Bastin Pierre, Jean; tisserand, animateur de la tendance anarchiste au sein de l’Internationale de Verviers (Belgique).

Né à La Reid (aujourd’hui commune de Theux, pr. Liège, arr. Verviers) le 6 mai 1847, tisserand, animateur de la tendance anarchiste au sein des internationalistes verviétois.

Le tisserand Pierre Bastin était une personnalité bien connue de la (première) Internationale belge. En 1873, ce révolutionnaire et anarchiste siège dans son Conseil Fédéral à Verviers. Il a également été rédacteur en chef du magazine wallon Le Mirabeau.

Un an plus tard, Bastin était membre du Conseil général belge de l’Internationale et assistait au congrès international qui se tenait à Bruxelles. Là, il témoigna de ses sympathies bakounistes.

En 1876, en tant qu’éditeur du Mirabeau, il comparut devant la cour d’assises de Liège à cause d’articles « offensants », mais il fut acquitté.

Le 1er novembre 1876, il co-fonda le groupe anarchiste verviétois L’Etincelle et jusqu’en 1881 il était l’un des membres les plus importants de ce cercle, avec Piette et Gérombou.

En 1878, Bastin participa à la publication du nouveau magazine anarchiste Le Cri du Peuple, età partir d’août 1880, au journal La Persévérance.

Il avait peut-être déménagé en Pennsylvanie (États-Unis) plus tard, au tournant du siècle.

SOURCES :

Institut international d’histoire sociale (Amsterdam), Kropotkine VII, lettre de Kropotkine à Paul Robin du 18/01/1879 et de Paul Brousse à Robin du 15/06/1879 ; Archives de la Ville de Bruxelles, Fonds de la Police, carton 178ter, 19/02/1881 ; Archives générales de l’Etat (Bruxelles), dossier individuel 320394 : Didier, rapport du commissaire de police de Verviers du 20/09/1878 ; Le Mirabeau, 14/01/1877, p. 2, coul. 2 – p. 3, coul. 2, 23/09/1877, p. 2, coul. 3-4 ; 25/08/1878, p. 1, col. 1; Le Socialisme Progressif, 15/05/1878, p. 191 ; L. BERTRAND, Souvenirs…, p. 132 ; J; GUILLAUME, L’Internationale…, vol. V, p. 171, 211, vol. VI, p. 119-120; H. WOUTERS, Documenten…, Vol. III, index p. 1723 (sous le nom erroné d’Hubert Bastin). M. OUKHOW, Anarchisme…, p. 163 ; D. DE WEERDT, Le Belge…, p. 27, 53 et index p. 177 ; D. DE WEERDT, Karl Marx…, p. 12; A. VYAENE, Le Mirabeau…, p. 31; F. JORIS, Pierre Fluche…, p. 330-331 ; F. JORIS, Bastin Jean Pierre… ; F. JORIS Verviers comme bastion révolutionnaire…, p. 165, 168.

Publié sur le site http://janpelleringfonds.be aujourd’hui disparu, vraisemblablement rédigée par Herre Sneyers et traduite du flamand par traducteur en ligne.

Voir également la biographie de Jean-Pierre Bastin sur la Maitron : https://maitron.fr/spip.php?article140052 et sur le site de Freddy Joris : https://www.freddyjoris.com/_files/ugd/ddc355_d0e738d407a64685bbfc8df1790666f5.pdf

Les Naturiens, des anarchistes précurseurs de l’écologie politique. 15 janvier 1896

Couverture du Néo-naturien

Préfecture de police

Direction générale des recherches

2e brigade

3e division

1er bureau

Réunion du groupe les Naturiens de Montmartre

Paris le 15 janvier 1896

Rapport

Hier soir a eu lieu salle Bouju, 69 rue Blanche, une réunion du groupe « Les Naturiens »

L’assistance était de six personnes : Gravelle et Beaulieu s’étaient fait excuser.

La séance est ouverte à 9 heures 45. On ne forme pas de bureau.

Bariol annonce qu’il a envoyé tous les numéros déjà parus du journal La Nouvelle humanité au Ministère de l’intérieur d’où on les lui avait demandés.

Mayence, gérant du journal, voudrait que l’on fasse payer au Ministère de l’intérieur les exemplaires qu’il a réclamés. On lui fait remarquer que cela est impossible, ce dépôt étant exigé par la loi.

Bariol propose de remettre au mois de mars la fête organisée par le groupe et qui devait avoir lieu le 1er février.

Le même orateur fait ensuite une conférence sur les Boers qu’il représente comme des naturiens et même des compatriotes, beaucoup de leurs ancêtres ayant été chassés de France à la suite de la révocation de l’Edit de Nantes.

Léo Brissac (149465) dit que Séverine est sur le point d’être arrêtée ; il raconte qu’un jour, il a vu à l’abbaye de Thélème la célèbre polémiste se battre avec Labruyère, son amant, à tel point qu’on fut obligé de les séparer. Il croit que ces scènes se renouvelaient souvent.

Bariol (273246) ajoute que Drumont traverse en ce moment une période critique. Il constate que lorsque des juifs sont inculpés dans une affaire, le directeur de la Libre parole, trouve toujours que cela ne va pas assez vite, mais qu’aujourd’hui, alors qu’il est presque compromis, il trouve que la justice se presse trop.

Mayence dit sur cette affaire a été lancée pour servir de dérivatif à l’affaire Arton, que le gouvernement fera son possible pour qu’il ne soit pas extradé, car trop de grands personnages qui se trouveraient compromis.

Zisly Henri distribue les journaux La Nouvelle humanité, l’Ami de l’ouvrier, la Débâcle sociale.

La séance est levée à 11 heures 5.

Le commissaire de police

Archives de la Préfecture de police Ba 1508

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L’arrestation à Bruxelles de l’anarchiste Ferdinand Monier. 29 Mars 1886

L’arrestation du citoyen Monier

Lundi après-midi, M. Dieudonné, substitut du procureur du roi et M. Servais, juge, accompagnés d’un greffier et de plusieurs agents de police, se sont rendus vers deux heures rue de Rollebeck, chez l’anarchiste Monier, qui tient un magasin de journaux.

Tout ce monde est entré dans le magasin où se trouvait la mère de Monier, une brave femme, qui vit en guerre constante avec son fils à cause de ses idées politiques. Ces messieurs lui demandèrent si Monier était à la maison. La mère répondit négativement.

