Les rapports de l’indicateur X2, de la Préfecture de police, concernant Ravachol. Les frais de X2 et de sa mère Léonie Darmilly

Préfecture de police

Cabinet

3eme Brigade de recherches

mars 1892

État des dépenses à rembourser à Monsieur Fédée, officier de paix de la 3me Brigade de recherches pour avances faites aux agents auxiliaires dépendant de son service : 950 francs.

Certifié exact, le présent montant à la somme de Neuf cent cinquante francs.

Z. 2                              200 francs

X. 2                              200 francs

Allocations spéciales à X. 2                           500 francs

Dépenses de correspondance et télégrammes applicables à ces deux correspondants, transports, etc. 50 francs

Total 950 francs

Paris le 26 mars 1892

L’officier de paix

Vu le chef adjoint du cabinet

Vu et approuvé

le Préfet de police

Remis à M. Fédée un billet de mille francs

26 mars

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Le 31 mars 1892

Du 4 au 24 mars 13 voyages à 1franc 20, aller et retour à St Denis                       15 francs 60

5 cartes télégrammes                2 francs 50

5 fois avait pris 1 voiture          10 francs

Frais chez Chaumartin              6 francs 25

Frais de journaux                       2 francs

Total 36 francs 35

X n°2 S. D.

Payer frais (?) de X2 pour ce jour 50 francs*

********************************

31 mars 1892

Je reconnais avoir reçu de la personne avec laquelle je corresponds sous le chiffre X n°2, tribunal de commerce, poste restante, Paris, la somme de sept cent cinquante francs ainsi décomposée :

1° deux cent cinquante francs pour les premiers renseignements

2° cinq cents francs pour gratifications promise. Réserve faite de mes appointements.

X 2 Darmilly

Indemnité* 750

Frais* 50

800

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Préfecture de police

Cabinet du préfet

Service des recherches

3e brigade

Etat des dépenses faites par les employés de la 3ème Brigade de recherches à l’occasion des attentats à la dynamite.

(le montant des dépenses faites par chaque agent)

Certifié le présent état montant à la somme de Mille quatre cent dix huit francs soixante quinze centimes

Paris le 1er avril 1892

L’officier de paix

Reçu mille francs

Monsieur le préfet est mon débiteur de 418 francs 75

A déduire 200 francs

me restant en trop sur une précédente avance de 1.000 francs qui m’avait été faite pour récompenser Léonie D’Armilly de ses services dans l’affaire des explosifs (X. 2)

Il me reste donc dû 218 francs 75

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Préfecture de police                                                         Paris le 1er avril 1892

Service du cabinet

3ème Brigade de recherches

Affaire Ravachol

Rapport

J’ai l’honneur de transmettre à Monsieur le préfet les reçus ci-joints établissant que conformément à ses ordres, j’ai remis à X. 2, mon correspondant dans l’affaire Ravachol, la somme de huit cents francs que j’ai prélevé sur celle de mille francs, remise en mes mains par Monsieur le chef adjoint du cabinet.

Les appointements ordinaires de X.2 lui seront remis comme je le fais avec mes autres agents secrets, le 2 du courant.

X. 2 m’a exprimé toute sa satisfaction et ses remerciements sincères que je lui ai promis de transmettre à mes chefs hiérarchiques et que, jusqu’à présent, je n’ai pas cru devoir désigner.

J’ai en X. 2 et pour le même prix, deux correspondants, lui et sa mère.

L’officier de paix

SOURCE : Arch. Préf. de pol. Ba 1132

*noté au crayon

Les rapports de l’indicateur X2, de la Préfecture de police, concernant Ravachol. 6 avril 1892

L’agent X2 a rencontré Segard début avril 1892. Document Metmuseum de New-York

Le 6 avril 1892

Les quelques anarchistes qu’on a vu lundi à St Denis ont dit que Mme Chaumartin aurait raconté à la femme Decamps qu’elle me soupçonnait de l’avoir dénoncée. La femme Decamps l’a bien reçue ! Et l’a engagée à s’abstenir de propos semblables en ajoutant que l’on pouvait m’accorder une confiance illimitée, qu’il n’en était pas de même à son égard. Ces propos ont été tenus avant l’arrestation de la femme Chaumartin.

