Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

Né le 31 mai 1865 à Saint-Avold (Moselle) ; porteur de journaux, marchand des quatre saisons ; anarchiste de Saint Denis (Seine-Saint-Denis).

Pierre Guerlinger était dans les années 1890-1895 membre du groupe anarchiste de Saint-Denis.
En juin 1891, il habitait 7 rue du Quatre-Septembre, il était porteur de journaux. Son dossier à la Préfecture de police portait le n°13.862. Il était noté sur la liste des anarchistes de Saint-Denis.
Sur mandat de M. Couturier, juge d’instruction, le service de la Sûreté opérait le 18 juin 1891, l’arrestation de deux anarchistes Emile Voyez, âgé de vingt ans, demeurant quai Michelet à Levallois-Perret, et Pierre Guerlinger. Des perquisitions pratiquées à leurs domiciles amenaient la découverte de brochures et de placards révolutionnaires ainsi que de revolvers de fort calibre. Voyez et Guerlinger étaient soupçonnés d’être les auteurs de l’explosion qui avait eu lieu, la semaine précédente, au commissariat de Levallois-Perret. Ils étaient écroués au Dépôt, à la disposition de M. Couturier, juge d’instruction de cette affaire qui semblait avoir été classée sans suite.
Le 4 janvier 1892, à 8 heures l/2 du soir, les sergents de ville, de surveillance rue Compoise, à St Denis, remarquaient deux jeunes gens d’allure suspecte, dont l’un cachait un sac sous son bras ; ces deux jeunes gens se trouvaient à proximité d’une porte cochère sous laquelle le marchand charbonnier Aygalenc déposait ses marchandises.
Les agents continuèrent à marcher sans cesser de les surveiller. A un moment, ils virent l’un d’eux, Guerlinger, entrer sous la porte congère, laissant dehors son compagnon qui faisait le guet.
Bientôt, Guerlinger reparaissait tenant un sac qu’il venait de remplir et le remettant à son complice qui traversa aussitôt la rue en l’emportant.
L’un des agents se montra alors et allant vers lui l’interpella au sujet de son sac qu’il fouilla et dans lequel il vit trois rondins et un fagot.
Pierri, lui déclara avoir acheté le bois à un marchand, dont il ignorait le nom.
L’agent le conduisit au commissariat de police. En en sortant il rencontrait son collègue qui venait d’arrêter Guerlinger. Ce dernier avait opposé une résistance passive sans cependant exercer des violences. Il était en possession d’un revolver chargé, d’un couteau à ressort et d’une pince-monseigneur qu’il avait laissé tomber au moment de son arrestation.
Devant le commissaire de police, Pierri et Guerlinger faisaient des aveux complets ajoutant, comme seule explication, qu’ils avaient pris du bois pour se chauffer quant aux objets trouvés en la possession de Guerlinger, tous deux avaient fourni la|même explication : ils les avaient trouvés sur les glacis du fort de la Briche où ils étaient enveloppés dans un chiffon.
Une perquisition faite, 10 rue de Strasbourg, dans le logement occupé par Guerlinger et où il donnait l’hospitalité à Pierri depuis un mois avait amené la découverte d’une certaine quantité de brochures et manuscrits anarchistes. On avait également saisi un carnet contenant l’indication de la formule d’un mélange qui pouvait être explosif.
Le 6 février 1892, Pierri et Guerlinger comparaissaient devant la 8e chambre sous les inculpations de vol et de port d’arme prohibé.
A l’audience, les prévenus déclarèrent : « Nous prenons notre bien où nous le trouvons. Pourquoi y eu a-t-il qui possèdent tout alors que d’autres n’ont rien ? »
Le tribunal les condamnait à 13 mois de prison chacun, pour trois rondins et un fagot de bois, d’une valeur de 30 centimes. La sévérité du jugement était probablement motivée par leur déclaration anarchiste et par le fait que lorsqu’on les avait arrêtés ils étaient porteurs d’un revolver, d’un couteau à ressort et d’une pince-monseigneur.
