ALICANTE Philibert [dit Théodore] Coupeur de talons. Anarchiste de la région parisienne.

Document Album Bertillon 1894. Métropolitan museum of art. New-York

Né le 8 janvier 1861 à Sèvres (Seine et Oise-Hauts-de-Seine). Coupeur de talons. Anarchiste de la région parisienne.

Philibert Alicante était considéré par la Préfecture de police, dans une liste établie le 26 décembre 1893, comme un anarchiste militant . Son dossier portait le numéro 260417.
Arrêté le 7 mars 1894, pour association de malfaiteurs, il demeurait alors 6 rue de la Comète à Gentilly (Seine-Val de Marne). La perquisition opérée à son domicile ne donnait aucun résultat. Incarcéré, il était remis en liberté le 13 mars 1894.

SOURCES : Archives départementales des Hauts-de-Seine, commune de Sèvres E NUM SEV76 1861 — Archives de la Préfecture de police Ba 1500 — Archives nationales BB18 6448 — La Presse 8 mars 1894

ALBAN Jean, Louis. Plombier-zingueur, anarchiste parisien

Jean, Louis Alban. Document Album Bertillon 1894. Métropolitan museum of art. New-York

Né le 11 mai 1858 à Paris, plombier-zingueur, anarchiste parisien.

L’indicateur Barbier notait dans un rapport du 20 janvier 1893, la présence d’Alban à une réunion anarchiste, le 19 janvier 1893, rue du Petit Thouars. Au cours de cette réunion il fut question de faire de la propagande anarchiste lors du tirage au sort des conscrits et de la propagande anti-électorale à l’occasion des élections prochaines.
Le 3 juin 1893, salle du Commerce, 94 rue du Faubourg du Temple, Alban assistait à un meeting de protestation regroupant 500 personnes, contre la condamnation à mort de Foret.
Lors de ce meeting Pausader protesta contre les violences policières à l’encontre des anarchistes. Un compagnon montra la chemise de Foret, maculée de sang, à la suite de son arrestation.
Une quête en sa faveur permit de récolter 85 francs.
Le 10 juin 1893, Alban était présent à la salle du Progrès, 36 boulevard de l’Hôpital au meeting de protestation, organisé par des étudiants socialistes, contre le jugement concernant Savicki. 5 à 600 personnes assistaient à la réunion. Il s’agissait de protester contre un arrêt de la cours d’appel de Paris ordonnant la remise au consul de Russie des papiers de Savicki, à la suite de son suicide. Ces documents pouvant se révéler compromettants à l’égard d’exilés russes ou polonais.
Le 1er juillet 1893, il était présent, parmi 400 personnes, salle du Commerce, à la conférence publique sur les punitions dans les prisons.
Le 4 juillet 1893, Alban assistait à un meeting contre la fermeture de la Bourse du travail de Paris.
Au début du mois de septembre 1893, Alban, les frères Wagner, Mürch collèrent un manifeste des dynamiteurs, dont 1500 exemplaires avaient été ramenés de Londres par Lassalas.
Le 2 septembre 1893, Alban était présent parmi les 150 personnes assistant à une réunion publique au préau de l’école rue Ramponneau. Aucun bureau n’y avait été constitué. On parla du suffrage universel ne servant qu’aux ambitieux et on recommanda l’abstention.
Le 2 décembre 1893, Alban assistait à une soirée familiale, 70 rue d’Angoulême, avec une conférence de Sébastien Faure, devant 200 personnes.
Jean-Louis Alban avait un dossier anarchiste à la Préfecture de police, enregistré sous le numéro 195667.
Il figurait sur la liste des anarchistes parisiens établie par la préfecture de police au 26 décembre 1893.
Il fut arrêté et perquisitionné le 5 mars 1894, pour association de malfaiteurs, il demeurait alors 25 rue du Pressoir. La perquisition opérée à son domicile ne donnait aucun résultat. Il fut libéré le 6 avril 1894.
Le 2 juillet 1894, il fut mis à la disposition de l’autorité judiciaire pour association de malfaiteurs. Le 10 septembre 1894, il figurait sur une liste d’anarchistes connus de la 3e brigade de la Préfecture de police.

SOURCES :
Album Bertillon 1894. Metmuseum New-York — Archives de la Préfecture de police Ba 78, 1500 — Archives nationales BB18 6448 — L’Intransigeant 13 juin 1893.

Groupe de propagande anarchiste : « Donner à la vulgarisation des idées révolutionnaires la plus grande extension ».20 janvier 1882

Groupe de propagande anarchiste

Paris le 20 janvier 1882

Compagnons,

Persuadés qu’il est non seulement utile, mais indispensable de donner à la vulgarisation des idées révolutionnaires la plus grande extension ; convaincus d’autre part par l’expérience de tous les jours que les groupes d’études sociales tout en rendant de réels services ne pourront avoir sur la grande foule anonyme une action suffisante, nous nous sommes réunis un certain nombre d’amis, sur notre propre initiative et sous notre propre responsabilité, en vue de faire de la propagande anarchiste par tous les moyens possibles.

Notre intention est en d’autres termes, de publier à intervalles réguliers – tous les mois si faire se peut – et dans toutes les occasions qui paraîtraient propices, des placards, des affiches, des brochures, des manifestes où seront exposées les théories anarchistes.

Il nous semble que sans suppléer absolument à l’absence d’un journal, ce genre de propagande pourrait avoir néanmoins une certaine utilité. Seulement comme nos ressources sont limitées, nous ne pensons pouvoir mener à bonne fin cette entreprise et lui faire produire tous ses fruits qu’à la condition de faire appel à nos amis.

Il faut d’une part que ces publications soient le plus répandues possible et c’est aux militants sympathisants à nos idées qu’il appartient dans leur entourage d’accomplir cette besogne.

D’autre part nous ne saurions assumer sur nous seuls la charge de subvenir à tous les frais.

C’est pourquoi compagnons, nous venons aujourd’hui solliciter votre appui, si toutefois notre œuvre vous en paraît digne. Cet appui au surplus ne sera pas pour vous extrêmement onéreux. Nous nous proposons en effet de nous arranger de façon à ce que le prix de nos publications ne dépasse jamais trois ou quatre sous au maximum. Il suffirait donc qu’un certain nombre de groupes consentissent à nous prendre une cinquantaine d’exemplaires de chacune pour que nous puissions marcher en toute assurance.

