Née le 27 mars 1872 à Paris et décédée le 17 mars 1951 à Paris 6ème. Enseignante, anarchiste, féministe, antimilitariste parisienne.

D’origine polonaise, le père de Félicie émigra en Autriche, où il changea son nom en celui de Teutscher (« Deutscher », traduction du mot polonais niemecki).
Félicie Teutscher était la fille d’un passementier qui avait 5 enfants. Elle fut boursière en demi-pension pendant ses études. Elle suivit les cours de l’Ecole normale de Sèvres et obtint en juillet 1893, le Certificat d’aptitude à l’enseignement secondaire (ordre des lettres). Elle fut nommée professeure au lycée de jeunes filles de Saint-Etienne, puis en juillet 1894, chargée de cours de lettre (4e classe) à Grenoble. Elle enseigna dans différentes villes : Saumur, Rouen, Le Havre, Le Mans, Vitré. Supportant mal la vie en province où les mœurs et la vie intellectuelle des femmes étaient particulièrement surveillés dans le milieu professoral, elle était de santé fragile et obtint sa mutation sur Paris.
Félicie Numietska fut, au début des années 1900, présidente d’un Comité de défense des condamnés antimilitaristes.
Elle adhéra à l’Association internationale antimilitariste (AIA) après sa fondation en juin 1904 à Amsterdam.
En 1905, elle anima des débats dans le cadre des Causeries populaires sur des thèmes féministes. Elle s’y opposa notamment à Anna Mahé qui soutenait que la prostitution n’était pas plus aliénante que le salariat.
En 1905, Félicie Numietska s’engagea dans la cause féministe et débuta des conférences dans la cadre des Universités populaires : le 18 mars 1905, elle parla des revendications des femmes à la Coopérative des Idées, 15 rue Cobert à Versailles, puis le 27 avril, elle traita de la femme et la politique à La Maternelle, Université Populaire féministe, 11 rue Jacques Khalé.
Dans la Revue des lycées et des collèges du 25 avril 1905, elle dénonça la pratique des notes secrètes et des déplacements arbitraires des professeurs, soulignant « la contradiction essentielle qui existe entre les mœurs françaises si mesquines, si étroites, si destructives de toute liberté pour la femme, et le désir d’indépendance qui résulte nécessairement pour les femmes professeurs de la culture intellectuelle ou de leur genre de vie ». Dans la même revue, elle décrivit l’absence de liberté des professeures logées dans les établissements scolaires et qui ne bénéficiaient pas des mêmes droits que leur collègues masculins en matière de fréquentation de cercles intellectuels ou de libre disposition de leur temps libre, ces discriminations ayant des conséquences sur leur santé. Elle prit également position en faveur de la coéducation des garçons et des filles.
Dans un article publié dans le Libertaire du 2 juillet 1905, intitulé Crime social, à l’occasion d’un infanticide, elle souligna l’importance primordiale du féminisme : « Tant qu’il y aura des femmes réduites à se vendre pour gagner leur pain et tant qu’il y en aura d’autres acculées au suicide ou à l’infanticide par d’ineptes et féroces préjugés, les femmes et les homme de cœur pourront faire du féminisme : ils seront sûrs de ne pas errer ».
Les 8 et 9 octobre 1905, une affiche de l’Association internationale antimilitariste était placardée dans les rues de Paris. Cette affiche, dite Affiche rouge, appelait les conscrits, lorsqu’ils seraient soldats à tirer sur leurs supérieurs si ceux-ci leur ordonnaient d’ouvrir le feu sur des grévistes (voir Roger Sadrin). L’affiche était signée par le Comité national de l’AIA, Félicie Numietska était la seule femme signataire.
Le 22 octobre 1905, elle fit une conférence sur la Coéducation à l’Université populaire Zola.
Le 9 novembre 1905, nouvelle conférence à l’Enseignement mutuel, 41 rue de la Chapelle sur Libre pensée et morale sexuelle.
En 1905, Félicie Numietska était également secrétaire du Syndicat des membres de l’enseignement.
Le 26 décembre 1905, elle comparut libre au procès des vingt-huit antimilitaristes signataires de l’affiche de l’AIA. Elle déclara : « J’ai signé l’affiche, parce que mes sentiments d’humanité sont contraires à la guerre. Je n’ai fait que ce que disent les pacifistes de toutes couleurs et ce sont de simples sentiments d’humanité et d’amour qui m’ont fait protester contre le rôle abominable de l’armée dans les grèves… Si nous sommes antipatriotes, si nous sommes antimilitaristes, ce n’est pas uniquement parce que nous sommes des prolétaires ; cependant je constate que la plupart des antimilitaristes sont des prolétaires, parce qu’au fond du mouvement il y a une lutte de classe.
