Une forte détonation se produisait dans le corridor du Grand Café, 5 rue Gobineau.

Plaisanteries coupables.

Hier soir, vers onze heures, une forte détonation se produisait dans le corridor du Grand Café, rue Gobineau, 5.

Aussitôt tout le quartier était mis en émoi et un grand nombre de personnes se rendaient sur les lieux d’où était parti le bruit. Sur les dalles du corridor, on ramassait des débris de verre, des plombs et des petites pointes.

Voici ce qui s’était passé. Une bouteille avait été rem plie de poudre, de grains de plombs et de petits clous. Au goulot de la bouteille avait été adaptée une mèche imprégnée de poudre à laquelle une main criminelle avait en suite mis le feu. On conçoit les dangers qui pouvaient résulter d’un pareil acte.

Heureusement la tentative n’a pas abouti; il n’y a eu que quelques fragments de plâtre détachés du plafond. Une enquête a été aussitôt ouverte par M. Lafon, commissaire de police du quartier.

La Petite Gironde 27 septembre 1883

Encore les Engins explosibles.

Décidément il faut y mettre un terme. Voici qu’un engin absolument semblable à celui qui a fait explosion dans le corridor du Grand-Café a été déposé, probablement par la même main criminelle, dans le corridor du Cercle National.

Hier, dans l’après-midi, à deux heures, une personne qui passait rue Mautrec, a aperçu cette sorte de petite machine infernale et a donné l’éveil. La mèche avait été allumée; mais elle s’était éteinte avant que le feu arrivât jusqu’à la poudre.

Ce n est donc pas la faute du coupable si 1’explosion ne s’est pas produite.

Enfin, hier soir vers neuf heures, une forte détonation se faisait encore entendre rue Boudet. Au milieu de la rue avait été placé un troisième engin semblable aux deux premiers.

La mèche, cette fois, avait brûlé jusqu’au bout.

M. Lafon, commissaire de police du troisième arrondissement, s’est aussitôt rendu sur les lieux pour procéder à une enquête.

A son arrivée, M. Chauvin, commissaire central, s’y trouvait déjà.

Aucun accident ne s’est produit.

Le propriétaire de la maison en face de laquelle la bouteille avait été placée a déclaré que plusieurs gros plombs ainsi que des débris de verre avaient été projetés dans sa salle à manger.

Des faits semblables se renouvelant à quelques heures de distance appellent l’attention de la police. Le hasard a voulu que le mal, désiré sans doute par de malhonnêtes gens, ait été évité. Il importe de prévenir celui qui pourrait être causé si des tentatives se renouvelaient.

La Petit Gironde 28 septembre 1883

Toujours les Engins explosibles?

Ce matin, une forte détonation se faisait entendre dans la rue du Champ-de-Mars; cette fois, les malfaiteurs avaient remplacé la bouteille par une petite cruche qu’ils avaient attachée aux barreaux d’une croisée. Ici encore, fort heureusement, le mal a été insignifiant : il s’est borné à un carreau brisé.

Naturellement, les commissaires de police des quartiers où se sont produits ces faits, après leur constatation, ont ouvert des enquêtes; mais ouvrir des enquêtes ne suffit pas : il faut absolument qu’elles aboutissent assez promptement pour empêcher les auteurs de ces tentatives criminelles de les renouveler jusqu’à ce qu’ils aient produit tout le mal que, sans doute, ils se proposent de faire.

La Petit Gironde 29 septembre 1883

Engins explosibles, toujours !

Nous avons encore aujourd’hui à raconter des méfaits du même genre que les jours précédents relativement aux engins explosibles qu’on persiste à jeter en différents lieux.

Hier soir, vers huit heures un quart, pendant une cérémonie qui avait lieu dans l’église Saint-Seurin, et à laquelle assistaient une cinquantaine de personnes environ, une personne inconnue a placé sur le tambour de la porte d’entrée donnant sur les allées Damour deux petites bouteilles dans lesquelles se trouvaient de la poudre, quelques grains de plomb n° 5, le tout bourré avec quelques fragments d’un journal.

Deux explosions se sont produites à peu de distance l’une de l’autre. Le sacristain, prévenu par quelques personnes, a empêché les assistants de sortir afin d’éviter tout accident.

D’après le rapport de M. Marchaux, commissaire de police du quatrième arrondissement, ce fait ressemblerait plutôt à une mystification qu’à un attentat criminel, car le contenu de la bouteille était un mélange ne pouvant produire aucun mal.

Le second fait du même genre que nous avons à raconter a un caractère plus grave. Hier soir, vers dix heures et demie, des malfaiteurs ont placé sur la pierre du soupirail de la cave de la maison portant le numéro 45 de la rue de Saint-Genès, deux bouteilles bourrées de poudre, de plombs et de quelques fragments de balles.

Une explosion n’a pas tardé à se produire; heureusement il n’y a eu aucun dégât.

M. Ernest Lebras, négociant en vins, qui habite cet immeuble, est sorti immédiatement après l’explosion et il n’a vu personne dans la rue.

Une enquête a été commencée.

La Petit Gironde 30 septembre 1883