HUCHET Marie, dite aussi HUCHET Mary

Née vers 1875 ; naturaliste plumassière ; féministe athée, syndicaliste parisienne et oratrice anarchiste.

En mai 1896, Marie Huchet, alors secrétaire du syndicat des fleurs et des plumes, fut chargée lors d’une réunion de solidarité avec les ouvrières diamantaires de Pantin, de leur remettre une partie des 23,50 francs perçus ce jour là, l’autre partie étant destinée aux porcelainiers de Limoges.Retour ligne automatique
De janvier 1897 à mars 1899, Marie Huchet participa comme oratrice à 26 conférences, en région parisienne, sur les sujets les plus divers. Dans ses meetings elle intervint rarement seule mais au milieu d’autres orateurs, la plupart masculins, avec quelque exceptions féminines, comme Eliska Bruguière, Louise Réville,Maximilienne Biais, Rolande, Alice Canovas ou Astié de Valseyre.Retour ligne automatique
Le 4 février 1897, une réunion fut organisée, salle du Commerce, 91 boulevard du Temple sur le thème « Les crimes du diable », avec Paul Raubineau et Albert Létrillard. Marie Huchet y prit la parole, elle dénonça « l’exploitation scandaleuse grâce à laquelle les prêtres se font des rentes et vivent largement à ne rien faire en escroquant les malheureux qu’ils ont fanatisés ». Girault, Sadrin, Tortelier, Léon Barrier et Prost s’exprimèrent avec elle.Retour ligne automatique
Le 8 février 1897, la préfecture n’ayant pas autorisé la réunion qui devait se tenir Salle du Commerce, les anarchistes présents, conduits par Marie Huchet, se rendirent dans un débit de boisson au n°19, dans la salle Turpin. Environs 80 compagnons y assistèrent, parmi eux, Prost, Sadrin, Georges Renard, Murmain dit l’Aveugle, Gravelle, Lucas et Raubineau. Marie Huchet prit la parole en première « lisant une page écrite par avance qu’elle avait sous les yeux ». Elle démontra que « le mariage devrait disparaître parce qu’il faisait de la femme une esclave, à cause des liens par lesquels cette institution la lie à l’homme, son maître ». Elle fit ensuite un court exposé en faveur de l’amour libre et critiqua les préjugés du mariage qui consistaient à détruire tout sentiment élevé chez l’être humain. Elle estima que « tout être doit aimer librement et jouir de ce bonheur avec celui pour lequel il éprouve des désirs qui en vertu des lois de la nature doivent être assouvis ». Elle fit appel à toutes les prostituées « qui sont aussi des victimes de l’état social actuel » et conclut, en déclarant que par l’amour libre, la société sera régénérée et contribuera à la constitution de la société libertaire. Elle termina son intervention en disant : « Vive l’amour libre ! Vive l’anarchie ! ». Retour ligne automatique
Début février 1897, la Ligue de propagande d’athéisme et la Société du baptême civil, organisèrent un fête familiale, salle de la Ligue fraternelle, 17 rue Daint-Isaure. Après une allocution d’Albert Létrillard, un concert eut lieu, avec les chansonniers Paul Paillette, Jehan Rictus, Marie Huchet poussa la chansonnette. A l’issue du spectacle, une distribution de jouets fut faite pour les enfants et un bal se prolongea tard dans la nuit.Retour ligne automatique
Le 15 février 1897, salle de l’Eden, 49 rue de Bretagne, un meeting fut organisé par l’Internationale scientifique sur « Les crimes modernes : Cuba, Montjuich, Madagascar, Arménie et sur Le communisme et l’individualisme ». Trois commissaires de police assistèrent à la réunion et firent un rapport. Devant 100 à 200 personnes, Mary Huchet commença son intervention en revenant sur les propos tenus par un inconnu, lors d’une précédente réunion, accusant les anarchistes d’être des ignorants : « Non, les anarchistes ne sont pas des ignorants ; car seuls, ils connaissent la vraie science de l’humanité. Cette science leur fait découvrir la source du mal dont souffre la société. Tout ce mal vient de la religion et de toutes ses manifestations dans le monde, de l’Etat, de la famille, etc… Voilà pourquoi il faut la détruire ». Elle raconta qu’un arménien lui ayant demandé de rédiger un article en faveur de ses compatriotes, elle lui répondit que « tout homme imbu des dogmes religieux n’était pas prêt pour l’émancipation » et lui manifesta son regret de voir des êtres humains s’entre-tuer pour des questions aussi stupides.Retour ligne automatique
Le 27 février 1897, La Ligue antireligieuse et les Libertaires de Paris tenaient meeting à la salle du Commerce, faubourg du Temple, 300 personnes assistèrent à la réunion. L’ordre du jour était éclectique : « La question d’Orient ; les crimes des religions, les tortures de Montjuich ; Cuba et l’Arménie ; les infamies sociales ; église, patrie et religion ; les tortures des juges d’instruction ». Retour ligne automatique
Après Raubineau, Marie Huchet prit la parole. Elle expliqua que « le peuple souffre, qu’il y a en ce moment beaucoup d’ouvriers sans travail et que c’est malheureux de voir de pauvres diables manger un morceau de pain qu’ils ont mendié ». Parlant du patronat, elle s’étonna que « l’ouvrier se laisse commander, comme une bête de somme et qu’il était temps qu’il se révolte contre cette société de bourgeois, société pourrie, qui, il faut l’espérer, disparaître bientôt, pour faire place à une autre. Celle-ci sera fondée sur des bases sociales par lesquelles tout le monde sera libre et heureux ». Selon l’un des trois rapports de police rédigés sur cette réunion ce fut à ce moment, que de nombreux cris et quolibets à son adresse, éclatèrent dans la salle. On lui aurait crié : « Ferme ta gueule ». Elle aurait été obligée de quitter la tribune, mais les deux autres rapports, n’évoquèrent pas ces incidents et invectives. Retour ligne automatique
Le 5 mars 1897, eut lieu à l’église Saint-Ambroise, une conférence par un « frère prêcheur » pour traiter de la « richesse et de la pauvreté ». L’orateur en profita pour faire de la propagande en faveur du socialisme chrétien et pour attaquer avec violence les libres-penseurs. Ce discours provoqua des réactions, un spectateur voulut répondre et fut frappé par le « suisse », une bagarre s’ensuivit. Une conférence du même genre étant annoncée la semaine suivante, les anticléricaux et anarchistes se mobilisèrent. Un assez grand nombre de compagnons se rendirent le 11 mars à l’église. Au moment de la sortie, un cri formidable de « Vive l’anarchie » fut poussé par une trentaine d’anarchistes et une bagarre se produisit. Marie Huchet se jeta sur un vicaire qui, à la tête de jeunes gens du patronage, armés de cannes, chargeaient les manifestants. Aussitôt les gardiens de la paix firent irruption et des arrestations furent opérées : Marie Huchet, Albert Létrillard qui protestait contre les brutalités qu’elle subissait, en criant aux agents : « C’est ignoble de maltraiter et d’arrêter une femme dans ces conditions ». Furent également arrêtés Gardin, menuisier ; Lebrun, typographe ; Ebner, sténographe ; Carré, fleuriste et Girault.Retour ligne automatique
Après 5 jours de détention préventive, les inculpés furent traduits devant la 9e chambre correctionnelle, le 16 mars 1897. Gardin, Lebrun, Girault, Ebner et Carré furent condamné à 15 jours de prison et Marie Huchet à 8 jours. Létrillard eut 50 francs d’amende. Retour ligne automatique
Le vendredi 19 mars 1897, une conférence eut lieu à la salle du Commerce qui réunit 200 personnes dont Prost, Raubineau, Geoges Renard, Broussouloux, Létrillard, Brunet et Butaud. Prost protesta contre les arrestations. Létrillard demanda pourquoi on avait envoyé Marie Huchet à Nanterre au lieu de l’envoyer à Saint-Lazare : « De cette façon, au lieu d’être libérée jeudi, comme elle devait l’être, elle ne le sera que dimanche prochain ».Retour ligne automatique
Le 16 avril 1897, la Ligue de propagande et d’athéisme tenait son banquet gras annuel à l’occasion du « Vendredi, prétendu saint », Marie Huchet, Achille Leroy, Létrillard, Ténière « la camarade de Sébastien Faure » accompagnée de Sidonie Vaillant et une trentaine de convives se partagèrent le cochon.Retour ligne automatique
Le 29 mai, à la salle du Commerce, la Ligue antireligieuse et les Libertaires de Paris organisèrent une réunion à laquelle assistèrent 250 personnes. Prost provoqua un tumulte épouvantable dans la salle en disant qu’il ne fallait pas compter sur les sans travail, car « ce ne sont que des avachis et des inconscients ». Leboucher à sa suite ne put se faire entendre, Marie Huchert arriva à son tour à la tribune mais elle ne réussit pas plus à parler. Un bagarre se produisit dans la salle.Retour ligne automatique
Marie Huchet prit l’initiative de créer un groupe de femmes à l’intérieur de l’Internationale scientifique : elle fit paraître cet avis dans le Père Peinard du 20 juin 1897, : « Etant donné l’attitude des bourgeoises qui dans leur soi-disant but d’émanciper les femmes prolétaires, les compagnes de lutte désirent elles-mêmes discuter leurs intérêts et leurs revendications et cela sans l’intervention des bourgeoises et des exploiteuses du travail.Retour ligne automatique
Le groupe se réunira tous les jeudis, salle Rosnoblet, 281 faubourg Saint-Denis, à partir du 17 juin. Y prendront la parole : Mary Huchet et Eliska.Retour ligne automatique
Il n’y sera fait aucune collecte et les adhérentes garderont l’anonymat.Retour ligne automatique
Pour le groupe : Mary HuchetRetour ligne automatique
Les compagnes des libertaires sont particulièrement invitées et, une fois pour toutes, les prolétaires se débarrasseront des parasites bourgeoises.Retour ligne automatique
Le groupe féminin se rattachant à l’Internationale scientifique, une réunion générale aura lieu une fois par mois ».Retour ligne automatique
Le 26 juin 1897, salle Pétrelle, eut lieu un meeting organisé par les anarchistes au profit des exilés d’Espagne. 90 à 100 personnes y assistèrent. Marie Huchet défendit les camarades espagnols : « ceux-là ont terrorisé la bourgeoisie et montré que les théories anarchistes seront bientôt celles qui culbuteront la vieille société ». Elle dénonça le sultan et cette « vieille garce de reine d’Angleterre ».Retour ligne automatique
Le 11 septembre 1897, salle Baumann à Saint-Ouen, les groupes révolutionnaires de Saint-Ouen et les Libertaires de Paris, organisèrent un meeting sur « le pain cher, l’assassinat de Canovas et du bourreau Portas ; les victimes de l’inquisition espagnole » avec comme orateurs Malato, Létrillard, Georges Etiévant, Brunet, Girault, Sadrin, Tortelier et Mary Huchet. Environs 70 personnes assistèrent à la réunion. Marie Huchet exposa les théories anarchistes et engagea les travailleurs à faire de la « propagande par le fait » dans les ateliers. Elle fit un appel pour la fondation d’une bibliothèque libertaire à Saint-Ouen. Elle fit savoir qu’elle venait de fonder, avec Louise Coutant, ancienne secrétaire des syndicats des blanchisseuses et des infirmières à la Bourse du travail, un groupement féminin dans lequel toutes les ouvrières seront admises.Retour ligne automatique
Le 28 septembre, à la Maison du peuple, Mary Huchet fit une conférence sur « le Droit des femmes à révolution, l’exploitation du travail, les salaires dérisoires ». Louise Coutant et Ernest Girault prirent ensuite la parole. Une lettre de Louise Michel fut lue lors de la soirée. Retour ligne automatique
Mais le 10 décembre 1897, Louise Coutant fit une tentative de suicide et début janvier 1898, elle était encore hospitalisée, pour une opération, mettant sans doute fin à cause de ses problèmes de santé, à une tentative de création du groupement féminin de l’Internationale scientifique.Retour ligne automatique
En octobre 1897, Marie Huchet aida le naturien Louis Martin à poser des tentures dans son Pavillon Sans Dieu, 96 rue Lepic.Retour ligne automatique
En avril 1898, Eugène Renard, dit Georges, lui écrivit qu’il rentrait à Paris, après son équipée désastreuse contre les antisémites à Alger.Retour ligne automatique
Aux élections générales de mai 1898, Marie Huchet et Louise Coutant défendirent la candidature de Paule Minck, pour revendiquer le droit des femmes à l’égalité entière, tout en reconnaissant que « les femmes ne seront complètement affranchies qu’avec et par le socialisme ».Retour ligne automatique
Le 2 juillet 1898, lors d’une réunion à la Maison du peuple, 47 rue de Ramey, avec pour thèmes : « Dreyfus, Zola, l’Etat major » ; « La grève générale » ; « Etiévant à la Roquette », l’assistance se composait de 120 personnes, Marie Huchet s’opposa à Louise Réville sur la distinction entre Etiévant et Carara, un autre condamné. Pour elle, tous deux étaient des révoltés, Carara fut acculé au meurtre par la misère. Marie Huchet déclara que l’on devait moins s’occuper de l’affaire Dreyfus que de continuer à faire de la propagande vraiment anarchiste. Elle souhaita, en terminant, la venue « de la société de nos rêves où tous les hommes pourront enfin vivre dans la concorde et l’amour ».Retour ligne automatique
Le 25 septembre et le 2 octobre 1898, la conférence organisée à la salle Delapierre, 168 rue de Charenton avait pour thème « L’union libre – L’amour libre et l’immoralité dans le mariage ». Marie Huchet trouva extraordinaires, les préjugés de la vieille société bourgeoise qui voulait pour sa moralité qu’une femme resta éternellement liée au même homme. « Une fille-mère mériterait les mêmes compliments que la reine ou l’impératrice qui met au monde un enfant ». Elle ajouta qu’elle avait vu dans la salle certaines figures de policiers qui feraient bien de changer de barbe pour masquer la figure de leur emploi.Eugénie Collot, Alice Canova, Sadrin et Prost prirent aussi la parole, ce soir-là. Retour ligne automatique
Le 25 octobre 1898, à la sortie d’une réunion qui se tenait à la salle Prat, 220 rue St Denis, les participants allèrent sur les grands boulevards où ils rencontrèrent une centaine de manifestants qui criaient : « Vive la liberté, vive Zola ». Libertad était en tête. Les agents de police intervinrent et arrêtèrent Marie Huchet, Georges Renard, sur le boulevard Magenta.Retour ligne automatique
En novembre 1898, Marie Huchet participa à un meeting salle Delapierre avec Brunet, Butaud, Broussouloux, Louise Réville, Maximilienne Biais et Rolande sur le militarisme.Retour ligne automatique
Le 26 mars 1899, salle Delapierre, 163 rue de Charenton, eut lieu une conférence privée sur « Les droits de la femme, la pieuvre cléricale, l’armée contre la nation » avec Mary Huchet, Maximilienne Biais, Alice Canovas, Astier de Valseyre, Jaurès, Briand,Janvion, Henri Dhorr, Brunet. Les groupes anti-cléricaux furent invités.Retour ligne automatique
En octobre 1899, Mary Huchet lança un appel dans l’Aurore, pour fonder des syndicats féminins, en particulier chez les « casseuses et rangeuses de sucre ». Elle se tenait à leur disposition chaque soir, 10 rue Devret, pour leur donner la marche à suivre, rédiger leurs statuts et organiser leurs réunions publiques. Ce fut la dernière fois que l’on parla de Marie Huchet dans la presse.

