Le programme de la Ligue collectiviste anarchiste de Bruxelles. 18 octobre 1879

BELGIQUE

Nous apprenons avec plaisir qu’une Ligue collectiviste anarchiste vient de se former à Bruxelles, et nous nous empressons d’en publier le programme:

« Le groupe reçoit dans son sein tous les citoyens anti étatistes, partisans de la destruction du présent ordre social.

Nous sommes franchement partisans delà souveraineté populaire par l’administration de tous sans aucun pouvoir central; nous affirmons (pie le libre groupement des travailleurs, dans la Commune collective, fédérative et autonome, sera le point de départ des progrès sociaux, allant en augmentant avec le développement intégral des individus; développement qui doit être garanti socialement.

Le groupe travaillera à faire connaître les causes de l’injustice dont les travailleurs sentent tout le temps le poids. Il les éclairera sur la crise où le plus grand nombre qui produit ne peut consommer parce qu’ils ne possèdent pas; où les petits cultivateurs-propriétaires sont écrasés par l’impôt, l’hypothèque et l’usure ; où les petits industriels, les petits commerçants tombent par suite de la concurrence mortelle que leur font les millionnaires de l’industrie et du commerce.

Nous espérons que tous ceux qui revendiquent les droits de citoyen, nous aideront dans notre œuvre de Révolution, qui a pour but l’affranchissement complet du prolétaire et le bonheur de l’humanité.

En résumé, notre programme tient en trois mots :

Liberté, Égalité, Solidarité.

Nous tendons à l’avènement d’une société où ces trois mots fameux sortent des déclamations officielles, descendent du fronton des monuments, entrent dans la réalité des faits.

Très peu nous importe la liberté doctrinaire, à nous qui n’avons pas l’égalité! quelle utilité sérieuse retirons-nous de la liberté de la presse, de la liberté de la parole, de la liberté d’association? mais, nous n’avons jamais eu le temps d’apprendre à bien parler, de nous rompre à bien écrire! que possédons-nous que nous puissions mettre en commun? notre capital éternel: la misère! Non, le droit d’être libre ne nous suffît plus, nous voulons y joindre le moyen ; nous ne voulons plus comme le paralytique avoir le droit de marcher, nous ne voulons plus comme l’aveugle avoir le droit d’y voir, nous voulons comme les autres avoir des jambes et avoir des yeux, nous voulons transformer complètement, absolument, notre situation économique.

Comment ?

Voici :

La production de tout objet utile résulte du concours de trois éléments: la matière première à transformer,—l’instrument de travail pour la transformer, —le travail individuel ou collectif qui la transforme.

La matière première, le sol, tout ce qu’il contient, pierres, minerais, charbons, etc., n’est pas la création personnelle, elle ne peut donc être appropriée exclusivement par quelques-uns. Elle doit devenir propriété collective de l’ensemble de l’humanité.

L’instrument de travail est un combiné d’une part de cette matière première et d’une longue élaboration historique ; il a donc un caractère collectif.

Le produit qui résulte de ce capital social mis en valeur par le travail collectif doit aussi revenir à la collectivité.

Seul, l’effort personnel, la force de travail que chaque homme dépense dans l’acte de la production, doit lui être restituée en équivalent.

Donc nous sommes des collectivistes.

Ces desiderata obtenus, l’égalité règne entre les hommes, et seulement alors, entre citoyens libres et égaux, la solidarité sera possible.

Tel est notre programme économique, notre programme politique en découle logiquement.

La conséquence inévitable de toute inégalité économique est la formation d’une supériorité, d’une autorité, d’un pouvoir. Ce pouvoir prend, dans le domaine politique, une forme spéciale, un nom spécial ; il est le gouvernement.

Or, en tant que gouvernement, il remplit un rôle. Par le culte, l’éducation, il façonne le cerveau enfant au préjugé propriétaire ; par le juge, le gendarme, le geôlier, le soldat et le mouchard, il assure le respect de ces lois ; en un mot, une fois institué, le gouvernement, tout gouvernement, fonctionne comme défenseur de l’intérêt propriétaire.

Donc pour atteindre la propriété, il faut marcher sur le gouvernement.

Nous sommes les éternels adversaires de tout gouvernement, ou comme on dit des anarchistes.

De plus, comme nous ne pensons pas qu’il suffise, pour qu’il parte, de donner par un vote congé à un gouvernement ; que toute notre histoire nationale nous prouve le contraire ; nous voulons porter la hache révolutionnaire jusque dans ses fondements.

