ROUIF Léon, Alphonse. Garçon boucher ; anarchiste de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis).

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

Né le 24 octobre 1867 à Villethierry (Yonne) ; mort le 19 mars 1908 à Nanterre (Hauts-de-Seine) ; garçon boucher ; anarchiste de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis).

En 1887, Léon Rouif demeurait aux Grésillons à Genevilliers (Seine-Saint-Denis).
Le 12 avril 1888, il était condamné à 6 jours de prison, pour coups et blessures volontaires.
A partir du 12 novembre 1888, il effectuait son service militaire au 29e régiment d’infanterie, puis à la 8e section de commis et ouvriers. Il était libéré le 16 octobre 1891, avec un certificat de bonne conduite.
Le 1er mars 1894, son domicile 6 rue du Fort-de-l’Est à Saint-Denis était perquisitionné. La police trouvait chez lui un grand nombre de journaux anarchistes et quelques lettres intéressantes.
Il était arrêté et libéré le 6 mars 1894.
Rouif figurait sur une liste d’anarchistes de Saint-Denis au 28 mars 1894 et sur l’état récapitulatif des anarchistes au 31 décembre 1894, il habitait 1 rue du Canal à Saint-Denis.
Le 9 décembre 1896, il demeurait 56 rue Saint-Denis à Gennevilliers.
A partir du 5 octobre 1898, il allait résider à Buenos-Aires en Argentine . Il revenait s’installer le 8 mai 1899, 18 boulevard Voltaire à Asnières (Hauts-de-Seine). Il habitait ensuite à Paris, puis à Nanterre.
Le 7 avril 1902, il était condamné à 50 fr. d’amende, pour délit de chasse.

SOURCES :
Le Figaro 2 mars 1894 — Les anarchistes contre la république de Vivien Bouhey. Annexe 56 : les anarchistes de la Seine. — Archives de la Préfecture de police Ba 1500. — Journal de Saint-Denis 4 mars 1894 — Archives départementales de l’Yonne. État civil — Archives de Paris. Recrutement de la Seine, 1er bureau, Matricule : 2210, classe 1887.

ROUBICHON Jean-Marie. Maçon ; anarchiste parisien.

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

Né le 14 juin 1852 à Vannes (Morbihan) ; maçon ; anarchiste parisien.

Le 4 avril 1863, Jean-Marie Roubichon fut condamné à Vannes, pour attentat à la pudeur, avec violence sur un enfant de 8 ans, à la détention correctionnelle jusque 16 ans.
Jean-Marie Roubichon avait tiré au sort avec la classe 1872 dans le canton de Vertoux (Loire-Atlantique).
Il s’était marié à Nantes (Loire-Atlantique) en septembre 1879 avec Angélina Delanse, il était père de deux enfants.
Il fréquentait Drouet, son compatriote qui avait été compromis dans l’affaire du vol de dynamite à Soiy-sous-Etiolles pour laquelle il purgeait une condamnation à 8 ans de réclusion. Dans une lettre qui lui était arrivée de Nantes le 25 octobre 189 ( dernier chiffre non indiqué), celui-ci lui disait en terminant : « Tout à toi et à la cause que nous défendons, guerre aux bourgeois et mort au capital ! ».
Le 22 avril 1892, il était arrêté et mis à la disposition de l’autorité judiciaire, pour association de malfaiteurs. Le 12 mai 1892, il bénéficia d’un non lieu.
Depuis la condamnation de ses amis, Roubichon semblait avoir cessé ses relations avec les anarchistes.
Il figurait sur l’état récapitulatif des anarchistes au 26 décembre 1893, il demeurait 33 rue Saint-Blaise.
Le 30 juin 1894, le Préfet de police délivrait un mandat de perquisition et d’amener à son encontre et chargeait le commissaire Guillaud du quartier de Charonne, au titre de l’article 10 du Code d’instruction criminelle, de procéder à la perquisition et à son arrestation. Il était soupçonné de participer à une entente établie dans le but de préparer ou de commettre des crimes contre les personnes ou les propriétés (art. 265 et 266 du Code pénal. Loi du 18 décembre 1893).
Le 1er juillet 1894, à 4h30 du matin, le commissaire, accompagné de deux inspecteurs de la Sûreté, se présentait à son logement 33 rue Saint-Blaise, au 2e étage, composé de deux pièces et d’une petite cuisine. La perquisition ne donna aucun résultat. Il était arrêté et emmené au poste de police de la rue des Haies. Interrogé par le commissaire, il déclara : « Il est honteux d’arrêter un honnête travailleur, je n’ai fait de mal à personne. » Il était transféré au Dépôt pour y être photographié par le service de l’identité judiciaire, dirigé par Bertillon.
Le 4 juillet 1894, il était présenté au juge d’instruction Anquetil auquel il expliqua : « Lorsque j’ai comparu devant vous vous en 1892, j’avais des relations avec Drouet et je lui avais écrit des lettres qui ont motivé mon arrestation. Cela m’a guéri et depuis cette époque, je n’ai aucune relation avec les anarchistes. Je ne fais partie d’aucun groupe et je vis complètement isolé. » Le juge le fit emprisonner à Mazas.
Le 7 juillet 1894, il le fit mettre en liberté.

SOURCES : Les anarchistes contre la république de Vivien Bouhey. Annexe 56 : les anarchistes de la Seine. — Archives de la Préfecture de police Ba 77, 1500. — Archives de Paris D.3 U6 carton 50.

SEGARD Emilien, Alfred. Peintre en voitures, anarchiste de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) et Amiens (Somme).

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

Né le 1er juin 1875 à Salouël (Somme) ; peintre en voitures, anarchiste de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) et Amiens (Somme).

Émilien Ségard était déclaré à sa naissance comme étant le fils de Fidéline Mécrent et fut nommé Émilien Mécrent. Il fut ensuite légitimé par le mariage contracté à Salouël, le 21 septembre 1880, entre Philogone Ségard et Marie, Léonie Mécrent.
Il figurait sur l’état récapitulatif des anarchistes au 26 décembre 1893, il demeurait 30 rue d’Aubervilliers à Saint-Denis, avec son père Philogone Segard, militant anarchiste et sa mère Léonie Mécrent-Ségard, anarchiste elle aussi. Il était noté comme militant.
Il avait été arrêté deux fois pour distribution d’imprimés aux conscrits de Saint-Denis et pour affichage d’un manifeste du Père Peinard au Populo.
Il était arrêté de nouveau, le 2 janvier 1894, en même temps que son père.
Le 28 mars 1894, il figurait sur la liste des anarchistes de Saint-Denis avec son père Philogone. Son dossier à la Préfecture de police portait le n°188.621.
Le 30 janvier 1894, Ségard fils et Defosse se réfugièrent dans le département de la Somme, à Salouël, pour échapper aux recherches de la police. Ils avaient été vus plusieurs fois à Amiens et dans les environs. Une tante du premier donna asile à ces deux compagnons. Depuis leur arrivée, tous deux avaient cherché du travail de tous côtés, mais ils n’avalent été occupés que pendant plusieurs jours à des travaux manuels.
Un commissaire de police accompagné de quatre gendarmes s’était rendu à Salouël pour perquisitionner à leur domicile. La perquisition opérée chez la tante de Ségard ne donna aucun résultat. Ségard et Defosse étaient absents.
La présence des gendarmes et du commissaire spécial avait révolutionné le pays, un rassemblement assez considérable de monde se forma devant la maison habitée par les deux anarchistes. L’émotion était loin d’être calmée après le départ des représentants de la force publique. Ségard et Defosse, qui se trouvaient à Amiens, furent mis au courait à leur retour à Salouël dans la soirée. Le lendemain matin tous deux quittaient le pays et à 6 h. 46, ils prenaient, le train se dirigeant vers Beauvais.
En 1895, il demeurait chez ses parents, 202 boulevard de Chateaudun à Amiens. Il tira au sort dans le canton d’Amiens et fut déclaré « bon pour le service ». Il était incorporé le 16 novembre 1896 au 51e régiment d’infanterie et réformé le 10 novembre 1897, pour « bronchite bacillaire »
Lorsqu’il rentra de l’armée à Amiens, il ne trouva pas de travail.
Le 13 février 1898, il avait été arrêté à Amiens avec une dizaine de compagnons, après avoir déclenché une bagarre lors d’une conférence organisée par les catholiques à l’Alcazar. Il fut traduit en correctionnelle le 27 février 1898. L’agent de police Tillier déclara qu’il avait vu Ségard frapper plusieurs personnes. Il aurait selon lui crié plusieurs fois « Vive l’anarchie ! ». Ségard se déclara anarchiste mais nia avoir crié « Vive l’anarchie ! » et avoir frappé. Il expliqua avoir été arrêté rue Delambre, après sa sortie de la réunion, les agents l’ayant reconnu comme anarchiste, s’étaient écriés : « En voilà un ! ». Il fut condamné à 20 jours de prison.
Il était signalé au début des années 1900, comme ayant disparu d’Amiens.
En décembre 1904, il était responsable de l’Association antimilitariste (section d’Amiens), il invitait les compagnons à donner les noms et adresses des jeunes conscrits.
Le 19 janvier 1912, il demeurait 10 rue Jourdel à Amiens, il était peintre en bâtiment et était alors signalé comme « anarchiste, peu militant ».
Le 21 octobre 1914, il se mariait à Amiens avec Gabrielle, Charlotte Gaffet.

