L’Égalité sociale, Lyon 1887-1888. Journal à participation anarchiste soutenant la Fédération nationale des syndicats ouvriers

Cliquer sur l’image pour voir les numéros 3, 6, 7 et 8 du journal.

Ce journal était l’organe non officiel de la Fédération nationale des syndicats ouvriers, crée en 1886 à Lyon. Le journal était constitué d’une coalition de groupes socialistes révolutionnaires  : anarchistes, Parti ouvrier (guesdiste), Comité révolutionnaire central (blanquistes) et socialistes indépendants.

La Fédération nationale des syndicats ouvriers n’était pas une organisation guesdiste comme cela a souvent été prétendu mais était composée de syndicats animés par des militants de ces quatre tendances politiques.

Voir la fiche du journal dans Bianco : presse anarchiste.

Les autres numéros du journal sont à consulter sur numelyo

Colonie d’Aiglemont : Premières dissensions et arrivée d’André Mounier.

Saison 2 : Fortuné Henry, l’animateur de la colonie l’Essai d’Aiglemont. Lire l’ensemble des épisodes.
Septième épisode épisode : Premières dissensions et arrivée d’André Mounier

Fortuné Henry. Album Bertillon septembre 1894. CIRA de Lausanne.

L’augmentation du nombre de colons et la mauvaise qualité de la toiture, révélée par la fuite d’eau lors d’un orage, au moment de la visite de Jules Lermina, en août 1904, rendent problématique la question du logement. Il faut donc trouver une solution. Mais il semble bien qu’une décision aussi importante n’est pas prise collectivement. Fortuné a un projet, mais il n’en parle pas aux autres membres de la colonie.

Comme la raconte Francis Jourdain : « Et puis, que savait-on du résultat des démarches de Fortuné ? Cet animal-là ne rendait jamais de comptes à personne ; il n’en faisait qu’à sa tête. Singulier communisme ! Oui, ou non, la colonie était-elle une œuvre collective ? Allait-on laisser un membre de la communauté parler et agir en maître ?

Effectivement, Fortuné avait fait de la colonie sa chose et parlait peu des combines, des tapages auxquels il lui fallait recourir. On ne pouvait mettre son zèle en doute, on avait confiance en lui, mais tout de même ! »1.

Le projet de construire une nouvelle maison pouvant loger une vingtaine d’habitants apparaît comme l’une des décisions prises par Fortuné, sans en référer aux autres colons, contrairement à la version donnée (avec une certaine ambiguïté) par la brochure En communisme : « Le nombre de ces derniers augmentant, nous étions quatorze et souvent vingt avec les camarades de passage, il fut décidé de construire une maison suffisante et assez confortable pour ne plus avoir à occuper les greniers, l’écurie et à opérer chaque soir un partage de matelas et de couvertures qui, pour pittoresque qu’il fût, n’en était pas moins gênant. »2

Le 14 octobre 1904, afin de concrétiser ce projet, Fortuné se rend à Paris chez Eugène Robrolle, un charpentier demeurant 33 rue Letort.

Robrolle est membre de l’Harmonie, une association d’ouvriers charpentiers, société anonyme de production, crée le 13 janvier 1904. La société dont le siège est au 162 rue Marcadet, a pour objet l’exécution de tout ce qui concerne l’industrie de la charpente. Le capital social est fixé à 350 francs, divisé en sept parts, correspondant aux sept associés charpentiers.3

Fortuné expose à Robrolle le plan d’un petit bâtiment qu’il a l’intention de faire édifier à Aiglemont et lui propose de venir le construire. Il lui affirme alors que cette maison serait construite en 3 semaines. Robrolle accepte et arrive à la colonie le 17 octobre 1904.

Mais il ne reçoit pas l’accueil auquel il s’attend : « Quelle ne fut pas ma surprise lors de mon arrivée – et ce ne devait pas hélas ! être la dernière – de remarquer sur tous les visages les signes du plus profond étonnement. Chacun voulut être renseigné et demanda à Fortuné comment il se permettait d’agir sur un point aussi important sans l’assentiment général. Fortuné répondit sans sourciller que tous avaient été prévenus. Les autres ripostèrent en affirmant bruyamment le contraire. Quant à moi, témoin impuissant de cet indescriptible tumulte, ne connaissant personnellement aucun des membres du « milieu libre », je demeurai consterné cherchant, sans y parvenir, à découvrir qui était le ou les menteurs. Je ne tardai pas du reste à être fixé complètement sur l’harmonie qui régnait parmi les colons du moment ».4

Quelques jours après l’arrivée de Robrolle, un camarade vient réclamer à Fortuné, 1.000 francs qu’il lui avait prêté quelques mois auparavant, Robrolle raconte ce nouvel incident : « De nouveau stupeur générale. Le premier colon d’Aiglemont se considérant sans doute toujours comme comptant seul, n’avait pas jugé à propos d’aviser qui que ce fut de cet emprunt. Pendant plus d’une heure s’échangèrent entre Fortuné d’une part et les colons ignorant ce fait d’autre part, les épithètes les plus désagréables, telles que menteur, fumiste, etc… »5.

C’est dans ce contexte plutôt tendu qu’André Mounier arrive à l’Essai, le 25 octobre 1904.

André Mounier. Agrandissement photo de presse Agence Rol. Gallica

André Mounier est né à Joigny (Yonne) le 6 avril 1878.

