Saison 3 : Fortuné Henry, le syndicaliste CGT, fondateur du journal Le Cubilot. Lire l’ensemble des épisodes.
Vingt quatrième épisode. La « grève intermittente » de Fortuné Henry : nouveau concept pour rendre possible la « grève générale » ?

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Fortuné Henry. Album Bertillon septembre 1894. CIRA de Lausanne.

Le 21 août 1908, Fortuné se trouve dans les locaux de la CGT, rue de la Grange aux Belles. Devant plusieurs membres du conseil confédéral et Brossard du syndicat des cordonniers, il déclare que dans le cas où les membres dirigeants de la CGT seraient condamnés1, il faudrait « s’assurer des personnes de Clemenceau, Briand et Viviani »2

Le soir, l’Union des syndicats de la Seine organise un meeting à la salle du Libre-Echange, avenue de Clichy, afin de protester contre l’arrestation des principaux leaders de la CGT. Environ un millier de personnes y assistent. Luquet, secrétaire général de la CGT ouvre la séance : « Il s’agit de faire la discussion de la grève générale, de nous convaincre de sa nécessité. »3 Il explique que la dernière grève générale du 3 août a pleinement réussi.

Fortuné Henry au meeting du Libre-Echange. L’Eclair du 3 septembre 1908. Retronews.

Fortuné Henry s’avança pour lui répondre, la barbe soignée, vêtu d’un veston noir, une cravate lavallière dont les plis flottent sur un gilet blanc. Il commence à parler, allant de droite et de gauche, les mains dans les poches. Les idées qu’il développe ont une caractère de nouveauté. On est loin des phrases habituelles et toutes faites des théories de la grève générale, récitées comme une leçon et dont on sait à l’avance ce qui va être dit.

Fortuné ne s’appesantit pas sur les arrestations des dirigeants de la CGT, ni sur la grève de 24 heures. Il propose des méthodes d’actions nouvelles et se fait unanimement applaudir.

Fortuné Henry ne croit pas au succès d’une grève générale. Il préfère des grèves partielles et soudaines, sans motif apparent, dans le genre de la grève de deux heures que firent les électriciens de Paris : « Vous n’avez à la bouche que les mots de grève générale… Etes-vous en état de la faire ? Je réponds : Non ! La grève générale, mais c’est la révolution triomphante. D’ici là ! … Nous ne serons capables de la faire que lorsque nous tous, machines inertes, bêtes de passage au service de la bourgeoisie, aurons pris conscience de tout notre droit, lorsque au lieu de nous amuser à faire de petites grèves de rien du tout, pour obtenir 75 centimes de bénéfice à tout un atelier, nous serons capables d’arrêter le travail à notre heure, selon notre bon plaisir, parce cela nous plaira…

Actuellement, voilà ce qui se passe. Les ouvriers déclarent la grève. Ils apportent un cahier de revendications au patron qui demande un délai pour l’examiner. Pendant ce temps, il met ordre à ses affaires, prend des précautions, et lorsque la délégation ouvrière revient chercher sa réponse, il lève les bras au ciel et répond : « ce n’est pas possible ». Bernés, vous faites grève. L’usine se ferme. L’armée arrive… Puis c’est la misère au foyer, la faim, quelque fois les fusillades. Vous êtes vaincus d’avance.

Est-ce la formule réelle de lutte ? Risquer tout pour rien, est-ce raisonnable ? Il faut que le travailleur arrive à un état de conscience suffisant pour qu’il fasse grève, quand cela lui plaît, sans rien demander et sans explications, en ayant soin que cette interruption de travail corresponde exactement au moment précis où ça presse, où les commandes doivent être livrées… Vous voyez d’ici l’affolement des patrons devant leurs fours éteints, devant leurs camions chargés et laissés en panne, etc. Ils perdront de l’argent ? La Belle affaire ! Qu’est-ce que cela peut nous faire ?

