Quinzième épisode. Lire l’ensemble des épisodes.

Fortuné détenu politique à Clairvaux. La construction d’un réseau militant dans les Ardennes

Fortuné Henry. Album Bertillon septembre 1894. CIRA de Lausanne.

Après avoir séjourné dans plusieurs prisons depuis le 8 novembre 1892, jour de son arrestation, au gré de ses pérégrinations devant les divers tribunaux, Fortuné se trouve incarcéré à la maison centrale de Clairvaux pour y purger sa peine de 2 ans de prison.

Jusqu’à une date récente, les détenus politiques étaient emprisonnés à Sainte-Pélagie, prison parisienne au régime assez libéral. Le Père Peinard1 analyse ce changement dans les conditions de détention : « Autrefois les condamnés pour délit de presse faisaient toujours leur temps à Pélago. Maintenant on ne les y laisse que s’ils n’ont qu’un an. Au-dessus, on les embarque pour Claivaux, où se trouvent actuellement : Berthault qui tire deux ans comme gérant du Père Peinard, Couret, condamné à 15 mois pour un article de l’Egalité, et Bourguer, condamné à deux ans pour un discours prononcé en réunion à Reims. ». Le régime des visites aux détenus a également été modifié à Sainte-Pélagie mais aussi à Clairvaux : « Autrefois, les amis des prisonniers entraient à Pélago à toutes heures de la journée ; ils montaient dans les cellules et pouvaient boulotter ensemble.

Maintenant y a un parloir où vont les amis, et la famille a seule autorisation d’aller dans la cellule du détenu. ». Les détenus anarchistes pouvaient lire la Révolte ou le Père Peinard, en prison, « maintenant le Père Peinard y est interdit et on ne laisse passer que le supplément de la Révolte ».

Lors de son arrivée à Claivaux, Fortuné ne se retrouve pas seul au quartier des détenus politiques. Il y a là aussi Sébastien Faure condamné le 23 avril 1892 à 18 mois de prison, par la cour d’assises du Rhône, pour provocation au meurtre, au pillage, à l’incendie et à la guerre civile (non suivie d’effet).

Se trouve là, également, Jean-Joseph Bourguer qui purge une peine de 2 ans de prison, par jugement du 25 mai 1892 de la cours d’assises de la Marne, pour avoir incité les soldats à tirer sur leurs chefs. Quant à Georges Berthault, imprimeur, ancien gérant du Père Peinard, la cour d’assises de la Seine l’a condamné le 22 mai 1891 à 2ans de prison, pour provocation directe adressée à des militaires, dans le but de les détourner de leurs devoirs, provocation directes au meurtre, au pillage et à l’incendie (non suivis d’effets).

Emile Couret a été condamné le 8 avril 1890 par la cours d’assises de la Seine à 15 mois de prison, pour complicité de provocation au meurtre (non suivie d’effet).

Le fait de se retrouver avec d’autres compagnons au quartier des politiques a certainement contribué à adoucir le séjour de Fortuné à Clairvaux et à rendre moins pénibles les mois d’emprisonnement. Dans une interview2 parue à sa sortie de prison, il déclare : « Nous vivions en bons camarades, paisiblement, en parfaite entente. On nous laissait faire ce que nous voulions, flâner ou travailler à notre guise. Personne ne nous dérangeait d’ailleurs. Pendant mes deux années de détention, je n’ai aperçu que deux visages, toujours les mêmes, ceux de mes deux gardiens. Le matin, nous nous levions à huit heures, rarement plus tard, après avoir pris le café – un café exquis – que l’un de nous préparait. Puis nous descendions au jardin et l’on faisait une partie de quilles. A neuf heures, nous remontions pour déjeuner. Notre menu ne variait jamais, la soupe et le bœuf, – quatre cent grammes de viande, ni plus, ni moins. – C’est parait-il, nourriture suffisante pour un homme lorsqu’il est en prison. Nous faisions notre courrier, nous lisions. Parfois on jouait au parquet jusqu’à quatre heures, heure de la soupe. Après, nouvelle partie de quilles et enfin jusqu’à deux heures du matin souvent, on travaillait ou, nos petits lits rapprochés de la table, on lisait à la lueur du gaz, car nous étions éclairés au gaz ! Quelques fois, je chantais des chansons anarchistes : Au temps d’anarchie, l’Antipatriote, les Iconoclastes. Alors de la route, on m’entendait. En somme, je n’ai souffert ni physiquement, ni moralement. Le temps à coulé rapide grâce au travail. »