Donc,

Nous sommes des collectivistes ;

Nous sommes des anarchistes ;

Nous sommes des révolutionnaires ;

Nous voulons la liberté, l’égalité, la solidarité.

Le Révolté 18 octobre 1879

Lire le dossier : Les anarchistes en Belgique avant les émeutes de 1886

10.000 ouvriers à une fête organisée par la Fédération boraine à Frameries (Belgique). 14 septembre 1879

BELGIQUE

On nous écrit de Bruxelles: Le mouvement socialiste qui était resté stationnaire depuis 1873 en Belgique, reprend depuis quelque temps la marche en avant. Ainsi, la fédération Boraine a organisé dimanche passé une manifestation qui nous rappela le grand mouvement de l’Association Internationale des Travailleurs en Belgique, en 1863-1870. En effet, treize sections y étaient représentées ou plutôt se trouvaient là réunies à la presque totalité de leurs membres; plus de dix mille ouvriers se trouvaient présents à cette fête.

Chaque section était précédée de son drapeau rouge, surmonté des emblèmes des ouvriers charbonniers : la hache, le marteau et le ravelin. Chaque groupe avait également un écusson, avec devise, et on lisait entre autres la devise de l’internationale : Pas de droits sans devoirs, pas de devoirs sans droits, et cette autre devise que les ouvriers arboraient lors de leurs dernières grèves: Du travail et du pain !

Le cortège se forma à la station de Flénu, où s’étaient données rendez-vous les sections, et à trois heures il se mit en marche pour se rendre à Frameries où devait se tenir le meeting. Arrivés dans cette commune, les travailleurs ont reçu la plus brillante réception de la part de leurs frères de travail et de souffrance. La plupart des ouvriers avaient arboré le drapeau rouge aux fenêtres de leurs habitations.

Arrivés sur la place, les travailleurs se sont séparés en quatre groupes se rendant chacun dans une salle pour tenir le meeting, car il n’y avait pas dans la commune une seule salle suffisamment grande pour contenir tant de monde. Là, des orateurs venus de Bruxelles, Verviers et Gand, aidés de ceux du Borinage, ont pris la parole et ont démontré la nécessité s’organiser et de s’entendre pour arriver à a solution du problème social. Toutes les nuances du socialisme belge y étaient représentées notamment, par les citoyens Fluche de Vervies, Anseele de Gand, Verrycken, Debuyger et Bertrand de Bruxelles, Monnier de Mons, Gandibleu de Jemmapes, etc. j’oubliais de citer le citoyen Fabien Gérard (dit l’Homme aux cheveux blancs) vieillard de 68 ans, qui marchait en tête du cortège et à qui on doit le réveil de la population boraine. Cet homme, que nous connaissons depuis la fondation de l’Association Internationale, n’a pas cessé un seul instant et dans toutes les circonstances de se faire le porte-voix des opprimés, et il a toujours soutenu dans le Borinage le drapeau de cette Association qui est le cauchemar de la bourgeoisie; aussi cette bourgeoisie ne lui pardonne-t-elle pas son dévouement à la cause du prolétariat, car il y a quinze jours il a été encore renvoyé de son ouvrage, ainsi que ses quatre fils. Mais nous sommes convaincus que les travailleurs borains ne l’abandonneront pas, surtout aujourd’hui, lorsqu’ils voient que ses efforts ont porté des fruits, et qu’il continuera à faire de la propagande comme par le passé.

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Dimanche prochain un meeting aura lieu à Gilly, dans le bassin de Charleroi, pour réorganiser les sections de l’internationale.

A côté de ce mouvement socialiste, il y a le mouvement rationalise qui, depuis quelque temps, a pris une grande extension. Des conférences et des meetings ont lieu dansions les grands centres industriels.

Un groupe communiste anarchiste est en voie de formation à Bruxelles. Son programme paraîtra dans quelques jours.

Durant l’agitation organisée à Bruxelles à l’occasion des expulsions récentes, les autorités ont tenu constamment sur pied la gendarmerie à pied et la gendarmerie à cheval.

11 n’y avait cependant pas à attendre de manifestation armée. Mais ces Messieurs ont la conscience si tranquille qu’ils craignent toujours de voir crouler sur leur front toutes les tuiles qu’ils méritent.