Ils vous demanderont : « Qu’es-ce que vous voulez ? » Vous répondrez : « Rien ! » Ils vous diront : « Pourquoi cessez-vous le travail ? », vous n’êtes pas embarrassé pour répliquer : « Parce que ça me convient » ou « Parce que je suis fatigué » ou « Parce que le beau temps m’invite à la balade » ou « Parce que je suis maître de mes muscles et que rien ne m’ordonne de les faire servir à ton seul profit »

Quand vous vous serez livrés souvent à cette gymnastique, je vous jure que vous pourrez faire la grève générale ! »4

« Les électriciens ont donné un exemple qu’il faut suivre. Préparons donc l’arrêt brusque du travail dans toutes les corporations : au gaz, dans les chemins de fer et transports, dans l’alimentation, chez les typographes, etc., c’est le seul moyen d’arriver au résultat que nous poursuivons. Soyons tenaces et surtout pas de défaillances. » Ce n’est pas qu’il condamne la grève générale. Il estime, au contraire, que tel doit être l’objectif constant du monde des travailleurs. Seulement, pour y atteindre, il faut une préparation patiente, un entraînement de tous les jours, des «grèves intermittentes », habilement choisies comme celle des électriciens qui donnent aux ouvriers conscience de leur force véritable, en quelque sorte sans risque. « Ce n’est que le jour où le prolétariat dans son ensemble, ayant une notion exacte de son droit et la ferme volonté de l’imposer, que la grève générale pourra se faire avec succès. Jusque-là, ce n’est que fantasmagorie pure, entraînant à sa suite, si l’on veut passer de la théorie à la pratique, la misère au foyer, la faim, quelquefois les fusillades ». 5

– Si vous arrêtez subitement toute la vie industrielle et commerciale, a demandé un auditeur, comment ferez-vous pour manger ?

  • Comment avez-vous fait le 15 août ? à répondu Fortuné Henry. »6

A l’issue du meeting, il apparaît que Fortuné peut fort bien devenir, l’un des nouveaux dirigeants de la CGT, les anciens se trouvant emprisonnés et leurs remplaçant n’ayant pas une envergure personnelle suffisante.

Le journal l’Eclair7 remarque cette inflexion possible de l’orientation de la CGT, avec l’arrivée de ce potentiel nouvel animateur syndical, pouvant combler la place des syndicalistes emprisonnés : « Il nous a paru utile de connaître, autrement que par les périodes d’un discours de réunion publique, ce qu’est la tactique qui risque de succéder à celle des Griffuelhes et des Pouget. On ne combat bien que ce qu’on connaît bien. Nous avons demandé à M. Fortuné Henry un exposé des idées qu’il veut introduire à la C. G. T., et ce qui sera opposé à la grève générale dont nous avons vu d’incohérents essais : la grève intermittente. Il a préféré à une interview une déclaration précise : le document n’en est que plus exact.

Lors d’une entrevue ultérieure avec Fortuné, Maurice Leclercq, journaliste de l’Eclair donne de nombreux détails sur cette rencontre, dans le livre Ces messieurs de la CGT8 : « pour causer il nous entraîna dans son cabinet de travail. Une pièce claire, un bureau massif, à tiroirs, comme on en trouve dans les grandes administrations. Dessus, des lettres, des paperasses, deux cendriers pleins de débris et, dans le devant de l’encrier un cachet à manche d’onyx. Les rideaux, encore à accrocher, étalent dans un coin leur teinte verte. Sur la cheminée quelques photographies, des bibelots, deux vases en plâtre, artistiques et tourmentés. Au mur, dans un cadre, le portrait du frère cadet mort sur l’échafaud ; imberbe, la photographie lui donne un air maigriot et tout fluet.

Fortuné Henry s’assied devant le bureau, dans un fauteuil tendu de cretonne et laqué de blanc. Derrière lui, une bibliothèque, pareillement peinte, laisse voir ses rayons vides. L’anarchiste n’est là que depuis peu de jours ; il emménage.