P.-S.

SOURCES : Arch. Préf. Pol. Ba 1239,1497 — L’Intransigeant 17 juin 1896, 9 février, 14, 17 mars 1897, 11 février 1898 — Père Peinard 31 janvier, 14 février, 18 avril, 9,16, 23 mai, 3, 25 septembre, 21 novembre 1897 — Le Radical 18 avril 1897 — Gil Blas 17 avril 1897 — La Lanterne 24 janvier 1897, 23 mai 1898, 27 mars 1899 — Les Temps nouveaux 19 juin, 25 septembre, 2 octobre 1897 — L’Aurore 6 novembre 1898, 25 octobre 1899

Chronique de La Fédération jurassienne par Droz, indicateur de la Préfecture de police de Paris (8)

Document Éphéméride anarchiste

Neufchâtel le 9 décembre 1880,
Nous terminons notre organisation.
Pindy reste chargé des correspondances étrangères.
Schwitzquebel dirigera les cercles d’études et nos bons amie Clémence, Lefrançais de Lausanne, Genève, etc. seront chargés du contrôle.
En ce qui concerne nos relations avec Paris, Pindy a expédié chez vous la femme de Dalang, qui était chargée d’une correspondance pour Protot, Brousse et Robert Caze.
Il s’agit toujours des instructions à donner, par le comité, pour cette fameuse organisation d’un comité secret à Paris.
Comme vous ne connaissez sans doute pas Robert Caze, voici quelques notes à son égard. Il habite Paris depuis quelques semaines et vous le trouverez près de Henri Rochefort, au bureau de l’Intransigeant. Robert Caze est français et faisait partie de notre comité, à la Chaux de Fond.
Il avait été compromis dans les affaires de la Commune et était venu se fixer à Delémont, comme journaliste, rédacteur du Progrès.
Il s’est marié dans cette localité avec la fille du directeur de son journal, le sieur Boechat.
Plus tard, il est allé organiser, pour le compte de la Fédération jurassienne, une nouvelle section à Porentruy, il en était le président.
Il s’est fait nommer professeur au collège de cette ville et y a fondé la Gazette du village.
Ami intime de Paul Brousse, ce dernier a fait venir Robert Caze à Paris, où il est l’un des fondateurs du journal La Presse libre.
Il est très remuant et demande toute votre surveillance, d’autant plus qu’il est à peu près inconnu à Paris et que pourtant c’est l’un de nos agents révolutionnaires les plus précieux.