Décidément le gouvernement belge est devenu une compagnie de bourgeois expéditionnaires. Le cit. allemand Mathieu Esser, garçon de Café, a été expulsé pour le crime d’avoir fait des abonnements pour le journal la Freiheit, rédigé par Most, et qui est l’organe du Communistischer Arbeiter-Bildungs-Verein.

Comme son homonyme femelle, M. Barra continue à faire ses embarras.

Le Révolté 20 septembre 1879

Biographie de Fabien Gérard (dit l’Homme aux cheveux blancs) :

Originaire du Tournaisis, Fabien Gérard, né à Chapelle-à-Wattines en 1818, appartenait à une famille de fermiers. Destiné à la prêtrise, il avait commencé ses études. Cependant, il était aussi un homme révolté contre les injustices ce qui le poussa à quitter sa famille et à se rendre dans les mines du Borinage. Ses idées, son langage et son comportement le signalèrent à tous les patrons comme étant un provocateur. Ainsi, se retrouvant sans travail, il décide d’ouvrir une école destinée aux enfants du peuple à Wihéries. Au moment du « Grand complot », il est vendeur de journaux. Cependant, de nombreuses sources indiquent qu’il aurait participé à ce dernier. Dans ce contexte, il est intéressant de noter que, d’un point de vue historique, ce « Grand complot » repose sur une grève générale en 1888 des mineurs du Borinage organisée par le Parti Socialiste Républicain, mouvement dissident du Parti Ouvrier Belge fondé par Alfred Defuisseaux. Ainsi, cette grève connue par la Sûreté de l’Etat fut arrêtée et un procès jugeant et condamnant l’ensemble des militants eu lieu en mai 1889.

Il décède le 19 avril 1892 à Wihéries.

D’après Dour et sa folle histoire : http://www.douretsafollehistoire.be/2019/04/30/fabien-gerard/

Lire le dossier : Grèves, meetings, attentats à la dynamite dans le Borinage (Belgique). Décembre 1879-janvier 1880

Les grévistes de Cuesmes (Belgique) défilent derrière un drapeau noir et font céder la direction des charbonnages. 3 mai 1879

Honoré essaya de planter le drapeau noir sur le kiosque de la Place

Le Journal de Mons donne sur la grève les renseignements suivants : « L’Organe était bien pessimiste hier ; il annonçait que la grève avait repris au Flénu, que les grévistes avaient une attitude menaçante et qu’il était question d’envoyer des troupes à Cuesmes.

Il semble vraiment que d’aucuns prennent plaisir à effrayer le pays ! »

Il n’a pu être question d’envoyer la troupe, attendu que les houilleurs qui ont quitté leur travail au Levant du Flénu n’ont commis aucun désordre. Voici ce qui s’est passé à Cuesmes :

Etant retournés au travail, les ouvriers des n°14, 15 et 17 du Levant du Flénu ont appris qu’ils ne pouvaient plus être occupés que 3 jours et demi et 4 jours par semaine. Cette mesure souleva de leur part des protestations et ils résolurent de se mettre en grève. Hier dans la matinée, des rassemblements se formaient sur différents points de la commune de Cuesmes et des groupes, dans lesquels on remarquait des femmes et des enfants, allaient de porte en porte demander du pain. Ils allèrent chez M. le curé, qui leur donna 10 francs.

Dans la matinée, les grévistes se groupèrent autour d’un drapeau noir que portait un nommé Honoré et que celui-ci essaya de planter sur le kiosque de la Place. Mais M. le commissaire de police intervint, et après avoir arraché le drapeau des mains d’Honoré, il dressa procès-verbal. Les grévistes chantaient :

Malgré des yards de plusieurs

On ne s’lèvera plusieurs

Pour r’tourner au Flénu.

Le rassemblement formé sur la Place devenant fort bruyant, M. Halbrecq, bourgmestre, apparut sur le seuil de la Maison communale et prononça quelques paroles bienveillantes, se déclarant disposé à se faire, auprès de M. le directeur du charbonnage du Levant du Flénu, l’interprète des grévistes, s’ils voulaient se montrer raisonnables.

Ceux-ci se calmèrent aussitôt et se dispersèrent après avoir dit qu’ils retourneraient au travail dans les mêmes conditions qu’avant la grève.

M. Léon Halbrecq put leur annoncer jeudi matin que sa démarche avait abouti, que les anciennes conditions seraient provisoirement maintenues et la plupart des ouvriers sont retournés à leur fosse, à l’exception d’une centaine, qui reprendront très probablement le travail demain. La grève peut donc être considérée comme terminée.