Du geste, il nous désigne une chaise et, tout en fumant des cigarettes, nous causons :

  • Vous voilà à la Confédération Générale du Travail, maintenant ; comment y êtes-vous venu ?
  • J’en suis, sans en être ; et j’en ai toujours été de cette façon. Pouget est un de mes amis personnels, Griffuelhes aussi ; Lévy, Yvetot, Merrheim, Aulagnier, je les connais tous. Je considère que ce qu’ils font est, au point de vue révolutionnaire, la seule chose qui se tienne en ce moment-ci. Il y a dans les Fédérations, comme dans tout le mouvement syndical actuel, une force que l’on peut et que l’on doit utiliser.
  • Je vous croyais anarchiste et j’avais entendu dire que les anarchistes étaient hostiles au syndicalisme, comme à tout autre enrégimentement.
  • Sans doute, j’ai toujours été libertaire et je le reste ; mais pour les questions de groupement, il y a des accommodements avec les principes (sic).
  • Vous me dites que vous considérez la la Confédération Générale du Travail comme la seule force révolutionnaire à l’heure actuelle. Ne croyez-vous pas que les arrestations récentes lui aient été un fâcheux à-coup, et, pour tout dire, que les hommes qui ont succédé aux arrêtés, à Pouget et à Griffuelhes notamment, soient de taille à mener à bien leur œuvre, en les continuant ?
  • Voyez, vous étiez au meeting du Libre-Echange, m’avez-vous dit. Le mouvement continue sans eux, comme avant.
  • Dans votre discours, vous avez soulevé des points nouveaux, vous avez intéressé la salle et votre manière de conversation à la bonne franquette a paru la conquérir…
  • Oui, je parle comme je pense, tout simplement. Je déteste ceux qui « la font à l’orateur » en cherchant leurs effets et en calculant leurs intonations. Tenez, X… a parlé avant moi, eh bien, je n’ai pas pu rester à l’écouter jusqu’au bout, je suis sorti (sic).
  • Il a pourtant bien tenu son rôle, en défendant les arrêtés auxquels il succède.
  • Ce n’était pas ce qu’il disait, c’était sa manière.
  • Vous trouviez que c’était trop théâtre… Vous avez parlé avec beaucoup plus de simplicité.
  • Quand on a quelque chose à dire, c’est le seul moyen… Je n’avais pas parlé en public depuis cinq ans, le temps où je me suis enfermé à Aiglemont. Sans cela, autrefois, j’avais plus l’habitude. Mais cela a toujours été ma manière de venir aux réunions tel que je suis et d’y parler comme cela me vient…
  • J’en reviens à ce nous disions tout à l’heure. Vous pensez que les arrestations n’amèneront aucun flottement à la Confédération Générale du Travail. Pourtant, il semble que des divisions soient en train de s’y produire.
  • Croyez-vous ?
  • Au Libre-Echange, tels orateurs qui vont ont succédé ont reproché aux arrêtés « leur couardise et leur peur des responsabilités », disaient-ils. Et les mêmes, ont accentué encore la note, le 29 août, aux Sociétés savantes, jusqu’à esquisser une déclaration de guerre contre Luquet et les nouveaux chefs.
  • C’étaient des anarchistes : ce ne peut être autrement. Vous assistiez certainement à ce meeting… Eh bien, rappelez-vous la composition de l’auditoire. Ils devaient être deux ou trois cents. Je les connais bien. Cette attitude chez eux date de toujours.
  • Et qu’en pensez-vous ?
  • Je la désapprouve. Sans avoir tout à fait les mêmes idées que nous, les chefs de la CGT que l’on a arrêtés, menaient le même combat. Et puis, ce n’est jamais le moment de taper sur les gens, quand ils sont en prison. C’est faire le jeu de nos adversaires.
  • En même temps que les anarchistes, les éléments réformistes de la Confédération Générale du Travail se remuent aussi. Ils voudraient reprendre la direction… C’est ainsi qu’ils demandaient la révision des statuts confédéraux au congrès de Marseille et l’établissement de la représentation proportionnelle dans les syndicats.
  • Et le Congrès a repoussé leur demande par 741 voix contre 138 !
  • Mais cette idée peut être reprise : à Marseille ne l’était-elle pas déjà puisqu’on on avait discuté à Bourges.
  • C’est possible. Mais, en outre que les révolutionnaires demanderaient alors la représentation des minorités, impossible à leur refuser (ce qui diminuerait notablement le succès des réformistes, car leurs syndicats, nombreux en adhérents, possèdent tous de fortes minorités révolutionnaires) ; cela ne saurait avoir d’importance. 

Je sais qu’à la CGT, il y a quelques révolutionnaires qui accepteraient de rendre aux réformistes le gouvernement de la confédération. Moi-même, je souhaite que cela arrive et j’y vois un grand avantage.

