Insurrection et dynamite à Montceau-les-Mines. La dynamite à Sanvignes le 11 octobre 1882

Des placards le Mouvement social avaient été affichés à Sanvignes et la dynamite détruisit une croix.

Les Troubles de Montceau-les-Mines

Les troubles ont recommencé hier.

Dans la nuit du 10 au 11, des placards ayant pour titre : le Mouvement social ont été apposés à Montceau les-Mines, au Magny, au Bois-du-Verne, à Ciry-le-Noble, à Sanvignes et à Saint-Berain. Ces placards, imprimés et toujours sans nom d’imprimeurs naturellement, contiennent des menaces contre la bourgeoisie eu général, et contre divers particuliers, notamment: MM. Chagot, directeur ; des mines de Blanzy, de Lagoutte, ingénieur, Schneider, directeur du Creusot, et Blanchet, directeur des mines d’Epinac, et en outre contre les chefs mineurs, les chefs de poste, la police, et M. Jeannin, le maire de Montceau.

Ces manifestes révolutionnaires condamnent toutes les personnes désignées à être supprimées, et ajoutent que la liberté n’existe plus et que le peuple sortira de l’esclavage par la force, car l’heure sonnera bientôt…

Avant-hier mardi, vers 11 heures du soir, on a fait sauter une croix à Sanvignes à l’aide de la dynamite. Vers trois heures du matin, d’autres détonations ont été entendues dans la direction de Ciry-le-Noble.

M. Ardisson, sous-préfet de Chalon, prévenu hier matin par le télégraphes s’est aussitôt rendu sur les lieux. Il est rentré dans la soirée.

Mais cette nuit, les fauteurs de troubles ont recommencé. Cette fois, nous dit-on, ils auraient essayé de faire sauter la maison d’un particulier à Saint-Vallier. Leur tentative n’aurait pas complètement réussi.

M. le Sous Préfet et le parquet de Chalon se rendraient aujourd’hui au Montceau.

Nous donnons ces derniers détails sous réserve.

Notre correspondant ajoute que la population de Montceau est très inquiète de l’avenir, et s’attend tous les jours à être réveillée par des bandits qui leur mettront le revolver sous la gorge. «Les personnes, dit-il, qui ont quelque chose à se dire se cachent ou se taisent chaque fois qu’un étranger s’approche d’elles. Des enfants de 10 à 15 ans servent même d’espions. »

Courrier de Saône et Loire 13 octobre 1882

Les Troubles de Montceau-les-Mines

On nous adresse de Montceau-Ies-Mines des détails sur les tentatives que nous avons signalées hier :

« Le 11 courant, à 11 heures du soir, les émeutiers ont placé deux cartouches de dynamite dans un trou de mur près de l’escalier d’une maison appartenant à la Société des Tuileries- Réunies, attenant à la tuilerie de Saint-Vallier, et habitée par le contre-maître, M. Gardenet et son gendre, M. Baudier, aubergiste et chauffeur à la tuilerie. Les cartouches avaient été placées près du mur qui sépare les deux ménages. Fort heureusement, l’effet produit par l’explosion n’a pas répondu à l’attente des criminels ; les galandages seuls ont été endommagés et toutes les vitres brisées.

« La femme Baudier a reçu un éclat de verre à la joue ; la blessure est légère. Mais si l’explosion avait renversé la maison, comme les bandits l’espéraient, on aurait pu avoir à déplorer la mort de six personnes, sans compter que plusieurs ouvriers occupent le même bâtiment et ont leurs logements voisins de celui de M. Gardenet.

« On m’assure que le chef de ces bandits dînait très tranquillement à l’hôtel tenu par Mme veuve Cotelle.

Il y a eu ces jours-ci une grande réunion de la bande dans les environs de St-Vallier. Espérons qu’après les changements de troupes qui vont avoir lieu, on renforcera les troupes qui sont ici, car le départ de la classe de 1877 a réduit beaucoup l’effectif du bataillon cantonné à Montceau. Il ne faudrait cependant pas attendre qu’il y eu des personnes tuées ou blessées pour prendre des mesures énergiques.

Les deux cartouches qui ont fait sauter la croix de Laragée, à Sanvignes, — ou plutôt qui l’ont réduite en poussière — ne sont pas des cartouches de la Cie des Mines de Blanzy ; elles viennent de l’Internationale dont elles portent bien le cachet imprimé en rouge sur un fragment de parchemin.

MM. les sous préfets de Chalon et de Charolles, ainsi que les parquets de ces deux villes, étaient aujourd’hui même à Montceau pour procéder à l’enquête relative au bris de la croix et à l’affichage des placards.

Le destinataire du ballot d’affiches révolutionnaires a été arrêté. »

Le Courrier de Saône et Loire 14 octobre 1882

Insurrection et dynamite à Montceau-les-Mines. Les Briseurs de Croix le 30 septembre 1882

Les Briseurs de Croix

On nous écrit de Pouilloux, le 1er octobre 1882 :

Monsieur le Rédacteur,

Les bandes iconoclastes viennent de reparaître dans nos contrées. Un acte de vandalisme, qui n’est que la continuation des tristes événements qui se sont passés au mois d’août dernier à Montceau-les-Mines, vient d’avoir lieu sur le territoire des communes de Pouilloux, de Saint Romain-sous-Gourdon et Saint-Vallier. Dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre.

