victoires de la troisième République. »

En tête du cortège, une femme portait un drapeau rouge sans inscription, cravaté de crêpe, et un jeune homme brandissait le drapeau noir des « Jeunesses révolutionnaires ».

Carte postale cartoliste

On avançait très lentement, bien que la circulation de tous les véhicules eût été suspendue dans le faubourg. On sentait dans la foule grandir l’effervescence. Les cris se croisaient. On interpellait les locataires qui se penchaient aux fenêtres des maisons, et dont quelques-uns agitaient des drapeaux rouges.

Un premier incident se produisit devant le poste de police du quartier Sainte-Marguerite, à l’angle de la rue de Montreuil et du Faubourg Saint-Antoine. L’agent Vidal, de planton à la porte, insulté menacé et même frappé par des énergumènes, dut se mettre à l’abri dans le poste, dont les vitres volèrent bientôt en éclats.

Devant les ateliers d’ébénisterie de MM. Sanyas et Popot, des cris furent poussés, parce que la bagarre au cours de laquelle Henri Cler fut blessé avait été provoquée par des perturbateurs qui entendaient par là « soutenir n les ouvriers de cette maison en grève. Là, comme ils voulaient intervenir, une dizaine de gardiens de la paix furent lapidés, et trois coups de revolver éclatèrent.
Cependant le cortège, qui ne comprenait pas moins de quatre à cinq mille personnes, s’engageait dans l’avenue Philippe-Auguste, flanqué à distance par des agents et suivi par des dragons.
Sur le boulevard de Belleville, les musiques des baraques foraines durent se taire pendant que le corbillard passait. Au n° 33, un industriel grimpé sur un échafaudage ayant été pris à partie par un manifestant, le chantier où il se trouvait fut envahi par une bande de syndiqués. Mais une trentaine de gardiens de la paix arrivèrent aussitôt, et à coups de plat de sabre chassèrent les intrus, tandis que deux coups.de feu retentissaient.
A partir de ce moment, les incidents se multiplient. Place du Combat, un gardien de la paix reçoit un pot à lait sur la tête. A l’angle de la rue de Meaux et du boulevard de la Villette, un autre, qui est monté sur un tramway de l’Est-Parisien pour aller prendre son service, est sommé de se découvrir et de mettre pied à terre. On l’invective.
On le menace. Un individu tire sur lui un coup de pistolet et s’éclipse. La scène s’aggraverait encore, si une vingtaine de gardiens de la paix du 20e n’accouraient et ne châtiaient les énergumènes.
Ceux-ci se réfugient dans une vacherie on les chasse de ce dernier retranchement. Pendant ce temps, un sous-brigadier est lapidé sur le boulevard, des apaches renversent et piétinent un de ses hommes qui voulait arrêter un manifestant lançant des boulons de fer; et un peu plus tard, à la rotonde de la Villette, on fait feu sur un gardien de la paix qui reste à son poste.
Rue de Flandre, où le cortège pénètre en chantant l’Internationale, c’est un encombrement inouï de tramways, de camions, de véhicules de toute sorte. La marche se ralentit. Aussitôt qu’on a franchi la barrière, la cavalerie et la police font évacuer le talus des fortifications, où des milliers de curieux avaient pris position.

Il est près de sept heures quand la tête du cortège pénètre, par la porte de la route d’Aubervilliers, dans le cimetière de Pantin-Parisien.
Seulement, comme la fosse réservée à Henri Cler est creusée à l’extrémité est de la nécropole, il faut encore une demi-heure pour que le corbillard parvienne au terme de son parcours. Alors c’est une ruée sur les tombes la foule, piétinant les fleurs, enjambant les bordures, franchissant les tombes, se presse autour des employés des pompes funèbres qui ont les plus grandes difficultés à tirer le cercueil et à le porter devant la fosse.
Voici les couronnes d’immortelles rouges et les chefs de la G. G. T. Prenant le premier la parole, M. Arbogast, secrétaire de la Fédération de l’ameublement, remercie les syndiqués d’avoir suivi en masse le corps d’Henri Cler. Puis M. Thuilier, secrétaire de l’Union des syndicats, engage ses amis ne pas « se laisser assassiner par les Bandits de la préfecture ». Et enfin M. Lavaud, député socialiste, exprime les sentiments de douleur que la mort d’Henri Cler a causés dans son parti. Entre temps, on perçoit quelques cris de « Vive Henri !»

A sept heures et demie, la cérémonie terminée, beaucoup de manifestants s’en vont par les allées du cimetière. Mais il en reste 3,000, groupés en masse compacte, et qui décident de sortir, coûte que coûte, du cimetière derrière tes drapeaux rouges déployés. Bien entendu, la police est, de son côté, résolue à ne pas tolérer cette sortie; et dès que tes étendards révolutionnaires apparaissent dans l’avenue principale, MM. Laurent, Touny, Orsatti, Garpin, Pruvost et Leblanc, qui forment l’état-major du service d’ordre devant le bureau du conservateur, examinent la situation. S’étant rendu compte que l’endroit n’est pas propice à une manœuvre ayant pour but de diviser la colonne, ils vont se poster du côté de la porte de Flandre. C’est là que les révolutionnaires seront arrêtés et dispersés.
Quelques minutes s’écoulent. Bientôt l’Internationale retentit, puis la Carmagnole. Et soudain, voici la tête de la colonne qui débouche pour franchir la barrière au pas accéléré. Déjà on entend les cris des énergumènes « Assassins! A mort les flics! » Mais derrière les grilles de l’octroi, on voit briller les casques des dragons et des gardes républicains et il apparaît que les glacis des fortifications ayant été déblayes, les troupes ne courent pas le risque d’être surprises sur leur flanc. Il y a là quatre escadrons du 23e dragons, un escadron de la garde à cheval, trois cents agents et des réserves.
Les dispositions sont vite prises les troupes se resserrent, ne laissant vide qu’un étroit couloir. C’est par ce chenal que les manifestants devront passer. Les commissaires de police ont ceint leur écharpe. Le commissaire divisionnaire Orsatti demande à. M. Laurent :
Peut-on considérer cette colonne comme un rassemblement armé?
Oui répond le secrétaire général de la préfecture.
Aussitôt M. Touny fait avancer deux trompettes:
Vous exécuterez, leur dit-il, la sonnerie du « Garde à vous! »
M. Orsatti, lui, se porte au-devant de la colonne
Dispersez-vous et pliez les drapeaux! dit-il.
La réponse des manifestants est significative. Ce ne sont que des cris de « Assassins! Assassins! »