Fils d’un maître-bottier au 4è régiment de dragons, il devient anarchiste au fil de ses lectures, selon son père : « il manifestait une antipathie pour la société, qui d’après lui et ses théories, avait besoin d’être remaniée de fond en comble ».

En 1899, à Paris, Mounier est ajourné du service militaire pour faiblesse; mais en 1900, il est déclaré bon pour le service.

Le 16 novembre 1900, il fait son service militaire à Chambéry, au 97 régiment d’infanterie comme soldat de 2e classe. Le 1er janvier 1901, il devient soldat musicien. Il est envoyé en disponibilité le 20 septembre 1902, avec un certificat de bonne conduite.

Il part de Chambéry en 1902 et s’embauche comme apprenti ouvrier agricole, au château de Passins près de Morestel (Isère) le 1er avril 1903 . Il y travaille à titre volontaire, par conséquent pour aucun salaire. Il quitte son emploi, son stage terminé. « Pendant toute cette période de deux ans, il nous a donné toute satisfaction au point de vue du travail et de la bonne volonté. Quant à ses opinions politiques et religieuses, il n’en était pas question entre nous et le personnel, selon l’usage de la maison » déclare le régisseur du domaine.

Il quitte le château et se rend aussitôt à Aiglemont6. Il s’y présente comme le fils d’un riche propriétaire bourguignon, ayant préparé le concours d’admission à l’institut agronomique, et se trouve tout naturellement désigné comme l’agronome de la colonie. Ses compétences en agriculture vont permettre à l’Essai, jusque-là tourné essentiellement vers le maraîchage et le petit élevage (canards et chèvres), d’entreprendre la culture sur une plus grande échelle.

Trois semaines se sont passées depuis l’arrivée de Robrolle et le travail de construction de la charpente de la maison n’a pas beaucoup avancé. En effet, « Fortuné avait insisté pour que de grandes dimensions soient données au bâtiment. Ce qui causa – il faut l’avouer en passant – des dépenses qui auraient pu être bien mieux utilisées ailleurs »7

Les trois semaines du séjour de Robrolle se changent vite en trois mois : « Quelle souffrance morale n’ai-je pas enduré pendant ce laps de temps, tiraillé entre le désaccord que je constatais chaque jour entre les colons, et ma promesse qui me commandait de persister à mener jusqu’au bout la tâche que j’avais entreprise ». Afin de le convaincre de prolonger son séjour, Fortuné lors d’un de ses voyages à Paris, va chez Robrolle sans le prévenir, pour convaincre sa compagne de venir le rejoindre à Aiglemont. Il réussit et revient avec elle.

Document cartoliste

Fortuné se rend-il compte que le caractère d’œuvre personnelle donnée à la colonie ne peut plus continuer, que son rôle central dans l’organisation, entre en contradiction avec les principes libertaires ? Toujours est-il que paraît dans le Libertaire et les Temps nouveaux8 cette annonce : « Aiglemont 25 octobre.

Camarades,

Lorsque je m’installai à Aiglemont dans le but de commencer une colonie communiste, les camarades prirent l’habitude de correspondre avec moi.

Heureusement depuis et progressivement notre nombre s’est accru et nous sommes aujourd’hui douze.

Le caractère impersonnel d’une tentative comme la nôtre doit se manifester dans tous les détails, c’est ce qui me fait prier les camarades d’adresser tout ce qui concerne la colonie, renseignements, souscriptions, communications, à l’adresse suivante : Colonie communiste l’Essai à Aiglemont (Ardennes).

Fortuné Henry ».

Mais Fortuné est bien vite mis à l’épreuve de ses bonnes intentions. Dans le Libertaire du 13 novembre 1904, paraît une lettre de H. Chabannes, intitulée « Une question à la colonie d’Aiglemont » et celui-ci met le doigt où cela fait mal : « Le travail serait-il toujours ordonné par la même personnalité ? Ce serait un maître, il suggérera des jalousies, ce qu’il faut éviter à tout prix si vous voulez être unis et conserver l’harmonie ».

Dans le numéro suivant du Libertaire, Fortuné lui répond, à titre personnel « sans engager les conceptions que pourraient avoir d’autres colons ». L’Essai qui devrait être une œuvre collective, reste celle de son animateur qui continue à répondre en son nom, sans consulter les autres. Décidément Fortuné est incorrigible !

A Paris, Jules Lermina débute une série de réunions d’information sur L’Essai : le 19 octobre 1904, il est à la Coopérative des idées, 157 faubourg Saint-Antoine pour parler de la colonie communiste d’Aiglemont. Le 9 novembre, c’est à la salle Wagram qu’il aborde le même sujet, au profit de la caisse de secours des orphelins du 17 arrondissement. Le 26 novembre, c’est devant le Comité d’action socialiste du quartier Notre-Dame.

A côté de la colonie, se reconstitue un groupe anarchiste entre Aiglemont et Nouzon autour de Gualbert, demeurant au quartier de la Forge à Nouzon.

Le dimanche 4 septembre, ce groupe organise une excursion en forêt pour cueillir des mûres. Au retour, un professeur d’université fait une causerie sur le travail imposé et le travail librement. Consenti.

