La chapelle fut attaquée à la dynamite

LE BRIGANDAGE
A Montceau les-Mines.
Depuis quelque temps déjà, — on peut dire prés de deux ans de nombreux vols, des dégâts et des déprédations se commettaient à Montceau-les Mines et aux villages environnants, dans un rayon de 7 à 8 kilomètres. Les auteurs de ces actes restaient presque toujours inconnus.
L’opinion publique s’en était émue, et attribuait ces méfaits à une véritable association de malfaiteurs, qu’on désignait dans le pays sous le nom de bande noire. Cette bande noire avait disait on, principalement son repaire, près du hameau du Bois-ou Verne et se réunissait dans les bois voisins.
Naturellement la gendarmerie n’était pas restée inactive ; mais si elle mettait quelques fois la main sur un malfaiteur, rien ne venait révéler qu’il fit partie d’une association quelconque.
Cette bande, composée d’abord de quelques individus isolés fit d’assez nombreuses recrues, probablement parmi les vagabonds qui parcourent depuis plusieurs années nos départements de la Bourgogne.
Leur audace s’accrut avec leur nombre.
La première manifestation de l’association opérant en troupe, fut le renversement, il y a une quinzaine de jours, de la croix de mission du Bois du-Verne.
On crut tout d’abord à un acte isolé de vandalisme; mais, à peine avait-on relevé cette croix, qu’elle fut abattue de nouveau. Puis vinrent ces jours derniers la démolition de toutes les autres croix, au Bois-Roulot, à Saint-Vallier, à Blanzy, à St-Berain-sous-Sanvignes, etc.; enfin, pour couronner l’entreprise, dans la nuit de l’Assomption, la bande essaya, comme nous l’avons raconté hier, de faire sauter à l’aide de la dynamite la statue de NotreDame-des-Mines.
En même temps, les bandits s’enhardissant, se présentèrent depuis quatre ou cinq jours dans les maisons, exigeant de l’argent et menaçant les gens de leurs revolvers et de la dynamite.
C’est ainsi qu’une vingtaine de ces véritables brigands pénétraient mardi même chez M. le maire de Montceau, en proférant des menaces d’incendie.
C’est à la suite de cette dernière menace que le maire télégraphia dès avant-hier au préfet et au parquet pour l’envoi immédiat de troupes.
Ces mesures n’étaient que trop urgentes, car dans la nuit du 15 au 16, c’est-à-dire d’hier, les brigands se mirent à opérer en grand et ouvertement. Vers 10 heures 1/2 du soir, une bande se porta sur l’église du Bois-du-Verne, brisa les portes, les chaises, l’autel, les vases et le Saint-Ciboire, puis mit le feu à l’église à l’aide de cartouches de dynamite.
De la coquette petite église, il ne reste que les quatre murs et la cloche.
Chez les sœurs les bandits n’ont pas pénétré, mais ils ont brisé toutes les vitres en menaçant de mort les pauvres femmes.
En suite de cet exploit ils se sont rendus au nombre d’une centaine à Blanzy, dans le but de faire également sauter l’église, mais l’absence des principaux chefs a fait remettre leur projet. Ils ont prévenu que ce serait pour la nuit du 16 au 17.
En passant ils ramassent les ouvriers qu’ils trouvent à leur travail et les forcent à les suivre. Tous sont armés de fusils et de revolvers.
La gendarmerie et les gardes de la mine, furent prévenus qu une tentative devait être faite contre la croix du Magny. En effet les brigands s’y présentèrent, mais durent reculer devant l’attitude des gendarmes et des gardes. Ils se retirèrent en criant : Vive la Révolution sociale ! Vice la République de 93 ! Celle de 82 sera plus terrible !
Puis la bande est allée piller la boutique du sieur Beaujard, armurier, habitant le village du Champ du Moulin ; ils se sont retirés en emportant toutes les armes et les munitions.
Tels sont les faits jusqu’à hier matin mercredi.
Le parquet et les autorités civiles et militaires arriveront ce soir.
Quinze brigades de gendarmerie ont dû se rendre hier dans la journée a Montceau .
On attend aujourd’hui un bataillon du 134e de ligne.
Nous ne voulons pas encore porter d’appréciations sur la nature de ce mouvement, qui sort complètement des grèves ordinaires.
C’est une espèce de bande de brigands, composée d’individus étrangers à la localité, qui a ses chefs. D’où viennent-ils?
Nous recevons ce matin de Paris une lettre nous priant d’annoncer l’apparition d’un nouveau journal hebdomadaire. L’entête de cette lettre porte au dessous du nom du journal, la manchette suivante : Organe des Travailleurs De la Région de Saône-et-Loire et des Comités révolutionnaires Creusotins.
Y aurait-il là plus qu’une simple coïncidence ?
Dernière heure.
Montceau-les-Mines, 17 août, 9 heures, matin.
Hier soir sont arrivés ici M. le Préfet et le commandant de gendarmerie avec plusieurs brigades.
Des patrouilles de gendarmerie ont parcouru Montceau et les écarts voisins pendant toute la nuit.
Le calme règne pour le moment.
Ce matin, à 7 heures, un bataillon du 134e de ligne est arrivé au son des tambours et des clairons. L’arrivée de ces troupes a produit un excellent effet sur la population qui s’était encore exagéré la situation déjà pourtant assez grave.
Ou m’assure que cette nuit, une bande, avec un drapeau rouge, a été rencontrée au Magny ; elle se serait dispersée a l’aspect de la gendarmerie.

Courrier de Saône-et-Loire 18 août 1882