M. Dieudonné ordonna une perquisition. A ce moment la mère courut au bas de l’escalier qui monte à l’étage et cria : « Ferdinand, on vient t’arrêter ! » Les agents judiciaires montèrent et pénétrèrent dans la chambre de Monier au moment où celui-ci sortait du lit. Ils lui mirent les menottes et le firent se remettre au lit.

Pendant ce temps, une perquisition minutieuse se faisait dans le magasin. Tous les ouvrages et journaux suspects furent saisis.

Dans la chambre de Monier on saisit toute sa correspondance.

Cependant la mère de Monier, « tant entrée dans une grande colère, administrait à son fils une maîtresse volée. Les agents durent s’interposer.

Ces messieurs ont visité ensuite deux chambres mansardes.

Une perquisition des plus minutieuses a été faite et le parquet s’est retiré à dix heures du soir avec toutes les pièces saisies.

Un mandat d’arrêt fut lancé dans la soirée contre Monier par le procureur général.

Les agents judiciaires le cherchèrent pendant plusieurs heures. Les anarchistes tenaient au local A la vue de l’Ancien Palais de Justice, rue de Ruysbroeck, 2, leur réunion de semaine ; ils étaient là une vingtaine. C’est là que les agents allèrent arrêter Monier à la sortie. Il fut conduit à la division centrale, pour être transféré à la prison Saint-Gilles.

Les autres anarchistes n’ont pas été inquiétés.

L’Émancipation 31 mars 1886

************************************

Mon cher (?)

Les perquisitions sont faites chez Monier et Wuysmans. Rien au point de vue de la prévention actuelle, mais saisie de brochures et de manuscrits indiquant d’une façon générale que ces deux individus s’occupent activement de propagande anarchiste.

J’ai un mandat de capture contre Monier, je le fais exécuter (condamnation à l’emprisonnement subsidiaire pour une amende de 50 francs).

On a fait en outre une perquisition chez Ernest et Sauthout (?), deux anarchistes bien connus. Ces perquisitions n’ont rien produit.

Une perquisition aura lieu tout à l’heure chez Stuyck, à Saint-Gilles, administrateur du journal Ni dieu, ni maître.

Comme je te l’ai dit tout à l’heure par voix téléphonique, les perquisitions rue (?), 14 à l’imprimerie du journal précité et celles faites chez Martin, ouvrier typographe et chez Govaerts, également ouvrier typographe n’ont amené que la saisie de quelques documents ou lettres qui ne se rattachent pas non plus directement à la prévention actuelle, nulle trace de complot.

Au bureau du journal nous avons trouvé un jeune étranger, le nommé Romans que nous avons écroué pour vagabondage.

Je t’ai téléphoné sans succès il y a un quart d’heure. Où étais-tu ?

Ce soir à 8 heures, je vais au meeting de Molenbeck, on annonce des désordres mais ce n’est qu’un on dit.

Je vais manger quelque chose avant de partir.

Bien à toi.

Willemans (?)

Bureau central de police 6 1/2 h

Source :

Parquet général de Bruxelles 224

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Les Naturiens, des anarchistes précurseurs de l’écologie politique. 8 janvier 1896

Préfecture de police

Direction générale des recherches

2e brigade

3e division

1er bureau

Réunion du groupe les Naturiens de Montmartre

Paris le 8 janvier 1896

Rapport

Hier soir a eu lieu salle Bouju, 69 rue Blanche, une réunion du groupe les Naturiens.

L’assistance se composait de 8 personnes.
La séance est ouverte à 9 heures, on ne forme pas de bureau.

Gravelle rappelle qu’à la dernière réunion publique organisée par le groupe, de nombreux contradicteurs se sont présentés et il propose, pour les prochaines réunions de fixer un ordre du jour dont personne ne pourra s’écarter.

Il voudrait que l’on s’attache à démontrer tout particulièrement que toutes les plantes nécessaires à l’alimentation de l’homme peuvent pousser sans culture, sur le sol de la France.

Bariol distribue le bulletin des Harmoniens.

Il déclare qu’il serait bon de penser dès aujourd’hui à organiser un banquet pour célébrer l’anniversaire de Bernardin de Saint-Pierre. Ce banquet aurait lieu à la fin du mois.

Zisly distribue le journal Le Phare de Montmartre et fait signer une des listes de pétitions lancées par Sébastien Faure, pour demander la grâce de Cyvoct.

Marné dit à ce sujet qu’il a fait avec Cyvoct des conférences à Bordeaux.

Il fait connaître que la réunion des Naturiennes annoncée pour demain, n’aura pas lieu.

Bigot recommande de faire une active propagande en faveur du groupe et de recruter des adhérents parmi les déshérités qui errent sur le pavé de Paris.

La séance est levée à 19 heures 1/2

Le commissaire de police

Archives de la Préfecture de police Ba 1508

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Les Naturiens, des anarchistes précurseurs de l’écologie politique. 1er janvier 1896

Couverture du Néo-naturien

Préfecture de police

Direction générale des recherches

2e brigade

3e division

1er bureau

Réunion du groupe les Naturiens de Montmartre

Paris le 1er janvier 1896,

Une réunion du groupe les Naturiens de Montmartre a eu lieu hier soir au café Bouju, rue Blanche, 69.

Huit personnes y ont assisté.

Une causerie sur l’État naturel s’est engagée entre Bariol et Renard dit Georges.

Ce dernier mettait en doute les bienfaits d’une société telle que la voudraient les naturiens, tant au point de vue intellectuel qu’à celui des besoins de l’existence.

Trubat a soutenu les idées des naturiens.

Bariol a lu un poème paru dans le journal La Renaissance, intitulé « La Pléiade » par Blé d’Or.

Il a reparlé ensuite de l’idée de faire un banquet à l’anniversaire de la naissance d’un naturaliste : de Bernardin de Saint-Pierre par exemple ou de J. J. Rousseau.

Renard dit Georges a raconté qu’il était allé à une réunion de Sébastien Faure et qu’il avait combattu ses idées sur l’égoïsme et il a traité Sébastien Faure de jésuite.

La réunion a duré de 9h45 à 10h25.