En décembre 1904, le groupe prend le titre « Les Anti-propriétaires » et le 4 décembre organise une causerie avec le compagnon Lévêque.9

Le 12 décembre 1904, à Charleville, Fortuné prend le train de 14h54, pour Paris. Il voyage dans la voiture 3560 en 3e classe. Il est vêtu d’un complet veston noir, chapeau melon noir et porte une valise à soufflets en toile brune. Il arrive à la gare de l’Est à 18h28, qu’il quitte, suivi par deux inspecteurs de la préfecture de police. Il est hébergé chez Matha, 15 rue d’Orsel.10

Robrolle juge sévèrement Fortuné à propos de ces voyages à Paris : « Pour une raison quelconque, personnelle, Fortuné disait simplement : Je vais à Paris et cette décision seule indiquait qu’il allait être dépensé inutilement, en trois jours, l’argent nécessaire à faire bien vivre une quinzaine, tout le personnel de la colonie.

J’ai remarqué – petit détail tragi-comique – que lorsque Fortuné revenait de Paris, où pendant quelques jours il avait bien vécu, il ne trouvait rien de mieux que de faire aux sédentaires, au moment des repas, une longue théorie sur le végétalisme. Les pauvres bougres appréciaient d’autant moins qu’invariablement, ils se contentaient de pommes de terre et de légumes secs. »

Robrolle évoque une anecdote au sujet des conséquences de ces virées parisiennes : « Une fois, Fortuné étant absent, les colons décidèrent ensemble de tuer deux poulets. Ils furent vertement réprimandés par le maître à son retour, disant franchement (moi je ne veux rien être) que l’on avait profité qu’il n’était pas là, pour agir ainsi. »11

Francis Jourdain confirme les propos de Robrolle, allant même plus loin sur les motifs de ces absences : « Les difficultés augmentaient à une cadence beaucoup plus accélérée. Pour les surmonter, Fortuné venait souvent à Paris solliciter l’appui financier de quelques sympathisants généreux, de quelques bourgeois qu’amusait le pittoresque de la chimérique tentative. Les colons, eux trouvaient que Fortuné y allait trop souvent, à Paris. La chasteté devait lui peser, au Fortuné. Pas noceur, courageux et dévoué, bien sûr mais une jolie poule ne lui faisait pas peur. Sur l’argent recueilli, un petit prélèvement n’était-il pas opéré au profit d’une garce quelconque ? Et puis, que savait-on du résultat des démarches de Fortuné ? »12

Le 25 décembre 1904, la colonie annonce dans le Libertaire qu’un troisième tirage de la collection de cartes postales vient d’être effectué.

Notes :

1 Né en soixante seize par Francis Jourdain, revue Europe juin 1950

2 En communisme. La colonie libertaire d’Aiglemont par André Mounier. Publications périodiques de la colonie, p.6

3 Bulletin officiel de la ville de Paris 25 juillet 1904

4 La ferme d’Aiglemont. l’anarchie 8 février 1906

5 Ibid.

6 Arch. Départementales de Savoie, Registre matricule FRAD073- 1R 134 et Arch. Départementales des Ardennes 3U 2413

7 La ferme d’Aiglemont. l’anarchie 8 février 1906

8 Les Temps nouveaux, Le Libertaire 29 octobre 1904,

9 Les Temps nouveaux 3 septembre et 3 décembre 1904, Le Libertaire 4 décembre 1904

10 Arch. Nationales F7 15968, télégrammes 12 et 13 décembre 1904

11 La ferme d’Aiglemont. l’anarchie 8 février 1906

12 Né en soixante seize par Francis Jourdain, revue Europe juin 1950

MARLO Édouard, Joseph, ouvrier tisseur à Roubaix, propagandiste par le fait

Né vers 1865, marié, ouvrier tisseur à Roubaix, propagandiste par le fait.

Anarchiste depuis 1893, Edouard Marlo quitta sa femme fin février de la même année et se trouva hébergé chez un compagnon. L’idée lui vint alors de tuer un patron pour mettre en application ses idées. Il acheta un tranchet.

Le 2 mars 1894, Florimond Cauchies, patron tisseur, regagnait son usine, lorsque, d’un groupe d’ouvriers stationnant devant son établissement, se détachait Edouard Marlo qui avait quitté cette entreprise volontairement, quelques jours auparavant. Il se jeta sur l’employeur, sans dire une parole et lui porta près de l’oreille, un violent coup de tranchet.

Une lutte s’engagea et M. Cauchies reçut encore deux autres blessures plus légères à la tête mais il parvint à se dégager et à s’enfuir à l’intérieur de l’usine.

Marlo fut arrêté, il déclara que son intention était de tuer soit le propriétaire, soit le directeur du tissage : « Je voulais tuer et si je n’ai pas tué, c’est parce que je n’ai pas réussi, car j’avais frappé de façon à faire des blessures mortelles. Je suis anarchiste depuis un an mais c’est seulement depuis lundi que j’ai résolu de mettre mes théories en application. »

La cour d’assises du Nord le condamna à la peine de mort 28 mai 1894. Cet arrêt fut cassé par la cour de cassation et transformé en une peine de travaux forcés, qu’il accomplit en Guyane.

SOURCES : Le Temps, 4 mars et 30 mai 1894, La Croix, 28 juillet 1894 (Gallica) – ANOM dossier H 3937 et H 624 – Arch. Nat. BB24 908 5271.

POCHARD Victor, tisseur à Loivre (Marne), propagandiste par le fait.

Né le 10 février 1850 à Brimont (Marne), tisseur à Loivre (Marne), propagandiste par le fait.

