L’Univers illustré 16 août 1894. Gallica.

INTERROGATOIRE D’ORTIZ

D. Votre mère était autrichienne, vous avez été boursier de la Ville de Paris.

R. C’est exact.

D. Vous écriviez de bonne heure dans les journaux anarchistes.

R. Non pas, c’était un organe socialiste révolutionnaire indépendant. La Revue cosmopolite publie des articles de toutes les opinions. Voudriez-vous lire l’article auquel vous faites allusion ?

M. le président donne lecture d’un article où Ortiz conseille de s’emparer des usines, des machines «pendant que les inconscients seront l’arme au pied à la frontière ».

L’accusé : C’est un article collectiviste qui date de 1887 ; on ne m’a pas poursuivi. Cet article s’adressait à la foule, à la masse, et ne conseille pas le vol ; il recommande l’application des théories socialistes.

D. MM. les jurés apprécieront. En 1892, vous prenez une part active à l’anarchie et vous participez à la réunion du Père Peinard relative a la manifestation du ler mai.

R. Je n’assistais pas à la réunion.

D. Le manifeste est signé de votre nom.

R. Je ne suis pas en communion d’idée avec ceux qui l’ont signé ; d’ailleurs, on n’était pas d’accord et il y avait des opinions différentes.

D. Vous avez accompli certains vols de complicité avec un certain nombre de personnes presque toutes étrangères.

R. Moi, jamais ; j’aspire à être autre chose que le chef d’une bande de voleurs.

D. Le résultat des vols était porté au boulevard Brune et appartenait aux anarchistes de la bande et on le divisait entre chacun d’eux. On expédiait beaucoup de ces objets à Marocco à Londres, qui les écoulait.

R. J’ai habité à peine trois semaines boulevard Brune.

D. Dans la nuit du 13 au 14 août 1892 un anarchiste a volé un certain nombre d’objets chez M. Flandrin. Schouppe a été condamné par la Cour d’Assises de la Somme avec Manheim et Crespin ses complices. Après sa condamnation, Manheim a déclaré que vous étiez leur complice.

R. Quand j’ai quitté Paris on disait que j’étais l’ami de Schouppe et alors Manheim et Crespin m’ont mêlé à cette affaire.

D. Mais c’est après les débats et la condamnation.

R. Du tout, c’est pendant les débats, je nie absolument avoir reçu les titres.

D. Schouppe s’est évadé de Cayenne et est allé à Londres. Vous avez quitté Paris après le vol de chez M. Flandrin.

R. Je suis parti vers la fin du mois d’août, retrouver mon beau-père; je suis rentré à Paris trois ou quatre jours après.

D. L’accusation prétend que vous êtes allé chercher à négocier les titres volés.

R. Schouppe pouvait bien faire cela lui-même; il n’avait pas besoin de moi.

D. On vous accuse encore d’un vol important commis à Ficquefleur. Vous prétendiez vouloir fonder une usine. Vous étiez avec Emile Henry et un autre qu’on n’a pas retrouvé. Vous êtes resté une dizaine de jours chez un aubergiste nommé Lebas.

R. C’est inexact, je nie formellement ; je n’ai jamais été à Ficquefleur.

D. Mais Lebas vous reconnaît formellement, le maire lui-même vous a reconnu. Il vous a vu pendant une dizaine de jours. Il a reconnu également Émile Henry. Un individu qui tient un café en face de chez Mme Postel, vous a reconnu; vous y alliez souvent pour préparer votre vol.

R. Le maire de la Rivière-Saint-Sauveur a hésité d’abord, puis il a envoyé deux paysans qui ont répété tout ce qu’avait dit le maire. Ce n’est qu’une seule déposition, je tiens à dire qu’on n’a cité que les témoins favorables à l’accusation.

M. l’avocat général : Il fallait indiquer les autres, si vous m’aviez demandé de les faire citer, je n’aurais pas refusé :

R. Je ne le savais pas, je ne suis pas au courant de la procédure.

D. Trois individus descendent le 21 décembre 1892 à Honfleur et y séjournent jusqu’au 7 janvier.

Ils entrent dans un café et restent jusqu’à onze heures. On leur dit que le café va fermer, ils se retirent. Dans la nuit quatre malfaiteurs font sauter les serrures de la maison Postel. Deux pénètrent dans la chambre de Mme Postel, un autre dans celle de la mère de Mme Postel. Tous trois portaient des masques sur la figure. Ils obligent ces dames à ouvrir un coffre-fort et à livrer tout ce qu’elles possédaient : un certificat de dépôt de valeur et de l’argent, des montres, des bijoux, 11.000 francs d’argent. Les voleurs ont ensuite attaché ces dames et se sont retirés ; vous étiez au nombre de ces malfaiteurs ?

