L’atlier de fabrication d’explosifs se trouvait dans une chambre au 5e (sous les toits) du 67 quai Pierre-Scize

Commissariat spécial près la préfecture du Rhône

Lyon le 28 avril 1890

Monsieur le préfet,

J’ai l’honneur de vous informer qu’après avoir surveillé, avec M. Lallemand votre chef de cabinet, hier soir de 8h à 10h et demie, le n°2 de la rue Vieille monnaie et étant rentré à mon bureau après avoir laissé quatre agents pour continuer la surveillance.

J’ai appris que l’anarchiste Cadeaux, 2 de la rue Vieille monnaie, celui-là même qu a eu la figure brûlée en faisant des expériences de matières explosibles, se trouvait en compagnie de trois autres individus dans un restaurant de la rue Molière.

Immédiatement je me suis transporté avec l’agent Morin, du commissariat de police et les gardiens de la paix Boch, Auguste, Boudet Pierre, Portalier, Kernet et Corbeau, à l’endroit indiqué.

A notre arrivée lesdits individus sortaient du débit-comptoir, je les suivis aussitôt et ayant reconnu Cadeaux, le blessé de la rue Vielle monnaie, j’ai fait signe aux agents d’accourir ; les ayant cernés nous avons arrêté Cadeaux, Odin, demeurant 29 rue Delandine et Tailland, domicilié 92 rue Moncey. Le quatrième anarchiste nous a échappé.

Pendant que je maintenais, avec Morin, Boudet, Portalier et Kernet, les trois sus-nommés, les gardiens Bloch Auguste et Corbeau se sont mis à la poursuite du quatrième, Boch a même tiré en coup de revolver en l’air pensant que cet anarchiste s’arrêterait, mais il n’en a rien été et il n’a pu être saisi.

Nous avons alors fait conduire à la permanence les nommés Cadeaux, Odin et Tailland, où, après les avoir interrogés, nous les avons écroués à la disposition de monsieur le procureur de la république.

J’ai saisi les clés des chambres occupées par ces trois anarchistes et je vais procéder à des perquisitions dont je vous rendrai compte aussitôt qu’elles seront terminées.

Je ne sais si je me trompe, mais il serait peut-être utile de me faire délivrer par M. le juge d’instruction des mandats d’arrêt contre les sus-nommés, à la date du 27 avril, et des commissions rogatoires de perquisition à date de ce jour, 28 avril.

Le commissaire spécial

Baraban

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Cabinet du préfet du département du Rhône

Lyon le 29 avril 1890,  3h matin

Préfet à ministre de l’intérieur (Cabinet et Sûreté)

Extrême urgence

Chiffre spécial

Plusieurs perquisitions ont été opérées dans la journée. On a trouvé chez Cadeaux, arrêté la nuit dernière, celui là même qui s’était blessé le matin en confectionnant des explosifs, les matières destinées à les fabriquer. Il en avait cependant fait disparaître une partie en apprenant l’arrestation précédente. Dans une autre perquisition pratiquée dans la maison de la mère de l’anarchiste Régnier qui s’était échappé hier, on a trouvé d’autres matières explosibles. Ce dernier a été arrêté ce soir : il a reconnu dans son interrogatoire que ces matières avaient été déposées là par Cadeaux.

Les matières ont été transmises à la justice qui va faire procéder à leur analyse.

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Ville de Lyon

Commissariat de police de Pierre-Scize

N°493

Lyon le 3 mai 1890

Monsieur le secrétaire général,

J’ai l’honneur de vous confirmer par la présente mon rapport verbal, que j’ai également fait à monsieur le préfet du Rhône, concernant la découverte d’une fabrique de dynamite, 67 quai Pierre-Scize au 5e étage, dans une chambre occupée par une nommée Carron. Voici les faits :

Le dimanche 27 avril dernier, je fus informé par les gardiens de la paix, me rapportant le bruit de la rumeur publique, qu’un individu inconnu, blessé au front avait passé sur le quai de Pierre-Scize, en refusant les soins qu’on lui offrait, prétextant avoir des remèdes chez lui et disant qu’il s’était brûlé en fabricant des produits chimiques.

Je fis des recherches pour retrouver l’individu au front brûlé. Son signalement répondait parfaitement à celui de Cadeaux, anarchiste arrêté le 27 avril. J’appris que ce même jour, il avait du sortir d’une maison quai de Pierre-Scize, et que probablement il s’y livrait à la fabrication de la dynamite.

Mes recherches n’avaient encore donné aucun résultat appréciable, quand hier soir étant de service au théâtre des Célestins, on m’a informé qu’une personne désirant garder l’incognito voulait me parler. C’est par elle que j’appris que l’homme au front brûlé était sorti du n°67 du quai de Scize où il devait occuper une chambre au 5e étage.

Je m’y suis transporté le lendemain matin à la première heure. Une dame qui loge au 5e étage de ladite maison m’a fait connaître que dimanche 27 avril, un individu logeant à côté d’elle, s’était brûlé au front en faisant de la chimie et qu’elle lui avait donné de l’huile pour se soigner. Elle ne savait pas son nom, mais me montra sa chambre qui était celle de la veuve Carrion et sachant qu’il n’y avait personne à l’intérieur, j’ai fait ouvrir par un serrurier.

Au fond de la chambre, j’ai trouvé différents paquets contenant du charbon pilé, du soufre, différents produits inconnus de moi, un mortier, des masques, etc…, en un mot tout un attirail servant à la fabrication de matières explosibles.

Immédiatement, laissant des agents en surveillance, je suis venu vous avertir ainsi que monsieur le procureur de la république qui a ouvert personnellement une enquête.

Source : Archives départementales du Rhône 4 M 310

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