A Pouilloux, deux croix ont été brisées, l’une au moyen de la dynamite, l’autre avec des cordes. A onze heures et demis environ, une violente détonation, qui fit trembler les fenêtres des maisons voisines, réveilla la plupart des gens plongés dans le sommeil. La croix, dite Croix Peraut, sise à l’Essard-de-Pouilloux, venait de recevoir une forte secousse. Cependant, grâce à un puissant piton en fer qui la relie solidement au piédestal, cette croix est restée debout, la dynamite n’a pu que ronger son pied.

Quant à l’autre croix, située sur la commune de Pouilloux, vu la proximité d’une maison, on n’a pas osé la faire sauter avec la dynamite ; mais au moyen de cordes elle a été jetée à bas. Le piédestal est intact, mais la croix est brisée en plusieurs morceaux.

A Saint-Romain, au hameau des Moulins, la même nuit, les mêmes individus continuant leur œuvre, ont également jeté à terre une croix élevée tout récemment en souvenir d’un jeune homme mort à dix-neuf ans.

Enfin comme dernier acte de leur tour née sacrilège, ces mêmes bandits ont encore mis à bas la seule croix qui restait à Saint-Vallier. Oubliée, au mois d’août, elle a sauté cette nuit comme les autres.

Tels sont, Monsieur le Rédacteur, les nouveaux méfaits de la bande qui depuis deux mois terrorise nos contrées. Quand en serons-nous délivrés ? Personne ne le sait.

Recevez, etc.

Un paroissien de Pouilloux.

Le Courrier de Saône et Loire 2 octobre 1882

Insurrection et dynamite à Montceau-les-Mines. 15 août 1882

La chapelle fut attaquée à la dynamite

LE BRIGANDAGE
A Montceau les-Mines.
Depuis quelque temps déjà, — on peut dire prés de deux ans de nombreux vols, des dégâts et des déprédations se commettaient à Montceau-les Mines et aux villages environnants, dans un rayon de 7 à 8 kilomètres. Les auteurs de ces actes restaient presque toujours inconnus.
L’opinion publique s’en était émue, et attribuait ces méfaits à une véritable association de malfaiteurs, qu’on désignait dans le pays sous le nom de bande noire. Cette bande noire avait disait on, principalement son repaire, près du hameau du Bois-ou Verne et se réunissait dans les bois voisins.
Naturellement la gendarmerie n’était pas restée inactive ; mais si elle mettait quelques fois la main sur un malfaiteur, rien ne venait révéler qu’il fit partie d’une association quelconque.
Cette bande, composée d’abord de quelques individus isolés fit d’assez nombreuses recrues, probablement parmi les vagabonds qui parcourent depuis plusieurs années nos départements de la Bourgogne.
Leur audace s’accrut avec leur nombre.
La première manifestation de l’association opérant en troupe, fut le renversement, il y a une quinzaine de jours, de la croix de mission du Bois du-Verne.
On crut tout d’abord à un acte isolé de vandalisme; mais, à peine avait-on relevé cette croix, qu’elle fut abattue de nouveau. Puis vinrent ces jours derniers la démolition de toutes les autres croix, au Bois-Roulot, à Saint-Vallier, à Blanzy, à St-Berain-sous-Sanvignes, etc.; enfin, pour couronner l’entreprise, dans la nuit de l’Assomption, la bande essaya, comme nous l’avons raconté hier, de faire sauter à l’aide de la dynamite la statue de NotreDame-des-Mines.
En même temps, les bandits s’enhardissant, se présentèrent depuis quatre ou cinq jours dans les maisons, exigeant de l’argent et menaçant les gens de leurs revolvers et de la dynamite.
C’est ainsi qu’une vingtaine de ces véritables brigands pénétraient mardi même chez M. le maire de Montceau, en proférant des menaces d’incendie.
C’est à la suite de cette dernière menace que le maire télégraphia dès avant-hier au préfet et au parquet pour l’envoi immédiat de troupes.
Ces mesures n’étaient que trop urgentes, car dans la nuit du 15 au 16, c’est-à-dire d’hier, les brigands se mirent à opérer en grand et ouvertement. Vers 10 heures 1/2 du soir, une bande se porta sur l’église du Bois-du-Verne, brisa les portes, les chaises, l’autel, les vases et le Saint-Ciboire, puis mit le feu à l’église à l’aide de cartouches de dynamite.
De la coquette petite église, il ne reste que les quatre murs et la cloche.
Chez les sœurs les bandits n’ont pas pénétré, mais ils ont brisé toutes les vitres en menaçant de mort les pauvres femmes.
En suite de cet exploit ils se sont rendus au nombre d’une centaine à Blanzy, dans le but de faire également sauter l’église, mais l’absence des principaux chefs a fait remettre leur projet. Ils ont prévenu que ce serait pour la nuit du 16 au 17.
En passant ils ramassent les ouvriers qu’ils trouvent à leur travail et les forcent à les suivre. Tous sont armés de fusils et de revolvers.
La gendarmerie et les gardes de la mine, furent prévenus qu une tentative devait être faite contre la croix du Magny. En effet les brigands s’y présentèrent, mais durent reculer devant l’attitude des gendarmes et des gardes. Ils se retirèrent en criant : Vive la Révolution sociale ! Vice la République de 93 ! Celle de 82 sera plus terrible !
Puis la bande est allée piller la boutique du sieur Beaujard, armurier, habitant le village du Champ du Moulin ; ils se sont retirés en emportant toutes les armes et les munitions.
Tels sont les faits jusqu’à hier matin mercredi.
Le parquet et les autorités civiles et militaires arriveront ce soir.
Quinze brigades de gendarmerie ont dû se rendre hier dans la journée a Montceau .
On attend aujourd’hui un bataillon du 134e de ligne.
Nous ne voulons pas encore porter d’appréciations sur la nature de ce mouvement, qui sort complètement des grèves ordinaires.
C’est une espèce de bande de brigands, composée d’individus étrangers à la localité, qui a ses chefs. D’où viennent-ils?
Nous recevons ce matin de Paris une lettre nous priant d’annoncer l’apparition d’un nouveau journal hebdomadaire. L’entête de cette lettre porte au dessous du nom du journal, la manchette suivante : Organe des Travailleurs De la Région de Saône-et-Loire et des Comités révolutionnaires Creusotins.
Y aurait-il là plus qu’une simple coïncidence ?
Dernière heure.
Montceau-les-Mines, 17 août, 9 heures, matin.
Hier soir sont arrivés ici M. le Préfet et le commandant de gendarmerie avec plusieurs brigades.
Des patrouilles de gendarmerie ont parcouru Montceau et les écarts voisins pendant toute la nuit.
Le calme règne pour le moment.
Ce matin, à 7 heures, un bataillon du 134e de ligne est arrivé au son des tambours et des clairons. L’arrivée de ces troupes a produit un excellent effet sur la population qui s’était encore exagéré la situation déjà pourtant assez grave.
Ou m’assure que cette nuit, une bande, avec un drapeau rouge, a été rencontrée au Magny ; elle se serait dispersée a l’aspect de la gendarmerie.