En sollicitant vos conseils et vos observations nous vous prions de nous répondre à l’une des adresses suivantes et dans le plus bref délai possible, pour nous dire si vous consentez à nous prêter votre concours et dans quelle mesure vous êtes disposés à le faire.

Recevez chers compagnons nos salutations égalitaires.

Baillet tabletier 145 boulevard d’Italie

Bérard ébéniste 123 faubourg St Honoré

Courapied comptable 61 rue Vallier (Levallois-Perret)

Faliès (Gustave) employé 13 avenue des Gobelins

Gallois tourneur repousseur 31 rue des deux Ponts

Gautier Émile publiciste 101 rue Monge

Lagarde artiste peintre 3 rue de l’Abbaye

Mollin peintre doreur 28 rue de Lourcine

Thomachot tapissier 145 rue de St Maur

Vaillat Émile typographe 31 rue d’Assas

PS Il est bien entendu qu’une fois les frais couverts, les exemplaires restants seront expédiés gratuitement à tous ceux qui en feront la demande.

Source : Archives nationales BB 18 6447

Lire l’ensemble du dossier : Les procès des anarchistes lyonnais. janvier et mars 1883

Lettre d’Elisée Reclus à Jean-Baptiste Ricard : à Paris, ce cloaque impur, le Révolté risque de tomber dans les mains d’égoutiers politiques. 17 septembre 1881

Elisée Reclus photographié par Nadar. Document Éphéméride anarchiste.

Lettre d’Elisée Reclus à Ricard

Clarens 17 septembre 1881

Mon cher compagnons

Oui, nous avons le bonheur de vivre dans un pays libre et nous en sommes fiers. De progrès en progrès nous irons très loin et nous finirons par étonner la Russie.

Notre ami Pierre est bien à Thonon mais il n’a pas l’intention d’y rester longtemps. Je n’ai pas encore eu le plaisir de lui serrer la main : une mauvaise bronchite m’a forcé de garder la chambre, heureusement que je me tire peu à peu d’affaire et j’espère reprendre bientôt la liberté d’aller et venir.

Ce que vous nous dites de votre camarade qui « s’évapore » est bien attristant. Nous entendons dire aussi que notre ami Casabianca s’est suicidé. D’après tous nos amis, c’était un jeune homme du plus grand cœur et d’une intelligence ouverte. C’est une grande perte que nous avons faite. Par ce temps de minimumards, on aime à voir des individus qui sont bien eux-mêmes et qui veulent aller jusqu’au bout de leur pensée.

Nous n’avons encore tiré que deux feuilles de la brochure de Bakounine. Il se peut que notre journal cesse de se publier à Genève et que nous le transporterions à Paris.

La grand danger serait qu’une fois dans ce « cloaque impur », il ne tombât dans les mains de ces égoutiers politiques comme il en existe tant. Il faut bien étudier nos plans avant de nous lancer. Vous nous donnerez votre avis à ce sujet.

Je vous serre cordialement la main.

Elisée Reclus

Source : Archives nationales BB 18 6447

Lire l’ensemble du dossier : Les procès des anarchistes lyonnais. janvier et mars 1883

Lettre d’Elisée Reclus à Jean-Baptiste Ricard à propos du journal Le Révolté. 25 septembre 1881

Elisée Reclus photographié par Nadar. Document Éphéméride anarchiste.

Lettre d’Elisée Reclus à Ricard

Clarens 25 septembre 1881

Mon cher compagnon

Les raisons que vous me donnez contre le transport du journal à Paris me paraissent malheureusement trop [illisible]. Nous ferons bien de nous maintenir à Genève aussi longtemps que cela nous sera possible. Depuis le départ de Pierre*, tout le poids de la publication repose sur notre ami Herzig et la petite subvention que nous pouvons lui faire est bien loin de remplacer le « manque à gagner » de son travail régulier. En outre la publication du journal le met de plus en plus en évidence et en mal de gagne-pain de plus en plus difficile. Ce n’est pas lui qui nous a montré les dangers de la situation mais ils nous paraissent d’autant plus évidents.

Enfin durons le plus longtemps possible. Vous nous aiderez de vos bons efforts en nous envoyant des correspondances.

Je vous serre cordialement la main. L’autre jour je suis allé voir notre ami Pierre. Il a eu la chance de descendre chez d’excellentes gens qui se mettent en quatre pour lui rendre service.

Votre dévoué.

Elisée Reclus

Source : Archives nationales BB 18 6447

*Kropotkine

Lire l’ensemble du dossier : Les procès des anarchistes lyonnais. janvier et mars 1883

Lettre d’Elisée Reclus à Jean-Baptiste Ricard : « les élus sont toujours, nobles, bourgeois, ouvriers ou paysans, les ennemis naturels de ceux qui les ont nommés ». 28 avril 1882

Elisée Reclus photographié par Nadar. Document Éphéméride anarchiste.

Lettre d’Elisée Reclus à Ricard

Clarens 28 avril 1882

Mon cher compagnon Ricard

Je suis en retard pour ma réponse. Mon voyage fait auprès du lit de mort de mon père, puis une semaine de maladie et du travail plus que je ne puis en faire, telles ont été les raisons de mon silence. Veuillez m’excuser.

Comment avez-vous passé la période des élections ? Votre public ouvrier a-t-il à St Etienne comme ailleurs fait preuve de scepticisme à l’égard des belles promesses de tous les candidats ? Je l’espère. Cette indifférence des électeurs lors du récent scrutin est un des meilleurs symptômes que nous ayons observés jusqu’à maintenant. De tous les peuples prétendus libres, les français avaient toujours été les plus empressés à se servir de ce qu’ils appelaient l’arme du suffrage universel. Les trois quart, même les quatre cinquièmes des électeurs se faisaient un devoir d’aller déposer leur bulletin. Ils commencent à savoir qu’ils ont fait métier de dupes et que devenus privilégiés, les élus sont toujours, nobles, bourgeois, ouvriers ou paysans, les ennemis naturels de ceux qui les ont nommés. Mais quand on abandonne le terrain des élections, il faut se reporter sur un autre terrain celui de la révolution.

Sinon le vote serait encore préférable : il vaut mieux s’agiter dans le vide, se remuer, garder pour le mouvement un peu de chaleur vitale, que de se laisser gagner par l’indifférence et de mourir.

Merci de tous les détails que vous me donnez sur l’état des partis à St Etienne. Ne vous découragez pas dans vos études et si vous ne réussissez pas dans l’étude de la grammaire allemande, mettez vous carrément à lire quelques livre facile à coup de dictionnaires.

