13 mai 1890

Anarchistes lyonnais

Gruffat

Les 4 prisonniers relaxés hier soir sont comme des crins(?). Voici en résumé ce que en payant le verre de l’amitié à Gruffat, , ce que nous avons appris de lui, en plusieurs fois, moi ou Mme Marie.

« Les deux beaux pausus (?) qui étaient dans la cour au moment de l’arrestation (M. Meyer et M. Ramandieu n’y couperont pas tout comme les autres poulards.

Nous laisserons s’écouler un certain temps mais nous avons juré de les exterminer ».

A propos des interrogatoires subis par Gruffat : « ce qui les emmerdait, c’est que je leur riais au nez et qu’ils n’ont rien pu savoir de moi.

Quand on me disait : untel

Je répondais : connais pas !

Et untel ? Connais pas non plus !

Et telle chose ? Je ne sais pas ce que vous voulez dire ou ce sont des blagues.

Ah, ils croyaient qu’ils apprendraient quelque chose ; mais nous nous sommes pas coupés. Nous avons tous déclaré être anarchistes. C’est notre droit, mais ils auraient voulu savoir où sont les autres dépôts. Ils n’en sauront rien. Je me ferais plutôt couper le cou. Qu’ils cherchent le paquet, il est en sûreté.

Nous avons été vendus, il y avait longtemps que nous étions surveillés, mais les poulards ne perdent rien pour attendre.

Quant à celui qui a vendu Cadeaux, celui-là peut se préparer pour sa tête.

Je n’ai pas voulu aller hier soir à la réunion, d’abord, je n’avais pas le sou, et puis ensuite, on aurait voulu me donner de l’argent et je ne veux pas en accepter de mes frères »

Tout ceci a été dit devant moi par Gruffat à 2 heures de l’après-midi aujourd’hui chez un marchand de vins faisant l’angle de la rue Paul Bert et de la rue Garibaldi.

Comme Mme Marie parlait de sa propriétaire qui veut à toute force qu’elle parte depuis que les « chenapans » sont revenus, Gruffat a dit aussi :

« Ne t’inquiètes pas, on lui fera son affaire. Trémollet s’en charge, mais quand tu auras déménagé ».

Cette colère provient de la veille de l’arrestation lorsque Trémollet, Mayeux, Gruffat et Mme Marie sont partis pour la salle Rivoire.

La propriétaire Mme Riban a apostrophé Mme Marie « qu’elle amenait des guêpes chez elle », alors Trémollet et Mayeux l’ont engueulé et Trémollet lui a dit : « sors donc vieille toupie, j’ai de quoi faire sauter ta baraque ».

8h ce soir, Mme Marie sortant pour venir me raconter certains propos nouveaux, Gruffat l’a accompagné.Ils ont pris la rue Boileau, en arrivant au cours Lafayette, ils ont rencontré un nommé Ladret, autre cordonnier et sont allés prendre un verre chez Dietze, liquoriste 91 rue Lafayette.

Là Gruffat a raconté à nouveau son (?) et ses interrogatoires et il a prononcé cette phrase typique :

« Ils voulaient avoir la graisse et ma peau. La graisse est en sûreté et ma peau est encore sur mes os ». Il y avait plus de dix personnes dans l’établissement qui se tordaient de rire et il a ajouté :

« Ils ne sont pas assez malins. Nous les avons roulés ».

Source : Archives départementales du Rhône 4 M 310