pont de Flandre
Alors les trompettes font les sonneries. Les trois sommations se succèdent. Mais malgré les appels réitérés au calme, la colonne est demeurée compacte, et soudain un ordre bref
En avant, sabre au clair !
Les agents, sabre à la main, s’élancent. Et c’est la collision.
Des manifestants se réfugient sur le talus conduisant à la voie du tramway Pantin-Saint-Ouen; les gardiens de la paix les poursuivent, et la lutte continue. Les coups de revolver crépitent.
Toutefois, il reste devant la police un bloc de 2,000 révolutionnaires qui ne lâchent pas pied.
Alors M. Touny fait donner la cavalerie: dragons et gardes à cheval chargent. Les drapeaux sont arrachés mis en pièces. En vain les manifestants essayent de résister; ils sont disloqués, coupés, chassés, mis en fuite dans toutes les directions.
A partir de ce moment la cavalerie déblaya les rues avoisinantes. Tout le monde doit fuir devant la trombe.
D’une tapissière partent des cris « Assassins! », M Touny donne immédiatement l’ordre de faire évacuer le véhicule. Quatre des personnes qui s’y trouvaient sont arrêtées et conduites au commissariat.
Quarante et un agents ont été blessés au cours des bagarres qui ont accompagné et suivi, les obsèques de l’ébéniste Henri Cler. Vingt et un des gardiens de la paix appartiennent au 20e arrondissement, treize au 1er, deux au 2e et un au 11e.
Le lieutenant Simon, de la garde républicaine, a reçu sur son casque un tesson de bouteille et a eu sa tunique déchirée. Cet officier est le même, qui, au cours des manifestations Ferrer, avait été grièvement blessé.
Cinq des individus arrêtés au cours des bagarres d’hier ont été envoyés au Dépôt. Ce sont les nommés Adolphe Rosenblatt, trente-deux ans, sujet roumain, ébéniste, inculpé de bris de clôture et d’infraction à la loi du. 8 août 1893; Jean-Marie-François Soufflot, quarante-sept ans, serrurier; Eugène Gillet, cinquante et un ans, mouleur en cuivre, inculpé de bris de clôture et de violences à des agents; Léon Arnoud, quarante-cinq ans, ébéniste, et Jules Koch, trente-deux ans, plombier, inculpés de voies de fait et de rébellion.

Source : Le Temps 28 juin 1910

Iconographie :

cartoliste. Site international de cartes postales anarchistes

Metropolitan museum of art

Pour aller plus loin :

Biographies de Henri Cler sur l’Ephéméride anarchistele Maitron et sur le Dictionnaire des militants anarchistes

Un livre : Le goût de l’émeute. Manifestations et violences de rue dans Paris et sa banlieue à la « Belle Époque » d’Anne Steiner.

Foyer végétalien à Nice en 1924

3 rue Fodere

Le 3 rue Fodéré à Nice actuellement

En 1924 Butaud avait ouvert un foyer végétalien 3 rue Fodéré à Nice qui comptait une dizaine de lits et organisait conférences et cours d’espéranto. En novembre 1924 il avait commencé à publier à Vence Le Végétalien (Vence, 1924-1925, Ermont, 1925-1929, au moins 20 numéros en 3 séries) repris à Ermont par Sophie Zaikowska.

Qui en saurait plus sur ce foyer végétalien ?

Les anarchistes chez eux, en 1887

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Meeting le 29 mai 1887

…Paris compte une vingtaine de groupes anarchistes, la Panthère des Batignolles, auquel Duval était affilié et qui tenait ses réunions rue Legendre, 100, salle Renaud; la Vengeance, qui se réunit rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, salle Gaucher; les Insurgés, le Drapeau rouge, les Parias, lesquels fusionnent assez fréquemment dans des réunions tenues en commun, 131, rue Saint-Martin, et 58, rue Réaumur; l’Avant-Garde, qui se réunit 11, place d’Italie; le Drapeau noir, qui s’assemble à Charonne; la Hache, qui se réunit 30, rue des Couronnes; la Varlope, composée de menuisiers, se réunissant rue Réaumur; l’Aiguille, composée de tailleurs, se rassemblant 2, rue Vivienne, salle Gaussard; la Jeunesse révolutionnaire, qui a des ramifications dans les 3°, 9°, 10°, 11°, 19° et 20e arrondissements de Paris; le groupe anarchiste allemand, dont le siège est rue Keller; les Antipatriotes, qui se réunissent dans un débit de vin de la rue Pigalle; le Tocsin, dont le siège est 16 rue Saint-Victor; la Sentinelle de Montmartre, qui occupe une salle du débit de l’Echelle de Jacob, au coin de la rue Berthe, dans le voisinage de l’un des escaliers qui conduisent au Sacré-Cœur; les Misérables, qui se réunissent à Grenelle, salle Tessier, rue des Entrepreneurs; la Lutte, le Combat, la Révolte, les Mécontents et enfin le groupe curieux des Antipropriétaires, qui n’exerce sa propagande par le fait qu’à l’approche du terme.

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La banlieue est représentée dans le concert anarchiste par les groupes de Montreuil, Vincennes, Saint-Mandé, Puteaux, Saint-Denis et le Cercle anarchiste de Levallois-Perret, qui est assez important relativement aux autres. Il est assez difficile de fixer exactement le nombre d’adhérents à ces différents groupes. L’anarchiste est un être un peu insaisissable; nombre de groupes de Paris n’ont jamais réuni plus d’une quinzaine de jeunes gens; il est des groupes qui n’en ont compté que trois ou quatre. En évaluant à un millier pour Paris et à deux cents pour la banlieue l’effectif des forces anarchistes, on a des chances d’être fort au-dessus de la vérité. C’est surtout du parti anarchiste qu’on peut dire qu’il n’existe que par le bruit qu’il fait ou qu’on fait autour de lui.

L’un des groupes les mieux organisés en vue de l’action est celui dit de la Ligue des antipropriétaires. « Déménager à la cloche de bois » est une vieille habitude parmi la bohème des ateliers parisiens. Les anarchistes lui ont fait l’honneur de l’élever à la hauteur d’une théorie politique, la seule qu’ils pratiquent d’ailleurs très fréquemment. L’ennemi en pareil cas n’est pas le bourgeois, mais le concierge, qui, du fond de sa loge, a l’œil ouvert sur les locataires véreux. Un anarchiste de la Ligue est-il forcé de déménager? il prévient les camarades, cinq, six, une douzaine même, selon l’importance du mobilier à enlever.
Deux l’accompagnent à son domicile, montent chez lui et l’aident à préparer le déménagement en ayant soin de placer dans un premier paquet ce qui pourrait le compromettre. D’ordinaire, le premier paquet passe sans difficulté devant la loge du concierge. Au second voyage, celui-ci a l’œil ouvert; quand les compagnons descendent, il hasarde naturellement quelques observations.
Le malheureux! Cinq minutes après, la bande des autres anarchistes, placée en observation chez un marchand de vin du voisinage, accourt et envahit sa loge. S’il est naïf ou s’ils ont affaire à une femme, ils inventent quelque récit de quartier pour l’occuper pendant que le compagnon déménage son mobilier. Si le concierge est plus avisé et qu’il veuille s’opposer au déménagement, tant pis pour lui en un instant il est saisi, encellulé dans sa loge, et le déménagement s’opère, non sans fracas, car, à tous les étages, les locataires que le bruit de la lutte a fait sortir invectivent les anarchistes-déménageurs. L’opération terminée, la bande, avec l’entrain endiablé des démons qui chantaient devant l’ermitage de saint Antoine, entonne le couplet suivant, en dansant une ronde devant la maison :
« Si tu veux être heureux, Nom de Dieu
Pends ton propriétaire,
Coupe les curés en deux,
Fout les églises par terre. Nom de Dieu»
Quelquefois les agents interviennent; le loustic de la bande leur fait alors observer que, selon une prescription spéciale du préfet de police, il est enjoint aux commissaires de rester étrangers aux démêlés entre locataires et propriétaires. Les chants cessent et la voiture, traînée par les anarchistes, disparaît au premier tournant de rue…

Source : Extraits d’un article du journal Le Temps 26 janvier 1887

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2312903/f2.image

En cliquant sur les noms de rues, on peut voir la situation actuelle de ces lieux de l’anarchie.

