Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

Né le 7 mai 1842 à Lyon (Rhône) ; mort le 24 octobre 1911 à Paris (XIIeme arr.) ; ouvrier en chaises ; anarchiste parisien.

François Hénon se maria le 27 septembre 1873 à Paris (XIIe arr.) avec Marie, Mélanie Nicolas, couturière. Il demeurait alors 104 rue de Charenton. Il habitait auparavant 29 quai des Brotteaux à Lyon.
En 1881, Hénon qui demeurait Faubourg Saint Antoine, était membre du groupe du XIIème arrondissement
Début décembre 1883, François Hénon hébergea un compagnon nommé Jamard qui s’était enfui de l’asile de la Ville-Evrard, où il avait blessé grièvement à coups de pied et de poing deux des gardiens qui voulaient s’opposer à sa fuite. Il se réfugia alors en Angleterre. Mais il lui prit la fantaisie de revenir à Paris. Aussitôt son retour, il s’affilia à un groupe anarchiste, animé par Digeon, et alla demeurer, 12, passage des Quinze-Vingts, chez François Hénon.
Il y fut bientôt découvert et le commissaire Cotton d’Englesqueville alla, avec des agents, procéder à son arrestation. Cette arrestation rendit furieux Hénon qui avait donné asile à Jamard. Il fit part de sa colère à plusieurs personnes :
- Si Jamard m’avait fait un signe, dit-il, je tuais le commissaire d’un coup de revolver. Mon arme était dans la poche de mon veston.
Depuis il avait, à plusieurs reprises, parlé de vengeance.
Le 14 novembre 1883, Hénon fit publier un communiqué dans Le Cri du peuple, à propos de l’arrestation de Jamard : « Jamard, s’imaginant n’avoir plus rien à craindre en France et pris du désir de revoir sa fille, revint a Paris, le 1er novembre courant et chercha immédiatement du travail.
Après beaucoup de recherches, il avait obtenu d’entrer dans la maison Hermermann ; rue de l’Asile-Popincourt et devait commencer son travail aujourd’hui 12 octobre.
Mais il comptait sans l’infamie de la police :
Hier, 11 octobre, à sept heures et demie du matin, une légion de gardiens de la paix s’est présentée à mon domicile, où se trouvait Jamard.
Cette bande, commandée par le commissaire de police Cotton d’Englesqueville, a envahi ma demeure, sans égard pour un de mes enfants malade et malgré mes protestations.
Jamard a été attaché violemment et arraché de mon domicile sans qu’il y ait eu de sa part la moindre résistance et qu’il se soit borné à dire qu’il savait que c’était le révolutionnaire que l’on persécutait en lui.
Depuis lors, je ne sais ce qu’est devenu mon ami dont de nombreux témoignages établiront la parfaite sanité d’esprit, dans l’enquête que vous voudrez bien demander au nom de ses amis.
Il faut absolument empêcher que les oubliettes de la Bastille soient sous la République remplacées par des cabanons de fous.
F. HÉNON,
Chaisier, 46, rue de Lyon, passage des Quinze-Vingt. »
Le 13 décembre 1883, une forte détonation avait mis en émoi les habitants de la rue Crozatier. Vers deux heures du matin, une bombe lancée par un individu venait tomber dans une chambre située au deuxième étage du n° 6 de cette rue, où se trouvait au premier étage de cette maison, un appartement occupé par M. Cotton d’Englesqueville, commissaire de police du quartier des Quinze-Vingts, et le dangereux engin semblait lui avoir été destiné.
Cette bombe n’avait blessé personne, mais avait brisé une grande partie du mobilier. L’engin, qui avait dû être lancée de la rue, était composée d’une quantité de matière explosible et de limaille de fer, le tout enveloppé dans un papier grossier.
Le 14 décembre 1883, François Hénon était arrêté, suite à ses menaces émises contre le commissaire.
Avant qu’il fût jour, le commissaire de police Cotton d’Anglesqueville, accompagné d’un brigadier et de dix agents, dont deux pourvus de torches allumées, se présenta au domicile d’Hénon et somma celui-ci de lui ouvrir.
Quand la porte fut ouverte, le commissaire qui, lors de la dernière arrestation de Jamard, avait dit à Hénon, en ton de menace, qu’ils se reverraient bientôt :
— Je vous avais bien dit, M. Hénon, que nous nous reverrions bientôt. Au nom de la loi, je vous arrête.
— Avez-vous un mandat pour vous présenter ainsi, sans que rien puisse motiver une pareille visite ?
Un mandat, j’en aurais plutôt deux qu’un pour vous — dit le commissaire en exhibant un mandat du Préfet de police et en commençant une perquisition, après avoir recommandé à ses agents d’empêcher toute communication entre Hénon et les membres de sa famille.
La perquisition permit de découvrir un revolver n° 7, déjà saisi par la police dans une précédente visite et qui lui avait été restitué, comme étant d’un calibre toléré pour la défense personnelle. Le commissaire se retira en emmenant son prisonnier, et en laissant Mme Hénon et ses deux enfants presque asphyxiés par la fumée des torches.