Je suis une fille d’un ouvrier et d’une servante. Par suite de circonstances favorables, qui auraient pu ne pas de produire, je suis devenue presque une bourgeoise, je suis devenue professeur de l’Université. On s’est étonné que, comme professeur, j’aie pu me mêler au mouvement antimilitariste. La plupart des professeurs sont, à la vérité, conservateurs ; moi je ne le suis pas. Ce n’est pas par entraînement que j’ai signé l’affiche. Depuis un an, je suis secrétaire d’une section antimilitariste de la banlieue, et je me suis occupée activement du mouvement. Voilà ma part de responsabilité.
Je me rallie aux observateurs du camarade Hervé. Toutefois, je veux répondre au mot de M. l’avocat général disant que nous avions le suffrage universel et que nous participions aux lois. Mais le suffrage universel n’est pas accordé aux femmes, et les lois françaises, non seulement ne sont pas faites pour les femmes mais encore mettent celles-ci dans un rang inférieur. Comme femme j’ai double raison de me mêler au mouvement ».
Félicie Numietska fut acquittée, ainsi qu’un autre co-accusé mais tous les autres furent condamnés à de la prison ferme. Aussitôt le verdict prononcé, elle se leva, furieuse :
« Je proteste, contre le jugement imbécile du jury en ce qui me concerne. Je proteste et j’ai le droit de protester. C’est un jugement d’idiots. Ce sont des imbéciles… »
Le 23 février 1906, elle participa à un meeting de protestation et de solidarité du Comité de défense sociale, en faveur de tous les condamnés antimilitaristes (Paris, Amiens, Toulon, Lyon, Reims, Auxerre, Marseille).
A la suite de cette réunion se créa un Groupe de propagande, d’aide et de secours aux familles des détenus afin de rassembler des fonds pour soutenir les familles des emprisonnés signataires de l’affiche rouge et de protester contre les entraves au droit d’opinion (voir René de Marmande). Le bureau était constitué de Delesalle, De Marmande, Allibert, Dormoy, Bled, Latapie et Félicie Numietska.
Début mars 1906, le nouveau Comité national de l’AIA, en accord avec l’ancien Conseil détenu à la Santé ou à Clairvaux chargea sa secrétaire Félicie Numietska de tenir à la disposition de la justice la liste des signataires (2.200 noms) de la deuxième Affiche rouge, conformément à la promesse faite au bas du placard.
Le juge d’instruction n’ayant pas eu de réponse en demandant cette liste par courrier au siège de l’AIA 103 quai de Valmy, fit une perquisition chez Félicie Numietska à Bois-Colombe, sans résultat.
Elle se rendit le 11 mars chez M. Hamard, chef de la Sûreté et lui remit les adresses des 2. 317 signataires (dont 540 de Paris ou de la Seine).
Le 28 mars, les signataires de cette deuxième affiche se réunissaient et constituaient un Comité de défense des signataires.
Le 5 avril 1906, trouvant que l’instruction était trop longue, 200 signataires de l’affiche rouge se présentèrent au cabinet du juge en charge de l’affaire au Palais de justice. Félicie Numietska fut reçue par le juge André et s’adressa à lui en ces termes :
« Je viens protester au nom des 2.317 signataires de l’Appel aux soldats, contre les calomnies répandues sur nous. M. Guichard, commissaire de police a voulu nous ridiculiser. Il a prétendu que la plupart de nos camarades avaient déclaré avoir donné leur signature, croyant, les uns qu’il s’agissait d’une protestation contre le verdict du jury qui a condamné nos frères, les autres que c’était pour une pétition réclamant la grâce des condamnés. Quelques-uns seulement, suivant M. Guichard, auraient reconnu avoir donné leur adhésion à une nouvelle affiche.
C’est exact ! Dit le magistrat
Eh bien ! A répliqué Mlle Numietska, M. Guichard a trompé nos camarades. Il leur a fait dire ce qui n ’était pas dans leur pensée. En Voici la preuve. »
Elle remit alors au juge une liste de 247 noms habitant le département de la Seine qui déclaraient avoir signé volontairement l’affiche et y adhérer complètement.