R. Ce n’est pas moi, je l’affirme de la façon la plus énergique.

D. La femme de chambre qui vous a servi à dîner ne vous reconnaît pas, c’est vrai, mais le propriétaire du café a reconnu positivement la photographie d’Émile Henry ; plusieurs personnes vous ont reconnu également.

R. La femme de chambre a dit que je n’y étais pas.

M. le président : C’est exact, mais plusieurs autres témoins vous ont reconnu ; vous êtes resté à la Rivière-Saint-Sauveur pendant huit jours, les huit jours qui ont précédé le vol chez Mme Postel; pourquoi y étiez-vous ? Ce n’était pas pour acheter une usine, comme vous Je disiez, mais bien pour préparer votre vol.

R. Je le nie, à cette époque j’étais à Londres. Je le maintiens de toutes mes forces.

D. De Londres où vous allez après ce vol, Henry envoie le récépissé des valeurs volées chez Mme Postel, il n’était pas négociable.

R. Vous parlez d’Emile Henry ?

D. Qui était avec vous à la Rivière-Saint-Sauveur. Emile Henry alors écrit à Mme Postel et la taxe à 30.000 francs. La lettre a été reconnue être d’Émile Henry,

R. Ce qui concerne Émile Henry ne me regarde pas.

D. Dans là nuit du 29 au 30 janvier 1893, des malfaiteurs pénètrent à Nogent-les-Vierges, chez un M. Demagnez. On fouille tout, on vole tout, de l’argenterie, des fusils notamment, des réveilles-matin, etc.. Il y avait aussi avec ces objets des outils de cambrioleurs très perfectionnés, des pinces-monseigneur des scies fines, de fausses clefs.

R. Je nie absolument avoir participé à ce vol.

D. On a saisi chez un nommé Giroud, un fusil et une carabine que M. Demagnez reconnaît comme lui appartenant. Giroud a déclaré que vous les lui avez envoyés par un jeune homme étranger, contre un prêt de deux cents francs.

R. Au commencement de février je voulais me meubler et je fréquentais l’Hôtel Drouot. Je voyais un individu qui me fixait, il m’aborda et me déclara qu’il m’avait connu à Chaptal, il me déclara se nommer Malinet, je lui donnai mon nom. Un jour il me demanda si quelqu’un pouvait lui acheter des fusils ; j’allai une fois chez Ciroud, j’appris qu’il chassait et je lui proposai d’acheter des fusils, je donnai l’adresse à Malinet et depuis je n’ai vu personne.

D. Giroud déclare que c’est de votre part qu’il a reçu le fusil et qu’il vous a envoyé les deux cents francs. Vous avez d’abord déclaré que vous ne connaissiez pas Giroud, puis devant des témoignages précis vous avez admis ce système.

R. J’ai envoyé un ami chez Giroud, et voilà tout.

D. Comment un réveille s’est-il trouvé en la possession de la veuve Milanaccio qui déclare le tenir de votre maîtresse, la femme Cazal ?

R. Malinet m’avait fait ce cadeau, je l’ai donné ensuite à la femme Milanaccio.

D. Mais elle dit le tenir de votre maîtresse.

R.C’est moi qui l’ai donné à la femme Cazal.

D. La veuve Milanaccio déclare avoir emporté une malle et un sac de voyage très lourds chez une personne que vous lui avez envoyée par lettre.

R. Elle a porté quelques vêtements à une adresse que je lui ai indiquée.

D. Ou çà ?

R. C’est chez une personne que je ne puis nommer.

D. C’était le produit du vol.

R. Non pas, Monsieur le président.

L’audience suspendue à une heure trente cinq, est reprise à deux heures vingt minutes.

Me Paris : Ortiz désirerait que les témoins qui ne l’ont pas reconnu soient cités.

D. Je lirai leurs dépositions.

R. (A Ortiz). On vous a arrêté au moment où vous entriez boulevard Brune. Vous avez fait passer votre carte et les agents qui y étaient en surveillance vous ont arrêté.

M. le président donne lecture du rapport des agents qui ont arrêté Ortiz. Ils arrêtèrent d’abord Bertoni qui les menaça d’un pistolet et ensuite Ortiz qui fut saisi dans un débit devin.

