HETTIG Eugène. Vernisseur, cocher, homme de peine ; anarchiste parisien.

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

Né le 6 janvier 1877 à Paris (XXe arr.) ; mort le 1er août 1898 ; vernisseur, cocher, homme de peine ; anarchiste parisien.

Le 27 décembre 1893, Eugène Hettig (souvent orthographié Hettisch ou parfois Hettich), qui en novembre-décembre avait demeuré dans un garni 11-13 rue des Vignoles (Paris XXe arr.), avait été signalé comme militant anarchiste, tout comme Guillaume Springer, Henri Smogglie et Nicolas Kieffer qui avaient résidé à la même adresse entre août et décembre. Selon la police ils auraient été tous en contact avec Jacques Mérigeau qui venait d’être arrêté suite à l’attentat de Vaillant.
Il demeurait alors chez ses parents au 29 rue d’Avron. Le 16 mars, en vertu d’un mandat d’amener pour « association de malfaiteurs », il fut arrêté et l’objet d’une perquisition infructueuse. Il nia être anarchiste, répudiant les théories de ce parti et affirma ne pas connaître d’anarchistes, notamment Mérigeau, ou alors à son insu.
Il bénéficia d’un non lieu en juin suivant mais fut dès lors soumis à une surveillance journalière de la police du 16 mai au 31 juillet 1894. Par la suite, la surveillance pour vérifier son adresse devint mensuelle.
Le 1er septembre 1894 il fut interpellé pour « scandales et insultes sur la voie publique » avant d’être relâché quelques heures plus tard.
Il figurait sur les état récapitulatif des anarchistes au 31 décembre 1894 et 1896.
Le 9 janvier 1895, il s’était présenté au recrutement pour passer la visite médicale et contracter un engagement. Il fut refusé pour « varices ».
Le 25 mars 1896, un rapport de la 3e brigade de recherches de la Préfecture de police signalait que son frère, ancien employé de chemin de fer qui travaillait alors chez un ébéniste, avait été dénoncé par la femme d’un ouvrier travaillant dans le même atelier, comme pouvant avoir les mêmes idées que son frère et comme voyageant gratuitement sur les lignes de la Ceinture grâce à une casquette d’ordonnance de la compagnie qu’il avait conservée.
Le 5 juin 1896 Eugène Hettig fut admis à l’hôpital Saint Antoine dont il sortit le 4 juillet suivant. Le 18 septembre 1897 il fut de nouveau admis à l’hôpital Tenon avant de retourner chez ses parents le 6 octobre. Pendant son séjour à l’hôpital il avait été dénoncé par un autre malade pour avoir fait « l’apologie de l’anarchie » et avoir qualifié de « martyrs » Vaillant et Emile Henry. Durant son séjour à l’hôpital, il lisait le Libertaire et selon son dénonciateur aurait été porteur de deux coups de poing américain.
Hettig fut ajourné au conseil de révision de 1897.
Le 20 juin 1898 il fut de nouveau admis à l’hôpital Tenon où il mourut le 1er août. Eugène Hettig fut surveillé mensuellement jusqu’à sa mort, sans qu’un motif ou des faits particuliers puissent justifier un tel contrôle, la 3e brigade de recherches se contentant de noter son adresse.
Il était encore sur l’état récapitulatif des anarchistes de 1901, avec sa date de décès. Son dossier à la Préfecture de police portait le n°72.122 et le nom Hettisch.

SOURCES :
Notice Eugène Hettisch du Dictionnaire des militants anarchistes — Archives de la Préfecture de police Ba 1120, 1500. — Les anarchistes contre la république de Vivien Bouhey. Annexe 56 : les anarchistes de la Seine — Archives de Paris. Registre matricule 4285,1er bureau, classe 1897.

LEPLA Henri, Florimond ou FLOUMARD. Fabriquant d’encres d’imprimerie ; anarchiste de Montreuil (Seine-Saint-Denis).

Né le 15 janvier 1869 à Gand (Belgique) ; fabriquant d’encres d’imprimerie ; anarchiste de Montreuil (Seine-Saint-Denis).

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

Le 1er mars 1894, les perquisitions et arrestations opérées, par les commissaires de police sur les indications des agents de la brigade des recherches de la Préfecture de police permettaient l’arrestation de nombreux anarchistes dont Henri Lepla, fabricant d’encres et pâtes d’imprimerie, 43, rue des Ecoles, à Montreuil-sous-Bois .
Poursuivi pour « association de malfaiteurs », il fut photographié par le service de l’identité judiciaire.
Henri Lepla fut libéré le 7 mars 1894 et expulsé par arrêté du 2 mars 1894, notifié le 8 mars. Son dossier à la Préfecture de police portait le n°36.766.

