LA VÉRITÉ SUR CURIEN

Nous publions aujourd’hui tous les détails que nous avons pu recueillir sur Paul Curien, l’auteur de la tentative contre M. Ferry. Ces renseignements sont de nature à modifier l’opinion première que l’on a pu avoir de l’anarchiste lillois en apprenant son aventure au ministère de l’instruction publique.

Il ressort de notre contre-enquête que Curien n’est ni un fou, ni un mouchard. Ce point est acquis. Nous le disons franchement, parce que le parti socialiste n’a aucun intérêt à travestir la vérité. Curien est un de ces exaspérés comme Fournier de Roanne, Florion de Reims, qui ne sont pas capables d’attendre l’heure propice de la révolte, et qui s’imaginent pouvoir, d’un coup de pistolet, briser les bases de la société.

Nous n’approuvons pas les actions individuelles, nous le disons hautement, et nous ne les approuvons pas parce qu’elles sont inutiles et parfois funestes.
Gambetta, que Florion voulait supprimer, est mort, et l’exploitation capitaliste est toujours debout.

La vie d’un homme d’État ne compte pas clans la vie d’un peuple ; nous ne faisons pas la guerre aux individus, mais aux institutions; nous estimons que la peau d’un Ferry ne vaut pas la balle qui la trouerait, et nous croyons que la lutte contre les bourgeois ne doit pas être personnelle et isolée, mais collective et générale : classe contre classe.

Ce n’est pas une raison pour calomnier les ardents qui, dans un moment d’égarement, ont pu céder à la tentation de jouer le rôle de justicier. Curien est un de ceux-là. Nous aurions préféré le voir réserver son courage pour une œuvre plus utile, car chez nous ce n’est pas à coups de revolver qu’on fait les révolutions : c’est à coups de mitraille.

Emile Massard.

LE CRI DU PEUPLE A LILLE

Lille, 18 novembre 1883.

Il y a grand conciliabule aujourd’hui à la Préfecture de Lille.

Tous les policiers sont sur pied.

Cela sent les arrestations d’une lieue de loin.

Sur dépêches expédiées par leur chef, sont accourus les commissaires de Tourcoing, de Roubaix, d’Armentières.

M. Gasser commissaire central de Lille, est aussi présent.

Quels vont être les ordres expédiés de Paris relativement à l’action à diriger contre les socialistes ? On ignore encore.
On attend; en attendant on s’apprête. Depuis hier, tout ce qui gravite autour des réunions, tout homme qui préside ou qui assiste est filé. La police elle-même le déclare. Maintenant, ses précautions sont prises, elle est parée, comme on dit en terme de matelot.

Ce qui semble défier la raison, c’est le calme avec lequel M. Gasser — un fonctionnaire zélé, mais maladroit — vous dit :

— Nous ne savons pas encore ce que décide le gouvernement. Organisera-t- on un grand complot ? le ministère restreindra-t-il les proportions de cette affaire? Pour nous, Curien est un exalté, mais sans complices assurément. Il a obéi à un mouvement d’irritation tout spontané.

Puis, comme s’il tenait à se garder une porte de sortie ou à pallier l’infamie de ses procédés au cas où on lui dirait d’agir, le commissaire central ajoute :

— Cependant Curien « pourrait » avoir parlé de son projet à un ou deux de ses amis.

De l’aveu donc de la police, l’acte accompli vendredi dernier est spontané et isolé.

C’est une déclaration faite devant témoins, et qui aura son poids un jour peut-être dans la balance. Il est utile de l’enregistrer.

Quels sont donc les groupes anarchistes de Lille qu’il serait loisible d’incriminer?

Il n’existe aucun groupe anarchiste dans cette ville.

Il y a une centaine de collectivistes qui se réunissent une ou deux fois par semaine dans un estaminet. Quant à une organisation quelconque, pas l’ombre.
La Préfecture elle-même le déclare : elle n’y croit pas. Autrefois, il y eut bien une tentative, à l’époque où existait le journal révolutionnaire le Forçat. Mais le vaillant organe qui pouvait servir de point de repère a disparu. Vainement il essaya de renaître de ses cendres sous des titres divers : le Vengeur, la Voix du Peuple. Il entraîna dans sa chute, tué par la prison et les amendes, tout embryon de groupement.