Vous me demandez où en est Dieu et l’Etat, aujourd’hui Herzig m’en a envoyé le premier exemplaire.

Je vous serre cordialement la main, ainsi qu’aux autres compagnons.

Votre dévoué

Elisée Reclus

Source : Archives nationales BB 18 6447

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Le Cubilot s’appose au corporatisme des syndicats de métiers dans la jeune CGT.

Saison 3 : Fortuné Henry, le syndicaliste CGT, fondateur du journal Le Cubilot. Lire l’ensemble des épisodes.
Septième épisode. Le Cubilot s’appose au corporatisme des syndicats de métiers dans la jeune CGT.

Fortuné Henry. Album Bertillon septembre 1894. CIRA de Lausanne.

Le numéro 16 du Cubilot paraît le 5 janvier 1907. Le journal polémique avec le Socialiste ardennais, à propos de l’augmentation de l’indemnité parlementaire que viennent de s’octroyer les députés. Le Cubilot en profite pour critiquer vertement les syndicats « honoraires » et squelettiques qui adhèrent à la Fédération socialiste et dont la méthode consiste à ne faire presque que de « l’action électorale ». « Le Cubilot est un journal Syndicaliste » qui défend le point de vue de l’Union des syndicats des Ardennes.

Document Archives départementales des Ardennes. PERH320 1. Collection privée Philippe Decobert. Cliquer ici pour lire le journal.

S’adressant directement à Charles Boutet, Fortuné Henry lui répond : « Dans vos Propos Ardennais, vous vous êtes livré à des reproches injustifiés, à des attaques inutiles, et à des insinuations plus que malveillantes, puisqu’elles consisteraient à me faire dire qu’il est indispensable de mettre le feu aux châteaux et de casser la figure aux patrons… Comme syndicaliste, je sais ce qu’il faut faire en temps de grève, sans que vous me poussiez, je ne sais pas si c’est de bonne foi, à tomber par des explications inutiles, sous le coup des lois scélérates.

Chacun, au point de vue de l’action directe, à la droit de faire ce qu’il lui plaît, sans avoir à rendre des comptes à ceux qui ont la prétention d’être des manitous du parti des travailleurs…

Nous le déclarons à nouveau, nous ne faisons pas de politique, mais nous nous défendons contre ceux qui en vivent et que nous prenons la main dans nos poches, comme nous avons pris les représentants du peuple s’allouant 15.000 francs. »

Document Archives départementales des Ardennes. PERH320 1. Collection privée Philippe Decobert. Cliquer ici pour lire le journal.

Le 19 janvier paraît le numéro 17 du Cubilot. Il comprend un seul article notable, une réponse d’E. Dantès (pseudonyme) à Merrheim à propos de son article publié dans le numéro précédent sur l’état du syndicalisme dans les Ardennes.

Le 2 février 1907 sort le n°18 du Cubilot. On y apprend qu’une grève victorieuse de 48 heures s’est déroulée à la fonderie Martin à Revin. L’employeur voulait baisser le tarif de fabrication des gaufriers, sous prétexte des frais nécessités par un nouvel outillage. A la suite de la dernière entrevue avec la patron, celui s’engage à annuler la baisse de salaire et à réembaucher un ouvrier congédié.. De son côté la Dépêche des Ardennes annonce que la grève est générale à l’usine Martin : « Cette décision a été prise à la suite d’une réunion des membres du syndicat métallurgique dans laquelle le citoyen F. Henry, de la colonie d’Aiglemont à pris la parole. »1

A Monthermé, à la Société des forges de Laval-Dieu dépendant du Comptoir de Lonwy, une augmentation de salaire est refusée à une équipe de cisailleurs qui donne à la direction un délai de 48 heures pour réfléchir, avant d’engager une grève. En réponse la direction veut mettre en lock-out le laminoir dépendant de cette équipe. Le 21 janvier 1907, toute l’usine est déserte en quelques minutes et 350 ouvriers se rendent à la réunion avec les responsables qui cèdent presque aussitôt.

Le 21 janvier, à l’assemblée générale des métallurgistes de Mohon, Jean Prolo (Fortuné Henry) fait une causerie sur le syndicalisme et l’action directe.

Le syndicat de Mohon émet le vœu qu’un congrès régional de toutes les organisations syndicales des Ardennes ait lieu dans un délai très bref et que « ces groupements se réunissent dans la grande famille qu’est la Confédération Générale du Travail. »

Dans un article intitulé « Aveu nécessaire », Alphonse Taffet, le secrétaire des métallurgistes de Mohon revient sur les divisions entre syndicats de métiers qui par manque de concertation sont la cause d’échecs de certaines grèves : « Nous avons eu le regret en 1906 à Charleville de constater qu’une grève des mouleurs de la Maison Demangel a échoué faute de cohésion des forces syndicales de la ville. En effet dans cette Maison, il y avait des camarades travaillant cependant les métaux, mais ayant un emploi différent, les uns étaient adhérents au syndicat métallurgiste et d’autres au syndicat des mouleurs qui étaient en conflit. Si tous ces salariés exploités de la même façon eussent été groupés dans une organisation unique, les divergences de vue qui ont surgi au dernier moment n’eussent pas eu lieu et au lieu d’une défaite, c’eut été la victoire assurée des forces syndicales. »

Taffet considère que si l’union des Fédérations de métiers dans une Fédération d’industrie (la métallurgie pour les Ardennes) ne peut se faire au niveau national, il faut dès à présent l’organiser au niveau régional (les Ardennes).

Le 30 janvier 1907, le Cercle d’études sociales de Revin (groupe socialiste) organise une réunion publique dans la salle de l’hôtel de ville, au premier étage. Renaudely tient une conférence pendant 1h30, expliquant que seul le socialisme intégral est capable de mettre fin à la lutte des classes. Fortuné Henry lui pose ensuite plusieurs questions. « Renaudel répond d’ailleurs victorieusement » 2selon le Socialiste ardennais.