SOURCES :
Les anarchistes contre la république par Vivien Bouhey, Annexe 56 : les anarchistes de la Seine — Archives de la Préfecture de police Ba 1500 — Le Progrès de la Somme 14, 15, 19, 24 février 1898 — Les Temps nouveaux 26 février, 5 mars 1898, 17 décembre 1904 — Archives départementales de la Marne 30 M 83 — Archives départementales de la Somme 4 M 1530, État civil, Bureau de recrutement d’Amiens1R872, classe 1895, matricule n° 1181, — Notice Emilien Ségard du Dictionnaire des militants anarchistesLe Progrès de la Somme 23 mars 1894.

SEGARD, Philogone. Ouvrier de fabrique, journalier ; anarchiste de Saint Denis (Seine Saint Denis) et Amiens (Somme).

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

Né le 24 avril 1858 à Saleux (Somme) ; ouvrier de fabrique, journalier ; anarchiste de Saint Denis (Seine Saint Denis) et Amiens (Somme).

Le 21 septembre 1880, il se maria à Salouël (Somme),avec Marie, Léonie Mécrent, ouvrière de fabrique et légitima par cet acte, Émilien Segard, enfant naturel.
En 1884, il demeurait 30 rue d’Aubervilliers à Saint-Denis. Il était cordier.
A la fin des années 1880, Philogone Segard était membre du groupe La Jeunesse libertaire et responsable, en septembre 1888, de la bibliothèque du groupe anarchiste de Saint Denis.
Le groupe anarchiste de Saint-Denis, qui fonctionnait autrefois sous le nom de « Libertaires de Saint-Denis » fut fondé en 1889, il tenait ses réunions salle Hébary, rue du Port, 26, ou salle Méret, cours Benoît, 25. Ses principaux membres étaient Ségard, les frères Brœche, Boutteville, Champion, Petit, Chaumentin, Salis, Duhaillon, Bastard, Heurtaud, Lubras, Gustave Mathieu, Brille,Simon dit Biscuit, Pauwels, etc. Le groupe de Saint-Denis était en quelque sorte le comité central de tous les groupes des localités de la banlieue environnante.
Philogone Ségard vendait tous les journaux et brochures anarchistes. Il travaillait semble-t-il à l’usine à gaz du Landy.
Le 1er mai 1890, à 8 heures du matin, des inspecteurs du service de la Sûreté l’avaient arrêté avec plusieurs autres compagnons du groupe dont François Kaision, François Pourry, Ernest Bourgeois et Anselme Monneret et poursuivi pour « incitation au pillage ». Leur domicile avait été perquisitionné. Les perquisitions avaient amené la découverte de divers papiers et imprimés. Ils avaient été envoyés au Dépôt.
Le 21 novembre 1890, Pauwels déposa chez lui le modèle d’un manifeste tiré à la polycopie afin de le distribuer aux conscrits qui allaient partir prochainement ou qui allaient tirer au sort au commencement de l’année 1891.
Il était à cette époque ouvrier aux établissements Voisine.
Lors des incidents du 1er mai 1891 à Levallois, il avait fait partie des compagnons qui tirèrent des coups de revolver sur les gendarmes et les agents de police de Levallois-Perret. Quelques jours après, Pauwels et Segard étaient surpris par deux inspecteurs de la sûreté a Argenteuil, chez les beaux-parents de Pauwels, dans une maison dite la maison Bauchène, rue du Carême-Prenant. Mais Pauwels et Ségard avaient pris la poudre d’escampette par le jardin. On ne put arrêter que Marie, Léonie Ségard, venue pour voir son mari et un nommé Lardon, habitant à St-Denis.
Le 5 mai, il partait pour Londres, avec Pauwels. Ils habitaient chez Richard, épicier, 67 Charlotte Street, Fitzoy Square
A Londres, en juin 1891, il logeait avec Pauwels dans une maison où habitait Louise Michel.
Le 10 juin 1891, le Préfet de police était informé que sa femme venait de recevoir de sa part et de Pauwels, une dizaine de cartouches de dynamite.
Le 15 juillet 1891, l’indicateur Z2 SD, notait que Ségard aurait été vu à Paris, deux ou trois jours auparavant, venant de Bruxelles. Pauwels à la même époque était lui aussi rentré en France sous le faux nom de Defosse.
Le 21 juillet 1891, l’indicateur X n°2 faisait savoir que Pierry, de retour de Londres était à Saint-Denis et venait chez Marie, Léonie Ségard. Quant à Ségard, il avait l’intention de rentrer en France, préférant être incarcéré que d’être à l’étranger.
Au mois de juillet 1891, Sicard de Paris était venu apporter à sa femme de l’argent récolté lors d’une réunion.
Le 24 juillet 1891, selon l’indicateur X n°2, Martinet s’était rendu à 11 heures du soir chez sa femme, pour lui annoncer qu’il avait obtenu de Constant, le ministre de l’intérieur, l’autorisation qu’Altéran puisse rester en France.
Segard était de retour au mois de novembre 1891, il s’employait, avec l’aide de Dutheil à réorganiser le groupe de Saint-Denis qui s’était dissous en son absence. Dans une lettre à Dutheil, Ségard, croyant la guerre imminente, disait que « pendant que les troupes se battront aux frontières, les anarchistes feront la guerre à l’intérieur, brûleront les mairies et tous les édifices publics, s’empareront de tous ce qu’ils pourront, et supprimeront ceux qui entraveront leurs agissements. »
Puis il fut en relation avec les compagnons réfugiés à Londres, notamment Henri Defosse dont il recevait les correspondances à redistribuer en France.
Comme de très nombreux compagnons, tant à Paris qu’en banlieue et en province, il fut arrêté le 22 avril 1892 préventivement à la manifestation du 1er mai. Il demeurait toujours 30 route d’Aubervilliers.
Le 24 août 1892, Pauwels informa Ségard par lettre qu’il était à Londres. Selon l’indicateur Z n°3, Pauwels était en contact avec lui par l’intermédiaire de son fils Emilien Ségard.
En décembre 1892, un certain Louis-Albert Prudhomme dit Valentin avait été perquisitionné à Varangeville, près de Nancy avec deux autres compagnons : Meunier (qui était en fait Pauwels) et Calixte David (qui serait en réalité Elisée Bastard). Selon la police Prudhomme était en fait Philogone Segard. Le 29 décembre 1892, Prudhomme (Ségard), dans une lettre qu’il avait écrite à Bastard, donnait l’adresse de Pauwels en Espagne : El Poductor, 2 San Olegarion à Barcelone.
En 1893 il fut suspecté d’avoir été l’auteur, avec Bastard, du placard Mort aux voleurs.
Selon un rapport de l’indicateur X n°2 du 13 janvier 1893, « il serait bon de faire filer Bastard et Ségard et d’exercer à leur égard une étroite surveillance parce que leur conduite et leur manière de faire semblent louches. Jamais on ne sait exactement où ils vont, en tous cas c’est toujours du côté opposé où ils disent. Ils sont les commissionnaires des compagnons, ce sont eux qui vont chercher toutes les affiches de pays en pays, qui portent tous les messages aux groupes ou aux individus. Vu ces circonstances, ils sont toujours armés. Ils sont au courant de tout, rien ne leur est étranger. Ségard va sur Paris presque tous les jours, quelque fois il ne rentre pas ».
Le 29 janvier 1893, l’indicateur N°2 précisait qu’il aurait participé, avec entre autres Pennelier, Ouin et Bruneau, à l’affichage d’un manifeste anti patriotique lors des opérations de tirage au sort à Saint-Denis.
Le 26 avril 1893, l’indicateur X n°2, indiquait : « Les anarchistes sont on ne peut plus circonspect et semblent vouloir rester dans le calme pour ce moment. Il y a peu d’allées et venues chez Ségard. La femme Decamp, Léveillé et Charlot y viennent seuls de temps en temps. »
Le 12 mai 1893, l’indicateur Z n°3, signalait que Dejoux qui avait rendez-vous avec Claudet, était allé dimanche à Paris. Il s’était rendu également 84 boulevard Ménilmontant. Ségard lui avait réclamé l’exemplaire de l’Indicateur anarchiste qu’il lui avait prêté pour en faire réimprimer un millier.
Ségard figurait sur l’état récapitulatif des anarchistes, au 26 décembre 1893, avec sa femme Marie, Léonie Ségard .
Il donnait asile à tous les anarchistes qui se présentaient chez lui
Le 1er janvier 1894, lors de la rafle suivant l’attentat de Vaillant à la Chambre des députés, il fut l’objet d’une perquisition où la police avait saisi de la correspondance, des brochures, un drapeau noir avec cette inscription : « L’anarchie, c’est l’avenir de l’humanité » et des armes improvisées consistant en limes et trois pointes affûtées et emmanchées dans des morceaux de tuyau de plomb, constituant une arme redoutable. Les murs de sa chambre étaient tapissés d’illustrations représentant Ravachol dans sa cellule, l’explosion de la rue de Clichy, les anarchistes de Chicago, des portraits de Mathieu, Pini, Meunier, François, avec au dessus celui d’Elisée reclus, avec cette mention, écrite de la main de Ségard : « l’anarchiste ».
Il fut alors arrêté ainsi que son fils et le compagnon Defosse qui était de passage. Defosse était un familier des Ségard ; il mangeait souvent à leur table et couchait fréquemment chez eux. Segard ne fut libéré que le 26 janvier 1894.
Le 27 février 1894, à six heures, M. Blondean, commissaire de police de Saint-Denis, se présentait au domicile de Ségard, 32, rue d’Aubervilliers, et le mettait en état d’arrestation, comme faisant partie d’une association de malfaiteurs.
Le 27 mars 1894, il était à nouveau arrêté, pour avoir donné asile à Matha. En voyant les agents, il s’était écrié : « Je m’y attendais ».
Son dossier à la Préfecture de police portait le n°316.031.
En 1895, il demeurait 202 boulevard de Chateaudun à Amiens.
Le 18 janvier 1912, il habitait 33 rue au Lin à Amiens où il était débitant de boissons. Il était noté « anarchiste très militant ».

