Le Congrès des Chambres syndicales.

A Montluçon.

A la quatrième séance, celle du 26 octobre, le bureau a été composé des citoyens Maistre, de Marseille, président ; Robin, de Lyon, et Peney, de Commentry, assesseurs. Quatre nouvelles chambres syndicales adhèrent au Congrès. Le citoyen Laforêt, de Lyon, déclare qu’il est partisan de la réduction de la tournée à huit heures. Ce sera une première attaque directe au capital. Il faut demander cette loi aux pouvoirs publics. Elle sera rejetée. Alors on n’aura plus d’autre recours que la socialisation et les ouvriers seront maîtres, puisqu’ils seront le nombre. Le citoyen Eglen, de Lyon, au nom des verriers de Lyon, de Givors et de Saint-Étienne, croit que la révolution s’impose, car jamais les bourgeois ne consentiront à réduire les heures de travail. Pour la fixation des heures de travail, il faudra consulter toutes les corporations.

Le citoyen Ferrat, de Lyon, demande la suppression du marchandage ; plusieurs fois on a fait des tarifs qui ont été acceptés et observés pendant un certain temps, mais, profitant de la baisse de travail, les négociants ont rompu leurs engagements, et certains ouvriers ont eu la faiblesse d’accepter des prix en dehors du tarif.

Le citoyen Peney, de Commentry, dit que l’affranchissement des travailleurs ne peut sortir que de leur union et de la socialisation des moyens de production. Il faut en attendant demander la réduction des heures de travail et la suppression du marchandage.

Le citoyen Mazelier, de Montluçon, demande aussi la socialisation des moyens de production. II lit un long rapport refaisant l’historique de la grève des ouvriers de Montluçon.

Le citoyen Sibilat, de Lyon, place la question au point de vue des relations du capital et du travail. Il fait la critique du fameux familistère de Guise, organisé par M. Godin, où il a été sous-directeur d’un atelier de fonderie. Il déclare qu’il se commet des injustices iniques dans ce familistère dont il explique l’organisation. Si dans les conférences qui sont faites aux ouvriers, on n’y enseigne aucune religion, du moins on y enseigne un culte : le Godinisme. Ainsi l’association du capital et du travail est un leurre. Le capitalisme se taillera toujours la part du lion. Pour l’orateur, il n’y a pas d’outre issue que la révolution violente et la suppression du patronat.

Le citoyen Dormoy, de Montluçon, expose que l’immigration des ouvriers étrangers, appelés par l’âpreté au gain des capitalistes, cause le plus grand préjudice aux ouvriers français. Il ne faut pas pour tant repousser des travailleurs que la misère chasse de chez eux, mais prendre des mesures de protection. Les produits nationaux sont bien protégés contre les produits similaires étrangers, par des droits de douane. Les producteurs ont bien au tant de droits à être protégés que les marchandises. L’orateur propose l’établissement d’un tarif au dessous duquel les patrons ne pourront pas employer d’ouvriers étrangers, sans encourir des peines sévères. Les chambres syndicales ouvrières devront être consultées pour l’établisse ment de ce tarif comme les chambres de commerce l’ont été pour l’établissement des droits de douane. Les travailleurs doivent mettre au pied du mur les pouvoirs publics, et leur de mander de les émanciper matériellement. Si les pouvoirs publics refusent, la révolution s’imposera et les ouvriers s’empareront révolutionnairement du pouvoir et décréteront la socialisation.

En son nom et en celui du citoyen Berger, délégué comme lui des Chambres syndicales du bâtiment de Paris, le citoyen Combemorel lit un rapport demandant la réduction des heures de travail. Ce rapport demande aussi l’établissement d’un minimum de salaire et la suppression du marchandage.

L’ordre du jour appelle la troisième question : législation internationale travail.

Pour le citoyen Denonfoux, de Lyon,une législation internationale du travail sera un palliatif à la malheureuse situation des ouvriers, en empêchant les capitalistes de se servir de la concurrence des femmes et des enfants et en réglementant le travail. Il faut que cette législation soit internationale pour qu’on ne puisse pas lui opposer la concurrence étrangère. Il y a bien des lois internationales sur les postes, sur la propriété littéraire, etc… Pourquoi n’en ferait on pas une pour le travail ?

