La dynamite aux Docks de Marseille le 13 septembre 1886

Un grand nombre de curieux se sont rendus, hier, devant les bureaux des Docks pour examiner les dégâts produits par l’explosion de la cartouche de dynamite mise la veille, par une main inconnue, sous la porte principale; les commentaires allaient grand train.

Il résulte de l’information ouverte à la première heure par M. Desgest, commissaire de police de service à la mairie, que les cochers en station sur la place de la Joliette ont aperçu, peu avant l’explosion, un individu, à allures assez suspectes, rôdant dans le voisinage des Docks. Ils n’ont pu donner son signalement d’une façon exacte, mais ils ont remarqué qu’il portait un pantalon blanc.

Le parquet a chargé M. Toselli, juge d’instruction, de diriger l’enquête relative à cette affaire; dans l’après-midi d’hier, MM. Georgé et Deleuil, substituts du procureur de la République, ont visité les lieux et procédé aux formalités d’usage.

Le Petit Marseillais 14 septembre 1886

Explosion devant le café du Luxembourg à Lyon le 18 août 1887

Lyon, 19 août. — Hier soir. des malfaiteurs restés inconnus ont placé devant le café du Luxembourg, place Morand, un engin explosible auquel ils mirent le feu. L’explosion fut formidable, mais personne ne fut blessé.

La police a fait aujourd’hui d’actives recherches pour découvrir les auteurs de cet attentat criminel.

On croit à de nouvelles menées anarchistes.

Gil Blas 21 août 1887

La recette publiée dans la Lutte était-elle à l’origine de trois attentats à Lyon en 1883 ?

La Lutte publiait des recettes intitulées « Produits anti-bourgeois ». Document Fragments d’histoire de la gauche radicale.

Commissariat spécial

près la Préfecture du Rhône

Intérieur

Direction de la Sûreté générale

1er bureau

Parti anarchique

Au sujet de l’attentat commis contre l’agent Colomb et de la tentative d’incendie dans les écuries de M. Dubonneau

Lyon, le 9 octobre 1883

Pour faire suite à mon rapport du 9 courant, j’ai l’honneur de vous adresser de nouveaux renseignements au sujet de l’attentat dont l’agent Colomb a été victime le 8 du même mois, vers 11 heures 15 à l’issue de la réunion anarchiste tenue salle de l’Elysée, réunion dans laquelle le sieur Crié, rédacteur au journal la Bataille, a fait une conférence sur « La Révolution internationale » qui fait l’objet du compte-rendu ce jour.

Le lendemain de cet attentat, M. le commissaire spécial de police, près la préfecture s’est rendu sur les lieux avec son collègue de la Guillotière, Dagnac qui a procédé à l’enquête.

Ils ont visité la salle de l’Elysée sans trouver sur le parquet aucune trace du liquide qui a été jeté sur les vêtements de l’agent Colomb et qui s’est enflammé instantanément au contact de l’air. Ce fait prouve qu’il n’en a pas été répandu sur le parquet, et cela n’a rien d’étonnant puisqu’il n’en a pas été trouvé sur la chaussure de l’agent.

Ce n’est pas pendant la réunion que l’acte a pu se commettre, attendu que Colomb a presque toujours été assis et qu’il eut été impossible dans cette position de répandre les matières inflammable comme on l’a fait à la partie inférieure du pan droit de son paletot et à la partie extérieure de la jambe droite de son pantalon. Du reste, si cet acte criminel eût été commis pendant la réunion, ses vêtements eussent pris feu dans la salle tandis qu’ils ne se sont enflammés que sur la voie publique, à 30 mètres environs du lieu de la réunion.

Il est donc certain que c’est après la levée de la séance et au moment où les assistants se précipitaient vers la sortie que l’acte a été commis, dans la partie du vestibule qui part de la salle pour aboutir à une sorte de cabine qui sert pour le contrôle et divisée en deux. Cette partie mesure environ 2 m de largeur sur 4 mètres de longueur.

Dans la foule l’auteur a pu verser son liquide sans être vu puisqu’il l’a fait avec le bras allongé ainsi que l’indique les parties du vêtement qui ont été atteintes. A ce moment les anarchistes Vitre, gérant du journal le Drapeau noir et Grillot ont seuls été remarqués dans cette partie du couloir, soit par l’agent Colomb, soit par son collègue Martin, soit par l’inspecteur Dubois.