Les anarchistes ne veulent plus voir m’entendre parler de la femme Chaumartin, ils ne savent quel mal dire d’elle et ils prétendent que la police l’a mise en liberté après l’avoir chargée de conserver, autant que possible, de bonnes relations avec les compagnons dans le but de chercher à savoir ce qu’ils pensent des derniers événements et ce qu’ils comptent faire dans l’avenir et qu’en récompense des services qu’elle pourra rendre on la paiera largement.

Ségard a presque avoué qu’il connaissait Ravachol, Béala, etc. et tous ceux qui sont inculpés dans les derniers attentats. Il déplore que ces braves anarchistes aient été trahis, il maudit les Chaumartin, sans eux, dit-il, jamais rien n’aurait transpiré, mais ajoute-t-il, « d’autres restent pour continuer l’œuvre de destruction, nous avons tout ce qu’il faut pour réussir. Quels que soient les obstacles nous les briserons ; nous atteindrons notre but, nous serons plus prudents, plus discrets et surtout plus cruels.

Nous commencerons par supprimer tous les membres de la presse, les policiers sans distinction, les députés, etc ». S’il faut l’en croire, sous peu, nous assisterons à de drôles de choses. On va surveiller cela de près, malgré leur soi-disant prudence et discrétion, on arrivera à les faire causer, sans en avoir l’air.

Le femme Decamps, lors de l’arrestation de la femme Chaumartin aurait favorisé la fuite de G. Mathieu. S’il s’est réfugié à Bruxelles, il ne doit pas être où il était l’année dernière. La femme qui l’aurait reçu chez lui et d’autres n’est plus en Belgique, elle vit maritalement avec Berthault qui habite Lille ou les environs.

Document Metmuseum de New-York

Quant à Chevalier, j’ai appris qu’il travaillait avec Chaumartin, à la voiture que l’on trouvée dans le petit atelier de la rue du Port, il connaissait Ravachol et d’autres et était au courant de leurs projets.

Ségard est bien surpris qu’il n’ait pas été inquiété.

Hamelin en quittant la prison de Mazas, où il était détenu, est venu voir Ségard. Il dit qu’il a presque rendu anarchiste un garde de planton à la porte de sa cellule. Ce garde lui aurait demandé son adresse ou donné la sienne, afin de pouvoir communiquer avec lui, recevoir des journaux, etc. Est-ce vrai ? Je l’ignore, mais Hamelin l’affirmait.

X. n°2

SOURCE : Arch. Préf. de pol. Ba 1132

Les rapports de l’indicateur X2, de la Préfecture de police, concernant Ravachol. 3 avril 1892

Le 3 avril 1892

On a reçu les 2 dépêches ; merci de prévenir de la mise en liberté de la femme Chaumartin. On n’a aucune crainte. Si on la voit, ce qui est peu probable – Cette femme est très orgueilleuse, elle ne rentrera pas tout de suite à St Denis ; elle se fixera plutôt chez sa mère – on ne perdra rien de son sang froid.

Il serait bon de faire exercer une surveillance sur ses faits et gestes ; il est probable, pour ne pas dire certain que Mathieu ira la voir ou qu’elle se rendra auprès de lui pour lui rendre compte des interrogatoires qu’elle a dû subir. Ce moyen pourrait peut-être bien réussir à la capture du dit Mathieu. Surveillance de nuit et de jour, surtout de nuit.

On sait que Chevalier est un grand ami des Chaumartin qu’il allait très fréquemment les voir. On est persuadé que cet individu connaissait l’existence de la dynamite chez eux et bien d’autres choses encore. Je tâcherai d’avoir de plus amples détails sur son compte.

X n°2

SOURCE : Arch. Préf. de pol. Ba 1132

Les rapports de l’indicateur X2, de la Préfecture de police, concernant Ravachol. 19 mars 1892

L’immeuble de Chaumartin donnait sur le square Thiers.

Paris le 19 mars 1892

Hier soir à 7 heures ainsi que cela avait été convenu, le correspondant X.2 a été rencontré à la gare du Nord dans un état absolu de découragement.