Dans la nuit de vendredi 23 à samedi 24 décembre 1893, M. Pierlot, maire de Loivre, fut brusquement réveillé et pour ainsi dire soulevé par une explosion formidable, qui fut entendue à six kilomètres et réduisit en miettes la fenêtre près de laquelle son lit était placé. On trouva dans la rue, à 1m. 50 de cette fenêtre, un tube en cuivre long de 33 centimètres, paraissant n’avoir contenu que de la poudre, et rompu par éclatement à ses deux extrémités. Les soupçons se portèrent sur Victor Pochard, ouvrier tisseur, récemment congédié par M. Pierlot. La gendarmerie découvrit à son domicile des journaux et des placards anarchistes et, dans l’atelier où il travaillait, un tube en cuivre jeté au rebut et pareil a celui qui avait servi a commettre l’attentat.

Le parquet recueillit la déposition d’une personne éveillée par la détonation, qui, de sa fenêtre, vit fuir dans la nuit, une ou deux minutes après l’explosion, un homme dont la taille et l’allure répondaient à celles de Pochard mais, faute de preuves suffisantes, il bénéficia d’un non lieu.

SOURCES : 8 U 388 Arch. Dép. Marne – Le Gaulois du 26 décembre 1893.

PRUDHOMME Louis, Albert dit Valentin, militant anarchiste à Reims, Nancy et Paris

Né le 2 août 1868 à Reims (Marne), mort le 19 mai 1904 à Reims. Employé de banque, militant anarchiste à Reims, Nancy et Paris.

Depuis décembre 1890, Valentin Prudhomme fréquentait les réunions anarchistes où il servait de rédacteur pour les affiches et pamphlets circulant dans les ateliers.
Le 10 novembre 1891, il fut soupçonné d’être l’auteur du placard anarchiste « Ouvriers des campagnes, travailleurs » trouvés sur les murs de Cormontreuil (Marne), lors de la grève des verriers et d’un autre intitulé « Conscrits » ; l’affaire se termina par un non lieu.

Le 6 mars 1892, il était à Paris. Revenu à Reims le 10 mars, n’ayant pu trouver de travail, il correspondit avec Grave de la Révolte. En mai, il se chargea de rédiger le compte-rendu du procès de Bourguer et l’adressait au Père Peinard. Fin juillet, il partit pour Nancy où il resta jusqu’en 1894, date à laquelle il se fixa à Paris, se faisant adresser son courrier à La Révolte.

Le 12 avril 1899 il participa avec entre autres J. Bourguer, Lapinte, Desfossez et A. Marquette, au café Le Cruchon d’or, à la fondation du groupe L’En-Dehors de Reims.

En mai 1902, il était revenu habiter chez ses parents et se présenta aux élections législatives, sans doute comme candidat abstentionniste. Il continuait à écrire des articles dans la presse parisienne sous le pseudonyme d’Albert d’Iris.

Il mourut le 19 mai 1904 à l’hôpital civil de Reims où il était en traitement.

SOURCES : 8 U 388 et 30 M 74 Arch. Dép. Marne.

RADIX Louis, animateur du Centre naturiste libertaire de Bascon (Aisne)

Né le 20 mai 1879 à Lyon (IIIe arr.), mort le 8 janvier 1951 à Château-Thierry (Aisne). Garçon de café, négociant en café. Militant anarchiste à Lyon, Amiens et Bascon (Aisne). Animateur du Centre naturiste libertaire de Bascon (Aisne).

Fils d’un employé d’usine, Louis Radix avait été poursuivi et condamné à plusieurs reprises à la fin des années 1890 : le 26 juillet 1898 par le tribunal de Lyon à 16 francs d’amende pour port d’arme et le 27 décembre 1898 à 16 francs d’amende pour infraction à la police des chemins de fer. Le 15 février 1899, le tribunal de Marseille lui avait infligé 2 mois de prison pour violences et voies de fait. Il fut réhabilité par la loi du 5 août 1899.
Déclaré insoumis le 2 janvier 1901, il se livra devant le consul de France à Bruxelles le 20 janvier, puis après avoir bénéficié de la loi d’amnistie du 27 décembre 1900 il fit son service militaire du 4 juillet 1901 au 9 juin 1904 au 2e régiment d’infanterie.
Entre 1904 et 1913 il résida à Amiens (Somme), Givors (Rhône) puis de nouveau Amiens
Incorporé dans l’infanterie le 13 août 1914, il fut reclassé au service auxiliaire le 22 mai 1915 pour souffle aortique. Le 24 juin 1915, il fut affecté à la 14e section d’infirmiers cantonnés à Lyon.
Louis Radix, sympathisant anarchiste, fréquentait le cercle artistique prolétarien Le Nid rouge à Lyon, animé en 1917-1918 par Albert et Jeanne Chevenard , et faisait l’objet d’une surveillance vigilante de la police. Le 25 juin 1917, un rapport de police lui prêtait l’intention de projeter la création d’un journal « anarchiste  ».
Le 8 juillet, il fut éloigné de Lyon et affecté le 26 juillet 1917 au 121e bataillon de chasseurs, à l’hôpital militaire d’Embrun (Hautes-Alpes). Il fut démobilisé le 18 mars 1919.
Dans l’entre deux guerres, il milita semble-t-il à l’Union anarchiste et à l’Association des Fédéralistes Anarchistes (AFA) et collabora tant au Libertaire, qu’à Voix Libertaire (Limoges) et à Germinal (Amiens, 1919-1933) dont il avait été à l’initiative de la republication en septembre 1919 à Amiens où il demeurait alors 34 rue Antonin. Ce dernier titre, tiré à 10.000 exemplaires, avait alors trois éditions  : la Somme (responsable Georges Bastien), l’Oise (responsable S.Casteu) et le Nord (responsable Hoche Meurant).
Le 11 novembre 1922, il avait été arrêté avec 33 autres manifestants – dont G. Bastien, Raymond Barbet, François Rose – lorsque à la cérémonie officiel tenue sur le parvis de l’Hôtel de ville, les manifestants , disséminés dans la foule, avaient bruyamment crié « Amnistie  ! Amnistie  ! ». Après contrôle d’identité tous furent relâchés.
Les 12-15 août 1928 il avait assisté au congrès tenu à Amiens par l’Union anarchiste communiste révolutionnaire (UACR) dont il fit un compte rendu dans la Voix Libertaire (n°5, 1er septembre 1928). Il habitait alors, au moins depuis 1926, 16 Place au Feurre à Amiens.
Le 8 août 1931, avec une demoiselle Pauwels, il fit l’acquisition du baraquement et des terres de la colonie végétarienne de Bascon, constituée le 8 février 1920 et dissoute le 2 mai 1931 (voir Louis Rimbault ).
En 1936 il était membre du groupe de Bascon (Aisne) de l’Union Anarchiste (’UA). Il vivait alors dans l’ancien baraquement de la Colonie végétalienne où en 1937, il fonda un centre naturiste libertaire et une imprimerie.