D. Que faisiez-vous boulevard Brune ?

R. J’accompagnais Bertani et je me chargeai de faire remettre un mot à sa maîtresse. Nous avons aperçu les agents et nous avons pris la fuite.

D. Arrêté on vous interroge. Vous déclarez arriver de Londres ; chez vous, on trouve une petite scie avec laquelle on a scié un barreau du château de Nogent-les-Vierges.

R. C’est une scie qui appartenait à Bertani.

D. Bertani déclare qu’elle est à vous, puis confronté avec vous, il déclare qu’il ne parlera pas.

M. l’avocat général : Connaissez-vous à Londres, un nommé Cap ?

R. Je le connais, mais je ne suis pas allé chez lui.

D, Connaissez-vous un nommé Bourdin, tailleur?

R. Je connais son nom, mais pas celui qui le porte.

D. Connaissez-vous ce papier qui contient un alphabet spécial où les mots : Ficquelleur, fusils, bicyclettes, vol sont représentés par d’autres mots ou par des signes et où les noms des principaux anarchistes sont remplacés par d’autres noms ou par une modification convenue dans l’ordre des lettres ?

R. Ce n’est pas de moi, je ne sais de qui elle est.

Me Paris : Je ne connais pas cette pièce.

M. l’avocat général : Je vais vous expliquer comment je l’ai. C’est dans un livre apporté à Ortiz en prison et qui retournait à l’envoyeur qu’on a trouvé ce papier et beaucoup d’autres. Il demande de préparer des certificats signés Cap et Bourdin qu’on remettrait à l’avocat général chargé de défendre Ortiz.

D. Ceci est impossible. J’avais les livres depuis quatre mois à la prison.

R. Ces papiers ont été trouvés à la Conciergerie il y a quelques jours.

  1. Ces livres m’ont été apportés il y a longtemps.

INTERROGATOIRE DE CHERICOTTI

D. Vous êtes depuis longtemps anarchiste ?

R. C’est inexact. J’ai connu Pini et suis devenu anarchiste plus tard.

D. Vous étiez l’agent principal d’un groupe qui avait pour but de commettre des vols en France et d’en écouler le produit à l’étranger. Vous êtes complice d’Ortiz dans le vol de Nogent-les-Vierges.

R, Je ne connais pas Ortiz et je n’ai pas commis ce vol.

D. Les témoins vous ont vu avec Ortiz, ils disent que, vous l’avez reçu chez vous.

R. C’est inexact. Je n’ai jamais connu Ortiz.

D. Vous avez donc une raison pour nier ? On a trouvé chez vous dans la chambre que vous occupiez à Paris, un couvre-pied et un réveille-matin qui viennent de chez M. Demagnez. Vous prétendez n’avoir jamais habité boulevard Brune, mais Charlier déclare vous avoir loué un cabinet dans cette maison sous le nom de Laurent, on vous a reconnu.

R. Ils se trompent ou ont un intérêt. Je n’ai jamais été boulevard Brune, je ne connais pas ce que vous me dites.

D. Le 24 mars 1894, on a découvert, chez Liégeois, une grosse valise. C’est vous qui l’avez remise à Liégeois.

R. Je le reconnais.

D. Dans cette valise se trouvait un grand nombre d’objets venant de Nogent-les-Vierges.

R. Je ne sais pas. Cela m’a été remis, pour être emporté à Londres, par un individu que je ne connais pas. Je devais laisser la valise à la consigne, à Londres.

D. Vous connaissez son nom ?

R. Non, parmi nous, nous ne nous donnons pas notre nom de manière à éviter les policiers qui se glissent parmi nous.

D. C’était un anarchiste.

R. Je le suppose.

D. On a trouvé chez un nommé Pelle plusieurs objets.

R. Des petits sacs.

D. Dans une caisse on a trouvé des instruments de cambrioleurs en grand nombre.

R. Cela m’est venu du même Monsieur qui m’a demandé d’emporter le tout à Londres. Ce n’était pas à moi.

D. Pelle est témoin, il déclare que vous avez pris dans un sac une chemise et une cravate.

R Je les ai prises à cet étranger je les aurais rendues après.