Courrier de Saône-et-Loire 18 août 1882

L’attentat contre la statue de Thiers : manipulations sans preuves

Un livre d’auto-promotion en vue des élections de 1885

Cet attentat qui survint juste avant le Congrès de Londres qui vit la propagande par le fait adoptée officiellement par le mouvement anarchiste, fut un échec puisque la statue ne subit pratiquement aucun dégât. L’amateurisme des apprentis propagandistes y fut pour beaucoup selon le rapport du Laboratoire de chimie de la préfecture de police du 22 juin 1881 : « l’opérateur a fait preuve de manque de connaissances pratiques dans cet essai, aussi a-t-il obtenu un résultat contraire à celui qu’il attendait, car le coton poudre mal préparé, mal lavé brûle plus lentement que du coton ordinaire n’ayant subi aucune préparation » (1) ».

Mais cette explosion ratée eut de nombreuses répercussions par la suite et fit l’objet de plusieurs récupérations politiques de la part du Préfet de police et des socialistes.

Dans ses mémoires (2) Louis Andrieux prétendit qu’il savait tout de l’attentat et qu’il laissa faire. C’était se donner le beau rôle sur un événement auquel, en fait, il ne sût rien, comme le prouve le dossier concernant l’attentat, conservé sous la cote Ba 138 des Archives de la préfecture de police. Ce dossier ne comprend aucun rapport d’indicateur, laissant supposer que le préfet de police connaissait le complot, qu’il savait l’heure du départ pour Saint-Germain et connaissais aussi l’heure du crime projeté. Rien de tel dans les documents conservés à la préfecture de police mais une enquête banale montrant plutôt une police dans le brouillard, interrogeant les quelques témoins qui n’avaient pas vu grand chose et soupçonnant les membres de la loge maçonnique dissidente du Pecq situé à proximité de St Germain, dite loge des Amis du peuple dont le maire et plusieurs conseillers municipaux faisaient partie. Piste bien vite abandonnée, mais aucune autre ne fut envisagée, pourtant si cet attentat avait échoué, il pouvait être le premier d’une série d’autres.

Mais le préfet de police ne fit rien, sinon surveiller les anarchistes lyonnais où se trouvait sa circonscription électorale (3)

En cette année 1881, ce préfet de police prétendant, tout en fanfaronnade, que : « Je connaissais les noms des conspirateurs; j’avais voyagé avec eux, du moins par procuration j’avais tout vu, tout entendu, et l’occasion me paraissait bonne pour mettre la main sur ce nid de dynamiteurs ». En fait il ne fit rien du tout. C’est qu’à l’époque la préfecture de police distinguait encore mal les anarchistes des socialistes : les rapports des deux courants étaient mélangés dans le même dossier « Socialisme en France » (Ba 199). Mais ce dossier ne contient aucune note sur l’attentat de St-Germain. On se demande bien comment Andrieux pouvait tout connaître des conspirateurs ?

Ses Souvenirs parurent en 1885, peu avant le scrutin des législatives où Andrieux était candidat. Il faut se rappeler que ce préfet de police, était en même temps un député et que ce livre tombait donc à pic pour justifier son action passée en vue de se faire réélire. La vérité n’était donc pas la vertu première de cet ouvrage qui tenait plus de la belle histoire pour cacher certaines lacunes.

Quand à Joffrin, membre du conseil municipal de Paris, mis en cause par un groupe anarchiste lors du congrès de la Fédération du Centre en 1883, il n’hésita pas, pour se défendre à calomnier les anarchistes. Il prétendit que les 24 assistants à la réunion de Levallois-Perret du samedi 25 juin 1881, qui adressaient « leurs félicitations aux amis inconnus » qui venaient de tenter de faire sauter la statue de Thiers, avaient publiquement revendiqué la responsabilité de la tentative de dégradation de monument public. Mais, saluer les amis inconnus et revendiquer l’attentat, ce n’est pas la même chose. Joffrin se trompa au passage sur le nombre de signataires qu’il réduisit à 13.

Mais Joffrin ne s’arrêta pas là et donna des noms : il cita trois, Serraux dit Spilleux, Gérard et Planson, qui auraient émargé à la préfecture de police.

