L’EXPLOSION DE LA BOURSE

Après quelques jours de repos, les auteurs des criminelles explosions dont notre ville est depuis déjà trop longtemps le théâtre, ont recommence leur coupable besogne. Ce n’est plus an milieu de la nuit, dans les rues de Bordeaux et dans les quartiers généralement déserts ;à l’heure choisie pour leurs méfaits que les malfaiteurs que les malfaiteurs opèrent, aujourd’hui c’est en plein jour qu’ils jettent l’épouvante dans des endroits très fréquentés. C’est à l’hôtel de la Bourse même.

A trois heures trois quarts, une double explosion s’est produite dans l’espace très restreint, compris entre la porte de bois et la porte de frise qui donnent accès à la bibliothèque de la Chambre de Commerce.

Au bruit de la première détonation, M. Laroze, greffier, M. Henri Durand, bibliothécaire de la Chambre de commerce. rue des Romparts, 29; M. François Auby, âgé de soixaxante et un ans, concierge, et M. Pierre Dhugues, âgé de soixante-trois ans, garde du tribunal de commerce, demeurant place Michel, 1, sont accourus en toute hâte et ont constaté qu’une certaine quantité de papier éparpille sur le parquet du tambour était enflammés. Ils ont également trouvé par terre des débris provenant d’une bouteille.

M. Dhugue se trouvant dans le tambour avec MM. Aubv et Durand, a éteint le papier avec le pied et a senti qu’il faisait rouler une bouteille. Apercevant au goulot de cette bouteille une mèche qui brûlait, il a ramassé la bouteille avec la main droite, mais aussitôt elle a fait explosion. M. Dhugues poussa un cri, car il venait d’être blessé au pouce et à l’index de cette main. Un a en effet constaté trois blessures : la première, de deux centimètres environ : les deux autres, un peu moins fortes. Il a également reçu un éclat de verre à la lèvre supérieure du côte droit ; cette blessure est assez profonde et mesure un centimètre environ. Il a eu l’oreille droite également contusionnée.

D’autres personnes présentes ont également été atteintes. M. Auby a été touché à la cuisse gauche par le goulot de la bouteille, qui lui a fait une très légère blessures. M. Durand a été atteint au menton par un éclat de verre : il a reçu des soins à la pharmacie du cours du Chapeau-Rouge. Quant A M. Laroze, il n’a pas été atteint. Cette seconde bouteille était une bouteille dite demi Champagne.

M. le docteur Métadier, mandé en toute hâte, a prodigué ses soins à M. Dhugues, qu’on avait transporté sur un lit. Son état est croit-on, assez grave. Il a été porte en voilure à son domicile.

M. Lafon, commissaire de police du troisième arrondissement, a immédiatement commence une enquête.

A la nouvelle de cette double explosion, M. Armand Lalande, député et président de la Chambre de commerce ; M. Laroze. député ; M. de Mouy, secrétaire général de la préfecture; M. Brandenburg, maire de Bordeaux; M. Alfred Dancy, adjoint au maire: M. Bruno Lacombe, substitut du procureur de la République ; M. Chauvin, commissaire central, se sont rendus à la Bourse, ou ils ont assisté à la première enquête.

Les premiers résultats de cette enquête ont permis de constater que, profitant de l’obscurité profonde qui règne dans cette partie de la Bourse ou se trouve la bibliothèque, les malfaiteurs avaient placé entre la porte de bois et la porte en étoffe qui donnent dans cette pièce, deux bouteilles remplies de poudre, de cailloux et de plomb des numéros 2, 3, 4, auxquelles ils ont mis le feu au moyen d une mèche.

Comme un peut le supposer, cette coupable tentative, survenant après celles dont nous avons parlé déjà, a cause dans le quartier et bientôt dans la ville, une émotion profonde. Tout le monde est d’accord pour penser que de tels attentats à la sécurité des citoyens et peut-être à leur vie ne peuvent rester plus longtemps impunis. Il est fort regrettable que la police n’ait pas mis la main sur les coupables avant qu’ils n’aient fait des victimes, et l’on ne comprendrait pas que les recherches demeurent plus longtemps infructueuses. La police doit posséder des moyens d’investigations suffisants pour découvrir les auteurs de ces criminels attentats. Elle doit les employer résolument et habilement, car il est des circonstances ou son devoir est d’être habile.

La Petit Gironde 4 octobre 1883

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Explosion à la Bourse de Bordeaux en novembre 1883 (2)

Explosion à la Bourse de Bordeaux en novembre 1883 (3)