PETELLE Marie [dite Madame Marie]

 

Marie Pételle, Gruffat et Trémollet demeuraient rue Paul Bert.

Anarchiste lyonnaise, indicatrice de police.

A la fin du mois d’avril 1890, la police lyonnaise était persuadée que les anarchistes allaient profiter de la manifestation du 1er mai pour commettre des attentats et se mit à rechercher dans la ville les endroits où pourraient être fabriqués et entreposés les engins explosifs surnommés « trucs ».
Un indicateur de police nommé Peillon (s’agissait-il de Jacques Peillon ?) recevait lui-même ses informations de Marie Pételle, sa cousine qui demeurait tout d’abord 177 rue Paul Bert.
Le 26 avril 1890, en quittant la police, il alla remettre 4 francs à Marie Pételle qui était chez elle avec Gruffat et Diehl. Le même soir Trémollet arriva chez elle porteur d’un paquet.
Gruffat lui révéla, ce soir là qu’un des lieux de stockage des « trucs » se trouvait rue Sainte Catherine chez la veuve Bonijol.
En sortant d’une réunion ce le même jour à la salle Rivière, Marie Pételle fit savoir à Peillon que le paquet que tenait Trémollet chez elle, était un paquet de dynamite. Cette dynamite devait être, selon Marie Pételle, remise aux compagnons qui devaient la faire exploser le 1er mai : « ils on dit que rien ne devait rester debout ».
L’indicateur Peillon ayant obtenu ces renseignements demanda à la police : « Agissez avec la plus grande prudence, mais en tout cas, mettez Mme Marie à l’abri, elle a une peur bleue, maintenant ».
Le même 26 avril, le préfet demanda au commissaire spécial de Lyon de perquisitionner aux domiciles de Trémollet, Gruffat, Marie Pétel et Krayembulh, Vitre et la veuve Bonijol et chez d’autres anarchistes. Elle se trouvait ainsi dédouanée en subissant le même sort que les autres. Les perquisitions ne donnèrent aucun résultat mais affolèrent Cadeaux qui se fit prendre.
Bien qu’aucune dynamite n’ait été trouvée lors des perquisitions, Peillon resta persuadé que le paquet transporté par Trémollet contenait bien de la dynamite.
Le 29 avril , Marie Pételle devait faire « cracher le morceau » à Gruffat. Il ne semblait pas qu’elle ait pu obtenir de renseignements de ce côté et le 10 mai, elle fit venir chez elle, Michel un vieux cordonnier de la rue Paul Bert, pour essayer d’en savoir plus. Mais l’arrivée impromptue de sa propriétaire fit que l’entretien tourna court.
La propriétaire Mme Riban, lui déclara : « qu’elle ne voulait pas que sa maison serve de réunion à des complots anarchistes, qu’elle en avait assez », allant même jusqu’à prévenir le commissariat.
Le 17 mai Marie Pételle déménagea pour s’installer au 181 rue Paul Bert, dans le même immeuble que Gruffat et Trémollet, pour surveiller plus étroitement leurs faits et gestes. La police lui versa 15 francs pour ses frais de déménagement et de loyers impayés, l’argent lui fut remis par Peillon.
L’investissement de la police ne donna rien, puisque les informations données par Marie Pételle à Peillon cessèrent.

SOURCE : Arch. Dép. Du Rhône 4 M 310

L’appartement de Marie Carron à Lyon servit d’atelier pour la fabrication d’engins explosifs en avril 1890

L’appartement de Marie Carron se trouvait 67 quai de Scize au 5e sous les toits.

Née vers 1868, dévideuse. Anarchiste lyonnaise.

Au mois de janvier 1890, Marie Carron habitait 67 quai de Scize avec Guinet, un anarchiste. Elle le quitta en janvier, lorsque celui-ci fut appelé pour son service militaire à Toulon au régiment d’infanterie de marine. Elle avait déjà eu de lui deux enfants dont l’un était décédé et l’autre en nourrice en Savoie.
Elle resta seule dans l’appartement de la rue de Scize mais en avril, elle lui écrivit pour lui dire qu’elle abandonnait son logement, ses ressources ne lui permettant pas de le conserver.
Guinet lui aurait répondu : « Remets les clés à Cadeaux et va demeurer chez la marraine de notre enfant ». Mais elle dut renter à l’Hospice de la Charité à ce moment, à cause d’une plaie à la jambe et remit les clés à Cadeaux.
Cadeaux se servit de son appartement pour fabriquer des matières explosibles qu’il y aurait entreposées après son départ le 22 avril.
La police découvrit la fabrique de dynamite, 67 quai Pierre-Scize au 5e étage, dans cette chambre occupée par Marie Carron.
Le dimanche 27 la police était informée par des gardiens de la paix, rapportant la rumeur publique, qu’un individu inconnu, blessé au front était passé sur le quai de Pierre-Scize, en refusant les soins qu’on lui offrait, prétextant avoir des remèdes chez lui et disant qu’il s’était brûlé en fabricant des produits chimiques.
La police fit des recherches pour retrouver l’individu au front brûlé. Son signalement répondait parfaitement à celui de Cadeaux, anarchiste arrêté le 27 avril, et ce même jour, il était sorti d’une maison quai de Pierre-Scize, où il s’y livrait à la fabrication de la dynamite.
Au fond de la chambre, on trouva différents paquets contenant du charbon pilé, du soufre, un mortier, des masques, tout un attirail servant à la fabrication de matières explosibles.
La découverte de l’appartement du quai de Scize, vit les autorités défiler sur place : le préfet du Rhône, le secrétaire général pour la police, le procureur général, le juge d’instruction.
Marie Carron fut arrêtée à l’Hospice de la Charité et transférée à l’infirmerie du dépôt.
Son domicile se trouvait au 5ème, sous les toits dans une mansarde comportant deux pièces dont l’une assez grande de cinq mètres de longueur et deux de large.
Bien qu’au nom de Carron, la location était payée par Cadeaux. Le mobilier se composait d’un lit, plutôt un grabat, une commode, un poël et une malle.
Selon un rapport confidentiel de la Préfecture du Rhône au procureur de la République en date du 10 mai 1890, renseignements émanant du commissaire spécial Baraban, « la fille Carron » était la maîtresse de Cadeaux et elle aurait été parfaitement au courant des agissements des compagnons anarchistes de Lyon et de Vienne.
Une enquête effectuée par l’un des administrateurs de l’Hospice de la Charité où elle était hospitalisée en service de maternité, indiqua que les sœurs employées dans ce service avaient vu le 29 avril (Cadeaux avait été arrêté le 27), un homme se prétendant être son père venir la voir (alors que son père était décédé), cet homme était âgé d’environ 35 ans, alors qu’elle-même avait 25 ans. Il fut refoulé. Lorsque Carron l’apprit, elle ne manifesta aucun étonnement. Les sœurs remarquèrent que Carron écrivait longues lettres ; le 4 mai, elle en écrivit une de huit pages.
L’homme qui lui aurait rendu visite à l’Hospice, serait Boissy.
D’après un autre rapport de police du 14 mai 1890, Dervieux dit l’Abruti, racontait que Carron aurait fait disparaître dans la nuit qui a précédé son arrestation, un paquet assez volumineux, en le jetant dans la Saône, entre la passerelle Saint Vincent et le pont de la Feuillée. Ce paquet aurait contenu des matières ou objets compromettants. On avait dû trouver quai Pierre Scize chez Marie Carron, des papiers brûlés, calcinés. C’était les papiers d’inscriptions des anarchistes lyonnais, les correspondances avec Paris et autres endroits, ainsi que d’autres documents importants dont Cadeaux était dépositaire.
Selon un rapport du 17 mai 1890, Marie Carron était la maîtresse de plusieurs anarchistes : Monnier, Dervieux et Vitre se seraient vantés d’avoir contribué à la mettre enceinte.
La presse dressa un tout autre portrait de Marie Carron, d’après le Lyon républicain, elle déclara que son amant était Guinet, Cadeaux venait simplement rendre visite à Guinet qui était son ami, elle n’était pas au courant de la fabrication de dynamite. La presse lyonnaise rendit compte de son interrogatoire devant le juge d’instruction mais n’évoqua jamais ses relations éventuelles avec d’autres anarchistes.
Le 2 août 1893, Marie Carron donna naissance à un garçon, Jean Antoine, n’ayant pas été reconnu par son père, il porta le nom de sa mère, la naissance fut déclarée par des employés de l’Hospice de la Charité.