Le commissaire de police

Archives de la Préfecture de police Ba 1508

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DANESI Alfonso, typographe italien, anarchiste à Paris, Lyon, Bruxelles

L’anarchiste et typographe italien Alfonso Danesi, qui avait combattu aux côtés de Garibaldi, s’enfuit à Genève en septembre 1877, où il noua des contacts durables avec des anarchistes connus et plusieurs révolutionnaires. Ses activités d’imprimerie le conduisent à l’exil en 1879. De passage à Paris, il se rend à Lyon en 1880 où il s’implique dans les événements de Montceau-les-Mines. Privé du sol français, il s’installe à Bruxelles en novembre 1882. Il y vécut de 1882 à 1890 et appuya les journaux anarchistes de la capitale Ni Dieu ni maître et La Liberté. À cette époque, Danesi était en contact avec des anarchistes étrangers bien connus tels qu’Elisée Reclus, Peter Kropotkin, Errico Malatesta et Johann Most. A Bruxelles, il agit plus ou moins comme l’interlocuteur local de l’anarchisme italien qui, après la répression dans son propre pays à partir de 1878, est contraint de se développer à l’étranger. Et en 1887, il aurait même joué le rôle de mentor silencieux du mouvement bruxellois. Sous la protection de l’avocat progressiste Georges Lorand, Danesi a travaillé au service courrier du journal libéral La Réforme, où il a tour à tour guidé quatre compatriotes et l’anarchiste bruxellois Egide Govaerts. Et en 1890, il partit pour la capitale roumaine Bucarest où il dirigea un hôtel pendant cinq ans. De retour à Bruxelles, Danesi décède le 31 mai 1900 des suites d’une longue maladie chez les de Lorand.

Sources :
J. MOULAERT, Rood en zwart…, p. 60, 67, 69-70, 73, 104; H. VANDEN BROECK, « Omdat wij de vrijheid…, p. 149-152.

Publié sur le site http://janpelleringfonds.be aujourd’hui disparu, vraisemblablement rédigée par Herre Sneyers et traduite du flamand par traducteur en ligne.

Le groupe anarchiste La Liberté de Bruxelles. 21 mars 1886

Copie 2e Division (?)

Bruxelles

Les membres du Cercle anarchiste « La Liberté » ont tenu une réunion privée, hier 21 courant, de 7 à 8 heures du soir à la « Vue de l’ancien Palais de justice », rue d’Or n°1. Elle paraît eu pour objet l’organisation du concert donné ce jour rue des Bouchers à l’établissement dit « La Croix de fer ».

Ce sont toujours les mêmes meneurs qui se trouvent à la tête de ce groupe anarchiste. En ce moment le plus remuant de ce mouvement à savoir :

Collignon Alexandre

Monnier-Stuyck Louis, Xavier

Govaerts Arthur dit « L’Indifférent »

Winaud Modeste

Ils se voient journellement rue des Bouchers 60, « à La Mouche » établissement tenu par un français, le nommé Sallard Victor, Louis, né à Flusan (?) en 1850 qui partage les mêmes opinions.

Un nommé Steumart (?) ou Stamart qui doit loger dans le même établissement et être employé, paraît affilié au même groupe qui comprend d’après les dires de l’un d’eux environ 146 membres dont une partie aurait été à Liège lors de l’échauffourée qui a eu lieu en cette ville.

Une vingtaine d’entre eux sont connus.

Collignon a proposé de chercher un local (?) et être à l’abri des indiscrets, car ce qu’ils craignent surtout c’est que la manifestation du 13 juin soit interdite.

M. Van Cauberg m’a dit que, afin de ne donner aucun prétexte à l’interdiction de cette manifestation, on recommandait la tranquillité.

Anseele Edouard qui habite Gand et est venu aujourd’hui à Bruxelles pour donner à 3 heures une conférence Chaussée d’Anvers 170 « à la Grappe de Raisin » de concert avec Volders loge chez son acolyte Ernest François, impasse de la Cheminée 4.

Bruxelles le 21 mars 1886

Parquet général de Bruxelles 224

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Les Naturiens, des anarchistes précurseurs de l’écologie politique. 29 décembre 1895

Salle de la Tartine, 11 rue Lepic

Préfecture de police

Direction générale des recherches

2e brigade

3e division

1er bureau

Réunion du groupe les Naturiens

Paris le 29 décembre 1895,

Rapport

Hier soir a eu lieu salle de la Tartine, 11 rue Lepic, une réunion publique organisée par le groupe « Les Naturiens ».

L’assistance était de 50 personnes environ.

La séance est ouverte à 9h15.

Gravelle qui prend le premier la parole développe ses théories habituelles.

Il raconte que lorsque César pénétra dans les Gaules, il se trouva en face d’un peuple très doux qui, pris de peur, s’enfuit dans les forêts, que le conquérant fut forcé d’incendier pour subjuguer nos ancêtres, que les seigneurs d’origine franque (manque une page).

…. il y aura de machines, moins l’homme travaillera.

Maurin parle dans le même sens, mais il se déclare cependant partisan des communistes qui préconisent la destruction des grandes villes.

A son avis les cités populeuses n’ont été crées que par des seigneurs ou des rois qui logeaient autour d’eux une suite fastueuse.

Bigot et Marné soutiennent les théories de Gravelle.

La femme Noël Bertier dit que si l’homme a subi pendant si longtemps la domination d’autres hommes, la faute en est à la religion. Elle voudrait que la femme fut entièrement libre.

Elle est interrompue et se voit obligée de quitter la tribune.

Brunet (du XVe arrondissement) dit que lorsque l’homme sera libre, il ne travaillera plus, s’il garde les machines, que trois heures par jour.

Gravelle lui répond que lorsque tout le monde sera libre, personne ne voudra plus descendre dans les mines où le travail est très dangereux et que par conséquent, les machines n’auront plus le combustible qui leur est nécessaire.

La séance est levée à 11h45.

Le commissaire de police

Archives de la Préfecture de police Ba 1508

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DELSAUTE Hubert, Thomas. Menuisier, charpentier; membre de l’AIT, anarchiste de Bruxelles.

Né à Liège le 27 mai 1848, employé de commerce, menuisier, charpentier; membre de l’AIT, anarchiste de Bruxelles.

Delsaute était l’un des anarchistes belges les plus notables du XIXe siècle. Il est né à Liège le 27 mai 1848, mais ce n’est qu’à la fin des années soixante du XIXe siècle que l’on trouve quelque chose à son sujet dans les archives. A cette époque, jeune homme d’une vingtaine d’années, il appartenait au groupe rebelle qui se détacha de la section bruxelloise de la (première) Internationale et fonda la branche radicale révolutionnaire.

Dans les années qui suivirent, Delsaute ne fit plus parler de lui, pour soudainement, le 25 mai 1873, s’adresser à une réunion de la Société des Ouvriers Ebenistes et Menuisiers, d’après un rapport de police où il est dit aussi qu’il était probablement resté longtemps à Paris auparavant, et cela soulève beaucoup de questions. Dans quels environnements y a-t-il vécu ? Qui y a-t-il rencontré ? Était-il politiquement actif là-bas ? Peut-être a-t-il même été impliqué dans les événements entourant la Commune de Paris ?! Qui le saura…?

