Inédit. La vie quotidienne de Ravachol à la Conciergerie. 21 avril 1892

Sûreté                                                     Le 21 avril 1892

Rapport

Surveillance sur le nommé Ravachol

Dans le cours de notre surveillance exercée sur le nommé Ravachol de 7h du matin à midi, ce dernier s’est levé à 7h1/2 et a mangé aussitôt d’un très bon appétit, après il s’est plongé dans la lecture jusqu’à notre départ.

Nous avons été relevés par nos collègues Charlet, Lécureuil et Lesmer.

Gallet, Richbourg, (illisible)

***************

Sûreté                                                                     Paris le 21 avril 1892

Rapport

Surveillance de midi à 7h du soir

Le nommé Ravachol a passé une grande partie de son temps à faire une lettre destinée au nommé Grave, dans laquelle il lui indique qu’il n’a pas besoin de deux avocats pour sa défense et que Me Lagasse avait du reste terminé sa plaidoirie.

Cet avocat est venu le voir vers 6 ¼ et lui a annoncé seulement qu’il reviendrait demain de très bonne heure.

Il nous a dit ensuite qu’il regrettait de n’avoir pas su où le nommé Decamps était emmené pour expier sa peine, qu’il a attendu très tard à la porte de Mazas afin de le délivrer.

Il était alors porteur de revolvers et d’un nombre considérable de cartouches.

Les inspecteurs

Laemmer, Lécureuil, Charlet

*******************************

Sûreté                                           Le 21 avril 1982

Rapport

Surveillance sur le nommé Ravachol

Nous avons l’honneur de rendre compte à Monsieur le commissaire de police chef du service, que pendant la surveillance exercée de 7 heures du soir à minuit sur le nommé Ravachol, il ne s’est rien passé de particulier de nature à être signalé.

Le détenu s’est couché à 7 heures ½ et dormait lorsque nous avons été relevés.

Richer, Maigre, Sénart

**************************************

Sûreté                                                                    Le 21 avril 1892

Rapport

Surveillance sir le nommé Ravachol

Nous avons l’honneur de rendre compte à Monsieur le commissaire de police, chef du service que pendant la surveillance exercée de minuit à 7 heures du matin sur le nommé Ravachol, il ne s’est rien passé de particulier de nature à être signalé.

Le détenu dormait à notre arrivée et ne s’est réveillé qu’à 6 heures ½.

Richer, Maigre Sénart

SOURCES : Arch. Préf. de pol. JA 8

Les délégués du congrès ouvrier communiste-anarchiste de la région du Midi à Sète 1881

Congrès ouvrier régional de Cette

Liste des délégués. Groupes dont ils tiennent leur mandat. Antécédents de ces délégués

Le nombre de délégués ayant pris part aux travaux de ce Congrès s’élève à 34. Voici leurs noms avec la désignation des groupes représentés :

Artis (Guillaume), délégué du groupe de Cur et Montmorency, de Cette

André (Jean) délégué de la chambre syndicale des plâtriers de Montpellier

Baudet (Antoine) délégué du groupe La Misère de Cette

Bourziger (Louis), délégué du groupe socialiste des travailleurs de Cette

Bimard (Guillaume) délégué du Cercle de la Montagne de Narbonne

Bousquet (Abel) délégué du Cercle de l’industrie de Béziers

Caron (Fernand) délégué du Cercle du travail de Cette

Dalichaux délégué de la Chambre syndicale des menuisiers et ébénistes de Cette

Dubourg (Baptiste) délégué de la société de l’Union des travailleurs de France, de Cette

Eychanne (Marc) délégué du groupe indépendant révolutionnaire de Béziers

Fournier délégué du Cercle des travailleurs de Béziers

Gilly (Prosper) délégué du Cercle des travailleurs des Salles du Gardon, du Cercle de l’Egalité de Taillades-Branoux et du Cercle de l’Avenir et du progrès de la Grand’Combe.

Gouiry (Charles) délégué du Cercle de la Montagne de Narbonne

Jeannot (Casimir) de la Chambre syndicale des ouvriers tonneliers de Béziers

Hébrard (Louis), tailleur de pierre, délégué du Cercle du travail de Cette

Hébrard (Clément), tailleur de pierre, délégué du Cercle du travail de Cette

Lyard (Jean) tailleur de pierre, délégué des tailleurs de pierre et maçons de Cette

Lantier (Auguste) délégué des travailleurs socialistes de St Geines de Malgoire (Gard)

Lacroix (Satan) délégué du groupe La Misère de Cette

Marty, libraire, délégué du groupe indépendant révolutionnaire de Béziers

Marty (Jean) délégué de la Chambre syndicale des ouvriers sur cuirs et peaux de Graulhet (Tarn)

Mouraille délégué du Groupe radical du Cercle, de Cette

Marmier délégué de la Chambre syndicale des tonneliers de Cette

Nicéphore délégué de la Chambre syndicale des ouvriers tailleurs de pierre et maçons de Cette

Perrot (Louis) délégué de la Chambre syndicale des ouvriers tailleurs de pierre et maçons de Cette

Séguier (Jean) délégué du Groupe indépendant révolutionnaire de Béziers

Tressaud (Alexandre) délégué du groupe La Pensée libre, de la Capelette, de Marseille

Trevier (Paul) délégué du groupe du Lapin blanc de Massilarguet

Thomasset délégué de la Chambre syndicale des ouvriers plâtrier de Béziers

Verdale (Pascal) délégué du groupe La Misère de Cette

X délégué du groupe l’Alarme de Narbonne

XXX trois délégués du groupe La Plèbe de Béziers

Ces quatre délégués sont des anarchistes et comme leurs collègues du Congrès socialiste de la région Centre, ils avaient reçu mandat de leurs groupes de ne pas faire connaître leurs noms. Leur prétention a été admise par le Congrès du Midi, tandis qu’à Paris les délégués se trouvant dans le même cas furent exclus et tinrent un Congrès distinct, 109 rue Oberkampf sous la dénomination de Congrès socialiste révolutionnaire indépendant de la région Centre.

Il importe de noter (illisible) attitude de ces derniers avait reçu l’appellation de la Commision d’organisation du 2e Congrus régional ouvrier socialiste du Midi. Voici en effet (illisble) dont il fut donné lecture aux délégués de la rue Oberkampf le 29 mai 1881 :

Compagnons,

Les groupes révolutionnaires Cettois protestent énergiquement contre la conduite des collectivistes au Congrès du Centre contre l’expulsion de nos amis anarchistes.

L’année dernière, nous protestions de concert avec les collectivistes contre les agissements du Congrès du Havre : nous considérions même les collectivistes comme des révolutionnaires partageant à peu de choses près nos convictions, puisqu’ils avaient reconnu au Havre que le but suprême à atteindre pour réaliser la vraie émancipation prolétarienne était le communisme libertaire.

Aujourd’hui, nous avons la douleur de reconnaître que nous avions affaire à de faux frères, puisqu’ils excluent les révolutionnaires anarchistes, comme ils ont été exclus eux-mêmes par les agents (?) havrais.

Nous vous demandons quelle sera l’attitude des collectivistes au Congrès ouvrier du Midi, puisque nous procédons de la même façon que nos amis anarchistes du Congrès du Centre.

Défense à nos délégués de parler en leur nom : nous espérons ainsi que des individus puissent se créer une popularité qui finit tôt ou tard par dégénérer en ambition personnelle.

Nous déclarons donc à partir de ce jour que toute relations intimes deviennent impossible avec les collectivistes de Paris : nous considérons qu’ils ont agi de mauvaise foi, puisqu’ils ont employé les moyens analogues à ceux contre lesquels ils avaient protesté au Havre.

Nous somme de cœur avec le Congrès indépendant qui est dégagé de toute intolérance et de tout parti pris. Nous souhaitons que les résolutions qui se dégageront de (illisible) engageront les travailleurs parisiens à marcher avec ceux qui sont réellement des révolutionnaires qui marchent droit au but et qui ne sont ni des (illisible), ni des (illisible).

Pour les groupes révolutionnaires Cettois

Louis Hébrard

Au point de vue des localités représentées au Congrès régional de Cette, les 34 délégués dont les noms précèdent se répartissent ainsi :

Béziers (9 délégués)

Bousquet (Abel) délégué du Cercle de l’industrie

Fournier délégué du Cercle des travailleurs (socialiste révolutionnaire)

Tomasset délégue de la chambre syndicale des ouvriers plâtriers

Eychanne délégué du groupe indépendant révolutionnaire de Béziers (anarchiste)

Marty idem

Séguier (Jean) idem

XXX délégués du groupe La Plèbe (anarchiste)

En ce qui concerne l’historique des divers Cercles socialistes de Béziers, leur importance, les manifestations auxquelles ils se sont associé ou dont ils ont pris l’initiative, leurs tendances et les principaux membres, nous renvoyons au 2e fascicule de notre rapport général concernant le Congrès ouvrier de Marseille, dont l’envoi a été fait au cabinet le 10 août 1879.

Quant au mouvement syndical, il suffit également de se reporter au 3e fascicule de ce même rapport.

Indépendamment de la Chambre syndicale des ouvriers plâtriers, on trouve à Béziers les autres syndicats que voici :

Chambre syndicale des ouvriers tailleurs de pierre et maçons

Chambre syndicale des ouvriers tapissiers en meubles

Chambre syndicale des ouvriers menuisiers

Chambre syndicale des ouvriers tonneliers

Une Union syndicale destinée à les relier est en voie d’organisation.

Nous rappellerons également que deux délégués de Béziers ont pris part au Congrès du Havre (Rapport des 18 et 23 novembre 1880), et que la récente conférence faite à Béziers par la nommée Paule Minck, avait été organisée par le Cercle des travailleurs.

Quant au groupe La Plèbe, il a remplacé le Cercle des Amis Réunis qui depuis le mois de janvier dernier, s’est transformé en un groupe anarchiste révolutionnaire, sous cette dénomination nouvelle : La Plèbe. Le groupe a pour secrétaire le sieur François Pelissier, rue de la Citadelle.