Vitre s’est même arrêté au contrôle après avoir passé devant l’agent Colomb et a introduit les bras dans la cabine comme pour y prendre quelque chose. A ce moment le coup devait être fait car Colomb ne l’a plus revu auprès de lui, pas plus que le sieur Grillot.

M. Ferrand, chimiste, après examen sommaire des vêtements de l’agent Colomb, a déclaré que la matière inflammable jetée dessus était une composition de phosphore dissous dans du sulfure de carbone et s’enflammant au contact de l’air ou en frottement.

Cette composition, d’après M. Ferrand, serait la même que celle dont il a été fait usage, le 15 septembre dernier, vers 11 heures ½ du soir, dans une pièce du rez de chaussée servant de magasin à papier et précédent l’atelier de composition du journal Le Progrès, place de la Charité, dans le but évident d’y allumer un incendie qui a eu en effet un commencement d’exécution.

Dans la nuit du 7 au 8 courant, une vitre a été brisée dans l’entrepôt de M. Dabonneau, propriétaire des magasins de la Ville de Lyon, entrepôt situé 6 rue Rabelais, angle de la rue Molière et servant d’écurie et remise. Une matière jetée par cette fenêtre est tombée sur un cheval, et le lendemain, le domestique voulant enlever cette matière, s’est aperçu qu’en la frottant le feu prenait aux poils de l’animal.

Les débris de la vitre brisée trouvés à l’intérieur et saisis par M. le commissaire de police du quartier de la Part Dieu et on été examinés par lui et par son collègue M. le commissaire Perraudin.

Tous ont constaté non seulement que ces débris dégageaient une forte odeur de phosphore, comme les vêtements de l’agent Colomb, mais encore qu’ils produisaient de la fumée en les exposant à l’air.

Tout porte à croire qu’il s’agit encore dans l’espèce d’une tentative d’incendie et que la matière employée est la même que celle dont il a été fait usage au Progrès et ensuite sur l’agent Colomb.

Ces débris ont été remis à l’examen de M. Ferrand. Je vous ferai connaître le résultat de cet examen lorsque j’en aurai été informé.

Le fait est d’autant moins douteux que M. le commissaire de police a constaté qu’on ne s’était pas introduit dans l’écurie de M. Dabonneau et que le récipient de matière inflammable jeté à l’intérieur avait dû servir pour casser la vitre et lui livrer passage.

Or, si on se reporte au n°15 du journal anarchiste La Lutte du 8 juillet 1883, 4ème page, 3e colonne, on trouve dans cette rubrique : Produits anti-bourgeois– matières inflammables, la recette pour la dissolution du phosphore à l’aide du sulfure de carbone et les moyens d’en faire usage dans un but criminel.

D’après les indications qui précèdent, il paraît certain que c’est bien là le procédé employé pour la tentative d’incendie des locaux du Progrès le 15 septembre dernier, celle de l’entrepôt de la ville de Lyon. Dans la nuit du 7 au 8 octobre courant et l’attentat dont l’agent Colomb a été l’objet le 8 au soir. Il y a, à mon avis, une corrélation complète entre ces trois actes criminels dans lesquels on ne saurait voir que des actes révolutionnaires, des actes de propagande par le fait, imputables aux anarchistes, actes que le sieur Crié recommandait encore dans sa conférence du 8 courant, comme pouvant seuls amener la Révolution.

Jusqu’à présent, soit que la dissolution phosphorique ait été mal préparée, soit par suite de circonstances indépendantes de la volonté de leurs auteurs, ces tentatives n’ont pas eu de succès, mais il ne faut pas se dissimuler qu’elles se renouvellent et qu’elles constituent un véritable danger en raison de la facilité avec laquelle elles peuvent se commettre.

En ce qui concerne l’attentat commis sur l’agent Colomb, il ne paraît pas douteux qu’il est l’œuvre des anarchistes qui lui en veulent beaucoup depuis l’arrestation de leur ami Tricot. Je soupçonne d’en être les auteurs les compagnons Vitre et Grillot qui ont seuls été remarqués à proximité de l’agent Colomb au moment où il quittait la salle de l’Elysée au milieu de la foule.

Du reste, ils sont restés l’un et l’autre les dans le voisinage de la salle, sans doute pour contempler leur œuvre, et Vitre est même passé devant le commissaire de police et ses agents avant d’aller rejoindre les autres compagnons réunis à la brasserie Faure. Dans cet établissement l’un d’eux avait dit : « Ça flambait bien » et Crié en se frottant la cuisse et la jambe aurait ajouté : « il faudra le médecin ».

