Le manifeste des anarchistes dijonnais. Cliquer sur l’image pour l’agrandir.

Biographie historique des efforts fait à Dijon en faveur de l’émancipation du peuple depuis 1871 jusqu’en 1887

En 1871 existait ici à Dijon, une association ayant pour titre l’Alliance Républicaine, composée d’homme appartenant à la classe ouvrière aisée. Elle avait pour but l’amélioration et l’émancipation du peuple. Cette association devait s’allier aux efforts de la Commune de Paris, ce qui l’empêcha, c’est la ceinture de lignes prussiennes puis plus tard les Versaillais.

Ces hommes attendirent impuissants l’anéantissement des efforts de leurs camarades, se réservant le droit de continuer la lutte, ce qu’ils firent, aidés par quelques courageux de la Commune qui ayant franchit tous les obstacles, vinrent leur prêter concours. L’on vit les années suivantes se fonder à Dijon toutes sortes d’associations ouvrières prenant tour à tour les noms de Chambres syndicales corporatives, Sociétés coopératives, Comités révolutionnaires, Société de la Libre pensée, l’Union des travailleurs, Commission d’initiative du Comité fédéral pour la fédération des Chambres syndicales, Groupes d’études sociales, La Fraternité, puis les Groupes communistes anarchistes. Dans ces associations tout ce qui peut améliorer le sort de la classe ouvrière fut essayé, toutes les questions pour son émancipation y fut étudié et discuté et le résultat de tous ces travaux se trouve être ce qui est écrit au commencement (voir page 1)

En 1882, le Groupe d’études sociales de Dijon organisait plusieurs réunions publiques et conférences à l’hôtel de ville, salle de l’ancienne synagogue et salle Flore, provoquant par les écrits et la parole à la discussion, faisant appel à tous les travailleurs de bonne volonté. C’est à la suite de ces réunions que se forma La Fraternité, ayant dans son sein 125 membres. Mais voilà ce qu’il arriva. Les hommes qui s’étaient dévoués pour former ces sociétés furent mis à l’index, les uns renvoyés de chez leurs patrons, quoique étant bon ouvrier, d’autres durent quitter le pays ou végéter pendant des mois dans Dijon. Pendant ce temps le procès des anarchistes eut lieu à Lyon. Des hommes habitant Dijon, pratiquant déjà ces théories, faisaient circuler leurs écrits.

Un homme venant de Genève, s’informa des hommes d’idées et de dévouement qu’il y avait dans Dijon, provoqua une réunion privée qu eut lieu le 23 décembre 1883, qui après grande discussion, un groupe se forma sous le titre : Groupe de propagande communiste-anarchiste où ces résolutions furent adoptées :

« Considérant qu’au fur et à mesure que les hommes dévoués se font connaître par leurs opinions avancées se trouvent victime des persécutions de toutes sortes de la part des intéressés

Considérant que les efforts de ces hommes ne sont nullement dans leurs intérêts mais bien dans celui du genre humain.

Considérant la misère toujours croissante qui sévit dans le peuple : pour ces motifs

Les travailleurs présents à cette réunion, s’engagent par des cotisations facultatives à répandre des brochures enseignant au peuple leurs droits et leurs devoirs et que parce que désormais aucun travailleur ne soit plus victimes, ce dont a été leurs devanciers, cette propagande devra être secrète, ceci jusqu’à nouvelle décision d’un prochaine réunion ».

Dans le courant du mois suivant, un second groupe se forma, quartier du Canal, puis dans le mois de juin un troisième dans le quartier de la rue d’Alexone, où à cette époque ils s’entendirent ensemble pour organiser la conférence socialiste qui eut lieu au théâtre de Dijon le 3 juillet 1884, par la citoyenne Paule Minck.

Depuis la formation du premier Groupe communiste anarchiste, ces hommes ainsi que les nouveaux continuaient par des fréquentes réunions à s’instruire, puis dans l’une d’elles qui eut lieu fin août, ils adoptèrent la rédaction d’un manifeste ayant pour titre Pourquoi y-a-t-il des anarchistes ? D’où vient la misère ? 

A cette même époque la loge maçonnique de Dijon dont quelques membres avaient fondé le Comité démocratique, s’entendit avec la Libre pensée, pour organiser une conférence politique dans le sens radical, ce que voyant quatre anarchistes qui faisaient parti de cette association en firent part à leurs camarades et il fut décidé, dans une réunion qui eut lieu le 14 septembre, de faire imprimer dix mille manifestes dont quelques uns seraient vendus à la sortie de la conférence et les autres envoyés dans toutes les directions. Il fut également décidé de réclamer énergiquement le silence si un des nôtres désirait prendre la parole pour riposter aux deux conférences qui devait parler (?)