D. Pelle dit que c’était à vous tous ces objets

R. II ne peut pas le dire, car il ne le sait pas.

D. C’était si bien à vous, qu’on vous a vu faisant emballer deux pendules que vous aviez été chercher chez Liégeois.

R. L’individu que je ne connais pas m’a dit d’envoyer les pendules à une adresse qu’il m’a indiquée.

D. Les agents, quand ils vous ont arrêté, vous ont demande d’où elles venaient : « De mon grand-père avez-vous répondu.

R. c’était une plaisanterie.

D. Indépendamment de ce vol, vous en avez commis beaucoup d’autres?

R. Je n’en sais rien c’est vous qui le dites, pourquoi ne m’accuse-t-on pas de tous les vols !

D. (à Ortiz) : Vous êtes de plus poursuivi pour détentron d’une arme prohibée.

R. C’était un tout petit revolver que je me croyais le droit de porter sur moi.

Chericotti: Alors c’est tout ce dont je suis accusé?

M. le président : Oui.

L’accusé : Alors pas d’association de malfaiteur ?

M. le président : Si.

L’accusé : Mais vous n’avez parlé de rien de cela.

M le président : Je vous ai dit que ces vols étaient destinés à la propagande de votre association. Ils vous lient à tous les autres accusés.

INTERROGATOIRE DE BERTANI

D. Vous venez de Buenos-Ayres ? — R. Je comptais faire le commerce des vins.

D. Vous vivez boulevard Brune avec la veuve Milanaccio votre maîtresse ?

R. Oui, j’y vivais de l’argent que mon père m’envoyait de Buenos-Ayres.

D A Buenos-Ayres, vous faisiez de l’anarchie, Cela résulte d’une lettre adressée à Jean Grave.

R. Je ne connais pas cette lettre, ni celui qui l’a écrite. Je faisais partie d’une association à Buenos Aires, pour l’étude des questions sociales, et voilà tout.

D. Etes-vous anarchiste ?

R. Si j’ai des convictions anarchistes je ne les ai jamais manifestées en France, et la loi française ne peut me condamner. Je n’ai jamais fait la moindre propagande, Je suis un commerçant et voilà tout.

D. On vous accuse de vols dont le produit a été porté boulevard Brune. On a trouvé chez vous un réveille-matin en émail.

R. Ortiz l’a donné à la veuve Milanaccio. Il ne m’a jamais appartenu, il était chez la veuve Milanaccio, je n’y suis pour rien.

D. On trouve chez vous un timbre pris chez un nommé Lebel. Vous dites que c’est la police qui l’a mis chez vous.

R. Je proteste que je suis étranger à ce fait. Je ne le connais pas.

D. Vous aviez sur vous un revolver et vous avez cherché à vous en servir contre les agents.

R. C’est erroné, c’était un vieux pistolet hors d’usage. J’avais sur moi des papiers, un passeport mais aucun papier anarchiste.

L’audience est suspendue pendant quelques minutes, sur la demande de l’un de Messieurs les jurés.

INTERROGATOIRE DE LIÉGEOIS

D. Vous êtes lié avec Chericotti.

D. Je le connaissais depuis dix jours à peine et je lui ai donné l’hospitalité pendant trois jours. Il a mangé chez moi.

D. Etes-vous anarchiste ?

R. Non, je ne suis pas anarchiste.

D. Vous vous déclarez antipatriote ne reconnaissant pas le cambriolage comme une action blâmable. — R. Ce n’est pas exact, j’ai dit que l’ouvrier qui a travaillé toute sa vie sans rien pouvoir amasser peut prendre où il trouve, quand il a faim. J’ai connu Chericotti dans un restaurant de Montmartre, il est venu chez moi avec une valise, me demandant de la garder ; j’ai accepté.

D. Vous ne saviez pas que c’étaient des objets volés ?

R. Je ne l’ai jamais su, je le voyais propre, rangé il m’avait plu d’abord et je lui ai rendu service.

D. Il vous encombrait d’objets.

R. Oui il m’en à apporté plusieurs et je l’ai envoyé chez Selle pour y mettre ceux qui me gênaient.

D. Mais il avait un nombre de colis inusité qui aurait dû éveiller votre attention.

R II m’a dit que c’étaient des commissions. Je ne savais pas ce que contenait ces valises.

Chericotti : Il ne pouvait pas le savoir, puisque je ne le savais pas moi-même.

L’accusé : On m’accuse de vivre de vol et de professer le cosmopolitisme. Depuis mon retour du service militaire j’ai fait quatre patrons dans Paris et je travaille tous les jours. Toutes accusations ne reposent sur rien.