Malheureusement pour lui, Serraux n’était pas signataire de l’appel émanant de la réunion de Levallois-Perret, quant à Gérard et Planson, il ne fournit aucune preuve, pour étayer ses affirmations.

Ses accusations peu précises et sans réelles preuves relèvent donc plus d’une rhétorique habituelle à l’époque : qualifier de mouchards ses ennemis politiques afin de les discréditer.

Cet attentat raté allait être le premier de toute une série d’autres à Montceaux-les-Mines et Lyon mais Andrieux, malgré sa soi-disant habileté, passa complètement à côté de cette menace pour le système en place.

Qui étaient les auteurs de l’attentat contre la statue de Thiers ? Aucun document n’apporte de réponse à cette question. Jean Grave (4) prétendit, pour sa part, que l’action avait été commise par « deux ou trois Méridionaux, fraîchement venus de Marseille » mais sans donner plus de précisions sur l’origine de son information qui reste donc, elle aussi, à prendre avec précaution.

Jean Maitron (5) reprit les affirmations d’Andrieux, sans distance critique par rapport à un ouvrage sujet à caution et en l’absence de tout autre document : « C’est ainsi qu’il (Andrieux) laisse se monter – s’il ne l’organise lui-même grâce à son agent Serreaux (6), directeur du journal – un attentat contre la statue de Thiers récemment inaugurée à Saint-Germain ».

Une historiographie jamais remise en cause.

  1. Arch. Préf. de pol. Ba 138
  2. Souvenirs d’un préfet de police. Jules Rouff et Cie, éditeurs. 1885
  3. Voir à ce sujet le dossier Ba 394 « Menées des socialistes et anarchistes révolutionnaires lyonnais » ouvert en juillet 1881.
  4. Quarante ans de propagande anarchiste par Jean Grave. L’histoire/Flammarion. 1973 p. 403
  5. Le Mouvement anarchiste en France. Tome I par jean Maitron. FM/ Fondations 1982, p. 141
  6. Il s’agit de Serraux

Lire le dossier complet : L’attentat contre la statue de Thiers à Saint-Germain le 16 juin 1881

L’explosion de Saint-Germain : le préfet de police aurait laissé faire ?

Louis Andrieux, préfet de police

La statue de M. Thiers. – L’explosion de Saint-Germain. – La caisse noire de l’avenir.

Les compagnons avaient décidé en principe que le Palais-Bourbon devait sauter.

Mais les hommes qui mettent leurs actes d’accord avec leurs principes se font de plus en plus rares, et personne ne se proposait pour porter les cartouches de dynamite dans les caves du palais.

Dame ! l’aventure n’était pas sans péril on veut bien préparer un meilleur avenir social; mais on veut en profiter être à la bataille, c’est très bien; être au partage du butin, c’est mieux encore.

On délibéra sur la question de savoir s’il ne conviendrait pas de commencer par quelque monument plus accessible : la Banque de France, le palais de l’Elysée, la préfecture de police, le ministère de l’intérieur furent tour à tour discutés, puis abandonnés à raison de la surveillance trop active dont ils sont l’objet.

La destruction d’une église semblait plus facile; il fut aussi question du monument expiatoire.
Enfin on convint que, pour se faire la main, on s’attaquerait d’abord je vous le donne en mille à la statue de M. Thiers, récemment inaugurée à Saint-Germain.

Les fêtes de l’inauguration avaient d’ailleurs appelé l’attention sur cette statue, et on se rappelle par quelle apostrophe indignée M. Olivier Pain avait protesté, au nom des vaincus de la Commune, contre les louanges décernées au « sinistre vieillard ».

Avoir rêvé d’ensevelir la représentation nationale sous les ruines du palais législatif, et aboutir à briser une statue dans les environs de Paris, c’est ressembler au héron de la fable

… Qui fut tout heureux et tout aise
De rencontrer un limaçon.

Nous étions bien loin des menaces proférées le 13 mai 1881 par Mlle Louise Michel dans le groupe révolutionnaire du dix-huitième arrondissement, alors que, dans un élan irréfléchi, la « grande citoyenne » s’écriait :
« Mais regardez donc ce qui se passe en Russie regardez le grand parti nihiliste, voyez ses membres qui savent si hardiment et si glorieusement mourir ! Que ne faites-vous comme eux?
Manque-t-il donc de pioches pour creuser des souterrains, de dynamite pour faire sauter Paris, de pétrole pour tout incendier?

Imitez les nihilistes, et je serai à votre tête alors seulement nous serons dignes de la liberté, nous pourrons la conquérir sur les débris d’une société pourrie qui craque de toutes parts et dont tout bon citoyen doit se débarrasser par le fer et le feu, nous établirons le nouveau monde social. »

Les compagnons partirent pour Saint-Germain emportant l’infernale machine c’était une boite à sardines, remplie de fulmicoton et soigneusement enveloppée dans un mouchoir.

Je connaissais ce complot plein d’horreur je savais l’heure du départ pour Saint-Germain je connaissais aussi l’heure du crime projeté.
Qu’allais-je faire ?

Il fallait que l’acte fût consommé pour que la répression fut possible.

Je n’hésitai point à sacrifier le libérateur du territoire pour sauver le Palais-Bourbon.
Quand la nuit fut venue, les compagnons, se glissant dans l’ombre à travers les arbres séculaires, arrivèrent jusqu’à la statue.
La pâle lueur de la lune éclairait le visage de ce vieillard en bronze, qui, sous ses lunettes, semblait regarder d’un air narquois les conspirateurs.