SOURCES : L’Express 4 mai 1890 — Lyon républicain 5 mai 1890 — Le Progrès 6 mai 1890 — Arch. Dép. Du Rhône 4 M 310 — Arch. Mun. De Lyon 2 E 1671

Les anarchistes lyonnais entrent dans les syndicats. Mai 1890

17 mai 1890

Groupe du 9e arrondissement

Anarchistes

Odin va partir lundi prochain pour Saint-Etienne. C’est lui qui a porté au grenier de Régnier, rue Centrale, un paquet de truc*.

Sortie ce matin de Gruffat avec Trémollet et un autre.

Trémollet devient de plus en plus taciturne.

Visite aujourd’hui chez Trémollet et Gruffat de Cuzin et de la femme Saÿs qui se sont enquis par suite de leur absence où ils avaient pu aller.

Ils étaient au cabaret.

*Note d’Archives anarchistes : explosif

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17 mai 1890

Anarchistes lyonnais

Réunion lundi prochain des délégués des groupes anarchistes lyonnais salle Marcelin, avenue de Saxe.

Réunion privée importante par ses décisions.

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17 mai 1890

Cadeaux

Cadeaux ne se serait pas brûlé en cherchant à faire de la dynamite mais bien en en détruisant, pour ne pas être trouvé possesseur, attendu qu’il se savait surveillé.

On a dû trouver quai Pierre Scize chez la fille Carron, des papiers brûlés, calcinés. C’était les papiers d’inscriptions des anarchistes lyonnais, les correspondances avec Paris et autres endroits, ainsi que d’autres documents importants dont il était dépositaire.

Gruffat dans ses interrogatoires a toujours soutenu qu’il ne connaissait pas Cadeaux. Aujourd’hui dans un moment d’expansion, il m’a conté qu’il avait soutenu cela parce que c’était nécessaire à sa défense et que c’était un mot d’ordre donné depuis longtemps de se refuser à reconnaître de se connaître entre eux, mais qu’il n’en était rien, que Cadeaux était bien connu de lui et que tous ils savaient ce qu’il préparait.

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19 mai 1890

Samedi à la grande réunion publique de la salle Rivoire où il n’y avait pas 300 personnes. Je me suis tenu très peu dans la salle, c’est pourquoi je ne vous ai rien donné.

Mais en revanche, j’ai causé beaucoup avec Monnier, le grand Farjat, Dubois le typographe et Grumault.

J’ai appris différentes choses que je vous marquerai demain ayant besoin de les vérifier et n’ayant pu y arriver aujourd’hui.

La réunion était surtout pour amener de nouveaux adhérents aux chambres syndicales ouvrières.

Car les organisateurs savaient parfaitement que la masse devait être à la Fédération.

J’y suis allé sur les dix heures du soir et j’ai causé avec Rabut, le maroquinier qui conduit l’index Perrin.

Le mot d’ordre est de faire entrer le plus de meneurs révolutionnaires dans les commissions ouvrières et les bureaux des chambres syndicales afin d’activer et de forcer le mouvement en avant.

Ce soir à la Fédération, il y a réunion publique des cordonniers syndiqués ou non.

Les anarchistes cordonniers veulent, et c’est le mot d’ordre donné d’aujourd’hui ( je le tiens de Gruffat lui-même), veulent arriver, dis-je, à dominer le bureau ou du moins à s’y caser en le plus grand nombre, afin que sous le couvert de syndicat, ils puissent se reformer en groupe. (intéressant, à signaler au Ministère)*

*Note ajoutée par la police

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19 mai 1890

Anarchistes

Aujourd’hui les amis ont été avertis que Luz, Tortelier et un autre étaient emprisonnés d’hier.

La correspondance se fait admirablement entre eux.

Un camarade arrive, on descend prendre un verre et le mot est dit ou l’ordre donné.

Gruffat, hier et aujourd’hui, a beaucoup fréquenté la rue Charles et la rue de la Villette où il avait des camarades à voir. Cuzin est venu voir Gruffat et Trémollet.

La femme Trémollet, malade est entrée ce matin à la Charité.

Sa petite fille est restée chez Mme Marie pendant une absence de son père. Je l’ai fait même manger à midi.

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19 mai 1890

Vol de (?) Griffon

Monsieur Meyer,

A midi, demain, je serai à la police correctionnelle.
Le public sera en majeure partie anarchiste.

De suite les débats clos, vous aurez compte-rendu demain matin aussi. Je serai chez Mme Marie. Gruffat est décidément un roublard, il a eu des velléités de me soupçonner. On croirait que cela lui a passé.

Source : Archives départementales du Rhône 4 M 310

La vie de Fortuné Henry : au prénom du père

      Premier épisode. Suite vendredi prochain.

                                             Au prénom du père

Fortuné Henry fils. Album Bertillon septembre 1894. CIRA de Lausanne.

Si Fortuné HENRY, fils eut bien un modèle, ce fut son père, dont il reprit le pseudonyme Fortuné mais alors que son père avait inversé nom et prénom dans sa vie politique, le fils devint « Fortuné », et défendit publiquement l’honneur de son père décédé, lorsque celui-ci fut mis en cause.

Le vie de Fortuné Henry sera donc profondément marquée par l’itinéraire politique de son père, à tel point que l’on pourrait presque la résumer par ce raccourci : au prénom du père.

Du fouriérisme de Henri FORTUNE à l’anarchisme de Fortuné, devenu animateur d’une colonie libertaire, on pourra retrouver plus d’un point commun, l’évolution politique d’une génération.

Ce pseudonyme familial « Fortuné » sera inscrit, même, dans le dossier commun aux deux frères Henry, Fortuné et Emile, que la Préfecture de police confondit, au début de leur activité politique anarchiste, mais rapidement le doute fut levé, l’un s’orientant vers la voie de ce que l’on appelait pas encore terrorisme mais propagande par le fait et l’autre vers la propagande par la parole, sans jamais participer au moindre attentat.

Fortuné HENRY père, dit Henri FORTUNE

Henri FORTUNE père

HENRY Fortuné, naquit à Nimes (Gard) le 20 juillet 1821. Il se maria le 16 février 1867 à Paris, avec Rose CAUBET (1842-1923). Ils eurent quatre enfants : Marie Constance Gabrielle (1867-?), Jean Charles « Fortuné » (1869-1931), Joseph Félix « Émile » (1872-1894), Jules, Paul, Emmanuel (1879-1934).

Sa sœur, la marquise de Chamborant, ancienne domestique de son mari, possédait une propriété à Saint Laurent d’Aigouzet (Gard). Elle habitait à Passy (Seine). Il avait un frère ex-officier du génie et ingénieur au Pérou, décédé vers 1877.

« Installé à Paris dès 1846, Fortuné se lie avec le fouriériste audois Jean Journet qui devient son père spirituel. Il collabore à l’Almanach phalanstérien et au quotidien La Démocratie pacifique dirigé par Victor Considerant.

Il collabore également à l’Almanach des opprimés dirigé par le socialiste Hippolyte Magen et à la Revue de l’éducation nouvelle, journal des mères et des enfants dirigée par le fouriériste Jules Delbruck.