Le citoyen Roussel, de Paris, déclare que c’est une grande question que celle d’une garantie internationale du salaire, car contre la concurrence le capitaliste n’a qu’un recours : l’exploitation des ouvriers. Les jouisseurs sont partout les mêmes, mais les travailleurs sont solidaires et ils ne reconnaissent qu’une patrie, c’est l’humanité. Il ne faut pas compter sur l’influence du gouvernement. Quand même la France demanderait la législation internationale du travail, les autres gouvernements la refuseraient. La République a donné certaines libertés au peuple. C’est pour cela qu’il veut défendre ce coin de terre libre pour arriver à libérer les ouvriers des autres pays. Il faut appeler tous les frères de misère d’au delà des frontières, organiser des congrès le plus souvent possible. C’est le seul moyen d’arriver à l’émancipation des travailleurs.

Le citoyen Combemorel, de Paris, propose l’abrogation de la loi sur l’internationale. Si le gouvernement refuse, on aura l’internationale quand même, car les ouvriers s’armeront contre les exploiteurs de tous les pays et s’aideront les uns les autres à s’affranchir mais ils ne veulent plus s’entretuer dans l’intérêt de la bourgeoisie. Ils repoussent les conquêtes à la Boulanger.

Après avoir remercié l’assistance et l’a voir invitée aux autres réunions du Congrès, le citoyen Mestre a déclaré la séance levée.

La Démocratie du Cher 1er novembre 1887

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A Montluçon

Le congrès des chambres syndicales ouvrières s’est terminé le 28 octobre. Six séances avaient été tenues. Le bureau de la dernière séance a été composé des citoyens Sibillat, de Lyon, président ; Mazelier, de Montluçon, et Heim, de Lyon, assesseurs ; Denonfoux, de Lyon, secrétaire.

Après l’adoption du procès verbal, le citoyen Dormoy annonce que la discussion contradictoire qu’il devait avoir avec le citoyen Sibilat ne viendrait qu’une fois le congrès terminé. Le citoyen Dormoy préconise une législation internationale du travail et l’abrogation de la loi inique sur l’internationale. Les bourgeois de tous tes pays poussent les ouvriers les uns contre les autres. Il faut déjouer ce piège et repousser la guerre qui ne sert qu’a la bourgeoisie. L’orateur salue les travailleurs de toutes les nations en les assurant que tout le parti ouvrier français se déclare solidaire ce ses frères d’au delà des frontières et proteste contre la division qu’on veut semer entre les peuples sous prétexte de patriotisme.

Le citoyen Gagnière, de Lyon, donne lecture de la situation financière. Les recettes, depuis le Congrès de l’année dernière, ont été de 4. 226 fr. 05. Les dépenses ont été de 4 .101 fr 55. Reste 124 fr. 50 en caisse. Ce rapport est approuvé. Le citoyen Caron, de Paris, donne lecture d’une adresse de sa chambre syndicale félicitant le congrès du son énergie dans l’incident soulevé à la première séance, a propos des drapeaux rouges. Le citoyen Denonfoux, de Lyon, lit un rapport déclarant que, tout en laissant aux syndicats l’autonomie la plus complète, le congrès demande une organisation pour arriver à une fédération qui amènera l’affranchissement de tous ceux qui travaillent. Il lit ensuite un projet de statuts nouveaux en 25 articles, qui sont votés article par article, après discussion et adoption de quelques amendements.

Nous ne parlerons que des articles 24 et 25.

A propos de l’article 24, qui demande la création de congrès internationaux le plus tôt possible, le citoyen Caron, de Paris, fait observer qu’il faut que ces congrès soient décidés de suite. Le rapporteur fait remarquer qu’un congrès international doit avoir lieu en 1889. Le congrès de l’année prochaine en fixera la date et le lieu.

L’article 25 décide que toute chambre syndicale qui voudra se mettre eu grève devra demander l’avis du conseil général fédéral. Le citoyen Combemorel repousse cet article. Le citoyen Caron déclare s’y rallier, mais propose un amendement tendant a ce que, dans le cas où une chambre syndicale qui se met en grève n’aurait pas le temps de demander l’avis du conseil général fédéral, des subsides lui seront accordés quand même. Le citoyen Gagnière propose de laisser toute liberté, sur la question des grèves, aux syndicats, à charge par eux de prévenir ensuite le conseil fédéral. Cet amendement, attaqué par le citoyen Denonfoux, et soutenu par les citoyens Chavrier, de Lyon, et Combemorel, de Paris, est adopté à l’unanimité moins une voix.