SOURCES :
Archives départementales de la Marne 48 M bis 357. Etat signalétique des anarchistes étrangers expulsés de France n°2 avril 1894 — Archives de la Préfecture de police Ba 310, 1500 — Les anarchistes contre la république de Vivien Bouhey. Annexe 56 : les anarchistes de la Seine — Le Figaro 2 mars 1894

LEONARD Emerand, Louis. Chauffeur-mécanicien ; anarchiste parisien.

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

Né le 25 février 1864 à Chalonnes-sur-Loire (Maine-et-Loire) ; mort le 15 mai 1918 à Nanterre (Hauts-de-Seine) ; chauffeur-mécanicien ; anarchiste parisien.

Le 24 mai 1886, il se maria à Angers avec Marie Simon, ouvrière de fabrique.
Emerand Léonard était arrêté le 27 février 1894, dans le cadre des rafles d’anarchistes pour association de malfaiteurs. Il était libéré le 10 mars.
Il figurait sur l’état récapitulatif des anarchistes au 31 décembre 1894. Il demeurait 96 rue Martre.
Son dossier à la Préfecture de police portait le n°333.497.
Le 7 juillet 1898, son épouse Marie Simon décédait à Angers.
Le 26 octobre 1901, il se mariait à la mairie de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) avec Marie, Joséphine Avé, journalière. Il demeurait 22 rue du Saulger à Saint-Denis.

SOURCES :
Archives de la Préfecture de police Ba 1500 — Les anarchistes contre la république de Vivien Bouhey. Annexe 56 : les anarchistes de la Seine — Archives départementales du Maine et Loire. Etat-civil — Archives communales de Saint-Denis. Etat-civil — Archives départementales des Hauts-de-Seine. Etat-civil.

Le procès des anarchistes d’Angers : le procureur général considère que le dossier est vide. 16 janvier 1894

Cour d’appel d’Angers

Parquet du procureur général

n°159

Cabinet

Angers le 16 janvier 1894

Monsieur le Garde des sceaux,

En réponse à mon rapport du 30 décembre, relatif à l’information ouverte contre les anarchistes, vous m’avez fait l’honneur de m’inviter par télégramme du 1er janvier à ne prendre aucune décision avant d’avoir reçu des instructions.

Quinze jours se sont écoulés pendant lesquels l’instruction a été menée avec toute l’activité et le zèle désirables et paraît aujourd’hui terminée.

Ainsi que l’indique le rapport ci-joint de mon substitut d’Angers, aucune preuve juridique du délit (?) d’association de malfaiteurs, telle qu’elle est définie par les articles 265, 266 et 267 du Code pénal reproché à un assez grand nombre d’anarchistes préventivement arrêtés ou laissés en liberté ne peut être établie contre eux. C’est à peine même s’il subsiste aujourd’hui quelques vagues présomptions.

Les inculpés, y compris ceux qui passaient pour les chefs de parti et que nous avons mis en état d’arrestation, les nommés Philippe, Mercier, Meunier, se proclament anarchistes, mais ils affirment en même temps, sans qu’il soit possible de leur démontrer le contraire, qu’ils n’ont eu et n’auront jamais la détestable pensée de commettre, pour propager et imposer leurs doctrines, des attentats contre les personnes et les propriétés. Philippe va plus loin et prétend qu’il ne connaît intimement aucun anarchiste et qu’il ne peut être question pour lui d’une association quelconque.

Cependant le nommé Livenais lui avait prêté un propos très compromettant. Mais ce Livenais refuse aujourd’hui d’en déposer en justice et devant ce refus, on ne peut s’empêcher de comparer le passé exempt de reproches de Philippe qui, ainsi que je l’ai déjà écrit est un ouvrier très laborieux, avec le passé de Livenais dont je crois devoir joindre l’extrait de casier judiciaire, relatant huit condamnations pour vols, coups et blessures et outrages, variant de six jours à six mois de prison.

Ce propos disparaît donc et il ne reste rien contre Philippe.

Quant au passage de la lettre adressée de Brest par Meunier à Mercier, lettre qui a fait l’objet de mon rapport du 5 janvier, M. le procureur de la république explique que ce passage a perdu toute sa gravité apparente, qu’il s’agissait véritablement d’un bal et d’une conférence qui n’ont pu avoir lieu parce qu’au dernier moment le local n’a pu être mis à la disposition de ceux qui voulaient momentanément l’occuper. En outre les perquisitions opérées tant à Brest chez Meunier, qu’à Trélazé chez Mercier, les réquisitions faites à la poste sont restées infructueuses.