Sa production littéraire est essentiellement composée de poèmes dans lesquels Fortuné exprime ses convictions philosophiques, sociales et politiques. Pour Victor Considerant il écrit des poèmes mystiques imprégnés par la cosmologie fouriériste. Pour Jules Delbruck il écrit des rondes et chansons pour enfant. Il met la valeur fouriériste de l’attraction au service d’une pédagogie nouvelle : c’est un partisan d’une « pédagogie attractive » par les jeux et l’image. Ces rondes et chansons écrites sur des airs connus sont destinées à s’instruire, mais surtout à s’imprégner d’une morale. Le travail des ouvriers et paysans, la fraternité et la patrie y sont valorisés. La misère sociale, l’esclavage, les superstitions et la guerre y sont dénoncés. L’exigence morale et l’intérêt portés à l’éducation par Fortuné préfigurent les préoccupations des Communards. Ces publications permettent de situer Fortuné politiquement : il est alors républicain, socialiste utopique et fouriériste, sans doute franc-maçon mais ne semble pas encore révolutionnaire.» (1)
En 1846, il publia « Les civilisateurs », satire, diffusée par des librairies fouriéristes.
« Fortuné combat cependant sur les barricades en 1848. Considéré comme un opposant à Napoléon III, il est interné politique à la Prison Sainte-Pélagie après le Coup d’État du 2 décembre 1851. On perd ensuite sa trace. » (1)

De 1848 à 1855, il collabora à la revue L’Education nouvelle où il écrivit des rondes et chansonnettes enfantines.

« Fortuné s’installe en 1859 à Carcassonne, ville natale de son ami Jean Journet. » (1)

Il y édita Le Panurge. Journal de ceci et de cela, ni politique, ni littéraire, paraissant et disparaissant à volonté, dont il était le rédacteur-gérant et qui parut chaque semaine du 25 novembre 1860 (n°1) au n° 57 (1er janvier 1862).

Le 15 juin 1861, le tribunal de Carcassonne lui infligea 100 francs d’amende et 50 francs de dommages et intérêts pour injures publiques envers le directeur du théâtre.

Dans son audience du 13 décembre 1861, le tribunal correctionnel de Carcassonne condamna Fortuné Henry, rédacteur-gérant du Panurge à 300 fr. d’amende et aux dépens, en vertu des dispositions de la loi du 25 mars 1822, pour avoir, dans ses numéros des 22 et 29 septembre, tourné en ridicule la religion catholique. Le ministère public a fit appel.

La cour impériale de Montpellier, le 6 janvier 1862, le déclara coupable d’avoir tourné en dérision la religion catholique, dans un article intitulé Un pélerinage, publié dans deux numéros, portant la date du 22 et 29 septembre 1861, commençant ainsi : « Beati pauperes spiritu. O bonne ville de Limoux… » et finissant par ceux-ci : Signe d’un tempérament rageur », il fut condamné à trois mois de prison et à 300 francs d’amende.

Après avoir purgé sa peine de prison, il quitta Carcassonne pour Paris.

Le journal reparut à Paris le 12 novembre 1862 avec à nouveau le n° 57 et sous le titre de: Panurge illustré.

Les ennuis judiciaires se poursuivirent.

Le 30 janvier 1863, Fortuné Henry, gérant du Panurge, et Kugelmann, imprimeur, étaient traduits devant le tribunal de la Seine, sous la prévention d’outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs pour avoir publié dans le numéro du 12 novembre 1862 un article en vers intitulé les Calembredaines de l’Amour, commençant par ces mots : « C’est notre histoire a tous… », et finissant par ceux ci : « Il n’avait pas monté la gamme Belzébuth », lequel ne présentait que le tableau d’une scène de débauche sous une allusion transparente et dans des termes qui ne permettaient aucun doute sur l’intention de l’auteur. Cet article contenait essentiellement un outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs; Kugelmann s’était rendu sciemment complice de ce délit en imprimant le journal; ne pouvant arguer d’ignorance, puisqu’il avait reconnu lui-même qu’il avait trouvé l’article un peu fort et ne s’était décidé à l’imprimer que parce que Henry l’avait déjà publié à Carcassonne le 14 avril 1861. Henry fut condamné à un mois d’emprisonnement et à 50 fr. d’amende; Kugelmann à 50 fr. d’amende.

Renonçant à sa carrière de publiciste, il s’installa à Brévannes (Seine et Oise) en face du château, il y exerçait le métier de tireur de sable.

Pendant la guerre de 1870, sa maison étant située dans le bois dévasté par les prussiens, il décida de partir habiter chez la tante de sa femme, Mme Michalet, 23 rue du Faubourg Saint-Denis et devint négociant, maroquinier et cordonnier.

« En 1867, Victoire Tinayre fonda la  » Société des Équitables de Paris « , coopérative de consommation dont les réunions se tenaient chez le président, le cordonnier fouriériste Fortuné Henry qui habitait rue des Vieilles-Haudriettes. Mme Tinayre, qui appartenait à la commission de contrôle, fit  » adhérer l’association à l’Internationale et à la Fédération des Sociétés ouvrières. » (2)

« Son militantisme politique lui vaut un nouveau séjour à la Prison Sainte-Pélagie. » (1)

« Après la proclamation de la IIIe République en 1870, Fortuné est délégué au Comité central républicain des Vingt arrondissements. C’est là qu’il rencontre le docteur Goupil qui devient son ami le plus fidèle. En tant que délégué de son arrondissement Fortuné est l’un des signataires de l’affiche rouge du 6 janvier 1871 appelant à la création de la Commune de Paris. Le 3 mars il est élu au Comité central de la Garde nationale. » (1)

Il fut élu le 26 mars 1871, aux premières élections de la Commune, pour le 10e arrondissement avec 11.334 voix sur 16765.

« Au début, bien qu’étant l’un des fondateurs du mouvement communal, Fortuné n’est pas un extrémiste. Il demande la reprise des négociations avec Versailles et participe, le 29 avril, à la manifestation des Francs maçons demandant une trêve. » (1)

Quoique rattaché à la Commission des subsistances, il s’occupa activement des affaires militaires.

Vers la fin de l’insurrection, il occupera l’Hôtel de ville et dirigea avec Pindy les mouvements militaires. Il suivait régulièrement les séances de la Commune et prenait part aux votes : le 28 avril, il vota pour la création d’un Comité de salut public.

« Le 16 mai il participe à la destruction de la colonne Vendôme sur les ruines de laquelle il prononce un discours vengeur contre Versailles. Le lendemain il vote pour la mise en exécution du décret des otages. » (1)

Pendant la Commune, Raoul Rigault le surnomma « Le bénisseur » à cause de sa voix doucereuse.

Après la défaite de la Commune, et la prise de la barricade de la porte Saint-Denis qui se trouvait près de chez lui, où on le voyait ceint de son écharpe rouge, il réussit à s’échapper et se réfugia en Espagne, la police le croyant longtemps à Londres ou dans le Gard où elle le chercha en vain. Sa femme ainsi que ses enfants le rejoignirent peu après.

Il fut condamné par contumace le 26 mai 1871, à la peine de mort par le 3e conseil de guerre pour complicité d’arrestations et de séquestrations illégales suivies d’une détention ayant duré plus d’un mois, de complicité d’assassinat commis sur les personnes des otages et de complicité de destruction de monument publics et de propriété particulière.

Le 13 juillet 1871, une perquisition était effectuée par la police chez Mme Michalet mais on y trouva seulement son uniforme de garde national.

Ayant interverti nom et prénom, la police fut trompée un moment et les services judiciaires du Conseil de guerre avaient délivré un mandat d’amener au nom de Fortuné. Ce ne fut que le 18 avril 1873, qu’un nouveau mandat fut établi.

« Pour faire vivre sa famille il travaille comme employé puis directeur d’une mine et une usine de mercure à Bayarque près d’Almería. La famille connaît un moment l’aisance » (1)

D’après le journal le XIXe Siècle : « Fortuné Henry se réfugia en Espagne où il dirigea l’exploitation de sept mines d’or, de six mines d’argent et d’une mine de charbon, à Bayarque, près de Carthagène. En procédant à l’extraction du minerai, on découvrit des filons de mercure, les seuls qui aient été exploités en Espagne par l’industrie privée.

Lorsque survinrent les événements de Carthagène et de Murcie, Fortuné Henry se trouva au nombre des révolutionnaires poursuivis pour avoir pris part au mouvement. C’est alors que ses biens furent confisqués par le gouvernement espagnol. »

Amnistié, il rentra en France le 14 août 1880, accompagné de sa femme et de ses enfants, pour se rendre à Brévannes.

Lors d’une réunion électorale pour les législatives en mai 1881, son nom fut proposé en remplacement d’Emile Girardin mais finalement ne fut pas retenu.