La conférence permet à Fortuné de critiquer les « lois dites ouvrières ; il montre le ministère radical mettant ses baïonnettes au service du patronat violant ouvertement la loi sur le repos hebdomadaire ; il refait l’historique de la grève d’Hennebont où les travailleurs endurèrent la faim et les provocations des forces soldatesques et policières dans, qu’au parlement, aucune protestation s’élevât sur les bancs socialistes ; il fustige de main de maître le charlatanisme des Briand, des Viviani, des Millerand, foulant aux pieds tout engagement et toute pudeur pour se hausser au pinacle ministériel. » Le même jour M. Hendrick, directeur de l’usine Porcher à Revin, renvoie un émailleur syndiqué. La grève est votée à 109 voix contre 53. Une réunion a lieu à la mairie entre le directeur de l’usine et les représentants du syndicat. Le directeur acceptant de reprendre l’ouvrier licencié, la grève cesse.4

Le 16 février 1907, paraît le numéro 19 du Cubilot. Sur 5 colonnes en première page est annoncé le premier congrès de L’union des syndicats des Ardennes. Il doit se tenir à Mohon les 14 et 15 avril 1907 à la salle Lamblot. Tout ce qui concerne l’organisation et la participation au Congrès doit être adressé à Alphonse Taffet, à Mohon.

L’Union des syndicats des Ardennes, dans son appel au congrès fait un bilan en demi-teinte de l’histoire syndicale des Ardennes : « Les Ardennes furent peut-être la région où le syndicalisme il y a quinze ou vingt ans se révéla le plus puissant ; elles ont été depuis, parce que trop ardemment mêlées aux luttes politiques, épuisées lentement sur ce terrain économique et elles sont en partie à orienter vers les nouveaux organismes que les dernières années ont obligé le parti du travail à constituer. »

L’une des tâches du futur congrès sera de réaliser au niveau des Ardennes, une fusion des syndicats de métiers dans une fédération d’industrie, pour pallier aux divisions et économiser des dépenses de permanents, dans les Fédérations nationales de métiers. Cela pourra permettre de développer un syndicalisme puissant et de masse avec des cotisations assez faibles pour ne pas être un obstacle à l’adhésion. Cette option du syndicalisme de masse pouvant aller jusqu’à une certaine forme d’intimidation à l’égard des non syndiqués, considérés comme des renégats et à qui il est donné un délai pour se syndiquer ( à l’exemple du syndicat des mouleurs de Revin enjoignant aux 22 non syndiqués sur 1.000 que compte la localité de payer leur cotisations avant le 1er janvier 19075)

Un dialogue s’engage dans le journal entre militants syndicaux sur les questions qui seront discutées au congrès de Mohon. Sous le pseudonyme de « Plume rouge » (pourrait-il s’agir de Théophile Sauvage ?) un métallurgiste de Monthermé, signe une tribune intitulée « Pour l’unité ». Il relève des difficultés à surmonter concernant l’unité des syndicats de métiers dans les fédérations d’industrie : « Dans le syndicat des mouleurs de Monthermé on va jusqu’à déclarer la chose impossible, tandis qu’à côté nous voyons le syndicat de Revin se déclarer par la voix de son secrétaire, prêt à faire de suite son adhésion. Pourquoi cette contradiction ? ». « Plume rouge » en conclut que le syndicat de Monthermé n’a sans doute pas assez étudié cette question et qu’il faudra le faire avant le congrès de Mohon.

Lefèvre des mouleurs de Revin, se prononce lui aussi pour la fusion des trois syndicats de métiers dans une fédération d’industrie de la métallurgie : « ces trois groupements se gênent entre eux dans les conflits par leurs différentes façons de comprendre la lutte. ». Il souligne : « à la reconstitution de notre syndicat en 1904, pour bien marquer notre désir de voir faire un bloc de la métallurgie, nous avions pris la décision d’entrer à l’Union des métallurgistes.

Mais la Fédération des mouleurs apprenant cela, fit reprendre les pourparlers suspendus, concernant une entente entre les deux Fédérations (métallurgistes et mouleurs) qui aboutirent et si j’en crois les renseignements qui m’ont été fournis, fut par la suite au désavantage de la métallurgie mais nous forçaient à entrer aux mouleurs.

Nous essayâmes bien de dissoudre nos syndicats et d’en reconstituer un seul qui prendrait le nom de « Union des métallurgistes de Revin » ce qui permettrait de tourner la décision prise entre les deux Fédérations et par ce moyen d’entrer à l’Union des métallurgistes de France. Nous en fûmes empêchés par certaines petites questions personnelles, par cet esprit de corps que Taffet et moi nous signalons et par un petit vœu qui venait du haut, force nous fut donc d’entrer aux mouleurs.

Nous fîmes tout notre possible pour faire comprendre nos idées aux syndicats de notre corporation, mais toujours nous avons rencontré quelqu’un pour nous fermer la bouche ou couvrir notre voix : après le congrès de Bordeaux dans lequel nous pensions trouver quelques remèdes, voyant que les choses restaient au même état, que des décisions prises n’étaient même pas respectées, nous décidâmes de frapper un grand coup, de faire un acte d’action directe en démissionnant de notre Fédération. Nous avons pensé que notre retrait aurait une certaine répercussion, que des questions seraient posées aux administrateurs et qu’une discussion claire pourrait surgir.

Naïfs que nous étions, nous avions compté sans le silence qui serait fait sur notre cas, on en rendit bien compte au conseil fédéral sous une forme plus ou moins sous-entendue, on nous montra comme autocrates, un de profondis, le plus fort syndicat de la Fédération était enterré. »

Taffet dans sa tribune intitulée « La question se pose » donne une précision importante concernant l’organisation du prochain congrès de Mohon : « En ce moment on organise un congrès dans la région, de tous les syndicats de l’industrie métallurgique des Ardennes, ceci pour faire l’unité dans le département ». Ce premier congrès de l’Union des syndicats des Ardennes ne serait donc pas un congrès de tous les syndicats mais uniquement de tous ceux de la métallurgie ? Le textile sedanais ou rethélois, la brosserie ou toutes les autres industries ne seraient donc pas concernées ? Il y a ambiguïté sue cette question. L’un des principaux organisateurs du congrès en mettant l’accent sur les questions internes à la métallurgie ne va sans doute pas motiver d’autres branches à participer à ce premier congrès.

Taffet expose les pratiques corporatistes qui existent dans la jeune CGT, au niveau des Fédérations de métiers et qui causent un tort considérable à l’action syndicale et à l’implantation dans la métallurgie des Ardennes, industrie largement prédominante mais où le syndicalisme de métiers est une notion dépassée.