Ce récit du séjour à Claivaux, est confirmé par Jean Grave3  qui se trouve emprisonné au même moment que Fortuné: « Le quartier politique à Clairvaux était un bâtiment qui, autrefois avait servi d’infirmerie, puis de lieu de détention pour des condamnés militaires. Entouré de murs avec des bâtiments sur un côté, il y avait une cour plantée de tilleuls.

Au rez de chaussée étaient installés des bureaux de comptabilité où travaillent des détenus. Leur entrée était en dehors, mais leurs fenêtres y prenaient jour. Parfois, on faisait la causette avec les « Bureaucrates », leur passant du tabac de temps à autre.

Le reste du bâtiment, un étage et des greniers, était à notre disposition. Trois grandes pièces tenaient tout le premier étage.

La première, la plus grande, avait été abandonnée par Fortuné et Breton. Ils avaient fait leur salle à manger de la deuxième, et leur dortoir de la troisième, de beaucoup la plus petite. Un troisième lit fut mis dans la chambre à coucher, et rien ne fut changé à la disposition du local.

Il y avait une petite pièce que Breton avait choisie pour en faire un petit atelier. Il avait même fait venir un tour. Mais [comme il était fainéant comme trente-six couleuvres et vingt-six prêtres] je ne l’y ai jamais vu travailler.

Nous fîmes connaissance, car c’était la première fois que je me rencontrais avec eux. Ils me mirent au courant des petits potins de la maison.

Ils m’apprirent que j’étais privilégié. Tous ceux qui étaient passés avant moi à Clairvaux avaient dû faire un stage d’un mois au quartier des détenus [de droit commun] avant de passer aux politiques…

Fortuné était le frère d’Emile Henry. Il était un peu hâbleur. Pour passer le temps il barbouilla un tableau ou deux, se taillant des toiles dans les torchons de l’administration ».

Au mois de mars 1893, Fortuné demande à bénéficier du régime des détenus politiques. Le 12 avril 1893, la Direction des affaires criminelles et des grâces du ministère de la justice lui accorde ce statut au régime très libéral. Les détenus politiques sont très peu nombreux au moment du séjour de Fortuné, variant au gré des entrées et sorties de 3 à 5 personnes. Ils ne portent pas l’uniforme comme les 1.200 à 1.300 détenus de droit commun.

Durant son séjour à Clairvaux, Fortuné entretient, grâce à ce statut de prisonnier politique, une correspondance importante avec les militants anarchistes des Ardennes. Le courrier est peu ou pas filtré.

Le 24 août 1893, il adresse une lettre à Malicet de Nouzon4 :

Mon cher Malicet,

Depuis longtemps, je désirais t’écrire, mais quoique ta bonne figure et ta conviction m’aient frappé dès notre connaissance, je ne pouvais me souvenir de ton nom. Je viens de recevoir une lettre du brave Bouillard qui me l’indique et je ne puis moins faire que de joindre un mot à ton adresse, dans la babillarde que je lui écris aujourd’hui.

Un mot de toi me fera plaisir.
Donne-moi des renseignements sur Nouzon, Bouillard et Thomassin m’en donneront sur toute la contrée.

Sois sans inquiétude à mon égard car la foi dans une société où les prisons et les geôliers n’existeraient plus, me fait subir les unes et les autres avec résignation.

J’utilise les heures dont je dispose à étudier et à m’instruire, c’est le devoir de celui qui veut éclairer autrui.

Mes sympathies à tous et à toi mon cher Figaro, ma meilleure poignée de mains ».

Le 22 septembre 1893, c’est à Bouillard de Nouzon, qu’il s’adresse :

Mon cher Bouillard,

J’ai reçu ta lettre du 29 août en son temps et malgré que je sois en prison, ce n’est qu’aujourd’hui que je trouve le temps de te répondre.

J’ai été bien content de l’échec de Clément, mais ce qui m’inquiète le plus, c’est de voir le nombre de voix qu’il a obtenu à Nouzon.