L’un d’eux plaça la boite à sardines sur le socle de la statue, entre les pieds du fauteuil où M. Thiers est assis.

Une longue mèche pendait le long du piédestal. L’un des compagnons y mit le feu, tandis que ses camarades, autour des arbres voisins, parsemaient le sol de proclamations révolutionnaires puis, quand le feu commença à monter lentement le long de la mèche, les compagnons s’enfuirent à toutes jambes, jusqu’au bas de la colline et continuant leur course à travers la plaine, ils escaladèrent les barrières du chemin de fer.

Quand ils rentrèrent à Paris, ils attendirent avec impatience les nouvelles de Saint-Germain.
Ils n’avaient pas assisté au spectacle des ruines qu’ils avaient faites ils n’en savaient pas l’étendue.

Quelle ne fut pas leur déception, lorsqu’ils apprirent qu’ils avaient tout au plus réussi a réveiller quelques paisibles habitants de la silencieuse cité de Saint-Germain !

La statue était intacte ; une large tache noire à peine visible sur le bronze était la seule trace de l’attentat.

Je connaissais les noms des conspirateurs; j’avais voyagé avec eux, du moins par procuration j’avais tout vu, tout entendu, et l’occasion me paraissait bonne pour mettre la main sur ce nid de dynamiteurs.

J’examinai la question de droit. J’ouvris mon Code pénal la disposition applicable devait être celle de l’article 237, ainsi conçu « Quiconque aura détruit, abattu, mutilé ou dégradé des monuments, statues et autres objets destinés à l’utilité ou à la décoration publique, et élevés par l’autorité publique ou avec son autorisation, sera puni d’un emprisonnement d’un mois à deux ans et d’une amende de cent francs a cinq cents francs. »

Les compagnons n’avaient ni détruit, ni dégradé le libérateur du territoire « destiné à la décoration publique » ils s’étaient bornés à lui faire une tache sous son fauteuil, et j’avais beau relire l’article 287, ce cas n’était pas prévu par le Code pénal.

– Il y avait du moins la tentative, me direz- vous.

Oui mais le maximum de la peine n’étant que de deux ans d’emprisonnement, nous étions en matière correctionnelle, et, en cette matière, la tentative de délit n’est punissable qu’autant que la loi le dit formellement.

Les compagnons ne pouvaient être inquiétés tout au plus, aurais-je pu les faire condamner à quinze francs d’amende pour tapage nocturne.
J’estimai qu’il était préférable de ne pas leur montrer l’œil de la police et de continuer à les surveiller, assistant invisible à leurs conciliabules jusqu’au moment où il conviendrait d’éteindre la mèche. ou de l’éventer.

Mais cet avortement du grand complot amollit les courages, et les tentatives ne furent pas renouvelées.

Le socialiste Maria se rendait compte de l’effet moral produit par ce coup manqué, lorsque, le 6 juillet 1881, dans la réunion du cercle révolutionnaire des cinquième et quinzième arrondissements, il déplorait l’insuccès du « fait de Saint- Germain ».

Il ajoutait :

« Le suffrage universel est la plus grande duperie du siècle. Ce n’est point par le vote, mais par l’action qu’il faut attaquer les gouvernants.
« Nous devons organiser une caisse formidable, car beaucoup de compagnons se dévoueraient s’ils savaient que derrière eux ils ne laissent pas dans la misère femmes et enfants. Ce n’est pas avec nos cotisations de deux sous par semaine que nous pourrons jamais les rassurer à cet égard.

Il y a une quantité de banquiers et de détenteurs de la fortune publique chez lesquels nous pourrions entrer par n’importe quel moyen pour nous approprier un ou plusieurs millions. Nous en serions quittes pour cinq ans de prison.
Soyez sûrs qu’avec le levier de l’or, nous aurions bientôt renversé les dirigeants et accompli la Révolution. »

Souvenirs d’un préfet de police. [Volume 1] / par Louis Andrieux

Calomnies du socialiste Joffrin concernant les auteurs de l’attentat contre la statue de Thiers

Joffrin-Histoire_Socialiste-XII-p157

Jules Joffrin- Illustration from l’Histoire socialiste de la France contemporaine (Vol. XII)

Les agents provocateurs

Chaque fois que nous avons accusé le gouvernement opportuniste de copier servilement la monarchie; chaque fois que nous avons dénoncé, à l’indignation du pays les misérables intrigants qui, depuis treize ans bientôt, s’efforcent de traîner avec eux la République dans toutes les hontes où s’est vautré l’Empire, les feuilles que tiennent à leur solde les maîtres du jour nous ont, pour toute réponse, traités de calomniateurs. Calomniateurs ? Nous allons bien voir.
Avant-hier mercredi, le Congrès ouvrier, ouvert depuis quelques jours tenait sa séance dans la salle du théâtre Oberkampf. Plusieurs orateurs venaient d’être entendus sur la question des échanges internationaux, quand un délégué du groupe anarchiste des Justiciers, un enfant de seize ou dix-sept ans, nous affirme-t-on — nous relevons ce détail parce qu’il est une excuse— demanda la parole à
son tour et, l’ayant obtenue, se mît, bien mal à propos, à lancer des insinuations puérilement perfides contre les possibilistes en général et contre le citoyen Joffrin en particulier. La harangue se termina par cette phrase que le pauvre garçon crut sans doute accablante:
« Nous ne sommes pas de ceux qui se font délivrer des brevets de sagesse par le préfet de police ».
Là-dessus, Joffrin, très froid, très calme, pas emballé le moins du monde, demande à répliquer.On l’écoute, — et s’adressant à son jeune adversaire :
« Vous avez, dit-il, parlé du préfet de police; vous avez eu tort, car depuis longtemps vous et vos amis êtes ses dupes. »
On voit d’ici l’effet.Tapage,protestation, défis.« Expliquez-vous ! » « Bon ! dit Joffrin, je ne demande pas mieux. »
Et le voilà qui commence, citant des faits et des noms.
Treize anarchistes ont publiquement revendiqué la responsabilité** d’une tentative de dégradation de monument public. Ils ont livré leurs noms à la presse. Parmi ces treize individus, trois, les nommés Cerraux* dit Spilleux, Gérard et Planson, émargeaient à la préfecture de police.

