Une quinzaine de membres de la section bruxelloise de l’Internationale ont répondu à une convocation extraordinaire pour le 6 août 1877, à 8h30 au Cygne. La Chambre du travail avait été convoquée pour la même heure et au même local. Il en résulta un échange d’explications assez vives entre Paterson et Bertrand, lequel devait être la cause consciente du contretemps.Il fut vivement critiqué par Brismée et Steens. Enfin la Chambre du travail se retira et Brismée prit la présidence de la Section de l’Internationale.

Paterson, ayant la parole, donna lecture d’une lettre du Conseil régional. Cette lettre lui avait été remise par Bertrand. Elle informait, qu’en vertu d’une décision prise au Congrès de Jemmapes le 20 mai dernier, une réunion préparatoire pour le Congrès de gand du 9 septembre prochain, aura lieu à Bruxelles le 19 août courant. L’auteur de la lettre désirait connaître quel sera le local qui sera affecté à cette fin.

Rien ne pouvant être discuté avant que Standaert, délégué de la section au Congrès de Jemmapes, n’ait fait son rapport, Brismée l’invite à rendre compte des décisions qui y ont été prises.

Standaert dit que six localités y ont été représentées, savoir : Bruxelles, Anvers, Verviers, Gand, le Centre et Jemmapes. L’état financier de la caisse fédérale est déplorable, depuis plus de 2 ans, la Fédération Verviétoise n’a rien versé. On s’était ensuite occupé du Congrès prochain qui doit se tenir à Gand et qu’à cet effet, un congrès socialiste belge préparatoire serait organisé.

Brismée soutient que le Conseil régional a abusé de son pouvoir. L’Internationale n’a nullement de congrès à organiser avant le le Congrès socialiste qui doit se tenir à Gand, et que ce n’est pas à elle de désigner cette localité. Il a été convenu de faire appel à tous les Socialistes belges afin de se préparer au Congrès universel, mais que Bruxelles, comme centre du pays, aurait dû être choisi à cet effet. L’orateur ajoute que l’Internationale, qui n’existe presque plus et ne possédant rien, n’a pas à s’occuper du Congrès socialiste. Son conseil ne paraît pas savoir ce qu’il fait, attendu qu’il a convoqué au Congrès de l’Internationale, les sections qui en faisaient déjà partie (à l’exclusion des autres), ainsi que celle de Verviers qui ne paye plus ; ce conseil aurait dû convoquer toutes les corporations ou associations du pays à un congrès de ce genre où l’Internationale n’a rien à voir.

Standaert dit qu’il a été décidé au Congrès de Jemmapes, que le Conseil régional aura son siège à Bruxelles.

Paterson informe que la section, pas plus que les autres corporations ouvrières de Bruxelles, n’a reçu la circulaire de convocation au Congrès de Gand, alors que c’est à elles que l’on fait appel. Il n’y a que Bertrand qui l’a reçue et qui sera délégué.

Steens croit que le Conseil régional semble ne plus représenter que Gand et Anvers. Ce conseil demande un local pour la réunion préparatoire à Bruxelles, et avant qu’on ne lui ait répondu, il fait publier, par la voie du Mirabeau et du Werker, qu’elle aura lieu au Cygne. Ce même conseil, devant inviter tous les groupes au Congrès de Gand, néglige de le faire.

L’orateur dit que le Conseil dégrade et avilit l’Internationale, société qui a fait trembler les gouvernements. Steens fait ensuite observer que lors même qu’on recevrait la circulaire, il serait impossible d’y satisfaire, en ne pouvant plus discuter les articles portés à son ordre du jour.

Brismée est du même avis et dit que le congrès de Jemmapes a fait les choses de travers. Toutes les associations du pays auraient dû être convoquées à un congrès socialiste et non les sections de l’Internationale seules.

Steens et Brismée se demandent en vain où le Conseil pourrait trouver l’argent nécessaire aux frais que supporterait ce congrès, pour celui que les sections de Verviers ont proposé de tenir dans leur ville du 1er au 9 septembre et pour être représenté au Congrès socialiste universel qui aura lieu du 9 au 17.

Bertrand répond qu’il n’est plus question d’un congrès de l’Internationale. La proposition qu’il émet, et par laquelle on écrirait au Conseil régional de l’Internationale, afin que toutes les associations du pays soient invitées à assister au congrès socialiste belge qui se tiendra à Bruxelles le 19 août est adopté.

Verryckken propose qu’un nouveau local, affecté aux séances de l’Internationale soit recherché, afin d’éviter d’entraver les opérations de la Chambre du travail ou d’autres sociétés dont certains des membres de la section en font partie. On tiendrait alors séances le samedi au lieu du lundi. Il propose en outre la révision des statuts et la formule d’un programme pour la section bruxelloise. Ces propositions sont adoptées. Elles seront discutées à partir du 11 courant.

Steens demande qu’il soit procédé à la rentrée des listes de souscription au bénéfice des déportés espagnols.

A 9 heures, la séance fut levée.

Source : Archives de la ville de Bruxelles POL 195

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