Cette

Bourziger (Louis), délégué du groupe socialiste des travailleurs

Mouraille délégué du Groupe radical du Cercle

Hébrard (Louis), délégué du Cercle du travail. Ce dernier représentait en outre le Comité général éxécutif des révolutionnaires du Congrès ouvrier socialiste indépendant du Havre

Hébrard (Clément), tailleur de pierre, délégué du Cercle du travail

Caron (Fernand) délégué du Cercle du travail

Baudet (Antoine) délégué du groupe La Misère

Lacroix (Satan) délégué du groupe La Misère

Verdale (Pascal) délégué du groupe La Misère

Marmier délégué de la Chambre syndicale des tonneliers

Jeannot (Casimir) de la Chambre syndicale des ouvriers tonneliers

Lyard (Jean) tailleur de pierre, délégué des tailleurs de pierre et maçons

Nicéphore délégué de la Chambre syndicale des ouvriers tailleurs de pierre et maçons

Perrot (Louis) délégué de la Chambre syndicale des ouvriers tailleurs de pierre et maçons

Dalichaux délégué de la Chambre syndicale des menuisiers et ébénistes

Dubourg (Baptiste) délégué de la société de l’Union des travailleurs de France

Artis (Guillaume), délégué du groupe de Cur et Montmorency

Notons pour mémoire que dans le 6e fascicule de notre rapport général sur le Congrès ouvrier de Marseille, nous avons traité tout ce qui se se réfère au mouvement socialiste et syndical de Cette, aus diverses conférences données dans cette ville, aux délégations, aux précédents congrès et aux (illisible), aux souscriptions pour les condamnés du Congrès international socialiste de 1878, pour les frais de la candidature Blanqui à Bordeaux et de la candidature ouvrière Castaing et aux divers Cercles socialistes et radicaux. Il a été de nouveau question de ces derniers dans nos rapports des 16 octobre et 17 décembre 1879 . Enfin la délégation Cettoise au Congrès du Havre a fait l’objet de notre rapport des 18 et 23 novembre 1880.

Cette année, les adhérents au groupe La Misère ont célébré l’anniversaire du 18 mars par un punch.

La Grand’Combe ( 1 délégué)

Gilly (Prosper)

C’est le premier Congrès où figure un délégué de cette localité.

Marseille (1 délégué)

Tressaud (Alexandre) délégué du groupe La Pensée libre, de la Capelette

Massilarguet (1 délégué)

Trevier (Paul) délégué du groupe du Lapin blanc de Massilarguet

Montpellier (1 délégué)

André (Jean) délégué de la chambre syndicale des plâtriers

Il existe plusieurs chambres syndicales à Montpellier. Ce sont :

Chambre syndicale des ouvriers en métallurgie

Chambre syndicale des ouvriers menuisiers en (illisible), tapissiers et sculpteurs

Chambre syndicale des tonneliers

Chambre syndicale des ouvriers menuisiers en bâtiment

Chambre syndicale des ouvriers maçons et tailleurs de pierre

Chambre syndicale des ouvriers casseurs de pierre, carriers et mineurs

Les bureaux de ces divers syndicats par 22 voix sur 32 votants, avaient décidé qu’il n’y avait pas lieu d’envoyer une délégation. Dans une lettre adressée à la Commission d’organisation du Congrès, ils expliquaient en ces termes les motifs de leur abstention :

3Tous les Congrès s’étant abstenus, jusqu’à ce jour de traiter sérieusement la question ouvrière, tout en faisant les vœux pour que le vôtre ne suive pas les mêmes errements, nous avons le regret de vous annoncer notre détermination ».

Narbonne (3 délégués)

Bimard (Guillaume) délégué du Cercle de la Montagne

Gouiry (Charles) délégué du Cercle de la Montagne

X du groupe L’Alarme

Cercle de la Montagne (illisible) est collectiviste-révolutionnaire, il rayonne dans tout l’arrondissement.

Le groupe L’Alarme, groupe communiste-anarchiste est de création récente. Il a été formé avec une partie des éléments dont se composait le Cercle de la Jeunesse collectiviste révolutionnaire, actuellement dissous. L’autre fraction de ce dernier Cercle en a constitué un nouveau : le Cercle d’études sociales de la Jeunesse collectiviste révolutionnaire, lequel a pour secrétaire le nommé Gustave Faliès, employé de commerce, 254 place de Perpignan.

C’est au nom du groupe L’Alarme que le sieur Violard prit la parole lors de la manifestation qui eut lieu le 29 mai 1884, au cimetière du Père Lachaise, en l’honneur de l’anniversaire de la Semaine sanglante. Le groupe vient de lancer un appel aux jeunes gens de Narbonne pour les inviter à lui apporter leur adhésion. Cet appel est signé Gabriel Gouiry, place de l’hôtel de ville, (illisible), délégué à cet effet par le groupe communiste anarchiste l’Alarme.

On trouve encore à Narbonne un groupe d’études sociales qui a pour titre Le Drapeau rouge. Il se publie dans cette ville un organe socialiste L’Emancipation sociale.

La Révolution sociale qui a pour correspondant à Narbonne le sieur Gustave Faliès dont il a été question plus haut, proclamait dans son numéro du 12 de ce mois « que cette ville était incontestablement la ville du département de l’Aude, la plus avancée en socialisme ». D’après cette même feuille, le groupe de l’Alarme aurait discuté au mois de mai dernier, une proposition relative à l’envoi de volontaires dans les pays en insurrection contre le capital et les capitalistes (numéro du 15 mai 1881)

St Geines de Malgoire (1 délégué)

Lantier (Auguste) délégué des travailleurs socialistes de cette localité

Graulhet (arrondissement de Lavour. Tarn)

Marty (Jean) délégué de la Chambre syndicale des ouvriers sur cuirs et peaux

Les ouvriers mégissiers de Graulhet se sont mis en grève au mois de février dernier, afin d’obtenir la réduction de la journée de travail à 10 heures et l’abolition du travail aux pièces, le prix de l’heure a été fixé à 0,30 cent.

La chambre syndicale à lancé à cette occasion, un appel à toutes les coprporations de France, afin de leur demander du secours.

Le nombre des adhérent dépasse (?) 500 : le syndicat a pour président le sieur (illisible) et pour secrétaire le sieur (illisible)

(illisible) délégué de Graulhet n’avait pas pris part (illisible)

De l’exposé qui précède, il résulte que sur 34 délégués, les villes de Béziers et de Cette en on fournit 25 et Narbonne 3. Les 6 délégués restant appartiennent à Marseille, Graulhet, Montpellier, La Grand’Combe, Massilarguet et St Geines de Malgoire.

Le prolétariat de Marseille n’était même pas représenté car on ne saurait considérer son délégué le sieur Tressaud qui tenait son mandat du groupe anarchiste La Pensée libre, lequel ne compte même pas 20 sociétaires.

D’un autre côté, 6 chambres syndicales seulement étaient représentées par 8 délégués :

Béziers : Chambre syndicale des ouvriers plâtrier. Siège social, café de la Bourse, allée Paul Riquet

Cette : Chambre syndicale des ouvriers tonneliers (2 délégués)

Chambre syndicale des ouvriers tailleurs de pierre et mçaons (2 délégués)

Chambre syndicale des menuisiers et ébénistes (2 délégués)

Chambre syndicale des ouvriers en cuirs et peaux

Chambre syndicale des ouvriers plâtriers

L’élément syndical ou professionnel ne disposait donc que de 8 voix au Congrès de Cette, les 26 autres délégués représentaient soit des Cercles socialistes révolutionnaires, soit des groupes anarchistes, et ces derniers étaient en majorité. Pour les délégués de cette catégorie, l’étude de la question ouvrière est secondaire : ce qu’il faut avant tout, c’est faire la Révolution sociale par tous les moyens possibles.

Antécédents des délégués

La plupart de ces délégués n’ont pas d’antécédents politiques, et ne jouissaient jusqu’à ce jour d’aucune notoriété socialiste.

Deux seulement ont figuré déjà dans d’autres Congrès ouvriers. Ce sont :

Hébrard (Louis) délégué au Congrès ouvrier nationaux de Marseille et du Havre.

Lacroix délégué au premier Congrès régional du Midi, tenu à Marseille au mois de juillet 1880.

Un seul, le nommé Hébrard (Louis) a été délégué à une Exposition universelle, celle de 1878.

Artis (Guillaume) Pas de dossier

André (Jean) idem

Baudet (Antoine) Il a souscrit au mois d’avril 1879, pour les frais de la candidature Blanqui à Bordeaux (Rapports des 19 et 23 du même mois)

Bourziger (Louis) sans antécédents. Anarchiste.

Bimard (Guillaume) L’un des signataires de l’adresse envoyée au mois de mai 1880 par un groupe de socialistes de Narbonne aux socialistes révolutionnaires de la 1ère circonscription du Rhône, pour leur recommander la candidature de Blanqui.

Bousquet (Abel) fils. Il a souscrit au mois d’avril 1879 pour les frais de la candidature Blanqui à Bordeaux (Rapport du 22 avril 1879)

Caron (Fernand) Il a pris part à la même souscription (Rapports des 19 et 23 avril 1879)

Dalichaux Sans antécédents

Dubourg idem

Eychanne (Marc) Ex-conseiller municipal. Le secrétaire du Cercle socialiste des Amis Réunis. Signataire de l’adresse envoyée, le 20 mars 1877, par les socialistes de Béziers aux travailleurs de Bordeaux, pour les féliciter d’avoir pris l’initiative de la candidature du cordonnier Pierre Castaing, de l’adresse aux électeurs de Bordeaux, à l’occasion de la candidature de Blanqui (Rapport du 22 avril 1879). Signalé dans le 3e fascicule de notre rapport général concernant le Congrès de Marseille.

Fournier Sans antécédents

Gilly (Prosper) Pas de dossier le concernant

Gouiry (Charles) L’un des signataires de l’adresse envoyée au mois de mai 1880, par un groupe de socialistes de Narbonne aux socialistes révolutionnaires de la 1ère circonscription du Rhône pour leur recommander la candidature de Blanqui.