Tous ces derniers jours nous avons été très occupés par la correspondance italienne.

Nous avons huit délégués, tant des sections italiennes en Suisse que des sections françaises, pour un congrès qui s’est tenu dimanche et lundi 6 décembre courant, dans le canton de Tessin à Chiasso.
Toutes nos sections anarchistes de Milan, Gènes et du Nord de l’Italie y avaient des compagnons délégués ; ils étaient en tout 24. Nous y avions Spichiger, Bonelli et Jeanneret comme délégués spéciaux.
Ils se sont rencontrés à Chiasso avec Grassi, Gnocchi, Viani, Marzolli, Cafiero et Matteucci, tous italiens révolutionnaires connus de vous.
De vos parisiens, il n’y avait personne d’officiel.
Le congrès a décidé que la révolution à main armée était le seul moyen pratique d’établir l’ordre social en Europe et que, quant au suffrage universel, en France, comme ailleurs, les sociétés anarchistes s’en serviront comme d’un moyen d’agitation, sans y attacher aucune autre importance que celle d’arriver au renversement complet du système actuel qui régit les Etats.
Un sous-comité a été nommé pour l’Italie et siégera à Milan. Ses membres devront correspondre directement avec le nôtre à Neufchâtel.
Droz

Archives de la Préfecture de police de Paris Ba 438

 

COLLOT Marie, Eugénie

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Metmuseum. Photo anthropométrique Bertillon.

Née vers 1858 à Paris (XIe arr.) : tapissière ; célibataire ; anarchiste, féministe, syndicaliste parisienne.

En novembre 1890, Eugénie Collot fit partie d’une liste de candidates, aux élections des prud’hommes, présentée par la Ligue d’affranchissement des femmes, afin de protester contre la loi interdisant aux femmes de voter et de se présenter.
Le 26 février 1891, pour lutter contre les salaires insuffisants, le chômage et le manque d’union des tapissières qui les livrait à la « rapacité patronale », un syndicat fut crée dont Eugénie Collot était la secrétaire.
En juillet 1891, le Comité général de la Bourse du travail, procéda à l’élection de la commission exécutive, Eugénie Collot figura parmi ses membres.
Elle fut déléguée de la Bourse du travail de Paris au congrès de Bruxelles de la 2e Internationale (1891). Elle y rencontra la femme de Liebknecht qu’elle invita à venir visiter la Bourse du travail de Paris. En août 1891, Mme Liebknecht se déplaça à Paris, où elle émit le souhait que « toutes les femmes, toutes les mères s’entendent afin d’empêcher le retour dans l’avenir des hécatombes qui ont coûté si cher à nos deux pays ».
Le 26 septembre 1892 eut lieu, à la Bourse du travail, un meeting organisé en faveur des grévistes de Carmaux : 3.000 personnes se trouvaient dans la salle. Les anarchistes se regroupèrent près de la tribune, guettant le moment de l’envahir. Cette occasion se présenta lorsque Eugénie Collot, qui ne s’était pas inscrite pour prendre la parole, se retourna pour répondre au bureau et fit diversion, laissant libre l’accès à la tribune, qui fut envahie.
En novembre 1892, Eugénie Collot occupa le bureau n°16 de la Bourse du travail, situé au 1er étage, au nom du syndicat des ouvrières tapissières et couturières, dont elle était la secrétaire. Le bureau était fréquenté par des anarchistes, souvent des ébénistes.
En décembre 1892, elle fit partie du Comité féminin, organisateur des soupes conférences de la salle Favier (voir Chatillon), où les anarchistes donnaient à manger aux « meurt-de-faim et de va-nu-pieds », tout en leur faisant écouter des orateurs. Eugénie Collot quitta cette initiative en février 1893, sans en donner le motif.
Le 15 mai 1893, plus de 2.000 personnes assistèrent à un meeting organisé par le Comité de propagande de la Bourse du travail, pour protester contre les propos tenus à la Chambre des députés par Yves Guyot, vis à vis des travailleurs parisiens et des syndicats de la Bourse. La compagne Collot y fit le procès des députés, de la bourgeoisie et termina par « une profession de foi anarchiste », selon un rapport de police du 15 mai 1893.
Le 26 juin 1893, un meeting se tenait dans le grand amphithéâtre de la Bourse du travail, pour protester contre le risque de fermeture de ce lieu. En effet, si les syndicats ne se pliaient pas à la loi du 21 mars 1884, régissant leur organisation, le gouvernement brandissait la menace de fermer la Bourse. À la fin de la réunion Eugénie Collot voulut déposer une motion, pour honorer Ravachol. Un auditeur s’écria : « Occupez-vous donc des vivants, nom de dieu ! ».
Le 3 juillet 1893, 300 personnes assistèrent à la réunion du Comité général, dans la grande salle de la Bourse du travail, Eugénie Collot, essaya de faire rectifier un procès-verbal (sans doute celui de la réunion où elle tenta de rendre hommage à Ravachol) mais elle fut vivement interrompue, des assistants déclarèrent que les demandes de rectification devaient être faites par écrit et inscrites au Bulletin de la Bourse. Un auditeur demanda aux secrétaires, si la décision d’écrire au syndicat des tapissiers, pour lui demander le remplacement d’Eugénie Collot, comme déléguée au Comité général, avait été prise. Quelques-uns demandèrent l’expulsion de Collot, tant elle fit du bruit.
Elle finit par lire son message et l’incident fut considéré comme clos.
Malgré le manque de succès de sa proposition d’hommage à Ravachol, elle fit le même appel lors plusieurs réunions publiques. Les anarchistes finirent par reprendre l’idée à leur compte et publièrent cet appel : « Des camardes, fidèles au souvenir, informent tous ceux pour qui Ravachol n’eut d’autre impulsion que l’amour du mieux, qu’ils ont décidé de ne laisser passer l’anniversaire de son martyr, le mardi 11 juillet prochain, sans lui témoigner leur sentiment de deuil et de solidarité. Or n’étant pas à proximité de la sépulture de l’immense propagateur, pour y déposer l’objet de leur mémoire (soit fleurs ou autres), ils ont choisi le monument Diderot, cet autre illustre précurseur de l’anarchie comme le fut d’ailleurs tout penseur à quelque temps qu’il ait appartenu.
Rendez-vous à la statue du célèbre philosophe, sise boulevard Saint-Germain, dimanche 9 juillet, ceci pour faciliter les camarades que les occupations pourraient retenir le mardi 11 ».
Or, jusqu’à midi, aucun rassemblement ne se forma près de la statue, et ce n’est que vers deux heures que quelques membres des groupes anarchistes s’approchèrent des abords de la place St Germain des Prés. A 15h50, Eugénie Collot, accompagnée de Gaston Dubois, arriva sur la place et sortit d’un papier, une couronne portant l’inscription : « A Ravachol, mort pour la vérité ». Elle voulut la déposer au pied de la statue, mais des agents s’en emparèrent aussitôt et l’arrêtèrent, avec Dubois. Ils furent interrogés par le commissaire de police et remis en liberté.
Le 17 novembre 1893, au café Corraza, galerie Montpensier, ce fut elle qui fit payer, à l’entrée, les 60 centimes de participation aux frais, lors d’une conférence de Bernard Lazare.
Elle fut inscrite sur une liste d’anarchistes célibataires, âgés de moins de 40 ans, au 14 avril 1894. Elle demeurait alors 62 boulevard Beaumarchais et son dossier à la Préfecture de police portait le n° 321381.
Eugénie Collot fut perquisitionnée à son domicile, le 11 mars 1894 et arrêtée le 12 mars par le commissaire Carlier du quartier de l’Arsenal, pour association de malfaiteurs. Elle était encore détenue le 19 mai 1894. Elle fut libérée vers le 16 juin, sans que la date exacte soit connue. Elle écrivit à sa sortie, une lettre au juge d’instruction Henri Mayer, pour protester contre les 3 mois de prison qu’elle venait de subir à St Lazare, l’informant qu’elle venait de déposer une couronne d’épines (celles du martyr) sur la tombe de Vaillant.
Eugénie Collot figurait sur une liste des anarchistes, au 31 décembre 1896, elle demeurait 40 cours de Vincennes.
En 1898, elle relança le projet de L’Idée nouvelle, société organisatrice de conférences qui avait du interrompre ses activités, après la répression qui suivit l’attentat de Vaillant. Des conférences furent organisées : « Au pays de l’Inquisition ; de Montjuich à Cuba », ou contre l’antisémitisme avec Laurent Tailhade, Fernand Pelloutier , Pierre Quillard, Zo d’Axa, Adolphe Retté. Steinlen donna même un dessin La Cage, dont la reproduction vendue 0,50 francs, servit à couvrir les frais d’organisation.
En octobre 1900, l’Ere nouvelle prit le nom de La Rénovation sociale par le travail. A l’ancien comité composé d’hommes de lettres (Paul Adam, Lucien Descaves, etc.. .) se joignirent des « artistes et penseurs » : Eugène Carrière, Elisée reclus, Steinlen, Tolstoï. S’opposant au pouvoir de l’argent, cette société eut pour but de « glorifier, de réhabiliter, de répartir équitablement le travail ».
En 1901, elle reconstitua la chambre syndicale des ouvrières tapissiers en ameublement mais la Bourse du travail lui refusa une salle pour se réunir. Elle écrivit une lettre de protestation au président du conseil municipal de Paris, expliquant que son syndicat avait déjà perdu son bureau à la Bourse, pour avoir refusé « d’opter pour la subvention de son budget » et avoir refusé l’intrusion de la politique au sein de la Bourse.
A partir de 1902, La Rénovation sociale par le travail sembla prendre une orientation moins subversive, en mettant la science au cœur de son projet, comme moyen d’unir les classes sociales. Son activité se poursuivit au moins jusque juillet 1905, où Eugénie Collot remit une pétition au ministre du commerce, demandant la création de l’inspection du travail en Algérie.
Elle fit partie de la Fédération française du Droit humain, obédience franc-maçonne.

