Sûreté                                                                    Paris le 8 mai 1892
Rapport
Surveillance de minuit à 7h du matin

Le nommé Ravachol s’est réveillé vers 6h1/2 et à ce moment, il nous a dit qu’hier il avait été appelé par M. Lascoux, juge d’instruction qui lui avait demandé s’il avait pris part au crime des deux femmes de St Etienne.
Ravachol nous a ajouté que ses réponses avaient toutes été négatives.
Il n’a avoué, d’après lui, que d’être à deux pour accomplir la violation de sépulture.
Les inspecteurs Charlet, Lécureuil, Laemmer

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Sûreté                                                                     Le 8 mai 1892
Rapport
Surveillance sur le nommé Ravachol

Nous avons l’honneur de rendre compte à Monsieur le commissaire de police, chef du service que pendant la surveillance exercée de 7 heures du matin à midi, sur le nommé Ravachol, il ne s’est rien passé de particulier de nature à être signalé.
Le détenu a été conduit à la promenade à 10 heures où il était encore lorsque nous avons été relevés.
Richer, Maigre, Sénart

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Sûreté                                                                Paris le 8 mai 1892
Rapport
Surveillance du nommé Ravachol

La surveillance exercée à la Conciergerie de midi à 7 heures du soir au sujet du nommé Ravachol Léon, aucun incident ne s’est produit qui soit de nature à signaler au service.
Ce dernier est allé à la promenade de midi à quatre heures, où il s’est diverti à lire en rentrant de la promenade. Monsieur Bertillon le faisait demander pour lui donner une épreuve de sa photographie.
Ensuite il a écrit jusqu’à 7 heures.
Nous avons été relevés par nos collègues Charlet, Lécureuil et Laemmer.
Gallet, (illisibles)

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Sûreté                                                             Paris le 8 mai 1892
Rapport
Surveillance de 7h du soir à 12 h du soir

Le nommé Ravachol nous a fait voir sa photographie sur le recto de laquelle il a inscrit ces mots : « A tous ceux que j’ai aimé. Mon cœur sera toujours près de vous, ma dernière pensée sera pour vous. Tous mes baisers ». Signé Ravachol.
Il a l’intention d’envoyer cette photographie à son frère, ainsi qu’une lettre dont le résumé est le suivant : « Comme vous le voyez, je suis souriant sur ma photographie, vous pourrez donc en déduire que mon sort n’est pas si triste que vous le pensez. Il ne me manque qu’une chose : la liberté. Du reste je ne fais aucune différence entre ma vie en prison et celle que je menais auparavant. Toutes les deux ne sont que souffrance. Le vrai bonheur n’existera pour moi que lorsque je verrai la réalisation de mes projets, si cela ne se peut, je préfère la mort. J’envisage ces deux points le sourire aux lèvres ».
Il conseille ensuite à son frère de changer de nom et de ville, si sa condamnation pouvait lui être préjudiciable en quoi que ce soit. Dans le cas contraire, qu’il conserve toujours le nom de Koënigstein. Il envoie toutes ses amitiés à ses parents, sauf à sa mère dont il ne parle aucunement.
Les inspecteurs Charlet, Lécureuil, Laemmer.

SOURCE : Arch. Préf. de pol. JA 8