Le 12 janvier 1884, Jamin était l’un des orateurs de la conférence publique organisée par la Jeunesse révolutionnaire de Paris, salle de l’Ermitage, 22 rue de Jussieu, sur le thème Prolétaires et bourgeois.
Le 2 mars 1884, un grand meeting international était organisé par les groupes révolutionnaires autrichiens avec le concours des anarchistes de Paris au profit des familles des arrêtés et des expulsés de Vienne (Autriche) à la salle Rivoli, 104 rue Saint Antoine. Il était traité des questions suivantes : La Révolution sociale en Autriche ; l’exécution des valets de François-Joseph ; de l’attitude des révolutionnaires français en cas d’une insurrection sociale en Autriche ; de la nécessité d’une union internationale entre tous les peuples contre les monarques et les capitalistes. Jamin faisait partie des orateurs inscrits.

Le 16 mars 1884, vingt chambres syndicales organisaient un meeting, salle de l’Elysée-Montmartre, 80, boulevard Rochechouart, sous la présidence de Lissagaray. A l’ordre du jour : La crise économique et les travailleurs; la commission des 44 à la Chambre; les grèves du Nord. Parmi les orateurs inscrits : Bordes, Duprat, des tailleurs; Leboucher, Ravet, de la cordonnerie; Jamin, Trotté, des menuisiers; Druelle, des mécaniciens-ajusteurs-électriciens; Denéchère, de la maroquinerie; Pinoy, des serruriers; Ferré, des tapissiers; Emile Lefèvre, des chiffonniers, ainsi que plusieurs délégués des chambres syndicales et groupes corporatifs.

En mai 1884, Léon Jamin écrivit une lettre à la commission des 44 députés de la chambre, chargée de rechercher les causes de la crise économique et d’y apporter des remèdes, dans laquelle il releva « quelques-uns des mensonges, âneries et erreurs de fait ».
Sa lettre était adressée à M. de Héredia, député :
« … Il s’agit de la déposition de MM. Haret et Didier. Vous les questionnez :
— Vous avez sans doute entendu parler de la chambre syndicale qui se réunissais rue de Jouy, et qui a fondé dans Paris deux cours techniques, l’un rue de Sèvres et l’autre à Montmartre?
Je suis étonné que vous ne la connaissiez pas. Le Conseil municipal subventionne ces deux cours.
M. Haret. —Je ne me rappelle rien concernant cette chambre syndicale.
Or, la chambre syndicale que M. Haret prétend ne pas connaître, a fondé, non pas deux mais trois cours professionnels. MM. les patrons menuisiers n’ont jamais su en faire autant. M. Haret ne se rappelle rien concernant la chambre syndicale; cependant, plusieurs membres du syndicat m’ont affirmé qu’il a écrit à ce même syndicat, en 1881, pour avoir des ouvriers, des marchandeurs ou des conducteurs.
Voici la déposition de M. Didier :
Vous confondez sans doute avec trois cours de dessin qui ont été fondés par une société : l’un rue de Sèvres, l’autre à Montmartre, et un troisième, peu connu parce qu’il a été fort peu suivi par suite de l’irrégularité et de l’inexactitude du professeur.
Nous avons même offert des prix à ces cours. Ils n’ont pas été acceptés, sous prétexte que la liberté de l’enseignement en aurait souffert.
Cette société, dont M. Didier paraît se souvenir vaguement, est bien la chambre syndicale ouvrière, ne lui en déplaise, attendu qu’il n’y a pas dans Paris d’autres cours du même genre que les siens. Quelques-uns de nos camarades avaient, en effet, eu la naïveté de se rendre près de ces messieurs, dans le but d’obtenir des récompenses. Mais, en assemblée générale de la chambre syndicale, les sociétaires moins naïfs repoussèrent ces compromissions.
La liberté de l’enseignement dans nos cours de dessin aurait souffert de l’immixtion des patrons. Nous avons déjoué le piège qui nous était tendu. La preuve, c’est que les patrons sont venus devant la commission d’enquête parlementaire manifester leur haine contre les syndiqués. Mais ils peuvent continuer à jeter leur bave sur nous.
Pour ce qui est de mon irrégularité et de mon inexactitude au sujet du troisième cours, que je dirige, je mets au défi M. Didier et ses co-déposants de prouver leur mensonge. Étant un partisan actif de l’enseignement professionnel, je fais tous mes efforts pour propager ce mode d’instruction.
Si ces messieurs avaient à cœur son développement, ils auraient pu juger avec moins de partialité ma prétendue irrégularité, en visitant l’exposition de modelage que je fais tous les ans.
Je les invite à aller au baraquement B, rue des Tuileries ; ils trouveront ma vitrine où sont exposées environ 150 pièces, qu’ils entrent ensuite dans la salle à côté où est l’exposition des travaux des élèves de nos cours, et ils jugeront, à moins que leur incapacité notoire ne les empêche d’apprécier.
Si ces messieurs ont tant de rancune contre le syndicat en général, point n’est besoin d’une longue réflexion pour s’apercevoir que ce n’est que jalousie puisque, je le répète, n’ayant jamais eu l’intelligence de créer des cours techniques, ils seraient très satisfaits de voir disparaître nos cours… Les travailleurs s’instruisent au point de vue professionnel, au profit exclusif des patrons, et ces patrons les insultent.