Voici ce qu’il raconte :

Il s’est rendu vers 11 heures du matin chez la femme Chaumartin pour y déjeuner, apportant sa part de provisions ; mais contrairement à son attente, il a été reçu de la façon la plus froide et presque avec suspicion.

La conversation entamée, le correspondant a demandé à la femme Chaumartin des nouvelles de son mari ; ce qu’elle pensait de son affaire, etc.

Cette femme a répondu en observant très attentivement : « Je suis allée chez le juge d’instruction afin de lui demander pourquoi mon mari était arrêté et ma surprise à été grande lorsque ce juge m’a posé la question suivante : Qu’êtes vous allée faire à Paris dans la soirée du lundi 11, à quelle heure avez-vous pris le tramway et à quelle heure l’avez-vous repris pour revenir ? »

Interloquée au premier abord a dit la femme Chaumartin, j’ai repris mon assurance et j’ai affirmé au juge que ce jour là, je n’avais pas quitté mon domicile à Saint-Denis.

Puis s’adressant toujours au correspondant, elle a ajouté : « A vous seul, j’ai fait la confidence de ce que vous connaissez. Je ne vous soupçonne certainement pas de m’avoir dénoncée à la justice ou à la police ; mais vous avez sans doute bavardé et je suis résolue non seulement à ne plus parler de cette affaire à personne mais aussi à consigner ma porte et à ne plus recevoir qui que ce soit.

C’est un fort bon conseil qui m’a été donné hier soir et je le suivrai. Et d’ailleurs a-t-elle dit encore, ni Chaumartin, ni moi ne saurions être incriminés. Il n’y a aucune preuve contre nous ; ce que je vous ai dit, si vous veniez jamais à le répéter en justice, je nierai énergiquement et d’ailleurs je ne vous crois pas capable de le faire ».

Quant à Léon aussitôt qu’il a vu les arrestations et les perquisitions commercer, il s’est empressé de passer la frontière.

Le correspondant continuant : « Vous comprenez qu’en présence d’une pareille réception et d’une semblable attitude, il ne m’a plus été possible de poser d’autres questions. J’aurais risqué de tout compromettre si, ce qui me paraît bien difficile aujourd’hui, il devient possible dans quelques jours de tirer de nouvelles révélations de la femme Chaumartin.

A mon avis, il y aurait nécessité d’arrêter dès maintenant Mathieu et Biscuit afin qu’ils ne soient plus chez cette femme presque continuellement et qu’ils ne la tiennent plus étroitement en observation.

Peut-être alors livrée à elle-même, et surtout si la détention de Chaumartin se prolonge, pourra-t-on en tirer quelques nouvelles indications.

Quant à moi, la simple prudence me commande de n’y pas mettre les pieds de quelques jours.

Incidemment, j’ai en riant, demandé à la femme Chaumartin comment elle avait pu faire porter sous elle, la marmite explosible au risque de la renverser, à moins qu’elle ne fut fermée par un couvercle, ce qui était dangereux.

La femme Chaumartin a détourné la conversation la ramenant sur un autre sujet futile en ajoutant : « Ne me parlez plus de cela, je vous prie ; je veux l’oublier j’en tremble encore ».

Je ne crois pas que la concierge de Chaumartin soit en mesure d’affirmer qu’elle les ait vus ou ne les ait pas vu sortir dans la soirée du 11, pour cette raison toute simple que sa loge est située au milieu de l’immeuble et entre deux issues, l’une donnant sur le square Thiers, l’autre sur la rue Nicolas Leblanc, et trop distantes l’une de l’autre pour être observées toutes les deux à la fois.

X. 2 S. D.

SOURCE : Arch. Préf. de pol. Ba 1132

Les rapports de l’indicateur X2, de la Préfecture de police, concernant Ravachol. 18 mars 1892

Chaumartin

Paris le 18 mars 1892

Hier, 17 courant, on a reçu l’invitation ci-jointe, on s’est rendu auprès du correspondant X. 2 à l’endroit convenu où il a fait la communication suivante :

En lisant ce matin les journaux, j’ai appris l’arrestation de Chaumartin et j’ai été effrayé des conséquences qu’elle pouvait avoir pour moi. La veille en effet, j’avais reçu de la femme de cet anarchiste, les révélations que vous connaissez. Néanmoins, comme il fallait sauver les apparences et ne pas me laisser soupçonner, je me suis rendu dans l’après-midi chez Chaumartin.