Cette même année, fut réédité en un volume « Les chants de l’enfance. Rondes et chansonnettes enfantines sur des airs connus (Rondes et chansonnettes pour petits garçons) » qui avaient été publiés dans l’Education nouvelle. Cela se fit-il avec son accord ? La mention selon laquelle on pouvait se procurer des exemplaires chez l’auteur, 14 rue Elzévir, tendrait à le prouver (quoique cette adresse ne figurait sur aucun autre document). Y eut-il un désaccord sur la question des droits d’auteurs ? En tous cas Fortuné, avant sa mort en gagea une procédure judiciaire contre l’éditeur.

« Malade et sans revenu, il est heureusement aidé par son ami le docteur Goupil qui le soigne et l’emploie comme secrétaire. Fortuné meurt le 28 mai 1882 dans son domicile parisien d’une congestion cérébrale due aux vapeurs de mercures qu’il avait respirées dans son usine. » (1)

Il fut enterré civilement le 30 mai 1882. Quatre vingt personnes suivirent le cortège qui se rendit au cimetière d’Ivry. Benoit Malon assistait à la cérémonie.
Sa veuve reprit le contentieux qui opposait Fortuné Henry à son éditeur et le 17 mars 1883, le tribunal correctionnel donna raison à ce dernier, considérant qu’il ne s’agissait que d’une réimpression d’un ouvrage collectif ne nécessitant pas l’autorisation de l’auteur.

Le 29 juillet 1894, sa dépouille était transférée au cimetière de Limeil-Brévannes, en présence de Jules Henry.

(1) Gauthier Langlois, «Fortuné Henry», Wikipedia.

(2) Dictionnaire biographique le Maitron : http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article136027

Sources :

Archives de la préfecture de police Ba 926 (dossier Fortuné Henry père) — Dossier généalogique de Gauthier Langlois (https://gw.geneanet.org/gautlang2?lang=fr&n=henry&oc=0&p=fortune) — Jurisprudence générale du royaume en matière civile, commerciale et criminelle : ou Journal des audiences de la Cour de cassation et des Cours royales par M. Dalloz et par M. Tournemine 1885 — Revue bibliographique : moniteur de l’imprimerie et de la librairie françaises : journal des publications nouvelles, 31 janvier 1862 — Histoire de la troisième république… par Paul de Cassagnac 1876 — Journal des débats 20 décembre 1861et 31 janvier 1863 — Le XIXe Siècle 3 juin 1892

Œuvres de Fortuné Henry (1)

– Les civilisateurs, Paris, Librairie universelle, 1846

– Deuxième Guizotide, satire, Paris, Librairie universelle, 1846

– Armée d’Italie. Journée de Montebello, Carcassonne, impr. de L. Pomiès, 1859

– Si j’étais blanche lune, Legouix, 1862. Poésie publiée sous le pseudonyme Henry de Bèze et mise en musique par Paul Lacombe

– Les Chants de ma prison, Toulouse, M. Gimet, 1862

-Les Chants de l’enfance, rondes et chansonnettes enfantines, Paris, H.-E. Martin, 1881

(1) Gauthier Langlois, «Fortuné Henry», Wikipedia.

Documents :

Henry FORTUNE publia ses chansons enfantines dans cette revue. Publicité parue dans La Presse du 12 décembre 1849. Gallica.

Panurge dont Fortuné Henry était le rédacteur en chef et le gérant. Gallica.

Affiche de la Commune, signée par Henri FORTUNE. Document BDIC

Affiche de la Commune, signée par Henri FORTUNE. Document BDIC

Edition ayant donné lieu au procès du 17 mars 1883

A suivre. Feuilleton hebdomadaire publié sur Archives anarchistes.

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Marie Pételle et Peillon renseignaient la Sûreté de Lyon sur les activités quotidiennes des anarchistes en mai 1890

10 mai 1890

Réunion publique anarchiste de ce soir, salle Rivoire

Cette réunion, qui d’après ce que j’ai entendu sera nombreuse, sera en tout cas très mouvementée et très violente en discours.

Le Parti révolutionnaire-anarchiste veut sonner le tocsin, il est poussé, en dessous par Deloche et consorts qui à tout prix veulent faire et continuer sans trêve l’agitation boulangiste, ce qu’ils appellent actuellement le « révisionniste nécessaire ».

La police lyonnaise sera carrément prise à partie. Il faut s’attendre à l’énonciation de noms propres.

Un service a été commandé : Intérieur : 6 hommes en civil. Extérieur : 27 hommes en tenue, cachés au bureau de M. Deseur, située en face.*

*Note ajoutée par la police

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La Révolte 10 mai 1890, article évoqué par Peillon dans son rapport du 10 mai 1890.

13 mai 1890

Anarchistes lyonnais

Réunion privée des délégués des groupes anarchistes de Lyon, salle Marcelin, 105 avenue de Saxe le 12 mai 1890

C’est par des ordres émanant de Paris qu’ils se sont réunis hier soir.

Les discussions ont été vives et les décisions graves.

Après un compte-rendu des finances acquises à nouveau après la réunion publique donnée salle Rivoire samedi passé – compte-rendu donné par Paul Bernard, Condom a fait l’exposé des interrogatoires qu’il avait subi et a dénoncé le nommé Sadot, un co-détenu, comme ayant mangé le morceau. Sadot a été mis au ban.

Tailland* aussi, qui, il paraît est sorti presque aussitôt enfermé et que l’on a vu dans les rues de Lyon avec des vêtements neufs. D’après les anarchistes, c’est lui qui aurait divulgué le grenier de Régnier. Tous les deux ont été condamnés à mort.

Ce sont dix jeunes qui sont chargés de l’exécution.

Lire attentivement le journal La Révolte. Je ne sais au juste si c’est le dernier numéro paru ou le premier numéro à paraître.

*arrêté en même temps que Cadeaux

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13 mai 1890

Anarchistes lyonnais

Réunion privée, hier soir, 12 courant, salle Marcelin, 105 avenue de Saxe

La propriétaire de l’établissement est toute pour eux.

Ils étaient 16 en tout. Paul Bernard était délégué à l’ordre (Président, aperçu Vitre, Condom et le Jeune imberbe à figure patibulaire et émaciée qui a pris la parole dans la réunion publique du 30 avril dernier, salle Rivoire. Le rapport de M. Prieux, vous donnera son nom.

La réunion d’hier soir n’était pas une réunion de groupes mais bien une réunion des délégués des groupes lyonnais.

Ce qui prouve bien l’organisation du parti anarchiste et ce qu’ils ne veulent pas avouer en réunion publique, et pour cause.

Il y avait 3 délégués des groupes de Perrache, les délégués des groupes de Vaise sont venus sur les 9 h ¾. Ils étaient 4. Le reste était les délégués des groupes des Brottaux et de la Guillotière et du Grand Trou.

Pas moyen de savoir un brin de ce qui s’est dit. Deux étaient en sentinelles en dehors de la porte de l’arrière boutique où la conférence avait lieu mais il y a dû avoir forte discussion parce qu’à certains moments on entendait un bruit crescendo de paroles. Je saurai aujourd’hui ce qui s’est passé. Pas de (finances ou femmes?).

A onze heures ½, ils y étaient encore.

La plupart buvaient en causant et discutant.

La patronne seule apportait les consommations commandées : du vin ou de la bibine (bien inférieure)

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13 mai 1890

Anarchistes lyonnais

Les 4 prisonniers relaxés hier soir à 8h

Gruffat, Trémollet, Odin et un autre

A leur sortie, ils sont allés sous une pluie battante, boire le verre de l’amitié chez Sadon (?), teinturier dégraisseur, 89 cours Lafayette, compagnon militant anarchiste.

Puis Gruffat est allé coucher chez Trémollet.

Aujourd’hui Gruffat a repris sa chambre et s’est mis à travailler un peu, son patron lui ayant remis ce matin de l’ouvrage à faire.

Mais une bonne partie de la journée s’est passée pour lui à « humer le grand air de la liberté » et boire des « blanches » en faisant visites aux copains.

Aujourd’hui, sur les deux heures de l’après midi, Odin que nous avons rencontré avec Mme marie et Gruffat, allait chez Trémollet.