Vous devriez vous démener un peu plus et secouer les prunes à tous ces gredins qui jouent au palet sur le ventre du prolétariat.

Le charlatan Basile Guesde. Nous donne déjà la mesure de ce qu’il vaut. Avant d’être au palais Bourbon, il a déjà changé, rien que sur le sujet patrie, trois fois en quinze jours, que seras-ce, lorsqu’il aura quelques mois de présence sur les chaises percées de la Chambre.

Ma santé est excellente, ainsi que celle de nos amis, mes codétenus.

Je suis chagrin de savoir qu’il n’en est pas de même pour toi, mais que veux-tu, une machine, même un peu déclenchée peut aller quelque fois longtemps.

L’ami Cornet de Revin est-il toujours à la Bouverie, je n’ai pas reçu de ses nouvelles quoiqu’une lettre de lui m’eut bien fait plaisir.

Présente à tous ma meilleure poignée de main et sois assuré de ma sincère camaraderie.

Bien à toi et à l’anarchie

Fortuné Henry »

Le 21 novembre 1893, il écrit à Nicolas Thomassin du groupe Les Sans Patrie de Charleville5 : « J’ai reçu avec un vif plaisir ta lettre du 3 courant.

Sébastien qui en effet nous a quitté, il y a quinze jours, m’a chargé de te remercier vivement de ton offre pour le logement que tu mets à sa disposition.

Tu as dû recevoir de lui une circulaire qui t’a montré que son activité se trouve actuellement accaparée et qu’il ne peut, pour le moment, du moins, se rendre dans les Ardennes.

Je souhaite que ton nouveau petit commerce te permette de vivre un peu mieux à ton aise et de passer convenablement l’hiver.

J’ai été très sensible au souvenir de M. et de Mme Dupont, ainsi qu’à celui de M. Thierry, présente leur, je te prie, avec mes remerciements, mes amitiés…

S’il t’es possible de nous envoyer de temps à autre un canard, tu me feras plaisir.

J’ai appris avec peine la position du pauvre Bouillard qui me dis-tu est encore malade. Assure-le de mon amitié et présente lui mes souhaits de santé. De même, une bonne poignée de main à Malicet, le Figaro de Nouzon.

Je suis heureux d’apprendre que la propagande va bien dans les Ardennes et que les camarades, malgré les persécutions dont on les gratifie, ne sont pas abandonnés par le courage.

Donne leur un bon bonjour à tous et reçois, cher ami, ma meilleure poignée de mains.

Embrasse pour moi ta femme et tes enfants.

Fortuné Henry »

Le 21 décembre 1893, Fortuné écrit une lettre à Thomassin : « Mon cher Thomassin,

Ta lettre du 20 novembre à laquelle je réponds s’est croisée avec la mienne du 21.

J’ai été très heureux de recevoir des nouvelles de tous les amis qui s’intéressent à moi et j’ai été très sensible à votre cotisation.

Ta lettre contient avec les vérités que je puis apprécier (sic) une pointe d’indignation légitime, du reste, qui n’a pas été du goût de l’administration.

Aussi par ce temps de persécution à outrance, je te conseillerai aussi bien pour toi, que pour moi, c’est à dire pour qu’on n’interrompe pas notre correspondance, de mettre une sourdine à ta plume et un peu de sucre dans ton encrier.

Nous sommes bien isolés, nous voici encore trois et c’est moi qui partirai le dernier, puisque j’ai encore un an à faire.

C’est te dire que je serai heureux de pouvoir t’écrire et de ne pas voir entraver nos relations.

Je te serai reconnaissant de me donner des nouvelles de Bouillard.

Le Père Peinard parait-il toujours et peux-tu en faire la vente sans être inquiété ?

Je ne me souviens pas de Lalagel (?) et de sa compagne, il est bien possible que je les connaisse mais je ne me rappelle pas d’eux.

Où les ai-je connus ?

Je profite ainsi que Bourguer de l’approche de 1894, pour offrir à toi, à ta femme, à tes enfants, à nos bons amis des Ardennes, avec nos souhaits de santé et de courage, notre meilleure poignée de main.

Bien à toi et à la cause.

Fortuné Henry ».

