L’indicateur Peillon dînait au restaurant Rumel, 50 rue Grolée.

2 mai 1890

Peut-être précautions à prendre pour ce soir.

Venant du Sacré-coeur sur les 11h du matin, j’y avais été faire une tournée après avoir (illisible) passé chez la mère Rivoire et autre choses. J’ai entendu de mes oreilles :

Sur le pont de l’Hôtel-dieu (j’ai entendu) Sugier (vu de trois quart) dire à deux hommes qui l’accompagnaient – ils se dirigeaient tous du côté de la rue Childebert :

« Le préfet ne rira pas ce soir », m’apercevant, comme ils me dépassaient, Sugier, s’arrêta de parler en faisant comme un signe de ne plus rien dire.

J’avais consigné la chose dans mon esprit sans y attacher beaucoup d’importance, lorsqu’en dînant au restaurant Rumel, 50 rue Grolée, un employé télégraphiste de L’État, dînant à la grande table du milieu et parlant haut avec ses copains (vos collègues), racontait les événements lyonnais d’hier, blaguait le déploiement de forces et la personne qui était avec moi à crû entendre cette phrase : « Il y en a qui ne rigoleront pas ce soir », d’après des lambeaux de phrases entendues alors et qui montraient plus une animosité contre le gouvernement, qu’un sentiment de commisération envers les personnes arrêtées hier soir.

Je crois pouvoir assurer qu’il y a là un point néfaste et (illisible) et en rapprochant ces deux phrases de celles que j’ai entendu et (?) hier et que je vous ai transmises.

Je me pose la demande mais il y a un moyen bien simple pour vous de savoir, c’est d’interroger un agent de la sûreté qui dînait tout près de lui et qui n’a pas perdu un mot de la conversation et qu’il a écouté religieusement et professionnellement.

Je connais l’agent mais ne connais pas son nom, il y en avait même un autre agent que j’ai aperçu à votre bureau, mais placé plus loin, a-t-il pu entendre ?

Pour m’assurer, j’ai vu l’heure à l’horloge du restaurant, il était midi ¼.

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Rapport

Les renseignements recueillis concernant les propos signalés par la note ci-jointe font connaître qu’aucun agent de la Sûreté n’a dîné au restaurant Rumel, 50 rue Grolée, le 2 mai vers midi, néanmoins les agents Ponsard, Guillard et Fongellaz qui sortaient de la trésorerie générale ont passé devant le restaurant Rumel au moment où le nommé Peillon, indicateur, y entrait accompagné d’un autre individu et les avait sans doute reconnus.

Au restaurant Rumel mange quelques fois un employé télégraphiste dont on ignore le nom et qui s’y trouvait effectivement à diner en compagnie de plusieurs autres clients. Comme ils connaissent Peillon* qui fait actuellement beaucoup de bruit et d’embarras et le sachant journaliste, ils ont causé des événements occasionnés par la manifestation ouvrière du 1er mai uniquement dans le but de savoir s’il ferait un article sur ce qu’ils avaient dit en sa présence.

Lyon, le 3 mai 1890

L’inspecteur

Source : Archives départementales du Rhône 4 M 310

Il pourrait s’agir de Jacques Peillon