L’Intransigeant 19 mai 1883

*Il s’agit en fait de Serraux qui ne figurait pas dans la liste des signataires soutenant l’attentat

**Les anarchistes réunis à Levallois n’avaient pas revendiqué la responsabilité de l’attentat mais adressèrent « leurs félicitations aux amis inconnus qui viennent de tenter de faire sauter la statue de Thiers » (voir Les revendications et soutiens de l’attentat contre la statue de Thiers)

Les revendications et soutiens de l’attentat contre la statue de Thiers

Proclamation trouvée près de la statue.

Comité révolutionnaire

Le Comité révolutionnaire français étant d’avis que la période d’études doit être close et qu’il importe dès maintenant de s’affirmer par l’action.

Considérant que la statue de ce bandit qui, il y a dix ans, ensanglanta Paris, est un défi jeté à la Révolution et à l’humanité, décide :

La statue de Thiers doit disparaître.

Cette exécution d’un mort est un avertissement donné aux vivants détenteurs de l’autorité et exploiteurs du Peuple, que leur tour est proche.

Dans quelques jours le Comité révolutionnaire français, fera connaître au Peuple, par un manifeste, ce qu’il veut et l’engagera à se joindre à lui pour accomplir la Révolution.

Dès aujourd’hui, il invite les exploités, les meurts de faim à se préparer à la lutte. Il leur dit, l’organisation du comité est puissante, indestructible, à l’abri de, et leur donne l’assurance qu’il ne faillira pas à sa tâche.

Debout donc les courages !

Vive la Révolution sociale

Le Comité exécutif

Sources : Arch. Préf. de police Ba 138

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Propagande par le fait

On nous prie d’insérer ce qui suit :

Dans sa dernière séance, le Comité révolutionnaire français a décidé que comme avertissement donné à la bourgeoisie, il était urgent d’accomplir un acte significatif. Il a donc arrêté que la statue de l’odieux bourreau, qui était son chef, devait disparaître.

Dans la nuit du 15 au 16 juin, la statue de Thiers, érigée à St-Germain, a été détruite en partie par le fulmi-coton.

Cette exécution n’est que le prélude d’autres événements plus efficaces, que toutes les mesures policières ne sauraient empêcher.

Mort aux exploiteurs ! – Vive la Révolution sociales !

Le Comité exécutif

La Révolution sociale 25 juin 1881

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Paris. Les citoyens soussignés, réunis le samedi 25 juin 1881 à Levallois-Perret, adressent leurs félicitations aux amis inconnus qui viennent de tenter de faire sauter la statue de Thiers, le massacreur du prolétariat.

Ils regrettent qu’ils n’aient pas complètement réussi, et ils espèrent que cet exemple ne sera pas perdu, mais au contraire que, réveillant la torpeur du prolétariat de France, il inspirera l’idée de faire mieux et de tourner les coups de sa colère contre des ennemis plus immédiats et plus dangereux que des statues de bronze.

Vive la Révolution sociale !

Emile Gautier, Durand, Raoux, Bouisson, Debreux, Lapie, Ilien, H. Ferré, Bahin, François Capt, Louis Capt, Charles Capt, Gauthey, Hoffmann, Plançon, Delhomme, Gratsezen, Lemery, Graillat, Jules Perroux, Gérard, Lapa, Bécu, Casabianca, etc.

– Le Cercle des 5e et 13e arrondissements, dans sa séance du 27 juin, a déclaré qu’il porterait à la connaissance de tous qu’il était de son devoir de reconnaître l’étroite solidarité qui l’unissait à l’acte accompli sur la statue du massacreur de la classe ouvrière.

– L’alliance des groupes socialistes révolutionnaires, se déclare solidaire de l’acte de justice exécuté à St Germain sur la statue de l’ignoble fusilleur de la population parisienne.

C’est le début de la propagande par le fait ; l’alliance espère que cet acte sera fécond en conséquences révolutionnaires, et que les amis inconnus qui ont accompli cette œuvre de destruction, ne tarderont pas à donner de nouvelles preuves de leur dévouement à la cause de la Révolution sociale.

  • Narbonne. Le Cercle anarchiste l’Alarme de Narbonne, envoie au comité exécutif ses plus sincères félicitations, et se rend solidaire de l’acte justicier dirigé contre l’égorgeur du peuple. Vive la Révolution sociale !
  • Perpignan. Le groupe anarchiste de Perpignan nous écrit : Nous nous associons de cœur à l’acte révolutionnaire qu’on fait nos frères en faisant sauter la statue de l’assassin universel et nous nous unirons, bras, tête et cœur à eux, le jour que nous désirons, et qui n’est pas loin, où il faudra faire sauter tous ceux de sa suite.