Jeannot (Casimir) Il a souscrit au mois d’avril 1879, pour les frais de la candidature de Blanqui à Bordeaux (Rapport des 19 et 23 avril 1879)

Hébrard (Clément), tailleur de pierre, autre souscripteur signalé dans les mêmes rapports

Hébrard (Louis), tailleur de pierre, frère du précédent. Demeura 101 rue des Cercleurs prolongée. Ex délégué à l’Exposition universelle de 1878 et au Congrès ouvrier de Marseille et du Havre. Correspondant de la Révolution sociale. Appartient au groupe des anarchistes. C’est le meneur le plus influent du parti socialiste de Cette à la tête duquel il se trouve depuis le Congrès de Marseille.

Lyard (Jean) Sans antécédents

Lantier (Auguste) idem

Lacroix (Satan) Ex délégué au premier Congrès ouvrier régional du Midi qui s’est déroulé à Marseille au mois de juillet 1880. Anarchiste. Il a souscrit au mois de mai 1879 pour les frais de la candidature de Blanqui à Bordeaux.

Marty (Jean) mégissier à Graulhet. Sans antécédents

Marty, libraire à Béziers. Secrétaire du groupe indépendant de Béziers. Anarchiste

Mouraille Pas de dossier

Marmier Au mois de novembre 1876, il a pris l’initiative d’une souscription en faveur des familles des condamnés dans l’affaire du Congrès international socialiste de Paris.

Nicéphore Sans antécédents

Perrot (Louis) idem

Séguier (Jean) idem

Thomasset Pas de dossier le concernant

Trevier (Paul) idem

Tressaud (Alexandre) ouvrier cordonnier, 7 rue des Grands Puits. Secrétaire du groupe anarchiste La Pensée libre. Ancien vice secrétaire du groupe d’études sociales de Marseille. Ex délégué au Congrès ouvrier de Marseille où il représentait ce dernier groupe. Ses antécédents ont été rappelés à cette occasion, le 29 octobre 1879 et de nouveau le 26 mars 1880. Correspondant de la Révolution sociale. Est membre de la Commission d’organisation du meeting en faveur de Hofman qui a eu lieu à Marseille le 15 mai dernier et à la suite duquel il a été condamné à 20 jours de prison.

Verdale (Pascal), 32 rue de l’Hospice à Cette. Secrétaire du groupe anarchiste La Misère

Renseignements complémentaires sur les divers délégués ayant pris part aux travaux de ce Congrès

Bousquet (Abel), tonnelier, Eychanne, Marty, Caron, Hébrard Louis et Clément Jeannot, Lantier : Signataires du programme et de l’adresse des collectivistes révolutionnaires français ayant paru dans l’Egalité du 21 janvier 1880.

Aux délégués déjà signalés, il faut joindre les suivants :

Boyer (Antoine) délégué de Marseille, ex délégué au Congrès du Havre et de Marseille. Ses antécédents ont été rappelés à cette occasion les 18 novembre 1880 et 29 octobre 1879. Il dirige actuellement à Marseille le journal socialiste hebdomadaire Le Travailleur.

Boune Délégué de la Chambre syndicale des ouvriers ébénistes de Béziers. Sans antécédents.

Au point de vue de leurs opinions socialistes, voici comment se répartissent les délégués du Congrès de Cette :

Tressaud Anarchiste

Boune Anarchiste

Eychanne Anarchiste

Marty, libraire Anarchiste

Ségier (Jean) Anarchiste

Baudet Anarchiste

Lacroix (Satan) Anarchiste

Verdale (Pascal) Anarchiste

Fournier Anarchiste

Nicéphore Anarchiste

Hébrard (Louis) Anarchiste

Bouziger Anarchiste

Bimard Collectiviste. Partisan de la propagande sur le terrain électoral

Gouiry idem

André idem

Marmier idem

Perrot idem

Hébrard (Clément) idem

Lantier (Auguste) idem

Jeannot Partisan de la conquête des municipalités comme le plus court chemin pour avoir la Révolution sociale.

Trévier Partisan d’une prompte Révolution sociale

Marty de Graulhet Partisan de l’amélioration des institutions sociales par les moyens pacifiques.

Lyard Partisan d’une Révolution sociale immédiate.

Bousquet (Abel) Anti-anarchiste.

Gilly idem

Mouraille S’est prononcé contre la Révolution et contre l’anarchie. Estime que le bulletin de vote doit être la seule arme du parti ouvrier.

Artis, Caron, Dalichaux, Dubourg, Thomasset : collectivistes

SOURCE : Arc ; pref. De police Ba 32

Inédit. La vie quotidienne de Ravachol à la Conciergerie. Nouvelle plaidoirie. 20 avril 1892

Sûreté                                                       le 20 avril 1892

Rapport

Surveillance sur le nommé Ravachol

Nous avons l’honneur de rendre compte à Monsieur le commissaire, chef du service, que pendant la surveillance exercée de 7 heures du matin à midi, sur le nommé Ravachol, il ne s’est rien passé de particulier de nature à être signalé.

Le détenu est allé à la promenade de 10 heures ½ à midi moins le quart et s’est mis à écrire en rentrant dans la cellule.

Richier, Maigre, Sénart

**********************

Sûreté                                              le 20 avril 1892

Rapport

Surveillance sur le nommé Ravachol

Pendant notre surveillance sur le nommé Ravachol de midi à 7 heures du soir, le sus-nommé a eu la visite de son avocat Me Lagasse avec qui il est resté de 5 h ½ à 6 heures.

Rien d’autre chose à signaler.

Nous avons été relevés par nos collègues Charlet, Lécureuil, Lesmer

Gallet, Richbourg, (illisible)

**********************

Sûreté                                                Paris le 20 avril 1892

Rapport

Surveillance de 12 h du soir à 7 h du matin

A son réveil, le nommé Ravachol nous a annoncé qu’hier dans l’après-midi à Monsieur l’inspecteur général des prisons, accompagné de M. le directeur lui avait rendu visite.

Cet inspecteur a discuté un instant avec l’inculpé au sujet des délits et crimes qu’il a commis ainsi qu’au sujet de l’anarchie.

Il ne nous a donné aucun détail.

Les inspecteurs

Charlet, Lécureuil, Laemmer

**************************

Sûreté                                                 Paris le 20 avril 1892

Rapport

En allant prendre notre service, nous avons rencontré dans la Conciergerie, M. le directeur accompagné de M. Puybaraud inspecteur général des prisons.

Ce fonctionnaire nous a prié de rendre compte à Monsieur le chef de service de la Sûreté que les adeptes de Ravachol cherchaient à faire passer ce dernier comme victime politique et par conséquent d’éliminer de l’inculper la peine de mort qu’on n’inflige pas à des détenus pour actes de polémique.

A l’appui de cette assertion, il nous montra la bande d’un journal envoyé à Ravachol, bande portant l’inscription suivante :

« Echo de la Haute-Marne » Monsieur Koenigstein-Ravachol, détenu politique à la Conciergerie, Palais de justice Paris.

A notre arrivée auprès de Ravachol, celui-ci nous a fait voir une lettre qu’il avait reçue et conçue en ces termes : « Menton 15 avril 1892

Vendredi Saint

Monsieur Ravachol

Vous voudrez bien prendre en bonne part quelques lignes d’une personne qui pense à vous et qui prie pour vous.

Le journal rapporte que la mort ne vous fait pas peur, car vous avez fait le sacrifice de votre vie. Cependant ces paroles me rappellent une autre mort, celle d’un innocent qui, lui trouvait la mort redoutable et frémissait à son approche. Vous avez nommé Jésus-Christ, lui, le vainqueur de la mort, peut seul la rendre non redoutable à ceux qui lui remettent leur âme, comme au Sauveur des pécheurs.

Seigneurs, souviens toi de moi, disait un mourant à Jésus-Christ, et vous savez sa réponse.

Aujourd’hui même tu seras avec moi au paradis.

Monsieur Ravachol vous détestez le « bourgeois », mais c’est une personne de la classe bourgeoise qui vous écrit, elle est émue de compassion en pensant en pensant à vous, et elle vous recommande à Celui par qui seul, elle peut être sauvée, comme vous pouvez l’être, si vous vous connaissez pécheur. »

Signé Eléonore née Roussel

Cette lettre a été envoyée à Ravachol sous le couvert de M. le procureur général de la république.

L’inculpé nous a entretenu ensuite de sa défense et nous a dit qu’il avait préparé une petite plaidoirie ad hoc, qu’il nous a raconté comme suit :

« Peut-être voudrait-on le placer ici comme homme politique ; eh bien je refuse totalement ce titre. Je ne suis que l’homme poussé par la misère crée par les bases actuelles de la société, à tous les travailleurs, à tous les déshérites.

Si j’ai été porté au crime, c’est par la misère, c’est à force d’être rejeté de partout où j’offrais le travail de mes bras pour un morceau de pain. Alors seulement, la grande vérité, l’union fraternelle des peuples réunis en un seul, s’est fait voir à moi dans tout son grand jour.

Puisque la voix de nos souffrances n’était pas entendue, j’ai voulu forcer d’une manière matérielle, j’ai voulu dis-je forcer les législateurs à jeter un regard sur nous, à se rendre compte de nos misères et à voir quels étaient les seuls moyens de nous rendre tels que nous devions être, c’est à dire relativement heureux.

Je voulais enfin qu’ils comprissent que seule l’anarchie répondait à toutes les bases d’une bonne société.

L’avocat dans ma défense, dira le reste et exposera en même temps que ma vie, les causes qui m’ont amené sur les bancs de la cour d’assises.

Ensuite, ajouta-t-il, si l’on me reproche qu’en faisant sauter les maisons je pouvais donner la mort à des innocents, je répondrai : de deux maux, j’ai choisi le moindre.

La société actuelle n’est-elle pas la cause des milliers de victimes faites par la misère, tandis que moi, je ne risquait de donner la mort qu’à quelques personnes.

Du reste, Messieurs, faites nous voir que vous êtes meilleurs que nous, et de suite, nous nous rendrons à vos idées, mais au contraire, sans discuter, vous nous frappez de prison ou de mort ».