Dans ces conditions, Monsieur le Garde des sceaux, je ne puis qu’approuver hautement les conclusions du rapport de mon substitut et il me me paraît pas possible après plus de trois semaines de vaines investigations de maintenir plus longtemps les mandats de dépôt décernés contre les inculpés Philippe, Chevry, Meunier et Mercier. Une plus longue détention demeurerait inexplicable.

J’ai donc l’honneur de vous prier de vouloir bien me donner les instructions que vous me prescrivez d’attendre par votre télégramme du 1er janvier, estimant comme je le faisais le 30 décembre qu’il y a lieu de mettre immédiatement en liberté provisoire, tout en laissant ouverte un certain temps encore et à toutes fins utiles l’instruction commencée.

Le Procureur général.

Source : Archives nationales BB 18 6450

Lire le dossier Les anarchistes à Angers : premières victimes des lois scélérates

LELEU Victor, Louis, Clément. Coiffeur ; anarchiste d’Arras et de Cempuis (Oise)

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

Né le 19 octobre 1864 à Arras (Pas de Calais) ; coiffeur ; anarchiste d’Arras et de Cempuis (Oise).

Le 14 juin 1890, La Révolte faisait paraître cette annonce : « Arras. — Les compagnons qui veulent entrer en relation avec les camarades de notre ville peuvent s’adresser au compagnon V. Leleu, 5, rue de l’Ermite. » et le 22 novembre 1890 : « Le compagnon Leleu d’Arras, demande une réponse des compagnons du P. de G. auquel il a écrit. »
Depuis décembre 1891, il était l’animateur du groupe anarchiste d’Arras, composé de deux employés, d’un ouvrier typographe, d’un garçon perruquier, d’un menuisier et d’un mineur.
Victor Leleu avait résidé 5 rue de l’Ermite puis 20 (ou 23) rue du Four Saint Adrien à Arras où, au nom de son beau-frère Charles Procope, il se faisait adresser la presse anarchiste et notamment en 1890 le journal L’Attaque (Paris), publié par Gegout et Mougin. Il recevait chaque semaine du compagnon Courtot (15 rue de la Montagne Sainte Geneviève à Paris), un mandat d’une dizaine de francs destinés à aider les compagnons de passage à Arras.
Fin avril 1892, il avait été l’objet d’une perquisition dans laquelle la police avait saisi de la correspondance avec notamment Rouqueyrolles de Ganges (Hérault) et Darnaud de Foix (Ariège), ainsi qu’une bibliographie assez complète sur l’anarchisme.
Le 3 juin 1892, La Révolte publiait cette annonce : « L. Goaziou, à Hasting, s’il a reçu de V. Leleu, à Arras, les Progrès de l’esprit Humain. » et le 29 octobre 1892 : « Un de nos amis désirerait se procurer les numéros 3, 11 et 15 de la 5e année du Révolté. Il en offre 1 fr. pièce. S’adresser à Leleu, 23, rue du Four-St-Adrien, Arras. »
Le 22 août 1892, il se maria à Arras avec Coralie, Blanche Procope, piqueuse de bottines.
Vers 1893 il avait quitté Arras avec son beau-frère Procope pour gagner Cempuis où il travaillait comme concierge à l’orphelinat dirigé par Paul Robin. Il était alors en contact avec notamment le compagnon Huard, instituteur à Romorantin. Il connut également Jean Baeriswyl qu’il convertit à l’anarchisme en lui faisant lire des livres et il le mit en contact avec la Révolte.
Le 3 janvier 1894, une perquisition était effectuée au domicile de Baeriswyl, demeurant 46 rue des Augustins, sur commission rogatoire du juge d’instruction Meyer du tribunal de la Seine. La police découvrit une lettre sténographiée adressée à Victor Leleu et ayant pour titres Vengeance d’un homme de bien et L’oeuvre de Louis XI, deux billets de chemin de fer au nom de « Frédéric, parent, Arras-Grandvillers, aller et retour » à tarif réduit, envoyés par Leleu qui demeurait à l’orphelinat de Cempuis (Oise). Le commissaire découvrit également une photo des époux Leleu et une photo de Bakounine adressée à Leleu par Emile Darnaud.
Le 9 janvier 1894, il était arrêté. Il fut libéré le 10 février.
Son dossier à la Préfecture de police portait le n°96.116.

SOURCES :
Archives Nationales F7/12504, F7/12507, BB 186453 — Notice Victor Leleu du Dictionnaire des militants anarchistes — Archives de Paris D.3 U6 49 Non lieux.