En tout cas, il était de retour à Bruxelles en mai 1873 et son ancien radicalisme n’avait rien perdu de sa force.

Hubert Delsaute appela les ouvriers à la révolution et essaya de leur faire comprendre qu’une grève ordinaire ne servirait à rien. La lutte quotidienne pour une amélioration sociale immédiate ne libérerait pas, selon lui, le prolétariat de son destin éternel : l’esclavage.

La même année, il devient membre du Cercle populaire anarchiste révolutionnaire de Nicolas Coulon et Jan Pellering et rejoignit le Cercle des libres penseurs anarchistes radicaux L’Afranchissement.

Au moins jusqu’en 1880, il resta membre de ce club et il en devint rapidement secrétaire.

En 1877, il siègera quelque temps à ce titre au conseil fédéral de l’union bruxelloise des groupes rationalistes.

Entre-temps, Delsaute avait rejoint l’Internationale qui, après la grande scission de 1872, s’affiliera à l’Internationale anti-autoritaire de Saint-Imier.

Cependant, il n’était pas membre militant, car même si les internationalistes bruxellois étaient fidèles au principe de l’autonomie des groupes, ils n’étaient pas des anarchistes convaincus.

Delsaute se présenta donc rarement aux réunions de l’Internationale, bien qu’il resta membre de l’association jusqu’en 1880 au moins.

Il s’efforça davantage de combattre les tendances réformistes apparues à Bruxelles depuis 1876. Selon lui, la lutte ouvrière appartenait au domaine économique. Un parti politique discipliné et centralisateur était essentiellement réactionnaire et ses manœuvres parlementaires ne pourraient jamais conduire à une société plus libre. Participer au jeu parlementaire, avec le suffrage universel à l’esprit, c’était en soi être d’accord avec la situation existante et – encore une fois – lutter pour des améliorations sociales immédiates, c’était se perdre dans des choses non fondamentales qui détourneraient le travailleur du but ultime de confrontation du travail et du capital. Delsaute mettait en garde les ouvriers contre « les grands orateurs (?) qui, poussent le peuple à la révolution et ne lui indiquent que les moyens pacifiques pour y arriver ». De son attitude critique vis-à-vis du réformisme, Delsaute s’engage brièvement en 1876 dans la Chambre du travail de Louis Bertrand, où il s’oppose vigoureusement à la proposition d’organiser une pétition de protestation à la Chambre des représentants sur le travail des enfants.

Il était également présent lors de la naissance du Parti socialiste brabançon en 1877. Jusqu’en janvier 1878, il tenta dans presque toutes les réunions de saper la cause et de faire avancer les idéaux anarchistes.

Aux côtés de l’ex-communard français Emile Flahaut, il réagissait contre César De Paepe et Désiré Brismée qui, de leur côté, faisaient un plaidoyer enthousiaste pour un parti politique calqué sur la social-démocratie allemande.

Delsaute dira : « C’est la révolution violente qui seule peut sauver la société ». Et dans sa réponse, il fit un contre-rapport pour contester le projet de déclaration de principes évolutif de De Paepe, Delsaute fit une tentative incomprise mais consciencieuse d’analyser les rapports de force sociaux de telle manière que seule une révolution violente pourrait offrir une issue.

Ce rapport servit de base à ses recherches ultérieures de la formule sociale, qui parurent à partir du 26 mai 1878 sous la forme d’une série d’articles dans Le Mirabeau.

Lorsque les réformistes créent un nouveau parti, cette fois national, au milieu de l’année 1879, Hubert Delsaute ne resta pas non plus sans réponse.

Delsaute n’était pas seulement un adversaire du réformisme, il refusa aussi par principe tout rapprochement avec des clubs, comme les Cercles Réunis, où les révolutionnaires autoritaires tenaient le haut du pavé. Il n’aimait certainement pas les actions autoritaires d’un homme comme Chauvière, et sa stratégie blanquiste qui détournait, selon lui, la lutte révolutionnaire. Il n’était pas vrai qu’une petite minorité prendrait la tête de la révolution. Les changements sociaux devaient être mis en œuvre à la base et non du haut vers le bas. En mai 1879, Delsaute écrivait déjà : « Que le peuple aie besoin d’une direction pour accomplir la démolition de la bourgeoisie, je ne le conteste pas ; mais de là à avouer que le peuple doit se trouver sous la botte d’un ou de plusieurs maîtres, il y a loin. » Cependant, lorsque la Ligue Collectiviste Anarchiste éclata en avril 1880, la plupart des anarchistes trouvèrent refuge dans les Cercles Réunis et Delsaute resta seul. Il n’entretient désormais que des contacts personnels avec ses proches et son militantisme public se limita à sa présence aux meetings et manifestations. Par exemple, nous le trouvons lors d’une manifestation pour le suffrage universel le 8 juin 1880, où lui et d’autres radicaux propageaient la voie révolutionnaire « nécessaire » à la nouvelle société et tentaient de couper le souffle aux réformistes.

Hubert Delsaute était en contact avec de nombreux révolutionnaires étrangers. En premier lieu avec l’anarchiste italien Errico Malatesta qui avait visité Bruxelles en août 1880 et s’était présenté en mars 1881 au congrès révolutionnaire de Cuesmes. Par ailleurs, Delsaute connaissait personnellement l’anarchiste français Arsène Crié, longtemps actif à Bruxelles, les anarchistes Apostola Paolis de Roumanie et Charles Fiorini, le radical allemand Balthasar Hohn, etc… Il recevait des lettres de Pierre Kropotkine et de l’Espagnol S. Figueras, tous deux présents au congrès de l’Internationale anti-autoritaire à Verviers en 1877. Paul Brousse – alors encore anarchiste – était également présent à ce congrès et visita à nouveau la Belgique en août 1879 et fut ensuite expulsé par le gouvernement. Delsaute a probablement aussi rencontré Carlo Cafiero en octobre-novembre 1881 et peut avoir eu des contacts avec les anarchistes allemands Johann Most et Wilhelm Hasselmann qui étaient dans la capitale en août 1879 et 1880 respectivement.

