Direction de la Sûreté générale

1er bureau

Fédération des chambres syndicales ouvrières lyonnaises

Cours du Cercle d’études sociales des syndicats fédérés de Lyon

Par mes précédents rapports et notamment par celui du 18 juin 1881, je vous ai fait connaître les tentatives faites par les membres remuant du parti révolutionnaire pour pousser les chambres syndicales ouvrières lyonnaises à s’organiser en fédération, je vous ai également indiqué les corporations qui devraient adhérer à cette fédération soit à titre provisoire, soit à titre définitif.

Depuis lors cette association intitulée Fédération des chambres syndicales ouvrières lyonnaises et dont le siège actuel est situé rue Grolée, 38, n’a pris aucune extension et son action loin de s’étendre, semble diminuer chaque jour, surtout depuis la condamnation des meneurs du parti anarchique et malgré les appels réitérés qu’elle a adressés aux syndicats ouvriers.

Les chambres syndicales qui en font encore partie sont aujourd’hui au nombre de quatorze, savoir :

1° Les mécaniciens et similaires

2° Les chevriers et maroquiniers

3° Les tanneurs et corroyeurs

4° Les menuisiers

5° Les charrons

6° Les charpentiers

7° Les peintres en voitures

8° Les cordiers

9° Les ferblantiers

10° Les fondeurs en ferblantiers

11° Les ébénistes

12° Les maçons

13° Les cordonniers

14° Les liseurs de dessins

Un certain nombre de ces corporations, sans importance d’ailleurs, n’ont adhéré à la fédération que dans l’espoir d’y trouver des ressources en cas de grève, telles que les chambres syndicales des charrons, des charpentiers, des cordiers, des cordonniers et des liseurs de dessins. La métallurgie seule, c’est à dire la corporation des mécaniciens et similaires de Lyon, a apporté et apporte encore à la fédération un concours sérieux. Les autres corporations, en raison du malaise général qu’éprouve depuis quelques années l’industrie lyonnaise, n’y sont généralement représentées que partiellement de sorte que leurs délégués n’ont que peu d’influence.

Il n’y a, du reste, que ceux qui s’occupent de propagande politique et de socialisme qui paraissent s’accorder et beaucoup de syndicats ouvriers, après avoir adhéré à la fédération, s’en sont retirés.

Les ressources de cette association sont presque nulles, le nombre des membres de syndicats adhérents payant la faible cotisation de 0,10 centimes par homme et par mois. Il y a quelques mois la fédération n’avait en caisse que 55 francs environs.

Se voyant sur le point de disparaître et n’ayant pu réussir à exercer une influence suffisante sur les syndicats pour assurer son existence, la fédération des chambres syndicales lyonnaise, cherche depuis quelques mois à modifier son mode d’organisation tout en conservant sa dénomination primitive. Dans ce but elle a fait des tentatives pour créer un Cercle d’études sociales des syndicats fédérés de Lyon auquel tous les membres des syndicats pourraient assister librement, ainsi que tous les membres des autres cercles d’études sociales, lorsque ceux-ci auraient été préalablement acceptés par le Cercle d’études des syndicats.

Le règlement dont une copie est jointe.

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Fédération des chambres syndicales ouvrières lyonnaises

Cours d’études sociales des syndicats fédérés de Lyon

Règlement

Art 1er Tous les citoyens appartenant aux chambres syndicales fédérées de Lyon pourront assister librement aux cours, ainsi que tous les citoyens membres (illisible) ou cercles d’études sociales lorsque ceux-ci auront été préalablement acceptés par le cours d’études des syndicats.

Art 2 Une commission d’études composée de cinq membres préparera pour chaque séance un ou plusieurs exposés écrits ou oraux sur l’ordre du jour adopté à la précédente séance, cet ordre du jour devant toujours être formé et arrêté à la fin de chaque séance.

Art 3 La Commission d’études se renouvellera par cinquième à la fin de chaque séance du cours par le moyen d’un tour de rôle établi pour toutes les chambres syndicales fédérées. Si une chambre syndicale ne répondait pas à son tour de rôle, elle le perdrait pour le reprendre à la suite. En ce cas, la réunion nommerait le cinquième membre de la commission en choisissant parmi les membres présents et cela sans préjudice de la chambre syndicale à laquelle ce citoyen appartiendrait.

Art 4 La Commission d’études entretiendra la confection d’un tableau contenant l’énonciation au fractionnement de ce que l’on convient d’appeler questions sociales. Tout citoyen membre du cours pourra y faire inscrire ce qu’il croit utile d’être discuté et pourra également demander la priorité de l’énonciation qu’il fait inscrire ainsi que celle déjà inscrite.

Art 5 Pour faciliter l’exécution de toute décision adoptée par le cours d’études, la commission pourra toujours se mettre en rapport avec le conseil de la fédération pour la faciliter dans sa tâche.

Art 6 Les réunions ordinaires du cours auront lieu à jour fixe, deux fois par mois, au siège de la fédération, rue de Grolée, 38. Ces jours sont les premier et troisième vendredis de chaque mois.

Source : Archives départementales du Rhône 10 M 339