« La Fédération des mécaniciens de France, tout d’abord, n’a donné et n’est susceptible de donner que peu de chose, si ce n’est une sinécure, un rond de cuir, en somme un rouage inutile. Ce mode d’organisation a fait son temps, d’un esprit étroit, arriéré, démodé et quelque peu égoïste. Il est grand temps, sous peine d’inaction, de l’envoyer se refondre au creuset de la Métallurgie d’où elle sortit en 1900.

Elle renferme aujourd’hui 54 syndicats qui, isolés, ont peu de force. La tactique réformiste du secrétaire fédéral Coupat, membre du conseil dit supérieur du Travail, ne peut en aucune façon être une tactique de lutte de classes. Il importe que les militants de chacune des organisations adhérentes à la dite Fédération, disent si oui ou non ils sont partisans de cet état de choses et de cette tactique qui n’a rien de révolutionnaire.

Nous attendons leurs aveux ?

La Fédération des mouleurs de France a fait preuve déjà de son désir de fusionner avec la Métallurgie. Mais nous avons là le compte-rendu de l’entrevue que eut lieu entre les délégués de la Métallurgie d’une part et les délégués des Mouleurs de l’autre, on pourrait croire que l’entente qui en est résultée fut faite pour diviser dans les milieux ouvriers, les travailleurs ayant des emplois différents.

Je suis cependant certain que du côté de la Métallurgie, il y avait le plus grand esprit de conciliation et de fusionnement, pourquoi n’eut pas lieu cette fusion ?

C’est l’entêtement des délégués des Mouleurs qui en fut la cause.

La Fédération des mouleurs compte environ 80 syndicats. La tactique est tout autre que celle des Mécaniciens et j’ose espérer qu’aujourd’hui, à côté des Mouleurs il serait facile d’arriver à un bon résultat.

En tout cas, je demande à tous les militants des Syndicats des Mouleurs, s’il ne serait pas avantageux pour nous tous, salariés, d’être unis dans une seule et puissante organisation et de faire disparaître les querelles intestines crées par un esprit de corps que nous ont inculqué les fédérations respectives.

La Fédération des Ouvriers métallurgistes de France fut fondée en 1890, elle est la plus ancienne et la plus forte, elle compte aujourd’hui dans son sein 175 syndicats et non des moindres. Elle est en outre animée du plus grand esprit révolutionnaire, l’intransigeance y est connue, et on peut dire sans crainte d’être démenti qu’elle est la seule qui ait eu à supporter autant de grèves et autant d’attaques. »

L’origine travailliste6 du syndicalisme dans les Ardennes, avait conduit à une forme de dévitalisation au profit de l’action électorale. Mais la situation dans les débuts du 20e siècle avec des syndicats de métiers divisés, tout en étant rattachés à la CGT n’est guère brillante et ce n’est que grâce à l’énergie de Fortuné Henry et de quelques syndicalistes des Ardennes s’exprimant dans le Cubilot qu’une nouvelle forme d’action et d’organisation va émerger.

Document CIRA de Lausanne. Cliquer ici pour lire la brochure.

Mais ce mois de février 1907 est aussi un rappel de souvenirs récents et douloureux pour Fortuné : la sortie du n°7 des Publications périodiques de la colonie communiste d’Aiglemont : Documents d’histoire. Cette brochure comprend plusieurs textes : Les déclarations de Ravachol, d’Emile Henry, une autographe d’E. Henry et dernières pensées.

Bien qu’il ait renoncé à faire l’apologie de la propagande par le fait, on peut considérer ces documents comme un devoir de mémoire.

Notes :

1 La Dépêche des Ardennes 26 janvier 1907

2 Le Socialiste ardennais 2 février 1907

3 Historique du mouvement ouvrier à Revin par Tinel, p. 31

4 Le Petit ardennais 2 février 1907

5 Voir le texte du syndicat des mouleurs reproduit en document.

6 Travaillisme : forme de socialisme reposant sur une alliance entre syndicats et parti dans une même organisation sur le mode anglais.

Documents :

Tournée de Merrheim dans les Ardennes

Je viens de faire une tournée de quinze jours dans les Ardennes.

J’ai visité et fait des réunions à Charleville, Mohon, Monthermé, Vivier au Court, Revin, Fromelennes, Vireux-Wallerand, Fumay, Couvin (Belgique), Château-Regnault, Braux, Thilay, etc…

J’ai pu reconstituer quelques organisations, mais je rapporte des Ardennes une impression plutôt pénible.

Je passe sur les divisions politiques d’un ordre tout particulier. Cependant, je tiens à dire quelques mots sur la situation économique, ayant à cœur de faire connaître ce que, là-bas, on répète journellement et, si possible, mettre fin à une situation périlleuse, démoralisante pour les militants de cette région.

En y allant, je m’étais imaginé que les camarades des Ardennes, travaillés depuis si longtemps par la propagande socialiste, devaient avoir une conscience fortement éclairée et agissante sur le terrain économique.

Aussi, quelle désillusion profonde n’ai-je pas éprouvé d’y rencontrer une grande inertie, une immense inconscience !

A part Revin, Mohon, Flize, Monthermé, où les travailleurs, dans les Syndicats, principalement les militants, mènent vigoureusement la lutte sur le terrain économique, partout ailleurs, je n’ai rencontré que des squelettes d’organisations, – et encore quand il y avait squelette – dans lesquelles les travailleurs divisés s’entre-déchiraient au plus grand profit de leurs exploiteurs.

Chose douloureuse à dire, ces divisions n’existent pas sur les questions de principe, mais sur de misérables et mesquines questions de personnalité.

Pendant ce temps, l’exploitation de la femme travaillant dans les boulonneries, dans certaines localités, dépasse tout ce que l’on peut imaginer.

Se livrant à un travail pénible, pour des salaires de famine, le patronat a, de plus, par un système de prime, habilement combiné, excité leur convoitise pécuniaire et les a amenées à faire, malgré la loi, des treize et quatorze heures de travail par jour.

Des faits identiques se rencontrent, pour les hommes, dans la métallurgie et chez les mouleurs, travaillant cependant presque tous côte à côte dans le même atelier, pour le même patron ou la même société anonyme.

De cette excitation au gain calculée, de l’orgueil développé chez eux par la hiérarchie corporative que certains s’obstinent à vouloir, malgré l’incessant développement du machinisme, maintenir parmi eux, naissent de perpétuelles querelles aggravant les divisions, augmentant la méfiance chez les uns et chez les autres.

Ces divisions s’accentuent encore, grâce aux sentiments quelque peu localistes, régionalistes même, que, dans un but de suprématie, d’intérêt politique, d’aucuns entretiennent savamment parmi eux.