Celui qui dirigeait le journal dès le début et qui courageusement le ressaisissait, le remettait sur pied après les soubresauts, le citoyen Jonquet, est à l’heure actuelle expirant à l’hôpital de Saint-Sauveur.

Ce que la Préfecture cherche toutefois à établir, à tout hasard, pour se plier, si besoin est, aux ordres émanés de Paris, c’est la complicité de quelques-uns permettant d’englober le grand nombre.
Lorsque l’on veut tuer son chien, on affirme qu’il est enragé. Donc, je le répète, à tout hasard on cherche à nouer tant bien que mal les fils d’une intrigue inextricable. En voici déjà les deux bouts :
Le premier est un nommé Guisquière, un porteur du journal le Progrès. L’homme a été cité il y a deux jours devant le commissaire central. Il est étroitement surveillé depuis. Il avait l’habitude de fréquenter le jeune Curien. Crime.

Il n’a jamais rien su du projet fou de son ami. S’il le faut, pour la gloire et la fortune du ministère, la police lui fera bien voir qu’il savait tout !

L’autre est le citoyen Bury, actuellement détenu à la prison de Loos où il purge une condamnation à une année d’emprisonnement. C’est un tout jeune homme comme Curien. Puisque tous les journaux parlent de lui depuis deux jours, rappelons en deux mots sa physionomie. La première fois qu’on le remarqua, ce fut lors de la conférence de Clémenceau à l’Hippodrome de Lille.
Bury prit la parole pour combattre certaines idées émises par le député montmartrais. On lui tint rigueur de la chose.
Il me semble que si quelqu’un eût dû se plaindre, c’eût été M.Clémenceau. Je n’ai pas ouï dire qu’il se fut plaint.

Lors des troubles de Roubaix, le 14 juillet, troubles suscités par la résistance ridicule de la police, Bury lutta contre les agents qui voulaient sans motifs plausibles l’appréhender au corps. Il fut traîné au poste, mutilé, déchiré, les mains en sang et presque nu.

Jugé le lendemain, on relate cette partie de son interrogatoire :

Paul Bury, dix-neuf ans. tisserand, est le plus acharné des perturbateurs. C’est en riant qu’il comparait devant les juges.

D. Vous êtes signalé comme un organisateur de réunions publiques, comme un chef du parti anarchiste de Roubaix.

R. C’est une erreur. Je suis un individualiste. J’agis seul sans avoir besoin des conseils de personne.

D. Vous portiez un drapeau rouge en chantant la Carmagnole?

R. C’est le drapeau de la liberté.

Je croyais qu’un homme embastillé était à l’abri du soupçon de conspirer.

Cependant il est question de transférer Bury à Paris, aujourd’hui ou demain pour tirer de lui des éclaircissements relatifs à Curien et aussi à la tentative.

Plusieurs journalistes, celui du Progrès entre autres, avaient demandé au préfet l’autorisation de voir Bury dans sa prison. A l’heure où j’écris, cette permission n’est pas accordée encore.
Elle ne le sera point sans doute, subordonnée qu’elle est à l’acquiescement formel de M. le procureur de la République, muet à cet égard, quoique consulté.
On attend. On attend toujours!
M Cambon ne plaisante pas, il ne risque rien de ce qui peut compromettre sa situation politique. C’est un homme d’une faiblesse extrême, par ambition et par calcul capable de tout. C’est aussi un sceptique dans l’âme. Il consentira à ourdir toutes les trames qui lui seront commandées.
Lors des troubles de Roubaix, sans hésiter, il mit sur pied deux compagnies de chasseurs casernées à Lille, il leur donna l’ordre de charger les armes et au moindre obstacle, de tirer.
Quand M. Waldeck-Rousseau se rendit récemment à Tourcoing, les mêmes précautions furent prises. Ce n’est pas seulement à l’égard des anarchistes, des collectivistes et autres révolutionnaires, du reste, que M. Cambon professe le plus parfait mépris. Il a de ses administrés, en général, une assez mince idée, une piètre estime. ..

Il aime, à répéter souvent, dans ses moments de belle humeur, que, pour les Concours régionaux, il débite toujours le même discours, lequel fait perpétuellement grand effet. Et M. Cambon ajoute avec une finasserie outrée : C’est le discours du comice agricole mis dans la bouche d’un des personnages de Sardou dans la pièce Nos bons Villageois.