Un amendement du citoyen Roux tendant a n’accorder des secours qu’après quatre jours aux syndicats qui se mettent en grève sans avoir pris l’avis du conseil fédéral, est rejeté.

Au nom de la commission des résolutions, le citoyen Roussel, de Paris, soumet les conclusions suivantes :

1° Établissement d’une loi fixant un minimum de salaire et un maximum des heures de travail. — Mêmes avantages pour les deux sexes au point de vue du travail. Responsabilité des patrons en cas d’accidents.

2° Organisation par la fédération d’une armée révolutionnaire prête à monter à l’assaut du capital. L’État et la commune pourvoiront a l’instruction, à la nourriture et à l’entretien des enfants et donneront des pensions aux vieillards et aux infirmes

3° Établissement d’une législation internationale de travail qui garantira partout le salaire minimum. Abrogation de la loi sur l’internationale.

4° Créations dans toutes les communes de bourses du travail. Suppression des bureaux de placement et du travail de nuit.

Tout est voté… en principe.

Les citoyens Gagnière, Heim et Sibilat proposent un vœu protestant contre les exécutions de Chicago et demandant la libération des condamnés de Montceau-lesMines, de Decazeville et de Cyvoct.

Les citoyens Combomorel et Berger protestent contre le jugement inique de Chicago. Ces deux vœux sont rejetés et l’assemblée adopte un vœu du citoyen Denonfoux demandant l’amnistie pleine et entière pour tous les condamnés politiques de tous les pays.

Le congrès, malgré l’opposition du citoyen Roussel, adopte un vœu du citoyen Combemorel proposant l’étude d’une cessation générale du travail, puis un vœu des citoyens Mestre, Martino et Roux demandant une condamnation a six mois de prison et 300 francs d’amende pour tout patron qui aura attenté aux droits de ses ouvriers, en même temps que l’abrogation des articles 414 et 415 du Code pénal

Adoption du vœu demandant l’interdiction du travail dans les prisons.

Le citoyen Combemorel fait remarquer que toutes ces propositions ne sont que des palliatifs en attendant la Révolution.

La réunion décide que le prochain congrès aura lieu à Bordeaux.

Le citoyen Sibilat déclare que les travaux du congrès sont terminés II remercie l’assistance de les avoir si bien suivis. Il félicite les délégués d’avoir toujours gardé un grand calme. Cela a permis au congrès d’activer son travail. Il eut fallu un an au Palais-Bourbon pour faire le travail que le congrès a accompli en une semaine De grandes choses sortiront de ce congrès Aujourd’hui tous les partis révolutionnaires sont unis. La révolution arrivera dans un bref délai. Il faut la préparer et crier : Vive la Révolution !

Ce cri est répété par une partie de la salle.

Le citoyen Sibilat annonce ensuite qu’une réunion contradictoire aura lieu le 29 octobre.

Le citoyen Issartel de Lyon, engage les socialistes de Paris à faire la révolution, leur promettant que la province ne les abandonnera pas, comme en 1871.

Le citoyen Roussel remercie au nom des socialistes de Paris.

La Démocratie du Cher 3 novembre 1887

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Le Congrès des Chambres Syndicales

A Montluçon

Nous avons publié le compte rendu de la dernière séance du congrès ouvrier qui a eu lieu à Montluçon.

Ce congrès a été suivi d’une réunion publique et contradictoire, qui a été tenue samedi soir par les délégués au congrès encore présents à Montluçon.

L’assistance à cette réunion était très nombreuse. Le bureau a été composé des citoyens Eglen, de Lyon, président ; Robin, de Lyon, et Berthelier, de Moulins, assesseurs ; Denonfoux, de Lyon, secrétaire. Le citoyen Denonfoux a défendu la suppression du travail aux pièces, le Centre ayant prétendu que le travail à la journée n’était demandé que par les gouapeurs. L’orateur déclare qu’il appartient a une corporation qui gagnerait 20 francs par jour en travaillant aux pièces. S’il demande le travail à la journée, c’est qu’il sait que le travailleur aux pièces s’use et arrive à produire un tiers en plus au grand détriment de sa santé.