Simon dit Biscuit

 

Gustave Mathieu. Document Éphéméride anarchiste

J’ai été reçu par Biscuit qui avec Mathieu ne quittent plus le logement et y surveillent tout ce qui s’y passe ; ils y couchent et y mangent. Pas un mot, pas un geste ne leur échappe et lorsque la femme Chaumartin sort dans la ville pour faire ses provisions, elle est suivie à distance ou accompagnée même par l’un d’eux, de préférence Biscuit.

Lors de mon arrivée, elle était à Paris où elle s’était rendue en compagnie de son père et de Mathieu pour voir le juge chargé de l’instruction concernant son mari.

Ce n’est donc qu’avec Biscuit que je me suis entretenu.

J’ai, vous le comprendrez, feint la plus violente indignation en protestant de toutes mes forces contre l’arrestation de Chaumartin, dis qu’il était ignoble d’arrêter ainsi les gens pour une question de principes, sans preuve, sans motif plausible ; en un mot tout ce qui se dit en pareil cas.

Biscuit a certainement lui aussi participé à l’affaire du boulevard Saint-Germain ; lorsqu’on lui en parle, il esquisse un sourire énigmatique qui donne beaucoup à penser et si vous vous employez bien vous pourrez l’obliger à établir l’emploi de son temps pendant la soirée du 11 courant, ce qui lui sera difficile, et mon opinion est qu’il n’invoquera d’autre témoignage que celui de Chaumartin.

A ce sujet, si vous en avez la possibilité, faites prier Monsieur le juge d’instruction de ne poser jusqu’à nouvel ordre à Chaumartin et à sa femme aucune question sur l’attentat du 11.

Léon, dont je vous ai parlé, que je n’ai pu voir encore et sur lequel je n’ai que des renseignements très vagues, habiterait bien l’île St Denis, il posséderait une certaine aisance et aurait dans le local qu’il occupe, un laboratoire et un atelier d’expériences admirablement organisés. Il a déjà un certain âge et il ne saurait être établi comme comme vous le pensiez, aucun rapport d’identité entre lui et Chenal que je connais.

Demain, 18 courant, je vois la femme Chaumartin qui m’offre à déjeuner et me fera des confidences, à moins que Mathieu et Biscuit ne restent présents ; mais dans ce cas, samedi, je l’emmènerai chez ma mère où je lui donnerai à déjeuner à mon tour et là comme nous serons seuls, j’obtiendrai ce que je voudrai, je vous en donne l’assurance.

Le reste, bien entendu, sera votre affaire.

Ce qui attire mon attention et ce qui étonne un peu la population de St Denis, c’est que l’on ait trouvé chez Chaumartin, disent les journaux, lors de la perquisition, une somme très ronde dans un coffret.

Cet anarchiste est marchandeur chez Claparède, il gagne il est vrai, 10 à 12 francs par jour (c’est donc un exploiteur et non un exploité) mais malgré cela, il n’apparait pas qu’il puisse avoir chez lui de grosses économies, vivant très largement et recevant beaucoup.

Vous feriez bien de faire surveiller les maisons qu’habitent M.M. Letellier et Marius Martin qui se sont occupés du projet de loi concernant les attentats à la dynamite. On doit faire quelque chose de ce côté.

Demain vendredi de 6 à 7h du soir, attendez-moi à la gare du Nord, salle des Pas-Perdus, dans la partie faisant face au boulevard Denain ; je vous dirai ce que j’ai appris. Nous prendrons nos dispositions pour samedi, et je crois que dimanche matin, ayant en main toutes les preuves morales du complot, vous pourrez agir.

Quant aux preuves matérielles vous n’éprouverez pas, je crois de grandes difficultés. La concierge de l’immeuble qui est facile à faire parler, pourra vous dire en effet à quelle heure, le 11 au soir, elle a vu sortir Chaumartin et sa clique. Aux tramways on pourra connaître également quel est celui qui les a conduit à Paris, quels étaient le conducteur et le cocher ou d’autres personnes, susceptibles d’être interpellées.