En 1882, « la pétroleuse » de la Commune de Paris, Louise Michel, séjourna chez lui un court moment. En tout cas, Delsaute était en contact avec la crème de l’anarchisme européen, ce qui explique en grande partie son implication étroite dans l’évolution des idées libertaires. En ce sens, il a grandement contribué à la diffusion des thèses anarcho-communistes parmi les anarchistes belges. Ses articles dans le journal radical de Verviers Le Mirabeau en témoignent.

Fin 1878, il défendait déjà le principe de la répartition selon les besoins dans ce journal. Mais la grande majorité des militants de la Ligue Collectiviste Anarchiste en 1879 avaient encore des vues collectivistes, du moins dans la mesure où ils avaient des opinions bien arrêtées sur la question.

Pour l’illustrer : Max Nettlau disait que Delsaute avait écrit ce qui suit à propos de La Ligue Collectiviste Anarchiste, le 15 novembre 1879, dans Le Révolté : « …Nous voulons l’égalité sociale inhérente au communisme anarchiste, par la libre fédération de groupes de producteurs et de consommateurs agissant selon des contrats, par la garantie morale du plein épanouissement, par le travail obligatoire et par l’égalité des fonctions. » Et pour être clair, le communisme de Delsaute n’était certainement pas un plaidoyer pour ne rien faire. Au contraire, le travail était selon lui un devoir et ceux qui s’en abstenaient étaient des parasites. On peut résumer que Delsaute, comme tout le monde, était un enfant de son temps. Il était clairement influencé par la tradition matérialiste française et connaissait bien les événements révolutionnaires du XIXe siècle : il connaissait, entre autres, les faits et gestes de Gracchus Baboeuf, Filippo Buonarroti, Pierre Joseph Proudhon, Eugène Varlin, Auguste Blanqui, Michael Bakunin , Louise Michel, Vera Zassoulitch, etc…

Delsaute était un exemple typique d’agitateur anarchiste de la fin du XIXe siècle. Il était un libre penseur et un fédéraliste, un collectiviste radical et à partir de 1878 un communiste, partisan de l’acte de propagande et de la violence révolutionnaire. L’autonomie individuelle, « l’entraide » et le militantisme révolutionnaire étaient au cœur de ses préoccupations. Nous ne savons rien de l’éducation et des études que Delsaute avait suivies dans ses jeunes années. Puisqu’il gagnait généralement sa vie comme charpentier, cela ne signifiait probablement pas grand-chose. Pourtant Delsaute était un homme cultivé. En autodidacte, il a essayé de traiter pour lui-même les idées qu’il a rencontrées dans d’innombrables livres de critique sociale afin de les propager dans l’environnement bruxellois. Ce faisant, il ne s’était pas limité à des points de vue purement pratiques, mais son intérêt s’est également étendu à des sujets socio-philosophiques plus théoriques. Lorsqu’il l’a ensuite proclamé dans les réunions et les assemblées, il s’est rapidement heurté à l’ignorance de l’ouvrier moyen. Il le trouvait ennuyeux, hors de propos, capricieux, etc…

Delsaute n’était pas un bon orateur. Il parlait difficilement, bégayait et était impulsif. Ses adversaires politiques, bien sûr, ont exploité cela. À plusieurs reprises, ses discours ont été interrompus, après quoi Delsaute était devenu incroyablement en colère et avait commencé à faire des ravages. (Par exemple, lors des réunions du Parti socialiste brabançon des 20 janvier, 18 février et 4 mars 1878.) Dans son propre cercle anarchiste, les choses étaient différentes. Ils ont écouté ses sujets théoriques et abstraits, car ils ont servi de base à leurs stratégies et positions pratiques.

Il avait également pris régulièrement la plume. Il écrivait des articles, des manifestes et des lettres de lecteurs dans Le Mirabeau (1878), Le Révolté (1879), Le Cri du Peuple (1879), Le Drapeau Rouge (1880) et Les Droits du Peuple (1880) et contribuait à des pamphlets et brochures .

Hubert Delsaute fut l’une des figures de proue de La Ligue Collectiviste Anarchiste qui publia le journal Le Drapeau Rouge en 1879-1880. Fin 1880, il est l’une des animateurs du Cercle des Anarchistes Bruxellois, qu’il représenta au congrès national révolutionnaire qui se tient à Bruxelles le 19 septembre. Il avait été l’un des fondateurs de l’Union révolutionnaire, un regroupement national de révolutionnaires de tous bords. Delsaute siégea au bureau fédéral de cette nouvelle organisation et, dès la fin octobre, à son comité de propagande.

En préparation du congrès international de Londres du 14 juin 1881, l’Union Révolutionnaire organisa deux autres congrès nationaux, les 25 et 26 décembre 1880 à Verviers et le 20 mars 1881 à Cuesmes dans le Borinage. Delsaute était présent aux deux.

A partir de 1879, dans les milieux belges, radicaux et anarchistes, le groupe autonome et la « propagande par le fait » connaissaient une certaine ascension. Delsaute avait été l’un des principaux partisans de la nouvelle stratégie d’action. D’ailleurs, il n’était pas seul. La tendance à s’organiser en petits groupes secrets et conspirateurs existait aussi chez les blanquistes bruxellois. Mais alors qu’ils se concentraient sur la préparation pratique du soulèvement qu’ils croyaient imminent, l’idée de l’attentat à la bombe comme acte de propagande était également caressée dans les milieux anarchistes. Par exemple, Delsaute reçut des recettes de chimie de Malatesta et commença à les expérimenter avec Jules Retis, Alexandre Colignon et Léon Dupaix. Ils se réunirent en secret et appelèrent leur alliance le Comité exécutif socialiste. Selon la police, c’était le groupe terroriste le plus sérieux de Bruxelles à cette époque (1881) et ils considéraient Delsaute suffisamment dangereux pour le faire suivre.

Le comité a réfléchi à une attaque contre la reine et a voulu en même temps annoncer ses intentions avec de petites affiches dans la ville. Mais tout resté avec des plans et des mots et le groupe, comme la plupart des clubs complotistes, s’était rapidement effondré.

Au début de 1882, il ne restait plus grand-chose de l’anarchisme bruxellois. Hubert Delsaute continua pourtant à proclamer imperturbablement ses idées. En février 1882, selon la police, il rédigea un manifeste anarchiste qui fut diffusé par des militants locaux à Anvers, Malines, Louvain, Gand, Bruges et Bruxelles. Malheureusement, nous n’avons pas pu trouver ce manifeste. Sa maison est devenue un refuge et un point de contact pour de nombreux réfugiés politiques, nihilistes et anarchistes russes.