8 h ce soir, Gruffat est retourné chez Sadon (?), le teinturier et puis est venu accompagner Mme Marie jusqu’à la rue de la République. Mme Marie venait me retrouver sous le péristyle.

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15 mai 1890

Anarchistes

Gruffat, Odin

Celui qui vous est connu sous le surnom du Génevois, de son nom Demilliac, s’est d’après mes indications arrangé de manière à rencontrer Gruffat dans une de ses pérégrinations. Hier soir, sur les 8 heures ½, ils se sont rencontrés comme par hasard, le Genevois venant censément de l’asile de nuit des Brotteaux où il n’avait pu trouver de place.

Gruffat le connait de Mme marie où plusieurs fois je l’avais fait dîner et comme Gruffat a habité (?), ils en sont venus à causer de personnes de connaissances du pays, des réminiscences de localité.

Gruffat lui a offert de coucher chez lui, ce que le Genevois a accepté avec empressement. Ils ont couché 3 cette nuit au 181 rue Paul Bert, dans le lit de Gruffat. Gruffat, un cousin de Gruffat et mon Genevois.

Voici ce que le Genevois a appris :

Odin va quitter Lyon, il est temps, dit-il de disparaître parce qu’il lui arriverait malheur, « la rousse » le guettant.

Gruffat est de l’Internationale, il y a le numéro douze mille et quelque et fait partie de la 30e brigade. Ils sont à Lyon quinze cents anarchistes admis et inscrits. Il fait partie, lui du groupe du 3e arrondissement. Presque tous ceux arrêtés font partie de son groupe.

Hier Gruffat voulait aller à un endroit qu’il ne veut pas que la police connaisse et comme il se sait suivi par les « poulards », il a fait exprès de traverser « les fossés » et et le plus d’aller de travers possible. En revenant, il a bu la goutte chez Ferrand, cafetier, angle du boulevard des casernes, en face l’octroi de la rue Paul Bert, il a vu, a-t-il dit, 9 « poulards » : « je sais bien ce qu’ils cherchent, mais ils ne trouveront rien. Ils croient que c’est à Montchat, quand ce n’est pas loin d’ici ».

Il a aussi dit au Genevois : « Ce qu’ils ont trouvé, ce n’est rien, mais si ils avaient trouvé le truc, nous, nous en avions pour cinq ans de nouvelle ».

Il a dit aussi : « Les deux beaux messieurs qui ont arrêtés ma cousine dans son lit sans pudeur, n’y couperons pas ».

Autre propos : « La jeune école (Groupes de la Jeunesse révolutionnaire) est plus forte que nous, mais nous ne voulons pas qu’ils bougent pour le moment. Ce sont les vieux qui doivent aller de l’avant actuellement ».

Trémollet est très taciturne et ne dit presque rien.

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16 mai 1890

Trémollet

Se tient sur ses gardes et est d’un mutisme complet.

Aujourd’hui, il a reçu à la première heure la visite d’un anarcho. Ce dernier est resté la journée, se montrant peu. Il est venu dire bonjour à Gruffat sur les dix heures.

Je crois que c’est Tortelier.

Il y a eu du reste, surtout ce matin, des visites ce cinq ou six anarchistes chez Trémollet.

Hier soir dix heures, celui-ci est rentré seul chez lui ayant un bouquet à la main.

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16 mai 1890

Anarchistes

Ils attendent des ordres de Paris.

La venue du quidam, que je crois fermement être Tortelier, ne serais-ce pas un commencement.

Du reste :

La Ligue républicaine socialiste universelle (Ligue franco-italienne) se réunit en réunion privée demain chez Rivoire.

Elle prépare une autre réunion publique.

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16 mai 1890

Suite des arrestations

Hier sur les quatre heures est arrivé chez Gruffat, la fille Kintz ou Lintz, celle qui vivait maritalement avec Mayeux dit Krayenbulh.

Ils ont causé ensemble, j’y étais. Elle a relaté aussi ses interrogatoires.

De tout ce qu’elle a dit, il n’y a vraiment à retenir que ceci :

« Il aurait été pris aussi bien chez la femme, votre cousine (Mme Marie) que chez moi. Ils étaient, vous étiez vendus depuis longtemps mais c’est heureux que Trémollet ait eu le temps ou plutôt la présence d’esprit de cacher le paquet ».

Cela a été dit devant Gruffat, Miège son cousin, mon (?) et moi.

La femme Mayeux a dit aussi :

« C’est étonnant que Monnier n’ait pas été arrêté, mais, il avait pris ses précautions ».

Pour eux tous, c’est Tailland qui est le mouchard et il n’a qu’à bien se tenir, partout la soi-disant Krayenbulh le trouverait, elle lui ferait son affaire.

Ce à quoi Guffat à répondu : « Il est condamné ».

La femme Krayenbulh a dit aussi : « que Vitre qu’on n’apercevait plus était passé à Genève ».

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17 mai 1890

Personnelle

Dès ce soir, madame Marie sera établie au 181 rue Paul Bert.

Dans la maison même de Gruffat et de Trémollet.

Cela, à mon avis, lui permettant de surveiller plus attentivement les faits et gestes de ceux qui viennent.

Sur les quinze francs que vous m’avez remis pour elle, elle a déboursé, pour payer location passé 12 francs

arrhes sur location nouvelle 3 francs

au Genevois qui s’est chargé de la déménager 1 franc

Nourriture pour elle et le Genevois aujourd’hui 1, 50 francs

Soit 17, 50 francs

C’est moi qui ai fourni la différence et j’ai cru bien faire car Diehl, l’ancien gardien de la paix qui désirait en faire sa maîtresse, commençait à blaguer sur moi.

Ce Diehl est trop bien avec Valter, brigadier des urbaines, rue Dunoir. Ce dernier lui raconte beaucoup de choses.

Le nom donné vous permettra d’y remédier car Valter doit me connaître et m’avait vu entrer à la préfecture.

Source : Archives départementales du Rhône 4 M 310

Note d’Archives anarchistes.  Madame Marie : Marie Pételle

Gruffat libéré, se moquait de la police: «Ils ne sont pas assez malins. Nous les avons roulés », Lyon le 13 mai 1890

13 mai 1890

Anarchistes lyonnais

Gruffat

Les 4 prisonniers relaxés hier soir sont comme des crins(?). Voici en résumé ce que en payant le verre de l’amitié à Gruffat, , ce que nous avons appris de lui, en plusieurs fois, moi ou Mme Marie.

« Les deux beaux pausus (?) qui étaient dans la cour au moment de l’arrestation (M. Meyer et M. Ramandieu n’y couperont pas tout comme les autres poulards.

Nous laisserons s’écouler un certain temps mais nous avons juré de les exterminer ».

A propos des interrogatoires subis par Gruffat : « ce qui les emmerdait, c’est que je leur riais au nez et qu’ils n’ont rien pu savoir de moi.

Quand on me disait : untel

Je répondais : connais pas !

Et untel ? Connais pas non plus !

Et telle chose ? Je ne sais pas ce que vous voulez dire ou ce sont des blagues.

Ah, ils croyaient qu’ils apprendraient quelque chose ; mais nous nous sommes pas coupés. Nous avons tous déclaré être anarchistes. C’est notre droit, mais ils auraient voulu savoir où sont les autres dépôts. Ils n’en sauront rien. Je me ferais plutôt couper le cou. Qu’ils cherchent le paquet, il est en sûreté.

Nous avons été vendus, il y avait longtemps que nous étions surveillés, mais les poulards ne perdent rien pour attendre.

Quant à celui qui a vendu Cadeaux, celui-là peut se préparer pour sa tête.

Je n’ai pas voulu aller hier soir à la réunion, d’abord, je n’avais pas le sou, et puis ensuite, on aurait voulu me donner de l’argent et je ne veux pas en accepter de mes frères »

Tout ceci a été dit devant moi par Gruffat à 2 heures de l’après-midi aujourd’hui chez un marchand de vins faisant l’angle de la rue Paul Bert et de la rue Garibaldi.