Cet attentat semblait avoir pour motif une vengeance anarchiste. Le commissaire avait instruit une partie de l’affaire Louise Michel. C’est également lui qui avait arrêté Aumaréchal.
Dans la perquisition opérée à son domicile, on avait trouvé divers objets suspects, notamment des pois fulminants de la grosseur d’une noisette, des feux de Bengale ayant une mèche de deux centimètres environ, du sulfure de carbone et une certaine quantité de poudre.
Mais les feux de Bengale étaient les joujoux connus sous le nom « d’étrons suisses », et que la police avait pris pour des bombes ; les pois fulminants étaient semblables a ceux que tous les enfants avaient dans leurs poches.
Hénon était incarcéré à la prison de Mazas, et sa femme et ses enfants furent privés du produit de son travail dont ils avaient besoin pour vivre.
L’accusation du commissaire ne tenait pas face aux alibis de Hénon : deux heures avant le fait dont on l’accusait, il était à une réunion rue Saint-Antoine et il était rentré chez lui directement sans passer dans la rue Crozatier. Après 12 jours de prison préventive, Hénon bénéficia d’un non-lieu pour l’attentat de la rue Crozatier.
Selon Jean Grave Hénon était parent du maire de Lyon, « vantard et bavard, il confiait, à qui le rencontrait, sous le sceau du secret, qu’il projetait de faire sauter le Sacré-Coeur », bavardage qui aurait amené Le Figaro à publier qu’un « groupe d’anarchistes se proposait de dynamiter la basilique de Montmartre ».
Le 12 février 1884, Charles Bourdon, âgé de vingt-trois ans, demeurant faubourg Saint-Antoine, et François Hénon, sortaient vers minuit d’une réunion tenue au gymnase Tournayre , 66 boulevard Ménilmontant, quand, arrivés à l’angle de ce boulevard et de la rue des Panoyaux, ils se mirent à chanter la Carmagnole. Deux agents survinrent et les invitèrent à s’abstenir de tout tapage nocturne ; mais Bourdon et Hénon ne tinrent aucun compte de cette observation. Comme ils persistaient à chanter, les agents les avaient alors appréhendés et conduits au bureau de M. Gonet, commissaire de police, qui, après interrogatoire, les avait gardés à sa disposition. Selon une autre version donnée par Le Cri du peuple, l’arrestation de Hénon et Bourdon serait due à une méprise de la police qui aurait confondu l’un d’eux avec Tortelier.
En 1885, il participait aux réunions du groupe du Faubourg Saint Antoine.
Le 28 avril 1885, Gustave Leboucher, condamné à 3 mois de prison, avait demandé qu’il puisse le visiter à la prison de Mazas. Il demeurait alors 38 bis rue Traversière.
Le 25 mai 1885, Hénon fut blessé de coups de sabre à la tête et aux épaules, lors d’une bagarre au Père Lachaise.
Début 1887, il participait aux réunions du groupe Le Drapeau noir qui se réunissait 195 boulevard de Charonne.
Le 12 février à la réunion du groupe, il parla des perquisitions faites dans les bureaux du Révolté, à la suite des explosions de Lyon, disant que la police était bien bête d’aller demander à Grave les noms des auteurs de ces explosions.
C’est sur sa proposition que le 13 février 1887, après sa réunion, le groupe s’était rendu au Père Lachaise sur la tombe de Jules Vallès et au mur des Fédérés où des discours furent prononcés par divers orateurs.
Le 7 mai 1887, il proposa l’édition de bulletins de votes tronqués pour les élections, afin de les faire compter comme nuls et posa le problème du financement de l’impression de ces bulletins.
Il était également signalé dans les réunions du groupe L’avant garde du XVe.
Le 29 avril 1893, d’après un relevé de la 2e brigade de recherches de la Préfecture de police, François Hénon demeurait 14 rue Keller chez M. Gevaudan. Il figurait sur l’état récapitulatif des anarchistes au 26 décembre 1893.
Le 1er juillet 1894, le commissaire Bernard effectuait une perquisition à son domicile, sans résultat. Il était arrêté et inculpé d’association de malfaiteurs.
Son dossier à la Préfecture de police portait le n°206.236.
A la fin de sa vie, il demeurait passage Abel Leblanc. Il était l’époux de Louise Bonneville.

SOURCES :
Archives de la Préfecture de police Ba 310,1145, 1499,1500, 1506,1508. — Quarante ans de propagande anarchiste par Jean Grave, L’Histoire/Flammarion 2e trimestre 1973, p.166. — Archives de Paris. Etat civil. — Le Gaulois 14 décembre 1883. — Le Figaro 15 décembre 1883. — Journal des débats 13 février 1884. — Le Cri du peuple 14 novembre 1883, 15, 17, 29 décembre 1883, 14 février 1884, 26 mai 1885. — Notice Hénon du Dictionnaire des militants anarchistes.