MAYENCE, Gustave, David

Né le 25 mai 1860 à Paris. Ouvrier tapissier. Anarchiste parisien.

Metropolitan museum of art. Alphonse Bertillon. Albumens silver prints. Photographs.

Gustave Mayence vivait maritalement depuis 1885 avec Marie Le Troquer, avec laquelle il avait eu 3 enfants.

Il faisait partie de la classe 1880, tira au sort à Paris 18e, le n°12. Incorporé le 17 novembre 1881 au 23e régiment de ligne, il résida 2 ans à Saïgon et fut décoré de la médaille du Tonkin.

De 1886 à 1888, il travailla comme tapissier au Bon Marché dont il fut congédié pour « arrogance » et « manque d’aptitude ». A partir de cette époque, il travailla irrégulièrement, souvent sans ressources, il était régulièrement hors d’état de payer son loyer, ce qui lui valut plusieurs expulsions

En décembre 1886, il sollicita un emploi d’agent de police en Cochinchine. La même année, il était gérant d’une petite feuille littéraire et artistique, ayant pour titre Montmartre.

En mars 1889, il avait été arrêté, pour avoir molesté, à la sortie du conseil de prud’hommes, un patron qui avait obtenu gain de cause contre les membres de la Chambre syndicale des hommes de peine.

Mayence faisait partie du groupe anarchiste de Saint-Ouen quand il résidait dans cette localité, il fut ensuite membre des groupes des 17e et 18e arrondissements. Il était lié avec Charveron et Marchal.

Gustave Mayence qui demeurait 31 rue Cadet était le gérant du Père Peinard où en décembre 1890 il avait remplacé Faugoux condamné à 2 ans de prison. Il fut convoqué le 23 mars 1891 pour « provocation de militaires à la désobéissance », pour un article paru dans le Père Peinard, avec les compagnons de Saint Denis : Henri Decamps, Arthur Voyez, Nestor Ferrière, François Collion, Michel Bastard, François Pernin et Charles Galau. Il fut condamné fin avril à 6 mois de prison et 100 francs d’amende tandis que les compagnons de Saint Denis étaient acquittés. Il fut remplacé à la gérance du Père Peinard par G. Berthault. Le jugement fut cassé en mai 1891 pour vice de forme et Mayence fut rejugé à Versailles le 23 juillet où la peine de 6 mois et l’amende furent confirmées. Il fut interné à Sainte Pélagie.

Le 8 juin 1891, il avait fait partie de la manifestation qui vint au Sacré-Cœur de Montmartre, exhiber une couronne, portant l’inscription « Hommage à la Commune ». Cette manifestation dégénéra en bagarre et motiva plusieurs arrestations.

Le 15 septembre 1893, chez Pouget au Père Peinard, il proposa, à propos des fêtes franco-russes, des contre manifestations, pour protester contre l’idée de patrie. Le 18 septembre, il proposa de lancer sur la foule accourue pour voir les marins russes, des journaux et brochures anarchistes.

Le 15 mars 1894, le préfet de police délivrait un mandat de perquisition et d’amener à son encontre, pour association de malfaiteurs. Le 17 mars, le commissaire de police du quartier des Ternes, se rendait à 6 heures du matin, à son domicile 61 rue Sauffroy (XVIIème arr.) où il logeait au 4e étage, sur la cour, son logement se composant d’une anti-chambre, d’une cuisine, d’une salle à manger et d’une chambre à coucher. La perquisition amena la saisie d’un lot des journaux La Révolte , le Père Peinard, L’En Dehors, le Ca Ira, Le Faubourg, le Cri typographique, l’Attaque, le Conscrit, la Lutte pour la vie, l’Anarchie, le Chambard. Des brochures anarchistes, des chansons, des affiches non timbrées, trois notes écrites par Mayence et une adresse écrite au crayon sur un carnet trouvé dans la poche de son paletot, furent également saisis. Lors de la perquisition, il déclara : « il était temps que vous arriviez, car sans cela, j’allais partir à Londres ». Il fut conduit au Dépôt et incarcéré à Mazas le 18 mars 1894.

Le 22 mai Pol Martinet adressa une demande de mise ne liberté au juge Meyer.

Le 23 mai 1894, Mayence fut remis en liberté.

Le 30 juin 1894, le préfet de police délivra un nouveau mandat d’amener, pour un motif identique.

Le 1er juillet à 4h40 du matin, le commissaire de police du quartier de la Plaine-Monceaux se présenta 29 rue Balagny, au 5e étage. La perquisition fut infructueuse, arrêté, il fut conduit au Dépôt et incarcéré à Mazas. Il en fut libéré le 5 juillet.

Le juge d’instruction Meyer rendit une ordonnance de non-lieu dans l’affaire d’association de malfaiteurs le 29 juin 1895.

Au printemps 1895 il travaillait pour un tapissier de la rue des Moines. A l’automne 1895 il avait pris la gérance du journal autographié La Nouvelle Humanité qui était distribué gratuitement à Montmartre et dont les principaux rédacteurs étaient Beaulieu, Zisly et Georges Marion.

Fin 1896 il avait participé avec Jean Otto au journal Le Rifflard (Paris, n°1, 16 décembre 1895) qui à partir du 10 octobre 1896 (n°39), tout en conservant la numérotation, changea son titre pour celui de L’Action (Paris) dont le responsable était toujours Henri Otto et qui publia 15 numéros (dernier numéro, 10 juillet 1897). S’agit il de la reprise du titre L’Action puis L’Action sociale, qui avait été fondé par Bernard Lazare et avait publié au moins 5 numéros entre le 1er février et le 29 février 1896 ?