C’est cet entrechoquement journalier qui augmente l’état d’esprit de défiance naturelle de la masse des travailleurs ardennais, paralyse, accule les meilleurs militants à l’inaction et finit par les plonger dans la torpeur la plus profonde et la plus regrettable.

Répercussion inévitable, la masse devenue sceptique – parce que bernée politiquement – déserte les organisations syndicales, se replie en elle-même méfiante, en arrive à combattre par elle-même les Fédérations nationales de métiers, telle celle des mouleurs et bientôt, si nous n’y prenons garde, la Fédération d’industrie de la métallurgie, et – qui sait ? – demain la Confédération Générale du Travail.

Cet état de chose est à la veille de tuer chez les travailleurs ardennais tout sentiment de solidarité.

Voilà ce que constatent la plupart des militants syndicalistes ardennais – admirateurs passionnés de la propagande faite, jadis par Jean-Baptiste Clément.

Nous avons eu, me disaient-ils, 24.000 syndiqués dans les Ardennes, nous n’en avons plus qu’environ 2.000.

A mesure que disparaissaient les organisations syndicales les salaires diminuaient !

Ils ajoutaient mélancoliquement :

« Vous autres, organisations centrales, allez-vous prendre la responsabilité jusqu’au bout de cette situation ?… »

Ce qu’il nous manque surtout, maintenant dans les Ardennes, c’est de l’agitation économique. Ce qu’il faut ? C’est faire disparaître la méfiance qui existe dans le sein de la masse et ramener la confiance parmi nous, qui sommes si pleins de lassitude.

La méfiance de nos camarades vient de nos divisions corporatives ; les Syndicats leur donnent trop souvent le spectacle de ces tiraillements de métier à métier similaire, dans lesquels ils trouvent un prétexte pour ne pas se syndiquer.

Certes, elle vient beaucoup aussi de ceux en qui nous avions mis toute notre confiance, qui nous ont dupés et, aujourd’hui, se retournent contre nous.

Nous nous demandons, alors où nous allons et, plutôt que de courir au devant de nouvelles déceptions, nous n’agissons plus.

Oui ! Il n’est que trop vrai que notre lassitude vient de ce que nous n’avons plus confiance en rien ni à personne.

Il nous restait un seul moyen de ramener l’union, c’était de grouper, dans toutes les localités, les travailleurs en une seule organisation à condition qu’elle n’adhère qu’à une seule Fédération.

Vous êtes venus nous opposer un refus, sous prétexte d’une entente. De sorte que nous pouvons croire que cette entente a été faite contre nous. En tout cas, c’est pour nous le prolongement de nos divisions en attendant notre disparition. »

D’aucuns penseront, diront même que j’exagère ? … C’est pourquoi j’en appelle aux camarades des Ardennes et ceux qui veulent réagir et qui, après m’avoir dit cela, ajoutaient : « Si vous continuez à maintenir hors de vos rangs nos organisations – par conséquent une masse de travailleurs – qui voudraient voir se réaliser, par en haut, l’unification que nous n’arrivons, malheureusement pas, à faire par en bas, ce sera vous autres, votre entêtement qui achèvera la désorganisation des Ardennes .

Vous rendrez pour longtemps toute organisation et action économique impossible, vous développerez la méfiance, existant seulement à l’état latent, contre les Fédérations nationales que l’on rendra responsables.

Reste à savoir si vous êtes disposés à prendre cette lourde responsabilité, car la question qui se pose, que nous posons à la Métallurgie et qu’elle doit résoudre à bref délai, est celle-ci : Ou vous prendrez en bloc tous les travailleurs de la Métallurgie des Ardennes, ou – dans un temps plus ou moins long – vous les perdrez tous ! »

A cet effet, je crois savoir que l’Union des Syndicats des Ardennes, au mois de mars ou avril 1907, a l’intention d’organiser un Congrès régional de toutes les organisations économiques ardennaises.

La question sera posée par quelques-uns, sous la forme que j’indique plus haut et le Congrès aura à prendre une décision.

Je ne dissimule pas – c’est mon sentiment personnel basé sur ce que j’ai vu et entendu – que cette décision a neuf chance sur dix de nous être défavorable.

D’autant plus défavorable que cet état d’esprit ne peut aller qu’en s’accentuant par suite de l’isolement volontaire de la plupart des Syndicats de leurs Fédérations nationales et ce, pour les raisons indiquées plus haut.

Il est donc urgent qu’une décision ferme soit prise par l’Union fédérale, si nous ne voulons pas les perdre tous.

Notre devoir et notre but étant de grouper, de plus en plus, tous les travailleurs, ainsi bien nationalement qu’internationalement, pouvons-nous repousser ceux qui font appel à nous et qui s’appuient pour faire leur adhésion, sur le principe, la base même, la raison d’être de l’Union fédérale ?

Il faut donc que nous prenions rapidement une décision.

Les camarades des Ardennes m’ont demandé de poser la question : c’est fait.

A mon tour, je leur demande de répéter franchement, loyalement ce qu’ils m’ont dit dans l’Ouvrier Métallurgiste.

Ils ont le devoir de le faire de préciser leur pensée, de dire, une fois pour toutes, ce qu’ils veulent faire.

Entre le respect d’une convention et la mort – syndicalement parlant – de toute une région, aucun militant ne saurait hésiter.

Je suis de ceux qui disent que nous devons être pour la vie.

A Merrheim.

Secrétaire de la Fédération de la Métallurgie

Le Cubilot n°16 du 5 janvier 1907

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Revin

Le Syndicat des Mouleurs et parties similaires aux non-syndiqués.

Notre syndicat s’est réuni en assemblée générale extraordinaire, le 11 décembre, en vue de prendre une résolution ferme vis-à-vis des non syndiqués.

Après avoir constaté que ceux-ci sont au nombre de 22 sur 1.000 mouleurs que compte Revin, et qu’ils travaillent tous à la fonderie Mauguières-Béroudiaux, que, d’autre part les quelques adhérents en retard dans le paiement de leurs cotisations travaillent également dans cette fonderie, a décidé de lancer un dernier appel.

En conséquence, tous les non syndiqués, tous ceux qui ont fait partie de notre syndicat à ses débuts, et qui, pour une cause quelconque, se sont retirés, tous ceux qui, par négligence, se sont laissé mettre en retard dans leurs cotisations, sont invités à reprendre leur place dans notre groupement avant le 1er janvier 1907.