Comme Mme Marie parlait de sa propriétaire qui veut à toute force qu’elle parte depuis que les « chenapans » sont revenus, Gruffat a dit aussi :

« Ne t’inquiètes pas, on lui fera son affaire. Trémollet s’en charge, mais quand tu auras déménagé ».

Cette colère provient de la veille de l’arrestation lorsque Trémollet, Mayeux, Gruffat et Mme Marie sont partis pour la salle Rivoire.

La propriétaire Mme Riban a apostrophé Mme Marie « qu’elle amenait des guêpes chez elle », alors Trémollet et Mayeux l’ont engueulé et Trémollet lui a dit : « sors donc vieille toupie, j’ai de quoi faire sauter ta baraque ».

8h ce soir, Mme Marie sortant pour venir me raconter certains propos nouveaux, Gruffat l’a accompagné.Ils ont pris la rue Boileau, en arrivant au cours Lafayette, ils ont rencontré un nommé Ladret, autre cordonnier et sont allés prendre un verre chez Dietze, liquoriste 91 rue Lafayette.

Là Gruffat a raconté à nouveau son (?) et ses interrogatoires et il a prononcé cette phrase typique :

« Ils voulaient avoir la graisse et ma peau. La graisse est en sûreté et ma peau est encore sur mes os ». Il y avait plus de dix personnes dans l’établissement qui se tordaient de rire et il a ajouté :

« Ils ne sont pas assez malins. Nous les avons roulés ».

Source : Archives départementales du Rhône 4 M 310

Marie Pételle qui renseignait l’indicateur Peillon, avait des problèmes avec sa propriétaire. Lyon 10 mai 1890

Marie Pételle demeurait 181 rue Paul Bert.

10 mai 1890

Particulier

Affaire des fusils

Madame Marie était arrivée à faire venir hier soir, chez elle, Michel le vieux cordonnier de la rue Bert pour le faire causer.

Ils étaient entrain de commencer à boire et à causer en présence de Diehel , le pensionnaire amoureux, lorsque la propriétaire de Mme Marie est venue lui faire une scène, en la traitant comme une drôlesse et en disant :

« qu’elle ne voulait pas que sa maison serve de réunion à des complots anarchistes, qu’elle en avait assez » etc, etc…

Le tout a retardé les effusions, nous les reprendrons demain d’une autre manière.

La propriétaire, Mme Riban, furieuse, a dû même aller aujourd’hui chez M. Arnaud, commissaire de police du quartier, se plaindre de Mme Marie.

Cette propriétaire ferait beaucoup mieux d’éclairer son passage que de s’occuper de choses qui ne la regardent pas. Je suis chargé de lui faire cadeau d’un chien de ma chienne.

Vous devez penser que le restant de la soirée ne s’est passé qu’à discuter sur la scène qui s’était produite et ce matin, pour un peu, cela allait recommencer.

Source : Archives départementales du Rhône 4 M 310

La Sûreté de Lyon doutait-elle de son indicateur ? avril-mai 1890

30 avril 1890

Anarchistes

Vitre hier soir soupait chez sa sœur. Ce matin je pense l’avoir retrouvé devant le 272 de la rue Du Guesclin, causant avec animation avec un copain.

Entendu : « Je te dis, c’est au 52 rue de Sébastopol ».

Vu le pays, calculé le temps nécessaire pour aller du 177 rue Paul Bert à cet endroit, je trouve 22 minutes à peu près le temps que Trémollet à mis pour déposer son paquet samedi.

Je surveille l’endroit.

Deux points à voir :

Rhonan (illisible) des Charbay (52)

et Cottaz mécanicien (50)

Les nommés Rhonan et Cottaz ne sont pas anarchistes et jouissent d’une assez bonne réputation de conduite et de moralité. Ils ne connaissent pas Trémollet, ni Krayembulh. Il en est de même de Bernard (non Bertrand) et de Savigny qui passent pour de bons et honnêtes ouvriers.

Une perquisition opérée chez les sus-nommés n’a rien fait découvrir de suspect.

Lyon le 30 avril 1890

Le commissaire spécial*

*Note ajoutée sur le rapport de l’indicateur

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30 avril 1890

Affaire anarchiste

Dans la note que je vous ai adressé à onze heures, je vous avais dit que Vitre avait soupé chez sa sœur.
Voici l’adresse :

Mme Blanc 76 rue Rabelais et il travaille chez J. Nruxi(?) Cie algérienne pour chocolat 6 rue St Joseph.
Le prendre et il n’est que temps

Je suis rue Sébastopol

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Shéma figurant au début du rapport du 30 avril 1890

30 avril 1890

Suite de mes recherches

En garni

Locataires :

1° Bertrand, ouvrier cordonnier, 30 ans, moustache rare mais brune

2° Savigny à prendre ou surveiller

Le mastroquet, en face le n° 48 rue Sébastopol, très poli pour nous, donnera tous renseignements.
Déf (?) maintenant.
Bertrand n’a aucune créance et ne peut pas savoir, aucun crédit.

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30 avril 1890

Monsieur Meyer

(illisible)

Fatigué mais vaillant, ai dépensé galette et ai grand besoin d’argent, surtout pour déjeuner afin de nous rencontrer.

Nous serons en permanence à partir de la tombée de la nuit chez mastroquet près des numéros indiqués rue Sébastopol. Surveillance sans utilité*.

Votre dévoué

Remettre au porteur

*Note en italique ajoutée par la police :

Source : Archives départementales du Rhône 4 M 310

Les anarchistes voulaient-ils faire sauter les monuments et les usines, le 1er mai 1890 à Lyon ?

26 avril 1890

Près de l’heure de minuit

Affaire anarchiste

Réunion privée salle Marcelin, avenue de Saxe

35 membres environ

Puillet, Cusin, Saÿs, Trémollet, Gruffat, etc, etc

La réunion a décidé de se réunir lundi prochain pour se diviser la besogne pour faire sauter les monuments et les usines désignées.

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27 avril 1890 minuit

Affaire anarchiste

J’ai oublié de dire que Krozembulh devait disparaître demain (de bonne heure) matin « parce qu’il avait une condamnation de 28 ans à purger »

Propos de Mme Marie à moi-même devant la salle Rivoire, l’ayant entendu elle-même, de la bouche même de Gruffat.

Voilà beaucoup de même.

Je crois qu’il serait plus prudent pour nous, nos indications, de ne saisir Krozembulh qu’à la sortie de son gîte tout en faisant surveiller dès maintenant sa retraite momentanée et attendre, peut-être en le suivant.

Toutefois, que l’on puisse mettre la main sur le tout, d’un seul coup.

C’est une idée, je vous le transmet.

La propriétaire de Mme Marie est furieuse pour ces allées et venues

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28 avril 1890

Monsieur Meyer

Je vous verrai ce soir à sept heures.

J’ai remis clef à Dill ? Avec nourriture pour la chatte.

Puis-je voir Mme Marie ? J’aurai à lui causer.

Veuillez, je vous prie, remettre au porteur du présent quelque argent. Je n’en ai plus et j’ai à voir et à courir de suite.

J’ai lettre pour introduction de la réunion des cordonniers ce soir.

La réunion sera révolutionnaire en plein.

Votre dévoué

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28 avril 1890

D’après renseignements certains, la grève générale doit commencer ou plutôt être proclamée, le 2 mai. Toute la Fédération est d’accord pour prévenir « les patrons » que les ouvriers ne travailleront plus que 8 heures à partir du 1er mai.

Ils sont décidés à aller jusqu’au bout et l’élément révolutionnaire est prépondérant.

La matinée de vendredi prochain verra éclore des revendications dans ce sens.

On fait des efforts nombreux pour rester pacifique. Jeudi jusqu’à du soir mais il est entendu que coûte que coûte, on parviendra en corps à 2 heures sur la place des Terraux.

Les arrestations n’ont que fortifié les résolutions révolutionnaires et ceux du (?) qui sont libres font une enquête. On est venu chez Rivoire pour cela.

L’arrestation de Gabriel Farjat, il paraît à Roanne, à six heures du matin hier a renforcé la résistance à toute idée de conciliation.

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Ministère de l’intérieur

Commissariat spécial des gares de Lyon

Lyon le 29 avril 1890

Rapport

Mouvement anarchiste

Voici quelques nouveaux renseignements sur le mouvement anarchiste à Lyon pour le 1er mai.