Journal de Bruxelles 3 mai 1879

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BELGIQUE.

LES GRÈVES.

De grandes grèves avaient éclaté dernièrement dans les houillères de Belgique. Au Borinage, environ 15,000 travailleurs se sont mis en grève. Inutile d’ajouter que le gouvernement libéral a immédiatement expédié des troupes pour rappeler aux mineurs les fusillades de 1868.

La grève se termina sans aucun résultat pour les ouvriers, faute d’entente et d’organisation. Mais les patrons en profitèrent pour réduire les salaires, déjà très maigres.

Alors, au Borinage, à Cuesmes, les grévistes se sont aperçus qu’ils ne gagneraient rien par leur attitude calme. Il y eut des rassemblements. Des groupes nombreux d’ouvriers sortirent drapeau noir en tête, pour l’arborer sur la place publique. Les patrons comprirent que l’emblème noire signifiait cette fois-ci : mort aux patrons, et ils s’empressèrent de céder, en refusant d’insister sur la réduction des salaires.

Et après cela, ces anarchistes vont encore nier l’efficacité des moyens pacifiques?

Le Révolté 31 mai 1879

Lire le dossier : Grèves, meetings, attentats à la dynamite dans le Borinage (Belgique)

WILLEMS Charles, Louis; tailleur d’habits ; anarchiste parisien.

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman.
Métropolitan museum of art. New-York

Né le 24 mai 1841 à Hondschoote (Nord) ; mort le 9 juillet 1898 à Paris (Xe arr.) ; tailleur d’habits ; anarchiste parisien.

Le 26 avril 1892, à trois heures et demie du matin, les gardiens de la paix, sur les indications des agents de la deuxième brigade de recherches de la Préfecture de police, arrêtaient Charles-Louis Willems, anarchiste militant très redouté, à la porte du Palais de Justice, au moment où venait de se terminer le procès de Ravachol.
Il essayait de résister, mais vigoureusement enlevé par six gardiens, il avait été pour ainsi dire apporté au Dépôt. Au moment où il était déposé au greffe de la prison, il s’était écrié : « Vous ayez bien fait de m’arrêter, car dans une heure il aurait été trop tard, et il y aurait eu du nouveau ! vous pouvez m’en croire ! »
Pressé de s’expliquer plus clairement, Willems s’était alors renfermé dans un mutisme absolu. refusant également de faire connaître son domicile.
Il figurait sur l’état récapitulatif des anarchistes au 26 décembre 1893, son adresse était inconnue.
Le 18 mars 1894, son domicile 8 rue Davy était perquisitionné, il était arrêté.
Sa notice individuelle était transmise aux autorités judiciaires le 3 avril 1894, il était libéré le 5 mai 1894.
Il était inscrit sur une liste d’anarchiste dangereux établie en 1894.
Son nom était porté sur l’état récapitulatif des anarchistes au 31 décembre 1896, son domicile était inconnu, il était toujours considéré comme dangereux. Sur l’état de 1901, il était noté décédé.
Son dossier à la Préfecture de police portait le n°207.290.
A la fin de sa vie il demeurait 21 rue Feutrier.

SOURCES :
Archives de la Préfecture de police Ba 1500 — Les anarchistes contre la république de Vivien Bouhey. Annexe 56 : les anarchistes de la Seine — Le Clairon 28 avril 1892 — Paris 28 avril 1892 — Archives de Paris. État civil.

WIDCOQ Fulgence, Nicolas, Ignace; serrurier, mécanicien ; anarchiste à Feuquières-Fressenville (Somme) et Paris.

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman.
Métropolitan museum of art. New-York

Né le 14 avril 1857 à à Fressenneville (Somme) ; mort le 3 décembre 1927 à Paris (Xe arr.) serrurier, mécanicien ; anarchiste à Feuquières-Fressenville et Paris.

