Tribunal correctionnel de Liège. Affaire de grévistes.

A l’heure où l’émeute battait son plein à Tilleur, le 20 mars dernier, vers dix heures du soir, alors que des bandes d’émeutiers brisaient et pillaient dans cette localité, le bourgmestre de Saint-Nicolas, l’honorable M. Pirard, inquiété par le bruit des coups de feu qui se succédaient sans interruption dans la commune voisine de la sienne, voulut aller se rendre compte de la situation et des mesures qu’elle pouvait commander à sa vigilance.

Passant devant un cabaret tenu par le sieur Delf, il en vit sortir une bande composée d’environ vingt-cinq individus armés de bâtons, au nombre desquels on lui signala les plus mauvais sujets de Tilleur, les nommés Antoine Offerman, Henri Réhan, Joseph Delarge et Hubert Schlester, tous ouvriers mineurs. On dit en même temps au bourgmestre que ces gens avaient projeté un attentat contre sa demeure.

M. Pirard se hâta de rentrer chez lui pour défendre son habitation et ceux qu’elle renfermait, le cas échéant.

A peine venait-il de rentrer que la bande approcha de sa demeure. Un homme s’en détacha à certaine distance. Un homme s’en détacha à certaine distance pour, a-t-on dit, faire éclater une cartouche de dynamite devant sa porte. Puis le groupe avança, fit une décharge de revolver contre la façade et y lança une grêle de pierre.

M. Pirard, qui avait eu le temps d’armer son monde, fit répondre à l’attaque par une décharge d’armes à feu. Une balle atteignit le meneur de la bande et le renversa blessé ; ce que voyant, ses compagnons prirent la fuite.

Chemin faisant, ces individus avaient tenté de couper les fils du télégraphe et avaient brisé des carreaux de vitre chez MM. Dubois et Hubert.

Le tribunal correctionnel vient de condamner Offerman et Schlester à six mois de prison et deux cents francs d’amende, et Réhan et Delarge à trois mois de prison.

La Meuse 10 avril 1886