La Révolution sociale 3 juillet 1881

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A la suite d’un divergence de vues qui s’est produite au Cercle d’études sociales du Vie arrondissement à propos de l’acte de justice que des inconnus ont tenté d’accomplir à St Germain en essayant de faire sauter la statue de Thiers le Fusilleur, plusieurs membres du cercle l’ont quitté et ont formé un nouveau groupe sous le nom de Cercle anarchiste du Vie arrondissement.

Dans sa première séance, le nouveau groupe s’est déclaré solidaire de l’acte accompli à Saint-Germain ; il s’est ensuite occupé du Congrès de Londres et a décidé de s’y faire représenter.

Le correspondant de ce nouveau groupe est le citoyen Durand, 3 rue Guisarde.

La Révolution sociale 10 juillet 1881

L’attentat contre la statue de Thiers à Saint-Germain le 16 juin 1881

Document Wikipédia

L’AFFAIRE DE SAINT-GERMAIN
La tentative criminelle dont nos télégrammes d’hier faisaient mention, et dont la statue de M. Thiers a failli être victime, préoccupe beaucoup les habitants de la ville où est mort le premier président de la troisième République.
Voici les renseignements que nous avons pu recueillir sur cette aventure.
Dans la nuit de mercredi à jeudi, exactement à deux heures cinquante-huit minutes, une série de détonations, ressemblant assez à un roulement de tambours, ou au bruit produit par un tombereau déchargeant des moellons sur le pavé, éclatait à quelque distance de la gare et du théâtre, sur la place Thiers.
Instantanément, cette partie de la ville, c’est-à-dire la place de la Paroisse, la rue de Pontoise, la place Thiers, la rue de Paris,. la rue de Pologne, etc., s’emplissait de curieux.

Les uns mettaient anxieusement le nez à la fenêtre; les autres, plus hardis, s’aventuraient du côté du théâtre et ces derniers constataient bientôt qu’un essai « à la nihiliste » venait d’être tenté contre le monument dû au ciseau de M. Mercié.
En effet, les premières recherches firent découvrir, non seulement une traînée bleuâtre et significative sur la partie postérieure du fauteuil où la statue de M. Thiers est posée, mais encore des débris métalliques noircis jonchaient le sol du petit square installé au pied du monument et, sur l’un des côtés de ce monument faisant face au château, on remarquait les traces récentes produites par la déflagration d’une sorte d’étoupille grossièrement fabriquée.

Aucun doute n’était permis on avait essayé de renverser la statue de M. Thiers, mais les procédés employés s’étaient trouvés insuffisants.

Deux heures après l’explosion, une enquête était commencée par M. le commissaire de police de Saint-Germain, assisté de M. Fauvel, architecte.
De cette enquête, qui a été suivie avec le plus grand soin, il résulte qu’une assez forte quantité de poudre ordinaire et de fulminate a été employée par les malfaiteurs. Contrairement à ce qui a été dit, il n’a pas été fait usage de dynamite. Neuf récipients de dimensions diverses avaient reçu les matières explosibles.Dans l’axe du fauteuil, il y avait une boîte en métal de quinze centimètres cubes cette boîte, qui avait contenu de la poudre, était entourée de quatre boîtes plus petites, également chargées de poudre; enfin, quatre petits récipients cylindriques, de trois centimètres de diamètre environ et de un centimètre de haut, contenaient du fulminate. Ces divers éléments étaient garnis de mèches reliées à une mèche principale posée sur le soubassement en granit du monument.
Cette description sommaire, tout à fait exacte, est de nature à faire comprendre que l’installation d’une pareille machine a dû être assez longue. Cette installation a été favorisée par le calme absolu qui règne aux abords de la gare, dès que le dernier train de Paris est arrivé.

Si l’on a pu clairement rétablir la marche de l’attentat, en revanche, il n’a pas encore été possible de découvrir les coupables, et jusqu’alors nul indice sérieux n’est venu en aide à l’action de la justice.

Le bruit courant dans Saint-Germain que la statue de M. Thiers était absolument « condamnée » on a, par mesure de prudence, installé, pour la nuit seulement, une sentinelle près de l’entrée du théâtre, à quelque cinquante mètres du monument.

Il convient – en cette circonstance, le mot est bizarre – de dire en terminant que depuis son inauguration, la statue de M. Thiers a eu bien des malheurs à diverses reprises on l’a trouvée coiffée d’un bonnet de coton; dernièrement, un vase intime avait été inséré sous le fauteuil, etc., etc.

Ajoutons que l’honnête population de Saint-Germain est très sérieusement émue et indignée. Franchement, il y a de quoi.

N.

Le Figaro 18 juin 1881

Attentat au bureau de recrutement près du quai de la Vitriolerie à Lyon le 23 octobre 1882

Au quai de la Vitriolerie.

Hier, lundi, à minuit, une détonation semblable à celle d’un fort coup de canon était entendue dans tous les quartiers du centre de la ville. Une grande agitation se produisit parmi les habitants. On redoutait une nouvelle tentative criminelle pareille à celle du théâtre Bellecour. En effet, on apprit bientôt que des individus venaient de faire sauter les vitres et la façade d’un bureau de recrutement près du quai de la Vitriolerie.

Les journaux de Lyon nous apportent de premiers détails sur cette affaire, qui n’est qu’une répétition du criminel attentat de l’Assommoir. Là encore, la dynamite a été l’agent de destruction.

Nous nous sommes rendus, dit le Nouvelliste, devant le bureau de recrutement, bâtiment carré, composé d’un rez-de-chaussée et de deux étages, sis en contre-bas du quai de la Vitriolerie.