Au début de l’été 1898, il avait démissionné de son poste de gérant de La Sentinelle Harmonie (non répertorié par R. Bianco) publiée par le groupe Harmonie dont H. Beylie Beaulieu était l’un des animateurs et qui se réunissait au café Harmonie, 69 rue Blanche. Ecarté de ce groupe, il envisageait alors, selon un indicateur, de collaborer à la nouvelle série du journal Le Pot à colle (n°1, 20 juillet 1898) dont le gérant était H. Cler. Il fut alors semble-t-il, le responsable avec Henri Otto de la feuille individualiste Le Révolutionnaire (non répertorié par R.Bianco) qui eut au moins 3 numéros (n°3, mars 1899), farouchement opposé à Sébastien Faure, Malato et Pouget entre autres et fortement teinté d’antisémitisme. En juin 1899, avec notamment Otto, Ferrière et Raubineau, il devait participer comme orateur à une réunion organisée par le groupe nationaliste et antisémite d’Henri Rochefort dans le 18ème arrondissement, Cette réunion qui, suite à la mobilisation de socialistes et d’anarchistes, s’était repliée au café « A la Cinquantaine » au coin de la rue du Poteau, fut finalement dispersée par les contre manifestants.

SOURCES :
Arch. de Paris D.3 U6 carton 50 —
La Révolte année 1891 — Fichier Bertillon — Le Père Peinard, 22 & 29 mars, 2 août 1891 — Arc. Nat. F7/12723 — R. Bianco « Un siècle de presse anarchiste… », op. cit. — APpo BA 80, BA 1497, BA 1498, BA 1500

Les anarchistes parisiens et leur organisation en 1892

Ce rapport d’avril 1892, émane de la Préfecture de police de Paris, à ce titre il comprend quelques propos polémiques à l’égard des anarchistes, comme ceux-ci : « gens tarés, les repris de justice, les rebuts de tous les partis » ou encore « jeunes gens aux instincts déjà pervertis » mais il s’agit de termes convenus, employés par les policiers rédacteurs pour montrer leur condamnation des militants dont il vont expliquer le fonctionnement. Il ne faut donc pas s’y arrêter car la suite démontre que la police avait une connaissance fine de ce que les historiens nommeront plus tard les réseaux anarchistes.

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Le parti anarchiste comprend deux catégories principales d’individus qu’il est nécessaire de distinguer tout d’abord : les doctrinaires et les militants.

Les premiers, en tête desquels il faut placer Elisée Reclus et le prince Kropotkine établissent et propagent par leurs ouvrages la doctrine anarchiste, inspirent et guident les militants, et leur enseignent les principes au nom et en vertu desquels, ils feront la guerre à la société. Eux-mêmes se tiennent personnellement en dehors de la lutte.

Le journal La Révolte est leur organe officiel.

Les militants se recrutent d’une part parmi les gens tarés, les repris de justice, les rebuts de tous les partis, et, d’autre part parmi des jeunes gens aux instincts déjà pervertis, entraînés par de mauvaises relations ou disciples aveugles et impatients des Reclus et des Kropotkine.

Les anarchistes de cette catégorie ont pour organe Le Père Peinard.

Tous sont en lutte ouverte avec la société. Leur but est de tout détruire : patrie, famille, gouvernement, autorité, propriété, capital. Tout acte qui porte atteinte à ces choses ou peut hâter la désorganisation sociale constitue, à leurs yeux, un acte de légitime propagande, depuis le déménagement à la cloche de bois, le genre de filouterie qu’ils appellent l’estampage, le vol vulgaire, la fabrication de fausse monnaie, la provocation à l’insoumission aux lois militaires, etc, jusqu’à la destruction des propriétés publiques et privées par l’explosion ou l’incendie.

De telle sorte que l’on ne se trouve point en face d’un parti ou d’une fraction politique, mais bien plutôt d’une véritable association de malfaiteurs.

L’autonomie individuelle, c’est à dire, la faculté pour chacun d’agir à sa seule guise, est, il est vrai, un de leurs dogmes et celui derrière lequel ils se retranchent le plus volontiers quand on les accuse d’être des organisateurs de complots ; mais il demeure évident que, s’ils agissent individuellement en certaines circonstances, ils se concertent le plus ordinairement et il existe entre eux une réelle affiliation. La contradiction qui semble exister entre leurs actes et leur doctrine n’est qu’apparente. En effet ce n’est que lorsqu’ils auront établi le régime anarchiste qu’ils pourront jouir d’une façon complète de cette liberté individuelle sans limites à laquelle ils aspirent. Leur principe est établi surtout en vue de l’avenir. Mais en attendant, ayant à lutter contre l’ordre de choses établi, ils sont bien forcés, avouent-ils pour rendre leur lutte ou leur propagande plus efficace, de se réunir, de s’associer, de s’entendre, de se solidariser, et d’agir en commun.

Et c’est ce qu’ils font. La faction anarchiste possède une organisation assurément moins hiérarchique que celle de tel ou tel parti, mais elle n’en est pas moins réelle.

Les anarchistes forment d’abord une sorte de compagnonnage dans lequel chacun se connait, se soutient et s’entraide. La qualité de compagnon anarchiste sert à celui qui peut en justifier de recommandation auprès de ses coreligionnaires. C’est ainsi que lorsqu’un anarchiste voyage de Paris en province ou de province à Paris, il reçoit s’il en a besoin asile ou hospitalité chez les affiliés. Ce fait se produit à chaque instant, soit que tel compagnon veuille se soustraire à des poursuites judiciaires ; que tel autre soit en tournée de conférences, cherche du travail ou ait été chargé d’une mission à remplir. Il existe même une caisse de secours dont les fonds centralisés aux bureaux du journal La Révolte sont destinés aux familles des compagnons détenus. Les anarchistes établis sur les divers points du territoire ont entre eux, par correspondance, de fréquents rapports.

Les documents saisis au cours de diverses perquisitions en font foi. Ils correspondent d’individu à individu et de groupe à groupe par l’intermédiaire de leurs journaux et il suffit pour s’en rendre compte de jeter un coup d’oeil sur La Révolte ou Le Père Peinard.

Assurément, si les anarchistes s’en tenaient là, leur propagande forcément restreinte ne créerait pas de danger bien immédiat pour la sûreté publique. Mais il n’en est pas ainsi : ils s’assemblent, ils s’associent, ils se groupent parfois en comités secrets et organisent de continuels complots contre la société. Aucuns statuts ne régissent ces associations ; elles n’ont pas de bureau : les anarchistes proscrivent, en effet, toute présidence, et c’est à peine s’ils décernent à quelques uns d’entre eux, qu’ils chargent de faire, s’il y a lieu, des convocations, le titre de secrétaire et celui de trésorier lorsqu’il y a des fonds à garder. Quelques unes de ces associations ont un titre, une étiquette qui les distingue des autres – Cercle International – Ligue des Antipatriotes – Groupe de propagande – et elles ont un lieu et un jour fixe de réunion.

C’est là, dans ces assemblées d’où sont exclus les profanes et d’où sont brutalement chassés tous individus soupçonnés de n’être pas de bons et loyaux compagnons que se concertent les résolutions. C’est là que s’organisent les réunions publiques, les meetings et les manifestations, que se rédigent les écrits et les brochures, c’est de là qu’ils partent par ballots en province.