Il est bien secondé d’ailleurs par son secrétaire général, M. Bouffet et M. Gasser, le commissaire. Si la décision d’arrêter en masse prévaut, je vous jure que cela va marcher.

S’il fallait un nouveau détail pour dissiper le moindre doute, la révélation suivante suffirait :

M. Cambon ne sait rien de rien sur l’organisation du groupe, mais le commissaire peut frapper en se servant des listes de souscripteurs ou d’adhérents aux chambres syndicales publiés par divers journaux.

Le procédé n’est pas nouveau. Il fut employé pour l’affaire de Lyon et celle de Montceau-les-Mines.

Les procès de tendance vont recommencer.

Si l’hécatombe n’est pas formidable, mais et elle ne saurait l’être, à Lille, on rêve d’en localités.étendre les effets à plusieurs
J autres

Roubaix est un centre important Là, les anarchistes forment un groupe qu’on évalue a un millier d’hommes. C’est là qu ‘on peut se rattraper !

Les policiers n’y manqueront pas Ils ont bien d’autres buts en tête. Nos renseignements sont précis.

Rien dans ce que j’écris, hélas ! n’est fantaisiste.

On veut de nouveau frapper Lyon et Saint-Étienne surtout, que l’on considère, le diable m emporte si je sais pourquoi – mais c est l’expression de la police – comme « un foyer ».

Que dire de pareils agissements ? Que faire contre de pareils actes ! De quel nom qualifier les fonctionnaires assez avides d’honneurs et de lucre pour s’y prêter !

Quelle force opposer à ces fureurs, si ce n est le calme, l’inertie. La folie furieuse s empare des classes dirigeantes. Les infortunés qu’elle va atteindre attendent, le front haut, qu’elle ait passé.
Forts de leur innocence et de leur droit, les calomniés n’essaient même plus d opposer des raisons valables à la mauvaise foi ministérielle.

Écoutez et appréciez :

Hier, j’avais entendu citer par ceux qui s’apprêtent à sévir le nom d’un homme qu’on désignait comme nom un des plus influents chefs de « groupes »

Le nom de ce citoyen est Delory ; il est resté à Lille, rue Wazennes. Un conseiller municipal radical eut l’obligeance
de m’accompagner.

Je trouvai le citoyen Delory, chez lui, en train de faire sa soupe. La chambre était petite, proprette. Une femme Vaquait aux soins au ménage. Sur le lit un jeune enfant dormait.

Après échange de poignées de mains, j’instruisis le citoyen Delory du but amical de ma visite. Aux craintes que j’exprimais, il répliqua avec une extrême sincérité.

— Pourquoi m’arrêterait-on. Je ne crains rien. Pour quel motif? M. Gasser m’ a, en effet, il y a deux jours, fait appeler. J’ai répondu que s’il voulait me voir, je l’attendais à mon domicile. Que m’importe la prison, après tout ! serais-je plus malheureux que je ne le suis quand je serai emprisonné? La seule chose que je redouterais, ce sont les conséquences de l’interruption de mon travail pour ma famille.

Et comme je parlais de l’affaire Curien, il s’empressa de riposter avec une logique inflexible :

Si Curien a pris 32 francs à son patron pour faire le voyage de Paris, cela prouve surabondamment qu’il n’était envoyé par aucun groupe.

Et enfin :

Cette tentative: stupidité. A quoi servirait la disparition brutale d’un dirigeant ? Nos doctrines ne s’attaquent pas aux individualités, mais aux institutions injustes.

Cambon fait mépriser l’humanité. Delory prouve qu’il est encore des cœurs généreux, des gens honnêtes. ?

Olivier Pain

LES ANTÉCÉDENTS DE CURIEN

Tous les renseignements recueillis à Lille sont favorables à Curien.

Son père, capitaine-trésorier au 1er cuirassier, chevalier de la légion d’honneur, mourut à l’âge de 28 ans, laissant une veuve et deux petits enfants. Le grand-père de Curien était aussi un brave officier du premier Empire, également décoré et qui perdit une jambe sur un champ de bataille.

Mme veuve Curien, après avoir placé son fils Paul au Prytanée militaire de La Flèche, revint à Lille, sa ville natale, ou elle épousa, quelques années plus tara, un honorable négociant en grains et farines, M. Bertaux.