Les inspecteurs

Laemmer, Lécureuil, Charlet

SOURCES : Arch. Préf. de pol. JA 8 et Ba 1132

Inédit. La vie quotidienne de Ravachol à la Conciergerie. Ravachol et la société future, l’amour libre. 19 avril 1892

Ravachol                                                                      19 avril 1892
Rapport

Le nommé Ravachol a continué aujourd’hui à traiter les questions posées par Monsieur le directeur de la Conciergerie, de la manière suivante :

Quelle devrai être selon vous, l’organisation d’une bonne société ?

Une bonne société serait une grande famille qui comprendrait tout l’univers et où chacun travaillerait selon ses aptitudes, n’ayant pour stimulant que la nécessité et l’impulsion naturelle de la raison, guidée par le cœur.
Plus de salaire, pour le travail produit, égale jouissance pour tous de ce qui existe, diminution du travail, tel que tenir la comptabilité pour faire la répartition du gain des ventes et des achats.
Chaque production et produit seront emmagasinés dans des locaux placés dans chaque centre, où tout le monde puisera selon ses besoins, plus de falsification, plus de concurrence, les individus n’y ayant aucun intérêt.
Application forcée, pour ainsi dire, de ne faire que des choses bonnes et de premier choix, pour éviter de les recommencer et pour cela même, diminuer le travail.
Développement intellectuel au sujet du travail qui sera favorisé autant qu’il est possible puisque chacun pourra sans aucune difficulté, travailler à une amélioration, à une invention, ayant tout sous la main pour le faire et le concours de tous, de là encore diminution de la main d’œuvre.
Plus d’ambition, puisque l’on ne pourra plus s’enrichir, et qu’accumuler chez soi des produits ne servirait à rien, puisque tout le monde aurait droit, au même titre, de puiser dans les magasins.
Alors plus de vol, plus d’assassinat, plus de peur de son prochain.
Suppression de toutes les institutions actuelles devenues inutiles, à l’exception des hôpitaux, des maisons de santé, des maisons pour élever les enfants, pour les infirmes et les vieillards, création de maisons de convalescence.

Quelles sont vos opinions sur la religion en général et sur celle des curés en particulier ?

La religion est nuisible et les curés aussi, parce que je crois, ils enseignent l’erreur.
Ils font peur en frappant l’imagination, en parlant du diable et de l’enfer, ce qui peut occasionner à ceux-ci des maladies dangereuses, car moi, quand je croyais, j’avais peur, je n’osais pas faire le tour de l’intérieur de la maison, la nuit.

Croyez-vous à Dieu, à l’existence de l’âme et de son immortalité ?

Non

Croyez-vous qu’il faille une religion au peuple ?

Non

Que pensez-vous de la situation actuelle de la France ?

Je pense d’elle comme de toutes les autres nations, s’il y a des malheureux, cela tient à la base de son organisation.

Que pensez-vous du mariage et de la famille ?

La famille comme elle est aujourd’hui est égoïste, parce que l’on ne voudrait soigner rien que les siens.
Les enfants sont tous des êtres humains dignes d’intérêt, autant les uns que les autres.
Du reste, d’après mon système, les rapports sexuels seraient tellement variés que le père ne pourra plus s’occuper de ses enfants. La mère aimera toujours son sang, et dans le cas contraire, les enfants seront adoptés par des gens aimant l’adolescence ou placés par la mère elle-même dans un hospice.
Le mariage inutile, accouplement simplement par penchant, liberté complète de vivre ensemble ou de se séparer. De là, vrai amour, si deux personnes vivent ensemble.

Quel serait à votre point de vue, le meilleur système d’éducation de l’enfance ?

Le meilleur système ?
Serait de pousser l’enfant dans l’instruction selon ses aptitudes, le respect de ses semblables serait professé pour l’exemple et les bonnes institutions de la société.

Croyez-vous que l’homme ait le droit de se suicider ?

Oui, il doit pouvoir disposer de lui selon sa volonté.

Les inspecteurs
Laemmer, L écureuil, Charlet

************************

Sûreté                                                         Le 19 avril 1892
Rapport
Surveillance sur le nommé Ravachol

Nous avons l’honneur de rendre compte à Monsieur le commissaire de police, chef du service, que pendant la surveillance exercée de midi à 7 heures du soir, sur le nommé Ravachol, il ne s’est rien passé de particulier de nature à être signalé.
Le détenu a eu la visite de M. Puyrabaud, inspecteur des prisons et de M. le directeur de la Conciergerie de 5 heures à 5 heures et demie. M. l’inspecteur général a eu un entretien assez animé avec le détenu au sujet des théories anarchistes. Ravachol lui a tenu énergiquement tête.
A 6 heures, il est allé au parloir où son avocat l’attendait, il en est revenu à 6 heures ½.
Richer, Maigre, Sénart

**************************

Sûreté                                                                Le 19 avril 1892
Surveillance sur le nommé Ravachol

Pour faire suite à nos rapports précédents au sujet de notre surveillance faite de 7 heures du soir à minuit à la Conciergerie sur le nommé Ravachol, n’a amené aucun fait de nature à signaler à notre service.
Le sus-nommé s’est couché à 9 heures du soir.
Nous avons été relevés par nos collègues Charlet, Lécureuil et Lesmer
Gallet, Richbourg, (illisible)

**************************

Sûreté                                                            Le 19 avril 1892
Rapport
Surveillance sur le nommé Ravachol

La surveillance exercée sur le nommé Ravachol de minuit à 7 heures n’a rien amené pouvant intéresser le service. Il s’est levé à 6h1/4.
Nous avons été relevés par nos collègues Charlet, Lécureuil et Lesmer.
Gallet, Richbourg, (illisible)

SOURCES : Arch. Préf. de pol. JA 8 et Ba 1132

Inédit. La vie quotidienne de Ravachol à la Conciergerie. Ravachol et la propriété. Sa plaidoirie. 18 avril 1892

Sûreté                                                         le 18 avril 1892

Rapport

Surveillance sur le nommé Ravachol

Nous avons l’honneur de rendre compte à Monsieur le commissaire, chef du service, que pendant la surveillance exercée de minuit à 7 heures du matin sur le nommé Ravachol, il ne s’est rien passé de nature à être signalé.

Le détenu dormait à notre arrivée et ne s’est réveillé qu’à 6 heures ½ du matin.

Richer, Maigre, Sénart

****************

Sûreté                                                      Le 18 avril 1892

Rapport

Surveillance sur le nommé Ravachol

La surveillance exercée de sept heures du matin à midi sur le nommé Ravachol n’a rien amené de nature à être communiqué au service.

Nous avons été relevés par nos collègues Charlet, Lécureuil et Lesmer

Gallet, Richbourg, (illisible)

*****************

Sûreté                                                                Paris le 18 avril 1892

Rapport

Cet après-midi, Monsieur le directeur de la Conciergerie est venu rendre visite au nommé Ravachol, il lui a donné pour le distraire quelques questions à traiter, dont voici la teneur :

Vos parents

Votre éducation

Que pensez-vous de la propriété

Que devrait être, selon vous, l’organisation d’une bonne société

Quelles sont vos opinions sur la religion en général et sur les curés en particulier

Croyez-vous qu’il faille une religion aux peuples

Croyez-vous à Dieu, à l’existence de l’âme et à son immortalité

Que pensez-vous de la situation actuelle de la France

Que pensez-vous de la famille et du mariage

Quel est à votre point de vue le meilleur système d’éducation de l’enfance

Croyez-vous que l’homme ait le droit de se suicider

Il a ajouté, je ne vous force aucunement, faites ce petit travail si cela vous plaît et vous distrait.

Ensuite comme Ravachol lui disait qu’il ne croyait pas en Dieu, M. le directeur lui prouva l’existence d’un Être suprême par la méthode des êtres contingents et de l’être essentiellement nécessaire. Il a même ajouté aux réfutations sans fond de Ravachol la thèse : il n’y a pas d’effet sans cause, or si vous croyez l’homme intelligent, l’effet étant alors l’intelligent, la cause qui l’a produit doit l’être aussi.

De là, ils ont parlé de l’ermite que Ravachol avoue avoir tué pour son argent.

Cet homme ajoute-t-il, ne m’a jamais fait de mal, je n’avais pas de raison pour le tuer mais c’est la soif du bonheur de l’argent qui m’a poussé.

M. le directeur a ensuite interpellé Ravachol au sujet de l’immortalité de l’âme, question à laquelle ce dernier ne croit pas. M. le directeur a ajouté, si vous aviez étudié le spiritualisme actuel, vous ne me répondriez pas ainsi, et étant intelligent comme vous l’êtes, vous approuveriez l’existence de l’âme et son immortalité.

M. le directeur étant sorti, Ravachol traita les trois premières questions.

Les deux premières ne sont que la répétition d’une partie de son existence que nous avons déjà décrite dans plusieurs rapports, la troisième celle de la propriété a été traitée ainsi qu’il suit :

La propriété est la cause de tous les maux qui nous affligent et nous divisent.

En effet, n’est-ce pas le désir de la possession qui nous pousse aux crimes. Car posséder c’est alléger les souffrances. N’est-ce pas la cause de la division ? Car elle fait de la société deux classes d’individus, le riche et le pauvre, le malheureux et l’homme relativement heureux, n’est-elle pas née du vol, n’est-elle pas devenue, en passant de mains en mains par héritage ou donation le recel du vol.

J’en conclus à la suppression de la propriété individuelle et à sa transformation en la propriété en commun.

Il nous a fait voir ensuite une petite plaidoirie qu’il a faite pour sa défense.

Les anarchistes ont reconnu que ce n’était pas de changer les hommes au pouvoir qui pourrait amener une amélioration dans la situation des travailleurs.

Ils ont reconnu que tous les systèmes politiques n’étaient eux-mêmes que le résultat de l’organisation sociale de l’appropriation individuelle.

Alors ils s’attaquent à la propriété individuelle, à ceux spécialement chargés de la défendre.

De plus ayant remarqué que le luxe des riches n’était fait que de la misère des pauvres, voilà pourquoi tous ceux qui ne sont pas des travailleurs sont considérés comme des ennemis.

Vous pourrez verser des larmes d’attendrissement sur les femmes et les enfants que ces actes peuvent atteindre. Cela vous donnera le beau jeu mais ceux que votre exploitation fait crever de faim et de misère et fait disparaître, ces victimes, on n’en parle pas, elles sont pourtant tout aussi intéressantes.