Dans le dernier numéro de la Lutte du 5 août 1883, 3ème page, 4e colonne, les sieurs Vitre et Grillot ont publié sous leur signature une note intitulée « A la police » et bien que l’agent Colomb n’y soit pas désigné, c’est évidemment contre lui qu’elle a été écrite car c’est lui qui avait été chargé de recueillir des renseignements sur eux.

Article publié dans la Lutte du 5 août 1883. Document Fragments d’histoire de la gauche radicale.

En ce qui concerne la tentative criminelle commise dans l’entrepôt du propriétaire des magasins de la ville de Lyon, 6 rue Rabelais, dans la nuit du 7 au 8 octobre. Il convient de remarquer que Vitre, habitait dernièrement 107 rue Pierre Corneille et Grillot 105 même rue, où il est encore actuellement chez ses parents, c’est à dire dans le voisinage, à une centaine de mètres de l’entrepôt de la ville de Lyon.

J’estime qu’il conviendrait non seulement de faire arrêter les sieurs Vitre et Grillot, mais encore de faire procéder simultanément à des perquisitions minutieuses chez tous les anarchistes militants du groupe du Drapeau noir.

J’en ai parlé dans ce sens à M. le procureur de la république

Le commissaire spécial

Source : Archives départementales du Rhône 4 M 306

Attentat contre l’agent Colomb à la Guillotière (Lyon) le 8 octobre 1883

Commissariat spécial Lyon le 9 octobre 1883

près La Préfecture du Rhône

Monsieur le Ministre,

J’ai l’honneur de vous informer qu’hier soir, vers 11h15, en sortant de la réunion anarchiste tenue salle de l’Elysée, 11 rue Basse du Port au Bois à la Guillotière, avec le concours du sieur Crié de Paris, l’agent Colomb qui y avait été envoyé en surveillance, a été victime d’un attentat qui aurait pu avoir des conséquences graves.

A la sortie, cet agent se trouvait au milieu du public,lorsqu’un malfaiteur a répandu, sans qu’il ait pu s’en apercevoir, sur le côté droit de son paletot, à la partie inférieure, une matière grise, s’enflammant au contact de l’air. Cette matière qui s’est écoulée sur son pantalon, jusqu’à la partie inférieure de la jambe droite.

Arrivé à l’angle de la rue Basse du Port au Bois et de la rue Mortier, à 30 mètres environ de la salle de l’Elysée, la partie de ses vêtements imbibée de cette matière s’est tout à coup enflammée et il a eu beaucoup de peine à éteindre le feu avec l’aide de son collègue Martin.

Le paletot a été légèrement brûlé à la partie inférieure, côté droit, et le pantalon sur presque toute la partie extérieure de la jambe droite.

En éteignant ses vêtements, l’agent Colomb a eu la main droite brûlée en plusieurs endroits mais légèrement et sans plaies. Il a également quelques brûlures à la jambe droite sur le côté du genou.

S’il n’a pas été blessé plus grièvement, c’est parce qu’il portait un caleçon qui l’a garanti et qui a été brûlé également en partie.

Conduit au poste des gardiens de la paix de la place du Pont, il a reçu les soins d’un pharmacien.

L’anarchiste Vitre, gérant du Drapeau noir est soupçonné d’être l’auteur de cet acte criminel.

Je vais constater ce fait par un procès-verbal que je vous transmettrai le plus tôt possible.*

Le commissaire spécial.

*Phrase barrée dans le document original

Source : Archives départementales du Rhône 4 M 306

Explosion rue Gasparin à Lyon dans la nuit du 28 au 29 octobre 1883

La Lutte publiait des recettes d’explosifs intitulées « Produits anti-bourgeois ». Document Fragments d’histoire de la gauche radicale.

Commissaire spécial près la Préfecture de police

Lyon 9 novembre 1883

Parti anarchiste

Explosion d’un engin rue Gasparin dans la nuit du 28 au 29 octobre 1883

Monsieur le Ministre,

Comme complément à mon rapport en date du 29 octobre dernier relatif à l’explosion d’un engin déposé rue Gasparin devant la porte du salon du café du Rhône qui a eu lieu le même jour, vers 11 heure du matin, j’ai l’honneur de vous informer qu’il résulte du rapport de M. Ferrand, pharmacien-chimiste, chargé de faire l’analyse des matières que contenait l’engin explosible, consistant en une boîte ayant contenu de la poudre ordinaire, que cette matière était composée de picrate de potasse mélangé de salpêtre.