SOURCES : Le Rappel 30 août 1891, 21 mai 1898 — Le Radical 27 septembre 1892 — L’Est Républicain du 10 juillet 1893 — Le Temps 23 novembre 1890 et 11 juillet 1893 — Le Journal 27 juin 1893 — Journal des débats 10 juillet 1893 — Le journal 11 juillet 1893 — L’Intransigeant 17 juin 1894 et 21 mai 1901 — La Justice 7 février 1893 — Le Gaulois 18 novembre 1893 — Temps nouveaux 7 mai, 25 juin 1898, 20 octobre 1900 — Le XIXe Siècle 24 juin 1898, 21 mai 1905 — Femmes et franc-maçonnerie : trois siècles de franc-maçonnerie féminine et mixte (1740 à nos jours) par Gisèle et Yves Hivert-Messeca- Dervy. — Arc. Préf. Pol. Ba 1499, 1500, 1603, 1608. — Les anarchistes contre la république de Vivien Bouhey. Annexe 56 : les anarchistes de la Seine.

ICONOGRAPHIE : http://www.metmuseum.org/art/collection/search/306741

FETIS Lucien

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Metmuseum. Photo anthropométrique Bertillon.

Né le 25 novembre 1867 à New York (États-Unis) de parents français ; marié ; cocher et menuisier. Anarchiste militant à Asnières, Levallois-Perret et Paris.

Fétis fut naturalisé en 1885, il se maria le 16 juin 1892 avec Léontine Odille Witzig, lingère, ayant eu une éducation religieuse, elle conserva chez elle, de nombreux livres et objets de piété. Il fut classé dans l’armée auxiliaire pour varices.
De novembre 1891 à janvier 1893, il habita avec sa mère, 15 route d’Asnières à Clichy, puis d’août 1893 au 7 octobre 1893, on le retrouva à Asnières, impasse St Geneviève et du 7 octobre 1893 à l’année 1894, 2 rue Le maître à Asnières.
De décembre 1891 au 11 juillet 1892, il travailla, comme homme d’équipe auxiliaire à la Compagnie des chemins de fer de l’Ouest. Il fut ensuite cocher, soit à la Compagnie générale des petites voitures, soit chez divers loueurs. Depuis août 1893, il travailla comme menuisier tâcheron, tout en étant inscrit comme cocher de voiture de remise, à la préfecture de police, exerçant ce métier lorsqu’il ne trouvait pas à s’employer comme menuisier.
Fétis semblait très influencé par sa mère qui fréquentait les réunions anarchistes.
Le 2 avril 1892, il assista à une réunion à Levallois-Perret, où il annonça qu’il ferait insérer dans le Père Peinard, un manifeste lancé par les anarchistes de Lyon, au sujet des élections municipales.
Le 16 avril 1892, à Levallois-Perret, il assista à une réunion anarchiste avec sa mère.
Le 17 avril 1892, il était à la salle Horel, 13 rue Aumaire pour la réunion du groupe International. Le même mois Fétis organisa avec St Martin, Jourdan, des réunions électorales pour obtenir l’argent nécessaire à l’impression de manifestes anarchistes, imprimés à Neuilly chez Legout, rue Sablonville et signés par Fortuné Henry et Jourdan.
Le 5 juin 1892, à Levallois-Perret, Fétis fit l’apologie du vol et de l’assassinat qu’il estima logique lorsque l’on avait faim.
Le 25 novembre 1892, il participa à une réunion à Levallois, salle Mézerette, 86 rue Gravel.
En Janvier 1893, il recueillit au nom des Révoltés du XIVe et du Groupe de vigilance de Levallois-Perret, des fonds pour la publication d’un manifeste intitulé : « Plus de noms de grands prêtres ! A bas les vaniteux ». Le même mois, il aurait eu chez lui, en dépôt, des placards anarchistes « A bas la Chambre ! ».
En février 1893, il colla des placards anarchistes à Argenteuil.
Le 18 août 1893, à Asnières, salle du gymnase municipal, une réunion électorale de Ranviez, candidat, fut troublée par Fétis qui cria : « A bas la patrie ! Vive l’anarchie ».
De 1892 à 1894, il fréquenta notamment, Jourdan, St Martin, Legout, Fortuné Henry, Ouin, Blanc, Vinchon, Bruneau, Chauvière, Richard, Spannagel, Migevant (68 rue Câteaudun), Georges Etiévant, Achille Etiévant, Chauvin et Auguste Leprevost.
En 1892, Fétis signait avec Achille Etiévant, une lettre adressée au président de la république, pour lui demander des secours en faveur des « miséreux », afin d’organiser des soupes-conférences.
Pendant la détention de François dit Francis, Fétis s’occupa de lui faire parvenir de l’argent.
Le 2 mars 1894, le préfet de police délivra contre lui, un mandat de perquisition et d’amener, pour association de malfaiteurs.
Le 3 mars 1894, à 6 h15, lors de la perquisition opérée chez lui, au au 3e étage, 2 rue Lemaître à Asnières, le commissaire de police du quartier des Champs-Elysées, trouva une carte de visite de René Chauvin, 79 rue des Archives, une lettre d’Achille Etiévant, une autre d’Auguste Leprevost, incarcéré à Mazas qui lui demandait d’aller chercher des vêtements, un courrier d’un avocat de Versailles en relation avec Francis, trois brochures : « Déclaration de G. Etiévant », l’Almanach du Père Peinard pour 1894, la Revue anarchiste n°2 1893 et deux « manuscrits obscènes ».
Il fut arrêté, interrogé au commissariat et refusa de signer le procès-verbal d’audition. Emmené au Dépôt, il fut incarcéré à Mazas, le 5 mars. Sa femme enceinte écrivit au juge d’instruction : « je me trouve en ce moment dans une situation critique, mon propriétaire m’a donné congé comme quoi nous lui devons un demi-mois de terme et je me trouve dans l’impossibilité de le payer. Donc il faut que j’engage quelques objets mobiliers et il me faut l’autorisation de mon mari ».
Le 25 avril, le juge d’instruction Henri Meyer ordonna sa mise en liberté provisoire.
Le 10 juin 1895, il prit une ordonnance de non lieu concernant l’inculpation d’association de malfaiteurs.
Au printemps 1898, il accueuillit à son domicile de la rue de Belleville, le compagnon Victor Vinchon à sa libération de prison.
Fétis et sa mère avaient le même dossier à la préfecture de police, enregistré sous le n°157082
Il figurait sur l’état récapitulatif des anarchistes au 31 décembre 1896 et il était noté disparu sur la listes des anarchistes de 1900-1912.

SOURCES : Arch. de Paris, D.3 U6 carton 49. — Les anarchistes contre la république de Vivien Bouhey. Annexe 56 : les anarchistes de la Seine. — Arch. Préf. Pol. Ba 1497 et 1500. — Note Rolf Dupuy.