Il n’est pas admissible que des hommes obligés de travailler pour vivre se tiennent en dehors de l’organisation ouvrière, il n’y a plus d’excuses à faire valoir.

Depuis trois ans, notre syndicat a donné des preuves de sa bonne administration en même temps qu’il s’efforçait toujours d’aplanir les plus grandes difficultés avec le plus de justice possible.

Il n’est pas admissible que des ouvriers, si haut placés soient-ils sur un des degrés de l’échelle prolétarienne, se désintéressent de la vie, du mouvement qui, se fait autour d’eux.

Tout ceux qui, pour une cause quelconque, se refusent à ouvrir les yeux sur la situation de notre syndicat, sur les résultats acquis, ne pourraient être que regardés comme des renégats par leurs compagnons de travail et traités comme tels. Ce ne serait pas sans regret que nous nous verrions dans l’obligation de recourir à cette mesure, mais après mûre réflexion et considérant que c’est en vue du bien-être de notre classe, nous l’appliquerions avec fermeté.

Nous désirons que l’année 1907 s’ouvre sans aucun nuage de dissentiment entre les membres de notre corporation ; nous voulons que les plus faibles d’entre nous n’hésitent pas à demander aide et protection aux plus forts, sachant qu’ils rencontreront toujours une main fraternelle pour les secourir.

Nous voulons tous les ouvriers au syndicat, car c’est dans son sein que l’on apprend à se connaître, à s’entraider.

Nous voulons plus de solidarité, plus de fraternité.

Voilà à quoi nous vous convions pour le 1er janvier, avec la certitude que c’est sans hésitation que vous répondrez à notre appel.

Pour le Syndicat et par ordre,

Le secrétaire : L. Lefèvre.

Le Cubilot n°15 du 22 décembre 1906

Repris par la Dépêche des Ardennes 7 janvier 1907

 

Nota : les numéros 18 et 19 du Cubilot seront insérés ultérieurement dans cet épisode.

 

(© D. Petit, 2020, tous droits réservés).

Lettre de Pierre Kropotkine à Jean-Baptiste Ricard : « Diable ! Il faut se multiplier, se décupler, avoir le diable au corps en ce moment comme disait Bakounine ». 28 novembre 1881

Pierre Kropotkine en 1883. Album Bertillon. Septembre 1894. CIRA de Lausanne

 

Lettre de Kropotkine à Ricard

Londres 28 novembre 1881

Mon cher ami

Je n’ai pu répondre plus tôt à ta lettre que j’ai reçue à Paris. A Paris toute la journée passait en courses. Ici nous sommes arrivés tout malades de la traversée et encore un tas de courses.

Ta lettre m’a produit, je te l’avoue une triste impression et je ne peux que te répéter ce que j’ai déjà dit. Pour faire quelque chose il faut être groupés et surtout lorsque l’on a d’aussi excellents amis que ceux que j’ai vus à St Etienne. L’homme seul est incapable de rien faire ; [illisible] peut-être, mais rien faire de bon, ni de pratique. Vous êtes quelques amis et quelques amis résolus de moins s’occuper de toujours dominer sur son propre moi, comme faisaient autrefois les romantiques d’avant 1848, mais plus occupés de toujours remuer, propager ses idées, attirer de nouveaux adhérents. Quelques amis, dis-je, inspirés de cette idée pourront faire beaucoup, beaucoup plus qu’on ne pense généralement.

Pas de découragement mon cher ami. Ah ! Si le chemin de la Révolution était couvert de roses ! Peut-être alors nous ne l’aurions pas même aimé autant que nous l’aimons. La route à la barricade est longue, mon ami, très longue et dure. Et seulement ceux qui savent la parcourir avec tous ses déboires, tous les chagrins qu’elle peut occasionner, tous les tristes épisodes dont elle est semée, ceux-là seulement méritent le nom d’hommes, le nom de révolutionnaires.

Tu perds courage en te souvenant de ceux qui sont restés à moitié chemin, tandis que le mouvement se développe. Es-tu le seul à voir cela ? Crois-tu que chacun de nous n’a pas souffert et souffert plus qu’on ne le pense des défaillances qui se sont produites ? Crois-tu que la défaillance de Brousse, de Costa avec lesquels j’étais lié par des liens d’amitié sérieuse sont faciles à supporter ?

Mais lorsque je regarde autour de moi et que je vois surgir chaque jour ces ces jeunes, nouvelles forces, qui viennent apporter tant de foi et de dévouement à la révolution, j’oublie toutes ces défaillances, je vois la jeunesse qui vient à nous, qui demande qu’on l’aide un peu, un tout petit peu dans ses débuts : le reste, elle le fera elle-même. La jeunesse de St Etienne, de Vienne, de Lyon produit précisément cette impression [illisible] et il faut être bien malade, avoir le foie bien gonflé pour se décourager lorsqu’on est si bien entouré. Diable ! Il faut se multiplier, se décupler, avoir le diable au corps en ce moment comme disait Bakounine, et nous irons nous décourager, fouiller toujours dans nous même, discuter sur notre propre personne comme ces poètes malades (car ils le sont en effet) qui toute leur vie passent à s’examiner, à fouiller dans leur âme, à chercher un prétexte pour ne rien faire. Ce n’est pas le temps pour cela. Si j’avais dix fois plus de fonds (?) que je n’en ai, je leur aurai trouvé du travail. Ce que je regrette c’est que je ne puisse faire des journées de 18 heures de travail.

Allons chers amis, pas de découragement « Tous les bras sur le vaisseau » comme disent les marins pendant ces jours de tempêtes.

Salue bien des fois tous les amis de St Etienne, fais leur bien des amitiés de ma part et pour toi une bonne poignée de main fraternelle.

Pierre Kropotkine

Mon adresse est 14 River Street

Myddelton Square

Londres L. C

Source : Archives nationales BB 18 6447

Lettre d’Emile Gautier à Toussaint Bordat

Lettre de Gautier à Bordat

Bayeux jeudi

Mon cher Bordat

Ta lettre est venue me trouver naturellement en retard au fond de la Picardie où viennent de m’appeler des affaires personnelles. Elle m’a profondément surpris. Vraiment je ne comprend plus rien à ce qui se passe.

Je vais répondre mot pour mot, article par article, et j’espère que tu seras satisfait, une bonne fois pour toute, parce que tu n’as pas idée du découragement, de la fatigue d’esprit et du gaspillage de force que tous ces potins sans fin traînent à leur suite. J’ai mis une lettre à ton adresse (illisible) à la poste de Paris lundi soir à six heures cinq minutes. C’était au bureau de tabac qui est en bas de ma maison 48 avenue Parmentier.