Le 31 décembre 1880, Fulgence Widcoq se mariait à Fressenneville avec Joséphine, Victorine Petit,
A la fin septembre 1887, un Cercle révolutionnaire se formait au centre du Vimeu. Le groupe désirait entrer en communication avec tous les autres cercles révolutionnaires et, a cet effet, il priait d’envoyer leurs adresses à Fulgence Widcoq, marchand de journaux à Fressenneville, chargé par le cercle de recevoir les correspondances. Son frère Alfred, était également membre du groupe.
Le Cercle révolutionnaire souhaitait avoir les adresses des groupes l’Ere nouvelle, les Parias picards, les Éclaireurs de Picardie.
Il fit paraître dans la Révolte du 2 juin 1889, une annonce pour relancer ses abonnés aux journaux anarchistes : « Le compagnon Widcoq, de Fressenville, prie les camarades auquel il fait le service de la Révolte et du Père Peinard, de bien vouloir liquider le plus vite possible. Urgence. »
Il renouvelait le même type d’appel dans la Révolte du 11 octobre 1890 : « Les compagnons de Voincourt, Tully et Friancourt dont l’abonnement est servi sur l’initiative du compagnon Widcoq, sont priés de lui en payer le montant, s’ils ne veulent pas voir suspendre l’envoi. »
La 2e brigade de recherches de la Préfecture de police l’incluait le 27 avril 1892, dans une liste d’anarchistes, il était inscrit sous le prénom de François mais son numéro de dossier était le 3.690, le même que celui de son frère Alfred ce qui correspondait à la pratique habituelle de la Préfecture de police de rassembler les fratries sous un même numéro. Il habitait 253 boulevard Péreire et exerçait le métier de serrurier.
Il figurait sur l’état récapitulatif des anarchistes au 26 décembre 1893. Il demeurait 46 rue Saint-Ferdinand.
Arrêté le 10 mars 1894, il était libéré le 19 mars 1894. Sa notice individuelle était transmise aux autorités judiciaires le 31 mars 1894.
Son nom était porté sur l’état récapitulatif des anarchistes au 31 décembre 1894.
A la fin de sa vie, il demeurait 26 boulevard Saint-Denis et exerçait le métier de négociant. Veuf de sa première épouse, il s’était remarié avec Marie, Louise Stigler.

SOURCES :
Archives de la Préfecture de police Ba 310, 1500 — Les anarchistes contre la république de Vivien Bouhey. Annexe 56 : les anarchistes de la Seine — Le Cri du peuple 12 octobre, 17 décembre 1887 — La Révolte 1er octobre 1887 — Archives de Paris . État civil — Archives départementales de la Somme. État civil.

WIDCOQ Alfred, François, Adolphe; mécanicien ; anarchiste à Feuquières-Fressenville (Somme) et Paris.

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman.
Métropolitan museum of art. New-York

Né le 9 février 1862 à Fressenneville (Somme) ; mécanicien ; anarchiste à Feuquières-Fressenville et Paris.

En décembre 1887, Alfred Widcoq était membre, avec son frère Fulgance, du Cercle révolutionnaire de Feuquières-Fressenville.
Le 27 avril 1892, il figurait sur une liste d’anarchistes établie par la 2e brigade de recherches de la Préfecture de police, il habitait 22 rue Duret. A partir du 30 avril 1893, son adresse était au 95 rue des Ternes.
Aux élections législatives du 20 août 1893, il se présentait dans la 1ère circonscription d’Abbeville (Somme) comme candidat abstentionniste, tout en demeurant à Paris.
Alfred Widcoq figurait sur l’état récapitulatif des anarchistes au 26 décembre 1893.
La préfecture avait ordonné le 10 mars 1894, treize perquisitions. Les commissaires de police n’avaient pu mettre la main que sur six anarchistes. Ceux-ci avaient été conduits au Dépôt, parmi eux se trouvait Alfred Widcoq.
Une notice individuelle était transmise aux autorités judiciaires le 2 avril 1894. Il était remis en liberté le 7 avril 1894.
Son nom se trouvait sur l’état récapitulatif des anarchistes au 31 décembre 1894, il habitait 55 rue des Arts à Levallois (Hauts-de-Seine).
Son dossier à la Préfecture de police portait le n°3.690.
En 1921, il était camelot à La Garenne-Colombes (Hauts-de-Seine)

SOURCES :
Archives de la Préfecture de police Ba 310, 1500 — Les anarchistes contre la république de Vivien Bouhey. Annexe 56 : les anarchistes de la Seine — Le Cri du peuple 17 décembre 1887 — Le Figaro 8 août 1893 — Journal des débats 10 mars 1894 — L’Opinion française 8 avril 1894 — Archives départementales de la Somme. État civil — Archives départementales des Hauts-de-Seine. Recensement 1921.

