Réseau de l’Est

Commissariat spécial de police

Gare de Charleville

Charleville le 21 novembre 1893

Rapport

J’ai l’honneur d’informer l’administration supérieure, qu’en exécution de la réquisition ci-dessous de M. le Préfet des Ardennes,

« Nous Préfet des Ardennes,

En exécution des instructions du Ministre le Président du conseil, Ministre de l’intérieur,

Vu l’article 20 du Code d’instruction criminelle,

Requérons

Monsieur Krier Lucien, commissaire spécial de police à Charleville, que nous déléguons à cet effet,

De procéder d’urgence à une perquisition ayant pour objet de rechercher les matières explosibles de toute nature, les instruments ou produits servant à la fabrication ou à l’emploi des dites matières, les papiers et correspondances se rapportant ou se rattachant à ces projets d’attentats, qui se trouveraient au domicile ou en la possession des sieurs Daine Henri, Alfred ; Druard fils ; Borgniet ; Chuillot Vital ; Millard Joseph, Gustave ; dame Diseur Amélie, aubergiste, demeurant à Revin ou de tout autres personnes résidant dans ladite commune,

Et de dresser tous procès-verbaux, recevoir toutes déclarations, pratiquer toutes les saisies et arrestations que de droit.
Fait à Mézières le 20 novembre 1893

Le préfet des Ardennes. »

Je me suis transporté cette nuit par train VM à 2h55 du matin à Revin, où arrivé à 4 heures 15, je me suis rendu immédiatement à la gendarmerie et ai requis le commandant de la brigade, en vertu de l’article 25 du Code d’instruction criminelle, de mettre à ma disposition tels gendarmes de la brigade, pour m’assister dans mes opérations judiciaires.

Et à 6 heures du matin, accompagné du brigadier et de 3 gendarmes, j’ai commencé les perquisitions.

1° Chez le nommé Daine Henri, Alfred, né le 1er mars 1864 à Revin, fils de Xavier, Nicolas et de feu Elisa Blin, marié à Aglaë Noiret, un enfant, ouvrier mouleur, anarchiste de contrebande dangereux, demeurant près Malgré-Tout.

2° Millart Gustave, né le 6 août 1862 à Revin, fils de Auguste et de feu Victoire Daminette, célibataire, ouvrier noyauteur à l’usine Martin, demeurant chez sa tante Josphine Moraine Daminette, rue de la Vieille Paroisse.

3° Borgniet Joseph, né le 10 avril 1871, fils de feu Philippe et de Catherine Martin, marié à Rosalie Leherberghe, mouleur à l’usine Veuve Poncelet, demeurant chez sa belle-mère à Revin, derrière le lavoir.

4° Femme Routa, dite La Hyne, néeAstride René, le 28 août 1850 à Fumay, fille de Joseph René et de Florence Masson, marié à Routa Gustave, né à Revin le 2 octobre 1841, 6 enfants.

5° Cordier Léon, Eugène, né le 24 juin 1859 à Mohon, fils de Marie Chartier et de Prosper Onésime, marié à Stéphanie Baquet de neufmanil, 5 enfants, ouvrier ajusteur à l’usine Faure.

6° Chuillot Léon, Gustave, né le 29 janvier 1868 à Revin, fils de Marc et de Nanquette Léonie, Victorine, ouvrier mouleur sans travail, demeurant chez sa mère, actuellement en détention à la prison de Rocroi où il purge une condamnation de 3 mois pour vol.

7° Veuve Dromzée, née Diseur, concubine du nommé Cornet Henri, né le ?, âgé de 32 ans, né à Libin, province du Luxembourg (Belgique), expulsé par arrêté ministériel du 23 janvier 1893 pour avoir hébergé le compagnon Fortuné le 4 octobre 1892, lorsqu’il est allé faire une conférence anarchiste à Revin.

Le nommé Cornet qui a été autorisé à rentrer en France le 3 (?) dernier, par monsieur le Préfet des Ardennes, me sert d’indicateur anarchiste.

9° Enfin, chez le jeune Druard fils du nommé Druard Marc, Aimé, Melchior qui s’est retiré à Paris, 112 rue d’Allemagne, après acquittement dans l’affaire des attentats à la dynamite de Revin et Charleville.

Lesquels après avoir été faites scrupuleusement n’ont produit aucun résultat, si ce n’est la confirmation qu’ils sont tous lecteurs assidus du Père Peinard.

J’ajouterai que pendant le cours de mes perquisitions, l’indicateur Cornet, m’a informé que le nommé Moray, anarchiste expulsé de france, devait se trouver actuellement à Hiraumont, écart de Rocroi, chez les nommés Balle et Romans, tous deux anarchistes et correspondants du Père Peinard.

En rendant compte de ma mission à M. le Préfet, j’ai porté ce renseignements à sa connaissance et il m’a annoncé qu’il venait d’être prévenu de l’arrestation de certains individus ce matin par la parquet de Rocroi.

Le commissaire de police.

Source : Archives nationales F7 12507