Une cartouche de dynamite a été déposée sur les barreaux d’une des fenêtres de l’administration des forges.

On nous télégraphie de Bessèges, 6 mars :

La nuit dernière, vers 1 heure du matin, une cartouche de dynamite a été déposée sur les barreaux d’une des fenêtres de l’administration des forges, où elle n’a pas tardé à éclater. La fenêtre a volé en éclats; une cloison vitrée, située sur le derrière, a été brisée, ainsi que toutes les vitres du premier étage.

Ces procédés des plus condamnables rendent la situation des grévistes moins intéressante.

M. Jullien, le directeur-gérant, était reparti hier soir, mais dans la maison se trouvaient encore la veuve et les enfants de M. Jouguet, l’ancien directeur, dont on devait respecter la mémoire.

Il n’y a pas eu d’accident de personne et les dégâts matériels sont peu importants.

L’enquête commencée n’a pas encore appris quel est l’auteur de cette tentative criminelle. Aujourd’hui, à midi, la situation paraissait s’améliorer. L’explosion de dynamite de la nuit dernière a fait réfléchir bien des ouvriers, on répand l’avis suivant :

« Les ouvriers de la fonderie Bessemer (forge et ateliers) désireux dans les circonstances présentes d’arriver à une solution pacifique, « sont instamment invités par un groupe de « camarades à se réunir œ soir, à 2 heures, « salle de l’asile de Bessèges. « Les étrangers ne seront pas admis. »

Une réunion d ouvriers a eu lieu à 2 heures; il y avait environ 1.000 personnes. Il a été d’abord impossible de constituer un bureau, les interpellations partant de toutes parts; enfin, le citoyen Chabaud a été élu président.

Le citoyen Perrian, ouvrier tourneur, proteste alors contre la formation du bureau. La réunion devrait préalablement, dit-il, être présidée par le doyen d’âge.

Il se produit un grand tumulte et on demande les initiateurs de la réunion. Le citoyen Louche se présente, mais il ne peut parler. Le citoyen Perrian dit qu’il n’est pas un des initiateurs, mais qu’il approuve la détermination prise, et engage les ouvriers à accepter les propositions de la Compagnie. il se produit alors un incident tumultueux pendant lequel tout le monde parle à la fois.

Le citoyen Chabaud donne lecture de propositions écrites à l’avance pour la continuation ide la grève. De nombreuses mains se lèvent sans savoir de quoi il s’agit.

Enfin, la réunion, composée d’étrangers, d’enfants et d’ouvriers, se dissout au milieu du bruit et des interpellations violentes.

Il ne reste dans la salle que 400 ouvriers qui, sous la présidence du citoyen Perrian, conviennent que demain, de 7 heures du matin à 4 heures du soir, un scrutin secret sera ouvert pour décider, par oui ou non, si le travail doit reprendre.

Une réunion tenue à 3 heures sur la Plaine par les mineurs et les métallurgistes, a décidé de voter aussi demain lundi, avec les autres, au scrutin secret.

La situation est toujours tendue ; on ne peut en prévoir l’issue. Le calme est toujours complet.

Le Petit Marseillais 7 mars 1887

Grève des mineurs

A Bessèges

Nous avons annoncé dans notre numéro d’hier, la grève des ouvriers mineurs de Lalle, près Bessèges.

Nous avons reçu de notre correspondant la dépêche suivante :

Bessèges, 4 mars, 10h 30.

Quinze cents ouvriers sont en grève.

Ce matin, 80 ouvriers seulement sont descendus dans la mine, à Lalle.

Les ouvriers des forges de Bessèges ayant les mêmes griefs que les mineurs, se sont rendus solidaires de ces derniers et font avec eux grève commune.

On travaille encore aux hauts-fourneaux et dans quelques ateliers.

La visite du préfet a eu lieu ce matin. Il s’est fait exposer la situation par le gérant de la Compagnie.

Pendant ce temps, les ouvriers grévistes avaient une réunion dans le quartier de la Plaine où ils ont pris les mesures que commandent les circonstances.

La situation est très grave. Les ouvriers réclament comme mesure immédiate le règlement du salaire arriéré dont le montant s’élève à un chiffre considérable.

S’il leur est donné satisfaction sur ce point préalable, ils ont décidé de ne reprendre le travail que si la Compagnie prend l’engagement de les payer régulièrement tous les 15 jours et de fixer à 8 heures la durée de la journée de travail.

La population ouvrière conserve son sang-froid ; elle espère que le préfet interviendra énergiquement pour obliger la Compagnie à faire face à ses engagements.

Au cas où le préfet n’obtiendrait pas la satisfaction réclamée par les grévistes, il faut s’attendre à des événements d’une portée considérable.

L.T.

Le Cri du peuple 6 mars 1887