C’est là que les compagnons s’excitent et s’encouragent mutuellement à fomenter des désordres, à piller les magasins, à molester les agents de l’autorité et les magistrats, à faire sauter les monuments publics ou les propriétés privées.

Les meneurs, habiles à parler, se livrent aux diatribes les plus violentes, et, s’il se trouve parmi leurs auditeurs quelques néophytes à tempérament énergique et fanatique, leur parole n’est point perdue ; ils font de leur coreligionnaire un criminel tel que Gallo ou Clément Duval. Ceux-ci sont au bagne, mais ils ont eu des imitateurs qui depuis quelques années sont allés se multipliant (rue Berthe, rue Française, à Levallois et à Clichy contre les commissariats de police, à l’hôtel de Sagan, boulevard St Germain, à la caserne Napoléon, à St Ouen, à Ivry, rue de Clichy, sont là pour témoigner que les projets qui s’élaborent au sein des groupes ne sont pas des projets en l’air auxquels il convient de n’attacher que peu d’importance.

Les anarchistes prêchent l’insoumission, la désertion et l’insubordination et cette propagande produit également des fruits. Le nombre des insoumis et des déserteurs s’accroît de plus en plus. Ceux-mêmes qui se rendent sous les drapeaux estiment n’avoir pas perdu leur temps s’ils ont réussi à endoctriner quelques uns de leurs camarades de régiment. Du reste, les anarchistes font des efforts particuliers pour arriver à jeter la désorganisation dans l’armée. C’est ainsi, qu’on les voit, aux époques du tirage au sort, essayer de circonvenir les conscrits et de leur glisser entre les mains des écrits rédigés à leur adresse et contenant les plus détestables excitations. Ils publient des manifestes spéciaux pour les soldats et tâchent de leur faire parvenir.

Ils en jettent des exemplaires dans les casernes ; ils en remettent à ceux de leurs affiliés qui font leur temps de service pour qu’ils les distribuent à leurs camarades. Enfin ils favorisent les désertions.

Un groupe spécial, la Ligue des Anti-patriotes a été crée en vue de cette propagande contre l’armée.

Les anarchistes ne négligent pas l’emploi de moyens plus modestes. Ils font aux propriétaires une petite guerre qui consiste à aller loger chez eux et à déménager un beau jour à l’aide de quelques compagnons résolus en laissant impayé tout l’arriéré de leur loyer.

Un groupe a fonctionné pendant un certain temps régulièrement sous le titre de Ligue des Anti-propriétaires dans le but d’effectuer les déménagements à la cloche de bois.

Ils se conduisent vis-à-vis des marchands devins ou autres débitants d’une façon identique.

Un compagnon se présente dans un établissement, vient y prendre ses repas qu’il paie d’abord régulièrement, puis il se fait accorder le crédit, il amène alors d’autres camarades pour qui il obtient la même faveur ; puis tous disparaissent en oubliant de payer leur dû. C’est ce qu’ils appellent « faire de l’estampage ». Un groupe dénommé Les Pieds-Plats a vécu ainsi pendant quelque temps.

Ils pratiquent aussi comme moyen de propagande ce qu’ils ont baptisé la Reprise. C’est l’escroquerie ordinaire et le vol à l’étalage. A leurs yeux s’approprier un objet quelconque appartenant à autrui n’est que le reprendre, le rendre à son premier propriétaire.

Vendel, Chalbret, Faugoux et autres s’étaient associés dans ce but. Quelquefois les principaux de la bande tiennent chez eux des conciliabules secrets où ne sont admis que des compagnons sûrs.

Il existe depuis longtemps dans certains arrondissement et dans quelques localités de la banlieue un noyau plus ou moins considérable d’anarchistes qui parfois se forment en comités. Ces comités fonctionnent quelque temps sous un titre déterminé, puis semblent disparaître quoique les les associés continuent à se réunir..

Mais à part certains éléments plus jeunes qui viennent s’y joindre, ce sont presque toujours les mêmes personnalités qui les composent.

Quelques uns de ces groupes ont porté des noms fameux, tels La Panthère des Batignolles, le Léopard du Panthéon, la Vengeance du 5e arrondissement, la Sentinelle de Montmartre, les Misérables du 4e arrondissement, les Dynamitards, les Pince-Monseigneurs, etc, ces différentes associations ont cessé d’exister.

Voici les comités qui fonctionnent actuellement dans les arrondissements et dans les communes de la banlieue.

Le groupe anarchiste du 10e arrondissement fondé en 1882 sous le titre de Les Insoumis et reconstitué en 1886. Le lieu de ses réunions est un débit de vins situé 94 Faubourg du Temple.

Les principaux membres sont Baudelot, Payelle, Baudoin, Jacquet, Roger, Morni, etc.

Le groupe anarchiste de propagande par l’écrit du 13e arrondissement. Ce groupe vient de se reconstituer. Ils se réunissent tous les samedis 19 rue Pascal. Il fait imprimer et distribuer de temps en temps des manifestes de propagande.

Les principaux membres sont Bertrand, les frères Gobeau, Colliard, etc.

Le groupe anarchiste du 14e arrondissement. Il s’est appelé pendant quelque temps l’année dernière La Revanche de Fourmies. Il se réunit irrégulièrement depuis 1887, époque à laquelle il a été fondé par Janowski, dit Casimir. Son siège est le café d’Apollon, 25 rue de la Gaîté.

Ses principaux membres sont Villeval (oncle), Delesalle, Guyot, Barbier, Godem dit Lagardère.

Le groupe anarchiste de St Denis qui fonctionnait autrefois sans le nom de, Les Libertaires de St Denis, fondé en 1887. Il tient ses réunions salle Hébary, 26 rue du Port ou salle Merot, 25 cours Benoit.

Les principaux membres sont Ségard, les frères Broecke, Boutterville, Champion, Petit, Chaumentin, Salis, Duhaillon, Bastard, Heurtaud, Lebras, Gust (?), Mathieu, Brille, Simon dit Biscuit, etc.

Le groupe de St Denis est en quelque sorte le comité central de tous les groupes des localités de la banlieue environnante.

Le groupe de Levallois-Perret La Solidarité qui existe depuis1882. Lieu de réunion salle Mézerette, 86 rue de Gravel.

Ses principaux membres sont Ferré, Leveillé, Hébert, Courapied, Marchand. Il organise très souvent des réunions publiques. Au cours d’une de ces réunions, tenue le 5 janvier dernier, salle Mezerette, l’anarchiste Ferrière Nestor dit Totor, en proie à une vive surexcitation, déclara qu’il avait mis le feu à quatre (?).

Le groupe de Clichy (jusqu’en 1888 Les Déshérités de Clichy). Fondé en 1885.

Ses principaux membres sont les frères Ferrière, Paul Sauval, Henri Bras, Bordier, les frères Etiévant.