Je vous donnerai des signalements, des ponts de repère, des questions spéciales à poser qui faciliteront l’instruction et comme la femme Chaumartin n’est pas très forte, c’est évidemment elle que l’on pourra faire avouer la première. Puis enfin, vous aurez le résultat des perquisitions sur lesquelles préalablement, je vous fournirai des données, à moins que des circonstances que je ne prévois pas du tout, fassent avorter ma combinaison.

X. 2 S.D.

SOURCE : Arch. Préf. de pol. Ba 1132

Les rapports de l’indicateur X2, de la Préfecture de police, concernant Ravachol. 16 mars 1892

Explosion du 136 boulevard Saint-Germain. Vue du palier du 2e étage après l’explosion. Endroit où était déposé l’engin.

Note correspondant X2                                                16 mars 1892

J’ai reçu chez moi, hier soir à 7 h15 seulement, le télégramme ci-joint. Mme Fédée me l’avait envoyé par sa sœur mais nous nous sommes croisés en route en sorte que je n’ai pu l’avoir qu’à 8h.
Je suis revenu aussitôt et l’ai communiqué à M. le préfet, vous étiez parti. Je vais au rendez-vous bien entendu et ne ferai qu’un saut pour venir vous rendre compte de la confidence que l’on veut faire.
Cela paraît grave.
Votre dévoué et respectueux
Fédée

X. 2 S.D.                                                           Paris le 16 mars 1892
Hier 15 du courant, le correspondant X.2 S.D. A eu l’occasion de se rendre à Saint-Denis, 12 square Thiers, chez Chaumartin où, au cours de la conversation tenue par la femme de cet individu et qui paraissait surexcitée par la boisson, on a appris ce qui suit.
L’attentat du boulevard Saint-Germain a été commis en coopération par Chaumartin précité, sa femme et un de leurs cousins qui n’est connu jusqu’à présent que sous le prénom de Léon et demeurant à Saint-Denis où doit se trouver le laboratoire dans lequel se fabriquent les explosifs et les posons dont il a été parlé dans une correspondance au même chiffre en date du 12 courant.
Après avoir pris leurs formules sur l’Indicateur anarchiste, , ils ont fait un mélange de dynamite et d’une autre poudre explosible dont ils ont rempli une marmite en fer et par dessus le tout des morceaux de fer de tôle d’acier, rognures de métaux, etc.
Léon et la femme Chaumartin sont partis à Paris par le tramway ; cette dernière portait la marmite explosible qu’elle avait placé entre ses jambes, sous les jupons, pour éviter la visite de l’octroi.
C’est Léon qui a pénétré l’immeuble du boulevard Saint-Germain ; pour mieux agir, il était vêtu d’un pardessus confortable, coiffé d’un chapeau haut de forme, ganté et le cigare aux lèvres. Il lui a été facile de pénétrer par la porte de l’immeuble laissée entrebâillée, il a gravi les premières marches de l’escalier, a mis le feu à la mèche au moyen d’une allumette qu’il venait de frotter et a déposé l’engin explosif à la porte de l’appartement qu’il croyait être occupé par M. Benoit, conseiller à la cour. Il est ressorti sans attirer pas plus qu’à l’entrée, l’attention du concierge dans la loge duquel, dit-il, il n’a vu d’ailleurs personne. Il est allé rejoindre la femme Chaumartin qui l’attendait non loin de là sur le boulevard et à peine étaient-ils réunis que l’explosion se produisait.
Ils ont voulu se venger de M. Benoit qui disent-ils, a présidé les assises lors des condamnations prononcées contre les compagnons Leveillé, Decamps, et aussi contre d’autres anarchistes de Reims.
Ainsi d’après eux seront traités les magistrats et fonctionnaires qui les inquiètent.
Si, comme les journaux de ce matin l’annoncent des perquisitions ont lieu, un temps d’arrêt se produira, mais dans le courant de la semaine prochaine, la Préfecture de police pourrait bien recevoir la visite des anarchistes avec leur attirail explosif. On conserve pour plus tard le Palais de l’Elysée.
Je vous enverrai le signalement de Léon que je dois voir vendredi chez Chaumartin et peut-être aussi son domicile qui doit être à l’île St Denis.
L’attentat commis à la caserne de gendarmerie de St Ouen doit être de leur fait, mais il n’en a été causé qu’à mots couverts.
A la suite de l’épouvantable révélation que je venais de recevoir, il ne m’était pas possible de pousser plus loin les questions.
Simon dit Biscuit est assurément dans l’affaire.
En ce qui touche l’attentat de la caserne Lobau, on ne croit pas qu’il puisse être attribué aux anarchistes de St Denis.
Soyez patient et surtout pas d’imprudence ; je suis seul à connaître le fait que je vous signale et si j’étais soupçonné, en même temps que les représailles seraient terribles, vous perdriez un auxiliaire précieux.
Je vous écrirai vendredi soir ou samedi matin et au besoin vous donnerai rendez-vous pour causer.
X. 2 S. D.