Tu vois que je précise. Cette lettre dont l’affranchissement avait exigé deux timbres contenait non pas un article de moi, j’avais été trop souffrant toute la semaine pour y songer mais ma correspondance de [illisible], accompagnée d’une lettre personnelle pour toi. Voilà pour l’article.

2° On ne m’a jamais fait dire de ne plus écrire à l’Étendard, peut-être en a-t-on eu l’intention, je n’en sais rien, mais ce que je sais, c’est qu’on s’est bien gardé de m’en parler, on doutait probablement de l’accueil que j’aurais fait à pareille insinuation.

J’ai bien entendu parler d’un journaliste véreux qui avait réussi à se glisser dans le conseil de rédaction du Droit social, mais je connais assez nos amis de Lyon et toi surtout. J’avais assez de confiance en eux pour ne pas m’effrayer de cela. Je pensais bien que le Monsieur ne serait pas long à être exécuté, le jour où il deviendrait gérant. Au surplus ceux qui m’ont parlé de cela n’en ont pas conclu qu’il fallait cesser de collaborer au journal, au contraire. Quant à ce qui est de vous refuser notre concours à l’avenir, c’est une monstrueuse calomnie, au moins en ce qui me concerne moi et mes amis personnels : Crié, Grave, Vaillat… Nous n’avons jamais songé à discuter le drapeau si vaillamment planté à Lyon, et aujourd’hui où la mitraille légale pleut sur lui, moins que jamais. Tu peux compter sur nous jusqu’au bout. Je me crois autorisé à parler également au nom des trois amis que je viens de te nommer, quoique je n’aie pu les consulter, étant à cinquante heure de Paris. Mais je suis sûr qu’ils pensent et feront comme moi. Au surplus mon cher ami, n’en devrait-il rester qu’un, je serai celui la.

En ce qui concerne ce que Bernard a pu dire en allant se marier à Lyon du peu de besogne faite depuis quelques mois par les anarchistes parisiens, aucune mission ne lui a été donnée pour cela mais entre nous ce qu’il dit est malheureusement la vérité. N’importe qui tombant de Lyon à Paris éprouverait la même douloureuse surprise. Je me prépare à faire un suprême effort pour galvaniser le mouvement cet hiver ! Ce n’est pas remarque le que la propagande ne marche pas mais c’est avec une lenteur !!! Quant à Bernard, je ne sais s’il va faire un groupe, il m’a dit le contraire la veille de son départ. Il avait commencé à en organiser un qu’il a abandonné depuis par découragement, dit-il. Il m’a promis de se mettre de celui que je dois organiser dans mon nouveau quartier et pour lequel j’ai déjà ramassé des quantités d’adhésions.

Je dois dire que Bernard depuis qu’il est à Paris ne s’est presque occupé de rien… Les camarades même s’en étonnent fort.

Pour l’affaire de la Ricamarie, il m’a paru tout au contraire qu’elle avait fait un excellent effet, au moins sur les amis avec lesquels j’ai eu l’occasion d’en parler.

Voilà mon cher Bordat des explications complètes sur ce que tu me demandes. Tu vois qu’il n’y a pas de quoi fouetter un chat.

Tu peux toujours compter sur moi, tant en ce qui concerne personnellement qu’en ce qui concerne la Fédération.

Poignée de mains à tous les camarades de Lyon et de Genève.

Je te serre la main fraternellement.

Emile Gautier

Avise-moi si tu as reçu ma lettre du lundi : aurait-elle été subtilisée à la poste.

Ecris-moi toujours 48 avenue Parmentier, dans quelques jours, je retourne à Paris.

Source : Archives nationales BB 18 6447

Lettre d’Emile Gautier à Jean-Baptiste Ricard de Saint-Etienne. 16 juin 1882

Lettre d’Emile Gautier à Ricard

16 juin 1882, Paris

Mon cher Ricard,

Excellente idée que celle du pèlerinage révolutionnaire à la Ricamarie ! Comment s’est-il passé ? Je vois avec plaisir que le mouvement stéphanois va bien et que comme partout, les évolutionnistes votards y perdent du terrain.

Il n’y a plus à s’y méprendre, les foules anonymes – je ne parle pas des intrigants qui rêvent de plus d’honneurs ou de galons – vont aux paroles et aux actes les plus révolutionnaires. Les politiciens prétendaient autrefois qu’un minimum était nécessaire pour rallier les masses que des déclarations trop violentes devaient effaroucher, à les entendre, c’est le contraire qui est vrai. Les meneurs font aujourd’hui des efforts inouïs pour réprimer l’élan révolutionnaire de l’armée qu’ils ont rassemblée en lui parlant révolution et qui est bien plus avancée qu’eux.

As-tu remarqué ce phénomène caractéristique qui saute aux yeux à Paris mais qui doit être général ? Que penses-tu de la Bataille et de M. Paul Brousse ? Est-il assez économiste et assez pédant ! Quelle odieuse engeance que ces doctrinaires du socialisme ! Ils sont pire encore que les doctrinaires bourgeois dont ils ne sont que les piteux plagiaires, moins encore le talent !

A côté de ces empoisonneurs de conscience, il y a encore place superbe à prendre pour un journal quotidien carrément révolutionnaire boute-feu de la guerre sociale … si nous en avions eu avant six mois, le parti anarchiste compterait ses militants par centaines de mille.

Confidentiel. Je suis en train d'[illisible] des capitalistes pour tâcher d’avoir des fonds pour fonder un organe quotidien qui nous manque. Je ne désespère pas de réussir parce que je leur présente la question au point de vue commercial et en faisant miroiter à leurs yeux la possibilité de faire de gras bénéfices. Que veux-tu ? Il faut bien chercher l’argent où il est, et il n’y a pas se faire scrupule d’emprunter à l’ennemi des armes pour le combattre.

Peut-être bien tout de même que ça se fera. Et alors toutes voiles dehors ! Ecris-moi donc pour me donner des nouvelles de la région.

Prière aux compagnons stéphanois de nous envoyer le plus tôt possible le montant des 200 « mort aux voleurs » qu’ils ont reçu, l’échéance approche. Je compte sur ta diligence pour cela. Poignée de main.

Emile Gautier

Source : Archives nationales BB 18 6447