La formule pour la composition de cette matière détonante ayant une force bien supérieure à celle de la poudre ordinaire, a été publiée sous le titre « Produits anti-bourgeois » dans le n°19 du journal anarchiste La Lutte portant la date du 5 août 1883.

L’engin était enveloppé dans un vieux pantalon de toile blanche, ficelé à l’aide d’une corde. Selon M. Ferrand, ce pantalon dont l’étoffe est fine et de bonne qualité, a dû servir d’abord de pantalon de toilette puis ensuite de pantalon de travail.

Aux traces graisseuses observées, il doit appartenir à un ouvrier mécanicien. Sur cet objet des traces de picrate de potasse ont également été observées ce qui semble démontrer que l’auteur de l’explosion a préparé lui-même la matière détonante placée dans l’engin, et qu’il avait sur lui au moment de la préparation, le pantalon en question sur lequel il a dû faire sauter quelques parties des substances employées en les mélangeant.

En admettant que ces données ne soient pas rigoureusement exactes, il semble bien évident, d’après les constatations de M. Ferrand et la nature du produit employé, que l’explosion de la rue Gasparin est un acte de propagande par le fait commis par un anarchiste agissant isolément.

Le commissaire spécial

Archives départementales du Rhône 4 M 306

Explosion dans l’établissement des Capucins aux Brotteaux à Lyon le 14 octobre 1883

L’explosion se produisit dans le jardin de la chapelle des Capucins aux Brotteaux

Une nouvelle explosion

Des individus, qui naturellement sont restés inconnus, ont jeté, avant-hier au soir, une bombe explosible dans le jardin qui entoure la chapelle élevée aux Brotteaux sur les restes des victimes du siège de Lyon.

La bombe ou le pétard a fait explosion avec un bruit qui a jeté la terreur dans le quartier. D’après les traces qu’elle a laissées, on peut conjecturer que ce projectile était de même fabrique que celui qui a éclaté à la porte de la mairie de la Croix-Rousse, c’est à dire une carcasse de fil de fer, remplie de poudre et de débris de ferraille, fortement ficelée comme ces gros pétards que les artificiers appellent des marrons.

L’explosion n’a causé heureusement aucun dommage.

Si nous avions une police qui rendit des services seulement pour la moitié de l’argent qu’elle nous coûte, nous pourrions espérer savoir si les individus qui jettent ces bombes sont de mauvais plaisants ou des malfaiteurs dangereux.

Malheureusement, il est à craindre que s’il ne se produit pas quelque accident fortuit, les auteurs de ces tentatives criminelles restent absolument inconnus.

Le Salut public 17 octobre 1883

Explosion à la mairie de la Croix-Rousse le 7 octobre 1883

L’explosion se produisit dans la salle des pas perdus

Les anarchistes, qui depuis les tentatives de Bellecour et du bureau de recrutement n’avaient plus fait parler d’eux, vont-ils recommencer leurs exploits ?
Cette fois-ci, c’est la mairie à la mairie de la Croix-Rousse qu’ils se sont attaqués.
Hier soir, à dix heures, une violente détonation se faisait entendre, et une grande panique se produisait dans la foule qui se trouvait à la vogue en ce moment dans toute son animation.
L’explosion s’était produite dans la salle des Pas-Perdus de la mairie, dont la porte n’était pas encore fermée.
Un engin explosible, je té par une main criminelle, avait été placé près d’un mur.
L’explosion n’avait produit heureusement que peu de ravages : la muraille seule était légèrement endommagée. Il n’y avait personne de blessé.
Des débris de fil de fer et de zinc fortement liés ont été trouvés.
On suppose que l’engin était une sorte de bombe de la grosseur d’une petite boule à jouer et garnie de poudre ou de dynamite et de grenaille.
Jusqu’à présent, on n’a aucune indication pouvant mettre sur la trace des auteurs de cet acte criminel.
Toute la nuit, des plantons ont exercé une active surveillance autour de la mairie.
A une heure du matin, on attendait l’arrivée du parquet, prévenu par exprès.