Une seule lumière en éclairait, la façade, celle d’une chambre occupée au 2e étage par deux soldats, seuls habitants et gardiens de l’immeuble pendant la nuit.

Au bruit de notre approche, un des deux soldats qui couchent dans la bureau, passant la tête à travers un châssis de la croisée, vierge de toute vitre, nous demanda ce que nous voulons.

Sur l’énoncé de notre qualité, il nous confirme qu’une formidable détonation l’avait réveillé, lui et son camarade, et que toutes les vitres et une partie des fermetures de la maison avaient volé en éclats. Il ne savait à quoi attribuer cette explosion, dont les autorités du fort de la Vitriolerie avaient dû aller rendre compta à la Place.

Nous nous sommes alors approchés du bureau de recrutement et avons, en effet, constate les traces indéniables d’une tentative de destruction au moyen de la dynamite. Il ne reste pas un seul carreau de vitre aux fenêtres, la façade est labourée et criblés ou plusieurs endroits.

Enfin, le cornet de descente des eaux sis à l’angle nord de la maison, a été arraché par la violence de l’explosion et retrouvé on partie pulvérisé sur la route.

C’est dans l’extrémité inférieure de ce cornet que la cartouche a dû être introduite. En effet, on remarqua à cette partie de la façade une large et profonde déchirure, et les débris du conduit jonchent le sol.

Une barrière de bois qui forme galerie devant le rez-de-chaussée a été brisée, on ne peut faire un pas sans marcher sur des morceaux de verres. Toutes les vitres ont littéralement été réduites en miettes.

De même qu’au presbytère de Saint-Vallier, près Montceau-les-Mines, l’œuvre de destruction s’est accomplie d’une façon absolue à l’extérieur du bâtiment.

Nous n’avons pu, à cause de l’obscurité et de l’heure avancée, poursuivre nos investigations; mais, la violence de l’explosion, son retentissement dans la ville, la nature et l’importance des dégâts occasionnés, ne nous laissent aucun doute sur l’origine et les causes de ce sinistre événement.

Ceux dont le programme porte la suppression des armées permanentes ne pouvaient moins faire, au moment d’essayer de le mettre en pratique, que de s’attaquer au bureau de recrutement.

On nous affirme que les registre et pièces de mobilisation s’y trouvent rassemblés depuis deux jours.

Il n’est pas possible, en présence de ces événements de se dissimuler la gravité de la situation. Puissions-nous n’avoir pas sous peu à déplorer de plus grande et plus sanglants désastres, dus au déchaînement des passions révolutionnaires.

Heureusement nous n’avons, cette fois-ci, aucun accident de personne à déplorer. Tout se borne à des dégâts matériels. Par suite de circonstances assez inexplicables les deux soldats qui gardaient le recrutement n’ont pas été atteints.

Nous apprenons que ce matin, M. Caudetté-Bayle, procureur de la République, M. Bullez, son substitut, et le commandant des gardiens de la paix ont commencé une enquête.

Une patrouille envoyée par la place circule autour du corps de logis et empêche toute personne de descendre dans l’endroit où s’est produit l’explosion.

Mémorial de la Loire et la Haute Loire 24 octobre 1882

L’attentat anarchiste de Saint-Ouen en mars 1892

A SAINT-OUEN

DEUX CARTOUCHES A LA GENDARMERIE

Un attentat anarchiste très grave a eu lieu à la caserne de gendarmerie de Saint-Ouen.

C’est pendant l’absence du brigadier et des gendarmes que deux inconnus ont placé sur le rebord d’une fenêtre de la caserne, au rez-de-chaussée, près de la porte d’entrée, deux cartouches. Elles étaient enveloppées dans des fragments de journal, attachées avec une ficelle très mince, dont on avait serre les nœuds très fortement.

C’est même ce qui a empêche l’explosion des cartouches.

Les gendarmes, le commissaire de police M. Daltroff , les agents étaient occupés a organiser les secours pour éteindre un incendie rue Anselme, au moment où les cartouches furent placées.

La tentative n’en était que plus criminelle, car les victimes de l’explosion auraient été les femmes des gendarmes et leurs enfants. Dans la pièce sur la fenêtre de laquelle étaient les cartouches, se trouvaient couchés trois petits enfants.
C’est vers cinq heures du matin que deux ouvriers terrassiers passant devant la caserne remarquèrent les cartouches.
Ils allèrent prévenir M. Daltroff, commissaire de police.

L’engin fut saisi et envoyé au laboratoire municipal où M. Girard en fit aussitôt l’analyse.

Les deux cartouches ont l’une neuf, l’autre vingt-cinq centimètres de longueur sur trois de diamètre.

Sur une petite bande de papier elles portent les marques suivantes:
« Société française des poudres de sûreté, poudre. » C’est la poudre Favier provenant des manufactures de l’Etat.
Elles sont ainsi composées :
Azote d’ammoniaque. 88
Bi-nitro naphtaline. 12
Hier matin, on a amené au commissariat de Saint-Ouen deux individus arrêtés par les pompiers, soupçonnés d’être les coupables.
Ce sont deux. anarchistes connus à Saint-Ouen. Ils ont été interrogés par le commissaire, mais on n’a pu établir leur culpabilité.
L’anarchiste Cabot, demeurant rue des Trois-Bornes, n’a pas été arrêté comme on l’avait dit tout d’abord à la suite des récents attentats à la dynamite.
Son arrestation a été motivée par une contrainte par corps prononcé par le tribunal correctionnel.

La Presse 6 mars 1892