Les Jeunes de Choisy le Roi. Fondé en 1891 par les frères Rabouin. Il compte à peine une dizaine de membres. Les réunions ont lieu chez Rabouin.

En dehors de ces groupes, il en est d’autres plus importants qui sont communs à tous les anarchistes de Paris et des départements de la Seine et où se retrouvent les anarchistes qui n’ont pas actuellement de comité dans leur arrondissement.

Ce sont :

La Chambre syndicale des hommes de peine. Fondée en 1887 par Leboucher, avec le concours des frères Louiche, Courtois, Porlier, Le Bolloch, Lucas, Baudoin, Viard, Sureau, Lucien et Charles Laurens, Baudelot, Pennelier, etc.

Le but avoué de ce prétendu groupe corporatif est de s’occuper en dehors de toute politique, des intérêts matériels de ses adhérents, mais son but principal est de faire de la propagande anarchiste parmi ses membres, soit que ceux-ci aient adopté déjà les théories du parti ou qu’ils soient inconscients du rôle qu’ils peuvent être appelé à jouer.

Ce syndicat occupait un bureau à la Bourse du travail mais ce bureau a été fermé par suite des agissements des principaux meneurs de ce groupe et Charles Laurens, secrétaire de la Chambre syndicale a transporté les archives salle Horel, rue Aumaire.

L’Union de la Jeunesse Révolutionnaire. Fondée en juin 1891. Siège : 58 rue Grenéta, salle du Gros Boeuf. Au même endroit se trouve la Bibliothèque libre des Jeunes anarchistes.

Le Groupe parisien de propagande anarchiste, fondé en 1882.

Ce groupe qui a été l’un des plus importants a fonctionné régulièrement jusqu’en 1886. Il s’est reconstitué en janvier 1892 et se réunit tous les mercredis et samedis, 106 rue Oberkampf, salle des Grandes Caves.

La Ligue des Anti-patriotes.

Fondée en 1886, ce groupement qui comprenait principalement des jeunes gens a mené depuis lors une campagne très active contre l’idée de patrie et contre l’armée.

Il a publié plusieurs manifestes aux conscrits ou à l’armée dont plusieurs ont été déférés à la justice, pour les excitation violentes qu’ils contenaient.

Divers membres de ce groupe ont mis en pratique leurs théories en ne se soumettant point aux lois militaires. Tels sont les sieurs Joutant dit Rozier, Dupont, Jahn, Niquet, Bidault, etc.

Les réunions ont lieu tous les samedis salle des (?) 101 rue de Menilmontant. Le secrétaire est Louis Perrault.

Groupe anarchiste international.

Ce groupe qui a été fondé en 1880, peut être considéré comme le comité central des diverses associations anarchistes tant françaises qu’étrangères existant dans le département de la Seine. Toutes, en effet, s’y rattachent par leurs adhérents qui viennent s’y concerter des divers points de Paris et de la banlieue. Là se rencontrent en outre, les compagnons disséminés dans les arrondissements et n’appartenant à aucun groupe.

Les réunions ont lieu tous les dimanches dans l’après-midi, salle Horel, rue Aumaire. Elles sont très suivies et souvent très nombreuses car les 100 et quelques militants que compte le parti anarchiste à Paris, s’y donnent assidûment rendez-vous. Les mêmes individus se retrouvent aux réunions de la Ligue des Anti-patriotes ou du Groupe de propagande.

Ce sont les nommés Aubin, Barbier, Brunet, Bazin, Baudoin, Bargas, Bourguignon, Bruno, Bastard, Baudelot, Boutteville, Bidault père, Brunel, Bricou, Bourges, Blavé, Babet, Bertrand, Bécu, Bichelin, les frères Broecka, Chervillé, Carteron, Cuisse, les frères Chabard, Cahuzac, Chevalier, Cluzel, Charveron, Couchot, Cabot, Chatel, Calami, Cotté, Canat père et fils, Chalbert, Chenal, Duprat, Dupuis, Derveaux, Dudicourt, Dubois, Dufour, Denechère, Delesalle, les frères Etiévant, Eldin, François dit Francis, les Ferrière, Fontaine, Fauvet, Fortuné, Gallau père et fils, Gilles, Gardrat, les frères Gobrau, Guillet, Gérard dit Rodach, Guyot, Heurteaux, Hébert, Jonsieux (?), Jordy, Jacquet, Jury, Jalame, Léger, Léveillé, Leboucher, Letellier, Lucas, Louiche, les frères Laurens, Jules Leroux, Achille Leroy, Letailleur, Lepère, Meunier, Constant Martin, Gustave Mathieu, Alfred Marc, Constant Marie, Martinet, Morin, Moisseron, les frères Moucheraud, Margeron, Moreau, Millet, Matha, Ouin, Pennelier, Pivier, Jules Pinot, Louis Perrault, Pouget, Renaud, Ridoux, Roy, Renard, les frères Rabouin, Rousset dit St Martin, Schwartz dit Auguste, Simon dit Biscuit, Sureau, Sourisseau, Sabatier, Siguret, Soubrié, Sicard, Tortelier, Thibault dit Tresse, Tremebat, dit Gaspard, Vignaud, Vinchon, les frères Vaury, Wagner, Vendel, Villeval oncle, Villisse et un certain nombre d’italiens dont la plupart ont été expulsés.

Un nouveau Cercle international s’est constitué recemment grâce à l’initiative d’un comité de juifs russes, se réunissant rue du Trésor. Des anarchistes français s’étant glissés dans ces réunions de russes, et ceux-ci préférant délibérer entre eux de leurs affaires, décidèrent de tenir dans une autre salle, une autre réunion hebdomadaire où les anarchistes de n’importe quelle nationalité seraient admis.

Les réunions de ce nouveau groupe ont lieu tous les dimanches à 8 heures ½ du soir, salle Jambon, 126 boulevard de la Chapelle. Elles comprennent les mêmes individus que celles du Cercle International.

Avril 1892

Source : Archives de la Préfecture de police de Paris Ba 77

 

VIGNAUD Antoine dit Négrot

Né à Cusset (Allier) le 25 octobre 1861. Cordonnier. Anarchiste de Romans (Drôme), Londres, Belgique et Paris.

Metropolitan museum of art. Alphonse Bertillon. Albumens silver prints. Photographs.

Célibataire, Antoine Vignaud dit « Négrot » demeurait, en 1894, 16 rue des Archives, à Paris.

Le 7 septembre 1877, il avait été condamné à 3 jours de prison à Cusset pour vol de récolte et le 21 juin 1878, au même lieu, à 3 jours de prison, pour vol.

Il fit 5 ans de service militaire au 22e régiment d’infanterie en garnison à Montélimar (Drôme).

Il résida pendant quelques temps à Romans où il fit une active propagande anarchiste et resta en relations avec les compagnons de cette ville. Il revint ensuite à Paris où il habitait depuis 1889. D’après un rapport de police, Vignaud ne travaillait pas régulièrement et ne vivait guère que de vols à l’étalage.