Après l’entrevue qui avait duré une vingtaine de minutes, les antimilitaristes quittèrent le Palais en chantant l’Internationale.
Cette affaire suscita un article un peu fielleux de Delesalle dans les Temps nouveaux qui sous-entendit que Félicie Numietska avait remis la liste au juge d’instruction à cause de la perquisition opérée chez elle, qualifiant cela de « gaffe ». Ce qui valut au journal un droit de réponse cinglant : « quand il s’agit de critiquer, avec plus ou moins d’urbanité, les camarades sont légion, il en est autrement quand il faut mettre la main à la pâte ».
Le 30 juin 1906, elle participa avec Paul Robin à une conférence-concert au profit de l’Avenir social de Madeleine Vernet, elle fit un exposé sur l’éducation rationnelle et l’Avenir social.
Le 28 juillet 1906, Félicie Numietska fit paraître un communiqué dans les Temps nouveaux afin de repousser le congrès qui devait avoir lieu à Limoges du 25 au 27 juillet, pour permettre aux prisonniers libérés d’y participer et afin de réunir les fonds nécessaires.
Le 17 septembre 1906, elle demanda au Comité reconstitué, a être relevée de ses fonctions de secrétaire de l’AIA. Elle fut remplacée par Miguel Almereyda et Eugène Merle.
En septembre 1906, elle publia un article sur Le droit à l’avortement dans L’Ère nouvelle et écrivit dans le n°1 du bulletin de l’AIA d’octobre 1906.
À l’époque, elle collaborait également à La Femme affranchie, un journal féministe et anticapitaliste dirigé par Gabrielle Petit.
Début février 1907, elle adhéra au Comité d’entente international pour le désarmement universel.
En juillet 1908, Félicie Numietska passa avec succès l’agrégation de l’enseignement secondaire des jeunes filles.
Le 24 juillet 1921, elle fut nommée officier de l’instruction publique.
En 1925, elle publia un article dans la Revue universitaire où elle préconisait dès l’école primaire d’instituer un enseignement sexuel mais à partir des organes de reproduction dans le monde végétal. Dans le secondaire serait abordé la question de la reproduction chez les animaux.
Cette audace suscita l’ire d’Ecole et famille, bulletin de l’Union des association catholiques des chefs de famille.
En 1930, elle prit position en faveur de l’enseignement libre, à côté de l’école publique pour permettre d’avoir un rôle d’initiateur de tentatives nouvelles.
Vers 1941, elle et son mari Frédéric Stolz figuraient dans une liste de Juifs étrangers à Saint-Germain-en-Laye.
ŒUVRE : La Coéducation des sexes, éd. de L’Œuvre, 1906.

SOURCES : Arch. Nat. BB 18/2290, 128A05 ― Archives de Paris V4E 2697 ― Le Matin du 27 au 31 décembre 1905 ― Journal officiel ― Le Radical 18 mars, 30 décembre 1905 ― XIXe Siècle 9 octobre 1905, 30 septembre 1906 ― Le Matin 27, 28, 29, 30, 31 décembre 1905, 5 mars, 6 avril 1906 ― La Gazette de France 12 mars 1906 ― Bulletin officiel de la ville de Paris 25 février 1889 ― La Revue des lycées et des collèges 25 avril, 10 mai, 10 juin 1905 ― L’Aurore 7 décembre 1905 ― Le Petit Parisien 6 avril 1906 ― L’Eclaireur de l’Ain 3 février 1907 ― Les Temps nouveaux 24 février, 24 mars, 28 juillet, 22 septembre, 20 octobre 1906 ― Le Libertaire 24 février, 4 mars, 8 avril, 1er et 2 juillet, 23 septembre 1906 ― La Mère éducatrice 1930 ― La Lanterne 12, 13 mars, 5 avril, 7 avril 1906 ― Ecole et famille juillet 1925 ― Jean Maitron, Histoire du Mouvement anarchiste en France, tome I, Gallimard, 1975 ― Christian Dupuy, Saint-Junien, un bastion anarchiste en Haute-Vienne, 1893-1923, éd. Pulim, 2003 — François Boulet, Leçons d’histoire de France : Saint-Germain-en-Laye, Les Presses franciliennes, 2006. — Notes Guillaume Davranche et Marianne Enckell .
ICONOGRAPHIE : La Petite République 27 décembre 1905