Le 6 janvier, Fortuné adresse une nouvelle lettre à Thomassin :

« Mon cher ami,

J’ai reçu ta bonne lettre du 3 janvier, m’apportant tes souhaits et ceux des camarades.

J’ai été très sensible au petit envoi que tu m’as fait et nous avons joyeusement trinqué à la vôtre.

Je suis au courant de tout ce qui se passe susceptible de nous intéresser, aussi j’approuve la tournure de ta lettre qui sait ne rien dire de trop.

Je te prierai chaque fois que tu m’écris de bien vouloir rappeler la date de la dernière lettre que tu as reçue de moi, ainsi que je le fais en tête de la présente.

As-tu reçu la mienne du 21 décembre ? J’ai vu que l’on prétend avoir saisi des papiers chez bien des compagnons.

Ou les journaux mentent, ce qui n’aurait rien d’étonnant ou alors les compagnons sont bien naïfs et imprudents.

Depuis trois semaines une menace de perquisitions, sinon d’arrestations est suspendue sur leur tête et on dégote encore chez eux des babillardes qui peut-être ne disent rien mais qui aux yeux de ceux qui veulent y voir quelque chose, sont quelques fois compromettantes. C’est tout simplement idiot.

Sans autre chose à te dire, je te serre bien cordialement la main.

Sympathiquement à tous.

Fortuné Henry »

Thomassin ne tient aucun compte des conseils de prudence que lui donne Fortuné, puisque ces lettres sont saisies chez lui, lors d’une perquisition 6, le 19 février 1894.

En mars 1894, à l’occasion d’une procédure judiciaire contre Malicet à Nouzon, le procureur général de Nancy découvre la correspondance que celui-ci entretient avec Fortuné à Claivaux et s’en étonne auprès du directeur de la prison.

Celui-ci lui répond que les règles de la correspondance des détenus politiques sont déterminées par l’arrêté du 4 janvier 1890 qui laisse aux inspecteurs chargés de surveiller la correspondance, une très grande latitude. Mais à Clairvaux, la surveillance serait plus stricte qu’à Paris ou les détenus politiques peuvent continuer à écrire dans leurs journaux.

Le 19 mars 1894, le procureur général s’en inquiète auprès du ministre de la justice : « Il en résulte que la plus grande facilité est laissée au détenu pour correspondre au dehors et continuer son œuvre de propagande par le fait. Car je suis touché de savoir qu’un service d’inspection, plus ou moins indulgent, vérifie ce que peut écrire le condamné. Une lettre, quelle qu’elle soit, émanant de Fortuné Henry « martyr de la bonne cause » est le meilleur stimulant que puisse recevoir le groupe anarchiste des Ardennes». Le procureur en conclut que le condamné ne devrait être autorisé à écrire qu’à sa famille7.

Le ministre de l’intérieur qui exerce à cette époque la tutelle des maisons centrales, répond au ministre de la justice qu’une surveillance plus efficace sera exercée sur Fortuné Henry mais lui rappelle : « c’est sur l’avis de votre prédécesseur, avis exprimé dans une dépêche du 12 avril 1893, que Fortuné Henry a été soumis au régime des condamnés politiques. Or, jusqu’à ces derniers temps, de très grandes facilités de correspondances avaient été laissées aux détenus de cette catégorie »8.

Quant au procureur général de Nancy, cette correspondance entretenue par Fortuné avec les militants anarchistes des Ardennes lui fait rejeter une demande de libération conditionnelle pour le 27 juin 1894.9

Tous ces liens d’amitié et de solidarité entre les anarchistes de Nouzon et Charleville entretenus par Fortuné vont avoir une importance cruciale pour l’avenir mais un événement dramatique va bouleverser sa vie et modifier son militantisme.