Le jeudi suivant le manifeste fut porté à l’imprimerie régionale où le samedi un compagnon alla en chercher 500 dont 250 furent envoyés à Paris, pour y être vendus au profit des détenus politiques.
Dans une conférence-concert qui eut lieu le lendemain, 200 furent vendus dans le théâtre et 50 emportés par les camarades. A cette conférence qui eut lieu au théâtre de Dijon le 21 septembre 1884, fut présidée par Victor Prost de Gevrey (le même qui avait présidé la première réunion du premier congrès qui eut lieu à Paris en 1876) et un ou deux conférenciers prirent la parole, Tony Révillon et Camille Pelletan. A la fin de cette conférence, un ouvrier menuisier, travaillant à cette époque chez Duilleri (derrière le théâtre) sous le nom d’Aubert, demandant la parole et par une juste réplique, obtint les applaudissements de l’assemblée, en développant, sans se servir du mot (tant les journaux bourgeois en avaient fait une horreur), les premiers principes anarchistes.

Le succès obtenu ce jour-là encouragea à tel point que le lendemain l’un d’eux nommé Monod, ayant reçu une lettre de sa mère malade à Lyon, demandant à le voir, consulta les camarades qu’il put voir jusqu’à midi et il fut décidé :

1° qu’on lui payerait son voyage

2° qu’il partirait à Lyon voir sa mère

3° qu’il prendrait la parole dans une réunion qui devait avoir lieu à l’Alcazar le mercredi suivant

4° qu’il distribuerait 500 manifestes à l’entrée

Prenant l’express à deux heures, il distribua 100 manifestes à Beaune, en arrivant en donna 100 aux compagnons de Beaune, puis le même jour partirent quelques camarades, à pied jusqu’à Meursault où il y avait des compagnons, distribuèrent des manifestes, puis le soir prirent le train, les uns revenant à Beaune et Monod partant directement pour Lyon. En arrivant le lendemain matin à 7 heures, il alla de suite voir sa mère.

A la réunion qui eut lieu à l’Alcazar, il fut décidé qu’une seconde réunion aurait lieu le dimanche suivant aux Folies bergères (avenue de Noailles à Lyon). A la suite de cette réunion sur l’insistance de quelques compagnons disant que les orateurs anarchistes étaient tous en prison ou partis de Lyon, le compagnon Monod décida de rester jusqu’au dimanche, où il distribua à l’entrée, 500 manifestes et prit la parole le dernier à cette réunion où il eut la satisfaction d’être applaudi et pendant qu’Andrieux, l’ex-socialiste de 1869 a été sifflé et hué.

Pendant ce temps les compagnons de Dijon envoyaient à toutes les adresses qu’ils purent avoir, des manifestes et il arriva que comme ce manifeste n’était imprimé que d’un côté (ce qui valut à l’imprimeur 100 francs d’amende) il arriva que beaucoup de ceux qui le reçurent le placardèrent sur les murs des villes qu’ils habitaient, ce qui suscita une première perquisition chez le compagnon Monod (7 novembre 1884) parce que c’était lui qui les avait fait imprimer et reçus, mais ce n’est plus lui qui les avait.

A la suite de cette perquisition, les compagnons de Dijon décidèrent, en l’absence du compagnon Monod, que désormais tout ce qui craindrait que les tracasseries de la part de la police, serait fait sans qu’il le sache, non pas que l’on aie des doutes sur lui, mais pour que, étant interrogé, il ne puisse rien dire, ne sachant rien. Et pour qu’il n’en ignore rien, une lettre lui sera adressée dont voici à peu près la teneur :

Compagnon Monod,

A la suite de la perquisition qu a eu lieu chez vous le 7 novembre dernier, nous avons décidé désormais que toutes les correspondances intimes ne seraient plus adressées chez vous, de même toutes les décisions entraînant un caractère délictueux, seront toujours fait en votre absence, non pas que nous ayons des doutes sur vous mais pour que, ne sachant rien, l’on ne puisse, malgré vous, rien vous faire dire, car nous avons la certitude qu’à chaque fait qui se produira, c’est vous qui en subirez les conséquences, vous seul, étant connu ici à Dijon pour nos idées, si toutefois dans nos conversations, l’on se taise à votre approche, n’y faites pas attention, le bien que la cause que nous défendons l’exige.
Saluts fraternels

Pas de signature, ni de timbre

C’est ce qui fait que dans toutes les perquisitions faites chez Monod, rien n’a jamais été découvert et pour cause.

Les groupes de Dijon ayant reçu de toutes part des lettres de félicitations pour l’impression de ce manifeste, cela les encouragea à continuer leurs études et plongeant leur regards vers l’avenir, ils décidèrent d’essayer de faire la démonstration d’une société communiste anarchiste, puisant pour cela dans les écrits parus et se faisant envoyer des notes de plusieurs endroits, à seule fin de faire un travail qui répondait le plus possible aux idées de tous (voir le résultat à la page 4).

Source : Archives de la Côte d’Or 2 U 1507