La pilarisation de la société belge nuit-elle à la diffusion de l’anarchisme ?

L’Expérience - La Colonie communiste libertaire à Stockel-Bois. Le début. - 800 × 514 px

L’Expérience – La Colonie communiste libertaire à Stockel-Bois. Le début. cartoliste.

Les principales bizarreries dont est teintée l’organisation de la société belge ressortissent à une volonté de faire de l’unité autour de la diversité, et d’assumer un pluralisme multimodal. Mieux vaut l’union, fût-ce des contraires, que la division puisque, comme on sait, “l’union fait la force” (devise de la Belgique) ! C’est cette volonté, présente dès la fondation de l’état belge, qui caractérise le mieux ce pays composite. Et qui explique que la société politique et civile s’est construite sur des piliers. C’est pourquoi on parle encore souvent d’une société « pilarisée », ou de « pilarisation ».

Les piliers constituent en fait autant de facteurs de différenciation, auxquels on a attribué une existence institutionnelle, pour ainsi dire. Ou comment organiser le pluralisme ! Pluralisme linguistique d’abord : français en Wallonie (sud) et à Bruxelles, néerlandais en Flandres (nord) et… à Bruxelles, et allemand dans la partie germanophone, à l’est du pays. On fera l’impasse sur le florilège des joyeux patois (et c’est bien dommage !) qui parsèment tout le territoire. Les conséquences ne sont pas minces : état fédéral, centralisé à Bruxelles, la Belgique comporte également d’autres niveaux de pouvoir, répartis en communautés (reposant sur le critère linguistique) et en régions (reposant sur des critères vaguement géographiques et économiques). Fédéral, régional et communautaire se distribuent les “compétences” de manière plus ou moins harmonieuse. En ce qui concerne le gouvernement fédéral, il est composé de ministres flamands (néerlandophones) et francophones, et suppose, au moins théoriquement, un bilinguisme à toute épreuve. Tandis que les gouvernements régionaux dédoublent les ministères, néerlandophones au nord, francophones au sud, et bilingue pour la région de Bruxelles-capitale.

Le pluralisme linguistique ne constitue pas l’unique série de piliers autour desquels s’organise la société belge. Un autre pluralisme, vieux comme l’indépendance du pays (1830, pour rappel), repose sur un clivage “philosophique” : les catholiques d’une part, pilier conservateur et réactionnaire largement dominant au 19ème siècle et représentant en outre une force politique majeure jusqu’il y a peu, et les libéraux d’autre part, pilier des progressistes, réunis essentiellement pour des raisons philosophiques autour de la défense et de la promotion de la libre-pensée. De manière abrupte, on pourrait parler d’un camp anticlérical, en tout cas militant activement pour une séparation de l’église et de l’État sur le principe de la laïcité. Mais cette famille philosophique elle-même s’avère composite, clivée, autour de notre dernière série de piliers, à caractère politique cette fois (ou économique) amenant la distinction entre libéraux politiques (le camp patronal, bourgeois), et socialistes (le camp prolétaire, composé d’ouvriers et artisans, mais aussi d’employés et cadres). Ces deux frères ennemis se sont fréquemment rapprochés, politiquement, afin de faire barrage à l’adversaire commun, les catholiques. Il n’est pas improbable que la prégnance de la Franc-Maçonnerie dans les milieux progressistes aient contribué à favoriser le rapprochement entre socialistes et libéraux. Ce qui nous ramène à notre pilier philosophique précédent ! Cette proximité demeure toujours d’actualité, autour de questions d’éthiques, nécessitant une prise de décision politique (dépénalisation de l’IVG, par exemple, ou de l’euthanasie). Il existe donc bien un “pilier maçonnique” en Belgique, bien que, d’une certaine manière, il ne compte pas en son sein que des Francs-Maçons avérés.  

Le pilier philosophique demeure aujourd’hui, quoi qu’on en pense, très vivace, ne serait-ce que parce que tout le système d’enseignement repose encore sur ce clivage : réseau officiel subventionné (école de l’état, neutre, pluraliste) d’une part et, d’autre part, réseau dit “libre” et subventionné (écoles catholiques, mais aussi, depuis peu, écoles musulmanes à Bruxelles). Les universités elles-mêmes demeurent à ce jour cloisonnées autour de ces piliers : ULB, à Bruxelles, libre-pensée, teintée d’une composante maçonnique plus ou moins assumée, ULiège, neutre, pluraliste, et UCL (Université Catholique de Louvain) pour citer les trois plus importantes institutions académiques. 