SOURCES :
C. Bantman « Anarchismes et anarchistes… », op. Cit. — Le Père Peinard, année 1892 — Archives Nationales BB 186461, F7/12507, F7/12508 — La Révolte, 23 septembre 1888, 12 mai 1889 — Archives de la Préfecture de police Ba 78, 1215 1500 — Le Petit moniteur universe 3 mai 1890 — Journal de Saint-Denis 4 mais 1890, 10 mai 1891 — Archives Départementales de la Somme 4 M 1530. Etat civil — Le Matin 3 janvier 1894 — Les anarchistes contre la République par Vivien Bouhey, Presses universitaires de Rennes. 2008, p. 292 et 293 — Journal des débats 27 février 1894 — La République française 28, 29 mars 1894 — Archives départementales de la Seine-Saint-Denis. Etat civil — Notice Philogone Ségard du Dictionnaire des militants anarchistes.

Bataille rangée à l’Alcazar d’Amiens : les anarchistes font le coup de poing contre les catholiques. 14 février 1898

Six anarchistes étaient emprisonnés au Beffroi avant d’être conduits au parquet.

La Réunion de l’Alcazar

Effroyable tumulte — Bataille dans la salle — Coups de canne et coups de parapluie — Arrivée de la police — Expulsion des anarchistes — Au poste —Manifestation dans la rue — la police acclamée.

De mémoire de journaliste, nous n’avons assisté à pareille réunion. Alors que la conférence devait être privée, et pour cela le groupe organisateur avait distribué des cartes nominatives ; alors qu’il avait été stipulé qu’aucun auditeur ne pourrait avoir accès dans la salle, qu’aucune lettre d’invitation ne portant le nom et l’adresse du porteur ne serait reçue, une vingtaine de libertaires ayant pu se procurer des cartes d’entrée, ont pénétré dans la salle.

Disons d abord que la réunion était présidée par M. Gaston David, de Bordeaux, ayant pour assesseurs M. Fauvel, avocat a Amiens, et M. Lepage, ancien avoué.

La salie sans être bondée, n’en contenait pas moins environ 1,500 personnes.

M Gaston David a d’abord déclaré que la réunion n’était pas contradictoire. Il a remercié ensuite M. Thellier de Poneheville d avoir bien voulu apporter aux catholiques d’Amiens l’appui de sa parole pour les intérêts de la religion et de la République et des inséparables intérêts du peuple et de la patrie.

Nous ne le suivrons pas plus longtemps dans le long exposé qu’il a fait du mouvement en préparation et qui tend, on le sait, au ralliement de tous les conservateurs à la République. Dès le début de son discours, des interruptions s’élevèrent ; elles partaient d’un groupe se tenant à l’entrée de la salie à droite, dans la partie réservée au public debout.

Ces interruptions furent fort mal accueillies. De toutes parts, on se mit à crier : « A la porte ! enlevez-le ! » En vain le président agite sa sonnette, le tumulte ne cesse de grandir et les altercations se croisent sur tous les points de la salle. On crie : « A bas Zola ! Vive l’armée ! » Au bout de dix minutes, le calme, un calme relatif, renaît. M. David peut continuer sa lecture — car il lit — mais sa voix est à peine entendue des premiers rangs de la salle.

