LA DYNAMITE A DIJON

La nuit dernière, deux cartouches explosibles ont été placées contre l’église Saint-Jean et sous le portique du Palais de Justice par des individus restés inconnus.
Les dégâts de l’église ne sont pas graves ; ceux du Palais de Justice sont plus sérieux.
Le parquet a fait une enquête.

Le Cri du peuple 6 février 1887

L’attentat de cette nuit. Explosion au palais de justice et à l’église Saint Jean

Hier soir, vers 11 heures 35, une formidable détonation s’est fait entendre dans la direction du palais de justice et a mis en émoi tout le quartier de la place d’Armes.

M. Andriot (Pierre), allumeur de la compagnie, qui arrivait par la rue Bouhier, s’arrêta stupéfait à l’angle de cette rue et de la place du Palais.

Une explosion, dit-il, venait d’éclater entre les colonnes du portique, projetant à dix mètres aux alentours une quantité de corps durs qui frappaient avec fracas contre les maisons environnantes ; certainement ces projectiles auraient tué quiconque se serait trouvé aux alentours.

Le bac de gaz placé au bas de l’escalier a été éteint par l’explosion.

M. Andriot n’a vu personne sur la place du Palais.

Au bruit de la détonation, des agents de police accouraient et recueillaient les débris du projectile.

Ce projectile devait avoir la forme d’une volumineuse cartouche contenant une matière explosible mélangée avec une certaine quantité de morceaux de fer et de fonte entouré par une bande de laine et attaché avec du fil de fer.

Les débris ont été recueillis sur place ; les dégâts sont heureusement peu importants.

A la même heure, une autre explosion se produisait sur un autre point de la ville.

Les habitants de la place Saint Jean et des rues avoisinantes venaient d’être réveillés par deux fortes détonations ; c’étaient encore deux cartouches du même genre que celle qui éclatait au palais de justice, placées contre l’église Saint Jean, qui venaient de faire explosion ; là encore, les dégâts sont insignifiants.

Des rondes d’agents de police, sous la conduite de M. Garnier, commissaire de police du 1er arrondissement, et de M. Montfillard, inspecteur de police, ont parcouru toute la nuit les rues de la ville ; mais les recherches sont restées infructueuses.

La caisse, véritable machine explosible, trouvée ces jours derniers dans un arbre du cours du Parc, indique suffisamment le but de ceux qui ont déposé hier une cartouche sous le porche du Palais de justice : ce qu’ils veulent évidemment, c’est faire sauter le parquet.

Il y a à craindre que d’autres attentats ne se renouvellent.

Les débris des cartouches vont être portés ce matin à M. le procureur de la République.

L’enquête ouverte se continue.

Journal non déterminé 2U 1507 Archives départementales de la Côte d’Or.