Tel est donc l’un des paradoxes sur lequel repose l’organisation de la société belge : une série d’identités fondées sur l’existence de forts clivages, et une culture du compromis. Pays de coalitions, de négociations, de concertations, la Belgique parvient à survivre aux cloisonnements, à ses tensions internes, à ses divisions, envers et contre tout. Pour combien de temps ? Le communautarisme linguistique, doublé d’un antagonisme socio-politique fort (avec son cortège de stéréotypes : Flamands au nord, riches et de droite, réputés travailleurs et entreprenants, versus Wallons au sud, francophones, traditionnellement de gauche, réputés profiteurs et paresseux), conduit depuis plusieurs années le pays au point de rupture. La Flandre penche de plus en plus vers un séparatisme déclaré, même si, tout bien pesé, les partis nationalistes flamands renonceraient volontiers à leurs revendications communautaristes si le sud de pays votait majoritairement à droite !

La pilarisation autour des clivages politico-économiques et philosophiques  se rencontre aussi au niveau des organisations mutualistes : Solidaris (mutualité socialiste), Mutualité chrétienne, Mutualité libérale. Mais c’est surtout le rôle et le statut des organisations syndicales qui occupent une place significative à cet égard. Incontournables à bien des titres, les syndicats belge dépassent largement, en nombre d’adhérents, l’importance des effectifs syndicaux d’autres pays. Plus de 50% des travailleurs belges sont membres d’un syndicat. A titre de comparaison, la France compte un taux de 8%, le Royaume-Uni de 25%, l’Italie de 36%,  le record européen étant détenu par la Suède, avec un taux de 68%. Les syndicats se sont constitués autour du clivage politico-économique et ses trois piliers : socialiste, avec la FGTB (liée au PS mais de plus en plus “infiltrée” par le PTB), chrétien, avec la CSC, ou libéral, avec la CGSLB.

A titre d’hypothèse, on pourrait assez hardiment affirmer que la tendance anarcho-syndicaliste qui va tenter de perdurer, en Belgique, jusqu’au début de la première guerre mondiale, a été largement éclipsée par la fédération des organisations ouvrières qui ont été chevillées aux luttes du POB (Parti Ouvrier Belge), dès la fin du 19ème siècle, en vue d’obtenir le suffrage universel. La voie du parlementarisme a largement canalisé les énergies des mouvements sociaux enracinés dans les réalités du monde ouvrier, sans que l’on puisse l’affirmer de manière exclusive. Mais il semble bien que la pilarisation politico-économique du syndicalisme ouvrier, liant les destinées de ce dernier à celui-ci des trois grands partis traditionnels, ait contribué à affaiblir sa capacité à avoir recours à l’action directe ou à des rassemblements à caractère insurrectionnels. Affaiblissement en un sens, garantie d’une certaine forme de pacification en un autre, on ne peut se défendre en tout cas de voir une certaine forme de contrôle, de mainmise, d’arrangements, derrière la culture de la concertation, de la négociation. Syndicalisme de salon versus syndicalisme de combat ? Assurément, cette propension à un tel glissement existe et rassure les organisations politiques, sociales et culturelles à dominante bourgeoise, en ce qu’elle orchestre et codifie le dialogue social selon ses exigences et ses critères. Interlocuteur privilégié des organismes patronaux (en tête desquels la FEB) et des gouvernements, le monde syndical finit par accommoder ses valeurs avec l’acquisition de privilèges, financiers notamment, avec son cortège d’avantages en nature (voitures de société, voyages d’études aux frais des cotisants).

En somme, l’ensemble de la société est quadrillé par ces piliers, qui encadrent aussi bien le monde de la presse, que les mouvements de jeunesse, les coopératives, les associations culturelles et les associations féminines. Il faudrait d’ailleurs parler plutôt d’un maillage, puisque la verticalité des piliers semblerait exclure les transversalités horizontales qui, de fait, existent et assouplissent le régime de la pilarisation stricto sensu. Qui plus est, les associations pluralistes et de nouveaux terrains de lutte ont largement contribué à briser la rigidité du modèle, la réalité s’avérant beaucoup plus complexe, désormais, avec l’arrivée des problématiques liées aux luttes environnementales, féministes, interculturelles, LGBTQI+, altermondialistes, etc. Néanmoins, en dépit des nuances, la pilarisation n’en demeure pas moins prégnante, si pas dans le fond, au moins dans la forme. C’est lui, entre autre, qui justifie le subventionnement par l’État de mouvements d’éducation permanente, et continue de privilégier les chantres du militantisme appointé !

