Entête de l’article du Cri du peuple. Document Gallica.

On télégraphie de valenciennes :

Une explosion de dynamite, due à la malveillance, a eu lieu cette nuit à la fosse d’Haveluy, dépendant de la Compagnie des mines d’Anzin. Pas d’accident de personnes, mais toute la toiture a été enlevée.

Les auteurs de cette tentative sont jusqu’à cette heure inconnus. Le parquet s’est transporté sur les lieux pour procéder à une enquête.

Le Cri du peuple 20 novembre 1884

La dynamite.

Le Nouvelliste du Nord publie les détails complémentaires sur la tentative criminelle qui s’est produite lundi dernier à la fosse d’Haveluy, dépendant de la concession des mines d’Anzin. L’explosion a eu lieu vers dix heures du soir dans la chambre des machines, faisant voler en éclats la toiture, brisant les escaliers et défonçant les planchers.

La détonation a été tellement violente qu’on l’a entendue de la ville de Denain, située, on le sait, à près d’une lieue de distance.

On avait dit tout d’abord que les dégâts étaient tout à fait matériels. Le fait est inexact. En effet, un ouvrier a été blessé, heureusement d’une façon assez légère. Le malheureux, saisi par l’explosion, a passé au travers de deux planchers et est retombé sur ses pieds. Il a une forte contusion à la tète. On se demande comment il a pu ne pas être broyé.

Les pertes pour la Compagnie n’atteignent pas un chiffre énorme. Elles ne s’élèvent guère qu’à trois mille francs environ. Malheureusement les 470 mineurs qui sont employés à la fosse d’Haveluy subiront un préjudice bien plus considérable.

En procédant minutieusement au triage des décombres, on a trouvé un bout de fusée brûlé aux deux extrémités ainsi qu’un morceau d’amadou. Heureusement le misérable auteur de cette lâche tentative s’est trompé dans son horrible calcul; au lieu de placer, comme il en avait sans doute l’intention, sa charge de dynamite sous le tuyau de prise de la vapeur, il l’avait mise sous le tuyau de dégagement, qui a été littéralement mis en pièces. Si c’eût été le tuyau de prise qui eût été atteint, la catastrophe eut été épouvantable ; elle aurait coûté la vie à une trentaine d’ouvriers. Malheureusement, malgré l’enquête la plus approfondie, le mystère le plus complet continue à envelopper l’auteur de l’attentat, et la population, on le conçoit, n’est rien moins que rassurée. L’information ouverte par le parquet de Valenciennes se poursuit activement; espérons qu’elle aboutira !

Journal des villes et des campagnes 25 novembre 1884