Alors que l’anarchisme était en veilleuse à Bruxelles, nous le voyons se concrétiser à Anvers. Au moins à la fin de 1881, la première revue anarchiste flamande y fut crée. Elle se nommait De Opstand (18 décembre 1881 – mars 1883) et était imprimé à Bruxelles. Il était fort probable que Delsaute y soit pour quelque chose, comme en témoignent les documents que la police lui avait confisqués lors d’une perquisition suite à l’« attentat de Ganshoren ».

La police bruxelloise le décrivait alors comme suit : « taille moyenne, cheveux et sourcils noirs grisonnants, barbe courte noire grisonnante. Il porte des lunettes à gros vers et il est ordinairement vêtu de noir et coiffé d’un chapeau mou brun fendu en milieu. Il habita successivement au 19 rue de la Chaumière à Schaerbeek, au 181 chaussée d’Anvers à Laeken, à partir de décembre 1878 au 113 rue de Linnée à Schaerbeek et à partir de mars 1883 au 16 rue Liedts à Bruxelles.

Après 1883, les sources d’archives deviennent très rares. La police métropolitaine a cessé ses pratiques de fichage pendant près de dix ans. Elle ne reprit cette tâche qu’au début des années 1890. Delsaute s’était alors calmé. Alors qu’autrefois il gagnait généralement sa vie comme menuisier, on le voyait vendre des journaux dans un kiosque depuis 1891. (Hilde Vanden Broeck mentionne qu’il a été promu comptable en 1883 ?!) Il n’était plus la force motrice d’antan, même s’il professait toujours l’anarchisme et entretenait de nombreux contacts dans le pays et à l’étranger.

En janvier 1893, il était poursuivi pour affichage et il travaillait à un pamphlet qui traduisait ses vues libertaires et pour lequel la police le fit de nouveau suivre.

Au début de 1894, il travaillait encore sur cette brochure. Le titre proposé était : « La bourgeoisie, le pauvre, la misère et l’anarchie. ». Il n’est pas clair si la brochure a jamais été achevée et nous n’avons aucune certitude quant à sa publication.

Depuis les années 1870, il était marié à Joséphine Constance Eberhard de Liège et de leur mariage deux enfants étaient nés au fil du temps.

Delsaute était un homme difficile. Il était impulsif, rapide à la colère, et ses activités politiques lui avaient donné un réflexe paranoïaque au fil des ans, de voir des délateurs partout. Par exemple, selon la police, il avait interdit à sa femme et à ses enfants de parler à qui que ce soit, pas même à ses proches. En soi, cela ne disait pas grand-chose sur leur vie conjugale, mais nous nous retrouvons devant le fait accompli qu’en 1899, sa femme l’a appelé un jour et est parti avec les enfants. Pour illustrer cela, une citation d’un rapport de police : « Il est à remarquer que Delsaute se retourne souvent et même s’arrête (…) au coin des rues sans doute pour voir s’il n’est pas suivi.»

On sait très peu de choses sur la suite de la vie d’Hubert Delsaute. Tout ce qui reste est un rapport de 1909 de la police municipale indiquant que Delsaute n’avait pas été actif en tant qu’anarchiste depuis 1902.

SOURCES :

