10 mai 1890

Réunion publique anarchiste de ce soir, salle Rivoire

Cette réunion, qui d’après ce que j’ai entendu sera nombreuse, sera en tout cas très mouvementée et très violente en discours.

Le Parti révolutionnaire-anarchiste veut sonner le tocsin, il est poussé, en dessous par Deloche et consorts qui à tout prix veulent faire et continuer sans trêve l’agitation boulangiste, ce qu’ils appellent actuellement le « révisionniste nécessaire ».

La police lyonnaise sera carrément prise à partie. Il faut s’attendre à l’énonciation de noms propres.

Un service a été commandé : Intérieur : 6 hommes en civil. Extérieur : 27 hommes en tenue, cachés au bureau de M. Deseur, située en face.*

*Note ajoutée par la police

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La Révolte 10 mai 1890, article évoqué par Peillon dans son rapport du 10 mai 1890.

13 mai 1890

Anarchistes lyonnais

Réunion privée des délégués des groupes anarchistes de Lyon, salle Marcelin, 105 avenue de Saxe le 12 mai 1890

C’est par des ordres émanant de Paris qu’ils se sont réunis hier soir.

Les discussions ont été vives et les décisions graves.

Après un compte-rendu des finances acquises à nouveau après la réunion publique donnée salle Rivoire samedi passé – compte-rendu donné par Paul Bernard, Condom a fait l’exposé des interrogatoires qu’il avait subi et a dénoncé le nommé Sadot, un co-détenu, comme ayant mangé le morceau. Sadot a été mis au ban.

Tailland* aussi, qui, il paraît est sorti presque aussitôt enfermé et que l’on a vu dans les rues de Lyon avec des vêtements neufs. D’après les anarchistes, c’est lui qui aurait divulgué le grenier de Régnier. Tous les deux ont été condamnés à mort.

Ce sont dix jeunes qui sont chargés de l’exécution.

Lire attentivement le journal La Révolte. Je ne sais au juste si c’est le dernier numéro paru ou le premier numéro à paraître.

*arrêté en même temps que Cadeaux

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13 mai 1890

Anarchistes lyonnais

Réunion privée, hier soir, 12 courant, salle Marcelin, 105 avenue de Saxe

La propriétaire de l’établissement est toute pour eux.

Ils étaient 16 en tout. Paul Bernard était délégué à l’ordre (Président, aperçu Vitre, Condom et le Jeune imberbe à figure patibulaire et émaciée qui a pris la parole dans la réunion publique du 30 avril dernier, salle Rivoire. Le rapport de M. Prieux, vous donnera son nom.

La réunion d’hier soir n’était pas une réunion de groupes mais bien une réunion des délégués des groupes lyonnais.

Ce qui prouve bien l’organisation du parti anarchiste et ce qu’ils ne veulent pas avouer en réunion publique, et pour cause.

Il y avait 3 délégués des groupes de Perrache, les délégués des groupes de Vaise sont venus sur les 9 h ¾. Ils étaient 4. Le reste était les délégués des groupes des Brottaux et de la Guillotière et du Grand Trou.

Pas moyen de savoir un brin de ce qui s’est dit. Deux étaient en sentinelles en dehors de la porte de l’arrière boutique où la conférence avait lieu mais il y a dû avoir forte discussion parce qu’à certains moments on entendait un bruit crescendo de paroles. Je saurai aujourd’hui ce qui s’est passé. Pas de (finances ou femmes?).

A onze heures ½, ils y étaient encore.

La plupart buvaient en causant et discutant.

La patronne seule apportait les consommations commandées : du vin ou de la bibine (bien inférieure)

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13 mai 1890

Anarchistes lyonnais

Les 4 prisonniers relaxés hier soir à 8h

Gruffat, Trémollet, Odin et un autre

A leur sortie, ils sont allés sous une pluie battante, boire le verre de l’amitié chez Sadon (?), teinturier dégraisseur, 89 cours Lafayette, compagnon militant anarchiste.

Puis Gruffat est allé coucher chez Trémollet.

Aujourd’hui Gruffat a repris sa chambre et s’est mis à travailler un peu, son patron lui ayant remis ce matin de l’ouvrage à faire.

Mais une bonne partie de la journée s’est passée pour lui à « humer le grand air de la liberté » et boire des « blanches » en faisant visites aux copains.

Aujourd’hui, sur les deux heures de l’après midi, Odin que nous avons rencontré avec Mme marie et Gruffat, allait chez Trémollet.

8 h ce soir, Gruffat est retourné chez Sadon (?), le teinturier et puis est venu accompagner Mme Marie jusqu’à la rue de la République. Mme Marie venait me retrouver sous le péristyle.

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15 mai 1890

Anarchistes

Gruffat, Odin

Celui qui vous est connu sous le surnom du Génevois, de son nom Demilliac, s’est d’après mes indications arrangé de manière à rencontrer Gruffat dans une de ses pérégrinations. Hier soir, sur les 8 heures ½, ils se sont rencontrés comme par hasard, le Genevois venant censément de l’asile de nuit des Brotteaux où il n’avait pu trouver de place.

Gruffat le connait de Mme marie où plusieurs fois je l’avais fait dîner et comme Gruffat a habité (?), ils en sont venus à causer de personnes de connaissances du pays, des réminiscences de localité.

