Les groupes anarchistes de Paris et de Toulon trouvaient le n°2 « trop pâle ». Document Fragments d’histoire de la gauche radicale.

8 septembre 1886

Commissariat spécial près la Préfecture du Rhône

Renseignements sur les agissements des groupes anarchistes lyonnais.

Les groupes anarchistes de Paris et de Toulon ont écrit aux groupes anarchistes de Lyon pour leur faire connaître leur mécontentement au sujet de la ligne de conduite suivie par le journal La Lutte sociale qu’ils trouvent trop pâle pour le parti qu’il représente, notamment son second numéro.

Les anarchistes de Lyon sont dans l’intention d’organiser une réunion publique pour samedi prochain ; toutefois comme cette date est trop rapprochée, il est probable que la réunion n’aura lieu que le samedi 18 septembre courant, salle de la Perle à la Croix-Rousse.

Les groupes anarchistes de Lyon ont reçu une lettre de la Ricamarie annonçant la prochaine arrivée à Lyon du compagnon Masson, l’un des principaux chefs du parti anarchiste de la Loire, qu’accompagneront cinq ou six autres anarchistes, dont les noms ne sont pas encore connus.

Ils arriveront en cette ville dimanche prochain, douze du courant par le premier train du matin, venant de St Étienne et descendront à la gare de Perrache.

Rendez-vous est pris avec eux pour une réunion privée intime au siège de la rédaction du journal La Lutte sociale 263 rue de Créqui, de 2 à 4 heures du soir (dimanche).

200 journaux anarchistes ont été demandés pour Firminy (Loire) ; ils seront expédiés jeudi soir.

La rédaction du journal a reçu des journaux révolutionnaires espagnols et italiens.

Le commissaire spécial

Baraban

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13 septembre 1886

Commissariat spécial près la Préfecture du Rhône

Renseignements sur les agissements des groupes anarchistes de Lyon

Les groupes anarchistes de Lyon ont reçu de nombreuses correspondances de Lille, Amiens, le Havre, Roubaix, St Etienne, Vienne, Marseille, Toulon et Troyes, annonçant quelques envois d’argent et que des délégués anarchistes, dont les noms seraient donnés ultérieurement, se rendront au Congrès national des syndicats ouvriers qui doit s’ouvrir à Lyon le 4 octobre prochain.

Le mandat sera le même pour tous les délégués et devra conclure à l’expropriation de la propriété.

La rédaction du journal La Lutte sociale est dans l’intention d’écrire à Paul Reclus, ingénieur à Bessèges (Gard), parent d’Elisée Reclus, pour le prier de rédiger un article critiquant celui de Laur, député de la Loire, intitulé La mine aux mineurs.

La rédaction du journal La Lutte sociale est en correspondance suivie :

1° avec un nommé Capallero, sujet italien, anarchiste très militant, demeurant à Gênes

2° avec un nommé J. Labille, soldat au 2e bataillon de chasseurs de l’infanterie légère d’Afrique, détaché dans la province d’Alger.

Ce nommé Labille a envoyé à la rédaction l’article ayant pour titre Correspondance et signé Un groupe de soldats africains, inséré dans le journal La Lutte sociale, numéro du 11 septembre courant, 3e page et 3e colonne.

La femme Bordat s’est rendue le dimanche 12 courant, à 10 heures du matin, à la prison St Joseph pour lui remettre des livres.

Le nommé Polo, tisseur et anarchiste militant est parti pour Vienne (Isère) où il a trouvé du travail pour quelques jours, mais sa femme et ses enfants sont restés à Lyon, ce qui indiquerait chez lui un esprit de retour.

Le nommé Montfouilloux, anarchiste, est parti hier, dimanche, pour Rive de Gier et St Chamond (Loire) pour faire de la propagande au profit du journal La Lutte sociale.

Deux délégués et non six (voir correspondance du 8 septembre 1886) les nommés Masson , 22 ans et Moulins, 18 ans, anarchistes délégués de la Ricamarie sont arrivés à Lyon le 12 du courant, par le train de 7 heures 34 du matin.

Ils se sont rendus directement au bureau du journal La Lutte sociale où ils ont payé 200 numéros du journal expédiés à la Ricamarie et au Chambon (Loire) et versé la somme de 6,60 francs au profit de la propagande dudit journal.

Après avoir déjeuné à Perrache, ils sont retournés au bureau de la rédaction, à deux heures un quart et ont été reçus par les nommés Boissy, Aubert, Dervieux, Bergues, Monier, Perrel, Rocca, Fromajoux, Monnet, la femme Bordat et quelques autres femmes.

Ils ont engagé les anarchistes de Lyon à être très prudents et à ne jamais conserver aucun écrit au siège de la rédaction, pas même les noms des donateurs de lots de tombola. Ils ont promis de faire une propagande sérieuse pour obtenir des souscriptions et abonnements au journal et ont fait connaître que le nommé Ravel, cordonnier à Firminy, se chargerait de la distribution à domicile du journal dans les trois localités de la Ricamarie, Firminy et du Chambon.

Les deux délégués sont repartis ce soir à 6 heures par le train de St Etienne.

Le commissaire spécial

Baraban

Source : Archives Départementales du Rhône 4 M 309