Signé : Jamin, Léon, professeur de dessin de menuiserie et de trait »

En octobre 1884, Jamain, avec d’autres membres de la chambre syndicale des menuisiers s’opposa à des réformistes influencés par Barberet qui voulaient déclarer le syndicat dans le nouveau cadre de la loi de 1884 :

« Depuis trois ans la majorité de la Chambre syndicale des ouvriers menuisiers n’a cessé d’être révolutionnaire. Nous avions toléré quelques modérés au conseil syndical, mais ces messieurs, subjugués par un nommé P…, barberettiste, profitant de l’absence des socialistes et malgré les décisions prises en assemblée générale, firent décider qu’on se soumettrait à la loi sur les syndicats. Les véritables élus, devant un pareil escamotage, protestèrent et sommèrent les délégués usurpateurs de rendre les livres.
Ceux-ci ayant refusé, ils furent avertis qu’on s’en emparerait de vive force. Convoqués à une réunion, ces délégués ne vinrent pas, mais ayant appris qu’ils étaient réunis boulevard Rochechouart, nous allâmes les trouver, et nous nous emparâmes des livres qu’ils détenaient illégalement.
Nous sommes décidés à ne plus laisser les jésuites rentrer dans la chambre syndicale.
Signé : Testelin, Cardeillac, Anselme, Chevrel, Gros, Flament, Lallemand, Delille, Roch, Bricourt, Fontez, J. Lerouxaine, Jamin, Loperchey. »

En octobre 1884, Jamin servit de contact lors du lancement du journal anarchiste Terre et liberté auquel il collabora.

Le 24 janvier 1885, il demeurait à Honfleur, 70 rue Bucaille, le 24 février 1888, il était de retour à Paris.

En 1888-1889, on le retrouvait au Ça ira, avec Constant Martin et Émile Pouget.

Le 11 septembre 1889, Jamin participait à une réunion du groupe anarchiste La Sentinelle, à la salle Delaporte, 19 rue de Clignancourt. Il proposa qu’avec l’argent dont le groupe disposait, on fit imprimer une brochure sur le Congrès international qui venait de se tenir à Paris.

Le 29 septembre 1889, eut lieu chez le Père Rousseau, 131 rue Saint Martin, une réunion du groupe La Sentinelle. La discussion se déroula sur la nécessité de faire paraître un nouvel organe anarchiste. Ce journal devait traiter de la tactique à suivre pour favoriser et soutenir l’action révolutionnaire. Il devait comprendre une tribune libre, où tous les anarchistes pourraient développer les idées de chaque individualité. Morel, Duprat, Charveron, Jamin, Pouget, pensent qu’un organe anarchiste bien conduit peut paraître quotidiennement. Pour assurer son existence, il fallait compter sur le dévouement et le zèle de tous les groupes. Le journal de Martinet aurait pu subsister facilement, s’il avait représenté les aspirations de tous les groupes. Cet organe avait même reçu d’un grand nombre d’anarchistes de Paris et de provinces, l’argent qui lui était nécessaire. Si la Sociale de Martinet a succombé, ce fut pour des raisons autres que la question pécuniaire.