La jeunesse de Paul Curien

Quoique doué d’un a vive intelligence, le jeune élève de La Flèche fit le désespoir de ses professeurs. Esprit indiscipliné, Paul Curien souleva à maintes reprises ses compagnons d’études et il fut toujours à la tète des manifestations qui se produisirent dans le Prytanée.

Les professeurs prirent la résolution de le congédier et l’enfant revint à Lille chez son beau-père qui le mit au pensionnat Saint-Pierre, dirigé par les frères, rue de la Monnaie.

A Lille comme à La Flèche, Paul Curien ne voulut pas se soumettre, quoiqu’il eût des facultés extraordinaires pour l’étude.
M. Bertaux, sur la prière de son fils adoptif, prit alors le parti de le mettre dans le commerce.

Paul Curien, employé

En 1881, Paul Curien entra chez M. Boutry Van Isselstein comme aide-coupeur et s’acquitta assez bien de sa tâche, pendant peu de temps du reste, car le 10 avril il faisait partie du personnel de la maison Dequidt, rue de Tournai.

Les employés de cette maison, tout en reconnaissant son intelligence et son excellent cœur, ne tardèrent point à s’apercevoir que Curien avait un esprit très violent et évitèrent autant que possible de le contrarier, car il entrait alors dans de grandes colères.

Le 2 juillet 1882, quelques instants avant la fermeture des bureaux, M. Dequidt pria son jeune employé de porter une lettre chargée à la poste, mais Curien répondit qu’il ne voulait point travailler après l’heure.
Il fut aussitôt congédié par M. Dequidt.

Après être resté quelque temps sans ouvrage, il entra chez M. Lheureux, confectionneur, rue de Paris, toujours comme aide-coupeur, aux appointements de 300 francs par an.

Son esprit d’indépendance se manifestait de plus en plus, et, au mois de janvier 1883, à la suite d’un refus d’obéissance, il fut congédié par M. Lheureux.

Pendant trois semaines, il travailla chez M. Mallet, rue Bonte-Pollet, puis enfin la profession de coupeur ne lui plaisant plus, il voulut être boulanger.

Curien, boulanger

Les parents de Paul ne voulurent point s’opposer à cette nouvelle vocation et ils l’autorisèrent à entrer chez M. Bœuf-Pesez, rue Nationale, 56.

Le 28 mars 1883, le jeune homme quitta ses parents et vint loger chez sou patron.
Néanmoins depuis lors, plusieurs fois par semaine, il allait voir sa mère qu’il chérissait et ses frères et sœurs qu’il embrassait chaque fois avec la plus vive tendresse.

De plus, tous les dimanches il venait chercher son linge que ses parents faisaient blanchir.
Paul Curien avait une conduite des plus régulière, et comme nous disait Mme Boeuf. il fut en très peu de temps considère comme faisant partie de la famille.

Il prenait ses repas à la même table que ses patrons, et était devoir Je camarade de M. Boeuf fils.

Il ne sortait que très rarement, une ou deux fois par semaine, et c’était, disait-il, pour se rendre dans les coulisses du théâtre où il pouvait s’introduire grâce à un choriste de ses amis.

Curien anarchiste

La nature studieuse de Curien le portait vers l’étude des questions politiques. Il lisait attentivement l’excellent organe le Forçat, dont les articles en firent bientôt un révolutionnaire convaincu.

Et comme le néophyte était doué d’un caractère très résolu, il cherchait sans ménagement à mettre ses principes eu action.
Tous les jours, au travail, Curien engageait les ouvriers de la boulangerie à se coaliser contre les patrons qui les exploitaient, à étudier les programmes sociaux et à l’accompagner dans les groupes révolutionnaires où l’on discutait les intérêts de la classe ouvrière.

Mardi dernier, passant vers deux heures et demie rue de Paris, il rencontra ses collègues ouvriers de chez M. Lheureux.

« Tas de fainéants, leur dit-il, vous vous laissez exploiter. Votre patron gagne 100 pour 100 sur votre travail. »

Chez M. Bœuf-Pesez, à l’heure des repas, quand Curien se trouvait à la table de famille, il soutenait ses théories révolutionnaires, mais jamais il n’avait fait aucune menace de mort contre les membres du gouvernement.