FAUVEL Louis, Gustave dit Nez fleuri

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Metmuseum. Photo anthropométrique Bertillon.

Né le 14 avril 1867 à Ecouché (Orne) ; vivait maritalement, un enfant ; cordonnier, forain, balayeur ; anarchiste parisien, candidat abstentionniste .

Le 22 juin 1882, la 8e chambre correctionnelle de Paris, condamna Fauvel, à séjourner en maison de correction, jusque 20 ans accomplis, pour abus de confiance et escroquerie.
Titulaire d’un carnet de forain, il a longtemps fréquenté les fêtes foraines des environs de Paris, où il tenait un tourniquet, avec sa maîtresse Eugénie Bitche, ouvrière en perles. En 1894, il était balayeur au service municipal de Paris.
Pendant qu’il exerçait la profession de marchand forain, il a habité à Ivry, puis Gentilly où il fut connu comme anarchiste militant. Il ne payait pas son loyer et et répondait, quand on lui réclamait, que sa qualité d’anarchiste ne lui permettait pas de régler ses propriétaires.
Il lisait régulièrement le Père Peinard et recevait des anarchistes de Paris, avec lesquels il passait la soirée à chanter des couplets révolutionnaires.
En novembre 1890, il se présenta comme candidat abstentionniste aux élection législatives à Montmartre. Cordonnier à l’époque, il était connu dans son quartier sous le nom de « Nez fleuri ». Dans une réunion, à la suite d’une discussion tumultueuse, la majorité se prononça en faveur du candidat qui les priait de ne pas voter pour lui.
De 1892 à 1894, Fauvel se retrouva sur les listes d’anarchistes répertoriés à la Préfecture de police.
Son dossier était enregistré sous le numéro 327143.
Le 30 juin 1894, le préfet de police délivra un mandat de perquisition et d’amener à son encontre pour association de malfaiteurs. Le 1er juillet à 6h du matin, le commissaire de police du quartier du Jardin des plantes, se présenta à son domicile, 58 rue Daubenton. La perquisition ne donna rien. Il fut arrêté, interrogé au commissariat, puis incarcéré à Mazas le 4 juillet. Le juge d’instruction Franqueville le mit en liberté provisoire le 6 juillet.
Le juge d’instruction Henri Meyer délivra une ordonnance de non lieu le 4 juillet 1895, concernant l’inculpation d’association de malfaiteurs.

SOURCES : Arch.de Paris, D.3 U6 carton 51. — Arch. Préf. Pol. Ba 1499 et 1500 — Les anarchistes contre la république de Vivien Bouhey. Annexe 56 : les anarchistes de la Seine. — Le Gaulois 13 novembre 1890

ICONOGRAPHIE : http://www.metmuseum.org/art/collection/search/306784

 

 

ETIEVANT Henri Achille dit LE BOSCO

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Metmuseum. Photo anthropométrique Bertillon.

Né le 14 juin 1861 à Flamanville (Manche) ; célibataire ; compositeur typographe. Anarchiste parisien.

Henri, Achille Etiévant fut compositeur typographe à la maison Dumont à Clichy, puis placier pour ce même établissement.
En 1894, il demeurait 7 rue de Malte (11e arrondissement), dans un chambre au 2e étage, éclairée par une fenêtre sur la cour. Il avait été exempté du service militaire, pour défaut de taille et difformité.
Il habita longtemps avec son père, rue du Bac à Clichy (Seine) et alla le voir régulièrement lorsque celui-ci fut placé par la préfecture de police à l’Asile de Nanterre, à la fin de l’année 1892.
Etiévant fit ses premiers pas en politique en mars 1891. Il fut l’un des organisateurs de la manifestation du 1er mai où il exalta les martyrs de la Commune.
Dans une réunion tenue le 2 juin 1891, par le Cercle révolutionnaire central, il se déclara anarchiste.
Son frère cadet, Georges Etiévant, avait collaboré comme lui au Forçat, journal anarchiste, dont le premier numéro parut le 4 juillet 1891.
Le 6 septembre 1891, il fut surpris, avec son frère, à coller des placards glorifiant Dardare, Descamps et Léveillé qui avaient tiré sur les gendarmes, le 1er mai précédent, à Clichy.
En février 1892, les deux frères cherchèrent à venger les anarchistes de Xérès. Ils annoncèrent qu’ils préparaient, contre l’ambassade d’Espagne, quelque chose de très grave, où ils risquaient leur tête. Ces paroles ne furent pas prises au sérieux par la police. Mais Georges avait déjà reçu de Chalbret, une partie de la dynamite, volée à Soisy-sous-Etiolles et les deux frères cachèrent les cartouches, dans un local loué en commun, 3 impasse Ste Genviève à Asnières. Là se réunissaient avec eux Leveillé, Marchand, Bordier, Martin père et fils, Bastard, Rousset dit St Martin, Gallau père et fils.
Le 23 février 1892, une descente de police fut opérée au domicile des frères Etiévant, on n’y trouva rien. Il en fut de même le 12 mars suivant, mais cette fois la police eut la preuve que Georges Etiévant était compromis dans le vol de dynamite et il comparut devant les assises de la Seine et Oise. Par contre les charges relevées contre son frère furent jugées insuffisantes et il fut relâché peu après.
Etiévant profita de sa libération pour reprendre la campagne commencée avec son frère. Le 29 mai, dans une réunion anarchiste tenue à Levallois, il fit l’apologie des actes de Ravachol, demandant qu’on suive son exemple.
Il rencontra Emile Henry plusieurs fois chez Constant Martin et chez un autre marchand de vins du faubourg Montmartre.
Etiévant, depuis quelque temps avait cessé de travailler. Il faisait avec Fétis, des quêtes à domicile pour l’organisation des soupes-conférences (voir Chatillon) et ne se cachait pas pour dire que le mieux pour un anarchiste était de vivre de vols, aux dépens des bourgeois.
En 1893, il reprit un travail chez M. Parly, imprimeur, 13 rue de Malte où il gagnait 6 francs par jour.
Il faisait venir de Londres des manifestes qu’il placardait ou distribuait.
En juin 1893, il chercha avec Léveillé et Spannagel à organiser un meeting de protestation contre la condamnation de Forest.
Lors de la perquisition qui fut faite chez lui le 1er janvier 1894, on découvrit, deux numéros de la Révolte, une brochure de Jules Guesde intitulée « Loi sur les salaires » et une lettre adressé de Mazas le 1er décembre 1893 par Léauthier à son ami Etiévant. La police saisit également trois lettres d’avocats signées Paul Boutin à Bordeaux et Le Baron, enfin quatre feuillets manuscrits qu’Etiévant reconnu être de sa main.
Le 4 mars 1894, la seconde visite de la police, amena la saisie de lettres émanant de son frère, détenu à Poissy et des brochures, placards et manifestes suivants : « La Voix du bagne », « La société future », « Le congrès de Bruxelles ou les Ôte-toi de là que je m’y mette », « Extraits du procès de la Révolte », « Ce qu’il faut faire », « La société mourante » par Jean Grave.
Il fut incarcéré à Mazas le 5 mars 1894.
Dans une lettre du 28 mars, au juge d’instruction, Etiévant fit part de son inquiétude de voir son logement loué à quelqu’un d’autre, puisqu’il ne payait plus son loyer, depuis son incarcération : « Je suis absolument seul, vous le savez, monsieur le juge, donc personne n’a pu réparer le désordre que l’on a fait chez moi car lorsque l’on perquisitionna, tout fut bouleversé, mes papiers de famille, mes spécimens d’imprimerie nécessaires à mon travail, les feuillets d’un dictionnaire auquel je travaille depuis plusieurs années, mon linge, enfin tout fut éparpillé sur le sol ou sur les meubles qui sont restés ouverts puisque je fus immédiatement arrêté ».
Le 5 juin, le juge d’instruction Meyer le mit en liberté conditionnelle.
Le 30 juin, il se fit embaucher à l’imprimerie Hugonis, 6 rue Martel, comme compositeur typographe.
Dès le 1er juillet, le commissaire de police du quartier de la Roquette perquisitionna à nouveau chez lui, il fut encore incarcéré à Mazas le 5 juillet et mis en liberté conditionnelle le 28 du même mois.
Le 10 juin 1895, le juge d’instruction Meyer délivra une ordonnance de non lieu concernant l’inculpation d’association de malfaiteurs.
Etiévant était sur la liste des anarchistes résidents dans la Seine en 1895 (par arrondissements), son dossier était enregistré sous le n° 323137.
Sur l’état récapitulatif des anarchistes, au 31 décembre 1896, il habitait 26 rue de Montmartre à St Ouen.
Il figurait sur un état des anarchistes de 1900-1912 de la préfecture de police. Il demeurait 39, 41 rue de Clichy.

