(De l’un de nos correspondants.)

Saint-Quentin, 29 août.

Pour protester contre les odieuses condamnations prononcées contre les compagnons Devertus, Bal et Massey, par la cour d’assises de l’Aisne, les révolutionnaires de Guise et de Saint-Quentin avaient organisé, pour les samedi et dimanche derniers, des conférences dans chacune de ces localités.

A Guise, 500 personnes environ assistaient à la réunion.

Le compagnon Tortelier traite de : l’Anarchie c’est l’ordre.

Après lui, le compagnon Devertus monta à la tribune. Il est acclamé par tous les socialistes sans distinction,, protestant ainsi contre les arrêts de la justice bourgeoise.

Le compagnon Devertus soufflette comme ils le méritent, la magistrature, la police et surtout les témoins à charge.

Un des directeurs du familistère de Guise ayant voulu protester a été hué par la salle.

Les deux autres condamnés, les compagnons Bal et Massey, eux aussi, dans des discours énergiques, ont fait le procès de la République bourgeoise et défendu la liberté de la parole.

Le citoyen Viard ancien membre de la Commune, termine par une chaleureuse allocution.

La séance a été levée au milieu des acclamations qui ont salué les condamnés et les conférenciers.

C’est en chantant la Carmagnole et aux cris de « Vive la Révolution sociale! » que tous les révolutionnaires de Guise ont quitté la salle.

A Saint-Quentin,le lendemain dimanche, une nouvelle conférence à eu lieu, celles-ci, avec le concours de la citoyenne Louise Michel.

A midi, heure de l’arrivée du train de Paris, une foule énorme attendait devant la gare, mais pas de Louise Michel. Toute la police de la ville qui était sur pied espérant sans doute faire du désordre, en fut pour son dérangement.

Au train suivant la sympathique citoyenne arriva.

Lorsque accompagnée des citoyen cités plus haut, elle se présenta à la tribune, plus de 3.000 personnes, debout, firent entendre les cris de : Vive l’anarchie ! Vive
la Révolution.sociale !

Comme à Guise, il ne fut pas constitué de bureau, ni désigné de délégué à l’ordre,
La première, Louise Michel, traita, avec une rare éloquence, de 1’Anarchie c’est l’ordre.
Les applaudissements unanimes et souvent répétés de la salle prouvèrent, quelle avait frappé juste.

Après elle, le compagnon Tortellier fit le procès du suffrage universel.

Lorsqu’enfin le compagnon Devertus s’avança les applaudissements, l’accueillirent; ce fut une véritable ovation.

« Je remercie, s’écrie Devertus, les journaux ds la localité qui, en jouant un rôle ignoble, nous, ont désignés à la vindicte bourgeoise, » je remercie de même la magistrature, la police, tous ceux qui, en nous faisant, condamner ou en nous condamnant, nous ont offert le moyen de faire de la bonne propagande.

Une première conférence aurait pu s’oublier, l’idée préconisée s’efface, mais, ces arrêts, citoyens, bien certainement ne s’oublieront pas ».

« Oui ! Oui ! » crie la foule debout, et la salle, croule sous les applaudissements.

Comme la veille, le citoyen Viard fait le procès du patronat et des dirigeants.

La citoyenne Louise Michel ainsi que les compagnons Bal, Tortellier et Devertus furent rappelés et la conférence se termina par un débat contradictoire très courtois entre le citoyen Langrand, conseiller municipal socialiste de Saint-Quentin, et les compagnons anarchistes..

A la sortie, la citoyenne Louise Michel fut acclamée de nouveau.

La police, qui paraissait très surexcitée, et qui a voulu enlever les drapeaux noir et
rouge, en fut pour ses essais d’intimidation.

L. A.

Le Cri du peuple 31 août 1887