En 1937, il rejoignit la Fédération anarchiste de langue française ( FAF) et publia régulièrement des annonces dans Terre libre. Pour faciliter l’édition de l’Est du journal, il recherchait une ronéo d’occasion ou une machine à imprimer. Son adresse restait la colonie végétarienne de Bascon qui se transforma en septembre 1937 en Centre naturiste, œuvre sociale de vulgarisation naturiste et libertaire. Le centre offrait à tous les camarades végétariens l’avantage de se libérer immédiatement de l’exploitation de l’homme par l’homme s’ils possédaient un métier pouvant être utile à la collectivité  : cordonnier, tailleur, ébéniste, typographe, jardinier, etc. Son but était de réunir des naturistes désireux de vivre leur idéal selon les possibilités du moment et de former un groupe combatif en vue d’intensifier la propagande naturiste et libertaire dans la région.
En novembre 1937, Radix annonçait notamment que le Centre naturiste de Bascon recherchait un jardinier, connaissant l’apiculture, et un menuisier ébéniste.
En décembre le centre installa une imprimerie et proposait des tarifs intéressants pour l’édition de propagande. Les bénéfices réalisés seraient versés moitié dans la caisse de la fédération libertaire du Nord-Est, moitié dans celle de la FAF. Il avait déjà reproduit un article de Gabriel Gobron paru dans La Patrie humaine sur les livraisons de pétrole par l’URSS aux pays fascistes, intitulé « l’effroyable jeu » qui « a fait l’effet d’un pavé dans la mare stalinienne ».
Radix était encore actif en 1948 puisqu’il militait alors au centre naturiste et à l’Auberge de jeunesse de Bascon et qu’il tenta, à cette époque, de créer une communauté agricole et artisanale sous le nom de « Famille nouvelle  ». Il épousa cette année-là Julie Cadrot,( née en 1894 – décédée le 7 février 1973.
Louis Radix mourut le 8 janvier 1951 à Château-Thierry (Aisne). Après sa mort en 1953, le baraquement fut vendu à des particuliers.

SOURCES : Arch. Dép. Rhône, 4 M 4/535. — Notes de Maurice Moissonnier, N. Faucier, D. Dupuy et R. Bianco. — DBMOF. — Terre Libre, 1937 — Toni Legendre, Expériences de vie communautaire anarchiste en France. Le milieu libre de Vaux (Aisne) 1902-1907 et la colonie naturiste et végétalienne de Bascon (Aisne) 1911-1951, Les éditions libertaires, 2006. — Arch. dép. du Rhône 1 RP 1021. Registre matricule 1899 (2056)

 

MOUNIER André, Victor, Hippolyte [dit L’Agronome]. Animateur de la colonie d’Aiglemont (Ardennes)

Né à Joigny (Yonne) le 6 avril 1878. Décédé le 25 février 1926 à Chambéry. Animateur de la colonie libertaire « L’Essai » à Aiglemont (Ardennes).