La section de l’Internationale de Bruxelles. 14 mai 1877

14 mai 1877

La section bruxelloise de l’Internationale a tenu séance le 14 mai 77, à 7h du soir, au Cygne. Brismée devant se rendre avec Steens au Conseil fédéral local dont une séance aura lieu à la Renommée, à 8h, , demande qu’on procède immédiatement à la nomination d’un délégué au Congrès de Jemappes. Il donne lecture d’une lettre reçue d’Anvers dans laquelle l’ordre du jour du Congrès se trouve inséré, savoir :

1° Rapport du Conseil régional belge ;

2° Questions administratives et vérification des comptes ;

3° Organisation du prochain congrès universel ;

4° De l’attitude de l’Internationale sous le rapport du mouvement ouvrier qui se produit en Belgique ;

5° Réorganisation du conseil régional.

Brismée fait remarquer que les questions qu’il vient de lire, doivent être discutées au Congrès même ; on doit donc décider de l’envoi d’un délégué. Cette question, mise aux voix (22 membres étaient présents) est adopté. Pierron s’était abstenu du vote et sur l’observation de Steens, il répondit qu’ignorant la façon dont ces questions avaient été discutées dans les sections, il ne comprenait pas bien l’utilité qu’il n’y a dans l’envoi d’un délégué à Jemappes. Mais Steens répartit qu’en présence de la décadence qui frappe l’Internationale, il s’agit de parer à cette éventualité qui conduit à l’anéantissement de l’association et un membre qui tient à l’existence de cette société doit ne pas s’abstenir de voter sur une pareille question. Pierron répondit qu’il adhérait au résultat du vote.

Standaert fut désigné pour être chargé de représenter les sections bruxelloise à Jemappes.

Brismée demanda ensuite que Steens puisse le remplacer au congrès rationaliste de la Louvière, dans le cas où il serait retenu chez lui par la maladie à laquelle il est assez sujet depuis quelque temps, surtout que Steens traite, mieux que lui, les questions philosophiques.

Standaert demande qu’il soit autorisé à soutenir la question de la réorganisation du Conseil régional et à faire établir son siège à Bruxelles. Brismée et Steens appuient fortement la proposition, attendu qu’à Anvers, le conseil régional n’a rien fait en faveur de l’Internationale ; à Verviers également, tout à été négligé.

C’est à Bruxelles, ajoutent-ils, que l’on trouvera les éléments nécessaires pour reconstituer quelque chose de sérieux et qu’on saura à quoi s’en tenir sur la vitalité de l’Internationale.

La proposition, appuyée par Paterson, Schoy et Trappeniers, mise aux voix, est adoptée.

Brismée, avant de se retirer avec Steens, demande que le Congrès socialiste se tienne à Bruxelles, attendu qu’à Verviers on ne pourra loger les délégués du pays et de l’étranger. Trappeniers, d’accord avec le préopinant, dit que Bruxelles ne doit pas être considéré seulement comme capitale mais encore comme le siège des révolutions belges ; ce ne sera que de Bruxelles que pourra s’étendre un mouvement sérieux.

En remplacement de Brismée président, Standaert soumit cette proposition au vote ; elle fut également adoptée.

Trappeniers informe qu’il a assisté à un petit meeting donné aux Trois Mousquetaires, où les lecteurs et partisans de Werker avaient été invités à l’effet d’organiser une section flamende de l’Internationale. La salle qui est petite, était remplie de monde etle meeting a réussi. Godschalk, Anzeele, Verbruggen et autres, y ont pris la parole. Il en est résulté la constitution d’une section à laquelle 24 membres ont adhéré. Une nouvelle réunion aura lieu au même endroit le 27 mai à 5h du soir. Alors on décidera si elle prendra le nom de section flamande de l’Internationale, ce dont on ne doute aucunement.

Schoy voit dans la formation de ce nouveau groupe, le résultat d’une propagande en faveur de l’Internationale, si toutefois c’est en son nom que ce fait à lieu. D’un côté, on peut redouter le danger d’y voir un cas de division si les Flamands veulent former un parti, au mépris du principe de l’Internationale qui ne veut ni distinction de pays, ni celle de langue.

Trappeniers allègue que les personnes, quelque soit le titre sous lequel elles veulent marcher, du moment que leur but est de faire de la propagande au point d’une révolution prochaine, doivent être soutenus.

L’envoi d’un délégué au Congrès Internationaliste qui doit se tenir à Malines le 20 courant, est débattu. Verycken, Pira, Schoy, Brasseur, Trappeniers et Bertrand, prenant la parole à tour de rôle émettent des avis divers. Enfin, il est décidé qu’on y délégera, sans mandat L. Verycken.