Mais comme j’ai agi sous ma propre responsabilité, j’ai employé les moyens que j’ai jugé bons.

Que les bourgeois ne se plaignent pas, c’est leur leur propre férocité qu’engendre celle de ceux qui les attaquent.

Les inspecteurs

Lécureuil, Laemmer, Charlier

********************

Sûreté                                             Paris le 18 avril 1892

Rapport

Surveillance de 7h du soir à minuit

Ravachol nous a demandé à continuer d’écrire son récit mais nous lui avons répondu que cela nous était impossible vu que nous n’avions pas de papier sur nous.

Ravachol nous a dit alors qu’il voyait bien que nous ne voulions pas écrire et qu’alors il écrirait lui-même son récit.

Dehors, ajouta-t-il, il faut vaincre ou mourir, dedans, il faut mourir bravement.

Les inspecteurs

Charlet, Lécureuil, Laemmer

SOURCES : Arch. Préf. de pol. JA 8 et Ba 1132

Le congrès ouvrier communiste-anarchiste de la région du Midi à Sète 1881. Séance du 23 juin

Cette. Deuxième Congrès ouvrier de la région du Midi.

Compte-rendu officiel (suite)

Séance du jeudi 23 juin

Citoyens,

Les membres délégués socialistes au Congrès ouvrier du Midi, à l’unanimité moins 5 voix, flétrissent les menées policières du sieur Bousquet Abel.

Les intrigues jésuitiques de ce plat valet des valets du Maître ont été démasquées à la séance d’hier. Il a pris le prétexte d’une rectification au procès-verbal alors que son intention bien arrêtée était de faire une diatribe contre la majorité des délégués au Congrès du Midi (c’est ce que nous appellerons un premier mensonge). D’autre part, le citoyen conteste le droit des délégués du groupe anarchiste La Plèbe, qui, pour rester dans les principes qu’ils défendent, n’ont pas voulu donner leurs noms ; leurs pouvoirs ont été pourtant validés par l’unanimité des délégués au Congrès, qui savent à quoi s’en tenir sur le compte des délégués de ce groupe. (C’est là une manœuvre inqualifiable, nous en laissons la responsabilité à leurs auteurs).

A vos intrigues que vous qualifiez pompeusement du nom de sagesse, nous opposons, ce que vous appelez notre audace, qui n’est que la fermeté de nos convictions, jointe au désintéressement que nous apportons dans la lutte contre les exploiteurs. Nous n’avons pas besoin, comme vous, de tomber à genoux devant nos gouvernants, ne voulant rentrer dans aucune administration de L’État. – Ceux, qui tout en se déclarant vouloir le groupement des forces révolutionnaires, viennent dans un Congrès socialiste ouvrier pour y semer la division, sont les complices de nos gouvernants et exploiteurs. – Que le peuple soit juge entre eux et nous. – Nous les clouons au pilori de l’indignation publique ! (Suivent 30 signatures sur 36 délégués).

Après lecture de quelques rapports faits par les compagnons Lyard, Jean, de Cette, Thomaget de Béziers, Trévier de Marseillargues, qui se déclarent anarchistes violents, le compagnon Beyer de Marseille, cherche à faire de la conciliation et déclare que le bulletin de vote est un moyen de propagande dont on doit faire usage.

La parole est donnée au compagnon Bimard de Narbonne, rapporteur de la 1ère commission de résolutions pour donner lecture du rapport de cette commission ; après une discussion sur le mode de votation, le rapport de cette commission est adopté par le Congrès. (Il en est de même pour le rapport sur les autres questions).

Il ressort de l’ensemble des rapports des trois commissions des résolutions, tous adoptés à l’unanimité moins deux voix, une abstention et six absents sur trente cinq délégués, que le Congrès repousse les moyens pacifiques en général et le suffrage universel tout spécialement ; que le parti révolutionnaire ne doit faire usage que de moyens violents. Le congrès se déclare communiste au point de vue économique, et anarchiste au point de vue politique.

Le compagnon Hébrard, du Cercle du travail de Cette, dépose sur le bureau la proposition suivante, qui est adoptée : « Considérant que les collectivistes au Congrès du Centre n’ont pas tenu compte de l’autonomie des groupes socialistes anarchistes en excluant de son sein les délégués de ces groupes qui avaient un mandat impersonnel ;

Considérant que le Congrès du Centre a usé d’arbitraire vis à vis d’une fraction du parti révolutionnaire ;

Le Congrès du Midi déclare par ces raisons adresser un blâme à ceux qui se sont rendus coupables d’un pareil acte portant atteinte à la liberté des groupes anarchistes et passe à l’ordre du jour ».

Il est procédé ensuite à la désignation de la ville où se tiendra le prochain Congrès. – Il a été décidé que les travailleurs de la ville de Narbonne sont chargés de l’organisation de ce prochain Congrès.

Il a été nommé ensuite le compagnon Guy, de la Plèbe de Béziers, comme délégué au Congrès international de Londres.

Les délégués de la région du Midi s’engageront à soutenir et défendre les résolutions adoptées au Congrès du Midi.

Le Secrétaire-correspondant

L. Hébrard, rue des Cercleurs (prolongée)

Séance du jeudi 23 juin

Le bureau est ainsi composé :

1er secrétaire : Gouiry de Narbonne

2e secrétaire Tressaud de marseille

3e secrétaire André J. de Montpellier

4e secrétaire Boudet de Cette

Le procès-verbal, lu par le citoyen secrétaire est adopté. La parole est ensuite donnée au citoyen Bouziques, qui lit une protestation, au nom de la majorité des délégués, contre les menées policières du sieur Abel Bousquet, de Béziers (voir plus haut la protestation).

Après lecture de cette protestation, quelques explications sont indispensables pour édifier nos amis sur le compte de notre adversaire.

C’est un ancien policier ; qu’attendre d’une pareille créature ? Le métier de mouchard n’est-il pas le plus infâme ? Ne faut-il pas avoir perdu tout sentiment humain pour s’avilir à ce point ?

Aujourd’hui Bousquet éprouve de nouveau le besoin de rentrer dans une administration gouvernementale. Il a fait, un peu avant le Congrès une demande pour cela ; c’est pour l’obtenir sans doute qu’il est venu entraver les assises des travailleurs du Midi et combattre les théories révolutionnaires. Bousquet, après lecture de cette protestation, demande la parole, qui lui est accordée, et cherche vainement à se défendre ; il n’y parvient pas. C’est alors qu’il soulève un incident. Quelques délégués répondent. Le sieur Bousquet profite de cela pour dire que « Le Congrès étant intolérant envers lui, il se retire ! ». un tumulte indescriptible éclate dans le public, les révolutionnaires et les radicaux qui le composent échangent des paroles aigres douces. Pendant ce temps les délégués, après avoir essayé de rétablir le silence, restent vingt longues minutes sur leurs bancs, sans mot dire. L’ordre étant à peu près rétabli, le secrétaire déclare que la parole n’a pas été retirée au citoyen Bousquet, qui peut venir se défendre. Quelques membres du Cercle radical de Cette, qui sont dans la salle, interrompent systématiquement. – Le secrétaire déclare alors que les délégués vont se retirer dans un autre local. Après quelques paroles échangées de part et d’autre et voyant l’obstination de la salle hostile, les délégués se retirent et vont continuer leur séance au Cercle du travail, où environ 200 amis les accompagnent. La séance est donc reprise au Cercle du travail et le même bureau fonctionne. La parole est donnée au compagnon Guy, de la Plèbe de Béziers, qui dans un rapport bien conçu explique la signification du mot anarchie en disant que c’est la dignité réciproque de l’individu et que ce principe est le seul pour arriver à la possession de nos droits naturels.

Résolution

1ère Question : Que peut espérer le prolétariat de l’organisation sociale actuelle ?

Considérant que l’organisation sociale actuelle ayant pour bases essentielles la division des classes, la hiérarchie des fonctions, la concurrence, le salariat, l’héritage, la propriété individuelle et le gouvernementalisme, doit fatalement quelles que soient les étiquettes dont les politiciens présents ou futurs cherchent à l’affubler, engendrer le privilège et l’inégalité ;

Considérant que cette organisation a été crée, mise en œuvre et maintenue par les différentes factions qui, sous les drapeaux les plus divers, s’en sont à toutes les époques, disputé les bénéfices uniquement pour assurer l’exploitation du travail et des travailleurs au profit du capital et des capitalistes.

Considérant que L’État, qui, l’incarne et le résume, n’est qu’un syndicat de monopoles destiné à en garantir le fonctionnement régulier et à défendre, à l’aide de toutes les forces politiques et sociales centralisées entre ses mains contre toutes revendications, les prérogatives de cette aristocratie nobiliaire de l’ancien régime ; – que par conséquent il est à la fois par nature et par destination le gardien de la propriété et des autres « fondements de la société » et qu’il est en dernière analyse contradictoire d’espérer qu’il puisse jamais, sous n’importe quelle forme, remplir un autre office.

Considérant que les améliorations quelconques, considérables ou insignifiantes en apparence, que le peuple pourrait, à la longue, arracher aux classes dirigeantes et possédantes, seraient bientôt neutralisées par le jeu naturel des vieilles institutions restées debout : – que, ne restera-t-il qu’un seul et unique tronçon du système bourgeois, ce tronçon suffirait pour constituer le noyau central autour duquel ne tarderait pas à se grouper de nouveau, avec une puissance plus redoutable encore puisqu’ils auraient l’expérience en plus, tous les abus dont nous pâtissons ; que, par conséquent poursuivre, à la remorque des endormeurs intéressés, la réalisation de modifications graduelles – réalisation qui, par dessus le marché, n’est rien moins que certaine – c’est s’engager dans une voie sans issue, et s’exposer à gaspiller en pure perte le meilleur de notre temps et les meilleurs de nos efforts.