Le Salut public 8 octobre 1883

Dans le Lyon républicain :

L’engin explosible est une boule de la grosseur d’une bille de billard, faite de chiffons de laine, de crin, le tout entouré de fil de fer fortement serré.
Dans l’intérieur se trouvaient plusieurs linguets de fonte pouvant causer des blessures graves ; plusieurs de ces projectiles ont été retrouvés disséminés sur les dalles de l’escalier et dans le vestibule de la mairie.
L’appareil explosif était admirablement préparé pour projeter la grenaille et les plombs de tous les côtés à la fois. Les fils de fer très serrés, formaient comme une sorte de cotte de mailles, présentant une grande force de résistance à la poudre ou à la dynamite placée intérieurement.

Le Salut Public 10 octobre 1883

Une lettre de Louise Michel à propos du manuscrit perdu de sa pièce de théâtre « Le Coq rouge »

le Coq rouge était d’abord paru dans le Nouvelliste de Lyon. Document Bibliothèque Marguerite Durand.

Lettre de Louise Michel à Léonie Pallait

14 juin 1886

Ma chère amie,

Je vous remercie mille fois de vos démarches, ainsi que Bordat et Lemoine.

Je vous serai bien obligée de vous dépêcher de m’avoir soit les feuilletons du Coq rouge, soit le manuscrit ou copie du manuscrit.

Je vais probablement rentrer en prison et je pense qu’on ne voudra pas au Nouvelliste, garder sans m’en donner un double, cet ouvrage dont je ne possède plus qu’un fragment. Il faudrait que je le refasse de mémoire et c’est fort ennuyeux.

L’époque à laquelle je l’ai donné au Nouvelliste, après lecture que j’en ai faite salle de la perle, au bénéfice des prisonniers, est facile à établir puisque c’était pendant le procès de Lyon.

Le Coq rouge a été imprimé dans le Nouvelliste pendant ma prévention, affaire du meeting des Invalides.

Quelques numéros m’en ont été envoyés à St Lazare et peut-être n’était-ce pas fini ou fini depuis peu, à l’époque de mon jugement ou que jours après.

Voyez donc février, mars, avril, mai, juin, juillet, août et septembre de l’année du procès.

Un ouvrage imprimé n’est pas sans quelques collections en soient gardées.

Voyez à la bibliothèque de la ville.

On ne peut faire pareille chose de garder un ouvrage dont l’auteur n’a demandé aucune rétribution que la collection, puisque le Nouvelliste avait, m’a-t-on dit, mis dans ses colonnes des listes pour les prisonniers.

On a du insérer le Coq rouge au moment du rappel Gautier et à Lyon.

Je vous serai bien obligée de vous dépêcher avant mon procès.

Je compte sur vous et vous embrasse de tout cœur.

Ma cousine et Didelin se joignent à moi.

Louise Michel

Archives départementales du Rhône 4 M 306

Emeute et attentat à la verrerie Allouard de la Mulatière (Rhône) mai-décembre 1886 (3)

L’explosion se produisit près de l’appartement de M. Allouard, situé à l’angle droit de l’usine.

Lyon, le 18 décembre. Une tentative criminelle a été dirigée hier soir contre l’usine de M. Allouard, verrier, dans le quartier de la Mulatière, qui, on s’en souvient, avait opposé la plus longue résistance dans la dernière grève.
M.Allouard avait fait la paye a ses ouvriers dans la soirée et, à la suite d’une légère erreur de caisse, avait dû prolonger plus longtemps le règlement de ses comptes.
Vers sept heures, il était remonté dans ses appartements, au-dessus de son bureau situé à l’angle droit de l’usine, sur un côte qui donne dans des terrains vagues. Il avait fini de souper lorsque, soudain, une formidable détonation retentit. La maison trembla; les vitres volèrent en éclats.

M. AIlouard sortit. Il croyait qu’une de ses machines venait défaire explosion. A peine dehors, une forte odeur de fumée le saisit à la gorge.

Son personnel était déjà près de son bureau.
A quelques centimètres du sol, contre le mur des bâtiments, apparaissait un trou. Des pierres et des débris de plâtras jonchaient le sol extérieurement.

On avait placé une cartouche de dynamite et on y avait mis le feu. Heureusement la cartouche était mal placée. La charge, en tout cas, devait être violente, car le bruit de l’a détonation a été entendu au loin et jusque sur la place Bellecour.