Fils d’un maître-bottier au 4è régiment de dragons, André Mounier devint anarchiste au fil de ses lectures, selon son père  : « il manifestait une antipathie pour la société, qui d’après lui et ses théories, avait besoin d’être remaniée de fond en comble  ».
Après avoir été ajourné à Paris en 1899 du service militaire pour faiblesse ; Mounier fut déclaré bon pour le service l’année suivante.
Le 16 novembre 1900, il fit son service militaire à Chambéry, au 97 régiment d’infanterie à Chambéry, comme soldat de 2e classe. Le 1er janvier 1901 il devint soldat musicien. Il fut envoyé en disponibilité le 20 septembre 1902, avec un certificat de bonne conduite.
Il partit de Chambéry en 1902 et s’embaucha comme apprenti ouvrier agricole au château de Passins près de Morestel (Isère), le 1er avril 1903 . Il y avait travaillé à titre volontaire, par conséquent pour aucun gage. Il quitta son emploi son stage terminé. « Pendant toute cette période de deux ans, il nous a donné toute satisfaction au point de vue du travail et de la bonne volonté. Quant à ses opinions politiques et religieuses, il n’en était pas question entre nous et le personnel, selon l’usage de la maison  » déclara le régisseur du domaine.
Il quitta le château et arriva le 25 octobre 1904 à la Colonie libertaire d’Aiglemont (Ardennes) qui avait été fondée l’année précédente par Fortuné Henry. Ses compétences en agriculture allaient permettre à la colonie, jusque-là tournée essentiellement vers le maraîchage et le petit élevage (canards et chèvres), d’entreprendre la culture sur une plus grande échelle en louant des terres communales attenantes, pour y faire pousser du seigle, des pommes de terre et des betteraves. André Mounier se chargea d’écouler les légumes et volailles produits en surplus sur les marchés de Nouzon et de Charleville.
Dans le Temps Fernand Momméja dressait son portrait : « André, un géant de vingt-sept ans, taillé comme un athlète, doux comme une fille, le visage clair et souriant encadré, d’une chevelure bouclée et d’une barbe fine et soyeuse …André, le géant, que les enfants adorent et … appellent grand frère, tout en lui faisant des niches  ».
Souvent confondu avec un autre colon barbu et brun, Momméja le décrivit comme un « géant blond  » – Il mesurait 1 m 85, selon son registre matricule.
Mounier n’hésita pas à modifier quelque peu sa biographie devant le journaliste du Temps  : « André, lui, est le fils d’un riche propriétaire bourguignon. Au sortir du lycée, on l’envoya dans une pension, à Joinville-le-Pont, pour préparer le concours d’admission à l’institut agronomique ; Mais, dit-il, je voulais être libre. Je m’évadai, et m’embauchai comme domestique de culture dans les fermes. Un jour, un patron me congédia en me disant : « Partez. Vous êtes trop bien élevé et trop instruit. Je n’ose pas vous commander. Et cela me gêne. » Entre temps, je fis mon service militaire en Savoie, dans la musique, comme flûtiste ». Enfin, un jour, je connus l’essai de Fortuné Henry. Je lui écrivis. Il me répondit : « Venez. » Et me voilà  ».
A la colonie, il couchait dans une pièce grande comme un mouchoir, sur deux planches, sans matelas ni couverture… Il jouait de la mandoline pour agrémenter les soirées des colons  ».

Le 7 juin 1905 il fut condamné par le tribunal de Charleville à 3 jours de prison et 500f. d’amende pour « contrebande et opposition à l’exercice de la profession de douanier  ».
A partir de l’année suivante il fut nommé gérant du périodique publié par la colonie, Le Cubilot (Aiglemont, 45 numéros du 10 juin 1906 au 29 décembre 1908), sous-titré Journal international d’Education, d’Organisation et de Lutte Ouvrière et qui dans son premier numéro exposait ainsi ses buts immédiats  : « ouvrir de sérieuses bibliothèques, provoquer la constitution d’Universités Populaires, préparer enfin et surtout les forces prolétariennes contre la réaction économique qui se prépare et qui, si nous n’y prenons garde, va nous trouver désarmés et impuissants  ».
Il publia également la brochure En communisme où il faisait les recommandations suivantes  : « ne pas critiquer, ne pas déblatérer sur un camarade, ne pas commander, ne pas considérer sa compagne, ses enfants comme sa propriété… Avoir assez d’initiative pour travailler seul à l’intérêt commun, avoir le désir d’apprendre… Irrespect absolu de l’autorité… avoir une conception claire, précise, de ce qu’est l’anarchie  ».

Du 5 juin au 2 juillet 1905, il alla à Chambéry accomplir ses 28 jours, au 97e régiment d’infanterie, ce qui lui donna l’occasion d’aller voir son père ( qu’il vint voir 3 ou 4 fois durant son séjour à Aiglemont).