Ce jour-là à une heure du soir, les anarchistes de Lyon qui ne seront pas en prison devront se réunir sur le boulevard des Brotteaux en face la gare de Genève, pour arrêter les dernières mesures à prendre, en vue de la participation des anarchistes à la manifestation.

Il a été décidé que les compagnons se tiendraient un peu à l’écart du gros du mouvement, et qu’à la nouvelle de la première bousculade, ils laisseraient la foule aux prises avec la police et avec l’armée, pour se porter immédiatement sur un point opposé au lieu de la manifestation, afin de mettre à exécution leurs projets de propagande par le fait (explosions, incendies et pillage).

Dans la soirée s’il y a lieu, les anarchistes se réuniraient chez Marcellin ou place St Pothin, ou ailleurs, si ces lieux présentaient un danger quelconque, qui serait signalé par un des leurs parti en ces endroits, aux compagnons, au fur et à mesure qu’ils arriveraient, et qui serait en même temps chargé d’indiquer un autre point de ralliement.

Telles sont les résolutions qui ont été prises hier soir par les anarchistes dans leur réunion secrète qu’ils ont tenue chez Marcellin, avenue de Saxe.

Le révolutionnaire Paul Bernard qui assistait à cette réunion, a fait connaître que des membres de la Ligue franco-italienne suivraient les anarchistes et agiraient avec eux.

Quel est maintenant le local où sont préparés les matières explosibles et les fusées incendiaires qui ont été fabriquées par les compagnons Puillet, Guéret, Brunoz et Cadeaux ? (ils étaient 4 ou 5 au plus dans le secret).

C’est à Cadeaux qu’appartient, mais jusqu’à présent il a été impossible de le découvrir, malgré toutes mes recherches).

Voici quatre adresses communes à Brunoz et à Cadeaux : 2 rue Vieille Monnaie ; 30 rue du Mail ; 11 rue Gilibert ; 30 rue Vielle Monnaie.

A la suite de plusieurs arrestations d’anarchistes militants qui ont eu lieu à Lyon, on ne peut prévoir ce que pourront réellement faire les anarchistes le 1er mai, car je sais que beaucoup craignent la prison préventive et qu’ils préfèrent se cacher ou prendre la fuite, plutôt que de se faire arrêter.

On est sûr que les anarchistes de Vienne et de St Étienne, possèdent une certaine quantité de cartouches de dynamite, dont ils se proposent de faire usage le 1er mai, s’ils en trouvent l’occasion.

Weil, le gérant du journal anarchiste le Père Peinard, est à Genève.

Vitre et Mélisse y sont aussi depuis dimanche soir.

Pendreux les a rejoints et Brunoz est parti hier soir aussi pour cette destination.

Le commissaire spécial

Jeannelle (?)

Source : Archives départementales du Rhône 4 M 310

La dynamite, n’était que des bottines pour fillette. L’indicateur Peillon enfumé? Lyon avril mai 1890

Croquis dessiné par Peillon dans son rapport pour signaler un lieu de dépôt de truc (dynamite)

24 avril 1890

affaire anarchiste

Ce soir à 6h ½, 2 militaires anarchistes*après s’être bien enquis si on les suivait ont pris l’allée n°3, rue des Ternaux, ou débouchaient par l’allée 18 rue Ste Catherine et sont venus chez Bonifol (épicerie, légumes) 15 rue St Catherine étant (?) rendez-vous demain matin 9h.

Voici 3 jours que je guette et je suis sur la voie.

* deux amis de Cadeaux (note ajoutée au rapport par la police)

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26 avril 1890

Affaire anarchiste

Dynamite

Près de l’heure de minuit, atteignant le 27 avril

En quittant votre cabinet le 26 avril sur les 7h ¼, je suis allé de suite porter les 4 francs à Mme Marie.

Je l’ai trouvé avec Gruffat et Diehel finissant de souper.

J’ai dit bonjour et en douceur lui ai fait passer l’argent en lui disant d’aller chercher le Cognac de l’amitié.
Elle revenait lorsque Trémollet portant un paquet lié dans une serviette nouée par les pointes est entré accompagné de Krozembulh.

Trémollet m’a dit qu’il me connaissait et que j’étais opportuniste.

Je lui ai répondu que oui parce que je ne croyais pas au bonheur du peuple par les théories socialistes ou anarchistes.

J’ai soutenu âprement mes opinions et ces deux-là, les leurs.

Nous nous sommes séparés, moi pour aller à la salle Rivoire (ce dont je ne me suis pas caché) et eux pour aller à la réunion salle Marcelin.

Sous le prétexte de me donner une commission pour « La fameuse Jeanne », madame Marie m’a dit :

1° que Gruffat lui avait avoué le matin même, que l’herbagère de la rue St Catherine tenait un des trucs :

Gruffat : oui c’est rue Ste Catherine

Mme Marie : l’herbagère, la veuve Bonijol

Gruffat : qu’est-ce qui te l’a dit

2° que Krozembulh ayant aperçu 2 poulets devant sa porte était venu demander l’hospitalité de la nuit et qu’il devait coucher avec Gruffat dans son lit à elle, 177 rue Paul Bert, pendant qu’elle-même coucherait au 181 même rue dans le lit de Gruffat.
Nous nous séparâmes.

Je fus salle Rivière à 10 h 5 minutes, j’en sortais la séance finie.

Lorsque devant le photographe Masserini qui en fait l’angle pour ainsi dire, Mme Marie, Gruffat et un autre arrivaient.

Sous le prétexte toujours de Mme Jeanne, Mme Marie me prit à part et me dit :

Le paquet que tenait Trémollet était un paquet de dynamite. C’est pour donner lundi aux compagnons désignés à faire les coups.

Elle a ajouté :

Lundi soir tout sera désigné pour jeudi « ils on dit que rien ne devait rester debout ».

Agissez avec la plus grande prudence, mais en tout cas, mettez Mme Marie à l’abri, elle a une peur bleue, maintenant.

Je suis un homme, je reste à mon poste. Seulement après, je crois qu’il faudra me faire faire un petit voyage.

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Préfecture du Rhône

Nous préfet du Rhône, commandeur de l’ordre national de la Légion d’honneur, agissant en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés par le code d’instruction criminelle – article 10 –

Requérons monsieur le commissaire spécial de la Sûreté de Lyon, d’opérer perquisition domiciliaire chez les nommés :

Trémollet Prosper, cordonnier, demeurant 181 rue Paul Bert, sur le devant

Gruffat François Joseph, cordonnier, demeurant même adresse, sur le derrière

Veuve Petel Joseph Antoine, demeurant 177 rue Paul Bert

Krayenbulh Joseph Antoine, 152 avenue de Saxe (doit être le nommé Mayeux Alfred, déserteur du 47e de ligne)

A l’effet de rechercher les engins explosibles, poudres fulminantes, armes de toutes sortes susceptibles de servir à la perpétuation d’un attentat contre la sécurité publique et aussi à l’effet de mettre lesdites personnes en état d’arrestation.

Lyon le 26 avril 1890

Le préfet du Rhône

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Préfecture du Rhône

Nous préfet du Rhône, commandeur de l’ordre national de la Légion d’honneur, agissant en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés par le code d’instruction criminelle – article 10 –

Requérons monsieur le commissaire spécial de la Sûreté de Lyon, d’opérer perquisition domiciliaire chez les nommés :

Vitre François, demeurant 166 rue Boileau, au 1er chez sa sœur.

Veuve Bonijol, herbager, 15 rue Ste Anne

A l’effet de rechercher les engins explosibles, poudres fulminantes, armes de toutes sortes susceptibles de servir à la perpétuation d’un attentat contre la sécurité publique et aussi à l’effet de mettre lesdites personnes en état d’arrestation.