H. DELSAUTE, Le Mirabeau, 9/10/1876, p. 3, coul. 2-4. H. DELSAUTE, Forces Aveugles. – Le Mirabeau, 28/06/1878, p. 1, col. 3-4 – p. 2, coul. 1-3. H. DELSAUTE, Sur la Sociabilité Aveugles. – Le Mirabeau, 7/11/1878, p. 1, col. 3-4 – p. 2, coul. 1. H. DELSAUTE, Sur le droit aveugles. – Le Mirabeau, 18/08/1878, p. 1, col. 1. H. DELSAUTE, Sur le moral des aveugles. – Le Mirabeau, 22/09/1878, p. 1, col. 1-3. H. DELSAUTE, Sur Les Systèmes Aveugles. – Le Mirabeau, 29/09/1878, p. 1, col. 1-2. H. DELSAUTE, Sur l’Etat Aveugles. – Le Mirabeau, 6-10-1878, p. 1, col. 1-2. H. DELSAUTE, Sur la Famille Légale Aveugles. – Le Mirabeau, 13-10-1878, p. 2, coul. 2-3. H. DELSAUTE, Sur la Société et ses Avantages Aveugles. – Le Mirabeau, 20/10/1878, p. 1, col. 1-3. H. DELSAUTE, Sur le Collectivisme Aveugles. – Le Mirabeau, 27/10/1878, p. 1, col. 1-3. H. DELSAUTE, Recherche de la Formule Sociale Aveugles. – Le Mirabeau, 03/11/1878, p. 1, col. 1. H. DELSAUTE, Aux prolétaires. – Les Droits du Peuple, 25/07/1880, p. 2, coul. 4. H. DELSAUTE, Aux prolétaires. Cercle des Anarchistes Bruxellois. – Les Droits du Peuple, 8/1/1880, p. 3, coul. 1-3. H. DELSAUTE, Autorité et Anarchie. – Le Drapeau Rouge, 01/02/1880, p. 2, coul. 2-3 – p. 3, coul. 1-2. H. DELSAUTE, En Révolution. – Le Drapeau Rouge, 14/03/1880, p. 2, coul. 1-2. H. DELSAUTE, Le Révolté, 15/11/1879, p. 2, coul. 3 – p. 3, coul. 1. H. DELSAUTE, F. MONIER & H. WYSMANS, Belgique. – L’Hydre Anarchiste, 23/03/1884, p. 4, coul. 3-4. H. DELSAUTE, Le Cri du Peuple, 5/10/1879, p. 2, coul. 1 (lettre aux lecteurs). Archives communales de Bruxelles, Fonds de police, Kt.176, 177, 178bis, 178ter, 194 et 195 : nombreux procès-verbaux de réunions et réunions ; Le plus important : pour l’agitation de Delsaute au Parti socialiste brabançon cfr. Archives de la Ville de Bruxelles, Fonds de la Police, Kt.195, 14/5/1877, 18/6/1877, 18/11/1877, 23/12/1877, 30/12/1877, 6/1/1878 et Archives de la Ville de Bruxelles , Fonds de police, Kt.177, 20-1-1878, 18-2-1878 et 4-3-1878. A propos du Comité Exécutif Socialiste : Archives de la Ville de Bruxelles, Fonds de Police, Kt.178bis, 9-4-1881, 23-4-1881, 28-4-1881, 9-6-1881, 17-6-1881 et Archives de la Ville de Bruxelles, Fonds de Police, Kt.178ter, 5-4-1881, 8-8-1881. Par ailleurs, Archives de la Ville de Bruxelles, Fonds de Police, Kt 176, Parti Socialiste Belge, 15-9-1879 ; Archives de la Ville de Bruxelles, Fonds de la Police, Kt.194, procès-verbaux de police de la manifestation du 8-6-1880 ; Archives de la Ville de Bruxelles, Kt.177, 25-2-1883 ; Archives de la Ville de Bruxelles, Fonds de la Police, Kt.194, Congrès socialiste révolutionnaire tenu à Bruxelles le 19 septembre 1880 ; Archives de la Ville de Bruxelles, Fonds de la Police, Kt.194, Congrès révolutionnaire de verviers, rue de la montagne 47. Le 25 et 26 décembre 1880.; Archives de la Ville de Bruxelles, Fonds de la Police, Kt.194, Congrès de Cuesmes ; Archives de la Ville de Bruxelles, Bureau des Etrangers, Dossier Individuel 4049 : Delsaute H. ; Archives de la Ville de Bruxelles, Bureau des Etrangers, dossier individuel 4162 : Pellering J., extrait d’un procès-verbal du 31/08/1881 ; Archives générales de l’Etat (Bruxelles), dossier individuel 353081 : Malatesta H., lettres et rapports ; Archives générales de l’État (Bruxelles), dossier individuel 401460 : Cyvoct A., coupure du Journal de Genève du 3/1/1883, rapport au Roi d’avril 1883 ; Archives générales de l’Etat (Bruxelles), KR.744 : Attentat à la dynamite, lettre du préfet de police d’Anvers à Beaufort, juge d’instruction à Bruxelles datée du 9-4-1883 ; Archives générales de l’Etat (Bruxelles), KR.745, perquisition à Delsaute ; Archives générales de l’Etat (Bruxelles), KR.746 : Dossier A.A. Lewin et I. Chestapolov, récits de filature de H. Delsaute. Aux rationalistes !, Bruxelles, éd. Lombaerts et Co., 10-3-1876, 1 p. (pamphlet de L’Affranchissement (Guerre aux Préjugés), Fondée en 1854; signé par les secrétaires H. Delsaute & F. Grégoire) (Archives de la Ville de Bruxelles, Fonds de la Police, Dossier Individuel 4049 : Delsaute H.); Aux révolutionnaires des deux mondes, Paris, éd. A. Reiff, (1881, 2 p., pamphlet imprimé) (Institut international d’histoire sociale (Amsterdam), Congrès 1881) ; Compte-rendu du congrès de Londres, Bruxelles, éd. E. Chauvière, (1881), 15 p. (Archives de l’Etat (Bruxelles), dossier individuel 311118 : Chauvière E) ; Le Cri du Peuple, Verviers, 13-10-1878, p. 3., col. 2 ; Journal de Genève, Genève, 3/1/1883 ; La Révolte, Anvers, 12-2-1882, p. 4, coul. 2 ; La Persévérance, Verviers, octobre 1880, p. 2, coul. 1-2 et p. 4, coul. 1-2. C. DE PAEPE, Niederlände…, p. 305. H. WOUTERS, Documenten…, Vol. I, 528-529, 594-595, 598-599, 603, 614, 618, 622, 632-633, Vol. II, p. 659, 666, 670, 674-675, 679-680, 792, 1077-1080, Vol. III, p. 1359, 1553-1555, 1639-1640, index p. 1740 (avec les noms erronés Hubert Delsante, Delsault, Delsaux, Delsotte) ; C. OUKHOW, Documents…, p. 45-47. D. DE WEERDT, Le Belge…, p. 27 et 108 ; M. NETTLAU, Geschichte…, vol. II, p. 303, vol. III, p. 167-186, 192 ; A. SCHANER, Contributions…, p. 33, 36 et 45 ; H. SNEYERS, Hubert Thomas Delsaute… ; H. VANDEN BROECK, Parce que…, index p. 237.

Biographie parue sur http://janpelleringfonds.be/ aujourd’hui disparu, vraisemblablement rédigée par Herre Sneyers et traduite du flamand par traducteur en ligne.

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Biographie publiée sur le site Dictionnaire des militants anarchistes : https://militants-anarchistes.info/spip.php?article1180

DELSAUTE, Hubert, Thomas

Né à Liège le 27 mai 1848 – Employé de commerce ; menuisier – AIT – Bruxelles

Membre de la section bruxelloise de l’Association Internationale des travailleurs (AIT), Hubert Delsaute, ancien secrétaire du groupe de libres penseurs L’Affranchissement, avait fait partie en 1869 d’un groupe de scissionistes révolutionnaires. Il avait réadhéré à la section bruxelloise lorsque la Fédération belge s’était ralliée à l’Internationale antiautoritaire et faisait partie de l’opposition radicale au sein de la Chambre du travail. Il avait participé à l’été 1879 à la création de la Ligue Collectiviste anarchiste dont les deux autres principaux animateurs étaient Laurent Verrycken et Charles Debuyger. Il fit partie avec eux du comité de rédaction de l’organe de la ligue, Le Drapeau Rouge (Bruxelles, n°1, 1er février 1880), tiré à 1300 exemplaires et dont le numéro 5 et dernier (28 mars 1880) était entièrement consacré à la Commune de Paris. A cette époqie il accueillait à son domicile de nombreux militants étrangers dont les militants français Paul Métayer et Antoine Cyvoct.

En 1889 La Révolte signalait qu’il faisait partie d’un groupe qui tentait d’acheter du matériel d’imprimerie.

Son militantisme lui valait d’être perquisitionné le 26 janvier 1893 à son domicile 73 rue de Schaerbeek, puis d’être signalé en mars 1894 comme l’un des rédacteurs de la brochure « La bourgeoisie, le pauvre, la misère et l’anarchie ».

Hubert Delsaute aurait cessé de militer en 1902.

SOURCES :

R. Bianco « Un siècle de presse… », op. cit. // La Révolte, année 1889 // J. Moulaert « Le mouvement anarchiste en Belgique… », op. cit. // Arch. Bruxelles POL 209, 211

Wagener Edouard, militant internationaliste puis anarchiste à Liège et Herstal (Belgique)

Né en 1849 à Lamorteau (province du Luxembourg, Belgique), sous-officier, artisan en galvanoplastie, , commerçant, couriser, contremaître, fabricant de chaises et cafetier; militant internationaliste puis anarchiste à Liège et à Herstal.