Gruffat lui a offert de coucher chez lui, ce que le Genevois a accepté avec empressement. Ils ont couché 3 cette nuit au 181 rue Paul Bert, dans le lit de Gruffat. Gruffat, un cousin de Gruffat et mon Genevois.

Voici ce que le Genevois a appris :

Odin va quitter Lyon, il est temps, dit-il de disparaître parce qu’il lui arriverait malheur, « la rousse » le guettant.

Gruffat est de l’Internationale, il y a le numéro douze mille et quelque et fait partie de la 30e brigade. Ils sont à Lyon quinze cents anarchistes admis et inscrits. Il fait partie, lui du groupe du 3e arrondissement. Presque tous ceux arrêtés font partie de son groupe.

Hier Gruffat voulait aller à un endroit qu’il ne veut pas que la police connaisse et comme il se sait suivi par les « poulards », il a fait exprès de traverser « les fossés » et et le plus d’aller de travers possible. En revenant, il a bu la goutte chez Ferrand, cafetier, angle du boulevard des casernes, en face l’octroi de la rue Paul Bert, il a vu, a-t-il dit, 9 « poulards » : « je sais bien ce qu’ils cherchent, mais ils ne trouveront rien. Ils croient que c’est à Montchat, quand ce n’est pas loin d’ici ».

Il a aussi dit au Genevois : « Ce qu’ils ont trouvé, ce n’est rien, mais si ils avaient trouvé le truc, nous, nous en avions pour cinq ans de nouvelle ».

Il a dit aussi : « Les deux beaux messieurs qui ont arrêtés ma cousine dans son lit sans pudeur, n’y couperons pas ».

Autre propos : « La jeune école (Groupes de la Jeunesse révolutionnaire) est plus forte que nous, mais nous ne voulons pas qu’ils bougent pour le moment. Ce sont les vieux qui doivent aller de l’avant actuellement ».

Trémollet est très taciturne et ne dit presque rien.

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16 mai 1890

Trémollet

Se tient sur ses gardes et est d’un mutisme complet.

Aujourd’hui, il a reçu à la première heure la visite d’un anarcho. Ce dernier est resté la journée, se montrant peu. Il est venu dire bonjour à Gruffat sur les dix heures.

Je crois que c’est Tortelier.

Il y a eu du reste, surtout ce matin, des visites ce cinq ou six anarchistes chez Trémollet.

Hier soir dix heures, celui-ci est rentré seul chez lui ayant un bouquet à la main.

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16 mai 1890

Anarchistes

Ils attendent des ordres de Paris.

La venue du quidam, que je crois fermement être Tortelier, ne serais-ce pas un commencement.

Du reste :

La Ligue républicaine socialiste universelle (Ligue franco-italienne) se réunit en réunion privée demain chez Rivoire.

Elle prépare une autre réunion publique.

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16 mai 1890

Suite des arrestations

Hier sur les quatre heures est arrivé chez Gruffat, la fille Kintz ou Lintz, celle qui vivait maritalement avec Mayeux dit Krayenbulh.

Ils ont causé ensemble, j’y étais. Elle a relaté aussi ses interrogatoires.

De tout ce qu’elle a dit, il n’y a vraiment à retenir que ceci :

« Il aurait été pris aussi bien chez la femme, votre cousine (Mme Marie) que chez moi. Ils étaient, vous étiez vendus depuis longtemps mais c’est heureux que Trémollet ait eu le temps ou plutôt la présence d’esprit de cacher le paquet ».

Cela a été dit devant Gruffat, Miège son cousin, mon (?) et moi.

La femme Mayeux a dit aussi :

« C’est étonnant que Monnier n’ait pas été arrêté, mais, il avait pris ses précautions ».

Pour eux tous, c’est Tailland qui est le mouchard et il n’a qu’à bien se tenir, partout la soi-disant Krayenbulh le trouverait, elle lui ferait son affaire.

Ce à quoi Guffat à répondu : « Il est condamné ».

La femme Krayenbulh a dit aussi : « que Vitre qu’on n’apercevait plus était passé à Genève ».

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17 mai 1890

Personnelle

Dès ce soir, madame Marie sera établie au 181 rue Paul Bert.

Dans la maison même de Gruffat et de Trémollet.

Cela, à mon avis, lui permettant de surveiller plus attentivement les faits et gestes de ceux qui viennent.

Sur les quinze francs que vous m’avez remis pour elle, elle a déboursé, pour payer location passé 12 francs

arrhes sur location nouvelle 3 francs

au Genevois qui s’est chargé de la déménager 1 franc

Nourriture pour elle et le Genevois aujourd’hui 1, 50 francs

Soit 17, 50 francs

C’est moi qui ai fourni la différence et j’ai cru bien faire car Diehl, l’ancien gardien de la paix qui désirait en faire sa maîtresse, commençait à blaguer sur moi.

Ce Diehl est trop bien avec Valter, brigadier des urbaines, rue Dunoir. Ce dernier lui raconte beaucoup de choses.

Le nom donné vous permettra d’y remédier car Valter doit me connaître et m’avait vu entrer à la préfecture.

Source : Archives départementales du Rhône 4 M 310

Note d’Archives anarchistes.  Madame Marie : Marie Pételle