Document Metropolitan museum of art. Alphonse Bertillon. Albumens silver prints. Photographs

Cinq cents personnes environ assistaient à la conférence anarchiste qui a eu lieu le 23 août au cirque de Saint-Quentin. La séance est ouverte à 9 h. 1/2, dit le Guetteur, et le citoyen Massey prend la parole. Il invite ceux qui ne partagent pas les idées des anarchistes à venir s’expliquer à la tribune pour contredire les orateurs. Ils peuvent être sûrs qu’ils pourront s’exprimer avec lu plus grande liberté.

Le citoyen Brunet dit que si le parti socialiste est invité à parler dans cette conférence, c’est dans le but de pouvoir s’entendre pour le jour de la bataille. Au lieu de calomnier les anarchistes, les socialistes feraient mieux de s’unir à eux et de mettre leurs idées personnelles de côté.

Le 1er mai 1891 sera terrible, dit l’orateur. Les travailleurs peuvent être assurés du concours des anarchistes. Ceux ci ne varieront jamais. Ils affirmeront toujours leurs théories, lis diront à l’ouvrier : « Quand on n’a rien dans le ventre, on prend n’importe où de quoi se nourrir ! Ceux qui vous prêchent la journée de 8 heures sont des imbéciles et des coquins ; il n’y a qu’une révolution qui puisse affranchir les peuples ».

Le citoyen Massey dit que ceux qui nous empêchent de fortifier notre pauvre corps amaigri, doivent disparaître. Il termine en suite par ces mots : « Jeunes gens, le jour où, comme moi, vous endosserez le pantalon rouge et la tunique bleue, gardez votre conscience de révolutionnaire et lorsque l’on vous dira de tirer sur vos compagnons de travail, levez la crosse de voire fusil en l’air et, en vous retournant, plongez la baïonnette dons le ventre de vos supérieurs ». (Bravos prolongés!!)

Notre ennemi, ajoute t-il, il n’est pas de l’autre côté du Rhin ; c’est en France, c’est le bourgeois français, j’ai bon espoir dans la Révolution prochaine, car dans tous les cœurs germe un sentiment de solidarité qui se développera. Le lendemain de cette Révolution, il n’y aura plus de malheureux, où s’il y en a encore, ce sera des malades.

Le citoyen Massey termine son violent discours par ces mots : Mieux vaut mourir sur une barricade que de mourir de faim en s’humiliant devant un patron. La séance est levée à 11 h. 45 minutes.

Journal de la ville de Saint-Quentin 28 août 1890