« Du reste, nous a dit Mme Bœuf, de qui nous tenons ces renseignements, il n’aurait pas su faire souffrir une mouche. Il avait un excellent cœur, nous en eûmes la preuve il y a quelque temps, quand sa mère devint malade; il ne mangeait plus et pleurait sans cesse.»

Curien continuait à suivre assidûment les réunions des groupes anarchistes, dont il ne pouvait cependant encore faire partie, n’étant majeur.
Il écoutait avec attention les programmes discutés dans ces assemblées et essayait parfois d’élever la voix pour rendre plus radicales les mesures prises par les anarchistes.

Les préparatifs de l’attentat

Le jeune homme poursuivit en silence la réalisation de son projet. Mais il n’avait point d’argent et il n’osait point en demander, ni à son patron, ni à ses parents.

Une circonstance fortuite lui procura la somme nécessaire au voyage qu’il préméditait.

Jeudi, vers quatre heures de l’après-midi, Mme Bœuf-Pesez le pria d’aller recevoir chez quelques clients, à Wazemmes, une somme de 32 francs.

Curien obéit aussitôt et partit en disant qu’il allait auparavant chez ses parents, pour mettre ses habits des dimanches.

Le départ de Curien

En rentrant chez elle, vers huit heures du soir, Mme Bœuf-Pesez, qui avait fait quelques courses, fut surprise d’apprendre que Curien n’était pas encore rentre et elle pria son fils d’aller voir au théâtre s’il n’y était point.

M. Bœuf conseilla à sa mère d’aller se reposer.

Le lendemain malin, le jeune ouvrier n’était pas encore revenu. On se rendit chez ses parents, ils ne l’avaient point vu depuis plusieurs jours, sa mère s’empressa de rembourser à Mme Bœuf les 32 francs que son fils avait soustraits, la priant de l’avertir aussitôt que Paul serait rentré.

Ce ne fut que dimanche matin qu’elle apprit par les journaux l’acte de son malheureux enfant.

L’enquête

Samedi, dans la matinée, M. Grasser, commissaire central, a fait une perquisition dans la chambre occupée par Curien, chez M. Bœuf-Pesez. On a trouvé un grand nombre de journaux révolutionnaires : le Forçat, le Travailleur, le Cri du Peuple, la Révolution sociale, etc.

M. Bœuf fils s’est aperçu en montant dans sa chambre que son revolver, accroché au-dessus de son lit, avait disparu, et il en a fait part aussitôt à M. Grasser.

Chez les parents

Nous nous sommes rendu chez les parents de Curien que nous avons trouvés en proie au plus profond désespoir.

M. Bertaux, son beau-père, nous a reçu dans son cabinet de travail et nous a donné sur son malheureux beau-fils les renseignements que nous croyons pouvoir rendre publics.

«Depuis sa plus tendre enfance, nous a dit M. Bertaux, Paul nous a donné de vives inquiétudes, non point qu’il ait un mauvais caractère, ni de mauvais penchants, mais à cause de son esprit, exalté.

Depuis qu’il était chez M. Bœui-Pesez, nous étions très contents de lui; il travaillait bien, venait plusieurs fois par semaine voir sa mère, ses frères et ses sœurs et leur témoignait il tous une amitié sincère.

Quant à ses idées révolutionnaires, jamais il ne m’en a fait part. Il me craignait du reste et savait très bien que moi qui suis un vieux républicain, de 48, j’aurais accueilli comme elles le méritaient ses folles théories. (Vieille barbe, va!)

Une seule fois, l’été dernier, se trouvant avec sa mère à la campagne, il lui fit un petit cours politique qu’elle me raconta en riant ; ce fut Mme Bœuf qui nous apprit hier que ce jeune homme fréquentait assidûment les groupes anarchistes.

Chez les patrons de Curien

M. Boutry Van Isselsteyn ne peut que confirmer les renseignements donnés.

M. Lheureux ne peut donner que de très bons renseignements sur Curien pendant le temps, très court, du reste, qu’il a passé chez lui.

Mme Bœuf a bien voulu nous donner des renseignements précis sur Curien. Il a toujours travaillé consciencieusement, mais il était malingre et chétif et ne pouvait guère faire la grosse besogne, pétrir par exemple.

Le Cri du Peuple 20 novembre 1883