L’anarchiste Wagener était le fils d’un enseignant et après des études ratées, il devint sous-officier, devenant instructeur et même secrétaire du colonel. Il n’était pas sans moyens et fonda plus tard une entreprise de galvanoplastie. Il a ensuite été, entre autres, commerçant, coursier, contremaître, fabricant de chaises et cafetier à Herstal. En fait, il n’avait pas d’occupation permanente. Il habitait au 29 rue Sans l’Eau à Liège.

Wagener a été l’une des figures les plus importantes du mouvement socialiste liégeois de la fin des années 1870 au milieu des années 1880. A la fin de 1877, il est secrétaire de la section locale de l’Internationale et, à ce titre, il assiste au congrès national qui se tient à Bruxelles les 25 et 26 décembre. Il est également à cette époque l’une des personnalités marquantes du Cercle d’Etudes et de Propagande Sociales liégeois et en 1879 secrétaire du Cercle Varlin. Il est régulièrement apparu comme conférencier lors de réunions et s’est montré un fervent partisan de l’anarchisme par le fait. Par exemple, le 24 août 1879, il prononce un discours sur « La guerre au capital. La destruction des monarchies et la révolution sociale. » Et les forces de l’ordre écrivent à son sujet : « que l’on considérait déjà comme le socialiste le plus violent, n’ayant qu’un but : ‘le bouleversement de la société’. En tout cas, il a pris l’allure d’un vrai révolutionnaire. Les femmes et les enfants marchaient, comme c’était souvent la coutume chez les enfants des révolutionnaires français, coiffés du bonnet phrygien. Et dans son café de Herstal était accrochée la photo de Bakounine, qu’il admirait beaucoup. Il était véritablement un apôtre des idées de Kropotkine et d’Elisée Reclus et un adversaire invétéré du Parti ouvrier belge. Néanmoins, selon Le Peuple, c’était un homme doux qui jouissait de la sympathie de ses adversaires et était universellement loué pour l’honnêteté de ses convictions.

Au milieu des années 80, il se manifeste comme anarchiste à Liège. Par exemple, son nom apparaît sur un pamphlet des anarchistes liégeois appelant à assister à un meeting le 10 janvier 1886, et sur un autre pamphlet promouvant la participation à un meeting commémorant la Commune de Paris. Cette deuxième rencontre a eu lieu à la date symbolique du 18 mars. Le soir même, ce jeudi-là, plusieurs milliers de manifestants se sont rassemblés sur la place centrale Saint-Lambert. Ils venaient de tous les bords du bassin industriel liégeois, mélange coloré d’habitants de la ville et de la banlieue liégeoise, et de supporters verviétois, wallons mais aussi flamands et allemands. Beaucoup de femmes, beaucoup de jeunes,… L’ambiance était en fait un peu festive. Pour conduire toute cette masse au lieu du meeting, les anarchistes Wagener et Rutters prirent chacun la tête d’un groupe. Une partie du cortège a vacillé dans les quartiers aisés. Il y eut un cri : « Vive la révolution ! et « Vive l’anarchie ». Wagener a dû s’adresser aux manifestants. C’est devenu un dialogue didactique devant les vitrines bien remplies des rues commerçantes. « Eh bien qui a produit cela? Est-ce que vous? » « Oui ! Oui ! C’est l’ouvrier. » … « Vos femmes, vos enfants meurent de faim, vous n’avez rien à manger ! » « Nonne ! Non ! Et puis le climax : « Eh bien vous êtes tous des lâches : Vive l’anarchie ! » C’était inévitable. Les cris se sont enflés : à bas la propriété, à bas les riches ! Une vitre s’est brisée et la voiture roulait. Au meeting même, le socialiste Edmond Warnotte tente de calmer le jeu, mais l’arrivée du démagogue anarchiste Wagener renverse la donne en faveur des anarchistes : « La faim justifie le vol et le pillage ». Ce fut donc une soirée mouvementée qui s’est terminée par la mort de deux manifestants. Wagener est parti chez lui vers 22 heures. Mais le lendemain matin, il fut bientôt arrêté. Et quelques jours plus tard, le 24 mars, il est déféré devant le tribunal correctionnel qui le condamne à six mois de prison « pour destruction de clôture » (dans le tumulte il avait (accidentellement ?) brisé une vitre avec son mât). Et comme si cela ne suffisait pas, il a dû comparaître devant la cour d’assises le 9 août, avec Rutters, où il a été reconnu coupable de  » complot en vue de dévaster, piller et assassiner  » et condamné à 5 ans de prison et 10 ans à la disposition de la police. Avec cela, Wagener disparaît en prison et le mouvement anarchiste liégeois est privé de l’une de ses figures motrices les plus importantes. Même s’il faut dire ici tout de suite que l’anarchisme liégeois n’était certainement pas mort. Au contraire, au début de l’année avait été fondé un groupe anarchiste révolutionnaire liégois de douze membres, qui avait gagné en prestige grâce aux troubles de mars. Et cela s’est également avéré un peu mieux pour Wagener lui-même. Dans les milieux anarchistes, on parlait de lui avec admiration. Par exemple, à Bruxelles, ils disaient : « tout seul (il) avait reconstitué le groupe anarchiste de Liège et consolidé celui de Verviers et que sous peu de temps le groupe de Liège serait aussi fort que celui de Verviers qui a toujours été le mieux organisé de la Belgique grâce au groupe allemand avec lequel il a formé la fusion. » Et grâce à la loi Lejeune, il est libéré au bout de deux ans seulement, le 16 juin 1888. Mais Wagener a bien disparu de la scène anarchiste.

SOURCES :

Archives de la Ville de Bruxelles, Fonds de la police, Kt.195, Congrès national de l’Internationale, 25-12-1877 ; Archives générales de l’État (Bruxelles), Frère-Orban.192, p. 2, 4-7, 11, 14, 18 ; Le Mirabeau, 20/07/1879, p. 1, col. 3 – p. 2, coul. 1; J. GUILLAUME, L’Internationale…, Vol. VI, p. 300. A. SCHANER, Contributions…, p. 55, 57 ; J. LOUIS, Histoire du mouvement liégeois…, p. 18; M. ZANATTA, La Commune…, p. 27; H. VANDEN BROECK, Parce qu’ils…, p. 126-127, 180 ; J. MOULAERT, Rouge et Noir…, p. 74-76, 78, 80-82, 84-85, 87, 104, 110.

Biographie parue sur http://janpelleringfonds.be/ aujourd’hui disparu, vraisemblablement rédigée par Herre Sneyers et traduite du flamand par traducteur en ligne.