Elisée Reclus photographié par Nadar. Document Éphéméride anarchiste.

Lettre d’Elisée Reclus à Ricard

Clarens 17 septembre 1881

Mon cher compagnons

Oui, nous avons le bonheur de vivre dans un pays libre et nous en sommes fiers. De progrès en progrès nous irons très loin et nous finirons par étonner la Russie.

Notre ami Pierre est bien à Thonon mais il n’a pas l’intention d’y rester longtemps. Je n’ai pas encore eu le plaisir de lui serrer la main : une mauvaise bronchite m’a forcé de garder la chambre, heureusement que je me tire peu à peu d’affaire et j’espère reprendre bientôt la liberté d’aller et venir.

Ce que vous nous dites de votre camarade qui « s’évapore » est bien attristant. Nous entendons dire aussi que notre ami Casabianca s’est suicidé. D’après tous nos amis, c’était un jeune homme du plus grand cœur et d’une intelligence ouverte. C’est une grande perte que nous avons faite. Par ce temps de minimumards, on aime à voir des individus qui sont bien eux-mêmes et qui veulent aller jusqu’au bout de leur pensée.

Nous n’avons encore tiré que deux feuilles de la brochure de Bakounine. Il se peut que notre journal cesse de se publier à Genève et que nous le transporterions à Paris.

La grand danger serait qu’une fois dans ce « cloaque impur », il ne tombât dans les mains de ces égoutiers politiques comme il en existe tant. Il faut bien étudier nos plans avant de nous lancer. Vous nous donnerez votre avis à ce sujet.

Je vous serre cordialement la main.

Elisée Reclus

Source : Archives nationales BB 18 6447

Lire l’ensemble du dossier : Les procès des anarchistes lyonnais. janvier et mars 1883