Il termine bientôt et donne la parole à M. Thellier de Poncheville

C’est pendant le discours de l’ancien député du Nord que nous allons assister à une scène effroyable, comme jamais nous n’en avons vue. Le discours de l’orateur a été au début, haché par des interruptions sans portée auxquelles on répondait par les cris de : « Vive l’armée ! A la porte ! A la tribune ! Enlevez-le ! » Ce dernier cri dominait.

L’orateur peut cependant poursuivre l’exposé de son programme. Il convie, tous les bons français, tous les patriotes à s’unir autour de la mère-patrie.

Et Fourmies ! crie un spectateur.

A bas les juifs ! répond-on. Et de toutes parts partent les cris de « à bas les juifs ! »

La, plupart des spectateurs savent qu’une vingtaine d’anarchistes ont pu pénétrer dans la salie. La police a été informée et des mesures ont été prises, afin d’éviter des scènes de désordre. Sur plusieurs points de la salle, et notamment dans la partie située entre la porte et les stalles, une quinzaine d’agents de la sûreté se sont disséminés.

Mais le tumulte redouble. Le président agite désespérément la sonnette. Dans la partie de salle où sont groupés les libertaires, on discute avec vivacité. Le public des galeries continue de crier :  « A bas Zola! Vive, l’armée !» Les discussions entre libertaires et catholiques, devienne de plus en plus violentes. Tout le monde se lève et le tumulte à ce moment devient indescriptible.

Les anarchistes entonnent l’Internationale, pendant que d’autres continuent à discuter Tout à coup, de l’endroit où nous étions placé, nous voyons les cannes et les parapluies s’abaisser. Une bataille, bataille acharnée, qui va durer dix longues minutes, s’engage entre libertaires et catholiques.

Les agents de la sûreté chargés du maintien de l’ordre, essayent de refouler les anarchistes vers la porte de sortie. Ceux-ci sont entourés, frappés, renversés sur le plancher ; d’autres sont saisis et enlevés jusqu’à la porte de l’escalier. Les coups pleuvrait dru comme grêle de part et d’autre.

Me Roux, avocat, se trouve au milieu de la bagarre. Le bruit court qu’il a été frappé à coups de canne : il n’en est rien.

Mais d’autres citoyens sont frappés avec la dernière brutalité. Un nommé Lepied a reçu sur le côté gauche de la tête, un violent coup de canne. Le sang coule de sa blessure. Le blessé est conduit dans la salle de café où les premiers soins lui sont donnés. Puis il est transporté en voitures à son domicile, 3, rue des Cordeliers, après avoir été pansé à la pharmacie Rattel.

La bataille continue, acharnée. Des gens sont renversés, frappés, piétines, les casquettes et les chapeaux volent en l’air, et les cannes continuent de s’abattre. Des citoyens inoffensifs sont frappés et poussés dehors.

Dans la salle, on crie ; « Vive l’armée! » Enfin, la calme commence à renaître. Cependant, dans un coin, deux ou trois personnes se trouvent encore aux prises. Un citoyen qui vient d’être bousculé, tombe ; cinq ou six personnes s’acharnent sur lui, le frappant à coups de pied, lui arrachant ses vêtements. On le relève ; il a la figure congestionnée et le sang coule de plusieurs blessures qu’il a ù la tête.

Dans le groupe, M.Quignon,représentant de commerce, frère du citoyen Quignon, ancien débitant rue Saint-Leu, est frappé avec brutalité. Son haut-de-forme est défoncé et les coups de canne s’abattent sur sa tête.

Il proteste. A ce moment il est saisi par des agents, poussé dehors et conduit au poste, tête nue.

Au premier signal du tumulte, la salle avait été envahie par une vingtaine d’agents en tenue, et qui se tenaient en permanence, au poste central prêts à partir à la première alerte.

Les libertaires, poussés jusqu’à la porte de l’escalier, étaient saisis par les agents et conduits individuellement au poste central qui se trouva bientôt rempli. Parmi eux se trouvait, nous assure-t-on, un anarchiste italien arrivé à midi de Paris. Celui-là sera maintenu en état d’arrestation. Au dehors, un grand nombre de personnes stationnaient. Chaque fois qu’un anarchiste sortait escorté par des agents, des cris s’élevaient : « Vive la police ! » Dans les groupes, aux abords de l’Hôtel de Ville, on discutait bruyamment. Un malheureux tringlot ayant manifesté son mécontent, a été arrêté et conduit au poste.

M Abgrall, commissaire de police de permanence, a commencé à cinq heures,l’interrogatoire de toutes les personnes arrêtées. Parmi les anarchistes se trouvent le compagnon Morel, l’orateur bien connu du groupe d’Amiens, et M. Boutilly, marchand de parapluies et de cannes que M. Férail, conseiller municipal, vient réclamer.

M. Boutilly nous explique pourquoi il a été arrêté. Il se trouvait au milieu du groupe anarchiste. Il n’avait pas fait entendre la moindre observation quand la bagarre a éclaté. Poussé, bousculé jusqu’à la porte de l’Alcazar, il a reçu de nombreux coups sur la tête et a le cuir chevelu fortement endommagé.

M. Guargualé, commissaire central, reste en permanence dans son bureau.

Dans la salle, le calme est revenu et M. Theillier de Poncheville peut achever son discours sans aucune interruption.

A 6 h. I/4, la séance est levée aux cris de : Vive la police ! Vive la Patrie ! »

La sortie de l’Alcazar s’effectue sans incident. Mais au dehors, la foule est toujours grande.

Les arrestations

Une quinzaine d’arrestations ont été opérées. Citons les noms de Tarlier Camille et Gabriel, Morel, Goulancourt, Desprez, Fasquel, Ségard père et fils, Péchain, Dumont Léon, Boutilly, Lebrun, Quignon, Gamelin, etc.

Sur ce nombre cinq ou six ont été maintenus. Les autres, parmi lesquels Morel, Boutilly, etc., ont été relâchés.

Le Progrès de la Somme 14 février 1898

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La bataille de l’Alcazar

Les arrestations

M. Abgrall, commissaire de police du 4e arrondissement et son collègue M. Jérôme, du 2e arrondissement, ont interrogé dimanche soir, de six heures du soir à minuit, les individus arrêtés pendant la bagarre de l’Alcazar.

Le poste central de police présentait une vive animation. Tous les libertaires amenés au commissariat central n’avaient pu être enfermés dans les violons au nombre de trois seulement. Les autres étaient assis dans le fond du poste, sur des bancs, sous l’œil des agents de police.

En outre, afin de prévenir des manifestations, un certain nombre d’agents avaient été détachés des divers arrondissements. Ils faisaient les cent pas autour de l’Hôtel de Ville, faisant circuler les nombreuses personnes qui n’ont cessé de stationner aux abords jusqu’à une heure très avancée.

Les anarchistes étaient conduits individuellement dans le bureau du commissaire de permanence. Tous ont protesté avec véhémence contre les brutalités dont ils ont été l’objet. Tous ou presque tous ont reconnu avoir donné des coups, mais ils affirment n’avoir fait que riposter aux coups qu’on leur portait.

Il semble définitivement établi que tous — sauf le compagnon Morel qui avait une canne — étaient venus à l’Alcazar sans bâtons. Cependant des témoins affirment les avoir vus frapper et parmi eux les agents de la sûreté qui ont procédé à leur expulsion. Parfaitement, répondent-ils. quant nous nous sommes vus entourés, menacés de toutes parts, frappés, nous nous sommes élancés et nous avons saisi les cannes et les parapluies des gens qui nous menaçaient ou nous frappaient. Et alors nous nous sommes défendus.

