A SAINT-OUEN

DEUX CARTOUCHES A LA GENDARMERIE

Un attentat anarchiste très grave a eu lieu à la caserne de gendarmerie de Saint-Ouen.

C’est pendant l’absence du brigadier et des gendarmes que deux inconnus ont placé sur le rebord d’une fenêtre de la caserne, au rez-de-chaussée, près de la porte d’entrée, deux cartouches. Elles étaient enveloppées dans des fragments de journal, attachées avec une ficelle très mince, dont on avait serre les nœuds très fortement.

C’est même ce qui a empêche l’explosion des cartouches.

Les gendarmes, le commissaire de police M. Daltroff , les agents étaient occupés a organiser les secours pour éteindre un incendie rue Anselme, au moment où les cartouches furent placées.

La tentative n’en était que plus criminelle, car les victimes de l’explosion auraient été les femmes des gendarmes et leurs enfants. Dans la pièce sur la fenêtre de laquelle étaient les cartouches, se trouvaient couchés trois petits enfants.
C’est vers cinq heures du matin que deux ouvriers terrassiers passant devant la caserne remarquèrent les cartouches.
Ils allèrent prévenir M. Daltroff, commissaire de police.

L’engin fut saisi et envoyé au laboratoire municipal où M. Girard en fit aussitôt l’analyse.

Les deux cartouches ont l’une neuf, l’autre vingt-cinq centimètres de longueur sur trois de diamètre.

Sur une petite bande de papier elles portent les marques suivantes:
« Société française des poudres de sûreté, poudre. » C’est la poudre Favier provenant des manufactures de l’Etat.
Elles sont ainsi composées :
Azote d’ammoniaque. 88
Bi-nitro naphtaline. 12
Hier matin, on a amené au commissariat de Saint-Ouen deux individus arrêtés par les pompiers, soupçonnés d’être les coupables.
Ce sont deux. anarchistes connus à Saint-Ouen. Ils ont été interrogés par le commissaire, mais on n’a pu établir leur culpabilité.
L’anarchiste Cabot, demeurant rue des Trois-Bornes, n’a pas été arrêté comme on l’avait dit tout d’abord à la suite des récents attentats à la dynamite.
Son arrestation a été motivée par une contrainte par corps prononcé par le tribunal correctionnel.

La Presse 6 mars 1892