  • Comment ?
  • Si les réformistes et les modérés prenaient la direction de la CGT et s’installaient au bureau, les éléments révolutionnaires resteraient toujours, placés derrière eux, pour les pousser. Vos réformistes devront marcher ensuite, et aussi loin que s’ils étaient révolutionnaires ; plus même, parce qu’on les talonnera. Ils devront faire, eux-même, ce qu’ils voudraient empêcher, tandis que les autres resteront à couvert.
  • Vous voulez dire qu’en cas de poursuites et de nouvelles arrestations, ce seraient les réformistes, ainsi mis en façade comme tampon, qui trinqueraient, tandis que votre état-major, plus actif, resterait intact.
  • Oui.
  • Et c’est dans ce sens que vous comptez exercer votre influence à la CGT, puisque vous y voici maintenant ?…
  • Mais je n’y ai aucune fonction.
  • Sans doute, mais mettons que vous y venez en auxiliaire, comme un allié…
  • C’est cela.
  • Eh bien, ma question reste entière. Qu’y comptez-vous faire ?
  • J’ai, là, une théorie très personnelle… Il y a d’abord la propagande antimilitariste qui est actuellement à continuer et à pousser activement même ; parce que, voyez-vous, tant qu’il y aura des soldats en face de nous, nous ne sommes pas encore en nombre suffisant pour faire la Révolution, ni la grève générale qui serait encore la révolution, ni même une grève partielle intéressante.
  • Vous condamnez donc momentanément l’idée de grève générale et même de grève partielle ?
  • Non. Je trouve en principe, très belle et parfaite, l’idée de grève générale. J’ajoute seulement que nous ne sommes pas outillés pour la faire, pour le moment. En attendant, nous devons trouver un moyen d’y suppléer, et de nous y préparer, en nous entraînant.
  • Mais ne disiez-vous pas aussi qu’on ne peut pas actuellement faire de grève, même corporative, intéressante ?
  • C’est qu’on les fait mal … Notez que ne dis pas de mal, en principe, des grèves corporatives ; c’est jusqu’ici le seul moyen que l’ouvrier possède pour essayer d’améliorer son sort ; ce qui est chez lui, même à côté de la révolution à faire, un désir très légitime et la grève corporative lui a permis d’y réussir quelques fois. Je déplore seulement que l’instrument soit si imparfait et je souhaiterais l’améliorer.
  • Comment l’améliorerez-vous ?
  • Par la grève intermittente… Comprenez moi bien. Qu’est-ce qui se passe d’ordinaire ? Les ouvriers d’une usine ont des revendications à présenter à leur patron. Ils nomment d’abord une délégation qui va le trouver. C’est un moyen détestable. Le patron demande huit jours pour « réfléchir» ; on accepte. Pendant ce temps-là, le téléphone et le télégraphe marchent ; on met en main les commandes les plus pressées ; des ballots de marchandises partent. Et quand, le huitième jour, les ouvriers reviennent chercher la réponse, le patron prend des airs confus pour leur dire : « J’aurais bien voulu, mais la concurrence… j’ai fait le calcul ; non, vous comprenez. Impossible. Je regrette, mais je ne peux pas. »

On se met alors en grève en criant très fort. Mais le patron est paré. Il a le temps d’attendre, tandis que le sous-préfet, prévenu d’avance, envoie des gendarmes dès le premier jour, et de la troupe à la première manifestation. La grève traîne lamentablement, et finalement échoue. C’était immanquable.

  • Et le remède, le moyen à employer au lieu de cela ?
  • Je vous le disais : la grève intermittente. Plus d’avertissements préalables ; la grève à l’improviste, comme les électriciens.

Cran… Tout d’un coup, les ouvriers de l’usine quittent le travail. Le patron accourt : « Pourquoi avez-vous arrêté de travailler ?

  • Parce que ça nous fait plaisir !
  • Et vous reprendrez le travail ?
  • Quand cela nous fera plaisir.

On reprend le travail une heure après, ou bien, indifféremment, huit jours plus tard. Et l’on recommence la semaine suivante, à moins que ce soit le lendemain…

Au bout de trois fois, le patron sera affolé… Il accordera tout ce que l’on voudra. Et, en même temps, les ouvriers, en se persuadant expérimentalement de leur puissance et de leur indépendance, auront avancé la possibilité de faire la grève générale et la révolution sociale de demain.

