Née le 19 janvier 1854 à Domfront (Orne), morte en novembre 1895, cuisinière, débitante de tabac, femme de ménage, ménagère ; anarchiste à Levallois-Perret.

Berthe Alix se maria le 22 décembre 1873 avec Victor André Moreau, né le 6 février 1849, commis principal des contributions indirectes et décédé le 5 janvier 1881. Elle eut avec lui trois enfants qui a la mort de leur père furent élevés par les parents de Moreau.
Le 1er août 1882, elle fut nommée titulaire d’un bureau de tabac de 2e ordre, situé à Louvigné-du-Désert (Ille-et-Vilaine ).
Elle fit la connaissance d’un brocanteur Jean-Baptiste Vizier et vécu avec lui plusieurs années. Ils prirent la gérance d’un bureau de tabac, 26 rue des Chasses à Clichy.
Ils furent expulsés vers la fin 1889, pour ne pas avoir payé leur loyer.
Ils installèrent alors leur débit de tabac dans « un endroit si infect », selon un rapport de police que le ministère des finances leur enleva la gérance.
Ils s’installèrent alors 15 route d’Asnière à Clichy où Vizier repris son métier de brocanteur.
A partir du mois d’octobre 1892, elle rencontra Léveillé et allait fréquemment chez lui, 137 route de Chatou au Vésinet.
Depuis le début de l’année 1893, elle vivait maritalement avec Léveillé qu’elle avait connu dans le restaurant où elle était cuisinière et où Léveillé prenait ses repas : « il avait trouvé enfin femme à son goût. Il s’était mis avec une dame Moreau que la tombée de ses charmes avait reléguée dans la banlieue. Et au numéro 25 de la rue Deguinguand, à Levallois-Perret, ils vivaient paisibles, lui travaillant à Nanterre, dans une forge, elle faisant des ménages. »
Le soir elle travaillait dans le débit Destrez, un marchand de vin, 150 rue du Bois à Levallois, fréquenté par des prostituées, des souteneurs et des vagabonds, selon un rapport de police.
La journée elle était cuisinière dans une petite crémerie située en face de chez Destrez.
Le 16 mai 1893, un indicateur lui ayant signalé l’existence d’un dépôt d’engins explosifs, la police débarqua en force chez le compagnon Bondon de Levallois-Perret, demeurant rue Deguingant. La police découvrit dans une cabane du jardin, des éléments servant à la confection de dynamite. Cette cabane servait aussi de local de réunion pour un groupe dont faisait partie Leveillé. Tous furent arrêtés mais seul Vinchon fut condamné.
Un journaliste de l’Echo de Paris interrogea Berthe Moreau au sujet de cette affaire : « Madame Moreau exaspérée bien entendu, qu’on lui ait pris son homme. Elle nous invite à l’aider à noyer son chagrin dans une boisson quelconque. Et nous y consentons volontiers. Dieu quelle luronne ! Voilà comme elles sont toutes dans l’anarchie, prêtes à se cogner avec les agents au besoin. », selon lui elle lui aurait déclaré : « Mais ils étaient douze pour arrêter Léveillé. Ah bien ! que je leur ai dit ; faut-il être lâches tout de même. »
Le 19 mai, Berthe Moreau reçut une lettre de Leveillé depuis sa prison qui lui disait son espoir d’être bientôt libre. Il soupçonnait Gustave Bondon de les avoir dénoncés, « soit intentionnellement, soit par bêtise. ». L’Echo de Paris publia à l’occasion de cette affaire, un article intitulé Au pays d’anarchie, qui déplut à Berthe Moreau. Avec le compagnon Jourdan, ils se rendirent au siège du journal pour faire rectifier l’article.
Le 1er juin 1893, l’indicateur X n°10, la soupçonna d’avoir signalé aux anarchistes des cartouches de dynamite dans le jardin de Bondon, que ceux-ci firent disparaître avant l’intervention de la police. Il prétendit que ces cartouches étaient enterrées à Nanterre et que Berthe Moreau devait les employer entre le 10 et le 14 juillet, mais aucun élément ne vint confirmer ces propos.
Le 30 novembre 1893, salle Crosatier, 73 rue du Bois, elle assistait à une réunion du groupe anarchiste de Levallois
En janvier 1895, Léveillé se serait caché chez elle suite à une affaire de vol où il était soupçonné. Un agent de la préfecture pénétra même chez elle « sous un prétexte futile » mais ne trouva pas le fugitif. Ayant un gros besoin d’argent, qu’elle n’avait pu emprunter, elle tenta alors de vendre un bateau appartenant à Léveillé, mais sans succès.
Le 24 janvier 1895, Louis Moreau, briqueteur et fils de Berthe Moreau, constata la disparition de sa mère et trouva dans une commode de son logement 259 rue du Bois à Levallois-Perret, ce billet :
« Etant incapable d’un lâcheté et ne voulant pas passer pour cela, je me donne volontairement la mort.
Berthe Moreau
Mon camarade me pardonnera, si jamais il le sait, car lui me comprend.
Je l’ai trop aimé pour lui faire du mal et je ne veux pas passer pour cela ».
Il déclara à la police : « Depuis le départ de Léveillé, dont elle s’était fait la maîtresse, ma mère paraît avoir un peu perdu la tête et si elle n’est pas allée le rejoindre, en masquant sa fuite par la comédie du suicide, j’ai tout lieu de craindre qu’elle n’ai mis à exécution la résolution qu’elle a annoncée. »
Au moment de sa disparition, elle portait une robe en pilou fourré, gris à raies noires et grises.
Le 26 janvier 1895, elle se jetait dans la Seine au pont d’Argenteuil. Retirée presque aussitôt par les mariniers, elle fut conduite au commissariat. Elle avoua qu’elle avait voulu se suicider, par désespoir d’amour à la suite de la disparition de Léveillé. Manifestant des signes de confusion mentale, elle fut hospitalisée à l’infirmerie du Dépôt.
A la fin du mois de juin 1895, Berthe Moreau sortit de l’asile de Villejuif et alla habiter chez son fils, 150 rue du Bois. A la fin du mois de novembre 1895, elle fut retrouvée noyée.

SOURCES : Archives de la Préfecture de police Ba 1192 — L’Echo de Paris 18 mai 1893