ICONOGRAPHIE : http://www.metmuseum.org/art/collection/search/306783

SOURCES : Arch.de Paris, D.3 U6 carton 49. — Arch. Préf. Pol. Ba 1500 — Les anarchistes contre la république de Vivien Bouhey. Annexe 56 : les anarchistes de la Seine. — Bianco : 100 ans de presse anarchiste.

DUTHEIL Louis

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Metmuseum. Photo anthropométrique Bertillon.

Né le 28 septembre 1864 à Maisonnay (Haute Vienne) ; vivait maritalement ; ouvrier tailleur ; anarchiste parisien.

Ouvrier tailleur d’habits, Dutheil fut occupé pendant quelque temps chez M. Girard, 16 rue des Poissonniers. Il vivait maritalement avec une nommée Bigot qui était mère d’un enfant.

Dutheil fut mêlé au mouvement révolutionnaire depuis 1890. Il militait dans les groupes de sa corporation.

Le 23 janvier 1891, Louis Dutheil participa à une manifestation des ouvriers sans travail, place de l’Opéra. Il brisa d’un coup de canne, une glace du café Américain.

Dutheil fut condamné le 13 février 1891 a 15 jours de prison pour port d’arme prohibée et bris de clôture.

A l’été 1891, Louis Dutheil, fut chargé de la récolte de fonds pour aider la compagne d’Edouard Grangé, condamné au printemps à 12 ans de travaux forcés, restée seule et qui venait d’accoucher d’un troisième enfant.

Arrêté le 13 juillet 1893, pour avoir affiché des placards anarchistes, rue de Rome et trouvé porteur d’une de ces affiches, il fut relaxé.

Dans une réunion tenue en septembre 1893, il invita les assistants à manifester à l’occasion de l’arrivée des marins russes.

Lié avec Lésard, Decker, Duprat, la police lui prêta le projet de faire sauter la Chambre des députés ou la Préfecture de police et en juillet 1893, il cherchait à recueillir des fonds pour faire partir à Londres, 4 ou 5 anarchistes qui venaient de tenter « un coup » dans la banlieue.

Au cours de la perquisition opérée à son domicile en janvier 1894, en vertu d’une commission rogatoire du juge d’instruction de Limoges, il fut saisi un grand nombre de brochures anarchistes, des journaux, comme le Père Peinard, La Révolte, des lettres et des talons de mandats-poste, adressés à Altérant à Londres.

Selon la police, il aurait été, en 1894, l’auteur avec Duprat du manifeste On n’en tuera jamais assez.

Le 30 juin 1894, le préfet de police délivra un mandat de perquisition et d’amener, à l’encontre de Dutheil, pour association de malfaiteurs. Le 1er juillet à 11h du matin, le commissaire de police du quartier de Bonne-Nouvelle, se présentait à son domicile, 123 rue de Montmartre, son logement était composé de deux pièces et d’une cuisine. La perquisition fit découvrir quelques exemplaires de journaux anarchistes de l’année 1893 ; La Révolte, Le Père Peinard et l’En Dehors, en tout une dizaine. Dutheil fut arrêté et emmené au commissariat.

Interrogé, il déclara qu’il n’était pas anarchiste mais individualiste : « Tout ce qui n’a pas trait à mon bonheur personnel m’est indifférent ». Concernant la propagande par le fait, il expliqua : « Je ne suis, ni pour, ni contre. Je suis indifférent. J’ai ma philosophie à moi et je n’ai pas à juger les actes des autres ». Il précisa : « Je suis égo-anarchiste, c’est à dire que j’ai des idées qui sont ma conception personnelle sur la philosophie et c’est dans la lecture astronomique de Flammarion que j’ai puisé la plupart de mes conceptions philosophiques ». Il refusa de signer ses interrogatoires devant le juge d’instruction.

Le 4 juillet, il fut emprisonné à Mazas et fiché, comme anarchiste, au fichier Bertillon. Le 17 juillet, le juge d’instruction le mit en liberté provisoire.

A la fin des années 1890 il demeurait, semble-t-il, 38 rue Milton.

ICONOGRAPHIE : Metropolitan museum of art. Alphonse Bertillon. Albumens silver prints. Photographs.

SOURCES : Arch. de Paris, D.3 U6 carton 51. — Arch. Nat. F7/12723 — La Révolte, année 1891 Le Père Peinard, 12 juillet 1891 — Les anarchistes contre la république de Vivien Bouhey. Annexe 56 : les anarchistes de la Seine — Le XIXe Siècle 15 février 1891.

DUFFOUR Louis

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Metmuseum. Photo anthropométrique Bertillon.

Né le 29 juillet 1857 à Port Sainte Marie (Lot et Garonne) ; vivait maritalement, une fille ; ouvrier bijoutier. Anarchiste parisien.

Depuis le 15 août 1887, Duffour était ouvrier aux pièces, à la fabrique de bijouterie d’art et joaillerie Brisac et Mantoux.

En 1892, Duffour fut perquisitionné, sur commission rogatoire du parquet de Bône (Algérie) à propos d’une procédure contre Brulet, militant anarchiste de Grenoble, condamné à l’été 1891 à 10 ans de travaux publics pour avoir jeté son fusil et son paquetage à la tête d’un capitaine et envoyé dans un bataillon en Algérie au printemps 1892.

En décembre 1893, il perdait un enfant de 3 ans d’un méningite.

Le 24 février 1894, le préfet de police délivrait un mandat de perquisition et d’amener à l’encontre de Louis Duffour, pour association de malfaiteurs.

Le 25 février à 6 h du matin , le commissaire du quartier du Combat, se présentait à son domicile 3 rue des Régales, qu’il occupait avec sa femme, sa mère et sa fille de 10 ans, composé de deux chambres à coucher, une salle à manger et une cuisine. La perquisition fit découvrir un exemplaire de la Révolte du 24 février 1894, deux brochures de Kropotkine, l’Esprit de révolte et L’ anarchie dans l’évolution sociale, une autre brochure, Les anarchistes et ce qu’ils veulent. Il trouva également une lettre adressée à Duffour, signée Brulet, trois lettres adressées à Elie Murmain, 14 rue de Richelieu, par Brulet, une lettre en allemand de Dortmund.

Il était arrêté et conduit à la prison de Mazas le 27 février 1894. Le juge d’instruction Henri Meyer le fit mettre en liberté provisoire le 2 mars 1894.

Le 10 mars 1894, le préfet de police délivrait un nouveau mandat de perquisition et d’amener, pour des motifs identiques. Le 11 mars à 6 h du matin , le commissaire se présentait chez lui. Duffour protesta contre cette perquisition, disant qu’il avait déjà été arrêté le 25 février et qu’il avait été mis en liberté. La perquisition fut infructueuse et Duffour fut arrêté à nouveau. Lors de son interrogatoire, il reconnut être anarchiste. Il fut transféré au Dépôt. Le 12 mars, il était remis en liberté.

Le 10 juin 1895, le juge d’instruction délivrait une ordonnance de non lieu concernant l’inculpation d’association de malfaiteurs.

Duffour était toujours inscrit sur un état des anarchistes 1900-1912, il demeurait 4 avenue Gambetta et son dossier à la préfecture de police portait le n° 315169.

ICONOGRAPHIE :  http://www.metmuseum.org/art/collection/search/306774

SOURCES : Arch.de Paris, D.3 U6 carton 49. — Les anarchistes contre la république de Vivien Bouhey. Annexe 56 : les anarchistes de la Seine. — Arch. Préf. Pol. Ba 1500.

DELASALLE Gabriel, François dit DE LA SALLE Gabriel

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Metmuseum. Photo anthropométrique Bertillon.

Né le 4 mai 1849 à Nantes (Loire Inférieure). Mort le 23 avril 1914 – Comptable; libraire; marié et père de trois filles. Publiciste anarchiste à Paris

Delasalle prit le pseudo de Gabriel De La Salle mettant en avant un nom à particule au moment des élections municipales dans le quartier de l’Arsenal, le 27 avril 1890, où il signa ses affiches de cette façon. Un rapport de police le décrivait comme « ambitieux, plein de prétention  » et se donnant « comme homme de lettres  ». Il était alors en relations avec Chassaing, député et Piperaud, conseiller municipal. Il se présentait, sous leur patronage, comme candidat socialiste et obtenait 182 voix au premier tour du scrutin. Collaborateur de Chatelain jusqu’en décembre 1893 à la Revue européenne, il s’était assuré, en 1891, le concours de camelots, pour la vente d’une édition spéciale, le 1er mai.