En septembre 1889, aux élections législatives, il se présenta comme candidat abstentionniste. A cette occasion, il fut signataire d’une affiche apposée sur les murs de l’arrondissement, ainsi que d’un manifeste intitulé Le Père Peinard au populo. Il n’obtint aucune voix.

Le 20 février 1890, le tribunal correctionnel de la Seine le condamna à 8 jours de prison pour outrages.

Il fut arrêté en avril 1890, pour un vol de parapluie et condamné par la 8e chambre correctionnelle le 16 avril à 15 jours de prison. La police avait saisi sur lui, une lettre adressée par un anarchiste de Romans : « J’ai écrit, il y a quelques jours au compagnon Tortelier. Nous attendons sa réponse sous peu. Nous lui demandons de nous transmettre quelle est la ligne de conduite que comptent tenir les groupes anarchistes de Paris pour le 1er mai à l’occasion de la manifestation ou procession organisée par les farceurs sinistres guesdites ou blanquistes. Dans ta réponse, tu pourras nous en dire quelques mots. Je ne pense pas qu’ici, il s’organisera quelque chose ; mais au cas, il est toujours bon, sinon urgent, de savoir ce que pensent les copains de Paris, et à mon avis, je crois fort que si Constans ne veut pas tolérer la procession des Chie-en-lit, ceux qui en ont pris l’initiative vont tout lâcher. L’avenir nous le prouvera. Je compte donc que tu nous écriras sous peu et que tu nous donneras un petit aperçu du mouvement révolutionnaire à Paris ». Signé Salmic. La lettre indiquait également que l’on attendait son retour à Romans où il augmenterait le nombre des militants.

Il ne quitta la prison de Sainte Pélagie que le 1er mai.

Vignaud, à Paris, participait à toutes les manifestations du Père Lachaise, place de l’Opéra, à la Bourse du travail, le 1er mai.

Il fit partie de la Chambre syndicale des hommes de peine et fréquentait les réunions du Cercle international, rue Aumaire, du Groupe de propagande anarchiste 104 rue Oberkampf et des Trimardeurs, salle Pasquet, 239 rue Saint-Martin. Dans ces réunions, il se vantait de commettre des vols à l’étalage dans les grands magasins et de fabriquer de la fausse monnaie.

En 1892, il fut arrêté à la suite de l’explosion de la caserne Lobau et il fut mis en garde à vue pendant 15 heures.

Début mars 1894 sa présence fut signalée à Paris où le 9 mars il avait participé avec une cinquantaine de compagnons à la « cavalcade anarchiste » en faveur de l’abstention, organisée Place de la République par Eugénie Collot, avec notamment Constant Marie, il portait la pancarte marquée « Candidat abstentionniste« .

Le 20 mars 1894, le préfet de police délivra un mandat de perquisition et d’amener à son encontre, pour association de malfaiteurs. Le 21 mars, à 6h du matin, le commissaire de police du quartier de Sainte-Avoye se présenta à son domicile 55 rue des Archives. Le concierge leur apprit que Vignaud travaillait avec Maze, un autre cordonnier, dans une chambre au n°22, au 4e étage qui leur servait d’atelier de cordonnier. Vignaud y arriva vers 8h, il fut arrêté et expliqua que son domicile se trouvait au 86 rue des Archives. La perquisition y fit découvrir un numéro de la Révolte du 24 février 1894, une brochure Où vont les anarchistes de Lefrançais. Il fut arrêté et incarcéré à Mazas le 22 mars. Le 11 mai, Vignaud fut mis en liberté provisoire.

Au printemps 1894 il demeurait chez un autre cordonnier 55 rue des Archives et travaillait à façon pour un M. Zigler , 25 rue des Blancs Manteaux. A l’été 1894, selon la police, il aurait été blessé à la tête lors d’une rixe avec un autre anarchiste nommé Guyot (?).

C’est sans doute à cette époque que Vignaud – parfois orthographié Vignot ou Vigneaux – s’était réfugié à Londres où il logea notamment chez le compagnon ébéniste Ernest Delebecque puis chez J. Sicard. Il fréquentait Louise Michel, C. Malato, Millet et Vinchon.

En décembre 1894, avec l’aide du groupe Freedom il était parti pour la Belgique où son arrivée fut signalée par la police le 15 janvier 1895. Son nom figurait sur une liste établie par la police française en vue de surveillance aux frontières.

Le 29 juin 1895, le juge d’instruction Meyer rendait une ordonnance de non-lieu dans l’affaire d’association de malfaiteurs.

En 1902 il demeurait à Paris, 19 passage Gustave Lepeu et continuait de fréquenter les réunions anarchistes. Connu pour ses idées subversives, il était alors sans travail, les contremaîtres se donnant le mot pour ne pas l’embaucher. De plus il avait été blessé d’un coup de poignard au bras lors d’une agression nocturne, ce qui le gênait beaucoup pour travailler.

En effet, le 14 avril 1902, alors qu’il rentrait chez lui 19 passage Lepeu, un individu lui sauta à la gorge et lui porta un coup de couteau en pleine poitrine. Il para le coup avec le bras gauche et l’arme lui traversa le bras et ne le blessa que très légèrement au-dessus du sein. Son agresseur réussit à s’enfuir. Il perdit beaucoup de sang et fut conduit à l’hôpital St Antoine pour y être soigné.

Selon le rapport d’un indicateur (28 mai 1902), il cherchait un emploi en dehors de sa profession, mais rencontrait beaucoup de difficulté à trouver parce qu’il manquait « de vêtements convenables » et fréquentait régulièrement l’ancien compagnon Baudoin exclu des groupes en 1894 comme « mouchard ».

SOURCES :

Arch. de la ville de Paris D.3 U6 carton 50 C. — Bantman « Anarchismes et anarchistes en France et en Grande-Bretagne». — Fichier Bertillon — APpo BA 78, BA 1498, BA 1500, BA 1509 — Le Matin 17 avril 1890 — Le Petit parisien 15 avril 1902

VENDEL Jules

Né le 2 avril 1861 à Chevry (Ain). Garçon cuisinier, anarchiste parisien.

Metropolitan museum of art. Alphonse Bertillon. Albumens silver prints. Photographs.

Célibataire, il travaillait chez le restaurateur Legros à la Ménagère, boulevard Bonne nouvelle. Il travaillait de 6h du matin à 8h du soir. Il demeurait 27 rue Saint-Sauveur.

De la classe 1882, il tira au sort à Gex (Ain) le n°40, puis fut réformé pour infirmité.

Vendel arriva à Paris en 1884, venant de Chevry. Il fut employé aux cuisines chez Philippe au Palais Royal, chez Duchesne au Palais Royal, chez Barate aux Halles.

Jules Vendel fut condamné à Paris le 21 septembre 1891 à 4 mois de prison pour outrage et rébellion aux agents, délits commis au cours d’une manifestation place de l’Opéra, à l’occasion de la représentation de « Lohengrin ».