Le fait est que la bataille a été terrible. Mais tous ceux qui ont été frappés n’ont pu être connus.

Dans une pareille mêlée, il semble difficile même à l’œil le plus clairvoyant, le plus exercé,de discerner le premier agresseur. Beaucoup ont reçu des coups qui ne s’en vantent pas. De même que la plupart de ceux qui se sont vus dépouillés de leurs cannes ou de leurs parapluies ne se sont point empressés de s’en plaindre à la police.

Après la bataille, le sol était jonché de foulards, de chapeaux et de casquettes. Ces objets ont été emportés soit par des agents soit par des amis de leurs propriétaires. M. Quignon qui a été roué de coups sans avoir frappé, a eu son couvre chef aplati et fortement endommagé.

Donc, au cours de l’interrogatoire qu’ils ont subi, les douze personnes arrêtées ont vivement protesté. Quelques-unes ont parlé de guet-apens. Leurs dépositions ont été consignées dans les procès-verbal actuellement entre les mains du parquet.

A minuit, l’interrogatoire était terminé. Six arrestations ont été maintenues. Ce sont celles de :

Léon Dumont, 18 ans, demeurant rue du Don, 27.

Henri Goullencourt, 30 ans, demeurant rue Voclin, 51.

Amédée Desprez, 30 ans, demeurant route de Rouen, 87.

Rupert Péchin, 30 ans, demeurant rue Degand, 42.

Oscar Fasquel, 109, route de Rouen.

Gustave Bordenave, 21 ans, demeurant rue des Jacobins, 51.

Les autres ont été remis en liberté. Ce sont les nommés :

Gustave Gamelon, 31 ans, cordonnier, demeurant rue Delahaye.

Camille Tarlier, 22 ans, employé au chemin de fer, 60, rue Rigollot.

Emilien Ségard, 22 ans, peintre en voitures, route de Rouen, 223.

Georges Morel, 42 ans, cordonnier, route de Rouen, 109.

Léopold Lebrun, 34 ans, tisseur, place de la Tuerie, 6.

Victor Boutilly, 41 ans, fabricant de cannes, rue du Coq.

Les six premiers dont l’arrestation a été maintenue, ont été dirigés sur le beffroi où ils ont passé le reste de la nuit. Ils seront poursuivis pour coups et blessures.

Parmi eux se trouve Fasquel qui a été conduit ce matin au commissariat du 4e arrondissement où il a subi un nouvel interrogatoire. Mis en présence de Lepied, blessé à la tête, ainsi que nous l’avons dit hier, il a été reconnu par ce dernier comme étant Fauteur du coup de canne.

Enfin parmi les six individus remis en liberté se trouve le jeune Tarlier qui, au dire des agents, aurait porté des coups à Me Roux, avocat. Me Roux s’est tenu pendant toute la première partie de la réunion, près du groupe des anarchistes et à un certain moment il dut reculer pour ne pas être entraîné dans l’échauffourée. Il a affirmé n’avoir reçu aucun coup le canne ; cependant les agents maintiennent avec énergie qu’il a reçu un coup de Tarlier.

C’est en raison de ces affirmations que le jeune Tarlier est poursuivi pour violences.

Quant à ce pauvre Boutilly, citoyen inoffensif, assidu de toutes les réunions publiques, remis en liberté sur la demande de M. Férail, conseiller municipal, il sera également poursuivi pour violences.

Boutilly a peut être été l’un des plus maltraités. C’est sur lui d’abord que les manifestants se sont acharnés. Frappé par derrière sur la tête et dans le dos, il se défendit et frappa à son tour. Des agents l’ont vu et demain il ira s’asseoir sur le banc des prévenus. Boutilly n’est pas anarchiste, il n’est même pas socialiste. Il est républicain et plus d’un homme politique s’honore de son amitié. Pourquoi aussi va-t il s’aventurer en de tels lieux ?

Bref, sur une cinquantaine de personnes qui ont frappé, douze au plus sont poursuivies.

Les prévenus au parquet

Les six anarchistes maintenus en état d’arrestation ont été extraits du beffroi à trois heures pour être conduits au parquet. Depuis un quart d’heure, deux cents personnes stationnaient tant sur la place au Fil que dans la rue des Chaudronniers.

Des groupes d’agents arrivant de divers côtés s’engouffraient dans le beffroi et bientôt on se demanda si notre vieille prison municipale serait suffisante pour les contenir tous,

— Combien sont-ils d’anarchistes au beffroi ? demandaient les curieux.

— Six, répondait-on. A trois heures, M. Mafflart, inspecteur de police, sort du Beffroi suivi d’agents, auxquels il donne l’ordre de faire évacuer les abords. Un agent apporte un pardessus en loques qu’il remet à une femme. C’est le pardessus de l’anarchiste Desprez.

Enfin, les prévenus sortent escortés d’une vingtaine d’agents.

— A bas les jésuites ! crie Desprez en descendant les marches du Beffroi.

Ce cri n’a aucun écho. Et le cortège se dirige vers le Palais de Justice par le marché Lanselles, les rues Saint-Martin, Henri IV et Cormont. Un cordon d’agents empêche les curieux de suivre les anarchistes.

Devant les grilles du palais, une vingtaine de personnes attendent.

Les anarchistes sont traduits dans le bureau du chef du parquet qui procède à l’interrogatoire.

Pendant ce temps, des agents stationnent à toutes les portes du Palais de Justice, et leur présence ne manque pas d’attirer les curieux.

A quatre heures et demie, plus de deux cents personnes sont groupées dans la rue Robert-de-Luzarches.

La sortie des prévenus par la rue Victor-Hugo, absolument déserte, est passée inaperçue. Le public se morfondait du côté opposé.

Les six anarchistes ont été conduits à la prison de Bicêtre par les boulevards.

Les poursuites

Les douze prévenus comparaîtront aujourd’hui mardi à l’audience correctionnelle.

Les mesures d’ordre les plus rigoureuses seront prises en vue d’empêcher toute manifestation.

Le Progrès de la Somme 15 février 1898

Un complot anarchiste à Saint-Denis ? 10 mai 1891

Un Complot Anarchiste

L’Organisation anarchiste. — La filière du complot. — Un mot de Decamp

Quand nous disions que les tentatives renouvelées décelaient la présence à St Denis d’une bande d’anarchistes dont le plan bien arrêté était de jeter la terreur dans la ville, nous ne nous trompions pas.

Eux-mêmes se sont chargés de prouver que nous avions raison en venant se livrer à une démonstration violente devant le commissariat Nord.

Avant-hier, vers 11 heures du soir, une troupe d’anarchistes, composée d’une douzaine d’individus, s’est rassemblé devant l’hôtel-de-ville et a fait pleuvoir une grêle de pierres sur les vitres.

Le bruit des carreaux tombant à grand fracas attira l’attention de M. Rouquier qui se trouvait encore à son bureau. Il sortit aussitôt avec M. Marie, son secrétaire, et plusieurs agents.

A la vue du commissaire et de ses agents, les agresseurs s’enfuirent, non sans avoir jeté un certain nombre de pierres dans la direction des agents. Aucun d’eux fort heureusement n’a été atteint.

Deux de ces criminels ont été mis en état d’arrestation. Ce sont les nommés Yves Thos et Georges Lebon,

Le lendemain du jour où ces avènements se passaient commissariat Nord, M. Belouino commissaire de police de la circonscription Sud, accompagné de l’inspecteur principal de la sûreté, Rossignol, arrêtait des anarchistes faisant partie du même groupe que ceux arrêtés à Argenteuil, qui, comme nous l’avons dit, ont tiré le 1er mai, à Clichy, des coups de revolver sur les agents.