  • Et vous comptez répandre cette idée de la « grève intermittente » dans les milieux de la CGT ?
  • D’abord par une brochure que je vais publier et où j’expose mon système. Ensuite par mon journal, puis par des conférences comme celle que j’ai faite au mois d’août à l’avenue de Clichy. Enfin, je compte que les chefs de la CGT, qui sont mes amis et qui commencent à comprendre l’importance de ma théorie, quand ils seront convaincus de tout ce qu’elle peut donner, m’aideront à la répandre.
  • Le fait pour la Confédération Générale du Travail de l’adopter comme moyen de combat, supposerait qu’elle abandonne alors ses méthodes actuelles, pour la lui substituer… Ce serait alors pour vous, prendre de fait la direction de la CGT et la place qu’occupait hier, à sa tête Pouget.

Fortuné Henry leva les bras au ciel, dans un air de profond étonnement :

  • Je n’ai aucune ambition personnelle, absolument aucune ! Je lutte pour des idées, moi. Peu importe même que d’autres me les prennent. S’ils les faisaient triompher, il me serait indifférent que ce soient eux qui en aient le bénéfice moral, au lieu de moi.
  • Cas improbable, cher monsieur… Si votre idée triomphe, nous irons vous interviewer un jour, les uns ou les autres, dans l’ancien bureau de Griffuelhes, à la CGT.

Fortuné Henry se leva, agitant encore les mains, et cela mit fin à notre conversation.

Elle avait duré longtemps : plus d’une heure et demie. »

Le 22 août 1908, Merrheim se dispute avec Luquet, à propos de Fortuné Henry dont Luquet a favorisé l’introduction à la Confédération et à l’Union des syndicats. Il semble que Merrheim craigne que la concurrence de Fortuné puisse entraver son projet de remplacer Griffuelhes comme secrétaire de la CGT, si celui-ci était condamné. La discussion a lieu devant une demi-douzaine de militants. Merrheim reproche à Fortuné d’être arrivé à la réunion du Libre-Echange, les poches bourrées de prospectus annonçant l a parution de la Mère Peinard le 12 septembre. Selon lui, Fortuné ne cherche à s’introduire à la CGT que pour y diffuser son journal. Il reproche également à Burglin d’avoir accepté de collaborer à la Mère Peinard. Burglin répond qu’il a accepté de participer à un projet de revue bi-mensuelle qui a ensuite été abandonné.9

Fortuné s’est fixé durablement au Parc Saint-Maur où il installe l’imprimerie avec les machines venant d’Aiglemont. Sa villa comporte une avant-cour avec un jet d’eau au milieu d’un bassin, des allées de gravier, quatre bosquets d’angle donnent l’illusion d’un parc. A l’arrière se trouve un verger d’arbres fruitiers. L’imprimerie est installée dans une ancienne serre. Avec l’aide de deux compagnons, il réinstalle l’imprimerie de la colonie d’Aiglemont, afin de procéder au retirage de la brochure Lettres de pioupious. Il a l’intention de faire paraître La Mère Peinard dès le 19 septembre.10

Le 27 août 1908, Merrheim et ses amis continuent leur campagne contre la Mère Peinard et Fortuné. Ils l’accusent de mener « une combinaison malpropre » et citent le Cubilot qui devait « tout avaler » et finit bien drôlement au moment des grèves de Revin, alors qu’il aurait pu justifier son utilité. »11

Notes :

1 A la suite des événements de Villeneuve-Saint-Georges, le 31 juillet, le parquet de Corbeil émet un mandat d’arrêt contre une trentaine de responsables de la CGT.

2 Archives de la Préfecture de police Ba 1602

3 Le Figaro 22 août 1908

4 La Lanterne 24 août 1908

5 Le Temps 23 août 1908

6 L’Aurore 22 août 1908

7 L’Eclair 3 septembre 1908

8 Ces Messieurs de la C.G.T.: profils révolutionnaires par Maurice Leclercq et E. Girod de Fléaux. Société d’éditions littéraires et artistiques, 1908

9 Archives de la Préfecture de police Ba 1602

10 Archives nationales F7 15968

11 Archives de la Préfecture de police Ba 1602

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