La. police, aussi tôt prévenue, s’est rendue sur les lieux et a procédé à une enquête. La gendarmerie, de son côté, s’est livrée a des recherches, mais sans rien découvrir.

Journal des débats 19 décembre 1886

Rapport des experts. Lyon le 3 janvier 1887

« L’usine ou verrerie du sieur Allouard est située à la Mulatière, sur les bords du Rhône, près du barrage. Les abords en sont isolés et assez déserts.
A partir du quai s’étend un mur de clôture, de l’est à l’ouest, sur lequel à quatre mètres de distance a été édifié un petit corps de bâtiment de un étage.
C’est au point même d’intersection de l’angle de cette maison et du mur de clôture dont il s’agit qu’a été commise la tentative criminelle qui fait l’objet de la présente étude. La maison d’habitation possède au rez-de-chaussée, une fenêtre et une porte vitrée du côté du Rhône, éclairant un magasin ou bureau contenant beaucoup d’échantillon de verrerie. A la suite de ce premier local, viennent deux salles contigües, cuisine et salle à manger. Au dessous, deux fenêtres sur la même façade ; et cinq pièces ou chambres à coucher occupées par la famille Allouard.
Le mur proprement dit qui sépare la maison de la grande route ou quai, est en maçonnerie formé de grès et de pierre de roche, il a cinquante centimètres d’épaisseur, et sa hauteur varie de 2 mètres 25 à 3 mètres en contrebas, c’est à dire près de la maison.
Or, c’est presque au contact de la dite maison et près du niveau du sol, que l’explosion dont il s’agit a pratiqué une large excavation ou brèche en éventail dont l’image est reproduite dans le plan ci-annexé.
Étroite à sa base avec 25 centimètres de largeur, terminée en pointe à 10 centimètres du sol. Sa figure, avons-nous dit plus haut, s’élève en éventail de manière à présenter une hauteur totale de un mètre environ, avec 65 centimètres dans sa plus grande largeur. La profondeur est telle que dans la partie la plus creuse, le mur a été traversé, c’est à dire, dans toute son épaisseur, qui est de cinquante centimètres… »
Quand à l’explosif utilisé peuvent « conclure que l’engin explosible, mis en pratique, dans l’espèce, doit être une poudre blanche, formée de chlorate de potasse et de souffre, plus forte, et surtout plus brisante que la poudre ordinaire »…
« La mise en ouvre, présente ici un de ces côtés maladroits, et plein d’ignorance qui caractérise le plus souvent ces bombes, pétards ou engins employés du même genre.Cherché un mètre plus loin, c’est à dire, plus à l’ouest, de manière à atteindre la maison même, l’effet pu être ici redoutable, parce que sous l’influence d’un choc violent et de l’affaiblissement de la résistance, en partie vaincue, par l’attaque du pied du mur, le poids des planchers et de la toiture, auraient pu déterminer un écroulement au moins partiel. On a contrairement à ce principe, attaqué un mur de clôture isolé, pour ainsi dire, et en un point distant de l’aplomb de l’angle de la maison… »
Les experts concluaient que l’explosif avait été introduit dans le mur de l’extérieur et non de l’intérieur et que la poudre utilisée était du même type que celle employée à l’église St Nizier.

Archives départementale du Rhône 4 M 306

Emeute et attentat à la verrerie Allouard de la Mulatière (Rhône) mai-décembre 1886 (2)

LE MASSACRE DE LA MULATIÈRE

TUERIE OUVRIÈRE

Les Infamies de la Mulatière

Coups de revolver et de fusil d’un patron et de ses séides contre des grévistes désarmés. — Trois décharges. — Arrestation des victimes. — Immunité des assassins.

La grève des ouvriers verriers dure depuis quelque temps déjà, les lecteurs du Cri du Peuple ont été tenus au courant, jour par jour, des phases par lesquelles elle a successivement passé.

Revenons sur les renseignements que nous avons donnés hier ;

ORIGINE DU CONFLIT

Depuis que quelques ouvriers, une quinzaine environ, avaient déserté le parti de la grève pour reprendre du travail à l’usine Allouard.

Cependant, les ouvriers qui avaient repris le travail ne laissaient pas que d’être contraries de ces manifestations, aussi l’exploiteur Allouard craignant qu’ils finissent par se décourager, leur offrit de les loger dans l’usine afin qu’ils ne fussent plus en contact avec les grévistes.