Vendel assistait régulièrement aux réunions dominicales de la salle Horel. Il était en relations avec Duprat, Dupont, Vinchon, Cherville, Leboucher.

Il était ami intime de Chalbret et de Faugoux. Il avait connu Faugoux dans un restaurant, assista avec lui à quelques réunions anarchistes en 1891 (93 Faubourg du Temple, Salle Horel rue Aumaire). Il fit parti avec eux, selon un rapport de police, du Groupe de la Reprise qui dévalisait les étalages. Faugoux lui fit connaître Constant Martin, Baudelot, Laurens.

Vendel fut accusé d’avoir participé au vol de dynamite de Soisy-sous-Etiolles et d’avoir réparti entre divers compagnons de Paris et de banlieue, une certaine quantité des cartouches volées. Arrêté le 29 février 1892, en pleine rue, Faubourg du Temple, il passa 5 jours au secret au Dépôt, puis fut transféré à la maison d’arrêt de Corbeil où il retrouva Faugoux, Chalbret et l’un des frères Etiévant. Inculpé de vol de dynamite, il fut mis à la disposition du parquet de Corbeil.

Il fut inscrit sur la liste des anarchistes militants de la Seine le 1er avril 1892.

Dès le premier interrogatoire, il établit son alibi en assurant qu’il se trouvait, le soir du vol de Soissy, dans un cabaret du boulevard d’Italie. Il désigna deux militaires du 4e bataillon de chasseurs comme témoins. Après enquête, ces faits furent reconnus exacts le 23 avril, mais il fut mis deux jours au cachot, au au pain sec et à l’eau, pour être sorti de sa cellule la tête découverte. Un règlement spécial imposait aux anarchistes détenus à Corbeil, l’obligation de se couvrir la tête d’une cagoule quand ils descendaient au préau, et même quand ils allaient chercher leur gamelle. Vendel fut mis en liberté le 16 mai suivant. Il bénéficia d’une ordonnance de non-lieu. Les anarchistes le soupçonnèrent alors de les avoir trahis.

Vendel aurait été lié avec Ravachol.

Le 30 juin 1894, le préfet de police délivra un mandat de perquisition et d’amener à son encontre, pour association de malfaiteurs.

Le 1er juillet à 4h45 du matin, la police se présenta à son domicile, une chambre située au premier étage, la perquisition ne donna aucun résultat. Il fut envoyé au Dépôt, puis incarcéré à Mazas le 4 juillet 1894. Vendel fut mis en liberté provisoire le 12 juillet. Le juge d’instruction Henri Meyer, délivra une ordonnance de non-lieu le 29 juin 1895, concernant l’affaire d’association de malfaiteurs.

En 1895, dans l’Ain, Jules Vendel, aurait exhibé « deux cartouches de dynamite de différentes longueurs » et exposé en public les principes de « la force explosive ».

Il figurait sur une liste des anarchistes résidents dans la Seine en 1895 (2e arrondissement), son dossier portait le n°326.219.

SOURCES :

Arch. de Paris D.3 U6 carton 50 — Arch. Préf. pol. BA 1500 — Les anarchistes contre la République par Vivien Bouhey. Annexe 56 : les anarchistes de la Seine. — Arch. départ. de l’Ain. M 934/1 — Coordination des libertaires de l’Ain : http://www.cla01.lautre.net/Anarchives-de-l-Ain-1-Les-anneesLa Justice 22 mai 1892

TERRIER Lucien, François

Né le 13 juillet 1848 à Saint Laurent des Mortiers (Mayenne). Ouvrier menuisier. Anarchiste parisien.

Metropolitan museum of art. Alphonse Bertillon. Albumens silver prints. Photographs.

Lucien Terrier avait tiré au sort à Angers le n°97 de la classe 1868 et fit son service militaire dans plusieurs régiments d’artillerie. Il fut médaillé militaire en 1871, pour faits de guerre contre la Commune.

Célibataire, il travaillait chez M. Dufaye, rue du Caire et logeait en garni 95 rue de Broca à Paris.

En 1878, Terrier fut délégué à l’Exposition ouvrière par la Chambre syndicale des menuisiers en bâtiment. Il participa en 1879 à l’organisation du Congrès ouvrier de Marseille.

En 1890, il assista à deux réunions anarchistes à la salle Aurel.

Dans une réunion tenue 104 rue Oberkampf, le 15 mai 1892, il s’affirma anarchiste et préconisa la formation, dans chaque quartier, de nouveaux groupes « où s’instruiront les recrues ». Il ajouta : « pour la propagande, les écrits font autant que les bombes et préparent ceux qui les emploient ».

Le 17 octobre 1892, il assista à une réunion du Cercle International, 38 rue Aumaire et le 17 décembre 1893 à une soirée familiale donnée chez Duprat.

Terrier figurait sur la liste des anarchistes de la Seine au 26 décembre 1893.

Le 13 mars 1894, le préfet de police délivra un mandat de perquisition et d’amener à son encontre pour association de malfaiteurs.

Le 14 mars à 6h du matin, le commissaire du quartier de la Gare se présenta chez lui, une chambre meublée située au 3e étage. Terrier se préparait pour se rendre à son travail. La perquisition fit découvrir deux numéros de La Révolte et différents imprimés dont La grève des électeurs, Ce qui va nous arriver sur la fin de 1893 et une brochure avec un avant propos de Darnaud du 15 décembre 1890. A propos de son livret militaire conservé avec des papiers insignifiants, il déclara : « C’est même bienheureux qu’il soit aussi propre que cela », montrant qu’il ne lui attachait pas beaucoup d’importance.

Terrier fut arrêté et conduit au Dépôt puis incarcéré à Mazas le 15 mars 1894. Le 31 mars, il fut mis en liberté provisoire.

Le 30 juin 1894, le préfet de police délivra un nouveau mandat de perquisition et d’amener, pour un motif identique. Le 1er juillet à 4h30 du matin le commissaire du quartier de la Maison Blanche, se présenta à son domicile. Terrier était absent mais la clé se trouvait sur la porte. Le lit n’était pas défait et tout indiquait qu’il n’y était pas rentré depuis la veille. Alors qu’il perquisitionnait, Terrier arriva vers 5h avec un nommé Lothier Gaston, menuisier demeurant 8 boulevard Denain. Terrier fut incarcéré à Mazas le 3 juillet et remis en liberté le 11 juillet.

Le 22 juin 1895, le juge d’instruction Henri Meyer rendit une ordonnance de non lieu dans l’affaire d’association de malfaiteurs.

Terrier figurait sur la liste des anarchistes au 31 décembre 1894 et au 31 décembre 1896 et sur la liste des anarchistes (postérieure à 1900).

SOURCES :

Arch. de Paris D.3 U6 carton 50 — Arch. Préf. pol. BA 1500 — Les anarchistes contre la République par Vivien Bouhey. Annexe 56 : les anarchistes de la Seine.