La séance est levée à 8h1/4

Source : Archives de la ville de Bruxelles POL 195

Lire le dossier La section de l’Internationale de Bruxelles

Les Naturiens, des anarchistes précurseurs de l’écologie politique. 7 août 1895

Préfecture de police

Direction générale des recherches

2e brigade

Cabinet

1er bureau

Réunion du groupe les Naturiens

Paris le 7 août 1895,

Rapport

Une réunion du groupe les Naturiens a eu lieu hier soir au café Rigaud, 69 rue Blanche.

On avait annoncé une causerie sur le retour à l’état naturel par Gravelle (qui reçoit les adhésions 16 rue de l’Abreuvoir), Beaulieu et Dennerhac, mais il n’est venu que cinq personnes.

Bariol a fait savoir qu’il avait adressé un appel à plusieurs restaurateurs pour l’organisation d’un banquet de Naturiens, mais qu’il n’avait pas reçu de réponse. Ils ont peut-être été effrayés, a-t-il dit ou bien encore, n’ont-ils pas compris.

Il compte néanmoins, pour ce banquet, sur la salle de la Tartine, rue Lepic, mais il faudrait qu’un certain nombre de convives eussent déposé leur souscription d’avance, soit 2 francs pour mardi prochain.

Bariol a en outre parlé d’un autre projet. Il demande à Gravelle d’envoyer des circulaires dans des communes pour demander une concession de terrain afin d’établir une colonie de naturiens. On ferait remarquer aux communes que ça amènerait des touristes et qu’elles pourraient tirer profit de leur concession.

Enfin Bariol a demandé à Gravelle de chercher une salle au quartier Latin pour y fonder un groupe de Naturiens : on pourrait par exemple établir le siège à la salle Octobre, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève.

Gravelle a présenté l’un de ses collaborateurs et ami, a-t-il dit, un nommé Paul Pinet du groupe littéraire, se réunissant au café Procope, rue de l’ancienne Comédie, lequel a offert aux Naturiens de réunir au café Procope.

La séance a été levée à 10 heures ½.

On a distribué les feuilles ci-jointes.

Le commissaire de police.

Lire le dossier Les Naturiens, des anarchistes précurseurs de l’écologie politique

L’agitation à Liège et dans les environs. 22 mars 1886

En ville – Le bassin de Seraing – La force armée sur pied – Coups de revolver – Gendarmes blessés – Nouvelles arrestations.

(PAR SERVICE SPÉCIAL)

Liège, 21 mars. L’animation a été encore très grande hier pendant toute la journée. Presque toutes les troupes de la garnison ayant quitté Liège pour Seraing, le bourgmestre avait convoqué les corps spéciaux de la garde civique, mais ceux-ci n’ont pas eu à intervenir, car la journée et la nuit ont été calmes.

Il n’en a pas été de même dans le bassin de Seraing, où, en outre des détachements de la garnison, des forces importantes de gendarmerie avaient été concentrées.

Les grévistes.

A Jemeppe, près de Seraing, il y a eu des bagarres, des carreaux ont été cassés à plusieurs maisons, des coups de revolver ont été tirés sur les voitures ou tramways à vapeur. Un des voyageurs, qui avait un revolver sur lui, en a déchargé six coups sur les agresseurs.

Plusieurs maisons ont été sérieusement détériorées et quelques arrestations ont été opérées. Plusieurs gendarmes ont été blessés. A Tilleur, les dégâts ont été considérables la gendarmerie avait coupé et dispersé une bande de grévistes qui provoquaient des désordres. Une partie de la bande avait été refoulée sur Seraing, tandis que l’autre voulait marcher sur Liège, croyant le passage libre, mais elle fut dispersée.

A Horloz, une bande fut reçue.à coups de revolver par le bourgmestre et la police la bande s’enfuit, et l’on arrêta quelques grévistes, tous armés de revolvers.

Un meeting.

La matinée a été assez calme aujourd’hui; on redoutait cependant les conséquences du meeting qui devait avoir lieu à Seraing.

Ce meeting n’a eu par lui-même aucune importance il y avait quarante orateurs au plus et le principal orateur, un conseiller municipal, s’est borné à prêcher le suffrage universel et à recommander le calme.

Mais, au dehors, la foule était très excitée et plusieurs coups dé feu ont été échangés. Nouveaux désordres

(PAR SERVICE SPLCIAL)

Liège, 21 mars.- Des troubles ont eu lieu à Tilleur.

Huit maisons, habitées par des ingénieurs, des pharmaciens et des négociants, ont eu leurs vitres brisées.

A Tilleur et à Jemeppe, on a volé dans quelques maisons.

Les autorités craignent que la grève ne s’étende.

Tout est tranquille ce matin aux établissements Cockerill et à l’usine de Sclesoin.

La garde civique est consignée pour aujourd’hui à Liège.