Á la suite de la parution d’un article antimilitariste intitulé « Pro Patria » (6 novembre 1907) signé Jean Prolo, et d’un autre, « Ce qu’est l’armée » (24 novembre 1907), il fut inculpé d’injures envers l’armée et interrogé à plusieurs reprises en novembre et décembre par le juge d’instruction devant lequel, il reconnut être le gérant du journal qui avait signé les exemplaires incriminés. Il se déclara aussi l’auteur des articles, alors que le pseudonyme Jean Prolo était celui de Fortuné Henry.
Le 22 janvier 1908, un huissier vint à la colonie d’Aiglemont, remettre à Adrienne Tarby une notification émanant du juge d’instruction, concernant Mounier.
Le 25 janvier 1908, il quittait définitivement la colonie et le 18 février il était condamné par défaut à 3 mois de prison et 500 f. d’amende par la Cour d’assises des Ardennes.
Réfugié en Suisse, Mounier habitait début mai 1908 le hameau de La Sarvaz canton du Valais puis en décembre 1908, à Veytaux , au chalet de la Râpe, dans le canton de Vaud.
Mounier quitta le chalet de la Râpe à Veytaux le 23 octobre 1910, disant vouloir se rendre à Chambéry pour une période militaire du 7 décembre au 23 décembre 1910. Il voulait ensuite se fixer à Paris pendant l’hiver et revenir à Veytaux au printemps 1911.
Le 28 avril 1911, Mounier demeurait hameau des Granges commune de Douvaine (Haute-Savoie)
Le 4 novembre 1910, Mounier avait écrit au procureur de Saint Julien en Génevois, pour proposer de purger sa peine de prison à Saint Julien.
Mounier fit opposition à sa condamnation par défaut, le 23 janvier 1911, et fut finalement acquitté par arrêt de la Cour d’assises le 14 février 1911. Il était à cette époque négociant en bois en Suisse.
Selon Georges Wuillaume qui se trouvait dans les jurés du procès et fit le compte-rendu de l’audience dans Les Temps nouveaux  : « il eut une attitude si piteuse, reniant ses idées et invoquant la différence entre l’homme d’aujourd’hui et celui d’il y a trois ans, que le rouge de la honte me monta plusieurs fois au visage… Bref je votai et fis voter non, par les autre jurés, mais je votais intérieurement et regrettai presque qu’une majorité de oui ne coffrat pour trois mois un monsieur aussi poltron que le sieur Mounier  ».
C’est à l’occasion de ce procès qu’un journal de droite La Dépêche des Ardennes, qualifia Mounier du surnom « d’Agronome  » mais il n’est pas certain que ce surnom fut employé à d’autre occasions.
Domelier, le directeur de ce journal, en fit le portrait suivant  : « Je le vois encore dans le bureau de notre journal, lorsqu’il venait me sommer de cesser mes campagnes contre la congrégation du vieux Gesly, et je l’entends encore me dire et sur quel ton d’autorité de grand seigneur qu’il lui déplaisait souverainement (sic) de voir la Dépêche des Ardennes s’occuper de la colonie libertaire d’Aiglemont et qu’il m’enjoignait sous peine de menaces, de cesser mes attaques.
J’ai compris alors son influence sur les masses  ; encore un peu, il m’en aurait imposé  ».
Il demeurait depuis le 28 octobre 1911, chez son père, 80 faubourg Montmélian à Chambéry.
Début octobre 1912 habitait à Cognin (Savoie) chez M. Coux.
Mobilisé le 3 août 1914, Mounier fut nommé caporal le 17 septembre 1914. Il fut fait prisonnier du 5 juin 1915 au 27 décembre 1918 (interné à Limburg). Rapatrié le 28 novembre 1918, il fut démobilisé le 19 février 1919.
En avril 1919, Mounier demeurait à Saint Pierre de Curtille (Savoie) puis en .juillet 1920, il demeurait sur l’Ile St Honorat près de Cannes (Alpes-Maritimes)
André Mounier décéda à Chambéry le 25 février 1926.

SOURCES : AD Ardennes, cour d’assises 3U 2413 — J. Maitron, Histoire du mouvement anarchiste…, op. cit. — D. Petit « Deshérités de Nouzon… », op. cit. — R. Bianco, « Un siècle de presse anarchiste… », op. Cit. — Les Temps nouveaux 8 avril 1911—Le Temps 11 juin 1905 — La Dépêche des Ardennes 14 janvier, 15 et 17 février 1911 — Arch. Dép. de Savoie Registre matricule FRAD073- 1R 134

ŒUVRE : En communisme : la colonie libertaire d’Aiglemont, Publications de la colonie communiste d’Aiglemont, n° 3, avril 1906, 32 p.

ICONOGRAPHIE : Photographie de presse, agence Rol. Gallica

SCHRADER Appoline, Wilhelmine, modèle, sculpteure, anarchiste parisienne

 

Née le 22 octobre 1874 à Paris XIe, rue du Chemin-Vert, modèle, sculpteure.

Son père était ouvrier en parapluie et sa mère couturière.
Modèle à Montmartre, Mina Schrader (qui se faisait aussi appeler Mina de Nyzot, Mina Schrader de Nysold, Mina Schrader de Wegt de Nizeau) occupait un logement au 11 de la rue Berthe. Elle fut l’une des dames d’honneur de Mlle Royer, modèle, dite Sarah Brown, qui s’était rendue célèbre en se rendant au bal des Quat’-z-Arts presque nue, vêtue d’une simple résille de velours noir à mailles très larges.

Le 26 mars 1894, une perquisition était effectuée chez Mlle Schrader et la police n’emporta qu’une dizaine de billets, signés d’artistes avec lesquels elle travaillait dont le plus connu fut Rodin. Comme elle refusait de signer le procès-verbal de perquisition, l’un des agents la pris par le bras pour l’embarquer au poste, elle ne se laissa pas faire et le policier se retrouva avec le peignoir dans les mains et elle dans le plus simple appareil.

Elle fut gardée 5 jours au dépôt, la police la mesura et la prit en photo. Elle se retrouva sur l’album de Bertillon des 417 anarchistes et fut inculpée d’association de malfaiteurs. Elle était en relations avec Henri Gauche* et Henri Beaulieu*.
En 1894, parut Passade de Willy où Minna Schreder servit de modèle à l’héroïne principale, Monna Dupont de Nyewldt, maîtresse de nombreux artistes et écrivains. G.- Albert Aurier et Remy de Gourmont furent de ses conquêtes.
Elle aurait été internée pour avoir tiré des coups de revolver sur le député et industriel Lazare Weiller.