Gabriel De La Salle fut le co-directeur avec Augustin Hamon de la revue mensuelle politico-littéraire L’Art Social (Paris, 26 numéros de novembre 1891 à février 1894, puis 6 numéros de juillet à décembre 1896) à laquelle collaboraient entre autres Charles Albert, Léon Cladel, Paul Delesalle, Bernard Lazare, Charles Malato, Han Ryner et Fernand Pelloutier. Entre les deux séries, la revue publiera dans la collection Bibliothèque de l’art social un certain nombre de brochures dont  : – A. Hamon «  Les hommes et les théories de l’anarchie  » (1893), F. Pelloutier «  L’art et la révolte  » (1896), B. Lazare «  L’Ecrivain et l’art social  » (1896), C. Albert «  L’art et la société  » (1896).

En 1892, il fit l’essai d’un théâtre dit de «  l’art social  » qui succomba après une seule représentation.

En 1894, De La Salle demeurait 5 impasse de Béarn, et travaillait comme comptable, depuis plusieurs années chez Huclin et Cie, orthopédiste, 43 rue du Roi de Sicile.

Le 15 mars 1894, le préfet de police délivra un mandat de perquisition et d’amener à son encontre.

Le lendemain, le commissaire de police du quartier des Archives, se présentait à 6h du matin, à son domicile, situé au 4e étage. La perquisition opérée chez lui permit de saisir des journaux italiens, A Propaganda, La Nuova idea, Sempre avanti, allemands Der Sozialist, un placard Les anarchistes au peuple, un rapport sur le mouvement ouvrier démocrate-socialiste en Hollande, deux brochures intitulées « L’ordre par l’anarchie », une brochure « Petit catéchisme socialiste », un écrit La menace où il était indiqué «  Dynamite et Panama  » avec note initiale A.H.  , une carte postale à son nom destinée au journal anarchiste italien Sempre avanti, un écrit «  Cécilia, communauté anarchiste expérimentale  » par le Dr Giovanni Rossi, deux notes avec les noms «  Chambard * Ravachol  », signées des initiales A.H., le brouillon d’un article, signé De La Salle, intitulé «  Cour d’assises  » et relatif au procès Jean Grave, un écrit en russe, une lettre signée Mucio da Paixas, quatre écrits signés  E.T  ., destinés à Marcel Batilliat et une lettre de ce dernier donnant son adresse  :   2 rue de Romainville, disant que c’était l’adresse d’une chambre, pour lui écrire, quand il pouvait s’échapper de la caserne, des correspondances signées Ludovic Hamilin, cinq lettres de Hamon et une chanson de Albert Brière dédiée à Elisée Reclus..

De La Salle fut arrêté et conduit au Dépôt. Le 17 mars, le juge d’instruction le fit libérer, sans passer par la case de la prison de Mazas, comme les autres inculpés pour association de malfaiteurs.

Le 10 juin 1895, le juge d’instruction Henri Mayer délivrait une ordonnance de non-lieu concernant l’inculpation d’association de malfaiteurs.

De La Salle, qui était franc-maçon, était l’ami de Grave et de Fortuné Henri.

Après la sévère répression de 1894, il dirigea avec Louis Lumet la petite revue L’Enclos (1895-1899), qui publia notamment des traductions en français de textes de William Morris.

L’année 1896 fut marquée par la refondation de la revue L’Art social (6 numéros de juillet à décembre), co-dirigée par Gabriel de La Salle et Louis Lumet.

En 1896, il représenta la Bourse du Travail de Rennes au comité fédéral de la Fédération des Bourses. Il était un des responsables de la Chevalerie du travail. Il fut ensuite l’administrateur de la revue L’Humanité Nouvelle (Paris, 54 numéros de mai 1897 à décembre 1903) dont le directeur scientifique était A. Hamon et le secrétaire de rédaction Victor Dave. Cette revue faisait suite à La Société Nouvelle parue en Belgique de 1884 à 1897 et à laquelle il avait sans doute également collaboré. Au début du 20ème siècle il collabora également à L’Education Libertaire (Paris, juin 1900 à mars 1902) revue des bibliothèques d’éducation libertaire qui était une tentative de prolongation de l’école libertaire fondée en février 1899 et dispensant des cours d’enseignement supérieur pour adultes. G. De La Salle qui avait été comptable avant de s’installer libraire rue des Francs Bourgeois à Paris, est décédé le 23 avril 1914. Georges Yvetot, dans La Vie Ouvrière du 20 mai 1914 rendit hommage à celui qui «  fut bien des nôtres  ».

OEUVRE  : Les Révoltes, I  : luttes stériles. Gabriel de. La Salle — Paris  : l’Art social, [1892].

SOURCES  : R. Bianco «  Un siècle de presse…  », op. cit. — F. Scoffham-Peufly «  Les problemes de l’art social à travers les revues politico-littéraires et les groupes d’avant-garde politique en France dans les années 1890-1896  », Mémoire maitrise, 1970 — J. Julliard «  Fernand Pelloutier et les origines du syndicalisme d’action directe  », 1971. — Arch. de Paris D.3 U6 carton 49.

DEHERME Georges, Marie, Adolphe

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Metmuseum. Photo anthropométrique Bertillon.

Né le 17 avril 1867 à Paris (XVIIe arr.), mort à Bruxelles le 25 janvier 1937 ; ouvrier sculpteur sur bois, puis typographe ; anarchiste individualiste, fondateur des Universités populaires.