SOURCE : Arch. préf. de pol. Ba 1132

Inédit. La vie quotidienne de Ravachol à la Conciergerie. 12 mai 1892 (fin)

Sûreté                                                      le 12 mai 1892

Rapport

Surveillance sur le nommé Ravachol

Nous avons l’honneur de rendre compte à Monsieur le commissaire de police, chef du service, que pendant la surveillance exercée de minuit à 7 h du matin sur le nommé Ravachol, il ne s’est rien passé de particulier de nature à être signalé.

Le détenu dormait à notre arrivée ce matin jusqu’à 6 heures 1/2

Richer, Maigre, Sénart

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Sûreté                                                       Paris le 12 mai 1892

Rapport

Surveillance du nommé Ravachol

La surveillance exercée à la Conciergerie de 7 heures du matin à midi au sujet du nommé Ravachol Léon, aucun incident ne s’est produit de nature à signaler au service.

Ce dernier a écrit jusque 10 heures et depuis il est allé à la promenade jusque midi.

Nous avons été relevé par nos collègues Charlet, Lécureuil et Laemmer

Gallet, (illisibles)

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Sûreté                                                               Paris le 12 mai 1892

Rapport

Surveillance de 12h à 7h du soir

Le nommé Ravachol a écrit à son frère cet après-midi.

Il n’y a eu aucun incident autre à signaler.

Charlet, Lécureuil et Laemmer

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Sûreté                                                                le 12 mai 1892

Rapport

Surveillance sur le nommé Ravachol

Nous avons l’honneur de rendre compte à Monsieur le commissaire de police, chef du service que pendant la surveillance commencée à 7 heures du soir, le détenu s’est couché à 9 heures.

A 9h20, l’on est venu nous prévenir de le faire habiller et des employés du ministère de l’intérieur, accompagnés de M. le directeur, sont venus le chercher et l’ont emmené.

M. le directeur nous a remercié et nous a prié de retourner à notre service. Affaire terminée.

Richer, Maigre, Sénart

SOURCE : Arch. Préf. de pol. JA 8

Inédit. La vie quotidienne de Ravachol à la Conciergerie. 11 mai 1892

Sûreté                                                     Paris le 11 mai 1892

Rapport

Surveillance de 12h du soir à 7 h du matin

Le nommé Ravachol a passé une nuit très calme.

Il s’est levé vers 6h50.

Les inspecteurs

Charlet, Lécureuil et Laemmer

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Sûreté                                                      Le 11 mai 1892

Rapport

Surveillance sur le nommé Ravachol

Nous avons l’honneur de rendre compte à Monsieur le commissaire de police, chef du service que pendant la surveillance exercée de 7 heures du matin à midi sur le nommé Ravachol, il ne s’est rien passé de particulier de nature à être signalé.

Le détenu a été conduit à la promenade à 8 heures, à déjeuné à 9 heures et est retourné à la promenade de 10 heures à midi où il était encore lorsque nous avons été remplacés.

Richer, Maigre, Sénart

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Sûreté                                                           Paris le 11 mai 1892

Rapport

La surveillance exercée à la Conciergerie de midi à 7 heures au sujet du nommé Ravachol Léon, aucun incident ne s’est produit qui soit de nature à signaler au service.

