Quatre cartouches de dynamite firent explosion devant le presbytère.

Montceau-les-Mines, 20 octobre.

Nouvel exploit des anarchistes !

Hier soir, à sept heures, on a entendu ici une forte détonation dans la direction de Saint-Vallier.

Des dragons et la gendarmerie ont été immédiatement expédiés dans cette localité. Voici ce qui s’était passé :

Une explosion de dynamite avait eu lieu, à Saint-Vallier, sous les fenêtres et contre la maison du curé.

Cette explosion avait ébranlé la maison et fait voler les vitres en éclats avec un fracas épouvantable. Une muraille extérieure du bâtiment avait été lézardée ; mais, ni M. le curé, ni sa vieille gouvernante, à moitié morte de peur et blottie dans sa chambre, n’avaient été blessés.

Des voisins accoururent et se mirent en devoir de fouiller les maisons, sans cependant découvrir personne de suspect. On a seulement trouvé devant le presbytère les débris de quatre cartouches de dynamite.

En face de la cure, dans la salle d’un Café, une glace a été cassée par le déplacement de l’air produit par le coup.

Une vingtaine de personnes se trouvaient en ce moment dans ce Café. Ces personnes n’ont pu ou n’ont voulu donner aucun renseignement aux dragons et gendarmes à cheval arrivés en toute hâte. Elles ont déclaré n’avoir rien vu et l’une d’elles a même dit n’avoir rien entendu.

La crainte d’être appelés comme témoins, et la manière dont ces derniers ont déjà été traités par les anarchistes, paralyse les langues.

Dans la nuit, une sentinelle a tiré sur un individu qui rôdait autour de l’église de Saint-Vallier. Il n’a pas été atteint et a fui.

On dit que des fils de fer ont été tendus la nuit dernière sur le passage des patrouilles de cavalerie. On dit également que des affiches portant ces seuls mots : A samedi ! auraient été apposées au Creusot, tranquille jusqu’à présent. Est ce bien sérieux ? Quoi qu’il en soit, le sous-préfet d’Autun est parti aujourd’hui pour le Creusot.

On a décidé la réunion, à Montceau-lesMines, des trois parquets de Chalon, Autun et Charolles.

Les craintes, un moment apaisées, redoublent d’intensité.

Le Courrier de Saône et Loire 22 octobre 1882