Ce sont les nommés Joseph Bastard, âgé de quarante-cinq ans, orfèvre, demeurant à St-Denis, Joseph Gauthier, âgé de 20 ans, polisses, demeurant rue des Echalas, Joseph Altérant, âgé de 34 ans, sujet italien, polisseur, demeurant rue du Canal, 33, et Auguste Heurtaux, âgé de 28 ans, polisseur, demeurant rue du Canal,

Les perquisitions faites aux domiciles des inculpés ont fait découvrir des armes, des cartouches et des brochures.

Ces anarchistes ont été mis à la disposition de M. Couturier, juge d’instruction.

Il est bien certain qu’on ne peut plus dire aujourd’hui que la bande qui sème la terreur ici, n’est pas une réunion d’anarchistes. Ne suffit-il pas d’ailleurs de relever les inscriptions qu’ils ont laissée presque partout où ils ont essayé de mettre le feu : Mort aux patrons ! Vive l’anarchie, etc., etc…

On a même consenti à prendre la chose au sérieux en haut lieu. Agissant en vertu d’une commission rogatoire,M. Bélouino a été chargé de renouer le fil et de suivre le complot depuis les séances un tant soit peu orageuses qui précédèrent le premier mai.

Nos lecteurs n’ont certainement pas perdu le souvenir de la réunion anarchiste où Je compagnon Viard poussait ouvertement au meurtre et à l’incendie. Au sortir de la salle Mérot une troupe de surexcités s’en alla accumuler des tas de bois devant le local même qu’occupe l’Exposition et y eut sans doute mis le feu si on l’eût laissé faire. Pour ce soir on se contenta de briser les vitres.

Ce qu’il y a de certain, c’est qu’une réunion avait été décidée outre les anarchistes de Levallois, de Clichy et de St-Denis.

Les plus fougueux, Ségard et Pauwels qu’on avait recherché vainement la veille du premier mai, s’étaient montrés à Levallois.

Quelques jours après, Pauwels et Segard étaient surpris a Argenteuil par deux inspecteurs de la sûreté dans une maison dite la maison Bauchène, rue du Carême-Prenant. Mais Pauwels et Ségard étaient protégés par une dizaine de compagnons et, durant le temps que l’on mit à demander du renfort au commissaire de police de la circonscription, les vaillants anarchistes avaient pris la poudre d’escampette. On ne put arrêter que la femme Ségard, venue pour voir son mari et un nommé Lardon, habitant à St-Denis.

Des perquisitions faites chez Pauwels rue de La Briche, à St-Denis, ont amené l’arrestation d’un nommé Gautier qui a pris le chemin du dépôt.

Enfin, hier matin, M. Bélouino ayant appris que des anarchistes étrangers étaient depuis quelque temps à St-Denis et les ayant fait surveiller, a fait arrêter deux individus nommés Lefèvre et Rousseau. Lefèvre portait un formidable casse-tête et Rousseau tout un paquet du journal La Révolte. Ces deux compagnons arrivant de Grenoble avaient gîté chez un « frère ». Ils étaient porteurs d’un carnet donnant les adresses d’anarchistes de Paris, de la Banlieue, et de plusieurs grandes villes de France et de l’étranger. Il s’y trouvait même l’adresse d’anarchistes habitant New-York.

Des mesures surveillance extrêmement sévères sont prises pour assurer la liberté du travail et la tranquillité dans les usines.

Un mot de Decamp

Donnons pour terminer un mot de Decamp à Levallois. Il est assez suggestif :

— Quand vous me teniez sous vous, a-t-il demandé au commissaire, vos genoux sur ma poitrine, pourquoi ne m’avez-vous pas fait sauter le caisson?

— Ce n’était pas dans les ordres reçus,

— Eh ben ! vrai, vous avez eu tort, car si vous aviez été à ma place et moi à la vôtre, je vous aurais cassé la gueule. Entre nous, voyez-vous, c’est une lutte à mort. Je suis un anarchiste et vous un policier. L’un ne peut exister à côté de l’autre.

Dernière heure

Plusieurs de nos confrères parisiens ont affirmé que Ségard, Elysée Bastard, dont le père avait été arrêté puis relâché, et Pauwels étaient partis à Londres.

Tout nous fait croire qu’ils ont pris la route de Belgique où ils continuent leur agitation.

Journal de Saint-Denis 10 mai 1891

SCHAEFFER Charles. Ebéniste ; anarchiste parisien, gérant de journaux, syndicaliste.

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

Né le 20 janvier 1866 à Paris (XIe arr.) ; .ébéniste ; anarchiste parisien, gérant de journaux, syndicaliste.

Charles Schaeffer qui demeurait 11 rue des Boulets à Paris, était l’administrateur de la revue mensuelle L’Autonomie individuelle (Paris, 9 numéros de mai 1887 à mars 1888) dont les principaux rédacteurs étaient Lucas, Carteron et G. Deherme.
A l’été 1887, il participait aux premières réunions du groupe « Les travailleurs communistes libertaires du XXème arrondissement », fondé par Amédée Thomas qui se composait d’une trentaine de membres. Il participait également au groupe « Les libertaires du XXe arrondissement ».
Le 26 avril 1892, son domicile était perquisitionné. Il figurait sur l’état récapitulatif des anarchistes au 26 décembre 1893.
En 1892 il était, avec notamment Eugène Villaret, l’un des responsables de la chambre syndicale de l’ébénisterie dont le siège se trouvait 10 rue Basfroi. Il figurait sur une liste d’anarchistes d’avril 1892, il demeurait 5 rue Paul Bert.
Au cours de l’année 1893, un Schaeffer avait assisté à de nombreuses réunions anarchistes (14 rapports d’indicateurs de police le concernant) mais la Préfecture de police ayant attribué le même numéro de dossier à Charles et Ignace Schaeffer, il n’était pas possible d’attribuer la présence à telle réunion, plus à l’un qu’à l’autre. Dans un rapport du 12 avril 1894, la 1ère brigade de recherches de la Préfecture de police signalait son incapacité à s’y retrouver entre les différents Schaeffer. Elle était incapable de retrouver un troisième Schaeffer, cordonnier à Saint-Denis (il s’agissait vraisemblablement d’Emile Schaeffer). « En fait d’individus de ce nom, considérés comme anarchistes, on ne connaît aux archives du Service qu’un nommé Schaeffer qui a assisté le 29 octobre 1892 à une réunion tenue par les Egaux, boulevard de Charonne, n°144, puis le 14 novembre de la même année, à une autre réunion organisée par le groupe L’Autonomie individuelle, 34 rue Pastourelle. Toutefois ces indications se bornent là.
Il est fort possible que l’anarchiste signalé ne soit autre que Schaeffer (Charles), âgé de 28 ans, né à Paris, célibataire, se disant ébéniste, qui le 6 mars dernier, a été arrêté à son domicile, 16 rue Faidherbe et qui, depuis, est détenu à la maison cellulaire de Mazas.
Avant son arrestation cet individu ne se livrait à aucun travail, il fréquentait assidûment bon nombre de ses coreligionnaires politiques, notamment Petit (Georges), orateur anarchiste bien connu, avec lequel il était lié d’amitié.
Antérieurement au mois de juillet 1893, il était domicilié dans le passage Montgallet. Or, on n’apprend pas qu’il ait jamais été fixé à Saint-Denis.
Faute de données suffisantes, on n’a pu diriger l’enquête de façon plus utile. »
Le 2 mars 1894, son domicile, 16 rue Faidherbe, fut perquisitionné, sans résultat et il fut arrêté. Il était libéré le 30 mars 1894. Il figurait sur l’état récapitulatif du 31 décembre 1894. Sur l’état du 31 décembre 1896 et sur celui de 1901, il demeurait 92 rue de Charonne.
A la suite de son arrestation une protestation paraissait dans la Lanterne du 7 mars 1894 : « Les événements nous ont déjà prouvé que les lois de répression n’étaient pas faites contre les anarchistes, mais bien contre les socialistes. La réaction qui nous gouverne a encore commis une infamie en arrêtant le citoyen Charles Schaeffer, secrétaire de la chambre syndicale de l’ébénisterie. »
Le 1er juillet 1894, il se trouvait dans la liste des anarchistes à perquisitionner mais il était absent de son domicile.
Son dossier à la Préfecture de police portait le n°160.899 (le même que celui d’Ignace Schaeffer).
Á partir du 15 octobre 1894 il fut le gérant du journal La Coopération, organe des idées coopérativistes, dans lequel, à partir du numéro 3 il confia une page intitulée « la coopération des idées » à G. Deherme. L’année suivante le journal prenait le titre de La Coopération des idées (Paris, 1895-1913 ?), journal d’éducation et d’actions sociales dont il assura la gérance avant d’être remplacé par Deherme qui en était pratiquement le rédacteur unique et dont les sept numéros publiés en 1895 n’étaient ni numérotés ni datés. C’est à partir de février 1896 (n°1) qu’apparut la numérotation de ce périodique Cette revue, qui était alors domiciliée 87 rue des Pyrénées (20ème arr.), était destinée à encourager la culture populaire et à servir de lien entre les Universités populaires qui, au moins à leur début, étaient animées par des anarchistes.
Charles Schaeffer s’était marié le 19 mars 1920 à Paris avec Armandine Mansuy.