Le Matin 22 mars 1886

L’insurrection du bassin de Liège (Belgique). 18-26 mars 1886

Belgique.

Nous donnons plus loin un récit détaillé des événements qui se sont déroulés en Belgique depuis le 18 mars.

Le meeting de Liège fut l’étincelle qui a mis le feu aux poudres. Quelques magasins furent pillés ce joui-là, quelques cafés dévastés. Peu de chose au fond, mais, au milieu d’une population minière amenée jusqu’au désespoir par des salaires de famine, toujours réduits de plus en plus, cette étincelle a suffi.

Le lendemain, les charbonnages voisins se mettaient en grève. Mais, au lieu de rester les bras croisés, les grévistes se mirent, cette fois-ci, à parcourir le pays, invitant leurs frères à les suivre.

La troupe arriva, féroce, avinée, et chargea le peuple. Alors, furieux, il s’en prit à la propriété de ses affames et, sous les balles des soldats, il se mit a la dévaster.

Malheureusement, comme il arrive souvent dans les mouvements populaires, ce ne fut que huit jours plus tard que la grève s’étendit. Le 26, le bassin de Charleroi se mettait en mouvement. Là, la grève éclata comme une traînée de poudre. En deux jours, tout le bassin était en grève. Agissant avec un vrai instinct révolutionnaire les grévistes, sans perdre un seul moment, ravagèrent en deux jours toute la campagne voisine. Les usines furent mises hors de service. Le feu fut mis aux châteaux des bourgeois qui, dans ces centres manufacturiers, fuient les villes empestées et se réfugient dans de jolies villas aux alentours. Usines, couvents, villas, flambaient. Le drapeau rouge flottait au vent.

Si, en ce moment, les grandes villes eussent bouge; si les travailleurs de Bruxelles, d’Anvers et de Gand eussent levé l’étendard de la révolte, ou seulement saccagé quelques riches hôtels bourgeois, — c’était probablement la révolution. La royauté tombait, les Chambres étaient dispersées, et les grands centres manufacturiers se mettaient en révolte.

Mais, avec cette timidité qui a souvent caractérisé le mouvement ouvrier à Bruxelles et qui nous étonne à Gand, — les villes n’ont pas bougé. En vain quelques nommes décidés ont-ils essayé de descendre dans la rue. Radicaux de la Réforme et démocrates du Peuple prêchaient le calme, toujours le calme, jusqu’au moment où la police eût coffré les citoyens les plus actifs.

Le mouvement fut enrayé. Mais tout porte à croire qu’il n’est qu’enrayé et non arrêté.

La grève continue dans le Centre, dans le Borinage. Tout y est inondé de troupe , mais la Vesdre s’agite.

L’armée belge comptant près de 45.000 hommes, le gouvernement vient d’appeler deux classes de réserve. Les bourgeois s’arment. Mais le peuple cherche à s’armer aussi. Si la tentative de s’emparer de l’arsenal a échoué — qui sait si une autre ne réussira pas.

Nous sommes en face d’un mouvement populaire, et tout mouvement populaire a ses hauts et ses bas. Il est impossible de rien préjuger.

La seule action raisonnable, en pareille occasion, est celle qui consiste a considérer la vague comme toujours montante.

Le mot de Danton : « De l’audace ! et encore de l’audace» est le seul qui soit bien placé.

Nous reprenons maintenant le récit complet et exact des avènements.

C’est à Liège que l’insurrection a commencé. Quelques jours avant le 18 mars, le groupe anarchiste de Liège avait répandu en grand nombre l’appel suivant :

Partout les ouvriers s’agitent ; la crise — terrible et lamentable, — au lieu de diminuer, grandit de jour en jour ; partout aussi les idées d’émancipation pénètrent dans la masse exploitée.

A Londres, à Amsterdam, à New-York, partout enfin, les travailleurs font entendre leur voix aux oreilles de la bourgeoisie égoïste.

Resterons-nous dans une coupable apathie ? Continuerons-nous à laisser nos femmes et nos enfants sans pain, quand les magasins regorgent des richesses que nous avons créées ?

Laisserons-nous éternellement la classe bourgeoise jouir de tous les droits, de tous les privilèges et refuser toute justice et toute liberté à ceux qui la nourrissent, à la classe des producteurs ?

Nous ne le pensons pas; c’est pourquoi nous faisons appel à toutes les victimes de l’exploitation capitaliste, aux. meurt-de-faim, à tous ceux que le chômage a jetés sur le pavé pendant le rigoureux hiver que nous traversons.

L’appel se terminait en rappelant le soulèvement du prolétariat parisien et il invitait les travailleurs à se joindre à une grande manifestation, place Lambert, avant le meeting, place Delcour.