Jamin déclara : « Ce fait nous prouve qu’il faut réagir immédiatement, et lancer, si c’est possible, un nouvel organe répondant exactement aux besoins pratiques de l’Anarchie ».

Le 2 octobre 1889, une réunion du groupe La Sentinelle eut lieu 19 rue de Clignancourt. Une trentaine de compagnons y assistaient. On traita la question suivante : « De la meilleure manière de faire la révolution, ou tout au moins de former des révolutionnaires bien (illisible) et sur lesquels ou puisse compter.

Weil et Laurens soutenaient que c’était par l’égoïsme qu’il fallait faire marcher les hommes à l’assaut de la société actuelle. Duprat et Jamin veulent que l’on fasse la révolution en employant les méthodes philosophiques ; on préparera ainsi les masses à l’évolution sociale que l’on poursuivait.

Laurens leur répondit qu’une révolution violente amènerait seule des résultats. Jamin prononça alors un discours scientifique où il était question de Darwin, mais personne ne l’écouta.

Le 9 octobre 1889, le groupe La Sentinelle, se réunissait 29 rue de Clignancourt, 60 membres étaient présents. Weil, Jamin et Baudelot regrettèrent les début de l’anarchie où les compagnons n’étaient pas nombreux mais faisaient de l’action.

Selon le rapport d’un indicateur Duprat et Jamin auraient demandé que l’on s’occupa un peu dans les groupes de la question des égouts, des fils télégraphiques et aussi des endroits où peuvent se trouver des engins destructeurs. « En un mot, il faudra être prêts à faire sauter une partie de Paris, si besoin en était ».

Le 27 novembre 1889, le groupe anarchiste de Montmartre tenait une réunion au 19 rue de Clignancourt. Duprat y annonça que le groupe Les Insurgés avait l’intention d’établir une permanence et invitait en même temps les autres groupes anarchistes à suivre son exemple.

Morel et Jamin accueillirent cette nouvelle avec ferveur, estimant que l’on ne saurait trop prendre de précautions « contre les canailles qui vont encore nous gouverner pendants cette législature ».

A cette époque il fit la connaissance de Madeleine Pelletier qui n’avait que 15 ans, Jamin, qui avait une bibliothèque, lui prêta des livres de philosophie, ils ouvrirent à l’enfant des horizons nouveaux.

Madeleine Pelletier sa participa au groupe anarchiste « La femme libre », crée à son initiative, en janvier 1890, selon un rapport de police du 15 janvier 1890.
La première réunion de ce groupe était mixte : une douzaine de femmes et huit hommes, parmi lesquels Sébastien Faure et Jamain.
Les femmes critiquèrent la conduite des hommes à leur égard et se prononcèrent pour la création d’un groupe exclusivement féminin.

Le 16 janvier eut lieu, 19 rue de Clignancourt, salle Delaporte, une réunion organisée par les anarchistes de Montmartre. L’assistance se composait de 25 hommes et de 12 femmes.
La discussion aborda tout d’abord la question de savoir si les femmes pouvaient se réunir comme elles le désiraient, c’est à dire sans accepter d’hommes parmi elles.
Tennevin et Brunet étaient d’avis, au nom de la liberté individuelle, de les laisser se réunir comme elles l’entendaient. Weil combattit cette façon de voir.
Il fut pris à partie par toutes les femmes présentes et par quelques hommes qui lui reprochèrent sa conduite dans les réunions précédentes.
Fany le prévenait que s’il revenait parmi elles, il n’entrerait pas, dut-on lui jeter les verres et les carafes à la tête.
Jamain reprocha à Weil d’être trop insolent et le menaça de le souffleter.
Weil ayant mis Jamain au défi d’exécuter sa menace, il s’en suivit un corps à corps entre eux qui occasionna pendant cinq minutes un certain tumulte.

SOURCES :

Le Cri du peuple Gallica

Archives Préfecture de police Ba 1507

A suivre