Léon Jamin fit partie du groupe des anarchistes qui agressa Yves Guyot. Le Monde illustré 17 mars 1883. Gallica.

Le 3 juillet 1881, l’Union de la fédération des ouvriers menuisiers en bâtiment tenait une réunion privée salle Vialla, rue Sain-t-Maur, 193. A l’ordre du jour : le compte rendu des délégués au congrès régional du Centre; l’organisation des cours professionnels traités par Jamin, membre de la fédération.

Jamin fréquentait l’établissement du Père Rousseau, c’est là c’est là qu’il connut connut Viard, délégué au commerce, sous la commune de Paris: puis Camélinat, le préposé à la monnaie ; ainsi que Albert Goulé, Mortier, Constant Martin, autres membres actifs de la commune insurrectionnelle, puis Elisée Reclus, les poètes Eugène Pottier, auteur de l’Internationale, Jean-Baptiste Clément l’auteur de la chanson Le temps des cerises.
Sans oublier cet autre poète, Constant Marie, dit le « Père La Purge» ; Jules Guesde; Paul Lafargue; Prudent Dervilliers ; John Labusquière; le Dr Susini ; Protot ; Dereure, le cordonnier ; le père Gaillard , Victor Considérant, l’un des survivants des journées de juin 48 qui, en même temps, était phalanstérien. Jamin suivait, mais de loin, cette phalange de la Démocratie sociale. Alors qu’il se lia davantage avec Emile Pouget ; le peintre Luce, Louise Michel, Digeon, Jean Grave, Pierre Kropotkine.

La Chambre syndicale des ouvriers menuisiers en bâtiment du département de la Seine avait élu domicile chez le Père Rousseau. Cette Chambre syndicale avait comme membre un tribun très populaire du nom de Montant, qui, avec quelques autres, eut l’idée de cet important meeting dit «des sans travail », qui eut lieu le 9 mars 1883, et dont la résolution définitive avait eu lieu salle Horel, rue Aumaire. Ayant comme organisateurs et signataires, de l’affiche : Cardeillac, le véritable instigateur ; Labat, Montant, Naudet, Tortelier.

Le 10 mars 1883, une réunion se tenait, les organisateurs du meeting de l’esplanade des Invalides, Montant en tête, avaient provoqué cette réunion publique, dans la salle d’Austerlitz, au no 2 du boulevard Contrescarpe. La salle, très petite, avec une galerie supérieure, au pourtour, était resserrée entre un débit de vin et un café. A huit heures, une vingtaine d’arrivants stationnent devant la porte et s’interrogent mutuellement au sujet de Louise Michel. Était-elle arrêtée ? Les uns disaient oui, les autres non. Enfin le patron ouvrit la salle on entra.
A huit heures et demie, il y avait cent personnes environ, et parmi elles une trentaine d’anarchistes. L’inquiétude était dans l’air; elle se trahissait par une certaine froideur et des chuchotements, les compagnons délégués à l’entrée pour la perception des frais de la salle s’entretenaient avec indignation de l’attitude des journaux à propos du meeting de l’Esplanade et jetaient des regards furieux sur un groupe de journalistes, faciles à reconnaître à cause de leurs chapeaux hauts de forme qui détonnaient dans ce milieu de chapeaux mous à larges bords.

Montant donna la parole au compagnon Jamin. Aussitôt apparaissait sur les degrés de l’estrade un homme assez chétif d’aspect il avait le visage blême, le corps petit et anguleux. Il avait été un des principaux organisateurs du meeting et avait pris la parole dans la fameuse réunion des quatre-vingts menuisiers en bâtiment dans la salle Horel, rue Aumaire, où la manifestation avait été décidée. Il était professeur de dessin au trait pour la menuiserie. Il ne monta même pas à la tribune, mais resta sur les degrés, et, le bras tendu vers un groupe de reporters prenant des notes dans un coin de la salle, il s’écria furieusement :
« Aujourd’hui que je m’aperçois que la presse bourgeoise est ici, je la dénonce à l’indignation des compagnons. Qu’il en vienne un de ces journalistes à la tribune expliquer pourquoi nous avons été vilipendés dans la presse. Qu’ils se fassent entendre, afin que nous voyions ce qu’ils ont dans le ventre. En attendant, je leur crache à la face. »
Personne ne souffla mot; les crayons des reporters coururent toujours sur le papier. La salle applaudit et le citoyen Montant tordit sa moustache sur la scène avec une visible satisfaction. Les délégués, à l’entrée, jubilaient. Quelques anarchistes se montraient au doigt le groupe des journalistes et se disaient que tout à l’heure on allait les « chauffer ».