Considérant, que, plus nous allons, plus le vice fondamental de l’organisation sociale actuelle va s’accentuant davantage, par l’effet même des lois économiques qui font que le paupérisme suit un développement parallèle – sinon plus rapide même – au développement de la richesse publique, et grâce à la concentration de plus en plus grande du capital entre les mains d’une minorité de plus en plus restreinte, rejetant tous les jours dans les rangs du prolétariat salarié de nouvelles fractions de la bourgeoisie ;

Considérant que le temps, loin d’apporter un soulagement aux souffrances des travailleurs, ne fait, au contraire, qu’aggraver leur servitude, leur insécurité et leur misère et que la force des choses va désormais, d’une inéluctable logique, recruter au parti socialiste, dans les rangs des artisans, des petits boutiquiers et des petits propriétaires, écrasés d’impôts et victimes de l’usure, des auxiliaires nouveaux ;

Considérant que, si les socialistes militants se laissent prendre à la tactique mystificatrice qui consiste à faire croire aux néophytes qu’il y a moyen de tirer parti de l’organisation sociale actuelle, et que, sans secousse, sans bouleversement, ils pourront être dotés de réformes dont le besoin se fait sentir, tout l’avantage qui résulte du grossissement de notre armée, augmentée aussi de tous ceux qui, dans la bataille des intérêts, sont quotidiennement vaincus par le minotaure capitaliste, serait perdu pour la Révolution ;

Considérant que, si le parti socialiste commettait l’impardonnable imprudence de se constituer en parti légal, et d’accepter comme terrain de lutte, comme point de départ de son action, la situation actuelle et les institutions existantes, avec le chimérique espoir de replâtrage successifs et de perfectionnements graduels, Messieurs les privilégiés qu’on ne prend jamais au dépourvu, par cette simple raison qu’ils ont tous les atouts dans leur jeu, ne seraient pas longtemps à imaginer et à employer quelque procédé inédit qui enlèverait au peuple, en un clin d’œil, le bénéfice de ses conquêtes et le placerait sous un joug plus lourd encore qu’auparavant.

Considérant que, déjà, la bourgeoisie se prépare ouvertement en vue d’une éventualité semblable, comme les projets qui tendent à acclimater en France, à l’exemple de l’Amérique, les coolies chinois et à organiser des sociétés ouvrières dites des Indes françaises, qu’on « déporterait » hypocritement, sous le fallacieux prétexte de coloniser l’Afrique centrale en (illisible) de preuves significatives ;

Considérant que l’histoire de ces quatre vingt dernières années, l’observation des faits (illisible)

Le Congrès conclut :

Que le prolétariat n’a absolument rien à espérer de l’organisation sociale actuelle ;

Qu’il est de son intérêt comme de son devoir conformément à cette parole profonde de Saint-Just : « Ceux qui font les révolutions à demi ne travaillent qu’à creuser leur propre tombeau » – de consacrer toute son activité à préparer la destruction intégrale de cette organisation oppressive ;

Que toutes les réformes partielles seraient autant de duperies et que le renversement impitoyable de toutes les institutions actuelles, gouvernement, propriété, héritage, salariat, parlementarisme, armée, police, religion, bureaucratie, etc. – sans exception et sans merci, est le seul moyen « pratique » de recouvrer l’exercice de cette souveraineté du peuple, qui ne peut et ne doit être autre chose que la souveraineté de chaque citoyen en particulier, le seul moyen également de rendre possible l’avènement et la conservation de la justice sociale ;

Que cette « table rase » nécessaire et préalable à tout travail de réédification ne pouvant évidemment s’accomplir que par la force mise au service du droit, attendu qu’il est inouï que des privilégiés se soient complaisamment et d’eux-mêmes dessaisis de leurs prérogatives, l’unique idéal et l’unique programme des prolétaires doit se résumer ainsi : Organisation des forces révolutionnaires destinées à accomplir cette œuvre libératrice !

Deuxième question !

Organisation de la Révolution en présence du parti bourgeois.

Considérant, en présence des nombreux arguments fournis sur la première question, que la préparation de la Révolution par la force est la seule besogne à laquelle le prolétariat doit s’attacher ;

Considérant, qu’il est inadmissible que le prolétariat, se séparant ainsi définitivement de la bourgeoisie multicolore, lui emprunte, pour combattre, ses sophismes et ses procédés ;

Considérant que le suffrage universel n’est qu’un instrument de gouvernement entre les mains de nos maîtres et qu’il mérite effectivement ce qu’on dit de lui, qu’il était « la plus grande mystification du siècle », puisque, dans les conditions politiques et économiques actuelles, il n’est ni suffisamment éclairé, ni suffisamment libre, ni suffisamment sanctionné, et que, d’autre part, fut-il même indépendant, conscient et instruit, fut-il même pourvu de la seule sanction sérieuse, qui est l’armement du peuple, son mécanisme régulier n’en aboutirait à la subordination et à la mise hors la loi des minorités ;

Considérant que l’agitation électorale ne peut même pas, contrairement à l’erreur partagée par un certain nombre de révolutionnaires aveugles ou routiniers, servir à rallier les masses prolétariennes en vue de la grande lutte sociale, mais que, tout au contraire, son emploi, en dépit de toutes les explications et de tous les commentaires dont on pourrait l’accompagner, n’aurait d’autre résultat que d’entretenir un préjugé trompeur et de multiplier au sein de la masse essentiellement simpliste, non pas les convaincus, mais les dupes ou les sceptiques, sinon les complices ;

Considérant que le fait seul de participer à la loterie du scrutin et d’accepter la partie de dés pipés à laquelle nous convie la bourgeoisie, suffit pour donner à notre misérable condition, à notre infériorité subie, le caractère inexpiable d’une sorte de servage volontaire ;

Considérant que les situations nettes sont toujours préférables, et que, pour éviter de nouvelles désillusions et de nouvelles déconvenues, mieux vaut immédiatement, pour le parti socialiste, brûler ses vaisseaux.

Le congrès conclut :

Que le parti révolutionnaire doit se constituer en parti absolument distinct de tous les partis bourgeois, sans exception de nuances, en comprenant dans exclusion aussi bien les factions qualifiées radicales, intransigeantes ou (illisible) que la faction opportuniste et que les factions réactionnaires proprement dites ;

Que cette scission doit être complète et définitive, de telle sorte que le parti socialiste, affirmant la nécessité de la Révolution violente, se mette en hostilité flagrante avec la bourgeoisie et n’accepte pas la lutte sur le terrain où celle-ci voudrait l’attirer, parce que tous les avantages y seraient pour elle, mais qu’il choisisse, au contraire, et le lieu et l’heure du conflit décisif ;

Que par conséquent, le prolétariat s’organisant uniquement en vue de la destruction par la force de tout l’ordre actuel, ne doit plus, sous aucun prétexte, se mêler à l’agitation électorale, si ce n’est pour profiter de l’occasion des réunions publiques afin de faire le procès du suffrage universel, d’affirmer ses principes devant le plus de citoyens possible, de combattre tous les candidats et toutes les candidatures et de démontrer au peuple que le bulletin de vote ne pourra jamais donner une solution satisfaisante aux problèmes de la misère et du travail ;

Que cette sorte de déclaration de guerre est le seul moyen de creuser entre les politiciens et les travailleurs un fossé si profond qu’il ne puisse plus venir à l’idée de personne d’essayer de le combler ; – le seul moyen, en définitive, de rendre impossible ces essais de conciliation bâtarde qui ne servent qu’à endormir les plus militants et à retarder définitivement l’avènement de l’Égalité ;

Que la société se trouvant ainsi partagée en deux parti rivaux : d’un côté, ceux qui voudront conserver l’ordre social actuel, sauf ou non à l’améliorer peu à peu ; de l’autre côté, ceux qui voudront le détruire de fond en comble et à main armée, il ne restera plus de place pour les théoriciens du juste milieu, la nécessité s’imposant, sous peine de mort à ceci de tuer cela ; chacun ainsi mettra plus de dévouement, d’énergie et d’ardeur à se préparer en conséquence ;

Que, enfin, pour triompher du parti bourgeois et reconquérir ses droits méconnus, le prolétariat n’a d’autre tactique à adopter que de s’organiser exclusivement par et pour la Révolution.

Les secrétaires :

Alexandre Tressaud

Joseph Marmiés

Lacroix-Satac

La Révolution sociale 17 juillet 1881

Inédit. La vie quotidienne de Ravachol à la Conciergerie. 17 avril 1892

Sûreté                                                                Paris, le 17 avril 1892
Rapport

Le nommé Ravachol, après avoir passé une nuit tranquille, s’est levé à 6h du matin, en fredonnant quelques airs de chant.
Il nous a dit que c’était malheureux qu’il soit prisonnier car il s’était promis de faire un coup de maître le 1er mai.
Il est vrai dit-il, que de la parole aux actes, il y a loin, mais je pensais qu’en mettant le feu aux quatre coins de Paris, dans quatre maisons différentes en y louant une chambre et en y mettant le feu après avoir répandu de l’essence ou du pétrole, on aurait mis la Sûreté, la police, les pompiers et la troupe sur pied.
Tous ces gens auraient couru vers les lieux des sinistres, la manifestation n’aurait pas été inquiétée, les ministères, préfectures, auraient été (illisible) par une partie au moins du service qui se serait rendu sur le lieu du sinistre pour surveiller et inspecter, on aurait pu alors attaquer librement ces endroits et aller mettre à sac les maisons de riches, faire sauter à la dynamite tout cela sans être inquiété par la police qui serait sur les dents, éloignée et divisée par les lieux du sinistre.
La foule, l’anarchie, les dynamiteurs auraient pu facilement agir.
J’ai vu mon frère, je l’ai accosté bravement, il m’a dit : je ne croyais pas que c’était toi.
Comment, lui dis-je, tu sais bien de quoi je suis capable.
Il m’a répondu que ma photographie ne me ressemblait pas, que je n’étais pas si gras. Non, lui dis-je, je ne le suis pas j’avais reçu des horions.
Il me dit que ma mère devenait folle de cette arrestation et que ma sœur était très affectée, qu’elle n’était pas dans l’aisance et qu’elle avait un deuxième enfant, qu’il avait craint de perdre sa place parce que à un certain moment, depuis mon arrestation on lui avait fait des observations pour le travail, enfin que ces observations avaient cessé et qu’il continuait à avoir du travail. Il m’a dit qu’il viendrait me revoir et qu’il avait été amené à Paris par un journaliste.
Ensuite il nous a demandé, puisque nous avions quelque temps devant nous, de continuer à écrire sa vie.
L’inspecteur Laemmer à qui il s’adressait, lui a répondu que souffrant horriblement des dents, il ne pouvait acquiescer à sa demande.
Cette réponse a paru lui laisser des soupçons et l’a rendu rêveur.
Ah, dit-il, vous ne pouvez pas, c’est drôle cela.
Pourtant cette réponse devait lui paraître naturelle d’autant plus que depuis quatre jours cet inspecteur porte une mentonnière et a la tête complètement enveloppée.
Il devint depuis ce moment soupçonneux, continua à faire son lit et à ranger ses effets, travail qu’il avait entrepris en nous parlant.
Il nous à fait voir le dossier de la procédure que nous n’avons pas eu le temps même d’ouvrir.
Les inspecteurs
Lécureuil, Laemmer, Charlet

