Elisée Reclus photographié par Nadar. Document Éphéméride anarchiste.

Lettre d’Elisée Reclus à Ricard

Clarens 28 avril 1882

Mon cher compagnon Ricard

Je suis en retard pour ma réponse. Mon voyage fait auprès du lit de mort de mon père, puis une semaine de maladie et du travail plus que je ne puis en faire, telles ont été les raisons de mon silence. Veuillez m’excuser.

Comment avez-vous passé la période des élections ? Votre public ouvrier a-t-il à St Etienne comme ailleurs fait preuve de scepticisme à l’égard des belles promesses de tous les candidats ? Je l’espère. Cette indifférence des électeurs lors du récent scrutin est un des meilleurs symptômes que nous ayons observés jusqu’à maintenant. De tous les peuples prétendus libres, les français avaient toujours été les plus empressés à se servir de ce qu’ils appelaient l’arme du suffrage universel. Les trois quart, même les quatre cinquièmes des électeurs se faisaient un devoir d’aller déposer leur bulletin. Ils commencent à savoir qu’ils ont fait métier de dupes et que devenus privilégiés, les élus sont toujours, nobles, bourgeois, ouvriers ou paysans, les ennemis naturels de ceux qui les ont nommés. Mais quand on abandonne le terrain des élections, il faut se reporter sur un autre terrain celui de la révolution.

Sinon le vote serait encore préférable : il vaut mieux s’agiter dans le vide, se remuer, garder pour le mouvement un peu de chaleur vitale, que de se laisser gagner par l’indifférence et de mourir.

Merci de tous les détails que vous me donnez sur l’état des partis à St Etienne. Ne vous découragez pas dans vos études et si vous ne réussissez pas dans l’étude de la grammaire allemande, mettez vous carrément à lire quelques livre facile à coup de dictionnaires.

Vous me demandez où en est Dieu et l’Etat, aujourd’hui Herzig m’en a envoyé le premier exemplaire.

Je vous serre cordialement la main, ainsi qu’aux autres compagnons.

Votre dévoué

Elisée Reclus

Source : Archives nationales BB 18 6447

Lire l’ensemble du dossier : Les procès des anarchistes lyonnais. janvier et mars 1883