De temps en temps on voyait donc rentrer à l’usine un mobilier que le sieur Allouard venait d’envoyer chercher par un de ses voituriers. Et les grévistes de dire de l’ouvrier qui s’installait ainsi à l’usine : « Voilà un encaserné de plus. »

Donc vendredi, comme de coutume, les grévistes se réunirent devant l’usine, à 5 h. 1/2, heure de la sortie des ateliers, mais aucun incident ne se produisit.

A six heures avait lieu, dans l’établissement Boyau, grande rue de la Mulatière, une réunion des grévistes, où l’on devait discuter de la continuation de la grève.

Tout se passa dans le plus grand calme, lorsque,à 7 heures 15 minutes, alors que la réunion allait prendre fin, plusieurs personnes vinrent informer les grévistes qu’on était en train de déménager le mobilier d’un nommé Litner, qui, depuis deux ou trois jours était rentré à l’usine.

UN AGENT PROVOCATEUR

Or, ce Litner, sujet allemand, était un des ouvriers qui avaient le plus poussé ses camarades à la grève et qui, une fois la grève déclarée, en avait le plus énergiquement réclamé la prolongation.

Litner se vantait même d’être déserteur, de ne pas connaître d’autre patrie que celle où on vit en travaillant et faisait parmi les ouvriers de la Mulatière une propagande anarchiste* très active.

On cite parmi les ouvriers plusieurs propos qu’il répétait à qui voulait l’entendre à savoir « qu’il mangerait des cailloux plutôt que de céder et  » qu’il étranglerait de ses propres mains son beau-frère, le sieur B…, s’il le voyait reprendre du travail avant la fin de la grève ».

Mais Litner et son beau-frère, au mépris de toutes ces belles paroles, ont tous les deux repris du travail. On comprend, dans ces conditions, combien les grévistes étaient colères contre cet individu qui avait joue près d’eux le rôle d’agent provocateur.

Aussi, lorsque les grévistes surent qu’on déménageait le mobilier de Litner, pour le transporter à l’usine, décidèrent-ils d’aller « faire honte à celui qui venait d’abandonner leur cause « . Ils se rendirent douc devant l’usine.

A L’EAU

Sur leur chemin, ils trouvèrent le mobilier de Litner, charge sur un camion de l’usine. Des enfants et des femmes faisaient des « niches » aux chargeurs, tirant des matelas de dessus la voiture, histoire de leur faire recommencer leur travail.

Le conducteur, voyant arriver les manifestants, se mit aussitôt à fouetter son cheval, mais des jeunes gens se jetèrent sur le chargement, et pendant que les uns retenaient le cheval par la bride, d’autres s’emparaient du mobilier qu’ils jetèrent dans la Saône.

Ceci fut fait en quelques minutes.

La femme Litncr, qui était présente, poussait les hauts cris en voyant son mobilier prendre le chemin de la Saône, puis, prise de terreur, elle se sauva à l’usine.

Le camionneur, de son côté, pris d’une terreur non moins grande, était descendu de son siège et se disposait à aller également se réfugier à l’usine, lorsque M. Chapuis, conseiller municipal de la Mulatière, qui était accouru, lui dit de ne rien craindre, qu’il répondait que les grévistes ne songeaient à faire de mal à personne.

Rassuré par ces parole, le camionneur remonta sur son siège et rentra à l’usine.

DEVANT L’USINE

Les grévistes reprirent leur chemin, interrompu par cet incident, et arrivèrent bientôt devant l’usine,

L’usine Allouant et Cie est située sur le quai de la Mulatière, au confluent du Rhône et de la Saône; elle se compose de deux bâtiments faisant façade sur le quai, dans celui de droite sont installés les bureaux, le concierge et des logements d’ouvriers; celui de gauche est habité par l’exploiteur Allouard et sa famille. Derrière ces deux bâtiments s’élèvent les fours et ateliers.

LES COUPS DE FEU

A peine la porte de l’usine s’était-elle refermée sur le camion, que des coups de revolver, et non pas des coups de fusil à poudre comme le dit le Temps tirés de l’intérieur de l’usine à travers le portail,
dont la partie supérieure est à claire-voie, venaient surprendre les manifestants qui se rangèrent contre le parapet du quai, à droite et à gauche du portail.

Le premier moment d’effarement passé, les grévistes s’armèrent de pierres qui se trouvaient sur le chemin et se rapprochèrent du portail, mais au même instant une nouvelle décharge fut dirigée contre eux.