***************************

Sûreté                                                               Le 17 avril 1892

Rapport
Surveillance sur le nommé Ravachol

Nous avons l’honneur de rendre compte à Monsieur le commissaire de police, chef du service, que pendant la surveillance exercée de 7 heures du matin à midi sur le nommé Ravachol, il ne s’est rien passé de particulier de nature à être signalé.
Le détenu est allé à la promenade de 10 à 11 heures.
Il occupe ses loisirs à étudier sa procédure.
Richer, Maigre, Sénart

************************

Sûreté                                                                           Le 17 avril 1892
Rapport
Surveillance sur le nommé Ravachol

La surveillance exercée sur le nommé Ravachol de midi à 7 heures du soir n’a rien amené pouvant intéresser le service. (Il a vu son avocat avec qui il est resté de 1h1/2 à 2 heures et lui a remis un dossier). Nous avons été relevé par nos collègues Charlet, Lécureuil et Lesmer.
Gallet, Richbourg, (illisible)

Sûreté                                             Le 17 avril 1892*

Rapport

Surveillance sur le nommé Ravachol

Nous avons l’honneur de rendre compte à Monsieur le commissaire de police, chef du service, que pendant la surveillance exercée de 7 heures du soir à minuit sur le nommé Ravachol, il ne s’est rien passé de particulier et de nature à être signalé.

Le détenu s’est couché à 8 heures du soir et dormait lorsque nous avons été remplacés.

Richer, Maigre, Sénart

SOURCES : Arch. Préf. de pol. JA 8 et Ba 1132

*indiqué par erreur le 18 avril dans le rapport

Le congrès ouvrier communiste-anarchiste de la région du Midi à Sète 1881. Séance du 21 juin (suite)

Cette. Deuxième Congrès ouvrier de la région du Midi.

Compte-rendu officiel (suite)

En ce moment, un nouvel incident soulevé par un délégué, occasionne un tumulte indescriptible. Plusieurs délégués essayent tour à tour de prendre la parole pour l’apaiser, mais ils ne peuvent réussir. Le tumulte se prolonge pendant une demi-heure et l’on croit que la séance ne pourra avoir lieu. Enfin un délégué finit par faire comprendre au public qu’il faut de part et d’autre considérer comme clos les deux incidents qui viennent de se produire. Le calme se rétablit et le secrétaire donne la parole au compagnon délégué de la chambre syndicale des plâtriers de Montpellier pour lire son rapport sur la question de l’ordre du jour du congrès : Organisation de la Révolution en face du parti bourgeois. Le compagnon délégué ci-dessus parle principalement sur le droit au travail ; il s’étend sur les peines et les misères de la vie de l’ouvrier et constate que les patrons s’enrichissent presque toujours à son détriment. Nos patrons d’aujourd’hui, dit-il, sont venus dans notre ville portant tout leur bagage au bout d’un bâton et depuis ont fait des fortunes en exploitant leurs frères, en petit d’abord, puis en grand. Il propose la formation de chambres syndicales dans toutes les villes, comme moyen de défense de la classe ouvrière contre la classe bourgeoise.

Le compagnon délégué de la chambre syndicale des tailleurs de pierres et maçons de Cette, conseille, avec beaucoup de modération dans les termes, l’organisation du parti ouvrier en vue de la Révolution. Il demande surtout l’instruction pour les enfants du peuple.

Le compagnon délégué de la chambre syndicale des tonneliers de Cette, lit un rapport conçu à peu peu près dans le même sens, mais en termes plus énergiques.

Le secrétaire correspondant de la commission d’organisation du congrès donne lecture de différentes adhésions reçues dans la journée : du Cercle l’Émancipation d’Orange, de la citoyenne Paule Minck en ce moment en la prison des Présentines à Marseille.. La citoyenne Paule Minck proteste contre la stupide accusation de folie que les journaux réactionnaires ont répandu dans le public ; enfin le compagnon secrétaire de la commission d’organisation donne lecture d’une lettre d’une lettre du comité général exécutif des résolutions du congrès du Havre qui annonce qu’il a envoyé à Cette, comme dans toutes les villes où un congrès a été tenu ou se tient en ce moment, un délégué chargé de le renseigner exactement sur le véritable esprit de ce congrès.

Le compagnon délégué du Cercle Radical de Cette, se prononce contre la révolution et l’anarchie. Il dit que le bulletin de vote doit être notre seule arme. La question sociale, ajoute-t-il, est toute dans l’instruction. Lorsque le peuple manifeste énergiquement sa volonté par élections, ses adversaires sont bien obligés de céder. Témoins les 24 et 16 mai. Il demande l’instruction professionnelle : l’existence légale des chambres syndicales et les fédérations entre elles ; la suppression du travail de prison, etc. ; le programme radical tout entier et légèrement étendu.

Il compte beaucoup sur les candidatures ouvrières, partout où on pourra les organiser. Il reproche au parti révolutionnaire de marcher sans but. Il insiste surtout sur la nécessité d’améliorer sa situation sociale, à cause du renchérissement croissant des objets nécessaires à la vie, tandis que le salaire n’augmente pas en proportion. L’orateur n’a pas grande confiance en l’efficacité des grèves. Il déclare que le résultat en a été presque toujours négatif et quelquefois funeste pour les ouvriers. Témoins les grèves d’Aubin, du Creusot, de la Ricamarie, etc… Il faut préparer la révolution dans les esprits pour éviter une trop grande effusion de sang. L’orateur espère que le parti radical, qui renferme dans son sein le plus grand nombre de déshérités, s’alliera au parti révolutionnaire et que tous ensemble nous pourrons former des bataillons indomptables.

Le compagnon délégué de la Pensée libre de Marseille lui répond : Il se déclare nettement anarchiste et révolutionnaire, et s’efforce de réfuter point par point, dans une chaleureuse improvisation, tout ce qui vient d’être dit par le compagnon délégué précédent. Son discours est interrompu à plusieurs reprises par des applaudissements et par des cris : Vive la Révolution sociale ! On voit que le parti anarchiste a aussi un grand nombre d’adhérents dans la salle.

La séance est levée à 11h1/2 du soir et renvoyée à demain 8h1/2 du soir.

Exposé des idées socialistes, ainsi que des moyens de propagande et d’action.

Exposé des idées socialistes

Considérant que nous n’avons ni le droit, ni le pouvoir de déterminer à l’avance l’arrangement définitif de la société future, dont les éléments nous sont inconnus et qu’il faut au contraire laisser ce soin là aux intéressés eux-mêmes, plus aptes que personne à connaître la nécessité de leurs besoins ;

Considérant que personne ne peut être recevable à légiférer sur l’avenir, attendu que demain ne nous appartient ni ne nous regarde ;

Considérant que la postérité sont se montrent si soucieux certains réformateurs en chambre afin, sans doute, d’esquiver ainsi les responsabilités du présent, trouvera peut-être fort ridicules et forts insuffisantes les plus vastes et les plus avancées de nos conceptions sociales actuelles, et par conséquent tout le temps que nous consacrerions à discuter sur ses affaires et à décréter pour son compte serait du temps perdu.

Considérant qu’il n’y a point à se préoccuper de ce que feront ou ne feront pas les hommes, au lendemain de la Révolution, si tant est que la Révolution puisse avoir un lendemain – puisque la victoire de l’insurrection, en faisant table rase de l’ordre social actuel, aura eu précisément pour effet de détruire tous les privilèges contraires à l’égalité et de jeter bas toutes les entraves qui empêchent aujourd’hui les citoyens d’exercer librement leur volonté ;

Considérant que, les hommes évoluant et agissant alors dans la plénitude de leur indépendance, on peut s’en rapporter à leur propre intérêt, au besoin impérieux qu’ils auront de vivre et de bien vivre ; pour les décider à s’entendre et à agir de concert en vue de leur bonheur commun, mieux que ne sauraient le faire tous les législateurs anticipés ;

Considérant d’autre part, que sous le bénéfice des observations précédentes, il nous est bien permis, entre les différentes théories socialistes à l’ordre du jour, d’avoir de préférences pour celle qui nous paraît, en l’état, se rapprocher le plus de l’idéal de justice ;

Considérant que cette théorie de prédilection ne saurait être le collectivisme, pour plusieurs raisons, dont voici les principales ;

A. Le collectivisme implique la conservation de L’État, c’est à dire d’un gouvernement central, de la dictature du parti ouvrier, pour parler comme ses coryphées, ou plutôt de la dictature d’un « Comité » dit de « statistique » – ce qui perpétuerait la division de la Société en deux classes, la classe des gouvernants et la classe des gouvernés ; et ce qui d’un autre côté augmenterait le despotisme de L’État actuel du despotisme économique que donne la possession des capitaux, le tout multiplié par la centralisation nécessaire à ce nouvel état ;

B. Le collectivisme, qui a pour devise : « A chacun selon ses œuvres », sacrifie évidemment les incapables et les faibles ;

C. Le collectivisme respecte le droit de propriété, puisque à l’entendre, chaque travailleur pourra être individuellement propriétaire de son produit intégral – produit intégral dont le calcul exact, en vertu de l’enchevêtrement indéfini des diverses industries et des diverses opération économiques, est à peu près impossible. A un autre point de vue, plus général, le collectivisme respecte encore et maintient la propriété, qu’il se contente de transformer en propriété collective, de propriété individuelle qu’elle est aujourd’hui ; comme si ce droit odieux, pour être attribué à des groupes, à des corporations, aux communes ou à L’État, au lieu d’être attribué à une minorité de simples particuliers, devait cesser pour cela d’être le droit de propriété et de produire les mêmes résultats néfastes, comme si le nombre ou la qualité des propriétaires pouvait changer la nature de l’institution…

D. Le collectivisme est en contradiction avec lui-même, puisque tout en attribuant à chaque travailleur la disposition souveraine du produit intégral de son travail, il préconise en revanche la socialisation du sol et du grand outillage, oubliant que le sol n’a de valeur économique qu’à la condition d’avoir été fécondé par le travail et que l’outillage, grand ou petit, est également le produit du travail.