Le bruit avait été répandu en ville qu’il y aurait insurrection. On se désignait les maisons qui seraient attaquées.

Dès le matin, les travailleurs se massaient sur la place, joyeux, gais. On causait, on jouait à la corde. Vers 7 heures du soir, arrivent les délégués de Seraing, et le cortège des manifestants, drapeaux rouges en tête et suivi par une grande masse de travailleurs, parcourt les rues les plus riches de la ville.

Le compagnon Wagener, huché sur les épaules de quelques camarades, résume l’impression générale. — « Les magasins ne manquent pas de pain ni de viande ; les étalages regorgent de vêlements, de toutes sortes de marchandises. —

Qui a procuré tout cela aux bourgeois ? C’est vous autres! Et vous, avez-vous des habits? Avezvous seulement soupe? Non ! C’est que vous êtes tous des lâches ! »

On applaudit avec fureur, et le cortège se remit en marche aux cris : « A bas les bourgeois ! A bas les capitalistes ! »

Au coin de la rue Léopold, la police veut arracher les drapeaux. Ou se bat, on repousse les policiers. Au dire des journaux, ce serait Wagener qui, avec la hampe du drapeau rouge, brisa les premières vitres d’un magasin.

Alors la foule se répand rue Neuvice brisant les vitres des magasins et pillant les devantures. Les magasins se ferment, mais ceux qui ne le sont pas encore sont dévastés.

On court à la salle du meeting qui est bondée, Les discours des compagnons Warnott et Wagener expriment les sentiments de la masse, qui s’écoule immédiatement de la salle dans la rue.

Là, deux compagnies de chasseurs de la garde civique les attendent, appuyés d’artilleurs et de gendarmes à cheval. La collision du peuple avec la troupe devient terrible. Sur la place on se bat avec acharnement. La troupe fond sur le peuple qui lui ouvre passage, mais se reforme aussitôt au chant de la Marseillaise.

Un porteur de drapeau est arrêté et emmené dans un café ; la foule prend le café d’assaut. Les pierres volent et portent. Un gendarme a le pied brisé. Un comte de Looz qui commande la milice bourgeoise, est mis hors de combat.

La foule se disperse dans les rues voisines, les rues des riches. Elle donne l’assaut aux cafés, brise les vitres, fait voler une grêle de pierres sur les consommateurs.

Tous les grands cafés sont saccagés, et ce n’est qu’a près minuit que la troupe parvient à se rendre maîtresse de la rue. Dans la foule, on voyait assez de soldats sympathiques au peuple.

Le lendemain, les journaux dressaient une liste de 17 gendarmes, policiers et chasseurs, blessés par les coups de pierres, ils mentionnaient aussi des bourgeois blessés dans les cafés et ailleurs.

A 6 heures du matin, Wagener et plusieurs autres travailleurs étaient arrêtés. Les ouvriers se réunissaient cependant en groupes très animés dans les rues, constatant les dégâts formidables de la nuit précédente. Il y eut, de nouveau, tentative de manifestation, mais elle échoua devant la force armée.

Les bourgeois, pendant ce temps, faisaient distribuer 40 cartouches à balle aux soldats, à la garde civique, aux milices bourgeoises. Ils barricadaient les magasins, faisaient masser la troupe. La cavalerie occupait les rues de Liège, les théâtres étaient fermés. Les arrestations se faisaient en masse ; vingt-cinq dans la journée du 19 !

LES MINEURS

L’insurrection se transporte dans les environs, dans les charbonnages.

Le 19, les révolutionnaires liégeois parcouraient les mines voisines, ainsi que celles autours de Seraing, engageant les mineurs à une grève générale.

A midi, les mineurs du charbonnage de la Concorde, près Jemeppes, se faisaient remonter au jour, par force. Ils sortirent aux cris de « Vive la République Sociale ! vive le drapeau rouge ! » Toute la houillère se mettait en grève. A Tilleur, à Flémalle, les mineurs faisaient de même et marchaient sur la ville.

A Seraing, les travailleurs parcouraient la ville drapeau rouge en tête. Un rassemblement se formait devant la Banque, sur quoi — frayeurs terribles des bourgeois ; le téléphone travaille : on demande des troupes !

Le 20, la grève était centrale à Seraing. Toutes les fosses de Flémalle, le Champ d’Oiseaux de Jemeppes se joignaient à leurs frères. « A bas les bourgeois ! A bas les capitalistes ! » devenait le mot d’ordre général.

Les deux rives du bassin étaient ainsi en grève mais les troupes massées sur la Meuse et surtout sur le pont, empêchait la jonction des deux corps d’insurgés.

