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Manifeste aux travailleurs

Déclaration lue au Congrès de Lyon

Travailleurs,

Le Congrès national vient de clôturer ses travaux. Pour toutes les questions à l’ordre du jour, les délégués représentant plus de 700 chambres syndicales, appartenant à diverses écoles socialistes, ont conclu que le prolétariat ne devait et ne pouvait attendre son émancipation de ses adversaires de classe qui, sous diverses formes politiques se succédant depuis un siècle, ont nié les principes de la Révolution française.

Les bourgeois sont ce que les événements les obligent à d’être, tour à tour monarchistes, républicains modérés, radicaux, voire même socialistes ; ils s’entendent à merveille pour savoir, sous tous les régimes conserver leurs privilèges et monopoles.

Actuellement, le népotisme s’étale honteusement : le fonctionnarisme est une des plaies de la République, les charges augmentent, le budget ne s’équilibre pas, et une classe dégénérée assiste impassible à cette régression.

Pouvons-nous réagir ? Oui et non ! Non, si nous croyons que le progrès seul est le maître du temps, des choses et des hommes ; si nous nous laissons berner par le parlementarisme*, si nous pensons que l’état aigu dans lequel nous sommes peut s’améliorer avec nos adversaires d’origine. Oui, si, sans nous payer de mots, nous disons en observant la marche de la société, en constatant la concentration capitaliste, que nous courons à un cataclysme.

Travailleurs,

Qu’entre temps nous arrachions à nos adversaires des réformes partielles, soit ! Mais compter sur ces réformes pour arriver à un tout, est une erreur scientifique. L’homme qui compte sur le progrès sans voir que le progrès est enrayé par l’organisation actuelle est un naïf. Celui qui, pour s’émanciper, ne fait aucun effort, commet inconsciemment une lâcheté.

N’est-il pas humiliant d’en être réduit à demander la réduction de la journée à huit heures, et devrions-nous, un siècle après la Déclaration des Droits de l’Homme, être forcés de discuter la loi policière des Syndicats ? La liberté complète est donc si dangereuse, qu’on ne veut l’accorder à la classe des parias ?

Que de luttes supportées, que de sacrifices consentis pour la défense de cette liberté, et que d’infamies à flétrir chez ceux qui, armés du Code, nous refusent même le droit commun !

Serions-nous plus avancés, si nous avions un Conseil supérieur du travail près du ministère ? Oublie-t-on que le pouvoir législatif a souvent directement entendu nos réclamations, sans vouloir jamais en tenir compte ?

Sont utopistes ou indifférents ceux qui comptent sur les avocats pour leur affranchissement.

Travailleurs, séparez-vous nettement des politiciens qui vous trompent*. Habituez-vous à voir les événements froidement et sans appréhension.

La crise ira s’aggravant, parce que vous consommez de moins en moins. Aussi, peut-être se débarrassera-t-on de nous en nous faisant écraser dans une guerre étrangère ou dans une guerre civile provoquée à dessin.

Source : Archives départementales du Rhône 4 M 321

Rapport du 7 novembre 1886 : Le nommé Wattier, secrétaire du groupe de la Bibliothèque a distribué gratuitement à l’entrée de la salle des exemplaires imprimés du manifeste aux travailleurs lu au Congrès de Lyon (ci-joint un de ces exemplaires)

*mis en gras par nous. Ce texte intervient 20 ans avant la « Charte » d’Amiens, votée en 1906.

Le dossier : Les anarchistes lyonnais dans la Fédération nationale des syndicats ouvriers