D’où cette conséquence, qui, en prenant au pied de la lettre les doctrines collectivistes, chaque agriculteur serait autorisé à revendiquer la propriété individuelle du lopin de terre qu’il aurait labouré, chaque groupe de mécaniciens aurait le droit de garder pour lui la machine qu’il aurait fabriquée, « les charges sociales remplies », ce qui nous ramènerait bientôt au régime de la propriété individuelle et de la concurrence.

Considérant, que cette société bourgeoise que nous voulons détruire jusqu’au dernier lambeau a deux foyers principaux, autour desquels rayonnent toutes les autres institutions du privilège ; deux clefs de voûte, deux pôles essentiels, qui sont L’État et la propriété.

Considérant que l’écroulement de ces deux institutions entraînerait la ruine immédiate du système tout entier et que, par conséquent la doctrine socialiste qui doit nous rallier sous son drapeau est celle qui ne laisse rien subsister du gouvernementalisme ni de la propriété.

Considérant que la doctrine qui réunit ces conditions est la doctrine connue sous le nom de communisme anarchiste, ou communisme libertaire, puisque, d’une part, elle consiste dans la guerre à toute autorité, à tout pouvoir, à tout État et dans l’empêchement permanent de la restauration d’un gouvernement quelconque : – D’autre part, dans la prise de possession, au nom de toute l’humanité, de toute la richesse existante sur le globe et dans la mise à la disposition de tous, conformément à cette formule négative de la propriété collective comme de la propriété individuelle : De chacun selon ses facultés, à chacun selon ses besoins ;

Considérant que la propagande du collectivisme – que certains de nos amis présentent comme un acheminement au communisme anarchiste est beaucoup plus difficile que la propagande du communisme-anarchiste, doctrine simple et à la portée de tous.

Considérant que nombre de citoyens qui se disent collectivistes sont des communistes au fond et s’imaginent que les deux mots sont synonymes, comme ils l’ont été longtemps autrefois ;

Le Congrès conclut :

Que, au lieu de s’occuper du lendemain de la Révolution, il est du devoir du parti socialiste de s’occuper de la veille et du jour de cette Révolution, c’est à dire des mesures qui en prépareront et en assureront le succès ; que sa besogne doit consister, non pas à substituer d’avance sa volonté et ses idées aux idées et à la volonté de ceux qui survivront à la bataille, mais à se disposer à renverser définitivement tous les obstacles qui pourraient l’empêcher de réaliser leurs idées et d’exécuter leurs volontés ;

Que le communisme-anarchiste, qui n’est guère qu’une négation de toutes les institutions liberticides d’aujourd’hui et la reconnaissance du droit imprescriptible de tous les êtres humains à organiser leurs rapports à leur guise, doit être préféré au collectivisme qui sous des formes inédites et sous des noms nouveaux, laisserait survivre presque tout ce que nous combattons.

II. Des moyens de propagande et d’action.

Considérant que l’union fait la force ;

Considérant que nombre de citoyens animés des meilleures intentions demeurent dans leur coin, sans agir, et rongeant leur frein, parce qu’ils se croient isolés et ignorent combien grande et profonde est l’agitation socialiste et révolutionnaire qui fermente aujourd’hui au sein des masses prolétariennes du monde entier ;

Considérant que, si le prolétariat était vaincu une fois de plus, ce serait un écrasement épouvantable dont la révolution ne se relèverait peut-être jamais, que, par conséquent, les révolutionnaires doivent mettre toutes les chances de leur côté, renoncer à la tradition chevaleresque, mais imprudente, qui poussait autrefois nos ancêtres à combattre à armes inégales ; chercher, enfin à tirer parti des découvertes de cette science moderne qui est aussi une force à sa manière et qui peut rendre des services signalés aux déshérités au lieu d’être comme le voudraient certains rhéteurs le gage d’une aristocratie nouvelle ;

Le Congrès conclut :

Qu’il est du devoir de tout socialiste convaincu et dévoué de réunir autour de lui, sous un prétexte quelconque, un groupe de camarades, auxquels il s’efforcera d’inculquer les principes révolutionnaires ; que ces divers groupes devront nouer entre eux des relations suivies et entretenir des correspondances régulières de façon à constituer, dans chaque région, une fédération compacte qui pourra pour la plus grande commodité des rapports, et tout en laissant à chaque groupe son autonomie entière, constituer un bureau central de renseignements dans une ville déterminée ;

Que cette fédération une fois constituée devra se mettre en rapport avec les fédérations semblables de la France et de l’étranger ;

Qu’elle devra donner à son existence la plus grande publicité possible, par le moyen de journaux, brochures, circulaires, conférences, etc., surtout dans les campagnes trop négligées jusqu’ici, qu’elle devra surtout appuyer, encourager, et, au besoin, provoquer toutes sortes de tentatives révolutionnaires, contre les institutions gouvernementales et capitalistes qui pourraient aboutir à la réalisation, même, passagère, sur un point quelconque de la région de tout ou partie du programme anarchiste : – refus des impôts, grève des conscrits ou des locataires, prise de possession de l’outillage, etc., de façon à précipiter à l’aide de cette propagande par le fait, l’organisation de la grande ligue des exploités contre les exploiteurs, des pauvres contre les riches, des dirigés contre les dirigeants ;

Qu’enfin, elle fera bien de proposer aux différents groupes, auxquels elle servira de trait d’union, de mettre à leur ordre du jour l’étude de la nouvelle stratégie insurrectionnelle conforme aux données de la science moderne, l’étude aussi des principales mesures à prendre par le peuple vainqueur pour s’assurer le bénéfice de sa victoire et la durée de la Révolution !

Attitude des délégués de la région, au prochain Congrès national.

Le Congrès invite le délégué de la région à s’engager à soutenir, au prochain Congrès national les résolutions précédentes.

La Commission

(La fin au prochain numéro)

La Révolution sociale 10 juillet 1881

Inédit. La vie quotidienne de Ravachol à la Conciergerie. 16 avril 1892

Sûreté                                                                le 16 avril 1892

Rapport

Surveillance sur le nommé Ravachol

Nous avons l’honneur d’informer Monsieur le commissaire de police, chef du service, que pendant la surveillance exercée de midi à 7 heures du soir, sur le nommé Ravachol, il ne s’est rien passé de particulier à être signalé.

Le détenu est allé à la promenade de 1 heure à 1 heure et demie.

A 2 heures et demie, M. le directeur de la Conciergerie est venu le chercher avec un surveillant et l’a fait conduire au parloir où son frère l’attendait. L’entrevue a duré une demie heure environ.

A 6 heures du soir, un huissier du parquet lui a apporté la copie de la volumineuse procédure faite contre lui à Paris.

A 7 heures nous avons été relevés par nos collègues et le détenu était entrain de lire sa procédure.

Richer, Maigre, Sénart

********************

Sûreté                                                             Le 16 avril 1892

Rapport

Surveillance sur le nommé Ravachol

La surveillance exercée sur le nommé Ravachol de 7 heures du soir à minuit n’a rien amené de particulier.

Lors de notre arrivée, il prenait connaissance de son dossier concernant son affaire, il l’a lu jusqu’à 10 heures.

Nous avons été relevés par nos collègues Charlet, Lécureuil et Lesmer

Gallet, Richbourg, (illisible)

SOURCES : Arch. Préf. de pol. JA 8

Inédit. La vie quotidienne de Ravachol à la Conciergerie. 15 avril 1892

Sûreté                                                                          Le 15 avril 1892

Rapport

Surveillance sur le nommé Ravachol

La surveillance exercée de 7 heures du matin à midi* sur le nommé Ravachol n’a rien amené de nature à être signalé au service.

Nous avons été relevés par nos collègues Charlet, Lécureuil et Lesmer.

Gallet, Richbourg, (illisible)

*************************

Sûreté Paris le 15 avril 1892

Rapport

Surveillance de 7h du matin à midi*

Le nommé Ravachol nous a témoigné le désir ardent qu’il aurait de voir son frère et s’est livré à la lecture le reste du temps.

Les inspecteurs

Charlet, Lécureuil, Laemmer

*******************

Sûreté                                                              Paris, le 15 avril 1892

Rapport

Ravachol nous a continué le récit de l’affaire de Notre Dame de Grâce.

Ci-joint une copie de ce récit**.

Le brouillon ou Minute lui a été laissé comme il nous l’a réclamé, ne voulant plus continuer à nous donner des détails si on ne le lui laissait pas.

Il a reçu la visite de son avocat qui l’a informé que son frère était à Paris et qu’il allait faire le nécessaire pour le faire communiquer avec lui.

Il lui a dit aussi que c’était un journaliste qui avait amené son frère à Paris.

Les inspecteurs

Charlet, Lécureuil, Laemmer

***********************

Sûreté                                                                  Le 15 avril 1892

Rapport

Surveillance sur le nommé Ravachol

Nous avons l’honneur de rendre compte à Monsieur le commissaire de police, chef du service, que pendant la surveillance exercée de minuit à 7 heures du matin sur le nommé Ravachol, il ne s’est rien passé de particulier à être signalé.

Le détenu dormait à notre arrivée d’un sommeil paraissant très calme et ne s’est réveillé qu’à 6 heures ½ du matin.

Richer, Maigre, Sénart

SOURCES : Arch. Préf. de pol. JA 8

*Les deux rapports portent les mêmes heures

** Cette copie ne figure pas au dossier