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Pour Jean Maitron dans son livre Le mouvement anarchiste en France (1), ce n’est pas Chaumartin qui joue le rôle de délateur, c’est une femme qui signe ses rapports X2, qu’il nomme S. d’A… sans donner son patronyme complet.

Mais pour arriver à cette conclusion, il doit tordre quelque peu un document. En effet X2 dans son rapport à la Préfecture de police daté du 16 mars 1892 indique : « Soyez patient et surtout pas d’imprudence ; je suis seul* à connaître le fait que je vous signale et si j’étais soupçonné*, en même temps que les représailles seraient terribles, vous perdriez un* auxiliaire précieux ».
Or Maitron ajoute un « e » à « seul » pour transformer l’indicateur en indicatrice, oubliant au passage de féminiser les autres mots.
Mais les documents contenus dans le dossier Ravachol de la Préfecture de police montrent que la réalité est plus complexe et que le pseudo X.2 recouvre en réalité deux personnes : Léonie Darmilly et son fils. L’officier de paix l’indique dans son rapport du 1er avril 1892 : « J’ai en X. 2 et pour le même prix, deux correspondants, lui et sa mère ».
Dans les faits, c’est le fils qui dénonça Ravachol, tous les rapports signés X. 2 sont au masculin, Léonie Darmilly semble n’avoir joué qu’un rôle secondaire : deux rapports vont dans ce sens.
Dans sa note à la Préfecture de police du 18 mars 1892 X. 2 indique : « Demain, 18 courant, je vois la femme Chaumartin qui m’offre à déjeuner et me fera des confidences, à moins que Mathieu et Biscuit ne restent présents ; mais dans ce cas, samedi, je l’emmènerai chez ma mère* où je lui donnerai à déjeuner à mon tour ». La mère de X. 2 ne fait donc partie que d’un scénario de repli dans l’hypothèse d’une présence de Mathieu et Biscuit chez Chaumartin.
Un autre rapport de Fédée montre que Léonie Darmilly à joué un rôle plus primordial mais dans l’affaire du vol de dynamite de Soisy-sous-Étiolles auquel participa Ravachol et qui lui permit de se procurer les explosifs pour ses attentats : « A déduire 200 francs me restant en trop sur une précédente avance de 1.000 francs qui m’avait été faite pour récompenser Léonie D’Armilly de ses services dans l’affaire des explosifs (X. 2) ».

Le reçu signé le 31 mars 1892 pour la somme de sept cent cinquante francs et signé X.2 Darmilly, pourrait laisser penser que que l’indicateur, comme sa mère se nomme Darmilly.

Aucun autre  document du dossier Ravachol de la Préfecture de police ne donne le nom du fils de Léonie Darmilly, la police cherchant toujours à protéger ses informateurs, c’est sans doute parce que la mère joua un rôle secondaire dans cette affaire que son nom est cité.

*mis en gras par mes soins

(1) Tome 1. Des origines à 1914. FM Fondations, p. 459. Edition de Décembre 1982