Dans l’attente de son appel, Étienne Lemoine était emprisonné à la prison St Paul.

Prison St Paul, le 15 février 1884

Chère dame Pallait*,

J’ai appris par ma femme votre visite.

C’est dans ces jours de malheur et de déception que l’on reconnaît les cœurs généreux et ses vrais amis. Il y a de certaines choses que l’on n’oublie jamais. Donc encore une fois merci.

Je dois vous dire que mon arrestation ne m’a pas frappé du tout, ce qui m’a le plus éprouvé, c’est de me voir condamner comme délit de droit commun. Vous devez comprendre que l’on subit le même sort que si l’on avait tué quelqu’un ; que voulez-vous, puisque je suis considéré comme tel !

Si on me mettait seulement avec eux, ça ne me ferait rien, ou par exemple parmi ces enfants de 10 à 12 ans, ce sont ceux-là qui me font de la peine ! Et tant d’autres choses qui me font oublier moi-même.

Voilà ce que je me dis : tu es condamné à un an, et bien tu feras comme les autres.

Enfin qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ! Pas grand chose, je n’ai qu’à faire comme tous les philosophes ; chercher le moyen de me rendre le moins malheureux possible ; je pense que nos amis sont comme moi. Je n’ai qu’un seul désir, ne pas être oublié par ceux qui sont en liberté, parce que être isolé en prison, c’est la mort.

Avant de terminer, je dois vous dire que je jouis d’une parfaite santé ; voilà déjà un point capital.

Je souhaite que ma lettre vous trouve de même, avec toute votre famille.

Une cordiale poignée de main à toutes ces demoiselles et à vous, sans oublier les amis.

Tout à vous de cœur.

Lemoine

J’allais oublier de vous dire que je rappelle**, tâchez d’y venir, vous me ferez plaisir.

Pallait, 12 rue des Fantasques, Croix-Rousse (Rhône)

Source : 4 M 306 Archives Départementales du Rhône

*Noté Palais, par erreur dans le document

** faisait appel de son jugement