Notes :

1 Le Père Peinard 20 novembre 1892

2 L’Echo de Paris 10 novembre 1894

3 Quarante ans de propagande anarchiste par Jean Grave. Flammarion 1973, p. 328 et suite

4 Archives nationales BB 18 6461

5 Archives nationales F7 12508

6 Archives nationales F7 12508, rapport du commissaire de police de Mézières.

7 Archives nationales BB 18 6461, lettre du 19 mars 1894

8 Archives nationales BB 18 6461. Lettre du 13 avril 1894

9 Archives nationales BB 18 6461. Lettre du 11 août 1894

Document :

L’arrêté régissant le régime de détention des détenus politiques

Le ministre de l’Intérieur,

Vu le décret du 11 novembre .1885, portant règlement du service et du régime des prisons de courtes peines, affectées à l’emprisonnement en commun ;

Vu la délibération du conseil supérieur des prisons en date du 9 juillet 1889 ;

Sur la proposition du conseiller d’État, directeur de l’administration pénitentiaire,

Arrête :

Article premier. — Jusqu’à ce qu’il ait été statué, par règlement général sur le régime applicable dans les établissements pénitentiaires, aux personnes condamnées pour faits politiques ou pour faits qui seraient admis comme assimilables aux faits politiques, notamment en matière de presse, la situation de ces détenus sera réglée d’après les dispositions contenues au présent arrêté.

Art. 2. — D’une manière générale, sous réserve des dérogations qu’exigeraient les nécessités d’ordre et de service et qui seraient fixées par décision ministérielle, ces détenus bénéficieront dut régime déterminé en faveur des prévenus, par les règlements généraux et particuliers applicables aux maisons d’arrêt.

Ils bénéficieront en conséquence des dispositions relatives à la dispense du travail, à l’alimentation, à la faculté de se nourrir à la cantine ou de faire venir des vivres du dehors, à l’usage, des vêtements personnels, au port de la barbe et des cheveux, à la pistole.

Ils restent comme doivent l’être tous détenus, à quelque catégorie qu’ils appartiennent, soumis à la règle du visa, pour l’envoi ou la réception des correspondances, communications et objets quelconques.

Art. 3. — Ils pourront recevoir tous les jours, dans une pièce spéciale affectée à l’usage de parloir et selon les conditions déterminées, avec approbation du ministre, par le règlement intérieur de chaque maison, les visites des personnes qui auront été autorisées à les voir.

Ces visites, spécialement celles de la famille, pourront, en outre, être reçues, selon les .cas, dans la cellule ou chambre individuelle du détenu, pour tels motifs qu’il aura fait connaître et sur autorisation expresse du ministre pour chaque personne ainsi admise à pénétrer dans la prison.

Ces diverses autorisations pourront toujours être retirées, ainsi qu’il en est de toutes facilités spéciales que les règlements généraux permettent d’accorder à des détenus et qui sont subordonnées au maintien du bon ordre et aux conditions essentielles du régime des prisons.

Art. 4. — Ces détenus seront séparés de toutes autres catégories et placés en cellule ou chambre individuelle.
Ils pourront travailler, prendre leurs repas, se promener au préau avec les autres détenus de même catégorie qui se trouveraient dans l’établissement, selon les conditions déterminées par le règlement intérieur, et sous réserve des mesures à prendre en cas d’abus ou par nécessité de. service.

Art. 5. — En cas de placement dans une maison cellulaire, bien que la réduction du quart de la peine soit réservée, par la loi du 5 juin 1875, aux condamnés constamment soumis au régime d’isolement individuel, ne serait pas considéré comme constituant, la vie en commun et comme faisant perdre l’avantage de la réduction de peine, le fait pour des détenus politiques d’être autorisés à se visiter les uns les autres, soit au parloir, soit en cellule, mais seulement aux heures réglementaires de visites.

Art. 6. Il sera pourvu par instructions ou décisions générales ou spéciales du ministre à tous les cas qui n’auraient pas été prévus par le présent arrêté et par les règlements généraux qu’il vise en ce qui concerne le régime et la situation des détenus de ladite catégorie.

Art. 7. — Sont et demeurent sans effet tous règlements particuliers d’établissements pénitentiaires en ce qu’ils auraient de contraire aux présentes dispositions, et notamment le règlement qui avait été arrêté le 9 avril 1867, sur le régime du quartier spécial de la prison de Sainte-Pélagie, qui ne spécifiait pas les facilités actuellement accordées et qui n’a d’ailleurs pas reçu, en réalité, force d’application.

Art. 8.—Le conseiller d’État, directeur de l’administration pénitentiaire est chargé de l’exécution du présent arrêté.

Fait à Paris, le 4 janvier 1890.

CONSTANS.

Cc-by new white.svgCc-nc white.svg