LA DYNAMITE A DECAZEVILLE

Decazeville, 22 mai, 7 h. 35. Une cartouche de dynamite a été placée, la nuit dernière, à Firmy, sur le seuil de l’habitation du mineur Cavalier (Pierre), commissaire de la caisse de secours, qui est regardé par les grévistes comme ayant déterminé un mouve ment de reprise des travaux dans cette section. L’engin a fait explosion à minuit. La maison a été fort endommagée, mais personne n’a été blessé. Les autorités administratives et judiciaires sont sur les lieux. A la suite de l’explosion, le mouvement de reprise des travaux observé ces jours derniers dans cette section est arrêté. Les mineurs éprouvent de vives craintes. M. Simon, sous-préfet, a commencé une enquête. L’auteur de l’attentat est inconnu. La situation reste la même. Les sentiments de résistance n’ont rien perdu de leur violence. Les grévistes fondent beaucoup d’espoir sur les résultats de la demande d’interpellation qui doit être déposée par M. Michelin

Le Petit Marseillais 23 mai 1886

A DECAZEVILLE TÉLÉGRAMMES DU CITOYEN GOULLÉ

INCENDIE ET EXPLOSION

Decazevilie, 22 mai, 8 h 30 du soir.

Encore une explosion

Ce soir, à mon retour, j’apprends que de graves événements se sont produits. Après enquête, voici les faits réduits à leurs exactes proportions.

La nuit dernière, vers trois heures du matin, une violente explosion a fait sauter la porte et endommagé un plafond d’une maison située sur la route de Decazeville à Firmy.

On dit que la veille au soir, une querelle s’était élevée entre un gréviste et un nomme Cavalier. Cavalier est propriétaire de la maison où s’est produite l’explosion qui aurait, naturellement, été produite au moyen de cartouches de dynamite. Cependant on n’a arrêté personne, bien que Vacquier soit revenu tout exprès ici pour faire une enquête.

Incendie

Vers minuit, à Combes, une maison appartenant à la veuve Mouly, a brûle entièrement. Des soldats et un ouvrier non gréviste, nommé Garric, y étaient logés.

Deux caisses de cartouches de fusil ont fait explosion et augmenté le dégât.

Les ouvriers mineurs, qui étaient accourus pour éteindre l’incendie, ont été repoussés par la troupe. Un soldat a eu trois doigts de la main droite brûlés grièvement. Un maréchal des logis, qui avait voulu rentrer dans la maison pour sauver son porte-monnaie, a failli être asphyxié et a été légèrement blessé au visage.

Un cheval a été brûlé vif. L’incendie a commencé par la grange. Le tout était assuré pour 15,000 francs.

Rien, absolument rien, n’indique que cet incendie ait un rapport quelconque avec la grève. Du reste, personne n’a été arrêté.

Le Cri du peuple 24 mai 1886