SOURCES :
R. Bianco, Un siècle de presse anarchiste…, op. cit. — La revue La Coopération est accessible sur Gallica. — Note de Lucien Mercier. — Etat civil — Archives de la Préfecture de police Ba 77, 79, 1498 , 1499, 1500, 1508 — Les anarchistes contre la république par Vivien Bouhey, Annexe 56 : les anarchistes de la Seine — Notice Charles Schaeffer et Emile Schaeffer du Dictionnaire des militants anarchistes.

Les numéros de dossiers des anarchistes en 1885

21000-7

Des correspondances n°8 en date des 18, 19 et 26 et 30 juin 1885, donnent des renseignements sur les membres du parti révolutionnaire dont les noms suivent :

(seuls les anarchistes sont recopiés)

90.044 Placide La Ricamarie (Loire)

95.894 Avronsart 16 place Maubert Paris

97.915 Deux 6 rue Victor Letal Paris

105.465 Ulrich rue Monge Paris

163.367 Pleynet Elie rue de Cance, Annonay (Ardèche)

170.516 Rigal Léger rue de l’Hôtel de ville, Beaucaire (Var)

190.644 Vallet 12 quai de la gare d’Eau, Lyon-Veyse

194.909 Chauvin 4 rue Ste Anne, Marseille

194.215 Couloubrier Sauveur 88 Cours Goutfé, Marseille

202.195 Bernhard 52 rue du Chemin vert, Paris

203.866 Trunck 148 Stanhope Street, Regent Park, Londres

216.172 Cardeillac Paris

216.576 Lepron (Vve) 30 rue veuve Briffaut, Ponthières les Mans (Sarthe)

217.232 Girardet La Palisse (Allier)

217.683 Torrens Joseph 26 quai du Port Marseille

218.343 Nectoux rue de Vaugirard, 3 impasse de l’Enfant Jésus, Paris

225.556 Besnard Azay sur Cher (Indre et Loire)

227.555 Caritte Zaccharie Clichey près Sézanne (Marne)

230.617 Faucher 12 rue St Nicaise, Reims (Marne)

232.504 Fauvet 39 rue de Dunkerque, Paris

232.585 Leconte 39 rue Violet, Paris

232.802 Dumas à la Folie Bouvet près Chartres (Eure et Loire)

238.030 Bergues Jules 29 rue Marc-Antoine Petit, Lyonnais238.635

238.635 Morel route Sénarpont, rue Victor, Amiens

241.679 Leclercq rue Beaumont, 7 cité Lauridant, Roubaix

243.211 Loth 34 rue du Faubourg Saint-Denis, Paris

243.214 Hoffmann 3 rue du Marché, Levallois-Perret

250.929 Legrand 70 rue d’Angoulême, Paris

251.800 Lucas Paris

254.779 Menut 8 rue Polignais, Saint-Etienne

257.095 Drancourt

257.559 Decarme Louis 45 ou 46 rue de l’Epargne, Armentière (Nord)

257.566 Pivier Paris

260.581 Déamisi Paris

261.491 Pontet 61 boulevard de Grenelle, Paris

265.032 Leperchey Paris

266.449 Rochard 102 rue St Honoré, Paris

273.260 Jarroux André rue de la Paroisse, Roanne (Loire)

274.198 Le Bolloch 7 passage Julien Lacroix, Paris

277.654 Dutartre 116 rue de Tocqueville, Paris

277.867 Clouet 24 rue Saint-Pierre, Rochefort-sur-Mer

280.318 Gros, Paris

280.573 Pauwels Désiré 118 route de la Briche, Saint-Denis

284.728 Chapron A. à la Bâte près Rochefort-en-Yveline (Seine-et-Oise)

284.729 Comte-Bellot A. à Vaujanis (Isère)

284.731 Javine 96 route de Doullens, Amiens

284.732 Liévens Pierre, rue des Longues-Haies, Roubaix

284.733 Moulin aîné à Couches (Eure)

284.734 Vagnolon Jean rue de la Vallette à Annonay (Ardèche)

284.735 Perrelle rue de Montand à Saint-Etienne

284.736 Poujol café Chauvet, grande rue, Cette

284.737 Royer 40 rue d’Autun, Le Creusot

284.738 Vachet Claude rue Montplaisir, Villefranche (Rhône)

284.778 Eyraud Régis à Bouis par Robiac (Gard)

284.779 Bot rue de l’Ancien Courrier, Narbonne (Aude)

284.780 Carakapa Antoine 17 boulevard Serrurier, Paris

284.781 Démure rue Clermont, maison Rivière, Roanne (Loire)

284.782 Destrez 42 rue Ducouëdic, Paris

284.784 Jal (Gal?) Gaston 11 rue du Tapis Vert Marseille

284.785 Nadegi Jean Jassy (Roumanie)

284.786 Perrault Villequier (Seine-Inf?)

284.787 Rattier Jules, Carlos 29 rue Vaquerie Sainte-Adresse Le Havre

284.788 Simon Théodore Fallier (Creuse)

284.957 Benoit Brivot aux Vernes par Perey-les-Forges (Saône-et-Loire)

284.959 Vaissière Névian (Aude)

285.960 Niclou Alfred usine Claparède Saint-Denis

284.961 Clément Arthur Carcelles par Payerne (Landes)

284.962 Clément Sainte-Gauchie (Landes)

284.963 Langerette la Garenne par Perey-les-Forges (Saône-et-Loire)

284.964 Joris 89 rue Haute Bruxelles

284.965 Noir chez Arnaud, cordonnier, rue Nationale Firminy (Loire)

284.966 Mathieu-Perrin 11 rue du Bas Tardy chez M. Ladovère, Saint-Etienne (Loire)

284.967 Guitare 30 quai du Rose, Cette (Hérault)

284.968 Fallet Alexis 19 rue du Pont, La Chaux de Fonds (Suisse)

284.969 Ducos Station d’Aiguillon à Castelnau-de-Lot (Lot-et-Garonne)

284.970 Delug Berre (Bouches-du-Rhône)

284.971 Coutant Clément 22 rue des Suaires, Lille (Nord)

284.972 Chausson Pierre quartier des ? Toulon

284.973 Billebanet du Chaffourt au Guerrier près Nonancourt (Eure)

284.974 Cendrin La Groseille, Montceau-les-Mines

284.975 Barbezat Marc 15 boulevard Gambetta, Nice

284.976 Aubaynac Servan (Hérault)

284.977 Prince 72 Neromann Street, Oxford Street, Londres

286.012 Huré Eugène rue du 29 juillet, Saint-Pierre-les-Calais

286.013 Cathelin 20 rue Crozat, Saint-Quentin

286.014 Fayna Charles, Adrien 11 rue de la Préfecture, Nice

Archives de la Préfecture de police Ba 74

RODSKIDSKI Eloi, Jean-Baptiste. Mécanicien ; anarchiste parisien.

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

Né le 13 décembre 1856 à Paris (XIe arr.) ; mécanicien ; anarchiste parisien.

Sa famille était d’origine polonaise, mais son père était déjà français.
Eloi Rodskidski tira au sort à Paris (XIe arr.) avec la classe 1876. Il servit cinq ans au 12e régiment de chasseurs à cheval à Rouen.
Le 19 mai 1883, il se maria à Paris (XXe arr.) avec Nathalie Rabiat. Ils eurent deux enfants.