En 1897, paraissait Maîtresse d’esthètes, signé Willy mais écrit par Jean de Tinan. Minna Schrader se nommait cette fois Ysolde Vouillard : « Wagnérienne, ésotérique, néo-platonicienne, occultiste, androgyne, primitive, baudelairienne, morbide, nitzschienne, même lorsqu’elle éternue ». Le livre contait son aventure avec le sculpteur Fix-Masseau.

Elle fit paraître en 1900, A la recherche de Dieu et les lois de l’électricité sous le nom de Wilhelmine Schrader de Nyzot.

Il est possible de se demander si Minna Schrader ne fut pas « le policier en jupon » qu’évoqua Liard-Courtois dans ses mémoires ? Ce dernier la rencontra lors d’une conférence à Tours, mais dans cette ville personne ne la connaissait. Il la décrivit comme une femme jeune, jolie et élégante, elle lui posa des questions sur la philosophie anarchiste « qui était loin de lui être étrangère ». Liard-Courtois eut une liaison pendant huit jours avec elle, il s’aperçut qu’elle connaissait presque tous les orateurs anarchistes, les endroits où ils avaient parlé, ce qu’ils avaient dit. Il apprit qu’elle travaillait pour la « Boîte » et combien elle était payée.

La retenue de Minna Schrader pendant cinq jours au dépôt et son inculpation pour association de malfaiteurs pourraient faire penser à un moyen de l’inciter à collaborer, mais cette hypothèse devrait être vérifiée car Liard-Courtois ne donne pas son nom.

SOURCES : Gil Blas, 27 et 30 mars 1894, Le Figaro, 13 novembre 1900, Gallica. — Une photo de Mina Schrader, esthète et anarchiste sur Livrenblog : http://livrenblog.blogspot.fr/2008/05/une-photo-de-mina-schrader-esthte-et.html. — La police donne un visage à l’anarchie, Rhinocéros féroce. — Souvenirs du bagne par Liard-Courtois, Les passés simples 2005, p. 71 et 72 — Etat civil en ligne, Paris —Note Marianne Enckell.

ICONOGRAPHIE : Metropolitan museum of art. Alphonse Bertillon. Albumens silver prints. Photographs.

VINCENT Albert, Paulin dit Georges, ouvrier boulanger, militant anarchiste à Reims.

Né le 6 août 1871 à Rilly-aux-Oies (Ardennes), ouvrier boulanger, militant anarchiste à Reims.

Le 1er juin 1892, Vincent fit la déclaration à la sous-préfecture de Reims pour colporter le Père Peinard. Il fréquentait la famille Pflug*. Les patrons boulangers se plaignaient qu’il incitait les commis boulangers à adhérer au groupe anarchiste « L’Essor social ». Il logeait le 4 juin 1892 dans un garni, sous le faux nom de Dupré, en compagnie de Forest*.

Le 18 juin, il partait à Paris et revenait travailler comme commis boulanger à Chalons sur Marne. En octobre, revenu à Reims, il anima la grève des ouvriers des usines Blondel et Noiret-Janson.

Faisant partie de la classe 1891, sous le numéro de matricule 1428, suite au tirage au sort, il partit le 12 novembre 1892, faire son service au 106ème de ligne. Le Le 28 janvier 1893, il fut transféré au 149e régiment d’infanterie. Revenu à Reims fin octobre 1893, il fut réembauché par son ancien patron. Son domicile fut perquisitionné en novembre.

Le 13 octobre 1896, il s’installa au Havre, 45 rue Hilaire Colombel. Le 10 mai 1901, il revint vivre à Reims, 25 place d’Erlon. Le 15 août 1903, il demeurait à Colombes (Seine), 7 rue Victor Hugo. Le 14 mai 1904, 3 rue Lanne à Saint-Denis (Seine), le 6 février 1907, 34 rue de Montenotte à Paris (17e), le 18 mars 1913, 109 rue de l’Agriculture à Petit Colombes (Seine), le 11 mai 1914, 3 rue des Mines d’Or à Bezons (Seine et Oise)

Rappelé sous les drapeaux le 2 août 1914, il fut renvoyé dans ses foyers le 22 août. Rappelé une deuxième fois du 2 mars 1915 au 20 décembre 1918 et fit la guerre contre l’Allemagne.

SOURCES : Arch. Dép. Marne, 8 U 388 et registre matricule  1 R 1166

WILMET Augustin, dit Louis, militant anarchiste à Boult-sur-Suippe (Marne) et Rethel (Ardennes).

Né le 13 février 1870 à Boult-sur-Suippe (Marne), photographe, militant anarchiste à Boult-sur-Suippe et Rethel (Ardennes).

Wilmet faisait partie de la société de gymnastique où Ménessier l’avait recruté. Une perquisition effectuée chez lui le 19 février 1894 montra qu’il était en correspondance avec des anarchistes à l’étranger ; il avait appris l’allemand, l’anglais, l’espagnol et l’italien. Le groupe anarchiste de Boult se réunissait parfois chez lui. Il était abonné à La Révolte et au Père Peinard.

Wilmet profitait de ses tournées de courtage et de recouvrement pour une banque pour faire de la propagande à Rethel. En août 1894, il fut soupçonné d’avoir écrit une lettre de menaces au président de la République, mais une expertise en écriture le disculpa. Il travaillait alors chez un photographe à Rethel.

SOURCES : Arch. Dép. Marne, 8 U 388 et 30 M 109. — CAC 9404 84 art 97.