Paris le 7 janvier 1890

Contrôle général

Hier soir à 8h1/2 a eu lieu, salle Delaporte, 19 rue de Clignancourt, une réunion organisée par le groupe anarchiste « La femme libre ».

Sept femmes et quatre hommes assistaient à cette réunion, parmi lesquels les citoyens Faure, Jamain* et un nommé Lucien, anarchiste.

Les assistants ne se sont pas occupés de politique ; ils plaisantaient entre eux.

On a appris que l’intention de ce groupe est d’en former un autre exclusivement féminin ; les hommes ne pourront assister aux séances.
Ce groupe a aussi l’intention de faire de la propagande et d’organiser une fête familiale, dans laquelle on ferait une conférence relative à l’émancipation de la femme, enfin les femmes faisant déjà partie du groupe doivent à partir de maintenant, faire dans la mesure de leurs moyens, de la propagande individuelle.

Séance levée à 11h

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Durand

Paris le 7 janvier 1890

Hier soir a eu lieu 19 rue de Clignancourt, salle Delaporte, une réunion organisée par le groupe anarchiste « La femme libre ».

L’assistance se composait d’une douzaine de femmes et de 8 hommes.

Cette réunion qui a commencé vers 8h45, n’a été qu’une causerie et on n’a pas formé de bureau.

Les femmes ont critiqué la conduite des hommes à leur égard et se sont prononcées pour la création d’un groupe exclusivement féminin.

Elles ont décidé de faire insérer dans l’Egalité un appel aux femmes, annonçant la création du groupe et ses réunions hebdomadaires du lundi, 19 rue de Clignancourt, salle Delaporte.

Faure et Lucien ont préconisé l’amour libre et les idées anarchistes ; ils ont admis le vol en ce sens que tout étant à tous, ce n’était pas voler que de prendre ce dont on avait besoin.

Ils se sont déclarés ennemis des réunions exclusivement féminines et ont affirmé qu’ils les combattraient autant qu’il leur serait permis de le faire.

Ils ont été combattus par un nommé Benjamin et un anarchiste dont le nom n’a pas été prononcé.

En résumé de cette causerie qui a été des plus pornographiques, il résulte que le groupe anarchiste « La femme libre » est fondé et qu’il se réunira tous les lundis, salle Delaporte.

On s’est séparé à minuit.

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Paris 7 janvier 1890

Hier soir a eu lieu salle Delaporte, 19 rue de Clignancourt, une réunion du groupe anarchiste « La femme libre ».

L’ordre du jour portait : De l’utilité des groupes exclusivement féminins.

Huit compagnons seulement étaient présents. Chacun demandait qui avait convoqué le groupe ; personne ne le savait. Aussi, s’est-on séparé à 11 heures, sans avoir agité aucune question.

Max

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Paris le 15 janvier 1890

Hier soir a eu lieu salle Delaporte, 19 rue de Clignancourt, une réunion organisée par le groupe anarchiste de Montmartre « La Femme libre ».

L’assistance se composait de 12 femmes et de 6 hommes, bien que les femmes seules dussent être admises.

La séance a été ouverte à 9 heures.

Plusieurs assistantes ont critiqué la conduite de Lucien Weil qui va dans leurs réunions faire de la contradiction.

Weil a répliqué qu’il était de son devoir d’anarchiste de se rendre dans toutes les réunions autres que celles données par les camarades, afin d’y parler contradictoirement. C’est ainsi a-t-il dit que je rends parmi les boulangistes, les possibilistes etc..

Madeleine lui a donné un démenti, elle lui a dit qu’il n’allait que dans les réunions de femmes faire de la contradiction, parce qu’il savait bien qu’elles ne pourraient pas le mettre à la porte.

Weil n’a pas moins persisté à dire qu’il ferait tout ce qu’il pourrait pour empêcher les réunions de femmes.

Madeleine a démontré que l’on étudiât les moyens à employer pour attirer les femmes au groupe.

Elle s’est prononcée contre les syndicats de femmes.

Boulanger a trouvé le titre donné au comité très mauvais, elle ne voudrait pas y voir figurer les mots : anarchiste et révolutionnaire, car selon elle, ils effrayent trop les femmes qui seraient tentées de venir au groupe.

Elle a préconisé la formation de syndicats féminins.

Il a été décidé que les annonces ne porteraient plus que : réunion des femmes libres.

Une assistante à trouvé drôle que des hommes ne fussent pas admis parmi elles, alors que ceux-ci admettent parmi eux toutes les femmes.

Boulanger voudrait qu’il fût fait des feuilletons anarchistes afin d’instruire les femmes.

Madeleine et une assistante ont manifesté le désir qu’on fit dans leurs réunions la lecture de brochures anarchistes.

On a décidé qu’une réunion aurait lieu ce soir même salle et qu’une soirée familiale serait tenue dimanche café Charles, 2 bld Barbès à 9 heures du soir.

La séance a été levée à 11 heures et demie.

Sébastien Faure a assisté à la séance.

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Paris le 15 janvier 1890

Hier soir a eu lieu 19 rue de Clignacourt, salle Delaporte, la deuxième réunion du groupe anarchiste « La Femme libre ».

La fondation de ce groupe est due à l’initiative de la femme Madeleine.

Une quinzaine de femmes étaient présentes à la réunion.

Il est décidé, dès le début de la séance que le groupe « La Femme libre » s’occupera tout spécialement de faire une active propagande révolutionnaire, dans les usines et ateliers où les femmes sont principalement occupées. Puis les assistantes s’engagent à se rendre régulièrement aux réunions organisées par les anarchistes afin d’y développer les théories socialistes et d’y défendre les droits de la femme.

La séance est levée vers 11 heures.

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Paris le 22 janvier 1890

Le groupe anarchiste « La Femme libre » s’est réuni hier soir salle Delaporte, 19 rue de Clignancourt.

Une dizaine de femmes étaient présentes.

Les hommes n’étaient pas admis à la réunion.

Mme Mina Hirtzon (?) fait une courte causerie sur l’égoïsme de l’homme qui, en plein 19e siècle, après la grande révolution de 89, tient encore la femme sous le joug de l’esclavage.

Les assistantes soulignent ces paroles par les cris de : Sus à l’égoïsme de l’homme ! Guerre à la tyrannie et à l’autorité !

Il est ensuite donné lecture d’une quinzaine de pages de la brochure intitulée : « Entre paysans ».

Puis il est décidé que tous les mois le groupe donnera une soirée familiale à laquelle seront invitées les mères de familles, ainsi que leurs enfants.

La nommée Pelletier se propose de faire paraître sur le journal l’Egalité, le compte-rendu de chaque réunion tenue par le groupe.

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Paris le 29 janvier 1890,

Le groupe « La Femme libre » s’est réuni hier soir, salle Pécherand, 36 rue de Clignancourt.

Sept femmes étaient présentes.

On continue d’abord la lecture de la brochure « Entre paysans ».

Les assistantes s’entretiennent ensuite des moyens à employer pour propager l’idée de la grève générale parmi la masse des ouvrières.

Il est décidé qu’on continuera à faire de la propagande anarchiste par la parole, les écrits et, au besoin, par l’emploi des moyens violents.

Pendant dix minutes, on discute sur la manière de se partager le travail et d’élever ou « supprimer » les enfants selon les dispositions de la mère.

La séance est levée à 11 heures.

Source : Archives de la Préfecture de police Ba 1507

*Il s’agit de Jamain Henri Léonce (ou Léon) demeurant 12 rue Lamarck