MASSACRES A SERAING

Pendant la journée du 21 et les jours suivants l’insurrection grandissait à Jemeppes (aux environs de Liège). Les grévistes avaient arrêté à coups de fusils, le train à vapeur de Liège à Jemeppes ; à Tilleur, ils ont brisé des vitres, châtié quelques bourgeois. Le bruit courrait à Liège qu’armés de pics et de pioches, ils descendraient en ville par les hauteurs de Saint-Gilles, après avoir tout pillé à Tilleur.

A Seraing, les grévistes tentaient le 21 de se réunir en plein air ; mais, dispersés parla police ils déchargeaient quelques coups de revolver sur les policiers.

La veille, une affiche signée « les groupes anarchistes réunis de Jemeppes, Tilleur, Flémalle et Seraing » annonçait deux meeting pour le Dimanche. Ordres du jour : « La terre doit appartenir à tous. Pourquoi sommes nous des esclaves ? »

Le meeting fut assez paisible. Mais, lorsque la foule s’écoulait, elle fut chargée, sabre au clair par les lanciers. Le peuple répondit par des pierres, par quelques coups de revolver.

A un autre endroit les gendarmes déchargèrent leurs revolvers sur la foule, et immédiatement après, les lanciers chargeaient le peuple. Il y eut une lutte sérieuse. Le peuple ne céda le terrain qu’en laissant des blessés ; mais il défendait chaque pouce de terrain. A dix heures du soir, il tenait encore le haut de la rue Moulinay et les ruelles latérales. On coupa la conduite de gaz. Dans l’obscurité complète, les gendarmes essayèrent de charger le peuple à la bayonnette. On leur répondit par des coups de revolver. Une fusillade très vive s’engagea. Le peuple, furieux, se jetait sur les carabines des gendarmes, improvisant des armes avec un morceau de fer attaché à une corde et faisant moulinet ; pendant que sur la rive gauche une échauffourée très vive avait lieu au même moment.

Ceci se passait le dimanche, 21. Pendant ce temps là, le parti ouvrier à Gand fêtait paisiblement l’anniversaire de la Commune. On était sûr qu’ils sortiraient de leur local, en masse dans la rue. Ils ne l’ont pas fait.

Le lendemain, 22, ils fêtaient encore la Commune au local du Vooruit (En Avant!) Ils invitait le peuple à une grande manifestation en faveur du suffrage universel, pour le jour de la Pentecôte, le 13 juin ! ! !

MASSACRES A TILLEUR

Le lundi, tous les charbonnages des environs se mettaient en grève. Deux mille soldats étaient massés ; le ministre de la guerre prenait le commandement et donnait aux troupes des ordres féroces.

Le 22, les mineurs de Beaujonc et de Gausson voulaient forcer l’entrée d’un charbonnage au pied de la montagne du Tilleur. La troupe occupait les hauteurs autour de la fosse.

Dés que les grévistes firent apparition, un feu croisé, terrible, dirigé des hauteurs, commence. Les grévistes répondent à coups de carabine. Une lutte violente s’engage, et les grévistes, emportant leurs blessés, très nombreux, sont forcés décéder le terrain.

Ou disait que le bourgeois Charlier, directeur de la mine, avait été tué. Il a réussi à s’échapper.

Les soldats, avinés, poussés par leurs chefs, frappaient comme des fous furieux. Un agent d affaires, Jacob, ouvre sa fenêtre sur le passage d’une escouade de ces bandits : ils le tuent roide.

On arrête en masse, surtout les blessés. Impossible de savoir même le nombre de tués.

Le 26 mars, 42 personnes étaient traînées en correctionnelle à Liège et condamnées à des peines variant de trois à six mois de prison. Wagener sera traîné en outre devant les assises.

Le Révolté 11 avril 1886

LELARGE Louis, Eugène. Employé de commerce; anarchiste parisien.

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

Né le 5 avril 1848 à Paris (IIIe ou VIe arr.) ; employé de commerce ; anarchiste parisien.

Le 1er juillet 1894, le domicile de Louis Lelarge, 2 avenue de la Défense était perquisitionné par le commissaire Labussière, sans résultat. Il était tout de même arrêté, pour être photographié le 2 juillet 1894, par le Service de l’identité judiciaire de la Préfecture de police. Il était mis ensuite à la disposition de l’autorité judiciaire et inculpé d’association de malfaiteurs.
Son dossier à la Préfecture de police portait le n°121.114
Le journal La Lanterne donnait comme adresse de l’arrestation du 1er juillet 1894, avenue de la Défense à Courbevoie et mégissier comme profession.

SOURCES :
Archives de la Préfecture de police Ba 1500 — Archives de Paris. Etat-civil — La Lanterne 4 juillet 1894.