Ce dernier a eu la visite de son avocat avec lequel il a parlé ½ heure.

Nous avons été relevés par nos collègues Charlet, Lécureuil et Laemmer

Gallet, (illisibles)

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Sûreté                                                      Paris le 11 mai 1892

Rapport Surveillance de 7h du soir à 12 h du soir

Le nommé Ravachol s’est livré à la lecture et s’est couché vers 11 heures du soir. Il a reçu la visite de M. le directeur qui est venu s’informer de sa santé.

Les inspecteurs

Charlet, Lécureuil, Laemmer

SOURCE : Arch. Préf. de pol. JA 8

Inédit. La vie quotidienne de Ravachol à la Conciergerie. 10 mai 1892

Sûreté                                                 Paris le 10 mai 1892

Rapport

Surveillance du nommé Ravachol

La surveillance exercée à la Conciergerie de minuit à 7 heures du matin au sujet du nommé Ravachol Léon, aucun incident ne s’est produit qui soit de nature à signaler au service.

Ce dernier a passé une nuit très calme.

Nous avons été relevés par nos collègues Charlet, Lécureuil et Laemmer

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Sûreté                                                      Paris le 10 mai 1892

Rapport

Surveillance de 7h du matin à 12h

La surveillance exercée auprès du nommé Ravachol n’a donné lieu à aucune observation.

Charlet, Lécureuil et Laemmer

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Sûreté                                                          le 10 mai 1892

Rapport

Surveillance sur le nommé Ravachol

Nous avons l’honneur de rendre compte à Monsieur le commissaire de police, chef de service, que pendant la surveillance exercée de midi à 7 heures du soir, sur le nommé Ravachol, il ne s’est rien passé de particulier de nature à être signalé.

Le détenu a été conduit à la promenade de midi à 2 heures.

Il a eu la visite de Monsieur le directeur de la Conciergerie ce soir à 6 heures.

Richer, Maigre, Sénart

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Sûreté                                                     Paris le 10 mai 1892

Rapport

Surveillance du nommé Ravachol

La surveillance exercée à la Conciergerie, de 7 heures à minuit, au sujet du nommé Ravachol Léon, aucun incident ne s’est produit qui soit de nature à signaler au service.

Ce dernier a écrit jusque 11 heures ½ et s’est couché ensuite.

Nous avons été relevés par nos collègues Charlet, Lécureuil et Laemmer

Gallet, (illisibles)

SOURCE : Arch. Préf. de pol. JA 8

Inédit. La vie quotidienne de Ravachol à la Conciergerie. 9 mai 1892

Sûreté                                                   Paris le 9 mai 1892

Rapport

Surveillance du nommé Ravachol

La surveillance exercée à la Conciergerie de 7 h du matin à midi au sujet du nommé Ravachol Léon, aucun incident ne s’est produit qui soit de nature à signaler au service.

Ce dernier a lu et a écrit toute la matinée.

Nous avons été relevés par nos collègues Charlet, Lécureuil et Laemmer.

Gallet, (illisibles)

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Sûreté                                                              Paris le 9 mai 1892

Rapport

Surveillance de 12 h à 7 h du soir

Le nommé Ravachol a été appelé cet après-midi par M. le juge d’instruction Lascoux qui lui a demandé de lui indiquer exactement ses différents domiciles à Saint-denis, ce à quoi Ravachol n’a répondu que vaguement.

L’inculpé a été ensuite interrogé sur la violation de sépulture. L’interrogation n’a duré que 15 minutes environ.

Les inspecteurs Charlet, Lécureuil et Laemmer

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Sûreté                                                                         Le 9 mai 1892

Rapport

Surveillance sur le nommé Ravachol

Nous avons l’honneur de rendre compte à Monsieur le commissaire de police, chef du service que, pendant la surveillance exercée de 7 heures du soir à minuit sur le nommé Ravachol, il ne s’est rien passé de particulier de nature à être signalé.

Le détenu s’est couché à 8 heures ½ et dormait lorsque nous avons été remplacés.

Richer, Maigre, Sénart

SOURCE : Arch. Préf. de pol. JA 8