Le citoyen Dormoy se déclare partisan de l’autorité. La liberté individuelle est un leurre. Elle ne doit exister que dans la consommation, mais pas dans la production. Ce n’est que par l’autorité que les bourgeois ont pu s’émanciper. Le suffrage universel ne fera rien, mais ce n’est pas une raison pour déserter la lutte. Il faut toujours présenter des candidats ne serait ce que pour faire de l’agitation. Basly et Camelinat ont fait leur de voir à Decazeville. S’ils ont trahi quelqu’un ce sont les bourgeois. La preuve que le suffrage universel est bon à quelque chose c’est qu’à Lyon, grâce à l’entrée au conseil municipal du citoyen Picorneau, patronné par les chambres syndicales ouvrières, cette assemblée a voté des subsides qui ont permis l’envoi à Montluçon de quatorze délégués.

Le citoyen Gagnière, de Lyon, déclare qu’il a entendu dire dans un hôtel que Dormoy avait reçu 500 francs de Lyon. Dormoy n’a rien reçu à titre personnel. Ces 500 francs lui oui été envoyés pour payer les premiers frais de l’organisation du congrès.

Le, citoyen Sibilat, de Lyon, expose de de nouveau ses théories anarchiques. Ce n’est pas la présence du citoyen Picorneau au conseil municipal de Lyon qui a forcé cette assemblée à voter des subsides à la délégation. C’est, parce que les Chambres syndicales ont de la puissance sur les conseillers et par leur présence les ont forcés à voter des fonds.

La citoyen Denonfoux, de Lyon, dit que le suffrage universel est bon. Ce qui le rend mauvais c’est la manière dont on le pratique. Si certains députés ont trahi leur mandat, d’autres sont morts sur les barricades. A Nadaud et à Tolain on peut opposer Millière et Delescluze.

Le citoyen Sibillat s’incline devant les grandes figures de la commune, mais il attaque les députés ouvriers actuels. Qu’est allé faire le citoyen Camélinat, en Algérie, à la queue des ministres ? Il aurait mieux fait de parcourir la France pour s’enquérir des besoins des travailleurs.

Le citoyen Farjat, de Lyon, dit que les anarchistes ne savent exprimer leurs théories que par ce mot : liberté. Il faut créer d’abord la liberté économique. Si on ne s’organise pas la révolution sera reculée. Le suffrage universel n’est pas un principe mais un moyen. Il faut s’en servir.

Le citoyen Dormoy constate que tous les orateurs sont d’accords quand il s’agit delà révolution, mais une révolution ne se décrète pas — ce sont les événements qui la font.

Le citoyen Caron, de Paris, se déclare blanquiste et ennemi du suffrage universel qui a retardé la révolution. Il n’est pas d’accord avec les collectivistes pour la lutte des classes qui n’a jamais été préconisée par le Comité central.

Ce discours provoque presque un tumulte dans la salle. Les délégués haussent les épaules. Des voix crient à l’orateur qu’il ne sait pas ce qu’il dit.

Les citoyens Dormoy et Denonfoux réfutent les paroles du citoyen Caron. Le citoyen Denonfoux veut mettre les travailleurs en garde contre certains projets présentés à la Chambre. Ces lois, lors même qu’elles seraient votées, ne produiraient aucun résultat. Après des discours des citoyens Issartel, de Lyon, et Eglen, de Lyon, se déclarant suffragistes et révolutionnaires, la séance est levée au chant de la « Carmagnole. »

La Démocratie du Cher 5 novembre 1887

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La Chambre syndicale des mécaniciens et similaires, ainsi que celle des chaudronniers en cuivre de Lyon, réunies en assemblée générale dans leur local, rue Grolée, 38, le dimanche 20 novembre courant.

Les délégués au Congrès de Montluçon, Gagnaire et Sibilat, après avoir rendu compte de leur mandat, ont été l’objet d’un vote de confiance pour la façon correcte dont ils ont rempli leur mandat.

Les syndicats félicitent leurs délégués de l’énergie qu’ils ont déployée audit Congrès.

Le Cri du Peuple 26 novembre 1887