DECAZEVILLE. 4 h. 50.

Ce matin, à 4 heures, à Combes, une cartouche de dynamite a été projetée sur la maison d’un mineur, qui, depuis le commencement de la grève, n’a pas cessé de travailler. L’explosion a été formidable. Le bâtiment, fortement ébranlé, a subi des dégâts assez importants, mais aucune des personnes qui l’habitaient n’a été blessée. La maison est vaste; plusieurs ménages y sont établis, ainsi qu’un officier d’infanterie. Le mineur visé par l’auteur de cet attentat est un nommé Theyssiois et, dans l’après-midi, les gendarmes ont arrêté le nommé Galand, ancien mineur, supposé 1’auteur de l’attentat. Une perquisition opérée à son domicile a amené la découverte d’une cartouche de dynamite.

Le Petit Marseillais 28 avril 1886

Chez les Mineurs

TÉLÉGRAMMES DU CITOYEN GOULLÉ

UNE EXPLOSION A COMBES

La revue. — La petite guerre. — Le nombre des travailleurs. — Réunion. — La dynamite.— Illégalité. — Le triomphateur. Canaille et Ce.

Decazeville, 27 avril,8 h. 50 soir.

La revue

Ce matin, le général Borson a passé la revue de toutes les troupes campées ici ; gendarmes, dragons et fantassins ont défilé devant l’illustre ami de Léon Say. La troupe est très mécontente de toutes ces démonstrations.

La petite guerre

Pendant la revue, le général a donné l’ordre à ses officiers de s’emparer de tous les points stratégiques à Combes.
Je suis parti accompagné de deux citoyens. Je voulais vérifier les affirmations de la Compagnie, qui prétendait avoir embauché un certain nombre de métallurgistes.

Deux gendarmes, avant-garde de l’armée, surveillaient mon départ, à l’hôtel.

A peine étions nous arrivés à Combes que notre présence était signalée au corps d’armée. Nous montons du côté des mines de la découverte Lavaysse, de façon à assister à l’arrivée des métallurgistes embauchés; au bout d’un certain temps nous apercevons huit métallurgistes, dont cinq impotents, qui se rendent au travail.

La bataille continue ; nous parcourons les alentours sans rien remarquer d’anormal. Quatre gendarmes, six fantassins et un capitaine nous poursuivent; les routes que nous venons de parcourir sont prises d’assaut et les positions gardées.

Cette petite guerre s’est terminée sans blessures ni sang répandu. L’ennemi (c’est-à-dire nous) s’est replié en bon ordre. Il n’y a pas de prisonniers et Borson est maître du terrain.

La population, qui a assisté à cette bataille, en commente très gaiement les incidents.

Le nombre des travailleurs

Les huit ouvriers qui sont rentrés ce matin dans la mine portent à dix- huit le chiffre des mineurs travaillant à Lavaysse. Démentez toutes les nouvelles que fait publier, à ce sujet, la Compagnie. Dans un puits de Combes, quatorze ouvriers seulement continuent le travail.

Réunion à Combes

Une très importante réunion a été organisée et Combes. Bouyssi dit que la Compagnie comptait bien sur le départ de Basly pour faire lâcher pied à un certain nombre de grévistes ; comme toujours elle s’est trompée.

Goullé fait un discours insistant sur la solidarité qui unit les métallurgistes et les mineurs, les promesses faites par la réunion des métallurgistes hier ont été tenues ; huit ouvriers seulement ont trahi la cause du travail.

Le citoyen Lacombe raconte, avec une grande verve, notre expédition du matin. Le récit de la grande bataille du général Borson a fait tordre l’assemblée.

La dynamite

Ce matin, à quatre heures, une cartouche de dynamite a fait explosion à Combes dans la maison d’un mineur nommé Teyssial. Les dégâts sont sans importance. Teyssial est un des quatorze mineurs qui travaillent au puits.
Ce traître avait une telle peur, qu’il avait réclamé un corps de garde dans sa maison. Un gendarme lui avait été accordé. Ce malheureux pandore a été réveillé ce matin par l’explosion : en hâte, il chausse ses bottes, arme son revolver, coiffe son tricorne, explore les alentours et… comme les célèbres carabiniers arrive trop tard.

L’enquête

Ne trouvant personne on a aussitôt fait appeler un brave mineur travaillant à la Compagnie du Gua, le citoyen Galland, très estimé de tous ses camarades, ancien délégué à la grève de 1878. Galland s’est, paraît-il, disputé hier soir avec Teyssial. C’est toutes les preuves qu’on a pu réunir contre lui.

Illégalité

Je quitte Combes à quatre heures du soir et Galland est maintenu dans les bâtiments de l’usine, sans avoir été légalement arrêté. C’est le triomphe de l’arbitraire, sans motifs, sans preuves ; sans mandat Galland est emprisonné dans les locaux de la Compagnie.

Le triomphateur

Avant de quitter Combes j’ai le plaisir d’apercevoir le général Borson qui vient jouir de sa victoire de ce matin. Il s’est fait suivre d’une escorte de dragons.

En somme, échauffourée bien préparée, tant espérée et ratée Borson est furieux, la Compagnie désespère.
Le jour du massacre n’est pas encore arrivé.

Il m’est bien difficile de savoir encore si Borson est plus odieux que Petitjean ou si Petitjean est plus
odieux que Borson. En tout cas les deux font la paire.

Les souscriptions

Le Comité de la grève a reçu aujourd’hui 75 francs des ouvriers imprimeurs-lithographes de Marseille ; 100 francs de la société typographique parisienne et AO francs de la chambre syndicale des chapeliers d’Albi.

Albert Goullé.

Le Cri du peuple 29 avril 1886