A la fin du meeting, quelques journalistes se levèrent et se dirigèrent vers la porte. Ils furent suivis par le compagnon Jamin, qui attira de nouveau l’attention de l’assemblée sur eux. Quelques pourparlers s’engagèrent; on projetta de s’opposer au départ des reporters qui, sentant gronder de dangereuses colères autour d’eux, prudemment et vivement gagnèrent la sortie.

Le 11 mars, Jamin était au meeting des ouvriers du bâtiment au chômage, salle Rivoli, avec un groupe d’anarchistes qui, mené par Émile Digeon, appela sans succès l’assistance à aller renforcer le rassemblement de protestation place de l’Hôtel-de-Ville.

Des incidents tumultueux se produisirent dans cette réunion, à laquelle avait été convoqué le citoyen Yves Guyot, où ce dernier exposait les causes de la crise qui sévissait dans l’industrie du bâtiment. Tout se passait dans le plus grand calme, devant un auditoire composé d’une grande partie de maçons, lorsqu’une centaine d’anarchistes, ayant à leur tête notamment M. Digeon, Mlle D’Erlincourt, s’introduisit dans la salle, interrompant l’orateur et provoquant des scènes de désordre, excitant l’assistance se rendre place de l’Hôtel de Ville pouf manifester.
M. Yves Guyot, protestant contre cette attitude, les nouveaux venus envahirent la tribune, frappant M. Yves Guyot au visage à coups de poing, à coups de chaise et à coups de canne, la police, requise par quelques assistants, fît évacuer la salle. Quelques arrestations étaient faites, parmi lesquelles celles de Charles Godard, Émile Quinque, Jamin et Fernande d’Erlincourt. M. Yves Guyot se retira le visage tout en sang, mais refusa de porter plainte.

Léon Jamin ne fut libéré que le 25 mars 1883.

Le 11 avril 1883, lors du procès de Godard et Quinque, il fut cité comme témoin à décharge et expliqua que les incidents n’auraient pas eu lieu si Yves Guyot n’avait pas déclaré que les anarchistes étaient à la solde du député bonapartiste Gustave Cuneo d’Ornano. Il affirma que Godard n’avait frappé personne. « Godard, dit-il, est resté tout le temps à côté de moi. ». Yves Guyot lui répondit qu’il avait déclaré : «Vous faites le jeu de M. Cuneo d’Ornano, vous répondez à l’appel qu’il a signe. »

Le 11 juillet 1883, quatre arrestations étaient opérées à Paris. A cinq heures, on prenait chez eux Crié, rédacteur de la Bataille, Jamin, Crespin et Digeon, et on les conduisait à la préfecture de police, dans un des locaux dépendant du service de la sûreté. Vers onze heures, après une courte comparution devant le juge d’instruction, ils furent mis en liberté.

Au même moment, il était membre du groupe anarchiste du XIème arrondissement baptisé le Volcan, peu avant il avait fait une exposition de ses dessins rue Charlot.

Le 15 mai 1883, Jamin fait partie du groupe des anarchiste qui tenta d’imposer sa présence au congrès de la Fédération du Centre. Ils étaient trois ou quatre, parmi lesquels le compagnon Jamin, ils se défendirent du reproche qui leur était fait d’être payés pour faire du tapage. « On m’a appelé type, dit le compagnon Jamin, quand je me suis présenté au contrôle. C’est le secrétaire de l’Union fédérative, le citoyen Balin. Je ne veux pas être traité de type. » Il fallut les expulser pour les faire taire. La mêlée déborda dans la rue, où trois gardiens de la paix intervinrent pour faire circuler les batailleurs. Lors d’un nouveau retour des anarchistes, Balin, qu’on était allé chercher, arriva. C’était un grand et vigoureux jeune homme, qui avait pris une part active à l’organisation du congrès. Il se dirigea vers Jamin. «Oui, lui dit-il, je vous ai appelé type et je maintiens le mot. Et, si vous continuez à m’embêter, je vous flanquer ma main sur la figure. Au reste, je vous dis aussi que vous êtes stipendiés; et, si cela vous plaît, je vais mettre les points sur les i tout de suite. »
Les trois anarchistes filèrent. La veille un de leurs amis avait reçu, dans les galeries, un coup de couteau à la jambe.

A suivre

SOURCES :

La Presse, Le Rappel, Le Gaulois, Le Temps sur Gallica

Petit-Pierre, histoire et souvenirs d’un apprenti, Paris, Niclaus, 1912. Gallica