Sous ce titre : L’Armée de la Révolution, le Gaulois publie un travail où sont énumérées les forces révolutionnaires dont disposent les manifestants. des journées du 9 et du 11 mars, en vue de faire la troisième journée le 18 mars. Il y a les blanquistes, les collectivistes et les anarchistes :

Ces trois partis, qui sont unis dans le souvenir du 18 mars, sont encore aujourd’hui confondus dans l’action révolutionnaire.

Cette fusion s’est faite non pas. entre les états-majors, que la jalousie divise et qui continuent à se faire la guerre, mais entre les simples membres, entre les soldats sans galons.

Un incident judiciaire et un journal ont déterminé la coalition révolutionnaire. L’incident, c’est le procès de Lyon, la condamnation du prince Kropotkine, de Gautier et consorts, ce qu’on appelle : le jugement de Jacomet, du nom du président qui a prononcé le jugement.

Le journal, c’est la Bataille.

Après le procès de Lyon, qui fut bien réellement un procès de tendances et d’opinion, les socialistes de toutes écoles, voyant que les condamnés avaient été frappés, non pour leurs opinions particulières d’anarchistes, mais pour des doctrines contraires à l’ordre social que tous les révolutionnaires professent indistinctement, se déclarèrent solidaires de Kropotkine et de ses amis. La Bataille entreprit résolument de démontrer cette solidarité. Son tirage s’en accrut, et aussi son influence morale et la personnalité de son rédacteur en chef, M. Lissagaray.

M. Lissagaray est le seul journaliste qui ait gardé une popularité parmi les révolutionnaires. M. Henry Maret et M. Henri Rochefort sont excommuniés par les anarchistes. M. Lissagaray a leur confiance. Ils sont ses lecteurs, c’est à lui seul qu’ils apportent maintenant leurs communications . Cette popularité chez les anarchistes a son prix; car aujourd’hui ces compagnons, ainsi qu’ils s’appellent entre eux, mis en lumière par les événements, mènent le mouvement.

Ils sont cependant une minorité dans le parti révolutionnaire. Sur 25.000 adhérents des chambres syndicales, des groupes, des cercles d’étude, etc., les anarchistes ne comptent pas pour plus du cinquième. Les quatre cinquièmes appartiennent au parti ouvrier (broussiste ou guesdiste), aux blanquistes et aux indépendants.

Les cinq mille anarchistes qu’il y a dans Paris sont répartis entre trente-neuf petites sociétés, dont voici les noms :

GROUPES ANARCHISTES DE PARIS

Cercle du Panthéon.

Cercle de la rue Descartes.

Cercle du Ve.

Cercle du XIIIe.

Groupe du faubourg Marceau.

La Jeunesse anarchiste.

La Jeunesse anarchiste internationale.

Cercle du XVe.

La Panthère des Batignofles.

La Sentinelle du XVIIIe.

Les jeunes Prolétaires de Montmartre.

La Torche de Belleville.

Groupe du faubourg Antoine.

Le Groupe de Puteaux.

Le Groupe de Clichy.

Cercle anarchiste de Levallois-Perret.

L’Action.

L’Aiguille.

Groupe des peintres.

Comité révolutionnaire des écoles.

Cercle des cosmopolites.

Groupe de propagande anarchiste.

Groupe de menuisiers en voiture.

La Nitro-Glycérine.

Les Egaux de Montmartre.

L’Avant-Garde.

Les Insurgés.

Groupe anarchiste de Charonne.

La Vengeance anarchiste.

Groupe du canal Martin.

Les Egalitaires du IIIe arrondissement.

Les Anarchistes du XIVe.

Groupe anarchiste du XVe.

Groupe anarchisie du XVIe.

Groupe d’études anarchistes.

Les Travailleurs révolutionnaires du Ve.

L’Emancipation. Groupe anarchiste du XXe.

Groupe des Travailleurs communistes révolutionnaires.

Ces trente-neuf groupes sont indépendants les uns des autres. Aucun comité central ne les dirige. Ils n’ont pas de chef. A peine ont-ils subi pendant quelque temps la dictature de la persuasion et de l’éloquence exercée par Emile Gautier.

Mais si un groupe est toujours libre d’agir isolément, les principes n exigent pas qu on ne s’entende jamais. Les groupes ont donc fondé ce qu’ils appellent : la Réunion des groupes anarchistes. C’est cette réunion qui arrête les mesures d’ensemble conformes à la tactique du parti.

Un vote de la réunion n’engage pas plus les groupes que le vote d’un groupe n’engage ses adhérents, la base de l’anarchie étant l’indiscipline. Mais toujours les groupes et les individus sont d’accord sur les désordres à susciter, les grèves à entretenir, etc.

Le Gaulois termine en disant que la Bataille, qui tire à 35.000, tient en échec ou même entraînera les 287,000 lecteurs du Réveil, du Mot d’ordre, de la Marseillaise, du Radical, de l’Intransigeant, de la Lanterne et du Petit Parisien, parce que ces 35.000 hommes qu’elle groupe sont prêts à tout pour faire éclater la révolution.

L’Univers 16 mars 1883