En 1890, il était arrêté sous l’inculpation de viol d’un enfant mais avait été relaxé le lendemain.
Depuis 1892, il travaillait comme ouvrier mécanicien chez MM. Robert et Breton, décolleteurs de métaux, 21 rue Saint-Maur. Il gagnait 0,80 fr. de l’heure et travaillait 10 heures par jour.
Le 30 juin 1894, le Préfet de police délivrait un mandat de perquisition et d’amener à l’encontre d’Eloi Rodskidski et chargeait le commissaire Evrard du quartier de Bélair, au titre de l’article 10 du Code d’instruction criminelle, de procéder à la perquisition et à son arrestation. Il était soupçonné de participer à une entente établie dans le but de préparer ou de commettre des crimes contre les personnes ou les propriétés (art. 265 et 266 du Code pénal. Loi du 18 décembre 1893).
Le 1er juillet 1894, à quatre heure du matin, Paul Evrard, commissaire du quartier de Picpus et Bel Air, se présentait au domicile de Rodskidski, 180 rue du Faubourg Saint-Antoine, dans une chambre au 4e étage d’un hôtel meublé et le trouvait couché avec une femme.
La perquisition de la chambre ne permettait de saisir aucun objet suspect. Rodskidski était conduit au poste de police du quartier Sainte-Marguerite, puis au commissariat à 9 heures, pour être interrogé. Il déclara au commissaire qu’il n’était pas anarchiste : « Je n’ai jamais assisté à une réunion électorale depuis l’élection de M. Paterne, conseiller municipal du quartier de Charonne, du comité duquel je faisais partie, il y a de cela 5 ou 6 ans. Je ne sais comment il se fait qu’on me considère comme anarchiste. J’ai dû être dénoncé comme tel par des personnes qui m’en veulent. » Il était ensuite envoyé au Dépôt pour y être photographié par le service de l’identité judiciaire, dirigé par Bertillon.
Le 4 juillet 1894, il était présenté au juge d’instruction Anquetil devant lequel il réaffirma ne pas être anarchiste. Le juge le fit incarcérer à la prison de Mazas.
Le 5 juillet 1894, le juge écrivait au commissaire de police pour demander des informations complémentaire sur Rodskidski. Celui-ci répondait le 9 juillet, qu’il ne savait pas s’il avait des relations avec M. Paterne, ni avec les anarchistes.
Le 9 juillet le juge Anquetil le fit mettre en liberté.
Selon la Préfecture de police, Rodskidski avait été signalé comme étant un anarchiste militant. Il se serait vanté d’avoir en sa possession deux lettres que lui avait adressé Vaillant, mais il n’était pas connu comme fréquentant les réunions anarchistes.
Son dossier à la Préfecture de police portait le n°333.302.

SOURCES : Archives de la Préfecture de police Ba 1500. — Archives de Paris. État civil et D.3 U6 carton 50.

ROCHER Théophile, Jean-Louis. Cordonnier ; anarchiste à Fougères (Ille-et-Villaine) et à Paris

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

Né le 17 juin 1869 à Rennes (Ille-et-Villaine) ; cordonnier ; anarchiste à Fougères (Ille-et-Villaine) et à Paris.

Fils de Louis François Meunier, meunier et de Françoise Zoé Sabatier, Théophile Rocher avait quitté Fougères pour aller travailler à Paris en 1892.
Le 15 janvier 1893, il se trouvait parmi les 400 personnes qui assistaient au meeting de la salle du Commerce, 94 rue du Faubourg du Temple.
Le 4 mars 1893, il était à nouveau salle du Commerce, à la réunion organisée par les anarchistes du XXe arrondissement. Le 6 mai 1893, on notait toujours sa présence dans la même salle (400 spectateurs).
Le 18 juin 1893, il participait à une réunion de cordonnier anarchistes, salle Georget, 38 rue Aumaire. Il était envisagé de créer un groupement corporatif international.
Le 24 juin 1893, Théophile Rocher participait à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), parmi 250 personnes, salle Debrune, boulevard Victor Hugo à un meeting de protestation contre la condamnation à mort de Foret.
Le 1er juillet 1893, il était, parmi 500 personnes, salle du Commerce à la conférence anarchiste sur « l’inquisition bourgeoise, le passage à tabac, la torture officielle, les réclamations sur les cruautés commises dans les prisons et dans les bagnes ».
Le 13 août 1893, on le voyait au meeting organisé par le Comité de la grève générale, salle Favié, rue de Belleville (500 personnes).
Le 31 août 1893, la police le notait à une réunion abstentionniste, dans le préau de l’école, 104 rue de Belleville.
Le 24 septembre 1893, il assistait à une soirée familiale (chants et poésies révolutionnaires), rue des Abesses, avec une trentaine d’anarchistes.
Le 1er octobre 1893, il était présent au meeting de la salle du Commerce, organisé par la Ligue des Antipatriotes.
Lors de l’attentat d’Emile Henry, il fut arrêté et relâché après quarante-neuf jours de prévention.
Le 18 mars 1894, l’appartement de Théophile Rocher, 22 rue des Rigoles, fut perquisitionné. Il était arrêté et remis en liberté le 7 mai.
Son dossier à la Préfecture de police portait le n°332.463 (avec comme 2e prénom Jean-Baptiste). A noter toutefois que le n°595, lui avait été attribué lors des réunions de l’année 1893, ce qui pourrait laisser penser à une homonymie.
En juillet 1894, le tribunal correctionnel de Fougères le condamnait à trois mois de prison pour avoir chanté des couplets anarchistes dans un débit de boissons.

SOURCES :
Les anarchistes contre la république par Vivien Bouhey, Annexe 56 : les anarchistes de la Seine. — Archives de la Préfecture de police Ba 78, 1500. — Le Soleil 19 mars 1894 — Archives départementales d’Ille-et-Villaine. — État civil — Journal des débats 17 juillet 1894. — Site Filae.