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Jules Joffrin- Illustration from l’Histoire socialiste de la France contemporaine (Vol. XII)

Les agents provocateurs

Chaque fois que nous avons accusé le gouvernement opportuniste de copier servilement la monarchie; chaque fois que nous avons dénoncé, à l’indignation du pays les misérables intrigants qui, depuis treize ans bientôt, s’efforcent de traîner avec eux la République dans toutes les hontes où s’est vautré l’Empire, les feuilles que tiennent à leur solde les maîtres du jour nous ont, pour toute réponse, traités de calomniateurs. Calomniateurs ? Nous allons bien voir.
Avant-hier mercredi, le Congrès ouvrier, ouvert depuis quelques jours tenait sa séance dans la salle du théâtre Oberkampf. Plusieurs orateurs venaient d’être entendus sur la question des échanges internationaux, quand un délégué du groupe anarchiste des Justiciers, un enfant de seize ou dix-sept ans, nous affirme-t-on — nous relevons ce détail parce qu’il est une excuse— demanda la parole à
son tour et, l’ayant obtenue, se mît, bien mal à propos, à lancer des insinuations puérilement perfides contre les possibilistes en général et contre le citoyen Joffrin en particulier. La harangue se termina par cette phrase que le pauvre garçon crut sans doute accablante:
« Nous ne sommes pas de ceux qui se font délivrer des brevets de sagesse par le préfet de police ».
Là-dessus, Joffrin, très froid, très calme, pas emballé le moins du monde, demande à répliquer.On l’écoute, — et s’adressant à son jeune adversaire :
« Vous avez, dit-il, parlé du préfet de police; vous avez eu tort, car depuis longtemps vous et vos amis êtes ses dupes. »
On voit d’ici l’effet.Tapage,protestation, défis.« Expliquez-vous ! » « Bon ! dit Joffrin, je ne demande pas mieux. »
Et le voilà qui commence, citant des faits et des noms.
Treize anarchistes ont publiquement revendiqué la responsabilité** d’une tentative de dégradation de monument public. Ils ont livré leurs noms à la presse. Parmi ces treize individus, trois, les nommés Cerraux* dit Spilleux, Gérard et Planson, émargeaient à la préfecture de police.

L’Intransigeant 19 mai 1883

*Il s’agit en fait de Serraux qui ne figurait pas dans la liste des signataires soutenant l’attentat

**Les anarchistes réunis à Levallois n’avaient pas revendiqué la responsabilité de l’attentat mais adressèrent « leurs félicitations aux amis inconnus qui viennent de tenter de faire sauter la statue de Thiers » (voir Les revendications et soutiens de l’attentat contre la statue de Thiers)