On écrit de Nouzon (Ardennes) au Courrier de Charleville : Pendant la nuit, une boîte chargée de dynamite avait été placée, par une main criminelle, sur l’une des fenêtres de. M. Hardy-Capitaine, celle de sa chambre à coucher.

Vers: minuit et demi, une détonation se faisait entendre, et tout le bas de la croisée près de laquelle était placée la boîte en question volait en éclats.

Soit que le ou les malfaiteurs aient mal pris leurs précautions, soit que la dynamite fût humide, elle est restée intacte en grande partie, sans quoi l’effet eût pu être désastreux, car la charge était suffisante pour faire sauter la maison.

M. le procureur de la République et M. le juge d’instruction se sont transportés cette après-midi sur les lieux et ont ouvert une enquête.

Espérons que ce lâche attentat ne restera pas impuni.

À propos de ce qui précède, voici la lettre que M. Hardy-Capitaine adresse au Courrier des Ardennes:

« Nouzon, le 14 janvier 1887. « Monsieur le directeur du Courrier des Ardennes,

Je vous prie de bien vouloir publier dans les numéros de votre journal du samedi, 15 et du dimanche 16 courant l’annonce suivante :

« M. Hardy-Capitaine offre 10,000 francs à celui qui lui donnera des indices pouvant découvrir l’auteur de l’attentat dont il a été l’objet le 13 courant, à une heure du matin. On peut compter sur la plus grande discrétion. Donner les renseignements soit à lui-même, soit au parquet de Charleville. Veuillez agréer, monsieur le directeur, mes civilités empressées.

Hardy-Capitaine. »

L’Univers 16 janvier 1887

C’est l’avant dernière nuit qu’une charge de dynamite enfermée dans une petite tirelire d’enfant haute de 15 centimètres a été placée sur l’une des fenêtres de la maison Hardy-Capitaine. Une trainée de poudre fut préparée, à laquelle on mit le feu. La poudre qui s’enflamma fut cause d’un bris de carreau et même, mit en morceaux la tirelire mais la dynamite ne fit pas explosion car elle était glacée.

Et même si cette dynamite avait fait explosion, les dégâts n’auraient pas été considérables puisque cette explosion ayant eu lieu à l’air libre, la force de tension n’aurait eu à briser aucun obstacle pour se faire passage. Il était environ une heure du matin, M. Hardy-Capitaine entendit une petite détonation mais n’y prêta pas attention, supposant qu’un coup de fusil avait été tiré.

Le lendemain, Mme Crépel vit qu’un carreau avait été brisé, la tirelire était tombée et s’était brisée et la dame en retrouva les morceaux. A côté de la dynamite, une feuille à moitié brûlée d’un volume de l’Histoire de Russie.Le couvercle de la tirelire avait été enlevé pour placer la dynamite, puis revissé.

Le Petit Ardennais 15 janvier 1887

Le compte-rendu du Petit Ardennais tendait à minimiser clairement la portée de cet attentat mais la récompense offerte par Hardy-Capitaine pour en retrouver les auteurs montrait clairement que l’intéressé ne le prenait pas à la légère.

Une instruction fut ouverte pour tentative de destruction d’un édifice, deux ouvriers de Paris, Deland’hui Constant, 33 ans mouleur et Stevenot Jean-Baptiste, ajusteur, furent inculpés et incarcérés. Interrogés le 14 février, ils furent libérés les 11 et 17 février. L’instruction se termina par un non lieu.

Archives départementales des Ardennes 4 U 715

(note d’Archives anarchistes)