INTERROGATOIRE DE LA FEMME MILANACCIO

Le Matin 13 aout 1894. Gallica

D. Votre mari est décédé en juillet 1893. Vous vivez avec Bertani depuis ce moment.

R. Oui, monsieur.

D. On a trouvé chez vous des objets provenant de vol, une pince à sucre, un réveil appartenant à M. Damenez.

R. Ces objets n’avaient pas de valeur, je les aurais mis sans cela au Mont-de-Piété.

D. Devant le commissaire de police, vous dites que cela venait de votre mari.

R. Tout cela n’est pas vrai ; le réveille vient d’une maîtresse d’Ortiz.

D. La femme Cazal ?

R. Non pas, ce n’est pas celle-là.

D. Dans l’instruction, vous dites le contraire.

R. J’étais si émue que j’ai dit que c’était elle, parce que c’était une maîtresse d’Ortiz, mais je ne l’ai pas reconnue. C’est une maîtresse d’Ortiz qui m’a remis ces objets, mais pas celle-là.

D. Vous avez déclaré que Ortiz vous avait donné une malle et une valise que vous avez emportées.

R. Jamais une malle, mais une simple valise.

D. Où avez-vous porté ces objets ?

R. Je ne sais pas, Ortiz m’a remis l’adresse écrite, je l’ai remise au cocher et je ne me rappelle rien.

D. Vous avez vu la rue, le numéro ?

R. Non; une personne m’attendait à la porte je lui ai remis l’objet et voilà tout.

D. C’étaient donc des objets suspects.

R. Je ne sais pas ce que contenait la sacoche.

INTERROGATOIRE DE LA FILLE CAZAL

Le Matin 13 aout 1894. Gallica

D. Vous avez vécu avez Ortiz ?

R. Depuis un an je ne vis plus avec lui.

D. Vous connaissiez ses amis ?

R. J’ai connu Mme Schouppe que j’ai aidée à déménager. Elle voulait quitter son amant qui la frappait.

D. Une plainte a été déposée par celui-ci, et vous êtes partie.

R. Je l’ai emmenée en Auvergne pour éviter les violences de son amant.

D. Vous êtes allée à Londres avec Ortiz ?

R. Oui, Monsieur.

D. On vous accuse d’avoir recélé un réveille-matin que vous auriez donné à la veuve Milanaccio ?

— R. Je n’ai rien reçu, jamais, et je n’ai rien donné à la veuve Milanaccio.

INTERROGATOIRE DE LA FEMME CHERICOTTI

Le Matin 13 aout 1894. Gallica

D. On vous accuse de complicité dans ces différents vols. Vous êtes allée à Londres ?

R. Lors de l’expulsion de mon mari.

D. Vous êtes venue à Paris plusieurs fois.

R. Au mois de janvier, et je suis restée trois semaines ; puis je suis revenue quand on m’a arrêtée. J’étais venue près de mon mari pour le voir.

D. On a trouvé sur vous des objets nombreux, de valeur, une broche en diamant.

R. C’est du verre ; elle vaut vingt-cinq sous, je l’ai achetée à Londres. On montre aux jurés la broche en question.

D. On retrouve sur vous une chaîne d’or.

R. Mon mari me l’a donnée le jour de mon arrivée à Paris, je pensais qu’il pouvait me l’avoir achetée, nous avions fait longtemps le commerce de volailles et nous avions des économies.

INTERROGATOIRE DE LA FEMME BELOTTI

Le Matin 13 aout 1894. Gallica

D. Vous avez été, avec la femme Milanaccio, porter des objets recelés.

R. Je n’ai rien fait, je ne connais rien.

D. Où avez-vous porté ce sac avec la femme Milanaccio.

R. Je ne sais pas, je venais de perdre ma fille, j’étais très émue, je n’ai pas fait attention.

Me Blondont : A quelle date ?

R. Je ne sais pas.

INTERROGATOIRE DE BEI.OTTI

 

Le Matin 13 aout 1894. Gallica.

D. Vous êtes sourd ?

Femme Belotti : Je pourrais répondre pour lui.

Me Paris : C’est un homme d’action!Sourd, infirme et ne comprenant pas le français.

On fait approcher Belotti jusque devant la Cour. Il s’avance en boitant, l’air ahuri.

D. On vous reproche votre intimité avec Bertani, et la veuve Milanaccio.

R. Elle nous avait rendu service.

D. On vous accuse de complicité des recels accomplis dans la maison du boulevard Brune.

R. Je ne sais pas.

Belotti regagne sa place.

Il est procédé à l’audition des témoins.

La Gazette des tribunaux 8 août 1894