L’anarchisme, dans un tel contexte, paraît marginal, systématiquement, tant il semble qu’il n’existe pas de possibilité d’avoir une légitimité et une crédibilité propre si l’on n’appartient pas à l’une de ces identités pilarisées. Cette marginalité semblerait même être essentielle ! Mouvement par essence révolutionnaire, luttant pour l’avènement d’une société sans classe et sans état, contre les aliénations du salariat et de l’actionnariat, l’anarchisme pourrait difficilement justifier une prétention à obtenir une quelconque forme de subvention officielle sans tomber dans une contradiction. Le mouvement anarchiste se doit d’échapper à un maillage qui participe du contrôle étatique. Fût-ce au risque de se cantonner aux marges.

Christophe, groupe Ici & Maintenant

Article paru dans le Monde libertaire n°1843 d’octobre 2022

WALLAYS Charles , Henri ; tailleur d’habits ; anarchiste parisien.

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

Né le 11 septembre 1864 à Lille (Nord) ; tailleur d’habits ; anarchiste parisien.

Charles Wallays fut arrêté le 9 mars 1894, lors de la rafle chez Duprat (voir Auguste Bordes), une perquisition à son domicile, 62 rue Rancy, ne donna aucun résultat.
Il fit partie des quinze anarchistes qui furent conduites au Dépôt de la Préfecture de police et inculpées d’association de malfaiteurs (Loi du 18 décembre 1893, articles 265 et 266 du Code pénal.)
Il fut libéré le 11 mars 1894.
La procédure était transmise au procureur de la république qui mandatait le juge Meyer pour instruire l’affaire. Un non lieu fut rendu le 27 juin 1895.
Son dossier à la Préfecture de police portait le n°333.538.

SOURCES :
Archives départementales du Nord. État civil — Archives de Paris D.3 U6 carton 50. État civil de Paris — Archives de la Préfecture de police Ba 1500.

WAGNER Paul, Louis, menuisier-ébéniste, anarchiste parisien.

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman.
Métropolitan museum of art. New-York

Né le 11 octobre 1855 à Paris ; mort le 19 avril 1915 à Paris (XXe arr.) ; menuisier-ébéniste, anarchiste parisien.

Paul Wagner figurait sur une liste d’anarchistes établie le 7 mai 1892 et en avril 1893, par la 2e brigade de recherches de la Préfecture de police
Il se trouvait également sur l’état récapitulatif des anarchistes au 26 décembre 1893.
Il était considéré comme « militant ».
Son domicile 1 rue des Prairies fut perquisitionné le 1er juillet 1894, lors d’une rafle de 154 anarchistes. Quatre brochures, des journaux et des affiches furent saisis.
Il était arrêté.
Son nom était porté sur les état récapitulatif des anarchistes au 31 décembre 1894 et 1896 et sur celui de 1901.
Son dossier à la Préfecture de police portait le n°258.156.
Il ne doit pas être confondu avec les frères Wagner Henri (dossier 327.036) et Eugène (même dossier), la Préfecture de police de Paris n’indiquant pas souvent les prénoms, l’établissement de son parcours militant est rendu difficile.

SOURCES :
Archives de Paris. État civil — Archives de la Préfecture de police Ba Ba 78, 310, 1500 — Les anarchistes contre la république de Vivien Bouhey. Annexe 56 : les anarchistes de la Seine.

VUAGNIAUX Alfred, ouvrier cordonnier ; anarchiste parisien.

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman.
Métropolitan museum of art. New-York.

Né le 5 janvier 1855 à Vucherens (Canton de Vaud, Suisse) ; ouvrier cordonnier ; anarchiste parisien.

Alfred Vuagniaux figurait sur un état des anarchistes établi par la 3e brigade de recherches de la Préfecture de police, établi le 30 avril 1893. Il était noté comme étant célibataire.
Le 2 mars 1894, son domicile 125 rue d’Aboukir était perquisitionné. Il était arrêté
Son dossier à la Préfecture de police portait le n°333.816.

SOURCES :
Le Siècle 3 mars 1894 — L’Événement 4 mars 1894 — Archives de la Préfecture de police Ba 1499, 1500.