Lyon le 26 avril 1890

Le préfet du Rhône

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Préfecture du Rhône

Commissariat spécial de la Sûreté à Lyon

Rapport du 27 au 28 avril 1890

Arrestations

Puillet Louis 3é ans, sans profession, 5 boulevard des Casernes

Trémolet Prosper, 33 ans, cordonnier, 181 rue Paul Bert

Gruffat François Joseph, 34 ans, cordonnier, 181 rue Paul Bert

Griffon Claude 34 ans, cordonnier, 5 boulevard des Casernes

Cusin Henri, cordonnier, 24 ans, 43 rue de la Villette

Saÿs François, 27 ans, tourneur mécanicien, 43 rue de la Villette

Toinet Antoinette, 24 ans, dévideuse, 43 rue de la Villette (concubine de Saÿs)

Krayembulh Aimé Albert 28 ans, peintre, avenue de Saxe.

Source : Archives départementales du Rhône 4 M 310

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Préfecture du Rhône

Commissariat spécial de la sûreté

Agglomération lyonnaise

n°4197

Lyon le 27 avril 1890

Monsieur le préfet,

J’ai l’honneur de porter à votre connaissance, qu’à la suite de vos instructions, des perquisitions ont été opérées ce matin, vers les 4 heures, soit par moi, soit par mes collègues M.M. Prieur, Jacques, Schloessinger et Pernel, chez les nommés :

1° Trémollet

2° Gruffet

3° Krayembulh

4° Veuve Marie Pétel

5° Puillet

6° Cuzin

7° Saÿs et sa femme

8° Femme Bonifol

Lesquels n’ont fait découvrir nulle part le dépôt ou la trace d’armes, engins et matières explosibles.

Néanmoins, tous les susnommés ont été arrêtés et conduits au palais de justice, excepté la femme Bonifol, pour être mis à votre disposition.

Quant aux sieurs Vitre et Dervieux, chez lesquels des perquisitions devaient être également opérées, ils n’ont pas été trouvés à leur domicile.

Le commissaire spécial

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Lyon, le 29 avril, 8 h. soir.

Voici d’après des renseignements puisés à bonne source, l’exacte vérité sur l’affaire des anarchistes de Lyon qui cause une vive émotion dans cette ville.

Les indications recueillies par le service de la Sûreté faisaient présumer que les anarchistes de Lyon préparaient pour les approches du 1er mai des attentats, et détenaient dans ce but des matières explosibles.

Sur ces données, dans la nuit du 26 au 27 avril des perquisitions furent faites simultanément chez plusieurs d’entre eux et furent suivies des arrestations des nommés Trémollet, Gruffat, Guzin, veuve Petel, Puillet, Griffon, Says sujet suisse, femme Says, Krayenbuhl se prétendant sujet suisse, mais dont le vrai nom est Mayeux et qui est un déserteur français.

Tous se laissèrent arrêter sans résistance.

Le 27 avril, a onze heures et demie du soir, trois autres anarchistes, parmi lesquels le nommé Cadeaux, furent arrêtés, rue Molière, au moment où ils sortaient d’un débit de boissons un quatrième parvint a s’échapper.

Le sieur Cadeaux s’était grièvement brûle à la face en manipulant les matières destinées à préparer les explosifs. Mis en éveil par les arrestations de la nuit précédente, il fit disparaître la plus grande partie de ces matières; mais une perquisition opérée chez lui dans la journée du 28 amena, cependant, la découverte de plusieurs paquets ou bouteilles contenant des produits chimiques répondant à cette destination.

Le service de la Sûreté put arrêter un quatrième anarchiste qui s’était échappe la veille et fit chez lui une perquisition qui amena la découverte de matières analogues aux premières, enveloppées dans une blouse. Arrête vers huit heures du soir, cet anarchiste, nommé Régnier avoua que Cadeaux lui avait, la veille remis ce paquet, pour le cacher chez lui.

Enfin, aujourd’hui, deux nouvelles arrestations d’anarchistes dangereux, celles des nommés Poyet et Condom, ont été opérées.

Tous ces individus ont été mis à la disposition du procureur de la république, auquel ont été transmis les produits saisis, qui feront l’objet d’une analyse.

A l’heure actuelle, quinze arrestations ont été opérées; d’autres sont imminentes.

Journal des débats 30 avril 1890

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29 avril 1890

Affaire anarchiste

Il est certain que le paquet de Trémollet était de la dynamite, qu’il n’est pas allé manger sa soupe, puisqu’il n’est pas rentré à son domicile et qu’il s’est dirigé du côté de la Vilette avec Krozembulh et Gruffat ayant le paquet. Qu’ils ont mis presque 20 minutes avec cette course et qu’ils sont revenus toujours courant. Il y a un témoin Diehel que madame Marie l’a impliqué dans l’affaire.

Ce matin, madame Marie va faire cracher le morceau par Gruffat.

Le truc est préparé admirablement.

Les rapports de la Sûreté vous le ferons connaître.

Madame Marie y est depuis neuf heures ce matin.

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Préfecture du Rhône

Commissariat spécial de la Sûreté

Agglomération lyonnaise

n°4529

Lyon le 6 mai 1890

Renseignements

La veuve Petel ayant déclaré que dans la soirée du 26 avril dernier, vers les 8 heures et demie, le nommé Trémollet était rentré chez elle pour reprendre un paquet qu’il avait déposé, quelques instants auparavant, sur un tas de linge, il résulte des explications de Trémollet que ce paquet contenait une paire de bottines pour fillette et, à ce sujet, il fait connaître que ces bottines ayant été trouvées trop étroites par M. Bardot contremaître au service de M. Desrayand, fabricant de chaussures, 17 rue Clas Suiphon, il fut prié de les rapporter chez lui, pour les remettre à la forme. C’était six heures du soir environ.

M. Bardot Antoine, ainsi que le sieur Hivéro André, confirment les dires de Trémollet et ajoutent que celui-ci avait placé la paire de bottines dont il s’agit dans un linge blanc, vulgairement appelé « toilette ».

Ce linge m’ayant été remis, hier par la femme Trémollet, puis représenté à la veuve Petel, celle-ci croit le reconnaître pour être celui qui enveloppait l’objet ou les objets que Gruffat avait désignés comme devant être de la dynamite.

Gruffat, interrogé rapporte :

Depuis plusieurs jours, la femme Petel me harcelait de questions au sujet de dépôt d’armes et de dynamite que nous compagnons anarchistes, d’après elle devaient avoir à leur disposition.

Cette insistance de la part de la susnommée me parut assez étrange, cependant, je ne l’attribuai qu’à un excès de curiosité, assez naturel chez les femmes et c’est alors que voulant, à mon tour l’intriguer, je lui dit, à diverses reprises, qu’il y avait effectivement à Lyon, plusieurs dépôts de dynamite et des armes et je me rappelle fort bien lui avoir dit, dans la soirée du 26 avril dernier, que le paquet déposé par Trémollet dans sa chambre, contenait de la dynamite, mais je le répète, je n’ai dit cela que pour intriguer la curiosité de la veuve Pétel.

Tels sont les renseignements relatifs au paquet signalé comme devant renfermer le truc, c’est à dire de la dynamite.

Lyon le 6 mai 1890

Le commissaire spécial

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8 mai 1890

Anarchistes

J’ai appris pas mal de choses aujourd’hui. D’abord, le linge Trémollet n’a pas été reconnu, ni par Diehel, ni par M.Hivéro. Ce n’est pas une serviette d’enveloppe mais bien une serviette ordinaire à raies rouge, de forme et grandeur ordinaires. J’ai vu le paquet et l’enveloppe de mes yeux vus, tout le peut certifier.

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Renseignements en réponse à la note ci-jointe en date du 8 courant.

Il ne me reste absolument rien à ajouter à mon rapport en date du 5 courant faisant connaître que le linge que portait Trémollet le soir qu’il est allé appeler Gruffat chez la dame Marie Pételle (demeurant 177 rue Paul Bert) était d’après cette dernière et le sieur Diehel qui demeure à la même adresse, blanc, sans aucune raies rouges.

Ce linge qui d’après Trémollet était une toilette blanche servant à porter la chaussure, a été présenté à ladite dame Pételle et au sieur Diehel qui sans avoir été affirmatifs, ont déclaré que ce linge était tout à fait semblable en couleur et étoffe mais qu’ils l’avaient vu plus petit.

Lyon le 14 mai 90

 

Source : Archives départementales du Rhône 4 M 310