Le 26 avril 1893, l’indicateur X n°3 faisait savoir que Guerlinger, Pierri et Segard se réfugiaient à Argenteuil pour échapper à une arrestation en vue du 1er mai.
Pierre Guerlinger figurait sur l’état récapitulatif des anarchistes au 26 décembre 1893, il habitait impasse Lesné à Saint-Denis. Il était considéré comme militant et une mention était ajoutée : « condamné pour désertion » mais un Guerlinger Pierre avait été exempté du service militaire lors de la classe 1885, sans que l’on puisse déterminer s’il s’agissait de la même personne.
Le 1er janvier 1894, il avait été laissé en liberté après qu’une perquisition à son domicile14 rue du Fort de l’Est à Saint-Denis, par le commissaire Baube, n’ait rien donné. Le même jour le juge d’instruction Meyer le faisait figurer sur une liste d’anarchistes dont le courrier devait être saisi par l’administration des postes qui le remettait à la police. Cette ordonnance fut levée le 10 janvier et Guerlinger ne figurait plus sur la nouvelle liste. Il était alors sans travail et achetait du poisson aux halles qu’il revendait à Saint-Denis. Interrogé par un journaliste du Radical il fit le récit de cette perquisition : « « J’habite, nous dit Guerlinger, tout près d’ici, au 24 de la rue du Fort-de-l’Est. J’étais couché avec ma femme quand on a tout à coup frappé violemment à la porte.
J’ouvre et un monsieur entra me disant : « Je suis M. Guilhem, commissaire de police de Clichy et je viens perquisitionner chez vous »
— Vous avez de la chance de me trouver, lui ai-je répondu ; mais puisque vous en avez le mandat, faites votre affaire.
Alors, il a tout fouillé, tout mis sens dessus dessous, non sans me menacer, à diverses reprises, de m’emballer ; il a saisi des papiers, des brochures, mes lettres, des journaux, puis il est reparti avec les deux agents qui l’accompagnaient. Vous voyez, ce n’est rien de bien intéressant. »
Le 14 avril 1894, Guerlinger était arrêté par M. Fédée, officier de paix de la 3e brigade de recherches, au moment où il aidait un compagnon à déménager « à la cloche de bois » rue de la Charronnerie à Saint-Denis. Il exerçait la profession de marchand de quatre saisons. Il était très lié avec Elisée Bastard, alors emprisonné à Mazas. Le 16 avril, il était interrogé par le juge d’instruction Meyer.
Le 1er juillet 1894, il était de nouveau perquisitionné, sans résultat. Il fut arrêté, il demeurait alors 39 rue de la Briche. Le 2 juillet, il était mis à la disposition de l’autorité judiciaire, pour association de malfaiteurs.
Sur l’état récapitulatif des anarchistes au 31 décembre 1894, Pierre Guerlinger habitait 119 avenue Victor Hugo à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), il était noté « dangereux ».
En décembre 1895, il demeurait 434 avenue de Paris à Saint-Denis.
Sur l’état au 31 décembre 1896, il était noté « recherché », sur l’état de 1901, il était porté « disparu ».

SOURCES :
Saint-Denis la ville rouge 1890-1939 par Jean-Paul Brunet, Hachette littérature 1980. — Arc. Nat. F7/12508 , BB 186454 . — Archives de la Préfecture de police BA 77, 78, 1500 . — L’Echo de Paris 19 juin 1891. — La Loi du 7 février 1892. — Le Siècle du 7 février 1892. — XIXe Siècle 8 février 1892. — Le Radical 4 janvier 1894. — Le Journal 15 avril 1894. — Journal des débats 17 avril 1894. — Archives de Paris. Registres matricules classe 1885, 1er bureau, liste principale. D3R1 97. — Les anarchistes contre la république de Vivien Bouhey. Annexe 56 : les anarchistes de la Seine. — Notice Pierre, Jean Guerlinger du Dictionnaire des militants anarchistes.