Des placards le Mouvement social avaient été affichés à Sanvignes et la dynamite détruisit une croix.

Les Troubles de Montceau-les-Mines

Les troubles ont recommencé hier.

Dans la nuit du 10 au 11, des placards ayant pour titre : le Mouvement social ont été apposés à Montceau les-Mines, au Magny, au Bois-du-Verne, à Ciry-le-Noble, à Sanvignes et à Saint-Berain. Ces placards, imprimés et toujours sans nom d’imprimeurs naturellement, contiennent des menaces contre la bourgeoisie eu général, et contre divers particuliers, notamment: MM. Chagot, directeur ; des mines de Blanzy, de Lagoutte, ingénieur, Schneider, directeur du Creusot, et Blanchet, directeur des mines d’Epinac, et en outre contre les chefs mineurs, les chefs de poste, la police, et M. Jeannin, le maire de Montceau.

Ces manifestes révolutionnaires condamnent toutes les personnes désignées à être supprimées, et ajoutent que la liberté n’existe plus et que le peuple sortira de l’esclavage par la force, car l’heure sonnera bientôt…

Avant-hier mardi, vers 11 heures du soir, on a fait sauter une croix à Sanvignes à l’aide de la dynamite. Vers trois heures du matin, d’autres détonations ont été entendues dans la direction de Ciry-le-Noble.

M. Ardisson, sous-préfet de Chalon, prévenu hier matin par le télégraphes s’est aussitôt rendu sur les lieux. Il est rentré dans la soirée.

Mais cette nuit, les fauteurs de troubles ont recommencé. Cette fois, nous dit-on, ils auraient essayé de faire sauter la maison d’un particulier à Saint-Vallier. Leur tentative n’aurait pas complètement réussi.

M. le Sous Préfet et le parquet de Chalon se rendraient aujourd’hui au Montceau.

Nous donnons ces derniers détails sous réserve.

Notre correspondant ajoute que la population de Montceau est très inquiète de l’avenir, et s’attend tous les jours à être réveillée par des bandits qui leur mettront le revolver sous la gorge. «Les personnes, dit-il, qui ont quelque chose à se dire se cachent ou se taisent chaque fois qu’un étranger s’approche d’elles. Des enfants de 10 à 15 ans servent même d’espions. »

Courrier de Saône et Loire 13 octobre 1882

Les Troubles de Montceau-les-Mines

On nous adresse de Montceau-Ies-Mines des détails sur les tentatives que nous avons signalées hier :

« Le 11 courant, à 11 heures du soir, les émeutiers ont placé deux cartouches de dynamite dans un trou de mur près de l’escalier d’une maison appartenant à la Société des Tuileries- Réunies, attenant à la tuilerie de Saint-Vallier, et habitée par le contre-maître, M. Gardenet et son gendre, M. Baudier, aubergiste et chauffeur à la tuilerie. Les cartouches avaient été placées près du mur qui sépare les deux ménages. Fort heureusement, l’effet produit par l’explosion n’a pas répondu à l’attente des criminels ; les galandages seuls ont été endommagés et toutes les vitres brisées.

« La femme Baudier a reçu un éclat de verre à la joue ; la blessure est légère. Mais si l’explosion avait renversé la maison, comme les bandits l’espéraient, on aurait pu avoir à déplorer la mort de six personnes, sans compter que plusieurs ouvriers occupent le même bâtiment et ont leurs logements voisins de celui de M. Gardenet.

« On m’assure que le chef de ces bandits dînait très tranquillement à l’hôtel tenu par Mme veuve Cotelle.

Il y a eu ces jours-ci une grande réunion de la bande dans les environs de St-Vallier. Espérons qu’après les changements de troupes qui vont avoir lieu, on renforcera les troupes qui sont ici, car le départ de la classe de 1877 a réduit beaucoup l’effectif du bataillon cantonné à Montceau. Il ne faudrait cependant pas attendre qu’il y eu des personnes tuées ou blessées pour prendre des mesures énergiques.

Les deux cartouches qui ont fait sauter la croix de Laragée, à Sanvignes, — ou plutôt qui l’ont réduite en poussière — ne sont pas des cartouches de la Cie des Mines de Blanzy ; elles viennent de l’Internationale dont elles portent bien le cachet imprimé en rouge sur un fragment de parchemin.

MM. les sous préfets de Chalon et de Charolles, ainsi que les parquets de ces deux villes, étaient aujourd’hui même à Montceau pour procéder à l’enquête relative au bris de la croix et à l’affichage des placards.

Le destinataire du ballot d’affiches révolutionnaires a été arrêté. »

Le Courrier de Saône et Loire 14 octobre 1882