Couverture du Néo-naturien

Préfecture de police

Direction générale des recherches

2e brigade

3e division

1er bureau

Conférence mensuelle du groupe les Naturiens

Paris le 27 octobre 1895

Rapport

Hier soir a eu lieu, salle de la Tartine, 11 rue Lepic, la conférence mensuelle du groupe Les naturiens.

L’assistance était de 18 personnes.

Il n’a pas été formé de bureau.

La séance est ouverte à 9h 40.

Gravelle déclare qu’il croit inutile de répéter le but poursuivi par le groupe, tous les assistants le connaissent. « Ce dont nous devons surtout nous occuper, dit-il, c’est de faire le plus d’adeptes possibles.

Il regrette que l’assistance ne soit pas plus nombreuse et il en attribue la cause à la conférence de Sébastien Faure, à la salle d’Arras.

Un sieur Rabelin se déclare partisan du retour à l’état naturel car il estime qu’il est impossible aujourd’hui à un individu chargé comme lui de famille (il dit avoir cinq enfants) de vivre ou de faire vivre les siens avec le produit de son travail.

La sieur François, du groupe « Les Harmoniens » ne croit pas que l’espace de terrain qui a été calculé (12.000 mètres carrés environ) comme devant revenir à chaque individu si l’on revenait à l’état naturel, soit suffisant, car déclare-t-il, que pourra faire cet individu avec ce petit espace de terrain, s’il a, comme le citoyen Rabelin, cinq ou six enfants ; il sera donc obligé d’anticiper sur le terrain de son voisin.

Gravelle lui prétend qu’un hectare de terrain suffit à un individu, si chargé de famille qu’il soit, car il est certain que ceux qui n’auront pas d’enfants, viendront en aide à ceux qui en auront.

François raconte que le Petit Journal avait annoncé l’année dernière, qu’une colonie s’était formée dans la Californie par l’entremise d’une personne désintéressée qui aurait fourni une cinquantaine de mille francs. Il croit qu’il serait bon de consulter l’administration du Petit Journal pour savoir si cette colonie existe toujours.

Marné ne voit pas d’autre moyen pour faire cesser l’état de chose actuel en France qu’une révolution, à moins, dit-il, que nous fassions la connaissance d’un fou qui donne à nous naturiens, un terrain et de l’argent. Nous pourrions alors tenter de fonder une colonie, mais je doute que nous ayons jamais cette chance.

Bigot s’élève contre les et les pharmaciens qui, d’après lui, au lieu de guérir les malades, les achèvent plutôt. Voyez les peuples sauvages, déclare-t-il, ils n’ont ni médecins, ni pharmaciens et ne se portent pas plus mal.

La séance est levée à 11h50.

Le commissaire de police.

Archives de la Préfecture de police Ba 1508

Lire le dossier Les Naturiens, des anarchistes précurseurs de l’écologie politique