Georges Deherme est né de père inconnu à Paris, où il vécut ses premières années.
Il fréquentait assidûment, dès l’âge de quatorze ans, les réunions révolutionnaires où sa taille lui donnait plus que son âge. Il habitait alors chez sa mère, 9 rue Teissière à Marseille, et travaillait comme apprenti bijoutier chez « Mouton », fabricant, 5 marché des Capucins qui déclarait être « satisfait de son travail ». Il fréquentait alors le Cercle Esquiros où il était souvent avec Gaston Mazade et recevait à son domicile de nombreuses brochures et des exemplaires du Révolté qui était alors interdit et que lui expédiait Jean Grave.
Il vint se fixer ensuite à Paris et s’installa dans le quartier du meuble, rue du Roi doré.
En 1880, il assistait à une réunion organisée par le journal Le Prolétaire. Dans le courant de l’année 1881, il devint membre du Comité socialiste révolutionnaire du XIe arrondissement.
Il fut l’un des fondateurs du groupe éditant La Revue Antipatriotique Révolutionnaire (Paris, 2 numéros, octobre et novembre 1884) où Deherme écrivait : « Nous ne cesserons donc de faire partout et toujours une guerre acharnée aux préjugés et à ceux qui les maintiennent. Car nous croyons que ce sont eux qui mettent le plus d’entraves au but que nous poursuivons par la Révolution sociale qui renversera cette société pourrie qui n’est basée que sur l’assassinat légal et l’exploitation, pour la remplacer par une société égalitaire basée sur la paix et le travail, où chacun produisant selon ses forces et ses capacités, pourra consommer selon ses besoins et, pour nous résumer, par la Société Communiste Anarchiste. Vive la révolution sociale ! ».
Dans le prospectus annonçant cette revue, il se déclarait « convaincu de l’absurdité du patriotisme et résolu à combattre énergiquement le chauvinisme et tous les préjugés ».
Cette revue, dont le gérant était Le Bolloch, a peut être été à l’origine de la fondation en 1886 de la Ligue des Anti-patriotes par entre autres, Bidault, O. Jahn, Tennevin et Tortelier etc.
Il fut l’un des principaux organisateurs des meetings anarchistes en plein air.
Il était arrêté à l’occasion du meeting de la salle Lévis, le 24 novembre 1884.
En 1885, il se rendit à Marseille, où il passa plusieurs mois, faisant des tournées dans les départements environnants et fondant un groupe Le Droit social. Il collaborait à son journal Le Droit Social (Marseille, 2 numéros, 16 mai au 13 juin 1885), publiés par Alphonse Lauze, Etienne Bellot et Jean A . Joly ainsi qu’à Terre et Liberté (Paris, 18 numéros du 25 octobre 1884 au 21 février 1885) organe communiste anarchiste publié par Antoine Rieffel.
De retour à Paris, au mois de juillet 1885, il entretenait une correspondance suivie avec Pema (Fayna ?), un compagnon de Nice. Il se serait adressé à lui pour obtenir des cartouches de dynamite et lui annonça qu’il avait l’intention de faire paraître des placards destinés à montrer la solidarité dans l’action de la province et de Paris. Les cartouches ne lui furent jamais adressées, sa mère ayant intercepté le courrier et répondu à sa place.
Au mois de mars 1886, il aurait fait part à Pema de son intention de poignarder M. de Freycinet, alors président du conseil. Mais malade et sans ressources, il fut recueilli et soigné par sa mère et ne put mettre son projet à exécution.
Il continua à fréquenter les groupes anarchistes, en particulier Les Libertaires du XXe et les Egaux du XIe, le Groupe cosmopolite et les réunions de la salle Rousseau, 131 rue St Martin.
En même temps il collaborait aux journaux La Révolution cosmopolite et l’Insurgé et fonda le groupe éphémère des Décadents, avec Lucas, Rieffel et Roussel, il participa à la fondation du journal L’Autonomie individuelle.
Deherme avait adhéré au syndicat des sculpteurs sur bois et à la coopérative La Moissonneuse. Autodidacte, il lisait beaucoup, en particulier les oeuvres de Proudhon, mais aussi celles d’autres sociologues, de moralistes et des ouvrages scientifiques.
Arrêté le 21 avril 1887, devant la caserne du Château d’Eau, au moment où il placardait des affiches de la Ligue antipatriote aux conscrits, signées par les Conscrits révolutionnaires de France, il fut déféré à la cour d’assises de la Seine. Condamné par défaut le 21 juillet suivant, à un an de prison et 500 francs d’amende, il fit opposition, sa peine fut réduite le 31 décembre à un mois et 50 francs.
En 1889, Deherme se tint un peu à l’écart. Il aurait alors fourni quelques articles au journal l’Egalité.
Il fut obligé de quitter Paris pour faire son service militaire. Incorporé pour 3 ans au 79e régiment d’infanterie, en garnison à Nancy, il ne devait être libéré que le 16 août 1892.
Deherme fut cofondateur en 1892, avec Paul Desjardins, Buisson, Charles Gide, G. Séailles, de l’Union pour l’Action morale qui deviendra l’Union pour la Vérité. Il collaborait à l’époque à L’En Dehors (1891-1893) de Zo d’Axa.
Le 10 octobre 1892, il reparut à une réunion du Cercle International, rue Aumaire.
Il fréquenta aussi les réunions des Egaux du 11e, 12e et 20e arrondissement, ainsi que l’établissement de Constant Martin 3 rue Jonquelet.
Le 4 décembre 1892, dans une réunion à la salle Mas, 166 rue de Charenton, la parole lui fut retirée parce qu’il avait déclaré que la Révolution devait être pacifique.
De concert avec Carteron et Schæffer, il fonda un groupe d’études sociologiques Le Progrès social qui se réunissait 5 rue Keller.
Le 21 février et le 6 mars 1893, il faisait deux conférences qui n’eurent pas un grand succès.
Au mois d’avril 1893, il publia comme gérant, un journal intitulé Le Réveil national puis Le Réveil du faubourg, organe socialiste républicain des intérêts généraux de la région de l’Est de Paris, qui n’avait aucun caractère anarchiste.
En octobre 1893, il fit une demande d’emploi à la préfecture de la Seine. Il disait alors ne plus s’occuper de politique.
Le 7 janvier 1894, Deherme assistait à une réunion anarchiste salle Lexellens où il engagea les anarchistes à s’affilier aux groupes socialistes, en attendant que les mesures de répression soient un peu moins dures et à une autre réunion, le 5 février, salle Léger, 108 rue du Temple.
En mars 1894, il travaillait comme employé aux écritures, chez un fabriquant de produits pharmaceutiques.
Le 7 mars 1894, le préfet de police délivrait un mandat de perquisition et d’amener à son encontre.
Le 9 mars 1894, à 6 h du matin, le commissaire du quartier de la Folie Méricourt, se présentait chez lui, 4 rue Chevreul, au 6e étage. Le logement ne comprenait qu’une seule pièce, éclairée par une fenêtre donnant sur la rue. Il était arrêté, sous l’inculpation d’association de malfaiteurs. La perquisition opérée à son domicile fut infructueuse. Lors de son interrogatoire par le commissaire, il déclara : « depuis que je suis sorti du régiment, je n’ai fréquenté aucune réunion anarchiste. Je suis individualiste et je ne partage nullement les théories anarchistes ».
Il déclara devant le juge d’instruction Henri Meyer : « j’appartiens à l’école d’Herbert Spencer » et se qualifia d’ « évolutionniste individualiste ».
Le 10 mars 194, il était incarcéré à la prison de Mazas. Le juge d’instruction reçut une lettre de sa femme, évoquant l’état très grave de son « mari et qu’il ignore »
Le 6 avril, il était mis en liberté. Le 6 juin 1895, le juge Meyer prononçait une ordonnance de non lieu, concernant l’association de malfaiteurs.
Il participa ensuite au quotidien anarchiste individualiste La Renaissance (Paris, 24 décembre 1895 au 27 juillet 1896) fondé par Paul Martinet.

Mais Georges Deherme fut avant tout le fondateur et le propagandiste des Universités populaires animées, au moins au début, par des anarchistes. Afin d’encourager la culture populaire et pour servir de lien entre les universités, il fondait la revue La Coopération des idées (7 numéros publiés en 1895, puis n° en février 1896 à 1913).
Avec quelques amis de tendances diverses, et des adhérents d’un groupe de Montreuil, Deherme ouvrit en avril 1898 un local situé, 17-19, rue Paul-Bert (XIe arr.) où, après avoir créé une petite société coopérative, il installa la première Université populaire. L’objet de l’université était, en faisant appel aux travailleurs libres, non enrôlés dans un parti ou dans un groupement, de former des administrateurs de coopératives et de syndicats, une élite prolétarienne « noyau vivant de la future société ».
Transférée faubourg Saint-Antoine, cette université prit le nom du journal fondé en 1895 La Coopération des Idées, journal qui deviendra revue hebdomadaire, puis, en 1902, brochure mensuelle. Peu après la fondation de la première université, Deherme créait une Société des universités populaires, dont le catholique Mazel fut le premier secrétaire et que dirigèrent par la suite Gabriel Séailles, professeur à la Sorbonne, en tant que président, et Charles Guieysse, officier d’artillerie démissionnaire et administrateur de l’École des Hautes études sociales, en tant que secrétaire général. Plusieurs coopérateurs se formèrent ou se perfectionnèrent dans ces universités. Proudhonienne avec Deherme, la Société des UP allait devenir marxiste-syndicaliste avec Guieysse. Deherme rompit avec elle et créa en 1901, une fédération des UP qui avait pour but de réaliser l’idée reprise plus tard par Albert Thomas sous la forme de Comité national des loisirs.
À partir de 1900, Deherme mena une active propagande dans sa revue, dans « l’Almanach de la coopération », et dans d’autres publications en faveur du Palais du Peuple. Une coopérative fut constituée dont Raphaël Barré, membre de la Chambre consultative des Associations ouvrières de production et directeur de sa banque, fut le président et Deherme le directeur. Un Comité de patronage fut constitué, mais, en 1907, l’oeuvre échoua ; elle sera reprise plus tard sous une forme non coopérative.
En 1901 il collaborait à l’organe individualiste L’Homme (Paris, 7 numéros du 5 avril à août 1901) fondée par G. Renard et Raoul Alas-Luquetas et qualifiée par H. Zisly « d’individualisme bourgeois ».
Entre 1902 et 1907 il était membre avec G. Butaud, E. Zisly, E. Armand, M. Kugel, Ardouin, etc… de la société pour la création et le développement d’un milieu libre en France et aurait participé au milieu libre de Vaux.
Cependant Deherme avait ouvert sa revue aux coopérateurs. Plusieurs jeunes disciples de Gide y collaborèrent, en particulier Daudé-Bancel. En 1899, il avait été élu au Comité central de l’Union coopérative. Succédant à Soria démissionnaire, il accepta en 1902 le secrétariat général qu’il conserva jusqu’au 1er février 1903, date à laquelle il fut remplacé à ce poste par son ami Daudé-Bancel. Deherme prit énergiquement parti contre la Bourse des coopératives socialistes et défendit l’indépendance de la coopération contre les ingérences politiques.
Le rôle coopératif de Deherme s’arrêta là ; il resta quelques années encore attaché au mouvement, mais il devait consacrer le reste de sa vie à l’étude du positivisme et abandonna les idées libertaires. (Voir sa notice complète dans le Maitron).

SOURCES : J. Gaumont, Histoire de la coopération, op. cit. — J. Peyroulx, La Pensée de Georges Deherme, 1937. — L’En-Dehors, n° 305, avril 1937 (article d’E. Armand). — Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier…, op. cit. — Arch. Dép. Marseille M6/3344, 3390, 3392, 3393 & IIM3/31. — Appo BA 1476. — R. Bianco, Le mouvement anarchiste à Marseille…., op. cit. — R. Bianco, Un siècle de presse…, op. cit. — Notes de Thierry Bertrand et de Marianne Enckell. — Fichier Bertillon. — État-civil Paris. — Arch. de Paris D.2U8. et D.3 U6 carton 49. — La Révolte, 14 janvier 1888.