N°19

Cabinet du commissaire central de police de Roanne

Renseignements sur les antécédents de Fournier Pierre

Affaire Fournier Pierre

Renseignements demandés par M. le procureur de la république à l’occasion de la lettre émargée ci-contre.

Fournier a toujours eu une bonne conduite, sa mère n’a pas eu à se plaindre de lui car il l’a toujours défendu contre la brutalité de son père.

Il y a quelques jours que revenant d’une réunion de chez Pérard, il s’est montré furieux et il a dit à sa mère : « dès que la grève sera terminée si je ne trouve pas de travail, je veux en tuer un » (il parlait des patrons). Le revolver dont il s’est servi contre M. Bréchard a été nettoyé avant la grève par le nommé Epinat, frère du délégué du Comité central.

Je ne croirai jamais a dit la mère que mon fils a commis ce crime par sa volonté. Le bruit court dans le quartier, qu’il appartenait à une société, que l’on a tiré au sort hier matin, pour désigner celui qui ferait le coup ; car avant hier, il était gai, tandis qu’hier matin, il était triste.

Ne prenez pas de renseignements dans le quartier, personne ne vous répondrait car tout le monde a peur d’être arrêté.

Le 26 mars 1882

Le commissaire de police

Fournier Pierre a travaillé du 25 octobre 1879 au 20 mai 1880 chez M.M. Michalon et Cie. Il est rentré de nouveau le même 25 mai 1880 dans cette même maison et il y est resté jusqu’au 3 novembre 1880.

Le 8 novembre 1880, jusqu’au 5 février 1881, il est entré chez Deschavanne et Cie.

Du 15 mars 1881, jusqu’au 6 juin 1881, il a travaillé chez Guerny et Duperray.

Du 7 juin 1881, jusqu’au 7 février 1882, il a travaillé de nouveau chez M. Michalon Bertrand et Boutry.

Enfin du 16 mars 1882, il est retourné chez M. Dechavanne et Cie, jusqu’au 20 mars.

Je joins ici un carnet et un portefeuille saisi sur lui et dans lequel et dans lequel vous pourrez lire la chanson du prolétaire.

Corps des Vengeurs de la grève.*

Les nommés Guillot et sa femme

Gouvert et sa femme

Chollet et sa femme

Dubuis jeune

Dubuis aîné

Dumas fils

(illisible) Delaye

Source : 4 U 238 Archives départementales de la Loire

*Cette partie du document est rédigée de manière ambigüe. On pourrait croire qu’il s’agit d’un note trouvée sur Fournier mais cela parait peu vraisemblable car le juge d’instruction ne l’évoque jamais dans ses interrogatoires de l’accusé. Il s’agit plutôt d’une note du commissaire de police de Roanne, jointe à son courrier, donnant la liste d’une partie des membres du groupe des Vengeurs. Ce qui explique que le juge fasse référence à ce groupe dans ses interrogatoires.

Lire le dossier : Pierre Fournier de Roanne, premier propagandiste par le fait. 24 mars 1882