Les Briseurs de Croix

On nous écrit de Pouilloux, le 1er octobre 1882 :

Monsieur le Rédacteur,

Les bandes iconoclastes viennent de reparaître dans nos contrées. Un acte de vandalisme, qui n’est que la continuation des tristes événements qui se sont passés au mois d’août dernier à Montceau-les-Mines, vient d’avoir lieu sur le territoire des communes de Pouilloux, de Saint Romain-sous-Gourdon et Saint-Vallier. Dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre.

A Pouilloux, deux croix ont été brisées, l’une au moyen de la dynamite, l’autre avec des cordes. A onze heures et demis environ, une violente détonation, qui fit trembler les fenêtres des maisons voisines, réveilla la plupart des gens plongés dans le sommeil. La croix, dite Croix Peraut, sise à l’Essard-de-Pouilloux, venait de recevoir une forte secousse. Cependant, grâce à un puissant piton en fer qui la relie solidement au piédestal, cette croix est restée debout, la dynamite n’a pu que ronger son pied.

Quant à l’autre croix, située sur la commune de Pouilloux, vu la proximité d’une maison, on n’a pas osé la faire sauter avec la dynamite ; mais au moyen de cordes elle a été jetée à bas. Le piédestal est intact, mais la croix est brisée en plusieurs morceaux.

A Saint-Romain, au hameau des Moulins, la même nuit, les mêmes individus continuant leur œuvre, ont également jeté à terre une croix élevée tout récemment en souvenir d’un jeune homme mort à dix-neuf ans.

Enfin comme dernier acte de leur tour née sacrilège, ces mêmes bandits ont encore mis à bas la seule croix qui restait à Saint-Vallier. Oubliée, au mois d’août, elle a sauté cette nuit comme les autres.

Tels sont, Monsieur le Rédacteur, les nouveaux méfaits de la bande qui depuis deux mois terrorise nos contrées. Quand en serons-nous délivrés ? Personne ne le sait.

Recevez, etc.

Un paroissien de Pouilloux.

Le Courrier de Saône et Loire 2 octobre 1882