26 avril 1890

Près de l’heure de minuit

Affaire anarchiste

Réunion privée salle Marcelin, avenue de Saxe

35 membres environ

Puillet, Cusin, Saÿs, Trémollet, Gruffat, etc, etc

La réunion a décidé de se réunir lundi prochain pour se diviser la besogne pour faire sauter les monuments et les usines désignées.

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27 avril 1890 minuit

Affaire anarchiste

J’ai oublié de dire que Krozembulh devait disparaître demain (de bonne heure) matin « parce qu’il avait une condamnation de 28 ans à purger »

Propos de Mme Marie à moi-même devant la salle Rivoire, l’ayant entendu elle-même, de la bouche même de Gruffat.

Voilà beaucoup de même.

Je crois qu’il serait plus prudent pour nous, nos indications, de ne saisir Krozembulh qu’à la sortie de son gîte tout en faisant surveiller dès maintenant sa retraite momentanée et attendre, peut-être en le suivant.

Toutefois, que l’on puisse mettre la main sur le tout, d’un seul coup.

C’est une idée, je vous le transmet.

La propriétaire de Mme Marie est furieuse pour ces allées et venues

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28 avril 1890

Monsieur Meyer

Je vous verrai ce soir à sept heures.

J’ai remis clef à Dill ? Avec nourriture pour la chatte.

Puis-je voir Mme Marie ? J’aurai à lui causer.

Veuillez, je vous prie, remettre au porteur du présent quelque argent. Je n’en ai plus et j’ai à voir et à courir de suite.

J’ai lettre pour introduction de la réunion des cordonniers ce soir.

La réunion sera révolutionnaire en plein.

Votre dévoué

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28 avril 1890

D’après renseignements certains, la grève générale doit commencer ou plutôt être proclamée, le 2 mai. Toute la Fédération est d’accord pour prévenir « les patrons » que les ouvriers ne travailleront plus que 8 heures à partir du 1er mai.

Ils sont décidés à aller jusqu’au bout et l’élément révolutionnaire est prépondérant.

La matinée de vendredi prochain verra éclore des revendications dans ce sens.

On fait des efforts nombreux pour rester pacifique. Jeudi jusqu’à du soir mais il est entendu que coûte que coûte, on parviendra en corps à 2 heures sur la place des Terraux.

Les arrestations n’ont que fortifié les résolutions révolutionnaires et ceux du (?) qui sont libres font une enquête. On est venu chez Rivoire pour cela.

L’arrestation de Gabriel Farjat, il paraît à Roanne, à six heures du matin hier a renforcé la résistance à toute idée de conciliation.

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Ministère de l’intérieur

Commissariat spécial des gares de Lyon

Lyon le 29 avril 1890

Rapport

Mouvement anarchiste

Voici quelques nouveaux renseignements sur le mouvement anarchiste à Lyon pour le 1er mai.

Ce jour-là à une heure du soir, les anarchistes de Lyon qui ne seront pas en prison devront se réunir sur le boulevard des Brotteaux en face la gare de Genève, pour arrêter les dernières mesures à prendre, en vue de la participation des anarchistes à la manifestation.

Il a été décidé que les compagnons se tiendraient un peu à l’écart du gros du mouvement, et qu’à la nouvelle de la première bousculade, ils laisseraient la foule aux prises avec la police et avec l’armée, pour se porter immédiatement sur un point opposé au lieu de la manifestation, afin de mettre à exécution leurs projets de propagande par le fait (explosions, incendies et pillage).

Dans la soirée s’il y a lieu, les anarchistes se réuniraient chez Marcellin ou place St Pothin, ou ailleurs, si ces lieux présentaient un danger quelconque, qui serait signalé par un des leurs parti en ces endroits, aux compagnons, au fur et à mesure qu’ils arriveraient, et qui serait en même temps chargé d’indiquer un autre point de ralliement.

Telles sont les résolutions qui ont été prises hier soir par les anarchistes dans leur réunion secrète qu’ils ont tenue chez Marcellin, avenue de Saxe.

Le révolutionnaire Paul Bernard qui assistait à cette réunion, a fait connaître que des membres de la Ligue franco-italienne suivraient les anarchistes et agiraient avec eux.

Quel est maintenant le local où sont préparés les matières explosibles et les fusées incendiaires qui ont été fabriquées par les compagnons Puillet, Guéret, Brunoz et Cadeaux ? (ils étaient 4 ou 5 au plus dans le secret).

C’est à Cadeaux qu’appartient, mais jusqu’à présent il a été impossible de le découvrir, malgré toutes mes recherches).

Voici quatre adresses communes à Brunoz et à Cadeaux : 2 rue Vieille Monnaie ; 30 rue du Mail ; 11 rue Gilibert ; 30 rue Vielle Monnaie.

A la suite de plusieurs arrestations d’anarchistes militants qui ont eu lieu à Lyon, on ne peut prévoir ce que pourront réellement faire les anarchistes le 1er mai, car je sais que beaucoup craignent la prison préventive et qu’ils préfèrent se cacher ou prendre la fuite, plutôt que de se faire arrêter.

On est sûr que les anarchistes de Vienne et de St Étienne, possèdent une certaine quantité de cartouches de dynamite, dont ils se proposent de faire usage le 1er mai, s’ils en trouvent l’occasion.

Weil, le gérant du journal anarchiste le Père Peinard, est à Genève.

Vitre et Mélisse y sont aussi depuis dimanche soir.

Pendreux les a rejoints et Brunoz est parti hier soir aussi pour cette destination.

Le commissaire spécial

Jeannelle (?)

Source : Archives départementales du Rhône 4 M 310