Des pierres répondirent aux coups de feu. Le sieur Allouard et son personnel se dirigèrent vers la maison d’habitation devant laquelle est une grille en fer et de là tirèrent sur les grévistes des coups de fusils de chasse, charges à plomb et à chevrotines, et des coups de revolver.

C’était la troisième décharge à balles!
Durant dix minutes environ, le sieur Allouard et ses hommes continuèrent à tirer.

LES BLESSÉS

Il y a plus de trente blessés.

M. Chapuis, qui faisait entendre aux manifestants des paroles d’apaisement, reçoit à la jambe gauche une décharge de chevrotines; une dame qui passait sur la route de la Saulée est frappée à la poitrine; plusieurs autres personnes sont blessées et prennent la fuite dans toutes les directions; les projectiles de toute nature, balles et plombs, sifflent aux oreilles des manifestants ; trente-cinq à quarante coups d’armes à feu ont été tires.

Dans la foule des curieux et des manifestants l’exaspération est à son comble.

Chacun ramasse cailloux, bâtons, morceaux de verre, etc.; on se précipite vers l’usine dont les portes sont verrouillées et cadenassées; des scènes épouvantables vont peut-être se produire quand quelques braves citoyens, grévistes eux-mêmes, réussissent à se faire entendre.

LA POLICE ET LE PATRON

Ce ne fut qu’une heure après que le sieur Bizouard, commissaire de police d’Oullins, accompagne des gardiens de la paix et de gendarmes, arriva sur les lieux.

Le commissaire entra dans l’usine, s’entretint avec M. Allouard des faits qui venaient de se passer; puis se retira quelques instants après sans pousser plus loin ses investigations.

LES ARRESTATIONS

Ainsi, des la première heure, la police ne sévissait pas contre les assassins de l’usine Allouard. Que disons-nous? Ce sont les propres victimes qu’on arrêtait.

En effet, dès cinq heures du matin, plusieurs ouvriers, les citoyens Hubinet, Charpentier, Seidel frères, qui habitent le quartier de la Mouche, et Knidler qui habite la Guillotière, étaient éveillés par des gardiens de la paix qui les conduisirent au commissariat de police d’Oullins, puis successivement furent conduits au commissariat les citoyens Levacque, Curty, Durand, Rivelin, Ducarme, Dassaut ; les femmes Hérard, François et Nolson.

Tous ces citoyens se trouvaient devant l’usine, c’est-à-dire ont essuyé le feu des séides d’Allouard et ce sont eux qu’on arrête!

L’ENQUÊTE

A huit heures du matin arrivaient à la Mulatière le sieur Bloch, procureur de la République ; Bastid, juge d’instruction; Bérard, substitut du procureur; Cheneste, juge; Rojin, preffier, et M. le docteur Lacassagne, médecin au rapport.

Ces messieurs se rendirent jmmédiatement à l’usine Allouard, où ils procédèrent à l’interrogatoire du patron Allouard et de son personnel.

M. Lacassagne, après avoir examiné les personnes de l’usine qui disaient avoir été blessées par les pierres lancées par les grévistes, a pu constater qu’aucune de ces personnes n’était atteinte grièvement, il en est de même de la femme Litner, enceinte de sept mois, et que son mari disait avoir été frappée, pendant la scène du déménagement, d’un coup de pied dans le ventre, et sur laquelle M. Lacassagne n’a trouve aucune trace même légère de coup.
En quittant, l’usine Allouard, le parquet s’est transporté au commissariat de police d’Oullins où se trouvaient enfermées les personnes dont nous avons donne plus haut les noms.

Après avoir interroge sommairement Hirard, âgé de 70 ans et les femmes François et Noison, qui l’une et l’autre allaitait un enfant, le sieur Bloch les fit mettre en liberté.

Quant aux autres personnes arrêtées, elles ont été amenées à la Permanence dans trois voitures particulières et écrouées sons l’inculpation de coups et blessures et d’attentat à la liberté du travail. C’est un comble! La plupart de ces personnes avaient été blessées par les coups de feu tirés de l’usine.

Le Cri du peuple 11 mai 1886

*Le Cri du peuple était durant cette période contrôlé par les guesdistes qui combattaient vigoureusement les anarchistes, y compris par la calomnie et l’accusation d’agent provocateur était alors d’usage courant, pour discréditer un opposant politique.